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26 janvier 2012 4 26 /01 /janvier /2012 11:09

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Mort à 76 ans des suites d'un accident de la circulation, Théo Angelopoulos, né à Athènes en 1935, est l'auteur d'une oeuvre personnelle qui se singularise par la force et l'évidence avec lesquelles elle impose l'essence de sa culture, loin des conditionnements qui trop souvent en réduisent la portée. Exaltés par la photographie de Yorgos Arvanitis et la musique d'Helena Karindou, les films d'Angelopoulos témoignent de l'odyssée contemporaine de la Grèce . Après des études de droit, le jeune homme suit les cours de l'IDHEC et devient un proche de Jean Rouch. De retour dans son pays, il est engagé comme critique de cinéma par le quotidien Allagi, publication suspendue plus tard par la junte militaire. En 1965, Angelopoulos commence à travailler sur un long métrage "Forminx Story" qu'il ne terminera pas et, en 1968, tourne un court métrage  L'émission, avant de passer à la réalisation de son premier long métrage "La reconstitution" (1970), dans lequel il analyse les conséquences d'un crime - l'assassinat d'un émigrant à son retour d'Allemagne par sa femme et l'amant de celle-ci - et les répercussions qui s'en suivent. Remarqué par la critique internationale, le film attire l'attention sur le cinéma grec, qui ne traversait pas alors une période favorable.

 

Angelopoulos se lance ensuite dans un projet plus ambitieux, trois films qui constituent une sorte de trilogie de l'histoire de la Grèce contemporaine. "Jours de 36" se situe juste avant l'élection qui conduit le général Metaxas à imposer sa dictature. L'opus évoque la séquestration d'un membre réactionnaire du Parlement, les hésitations du gouvernement et l'assassinat du preneur d'otage qui annonce la répression sévère qui suivra. "Le voyage des comédiens" (1975), présenté à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes, reçoit le prix de la Critique et est considéré comme un chef-d'oeuvre du cinéma moderne. Ce film narre l'histoire d'une troupe de comédiens dans la Grèce des années 1939 à 1952 et fonctionne sur le principe de la mémoire collective, naviguant sans entraves dans les strates d'un passé récent et dramatique : la dictature de Metaxas, l'occupation nazie, la Résistance grecque déchirée par ses tendances diverses, la victoire de la monarchie, la guerre civile, la défaite des communistes en 1949 et les élections de 1952. Les membres de la troupe s'expriment d'ailleurs à plusieurs niveaux - tout comme les figures de l'histoire populaire qu'ils interprètent - selon le point de vue historique et l'évolution de la Grèce elle-même. Dans "Les Chasseurs", que le cinéaste tourne en 1977, il évoque, une fois encore, l'histoire politique de son pays et ouvre son opus sur la découverte par des chasseurs du corps d'un combattant de la Résistance : poids de l'histoire, examen critique du pouvoir, théâtralisation à la Bretch de l'insignifiance de l'individu par rapport au groupe, rejet de la narration conventionnelle au profit d'un récit volontairement décousu dans lequel la caméra fixe de longs plans séquence, tels sont les thèmes et les moyens qu'utilise le metteur en scène afin de donner la sensation d'un temps alternatif qui se joue de l'homme. Le pouvoir sera encore au centre du propos d'"Alexandre le Grand" (1980), récit d'un bandit de grand chemin qui tente de régner en tyran en imposant sa propre démocratie, au tournant du XXe siècle. Issu du peuple, il finira par être détruit par le peuple et la métaphore renvoie, non seulement à la figure antique d'Alexandre, mais également au héros de la révolution grecque et au chef de la Résistance face à l'occupant nazi. Ce film obtiendra le Lion d'or au Festival de Venise. Après la réalisation en 1982 du documentaire "Athènes retour à l'Acropole", Angelopoulos commence une collaboration avec le scénariste et poète Tonino Guerra pour "Voyage à Cythère" en 1984. Dans ce dernier film, qui remportera le prix de la Critique internationale au Festival de Cannes, on suit les traces d'un cinéaste qui veut réaliser un film sur son propre père, un ancien communiste qui revient de l'Union soviétique après trente ans d'exil, et qui est devenu un étranger dans son pays natal. A travers la représentation d'une société dans laquelle toute spiritualité semble avoir été bannie, Angelopoulos exprime de façon subtile sa propre désillusion. Une quête d'identité, clairement marquée par l'influence d'Antonioni, remplace l'étude du groupe. Le thème du retour chez soi, marqué par le franchissement d'une frontière, devient une caractéristique des thématiques suivantes du réalisateur. "L'Apiculteur" (1986), ultime voyage d'un vieil homme, magistralement interprété par Marcello Mastroïanni, puis "Paysage dans le brouillard" (1988), voyage de deux enfants égarés à la recherche d'un père imaginaire, poursuivent l'étude d'un monde sans âme qui a perdu ses repères. Dans ce dernier film, Angelopoulos fait référence au Voyage des comédiens  de façon explicite, à travers le personnage d'Oreste qui rencontre les deux héros du film. "Le Pas suspendu de la cigogne", en 1991, est situé aux limites des deux pays imaginaires, au coeur d'un village envahi de réfugiés. Un journaliste pense avoir reconnu un politicien qui avait mystérieusement disparu. Le cinéaste commence là une réflexion amère sur la perte des repères en Europe depuis la chute du mur de Berlin. Puis viendra "Le Regard d'Ulysse" en 1994, odyssée contemporaine où Angelopoulos se met en quête des racines du 7e Art balkanique et évoque une nouvelle fois la tragédie des guerres, développant une réflexion sur le parcours d'un homme, sa vie, ses amours, ses désillusions. Le film sera honoré du prix du Jury et de celui de la Critique internationale au Festival de Cannes. Mais la récompense suprême, Théo Angelopoulos l'obtiendra en 1998 pour "L'Eternité et un jour", où l'on voit un écrivain vieillissant naviguer entre passé et présent et choisir de quitter l'hôpital où il est soigné pour sauver des enfants albanais et qui lui méritera la Palme d'or. Depuis lors, le réalisateur avait encore produit "Eleni - La Terre qui pleure" en 2004.

Ainsi, film après film, Angelopoulos avait-il redonné ses lettres de noblesse au cinéma grec.

 

Sources : Jean Gili

 

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LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART
 


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12 janvier 2012 4 12 /01 /janvier /2012 10:28

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Film ambitieux et envoûtant qui révèle les ombres et les replis ténébreux de l'histoire américaine, le dernier Eastwood est l'histoire de J. Edgar Hoover, le patron et fondateur du FBI, que l'on voit dès la première scène dictant ses mémoires à un jeune et séduisant agent, de façon à ce que celles-ci apparaissent à la postérité sous les apparences les plus flatteuses. De l'enlèvement du bébé de Charles Lindbergh aux "raids Palmer", de l'arrestation du célèbre criminel John Dillinger à la panique rouge qui saisit des Etats-Unis au lendemain de la révolution bolchevique, c'est un demi siècle que le cinéaste passe en revue par l'intermédiaire de cet homme que l'on verra, au fil de l'action,  coincé entre conventions sociales et désirs personnels. Avec l'aide de son scénariste Dustin Lance Black, Eastwood construit en déconstruisant un mythe, celui d'une Amérique virile, sûre d'elle et puissante qui se veut à tout jamais invulnérable, grâce à l'initiateur du plus gigantesque fichier d'empreintes digitales au monde, cet Edgar Hoover qui s'est donné pour but de faire entrer la police dans l'ère de l'expertise médico-légale et scientifique. Mais cet homme redoutable et redouté, qui parvint à édifier à lui seul un empire du renseignement inégalé, n'en est pas moins affligé de tares et de faiblesses intimes, vivant jusqu'à un âge avancé auprès de sa mère possessive qui l'incitera à vaincre son bégaiement et à gravir, marche après marche, les échelons de la bureaucratie fédérale, instituant un nouveau style, de nouvelles méthodes assez peu orthodoxes et usant de tous les coups tordus pour parvenir à ses fins. C'est aussi à cause de cette mère (Judi Dench) qu'il fera en sorte de cacher son homosexualité, envisageant même des mariages de convenance et s'affichant volontiers en présence de femmes célèbres, mais ne vivant pas moins durant quarante ans auprès de son associé-amant Clyde Tolson (Armie Hammer), qu'il traitait selon les circonstances plus ou moins bien ou mal, et qui lui restera fidèle, comme sa secrétaire Hélène Gandy ( la délicieuse Naomi Watts ),  jusqu'à la mort.

 

Ainsi ce bouledogue mégalo, orgueilleux et obsessionnel, le plus souvent mal embouché, aura-t-il ses fidèles pour la simple raison qu'il savait remarquablement alterner terreur et humanité, dureté et tendresse, se composant un personnage hors norme, celui du grand flic, tantôt héros national, tantôt salaud vindicatif. Diplômé en droit de l'université George Washington, l'implacable justicier traversera trois guerres et opérera sous huit présidents, sachant se maintenir en place, malgré les aléas rencontrés, surtout sous la présidence de John Kennedy, parce qu'il avait su accumuler  des informations personnelles sur chacun d'eux, principalement sur leurs vies sexuelles, ce qui était un comble lorsque l'on sait aujourd'hui les complexités de la sienne. Il tenait sous le coude les documents concernant les penchants lesbiens de Madame Roosevelt et les frasques des frères Kennedy. Mais c'est ainsi !  Cet homme était un manipulateur de génie, un être trouble et troublant que Eastwood nous présente selon un narratif concis, fait de flash-back habilement distribués entre les périodes les plus significatives de sa vie. Plus encore qu'un film sur le pouvoir, le cinéaste a souhaité mettre en relief un être en proie à ses contradictions ; d'une part, un orgueil monstrueux qui le poussait à agir de façon à ce qu'il soit le gardien le plus féroce du conformisme blanc américain ; d'autre part, une faiblesse de nature qui en faisait la victime de ses pulsions et de ses hantises. Son souci maniaque d'empiler dans des placards des tonnes de dossiers compromettants sur les hommes politiques de son temps ne servait-il pas, en définitive, à dissimuler ses secrets et ses compromissions ? Car Hoover était un marginal qui, pour échapper à ses démons, s'était forgé une stature surdimensionnée, celle du gardien des valeurs sacrées de son pays.

 

Ce biopic, trente-deuxième long métrage de Clint Eastwood, est sans nul doute un grand film de par l'ampleur de la fresque proposée, mais également pour l'interprétation saisissante que Leonardo DiCaprio fait de cet Edgar Hoover qu'il incarne de l'âge de 20 ans à celui de 77 ans de manière magistrale. Film après film, cet acteur prouve sa faculté à entrer dans la peau de personnages aussi forts que caricaturaux ( avec l'aide de maquilleurs expérimentés évidemment ) et à leur donner une épaisseur humaine impressionnante. Il est indéniable que sans lui l'opus n'aurait pas eu cette puissance de conviction. Bien entendu un tel film ne pourra jamais satisfaire les amoureux de l'histoire, parce qu'il ne fera jamais que la survoler, ne nous livrant que des épisodes successifs et aspirant à trop embrasser pour ne pas risquer de mal étreindre.

 

Pour lire l'article consacré à Clint Eastwood, cliquer sur son titre :

 

CLINT EASTWOOD - PORTRAIT

 

Et pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

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J.EDGAR de CLINT EASTWOOD
J.EDGAR de CLINT EASTWOOD
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8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 11:09

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Je me rendais à la projection de ce film avec un à priori favorable, après avoir lu des critiques enthousiastes, ce qui n'est certes pas la meilleure façon d'aborder un film, tant le risque est grand d'être déçue. Eh bien non ! - je ne l'ai pas été, tout au contraire, je suis entrée dans cet opus avec délice, j'ai marché totalement dans cette histoire qui relate les destins croisés de George Valentin (clin d'oeil à l'acteur Valentino, idole des années 1920) et de la sémillante Peppy Miller et nous plonge dans l'âge d'or du 7e Art hollywoodien. Cette évocation, tournée en noir et blanc sur fond musical, sans discours emphatiques, ni vaines paroles - et pour cause c'est un film muet - est une réussite inespérée, une ode poétique à un passé au charme suranné et néanmoins irrésistible. Il fallait oser à l'époque d'un cinéma bavard et provocateur, souvent violent et gâché par les effets spéciaux et un réalisme outrancier, remonter aux sources, revenir au cinéma de nos grands-mères et nous convier à re-visiter les studios d'Hollywood au temps où régnaient Mary Pickford, Charlie Chaplin et Buster Keaton. L'engouement du public d'alors était tel qu'il avait abouti à une guerre commerciale pour le contrôle de l'industrie naissante. En ce temps-là, les salles obscures étaient pleines et on passait du court-métrage ou du film à épisodes aux superproductions de dix à douze bobines qui introduisaient un souffle nouveau dans le récit cinématographique. A la veille du crack de 1929, la mecque du 7e Art était euphorique. La première guerre mondiale, en affaiblissant les concurrents européens, avait assuré la suprématie du cinéma américain. Près de 50 millions d'entre eux fréquentaient les salles obscures chaque semaine et les vedettes de l'écran étaient devenues les nouveaux dieux de cette olympe. Mais en 1924, déjà, la Warner faisait le pari d'adapter la technologie du son au cinéma et, en 1926, la société produisait Don Juan, le premier long métrage sonore d'Alan Grosland avec John Barrymore. Il est vrai que cette innovation était encore loin de satisfaire ses promoteurs et l'endettement de la Warner atteignit un niveau critique. Mais aussi fou qu'il soit, le pari allait  réussir et, en 1928, la Warner, requinquée par le procédé Movietone, se convertissait totalement au parlant. C'est ce moment clé que le réalisateur Michel Hazanavicius a choisi pour toile de fond. Ainsi nous invite-t-il à suivre l'histoire d'un acteur à succès qui se refuse à tenter l'expérience et déclare  que cette révolution se fera sans lui, reprenant à quelques détails près ce que disait Mary Pickford : - "ajouter du son au cinéma serait comme mettre du rouge à lèvre à la Venus de Milo". Le destin de George Valentin est celui que connurent quelques-uns des acteurs légendaires de l'époque. Après avoir été au sommet de leurs carrières, il leur fallut descendre l'escalier de la gloire, vite remplacés par une génération triomphante et convaincue que l'avenir et le progrès leur appartenaient.

 


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Cela sera le cas de Peppy Miller, une figurante, qui entrée par la petite porte, va peu à peu monter les marches que George est en train de descendre. Pour ajouter à ce déclin, voilà que survient le crack de 1929. A la désaffection du public s'ajoutent désormais pour George les soucis financiers et bientôt le désespoir, car il n'est plus seulement un acteur fini mais un homme ruiné. C'est ainsi que l'on passe, presque sans transition, de l'ombre à la lumière et vice versa. Je ne vous dirai rien de plus  de ce délicieux mélo qui nous est narré de façon exquise, est truffé de scènes inattendues et de trouvailles comme celle où Peppy, se croyant seule, s'imagine dans les bras de Valentin. Il se dégage une sensualité pleine de poésie qui en dit plus long que la plupart des scènes hard de notre production contemporaine. Et puis, il y a les acteurs : Jean Dujardin, qui a bien mérité sa palme d'or à Cannes et Bérénice Bejo que le film de son compagnon Michel Hazanavicius révèle au public sous le jour le plus séduisant. Elle crève l'écran par son charme - mais il est vrai que tout est charme dans ce long métrage - sa grâce, sa présence, sa pétulance et sa photogénie. N'oublions surtout pas le troisième acteur, tout aussi fantastique, qui à lui seul fait craquer le spectateur : le petit fox-terrier Uggy, amateur de hot-dogs,  qui sait tout faire, même semblant de mourir,  et auquel il ne manque que la parole... a été également couronné d'une Palme : la palme dog. Lorsqu'on a proposé le rôle à Dujardin, celui-ci fut quelque peu interloqué  - : J'avais un peu peur, mais surtout ça m'excitait. Je savais que j'allais être privé de texte, je savais que j'allais être privé de la voix. Ce n'est pas rien ! " Il est vrai aussi qu'à l'époque peu de producteurs misaient sur lui. Il s'était même entendu dire que pour faire du cinéma son visage était trop mobile. Ce défaut allait le servir au-delà de toute espérance pour cet opus où sa mobilité fait merveille. Finalement - ajoutera-t-il - j'ai découvert que le muet était presqu'un atout : il suffit de penser l'émotion pour qu'elle se voie. Aucun dialogue ne vient la polluer. Il suffit d'un rien, un regard, un battement de cil pour que l'émotion soit palpable.


Courez vite voir ce film, c'est un bain de fraîcheur servi par une imagerie et une gestuelle magnifiques, une oeuvre attachante qui nous propose de remonter le temps et où fidélité, délicatesse, élégance et amour sont à l'honneur, ce qui n'est pas si courant de nos jours.

 

Pour prendre connaissance de l'interview accordée par le petit chien Uggie, cliquer sur son titre :

 

INTERVIEW de UGGIE, LE CHIEN de "THE ARTIST"

 

Et pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

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6 janvier 2012 5 06 /01 /janvier /2012 12:30

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Réalisateur, producteur, scénariste, interprète, cascadeur, rédacteur des inter titres, Howard Hawks, né en 1896, est à coup sûr un homme pressé, que tout intéresse. Alors même qu'il est pilote de chasse, puis de course, il s'introduit dans le milieu du 7e Art en acceptant un emploi d'accessoiriste dans les studios de la Famous Players Lasky, avant de revenir à Hollywood en 1922 et de se consacrer à l'écriture de scénarios pour la Paramount. Henri Langlois notera à son propos que ce qui frappe chez lui, c'est à quel point son cinéma devance son temps.  "Son oeuvre, dans son esprit comme dans sa physionomie, est née de l'Amérique contemporaine et se découvre être celle avec laquelle celle-ci puisse le mieux s'identifier et totalement coïncider avec la modernité, dans notre admiration comme dans notre critique". Un de ses premiers films comme auteur à part entière sera Seuls les anges ont des ailes en 1939. Hawks y relate l'histoire de l'aviation civile avec d'autant plus de réalisme et d'authenticité qu'il fût pilote lui-même. Chaque personnage - précisera-t-il - est inspiré par des faits vécus. Celui de Jean Arthur et ses rapports avec Cary Grant sont authentiques. Dans un souci semblable, et au-travers d'une réalisation étonnamment dépouillée, Sergent York, réalisé en 1941, s'attache à explorer un personnage taciturne et méditatif campé par Gary Cooper. Le cinéaste dirige son acteur de manière à dévoiler la part la plus secrète et la plus intime de ce héros. Suivant cette ligne directrice, qui donne à son oeuvre son unité et sa profondeur, Hawks aborde tous les genres car tous le passionne : le film noir avec "Le port de l'angoisse" (1944) adapté d'une oeuvre de Hemingway, ou "Le grand sommeil" (1946) qui met en scène le couple mythique d'alors : Bacall/Bogart. Le western ne sera pas oublié et donnera des films d'une qualité exceptionnelle comme "La rivière rouge" (1948), "La captive aux yeux clairs" (1952), "Rio Bravo" (1959) et même "Hatari" (1962), sorte de "western africain" tourné au Kenya. Enfin la comédie tiendra dans la production si varié de son réalisateur une place non négligeable et des opus savoureux dont "Allez coucher ailleurs" (1949), "Chéri, je me sens rajeunir" (1952) ou le célébrissime "Les hommes préfèrent les blondes" avec Marilyn Monroe (1953). Il ira jusqu'à s'aventurer dans le peplum avec "La terre des pharaons" adapté de Faulkner et dans la science-fiction avec l'étrange "Chose d'un autre monde".

 

Dès 1926, où il réalise un premier classique "Coeurs d'or" avec une inoubliable Louise Brooks, puis son premier parlant "La patrouille de l'aube" (1930) dans lequel il place ses souvenirs comme pilote de la Première guerre, enfin en 1932 avec "Scarface" inspiré des crimes du gangster Al Capone, Hawks frappe le public et la critique par la nervosité de sa mise en scène et son étonnante modernité. Il innove avec un style qui ne cessera plus d'être maintes fois imité, comme cette façon de typer un personnage par un détail ou un tic. Malgré la violence déjà inhérente à ses scénarios, il s'attache à rendre l'action plus saisissante par les innombrables détails dont il émaille ses récits, ainsi une mitraillette, une arme nouvelle à laquelle il donne une dimension terrifiante. Sa forte personnalité ne manquera pas de le mettre, en diverses circonstances, en porte-à-faux avec les producteurs, aussi cherchera-t-il très vite à faire cavalier seul et à se libérer de leur emprise en produisant lui-même, tout simplement. Ainsi devient-il "un auteur de films" en un temps où cette situation est encore rare et impose-t-il sa qualité d'écriture en collaborant fréquemment avec William Faulkner, se démarquant par la même occasion des carcans classiques imposés par les productions de l'époque. Sobre, usant le moins possible des effets de montage ou d'une surcharge de plans, il donne sa préférence aux conflits intérieurs, jouant de l'espace d'où il tire sa force et la noblesse de ses images qui ne manquent ni de grandeur, ni de majesté, et convoque-t-il fréquemment la nature dans sa beauté afin d'ajouter à son narratif la magie poétique. Hawks le déclarait sans vergogne : "Le film moyen parle beaucoup trop. Vous devez bâtir vos scènes, bien les planter, puis laisser le spectateur faire un peu de travail pour qu'il se sente concerné. Tout script qui se lit avec aisance n'est pas bon. (...) Vous devez écrire ce que le personnage pourrait penser : il motive votre histoire. C'est parce qu'un personnage croit à quelque chose qu'une situation se produit, non parce que, sur le papier, vous décidez qu'elle doit se produire." Ses films se suivront et s'enchaîneront selon des mises en scène toujours plus inventives comme dans "Train de luxe" (1934), opus qui repose déjà sur le rythme et la vivacité des dialogues et dont la seconde partie se déroule entièrement dans un train. Le cinéaste s'impose, par ailleurs, comme directeur d'acteurs, révélant à ses débuts une jeune inconnue Carole Lombard ou dirigeant nombre de grandes vedettes de l'univers hollywoodien, comme le sont Gary Cooper, Joan Cawford  "Après nous le déluge", Edward G. Robinson "Ville sans loi", James Cagney "Brumes", ou encore le couple Katharine Hepburn/Cary Grant dans "L'impossible Monsieur Bébé". Ainsi se construit une oeuvre qui figure parmi les plus grandes de l'âge d'or du cinéma américain, impressionnante par sa qualité, son originalité, et plus encore par sa formidable modernité.

 

Pour avoir accès aux critiques des films de Hawks qui figurent dans ce blog, cliquer sur leurs titres :

 

LA RIVIERE ROUGE de HOWARD HAWKS      

 

RIO BRAVO de HOWARD HAWKS

 

L'IMPOSSIBLE MONSIEUR BEBE de HOWARD HAWKS

 

Et pour consulter la liste des articles de la rubrique REALISATEURS DU 7e ART, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART

 

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9 décembre 2011 5 09 /12 /décembre /2011 12:17

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Dans une société en quête d'elle-même, ayant traversé une succession de régimes totalitaires, une autothérapie semblait nécessaire, cette dernière s'exprimant par une vision humaniste de la société elle-même au travers d'intrigues qui prennent volontiers une tournure poétique. Mais pour réaliser des intrigues aux résonances critiques et politiques, il est prudent que les auteurs, soucieux de détourner la censure, utilisent des métaphores et puisent leur inspiration dans une culture millénaire et des réalités modernes qui, ensemble, concourent à conférer à cet art un caractère spécifique chargé d'incidences sociales, esthétiques, morales et religieuses. Néanmoins, le cinéma postrévolutionnaire des années 1980 mettra un certain temps à prendre la mesure des bouleversements qui ont profondément marqué la population et les images anciennes vont souvent être rejetées et remplacées par des enjeux majeurs, ceux d'un monde en proie à une guerre imposée par le voisin irakien. Aussi le cinéma de cette décade a-t-il à charge de louer l'héroïsme et le dévouement des Iraniens sur les champs de bataille, sacralisant la mort et honorant les martyrs. Les cinéastes les plus représentatifs ne sont autres que Mortezâ  Avini et Hâtamikiyâ. Mais c'est Kiârostami qui apportera au 7e Art iranien son plein épanouissement dans les années 1990 avec des oeuvres originales comme Où est la maison de mon ami ? et sera le premier réalisateur à s'imposer dans les festivals internationaux grâce à des codes esthétiques et éthiques personnels, que salueront une presse unanime et les critiques les plus exigeants, affirmant que nous sommes là en présence "d'un cinéma véridique, et par là-même indispensable". Il ne faut pas oublier que l'Iran a été la Perse et qu'il n'y a rien d'étonnant à ce que le 7e Art de ce grand pays soit le réceptacle dynamique de toutes les expressions artistiques qui ont imprégné sa culture et sa civilisation dans le domaine de la littérature, de la peinture (la miniature persane) et de la musique. Un autre cinéaste apparaît alors dans le sillage de Kiârostami,  dont l'art frappe par l'alliance si réussie de la beauté, de la poésie et du chagrin, c'est Majid Majidi qui évoque avec talent la vie simple et bouleversante des gens ordinaires filmés dans la splendeur de paysages champêtres. "Les enfants du ciel", réalisé en 1997 sera nominé à l'Oscar du meilleur film étranger à Hollywood en 1998, ce qui prouve, si besoin est, les pas de géants effectués par le cinéma iranien. Ces années 90 seront particulièrement riches en événements de tous ordres : d'abord la création d'un espace réservé aux femmes cinéastes comme Pourân Derakhshandeh qui filme avec délicatesse "Le petit oiseau du bonheur", et de Rakhshân Bani-E'temâd, autre figure féminine qui s'interroge sur l'origine des inégalités entre hommes et femmes. Son second film "Foulard bleu" (1993) raconte l'histoire d'amour impossible entre un patron et son ouvrière. L'autre événement marquant de l'époque est l'avènement d'un cinéma comique avec des réalisateurs qui ont noms  Mohammad Hossein Latifi et Iraj Tahmâseb.

 

En ce début de XXIe siècle, le cinéma iranien n'a rien perdu de sa créativité et s'illustre par une plus grande variété de choix esthétiques. De nouvelles signatures émergent telle que celle de Bahman Ghobâdi, Caméra d'or du Festival de Cannes en 2000 avec "Un temps pour l'ivresse des chevaux", film qui conjugue à la fois la puissance du scénario et des images et l'impact d'une musique très attractive composée par le maître Alizâdeh. Aujourd'hui de très jeunes cinéastes assurent la relève et contribuent à l'enrichissement d'un cinéma national soucieux d'aborder des thèmes de portée universelle. Seule la technique reste à la traîne mais l'élan, la passion sont bien présents, cela grâce à des hommes comme Mir Karimi qui se place d'ores et déjà à côté des grands du cinéma iranien : Kiârostami, Milhrju'i et autres. Dans ce cinéma en pleine évolution, l'exigence esthétique s'allie à la critique de la société pour composer un tableau qui n'est dénué ni de contradictions, ni de complexité.

 

Pour consulter l'article consacré à Kiârostami, cliquer sur son titre : 

 

 ABBAS KIAROSTAMI OU LE LABYRINTHE des SOURCES

 

Et pour prendre connaissance de la liste complète des articles de la rubrique MES BILANS, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DE MES BILANS CINEMATOGRAPHIQUES

 

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1 décembre 2011 4 01 /12 /décembre /2011 12:11

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Une famille de femmes que la vie a souvent bousculée et qui est parvenue, avec le temps, à apprivoiser les tumultes, où les hommes ont peu de place et qui va naturellement vaciller quand l’une d’entre elles tombera amoureuse. L’équilibre est alors à redéfinir et  chacune  s’y emploiera tant bien que mal. Mais le destin ne les laissera souffler que peu de temps avant d’imposer une autre réalité. La famille se verra alors dans l'obligation de tout réapprendre. La mécanique de l’adoption sera à nouveau sollicitée, forçant les uns et les autres à s'orienter vers d'autres perspectives. Tel est l'argument de cette variation délicate, musique de chambre tout en demi teinte, avec pour fond les nocturnes de Chopin. Ce premier film d'une jeune femme ambitieuse et créative est une bonne surprise, malgré les critique acerbes qu'il a suscitées dans la presse. Certes, l'histoire n'a pas la prétention de renverser l'ordre des choses, mais donne à ces choses leur place modeste entre lumière et ombre, murmure et chagrin, tendresse et inquiétude. La première partie est une vraie réussite : jolies images, douceur des attitudes, charme des actrices toutes trois excellentes : Marie Denardau, la libraire, qui tombe amoureuse d'Alex (Denis Ménochet) quand la pluie offre à celui-ci  l'occasion inespérée de se réfugier dans sa boutique, Clémentine Selarié dans le rôle de la mère, une femme qui a le goût du bonheur et n'impose rien qui ne soit de l'ordre du coeur et, enfin, Mélanie Laurent dans celui de Lisa,  la luthière, qui élève seule son petit garçon, ce qui donne lieu à des scènes délicieuses et très justes sur la relation mère/enfant. Cette poésie du quotidien procure à cette première partie  sa tonalité et voit se succéder de belles images aux savants clairs-obscurs et une suite de scènes de la vie de tous les jours peintes par touches légères et subtiles.

 

La seconde partie, aux inévitables longueurs, où l'une des soeurs, victime d'un accident, tombe dans le coma est encombrée de trop de symboles pas assez lisibles et d'une série de clips qui, ensemble,  alourdissent  le récit et c'est dommage. Toutefois, malgré ces erreurs, et on en a pardonné d'autres plus graves à des metteurs en scène confirmés, ce premier film nous révèle un authentique talent de réalisatrice, que ce soit dans l'ordonnance des séquences, le déroulement du narratif, la conduite des acteurs, Mélanie Laurent sait faire bon usage de ses sources et s'inventer un style qui ne demande qu'à se parfaire.

  

Prix du Jury et du Public au Festival de Saint Jean de Luz

 

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10 novembre 2011 4 10 /11 /novembre /2011 12:00

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Le réalisateur d'origine roumaine Radu Mihaileanu nous propose, après le succès de son dernier opus Le concert, une oeuvre très différente, un conte limpide et poétique inspiré du Lysistrata d'Aristophane - où des femmes s'engageaient dans une grève du sexe pour que cesse la guerre entre Sparte et Athènes - et dont le thème,  en résonance avec le printemps arabe, est celui de l'émancipation féminine et de la tolérance universelle dans les paysages sauvages et âpres du Maghreb. Montagnes pelées, terre ocre, mechtas jaune orangé, le décor est superbe, les femmes belles et déterminées, la lumière intense, la musique orientale à souhait. L'histoire, très simple, se résume en quelques lignes : à la suite d'une chute qui fait perdre son bébé à l'une d'entre elles, les femmes, chargées depuis le nuit des temps de rapporter l'eau au village à travers des sentes arides, se révoltent et décident de faire la grève de l'amour tant que les hommes ne se décideront pas à installer l'eau courante. La jeune Leïla, interprétée par la ravissante Leïla Bekhti, la plus émancipée de toutes ( elle sait lire et écrire ), va être le fer de lance de cette révolte, aidée par la plus âgée, une matrone courageuse à la langue bien pendue, campée par Biyouna, qui prête à son personnage de femme mûre un contour rocailleux mais profondément humain qui n'est pas sans rappeler l'audace et l'intrépidité de nombreuses femmes arabes lors d'événements récents. Au milieu des chants et des danses, ces épouses vont mener à bien leur combat, épaulées par le mari de Leïla, Sami (Saleh Bakri), l'instituteur du village qui est très amoureux de sa femme et ouvert à la modernité. Comme elles, il veut faire bouger les choses et lutte contre l'obscurantisme des anciens et les déviations qu'ils se sont permises des versets du Coran, de façon à soumettre les femmes à leur toute puissante autorité. De cette dignité bafouée, de l'obéissance humiliante à laquelle on les a contraintes, les femmes ont bien l'intention de s'affranchir, sans aller pour autant à rebours de leurs traditions millénaires et de leur foi. Les deux heures du film ne sont autre qu'une ode à la dignité féminine, à la place privilégiée que le sexe dit faible est sensé occuper au coeur de l'humanité, un message à l'intention d'un monde gagné par la sécheresse de coeur, l'égoïsme et la nonchalance coupable, un rappel adressé à une société en perte de repères, d'horizon, de ferveur et d'amour. Peut-être le scénario manque-t-il de rigueur dans sa narration, avec des répétitions et surtout une bande-son trop envahissante, mais il n'en est pas moins un joli conte biblique, où la poésie des êtres et celle des paysages composent une heureuse alliance.

 

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7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 10:58

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Ils avaient tout pour ne jamais se rencontrer, chacun avec son handicap énorme, le riche aristocrate tétraplégique à la suite d'un accident de parapente et le jeune loubard des banlieues issu d'une minorité défavorisée qui n'a pour ligne de mire que le chômage et la prison. Néanmoins, ces contraires vont  faire une heureuse alliance, bien que celle-ci soit un peu trop belle pour que l'on  ose y croire. Mais on nous dit que cette histoire est celle qui est arrivée au comte Philippe Pozzo Di Borgo et au jeune maghrébin Yasmin Selou, alors on plonge dans cette douce utopie qu'un jour ces milieux si antinomiques puissent trouver un terrain d'entente et, à leur cohabitation hexagonale, une autre solution que les battes de base-ball et le mépris. Et puis il faut reconnaître au film de mener  avec élégance, drôlerie et finesse ce paradoxe entre la vieille France paralysée sur ses acquis civilisationnels et la formidable énergie d'une jeunesse venue de l'immigration avec son style décoiffant, ses rythmes, ses audaces qui mettent soudain en concurrence, dans le bel hôtel particulier parisien, la musique de Vivaldi et celle de Earth wind and fire, la poésie classique et les vannes douteuses, les chaussures Weston et les Nike, enfin le complet-veston et le survêt. Et puis chacun a dans sa descendance quelqu'un à recadrer et l'insurmontable à surmonter et, bien qu'il n'y ait guère de surprise dans ce scénario mis sur rails dès les premières scènes, on se laisse prendre à ce savoir-faire habile, à ce rythme où alternent l'humour et la gravité, le burlesque et l'émouvant, la sagesse et la fantaisie, le rire et la souffrance, d'autant qu'il y a beaucoup de pudeur dans l'impudeur de ce tête à tête qui nous dévoile avec réalisme le quotidien d'un paralytique.
 

 

 Enfin et surtout il y a les acteurs, tous très convaincants : François Cluzet et son charme de civilisé, qui se laisse séduire par ce jeune des banlieues aux antipodes de son quotidien, mais dont le mérite est de  n'avoir aucune pitié à son égard et Omar Sy, épatant dans ce rôle d'ivoirien arraché à sa terre natale par une tante en mal d'enfant et qui essaie de trouver une place où survivre  entre trafic de stupéfiants et petits larcins, et dont le sourire illumine la pellicule, même si il est un peu trop stéréotypé - mais cela n'est qu'un détail - l'acteur bouge, danse, rit, parle avec un naturel et une vitalité percutante capable de réanimer un mort, mieux encore un tétraplégique au bord du désespoir. Si bien que Philippe ne peut plus supporter la présence de quiconque après que Driss l'ait quitté pour porter secours à un petit frère en déshérence. Les seconds rôles sont également à la hauteur de leurs personnages, aussi bien la dame de compagnie veillant sur les moindres détails de l'existence de son maître ou la jolie secrétaire qui, il faut se mettre au goût du jour, est lesbienne bien évidemment, car le film n'échappe pas aux clichés, hélas ! Au final, une comédie populaire agréable qui n'innove pas mais bien conduite, bien jouée, avec des dialogues qui font mouche et un tandem inattendu qui force la sympathie. Un opus qui s'inscrit dans la lignée des films français divertissants et bien troussés. Avec un mélange finement dosé d'humour et de tendresse.

  

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23 octobre 2011 7 23 /10 /octobre /2011 11:49

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" La souffrance ne se comprend pas, elle se ressent. elle est affaire de sensation, non d'intellect, de coeur, non d'esprit ".  Abbas Kiarostami
 

C'est au milieu des années 1980, et malgré la défiance du pouvoir islamique, que le cinéma iranien s'est révélé au monde entier grâce au réalisateur Abbas Kiarostami. Avec l'arrivée de Khomeyni en 1979, la Révolution avait fait table rase du 7e Art considéré comme objet de nuisance, aussi les salles avaient-elles été fermées ou détruites et la production mise sous scellés, malgré l'engouement du peuple iranien pour ce moyen d'expression. C'est donc en secret et sous le manteau que, désormais, les cinéastes iraniens allaient travailler, mais on sait combien l'interdit, et la frustration qu'il génère, favorise la créativité. Quand on se souvient que l'Iran d'aujourd'hui fût la Perse de jadis, on saisit mieux l'intérêt de ce peuple pour l'art en général et l'impact de l'image en particulier, capable de ressusciter des pages de l'histoire et de ré-actualiser une culture et une civilisation. Le cinéma de Kiarostami repose sur l'alliage unique de l'exigence réaliste du monde et de l'enchevêtrement complexe d'un récit initié par les déambulations des personnages. L'important de ce voyage dans le temps n'est pas d'atteindre un quelconque but ou d'affirmer un quelconque postulat, mais de le parcourir et surtout de remonter aux sources sans lesquelles le présent n'a pas de sens. A l'époque du Shah, dans les années 1950, existait un cinéma populaire et commercial sur le modèle du cinéma indien qui plaisait à tout le monde sans apporter aucun message, avant que les jeunes cinéastes, apparus dans le sillage de Kiarostami, ne renouent avec un réalisme social critique. Pour contourner la censure, des réalisateurs comme Dariush Mehrjui avec Le cycle (1974), Kamal Tabrizi avec Le Lézard (2004), Mohsen Makhmalbaf avec Le cycliste (1989) se sont intéressés au monde rural traditionnel, aux minorités exploitées, parfois même à la prostitution, et on devine aisément la ruse, le courage et la détermination qu'il leur a fallu pour mener à bien leurs entreprises. Close-up, sans doute le chef-d'oeuvre d'Abbas Kiarostami, montre à quel point la condition des femmes, les inégalités entre riches et pauvres ont engendré de frustrations et de misères que la Révolution islamique n'a aucunement résolues. Ainsi l'exigence artistique alliée à la critique de toute une société sont-elles les composantes du meilleur cinéma iranien et un témoignage engagé contre le totalitarisme des Ayatollahs

 

Dans "Le goût de la cerise"  de Abbas Kiarostami, cette figure majeure du nouveau cinéma iranien, un homme sillonne les routes à la recherche d'une personne qui l'aidera à accomplir son suicide. Mais, à chaque fois l'accomplissement n'aboutit pas, tandis que le cheminement se révèle formateur. Il y a en permanence dans les films de Kiarostami des guides passeurs et des dédales à parcourir, itinéraire en forme d'un labyrinthe initiatique. Par chance, cette oeuvre magnifique obtint la Palme d'or à Cannes en 1997, mettant à l'abri l'auteur d'un toujours possible attentat. Ce qui  n'empêche nullement ses films de subir la censure et d'être parfois interdits de projection dans son pays. Ce cinéma d'exception a heureusement fait école et inspiré une philosophie en action qui replace l'homme face à l'immensité de l'univers et réhabilite la sagesse orientale millénaire. C'est ce rôle de premier de cordée et de visionnaire qu'a su endosser ce cinéaste poète bouleversé par la beauté du monde et cruellement blessé par la perspective de sa propre finitude et des constantes tergiversations de la nature humaine.

 

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ABBAS KIAROSTAMI OU LE LABYRINTHE des SOURCES
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20 octobre 2011 4 20 /10 /octobre /2011 08:58
POLISSE de MAIWENN

  

Avec The artist, vu mercredi dernier, et Polisse vu ce mercredi, il faut reconnaître à la production française d'être diversifiée, car voilà deux univers totalement opposés dont on aurait aimé que l'un fut presque aussi muet que l'autre, tant sa jactance est assez pénible à supporter pendant plus de deux heures. Merveille du cinéma muet qui exprime l'essentiel en silence ! Alors que penser de ce Polisse, prix du Jury 2011 du Festival de Cannes et film promu comme l'exception française dans sa plénitude, sinon que c'est là un documentaire plutôt réussi des graves bobos dont souffre notre société et un inventaire assez fastidieux  des maux les plus affligeants de notre humanité : maltraitance, incestes, viols, fugues, rien ne sera oublié mais, curieusement, en dehors de quelques passages, sans susciter l'émotion que j'imaginais, car les scènes se succèdent en effleurant chacun des sujets sans aller jamais au fond des choses et, au final, ne nous apprenant rien de plus que ce que nous en disent quotidiennement les journaux télévisés et les téléfilms des chaînes publiques.

 

Si je ne me suis ennuyée à aucun moment car le film a du rythme et qu'il est interprété par des acteurs formidables ( inutile de les citer, ils le sont tous ), il ne me laissera pas un souvenir impérissable et ne révolutionnera en rien le 7e art, tant il est encombré de clichés et cède avec trop d'indulgence à la bien-pensance actuelle. Je sais, je vais m'attirer les foudres de quelques-uns, considérant que nous sommes en présence d'un film fort et pédagogique, mais voilà justement ce qui me déçoit le plus : ce film ne vous remue pas, il n'ajoute rien à ce que nous savions depuis belle lurette des problèmes inextricables qui se posent chaque jour aux brigades de protection des mineurs et, encore, le film de Maïwenn nous épargne-t-il les meurtres atroces et autres horreurs qui défraient la chronique presque chaque semaine. Plutôt qu'un coup de poing, je dirai qu'il s'agit d'un coup d'épée dans l'eau.



Là, où Polisse me semble le plus réussi, c'est dans le rendu du climat qui règne entre les membres de cette brigade parisienne, climat plus affectif et agressif que je ne le pensais, où  hommes et femmes en présence, fratrie en quelque sorte, exercent un métier si difficile qu'il met fatalement leur propre équilibre en danger. Aussi le moindre incident peut-il tourner au drame. Ce sera le cas lorsque l'une des protagonistes, à bout de nerfs, agressera sa consoeur avec les mots qui tuent ... Carine Viard se révèle dans cette scène une actrice capable de péter les plombs avec panache. Quant à Maïwenn, on se demande ce qu'elle vient faire dans son film et pourquoi elle a choisi d'endosser, en plus de son rôle de réalisatrice, celui sans consistance de photographe qui se promène au long de la pellicule sans rien y ajouter, sans rien y soustraire, figurante auto-satisfaite qui n'a sans doute d'autre but que de signifier aux spectateurs que notre société de l'image souffre d'un mal-être profond.

 

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  • : LA PLUME ET L'IMAGE
  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
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  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.

Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

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