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28 août 2011 7 28 /08 /août /2011 09:42
Martin Scorsese ou les clairs-obscurs d'un visionnaire


Fondateur de la World Cinema Foundation, Martin Scorsese, né aux Etats-Unis le 17 novembre 1942, est considéré comme l'un des plus talentueux cinéastes de sa génération, en même temps que l'un des plus controversés. Ses préoccupations marquées par son éducation religieuse se retrouvent dans la notion de culpabilité et de rachat qui font partie de son questionnement et ne peuvent laisser personne indifférent. Soucieux de célébrer l'homme dans sa noblesse et son obscurité, ce fils d'émigrés italiens ne cesse de puiser, dans son enfance, une inspiration partagée entre le pire et le meilleur, la violence et le lyrisme. Etudiant, puis enseignant à la Colombia University de New-York, Scorsese attire l'attention dès ses premiers courts métrages et ses documentaires autobiographiques. Son premier film, en 1970, "Bertha Boxcar" avec Barbara Hershey et David Carradine impose son style et suscite les encouragements de John Cassavetes. En 1973, "Mean Streets", son oeuvre suivante, est acclamée par la critique et lui permet de faire une rencontre décisive avec l'acteur Robert de Niro qui deviendra son alter ego. Cette chronique violente de deux petits malfrats sans envergure résume la vision en clair-obscur et le ressenti d'un réalisateur qu'interpelle en tout premier lieu notre condition humaine. Mais c'est avec "Taxi Driver" qu'il connaît la consécration, recevant la Palme d'or à Cannes en 1976.

 

L'impact de ses films, le cinéaste le doit principalement à l'image, à cette façon très particulière qu'il a de créer une mythologie urbaine qui déforme les corps et les esprits, meurtri les coeurs et qu'il sature de couleurs volontairement agressives. Au centre de ce chaos, un être progressera lentement vers la lumière ou s'abîmera définitivement dans les ténèbres. Ce sera le cas de l'une ou l'autre de ces finalités dans  "New-York, New-York", "Raging Bull", "Affranchis", "A tombeau ouvert", "Casino". Le monde du crime, la mafia, les mégapoles déshumanisées forgent un enfer dans cette approche mystique qui caractérise l'univers du cinéaste. Parfois, au coeur de ce déferlement brutal, des rituels raffinés d'une société privilégiée illustrent comme dans "Le temps de l'innocence" un enfer tout aussi dangereux car trompeur. Robert de Niro prêtera ses traits à plusieurs de ces héros. Selon les voeux du metteur en scène, cet immense acteur saura modeler son corps, tantôt musclé et aminci, tantôt bouffi et vieilli, afin de signifier l'évolution de l'être en proie à une possession diabolique ou aux prises avec une possible rédemption. Lorsque Scorsese aborde le Messie dans "La dernière tentation du Christ", c'est à travers les corps des uns et des autres chargés de symboliser les déchirements des âmes. Par des moyens physiques, une imagerie obsédante, l'oeuvre de Scorsese ne se contente pas de peindre l'homme de son temps et ses malaises sociétaux, il l'inscrit dans une perspective où l'idée de la grâce n'est pas absente et lui accorde des prolongements culturels et historiques, un sens et un rayonnement universel. Ainsi nous invite-t-il en permanence à la réflexion. Leonardo Di Caprio reprendra le flambeau dans des films plus récents comme "Shutter island" et "Aviator". Avec son dernier film, "Silence", Scorsese amorçait, davantage encore, un retour vers le spirituel après plusieurs films davantage grand public où, dans le Japon médiéval, le croyant délivre une profonde réflexion sur la foi dans un désert d'ignorance et de brutalité. Cette oeuvre est celle d'un visionnaire qui ne s'est pas contenté de saisir l'homme de son temps, le plus souvent dans ce qu'il a de pire, il l'a inscrit dans une perspective culturelle et historique afin de lui conférer un statut universel.
 


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Martin Scorsese ou les clairs-obscurs d'un visionnaire
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16 juillet 2011 6 16 /07 /juillet /2011 10:28
Avec Catherine Deneuve

Avec Catherine Deneuve

Avec Jeanne Moreau

Avec Jeanne Moreau


Luis Bunuel  est né le 22 février 1900, avec le siècle, à Calanda, petite ville de l'Aragon réputée pour son obscurantisme religieux. Aîné d'une famille aisée de sept enfants, il dut subir les durs principes d'une éducation rigoureuse, chez lui et chez les Jésuites auprès desquels il fit ses études secondaires, éducation qui, à l'évidence, ne convenait pas à sa nature rebelle. A dix-sept ans, il commence des études supérieures et obtient un diplôme de philosophie. Il fait alors deux rencontres qui le marquent profondément (et on le comprend) : celles de Dali le peintre et de Garcia Lorca le poète, qui exerceront une forte influence sur ses premières oeuvres cinématographiques. Grâce à l'aide financière de sa mère, il peut, à 28 ans, tourner son premier film, secondé par Dali : "Un chien andalou". Ces débuts prometteurs vont de suite lui mériter l'estime des intellectuels et le succès auprès du public. En 1930, la projection de  "L'âge d'or"  provoque un scandale tel, que le film est retiré du circuit et frappé d'un interdit qui ne sera levé qu'en 1981. Peu après éclate la guerre civile d'Espagne, au cours de laquelle Bunuel ne s'engagera que moralement, en participant à un documentaire pro-républicain  "Madrid 36",  puis il part pour les Etats-Unis où il va s'employer à démontrer aux Américains le danger des films de propagande nazi. Mais son anticléricalisme et son marxisme lui valent des ennuis et des pressions qui vont le contraindre à s'exiler au Mexique. Là, il  reprend sa carrière de cinéaste et réalise  Los Olvidados  en 1950,  "Archibald de la Cruz" en 1955,  "La mort en ce jardin"  en 1956 et  "Nazarin"  en1958, longs métrages qui font référence à Sade, la religion et la bourgeoisie qu'il pourfend de son ironie implacable. De retour en Europe, il se consacre à un long métrage qui compte parmi ses chefs-d'oeuvre "Viridiana".  Avec ce film, il obtient en 1961 la palme d'or du Festival de Cannes, mais n'échappe pas aux remous politiques, diplomatiques et religieux qu'il suscite. Franco qui, dans un premier temps, avait autorisé son tournage et accepté son exploitation, finit par l'interdire dans la très catholique Espagne. Suivront d'autres réalisations, toujours provocantes : "L'ange exterminateur" en 1962,  "Le journal d'une femme de chambre"  en 1964, "Simon du désert" en 1964,   "Belle de jour"  en 1966,  "Tristana"  en 1969. Avec  "Le charme discret de la bourgeoisie",   il obtient l'Oscar du meilleur film étranger et met un terme à sa prodigieuse carrière en 1977 avec "Cet obscur objet du désir".  Il meurt à Mexico le 29 juillet 1983. Le meilleur du cinéma de Bunuel se situe à l'intersection du monde du besoin, symbolisé par la nourriture et le sexe qui sont le lot quotidien de l'existence, opposé à la mise en scène réglée par les conventions bourgeoises et la religion. Le cinéaste s'est plu à montrer  combien la civilisation et les bonnes moeurs ne sont jamais qu'un vernis fragile et que l'homme se rapproche de l'animal à maints égards. Un animal de raison souvent déraisonnable. "Au fond - disait-il - j'ai toujours choisi l'homme contre les hommes".

 

"Viridiana"  est, parmi les nombreux  films de Luis Bunuel, sans doute l'un des plus forts et des plus aboutis. Il est certain que l'on ne sort pas de cette projection indemne. Ce film coup de poing nous interpelle au plus profond de nos doutes et de nos convictions. Iconoclaste, on comprend qu'il ait soulevé la controverse. Bunuel s'y livre, une fois de plus, à l'un de ses règlements de compte envers les siens et les Jésuites qui le formèrent, selon une règle dont il considère qu'elle l'a opprimé au point de gâcher son enfance et son adolescence. Il y aborde également les thèmes qui lui sont chers : l'inceste, l'hypocrisie de l'église, la bêtise et la suffisance de la bourgeoisie, la bestialité du peuple. Tout y passe avec une insolence, une audace à couper le souffle. On prend conscience de l'impact que l'art cinématographique peut avoir lorsqu'il est exercé par un homme de génie. Cela dépasse de beaucoup les résonances de l'écrit. La Cène où le Christ et ses apôtres sont remplacés par des mendiants est l'un des sommets de la provocation. De même que les passages où l'auteur se plait à détruire les objets de l'iconographie religieuse. Dans ce film, comme dans la plupart des précédents et des suivants, il n'hésite pas à décrire avec délectation la puissance étouffante du milieu social, monde originaire qui figure la permanence de l'asservissement auquel aucun d'entre nous n'échappera, milieux si semblables à des systèmes cosmiques indépendants, qu'ils ne peuvent être perméables les uns aux autres et que, s'ils évoluent, ce ne peut être qu'à l'état d'ébauches déjà condamnées. Chez lui, comme chez le marquis de Sade, le bien conduit au mal, son envers, si bien que les tentatives de charité et de bonté sont vaines et n'aboutissent qu'à produire des monstres ou des zombies. Jugeons-en par l'expérience de Viridiana et résumons son histoire pour la mieux comprendre : Viridiana, juste avant sa prise de voile et ses voeux définitifs, rend visite à son protecteur et vieil oncle, Don Jaime, sur les conseils et les encouragements de la Mère supérieure du couvent. Celui-ci vit seul depuis la mort de son épouse survenue la nuit de leurs noces. Or il s'avère que Viridiana ressemble étrangement à cette femme. Troublé par la beauté de sa nièce, Don Jaime n'a plus qu'une idée : la garder auprès de lui. Avec la complicité de sa servante Ramona, il lui fait absorber un somnifère et tente d'abuser d'elle pendant son sommeil. Le lendemain, épouvantée à l'idée qu'il l'a possédée, comme il le lui laisse croire, elle s'enfuit. Mais sur le chemin du retour, apprend qu'il s'est donné la mort. Elle revient alors au domaine - dont elle est l'héritière avec l'un de ses cousins - et décide de renoncer à la vie monastique pour se consacrer aux pauvres. Un soir de fête, les malheureux, qu'elle a recueillis, se livrent à une sorte de bacchanale, se saoulent, pillent la demeure et essaient même de violer leur bienfaitrice. En cherchant à améliorer la condition d'existence de ces pauvres gens, Viridiana n'est parvenue qu'à exacerber davantage leurs pulsions animales. Pulsions de mort et d'anéantissement qui habitent l'homme depuis la nuit des temps. Rien ne vaut rien. Le pessimisme de Bunuel ne lui permet pas d'envisager une quelconque rédemption, même pas une espérance. Puisque, selon lui, l'univers est livré inexorablement au néant. Les scènes carnavalesques et les simulacres n'ont pour but que d'aggraver ce qu'il y a de dérisoire dans tout effort qui tendrait à envisager un possible salut. Dans cette perspective, la perversion se révèle être un dérivatif. L'homme y devient un prédateur et l'assouvissement des riches n'a d'égal que l'inassouvissement des pauvres. Bunuel, s'il admet la valeur symbolique de la religion et des arts, lui reproche de ne proposer aux hommes qu'un idéalisme fallacieux, une vision magnifiée et forcément trompeuse d'eux-mêmes ; le destin humain lui apparaissant comme voué à jamais à sa perte. D'où son ironie grinçante qui n'est pas le désespoir, mais un détachement volontaire et passablement hautain des choses. Le cinéaste entend nous confronter avec  le réel, sans céder à la complaisance. Il est certain qu'un tel film, sorte de  " contre-bible " laisse longtemps dans l'esprit son amer désenchantement.

 

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JEANNE MOREAU    

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LUIS BUNUEL OU LE DETACHEMENT VOLONTAIRE
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24 juin 2011 5 24 /06 /juin /2011 09:20
DIALOGUE AVEC MON JARDINIER de JEAN BECKER

          

Ce film de Jean Becker a le mérite de remettre quelques bonnes vérités en place, ne serait-ce qu'en offrant de la vie d'un rat des villes et de la vie d'un rat des champs une vision juste et une morale salutaire. Entre un peintre et un jardinier qui se retrouvent après avoir partagé, jadis, les 400 coups de l'enfance, s'instaure un dialogue savoureux où le bon sens sort triomphant et l'amitié confortée . Un vrai bain de jouvence que la dernière partie du film ternit un peu. Dommage !


Un peintre lassé des aléas de la vie parisienne s'en retourne vivre dans sa province d'origine au coeur de la France profonde, ce qui est l'occasion pour lui de renouveler ses thèmes d'inspiration et de remettre en question son style de vie. D'autant que le jardinier, auquel il a recours pour cultiver son potager, n'est autre qu'un ami de jeunesse qui, après avoir été cheminot, s'est reconverti dans le jardinage par goût personnel. Rencontre entre deux cultures, deux vocations, celle de la terre et celle de l'art, entre deux modes d'existence.


Tandis que l'un a été victime de pas mal de revers et de déboires, l'autre a su se protéger et vivre des jours lumineux et simples en offrant aux autres ce qu'il avait cultivé avec humilité. Aussi le peintre, en rupture d'illusion, s'émerveille-t-il du regard empli de sagesse et de lucidité que cet ancien complice de la communale pose sur le monde. Nulle aigreur, nulle jalousie ne viennent fausser son jugement qui frappe par son bon sens, l'unique critère auquel il se réfère en toutes occasions.

                    

L'auteur des Enfants du Marais a adapté pour l'écran un roman d'Henri Cueco, dont le jardinier-philosophe était le héros principal, dispensant au fil des pages et des dialogues une belle leçon de vie. Jean Becker, pour l'occasion, a voulu amplifier, face à lui, le rôle du peintre en vogue revenu des déceptions causées par une existence trop superficielle et mondaine et qui, ayant passé le cap de la cinquantaine, s'interroge sur son art et sur sa carrière. Le cinéaste a apporté également un soin particulier au traitement de l'image et de la lumière. Les paysages sont très présents, non seulement pour activer la mémoire et favoriser l'inspiration, mais redonner à la vie du peintre les couleurs qu'elle semble avoir perdues. C'est, par ailleurs, dans les dialogues eux-mêmes, qui font écho au décor champêtre, que réside la part la plus intéressante du film dont le scénario reste conventionnel et les personnages secondaires peu consistants. Néanmoins, cette douceur de vivre suffit-elle à nous convaincre qu'elle peut à elle seule rendre au peintre le goût de lui-même et ré-orienter sa carrière d'artiste ? Sans doute non, mais il n'empêche que le film distille une fraîcheur revigorante, que les diverses scènes sont amenées avec délicatesse et que le cinéaste procède habilement par touches légères, feuilletant devant nos yeux un plaisant catalogue de peintures impressionnistes. Un bon moment qui nous propose un regard ragaillardi sur les choses.



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DIALOGUE AVEC MON JARDINIER de JEAN BECKER
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23 juin 2011 4 23 /06 /juin /2011 10:33
ALAIN CAVALIER, CAVALIER SEUL DU 7e ART


Iconoclaste et inclassable, Alain Cavalier est le cinéaste qui, par excellence, et cela dès ses débuts, a opté pour un parcours atypique de façon à faire cavalier seul. Né en 1931 à Vendôme, il commence des études d'histoire avant d'entrer à l'IDHEC, puis de devenir l'assistant de Louis Malle. Le voilà à bonne école, au coeur de cette Nouvelle Vague dont il entend bien se distinguer en tournant bientôt, pour son propre compte, des événements politiques comme la guerre d'Algérie dans Le combat dans l'île en 1961 et  L'insoumis  en 1964, insoumis qu'il est lui-même et justification du refus d'obéissance aux ordres. Mais malgré la présence d'acteurs de renom comme Jean-Louis Trintignant, Romy Schneider ou Alain Delon, ces premiers essais seront des échecs. Alain Cavalier connaîtra ses premiers succès avec des films plus commerciaux dont un polar Mise à sac en 1967 et surtout avec La Chamade en 1968, qu'il adapte du roman éponyme de Françoise Sagan, alors au sommet de sa gloire. Toutefois, ces films commerciaux, s'ils lui permettent de vivre et de se faire connaître du grand public, ne satisfont aucunement sa nature exigeante. Ce n'est pas ce cinéma-là qu'il entend promouvoir. Aussi va-t-il à nouveau renoncer aux codes du cinéma en vogue pour réaliser des longs métrages dans lesquels il impose sa conception personnelle du 7e Art et sa sympathie pour les marginaux, en veillant à ce que le sujet soit abordé sans concession et s'inspire de l'expérience de chacun. Se refusant à l'action dramatique traditionnelle, le cinéaste décide de ne plus tourner que des oeuvres fondées sur une base d'authenticité qui mettent en scène des dilemmes intérieurs comme Ce répondeur ne prend pas de message en 1979 et Un étrange voyage en 1980, où il relate un épisode singulier de la vie de sa fille et obtient, dans la foulée,  le prix Louis-Delluc 1981.

 

 

Mais une étape capitale sera franchie avec Thérèse en 1986. Dans ce film, Cavalier s'inspire au plus près de la vie d'une jeune carmélite, qu'il traite avec un dépouillement extrême et une grande intensité qui lui vaudra l'admiration générale et où il questionne la sainteté avec une émotion palpable. Le film, ovationné au festival de Cannes 1986, recevra le prix du Jury avant de remporter le César du meilleur film, du meilleur réalisateur et du meilleur scénario. Dès lors Alain Cavalier est entré dans la cour des grands. Dorénavant il oriente son inspiration vers une épure encore plus exigeante au service d'une nouvelle ascèse et aborde une série de 24 portraits de femmes exerçant des métiers en voie de disparition, tel que matelassière. A l'écart des groupes et des écoles, son enjeu principal est le respect du réel, le rendu sans concession de la vie, qu'il tourne en solitaire grâce à une caméra DV dont la légèreté lui ouvre des perspectives très larges, saisissant l'histoire sous l'angle du documentaire qu'il construit et déconstruit à son gré. Si bien que des films comme La rencontre (1966),  Vies  (2000),  Le filmeur  (2005)  sont-ils de véritables journaux intimes, où il met en récit sa propre vie et celle de ses proches. C'est le cas de son dernier opus  Pater qui sort actuellement sur les écrans après avoir été ovationné à Cannes, comme jadis Thérèse, et que les critiques considèrent déjà comme une oeuvre hors norme, offrant au spectateur une diversité inouïe de scènes qui, toutes, font acte de vérité, souci majeur de ce réalisateur qui entend que le 7e Art reste une aventure permanente.

 

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27 mai 2011 5 27 /05 /mai /2011 09:05
TERRENCE MALICK, POETE PANTHEISTE DU 7e ART

 

Etudiant en philosophie, puis scénariste, Terrence Malick, né le 30 novembre 1943, occupe une place à part dans l'univers du 7e Art, de par la rareté de ses films d'abord,  de par leur puissance ensuite. Dès son premier opus La balade sauvage (1974), l'histoire d'un fait divers criminel, il déploie une réflexion très personnelle, poétique et panthéiste à la fois, sur la beauté du monde. A travers les deux films suivants Les moissons du ciel (1978) et La ligne rouge (1998), il donne plus d'ampleur encore à sa réflexion, jouant du contraste entre la brutalité des hommes et la splendeur de la nature. Luministe à la Warhol, il sait magnifiquement utiliser les ressources de la peinture américaine et une iconographie à la beauté dépouillée et grandiose à laquelle s'ajoute des choix musicaux insolites ( Satie ) et une méditation mystique qui élimine systématiquement les scènes d'action attendues ou les dialogues explicatifs pour développer, à la façon d'une symphonie, une épopée inversée mais captivante grâce aux sortilèges de l'image. C'est au spectateur à entrer progressivement dans cette oeuvre rare, dans cette réflexion savamment orchestrée, comme on le fait en littérature lorsque l'on aborde un Marcel Proust ou un Céline et, qu'à la place de l'image, la phrase vous emporte dans ses incessants méandres et vous invite à partager doutes et interrogations.

  
 

Le cinéma de Malick est cela avant tout : celui de l'interrogation, où la question compte davantage que la réponse, réponse que chacun est prié d'aller chercher en soi-même. Le réalisateur se pose ainsi en  célébrant d'un opéra mystique où l'homme est inséparable de l'univers et plein acteur de sa condition humaine, puisqu'il est tout ensemble témoin et auteur. Certes, comprendre Terrence Malick n'est pas simple. De même qu'il donne peu de directives à ses acteurs, ce n'est pas quelqu'un qui vous propose une approche pédagogique de son travail. Sa vision, il l'impose telle quelle, libre à chacun de le suivre ou pas. Et puisque l'univers et la vie sont mystère, l'oeuvre de l'artiste l'est également et il faut faire avec, accepter que l'inspiration joue sa partition sans avoir à souffrir d'entraves et de réductions. Parce que chacun de nous demeure au coeur du mystère, l'artiste, forcément en osmose avec lui, le célèbre, non de façon angélique ou moralisatrice, mais comme une relation fragile et de caractère émotionnel. D'où la beauté de ses aubes et de ses crépuscules magnifiés comme jamais à l'écran. C'est le retournement des forces, celle de l'homme acceptant de se plier aux servitudes de sa condition dans une solennité qui peut apparaître, à certains, grandiloquente.

 

Absent durant six ans, le cinéaste offre ensuite, loin du traditionnel discours sur le bien et le mal, un film controversé The tree of life dont les jurés de Cannes, faisant fi des sifflets et des ovations, ont su apprécier la valeur  : celle d'une oeuvre audacieuse, rare, signifiante et inspirée,  réflexion en forme de poème sur la difficulté ... d'être. Malgré une insistance esthétique peut-être trop envahissante, le film se place au-dessus de ce qu'il est habituel de voir, pour toutes les qualités soulignées plus haut et une thématique mise au service d'une expérience totale. Et en 2019, poussant plus loin encore sa réflexion sur le bien et le mal, Malick nous offre avec "Une vie cachée" une oeuvre remarquable à tous égards, sur la beauté de la création et la noirceur de l'homme, empli d'une spiritualité de la gratitude et de l'éloge de l'amour conjugal qui ne connaîtra pas les honneurs de Cannes, hélas ! Malick y retrace le martyre de Franz Jägertätter qui sera béatifié en 2007, autrichien qui préférera la mort au déshonneur. Film admirable, où l'espérance demeure dans un visuel vibrant et musical, envoûtante par sa profondeur, véritable parcours christique qui ne surprend pas de la part d'un connaisseur de la Bible et d'un traducteur de Heidegger.

 

 

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11 mai 2011 3 11 /05 /mai /2011 13:33
MA PART DU GATEAU de CEDRIC KLAPISCH

        

Un scénario bâclé prive ce film d'une véritable portée sociale et le fait passer à côté de son sujet, l'effleurant sans en rien tirer de pertinent, tant l'opus cède, dès le départ, à la facilité.

 

L'argument est simple et se résume en quelques lignes : les délocalisations massives en vogue frappent une grosse entreprise de Dunkerque où travaille France ( dont le prénom n'est pas anodin ), une jeune femme qui élève non sans peine ses trois filles et se retrouve, soudain, sans emploi et larguée par son mari docker. A la suite d'un tuyau, qui lui a été donné par son beau-frère, elle se rend à Paris et devient la femme de ménage d'un trader forcément mauvais père, mauvais amant, infidèle, cynique et odieux, qui a contribué à bousiller sa boîte et à faire licencier son personnel. C'est Gilles Lellouche qui interprète le personnage auquel, visiblement, il ne croit pas davantage que nous ne croyons à cette histoire mal ficelée.    

 

La seule à tirer honorablement son épingle du jeu est Karin Viard qui tente de se couler avec bonne volonté dans un rôle qui oscille entre passionaria et pretty woman sans se situer avec précision. Ces maladresses enlèvent toute crédibilité à ce film qui n'a pas su choisir entre film de genre et romance. Trop manichéen, sans finesse aucune, les bons et les méchants partagés par des maximes toutes faites et circonstanciées, Ma part de gâteau ne parvient ni à faire sourire, ni à émouvoir, encore moins à convaincre. Brouillon imparfait et portrait loupé de notre époque, on l'oublie dans l'heure qui suit. Dommage pour les acteurs qui méritaient mieux.

 

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MA PART DU GATEAU de CEDRIC KLAPISCH
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4 mai 2011 3 04 /05 /mai /2011 09:46
LA BALLADE DE L'IMPOSSIBLE de TRAN ANH HUNG

          

La ballade de l'impossible  du réalisateur Tran Anh Hung, d'après le roman éponyme de l'auteur japonais Haruki Murakami, qui fut un best-seller dans les années 1987, se passe à Tokyo en 1960. Kizuki, le meilleur ami de Watanabe, s'est suicidé. Watanabe quitte alors Kobe et s'installe à Tokyo pour commencer ses études universitaires. Alors qu'un peu partout, les étudiants se révoltent contre les institutions, la vie de Watanabe est elle aussi bouleversée quand il retrouve Naoko, ancienne petite amie de Kizuki. Fragile et repliée sur elle-même, Naoko n'a pas encore surmonté la mort de Kizuki. Watanabe et Naoko passent les dimanches ensemble et le soir de l'anniversaire des 20 ans de Naoko, ils font l'amour. Mais le lendemain, elle disparaît sans laisser de traces. Watanabe semble alors mettre sa vie en suspens à la suite de la perte inexplicable de ce premier amour. Lorsqu'enfin il reçoit une lettre de Naoko, il vient à peine de rencontrer Midori, belle et vive, qui ne demande qu'à lui offrir son amour.


Tran Anh Hung, né en 1962, est d'origine vietnamienne et s'est réfugié en France en 1975 où il a commencé des études d'opérateur à l'école Louis-Lumière. L'odeur de la papaye verte sera son premier long métrage, tourné dans les studios parisiens, bien que l'action se déroule au Viêt Nam. Ce film lui mérita la Caméra d'or au Festival de Cannes 1993 et le César de la meilleure première oeuvre en 1994. Cyclo, un polar très stylisé, qui se passe dans les rues de Hô-Chi-Minh, lui vaut le Lion d'or de la Mostra de Venise en 1995 et fait de lui l'un des plus jeunes cinéastes à avoir obtenu cette distinction. Son quatrième opus Je viens avec la pluie est un thriller intense et poétique hanté par trois figures de la mythologie occidentale : le tueur en série, le détective privé et la figure christique et fut projeté au Japon au printemps 2009. Son cinquième long métrage est cette Ballade de l'impossible projetée lors du 13e Festival du film asiatique de Deauville en mars dernier, que l'on pourrait titrer par " la douleur d'être", tant elle est présente, obsédante, tout au long de l'opus. Oui, La ballade de l'impossible est un road-movie intérieur, une descente dans les abimes de l'être où tout semble souffrance et malaise. Dans le Japon des années 60, une génération de jeunes gens parvient difficilement à trouver l'allégresse du coeur, tant la guerre, les guerres ont marqué, jusqu'à ces toutes dernières années, l'Extrême-Orient. Les suicides sont fréquents chez des adolescents qui se refusent à grandir. C'est le cas de Naoko, frappée par le suicide de Kisuki, son ami d'enfance avec lequel elle n'a jamais pu faire l'amour, parce quelque chose dans son être, dans sa chair, semblait s'être verrouillé à jamais. Est-ce la raison qui a poussé le jeune homme à se donner la mort ? Naoko se sent-elle responsable de son suicide ? Toujours est-il que la tendresse de Watanabe ne parvient pas à l'arracher à sa prison intérieure. Le jour de son anniversaire, elle cède et fait l'amour avec lui, mais sans en éprouver de plaisir, et pour cause, puisque, comme elle l'avoue, elle aimerait avoir toujours 18 ans, l'âge où elle a perdu son amour d'enfance, son insouciance. Le lendemain, elle s'enfuit et va entrer dans une maison de santé pour essayer de retrouver un semblant d'équilibre. Mais qui peut sauver Naoko, alors même que la tendresse de Watanabe, qui lui rend souvent visite, est impuissante à le faire ? Paysages de neige, désert de solitude, pour l'un et pour l'autre, le film déroule sa lente et triste mélopée, sa cantate douce-amère qui donne la mesure de l'inexprimable, de l'inextricable. Un film grave, comme savent si bien les faire les asiatiques, qui pose les questions sans les résoudre, mais touche la sensibilité de chacun en son point le plus secret. Naoko, déjà habitée par la mort, par ce froid qui glace son corps et ses sens, peut-elle être sauvée par autre chose que la mémoire et les souvenirs qui perdureront dans Watanabe ? Et lui parviendra-t-il à se délivrer de son chagrin auprès de la touchante et aimante Midori ? Peut-on avoir une seconde chance en amour ?
 

Voilà un film qui ne peut laisser de marbre, tant il tisse une trame  sensible, voire désespérée, tant il avance à petits pas dans l'imbroglio des coeurs et la solitude des personnages. Les jeunes acteurs sont admirables : Kenichi Matsuyama donne à Watanabe l'ampleur déchirante d'un héros antique, alors que Rinko Kikuchi  (Naoko) et Kiko Mizuhara (Midori) sont ravissantes et légères, d'une intense féminité, ballottées et blessées avec cette grâce qui les rend touchantes. Et il est vrai que ce film a une portée d'autant plus grande qu'il va à l'essentiel : qu'est-ce que vivre ? qu'est-ce qu'aimer ? et établit un parallèle entre passer et durer, être ou n'être pas, shakespearien dans ses interrogations. Esthétiquement travaillé, La ballade de l'impossible sait faire le lien entre nature et sentiment, allier l'image aux états d'âme et faire chanter les paysages comme des partitions musicales, parfois même un requiem. Seule la bande sonore, plaquée plus que fondue, gêne à certains moments. Un film long, qui aurait gagné à être plus condensé, mais qui touche par la grâce qu'il dégage et par le talent des acteurs à tenter d'exprimer l'inexprimable. 

 

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21 mars 2011 1 21 /03 /mars /2011 11:08
ANNIE GIRARDOT

                                                                                                                                                                                 

Née en 1931, Annie Girardot, après le Conservatoire dont elle était sortie avec un double prix de comédie classique et moderne et un passage à la Comédie française de 1954 à 1957, débute sa carrière cinématographique dans des films de série noire, très en vogue à la fin des années 50. Elle est remarquée auprès de Gabin dans  Le Rouge est mis  (1957) de Gilles Grangier et  Maigret tend un piège  (1958) de Jean Delannoy. A partir de 1960, elle va alterner les films français et italiens et apparaît bouleversante dans l'admirable film de Visconti  Rocco et ses frères , où elle a pour partenaires Alain Delon et son futur mari Renato Salvatori  qui sera le grand amour de sa vie et avec lequel elle aura une fille Giula, elle-même comédienne ( Renato mourra en 1988 ). Le film de Visconti, où elle est l'inoubliable prostituée Nadia, la propulse au firmament du cinéma et fait d'elle une actrice de premier plan, incarnant idéalement la femme moderne, forte et active. Elle est, par excellence, l'actrice populaire, tour à tour drôle et pathétique, aussi à l'aise dans la bouffonnerie que dans le drame. Ses rôles sont souvent ceux d'une personnalité en pleine ascension sociale comme dans  Docteur Françoise Gailland (1976) de Jean-Louis Bertucelli, dont le rôle titre semble fait pour elle, celui d'une femme forte, indépendante dont le fils vole, la fille se retrouve enceinte et elle-même apprend qu'elle est atteinte d'un cancer. Figure canonique à caractère définitivement matriarcal, elle y est sensationnelle et les femmes des années 70 se reconnaissent volontiers en elle. Suivront dans la même veine  Il faut vivre dangereusement de Claude Makovski ou encore  Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas mais elle cause  (1969) de Michel Audiard qui lui concocte, comme pour Gabin, des dialogues sur mesure.

 

 

Sa filmographie est importante, puisqu'elle est présente  dans 106 longs métrages, sans compter ses nombreuses prestations sur les scènes de théâtre et à la télévision. On peut dire qu'elle a tourné avec les meilleurs metteurs en scène de la seconde moitié du XXe siècle : Jean-Paul Le Chanois, André Hunebelle, Gilles Grangier, Marc Allégret, Jean Delannoy, Christian-Jacque, Alexandre Astruc, Luchino Visconti, Denys de la Patellière, Gérard Oury, Franco Rossi, Mario Monicelli, Marco Ferreri, Philippe de Broca, Marcel Carné, Claude Lelouch, Aleksandar Petrovic, Ugo Gregoretti, Edouard Molinaro, André Cayatte, Claude Pinoteau, Francesco Maselli, J. Louis Bertucelli, Yves Boisset, Moshe Mizrahi, Bertrand Blier, Michael Haneke... Tous auront fait appel à son talent d'actrice au-dessus et au-delà des modes, femme pressée qui ne s'embarrasse pas de vaines coquetteries et ne sera jamais ni star, ni vedette, seulement une actrice authentique à la façon de Signoret.



                      

Dans les années 70/80, elle est l'une des rares comédiennes dont le nom permet le montage financier d'un film. Elle entretient alors avec le public une relation privilégiée, tant elle est proche de chacun et incarne des personnages saisis dans la réalité de la vie quotidienne. André Cayatte la fait tourner dans  Mourir d'aimer  en 1971, parce que, dit-il : souffrir avec énergie lui va bien.  La zizanie  ( 1978 ) de Claude Zidi avec De Funès va clore la décennie fabuleuse d'Annie Girardot et avec elle s'éteint une forme de cinéma, en même temps qu'une certaine représentation de la femme à l'écran. Peu à peu, l'actrice tombe dans l'oubli, mais, heureusement, renoue avec le théâtre où elle sera Madame Marguerite à Paris et en province. Icône d'un être à jamais blessé, elle franchit les étapes du vieillissement avec plus ou moins de bonheur, bien qu'elle reste une grande figure du 7e Art, quelqu'un qui a su nous toucher au plus profond avec ce petit quelque chose de bancale, de déglingué qu'elle masquait avec pudeur sous des dehors faussement déterminés et  derrière cette voix inimitable au phrasé saccadé.

 


Annie a également publié trois ouvrages : Paroles de femmes en 1984, Vivre d'aimer en 1989 et  Ma vie contre la tienne, en hommage à sa mère en 1993, puis, nous avons eu le plaisir de la voir dans  Caché   (2003) de Michael Haneke et  Je préfère qu'on reste amis  (2004) de Jean-Paul Rouve. Atteinte de la maladie d'Alzheimer contre laquelle elle livra son dernier combat, elle nous a quittés le 28 février 2011, ayant à ses côtés sa fille et sa petite-fille.

 

Ses récompenses : Meilleure interprétation féminine en 1967 au New York Film critics Circle Awards pour le film Vivre pour vivre de Claude Lelouch.

Prix d'interprétation à la Mostra de Venise en 1965 pour le film  Trois chambres à Manhattan  de Marcel Carné.
Meilleure interprétation féminine en 1976 aux Césars pour le film Docteur Françoise Gailland de Jean-Louis Bertucelli.

Meilleure interprétation féminine en 1995 aux Césars pour le film Les Misérables de Claude Lelouch.
Prix de la meilleure interprétation féminine ( second rôle ) en 2002 aux Césars pour le film  La Pianiste  de Michael Haneke.

 

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ANNIE GIRARDOT
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6 mars 2011 7 06 /03 /mars /2011 10:00
ORSON WELLES OU LA DEMESURE

 

Génie adulé dès l'âge de 26 ans, Orson Welles, acteur et réalisateur, a marqué le 7e Art d'une empreinte indélébile par ses innovations et le souffle dont il a su animer chacune de ses oeuvres. Cependant sa vie très remplie garde curieusement un goût d'inaccompli, car ses films, qui ont révolutionné le cinéma pour longtemps, furent le plus souvent  montés et coupés contre son avis, inachevés et présentés dans une version partielle et que nombre de ses projets ne purent aboutir, ce fut le cas pour "De l'autre côté du vent" et "Le roi Lear"Orphelin de père et de mère à l'âge de 13 ans, Orson Welles parcourt l'Europe en compagnie de son tuteur, se forgeant une immense culture et découvrant en Angleterre Shakespeare, qui restera à tout jamais son maître à penser et son inspirateur. Trichant sur son âge, il se fait engager au théâtre à l'âge de 16 ans et, peu de temps, après  fonde et dirige la troupe du Mercury Theatre qui compte des acteurs plus âgés que lui. Mais qu'importe ! l'individualité et l'audace de ses mises en scène, presque toutes au service de l'oeuvre shakespearienne, vont braquer sur lui les projecteurs et lui permettre de gagner Hollywood et de tourner, en 1941, "Citizen Kane" pour lequel il a financièrement carte blanche. Ce scénario original d'Herman Mankiewicz présente une structure en flash backs tout à fait exceptionnelle pour l'époque, le réalisateur revisitant le langage cinématographique par l'utilisation de la profondeur du champ, de la contre-plongée et du plan-séquence qui désoriente le public et contribue à son échec financier, si bien qu'il est dessaisi du montage de "La splendeur des Amberson" et que deux autres projets sont abandonnés. Il est certain qu'un génie tel que lui irrite et énerve, tant et si bien qu'il ne gardera  le contrôle, du début à la fin, que d'un seul de ses films Othello en 1952. " Je ne me suis jamais plaint d'Hollywood - dira-t-il, mais je ne suis guère l'un des grands bénéficiaires du système". Malgré les difficultés, qu'il ne cessera de rencontrer, les montages qu'on lui retire, les projets non aboutis, ses films sont d'une invention si fulgurante et d'une si grande richesse dans leur peinture de la nature humaine, que la patte de Welles se reconnait d'emblée et que François Truffaut écrira à ce propos : " Si le cinéma muet nous a apporté de grands tempéraments visuels : Murnau, Eisentein, Dreyer, le cinéma parlant n'en a amené qu'un seul, un seul cinéaste dont le style soit immédiatement reconnaissable sur trois minutes de film, et son nom est Orson Welles ".

 

Mais accepté comme acteur, Welles veut l'être d'abord et avant tout comme cinéaste. Et puisque Hollywood lui refuse des crédits, il traverse l'Atlantique pour rejoindre l'Europe. Chacun de ses films va être alors un coup de maître. Laissant derrière lui des oeuvres comme "Le criminel", "La splendeur des Amberson" et "La dame de Shanghaï", il se lance dans de nouveaux chefs-d'oeuvre comme "Othello", qui ne lui demandera pas moins de quatre années de travail, "Dossier secret" et "Falstaff". Mais nombreux sont ceux qu'il tourne sur plusieurs mois sans jamais y mettre un point final. Son retour à Hollywood, le temps d'y produire un thriller magistral La soif du mal en 1958, restera sans lendemain. C'est grâce à la télévision française qu'il va réaliser son ultime chef-d'oeuvre "Une histoire immortelle", où il aborde, pour la première fois, la couleur. Grâce à sa notoriété, il entraîne avec lui des collaborateurs qui acceptent de travailler à bas salaire, ce sera le cas de Jeanne Moreau, de Marlene Dietrich, de Lili Palmer et de bien d'autres, qui ne résisteront pas à l'appel d'un homme d'un tel talent et d'une telle inventivité. Auteur d'un oeuvre brillante qui fait la part belle à l'image, à la parole et au son, les films de Welles ont ceci de particulier qu'ils affirment la souveraineté et la plénitude de leur créateur, joyeux magicien qui a basé la plupart de ses opus sur la recherche de l'identité et la machination, selon le modèle initié par "Citizen Kane". Par ailleurs, si le mensonge favorise les plus monstrueuses machinations (La dame de Shanghaï, La soif du mal, Macbeth), il peut également déboucher sur la tragédie comme dans Othello, où Welles s'est si profondément impliqué en tant qu'acteur et metteur en scène, car Othello, n'était-ce pas lui dans sa puissance, sa passion et sa démesure ?

 

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18 février 2011 5 18 /02 /février /2011 09:17
BLACK SWAN de DARREN ARONOFSKY

        
Il est regrettable - et il faut le déplorer - que les Américains  mettent plus de talent à promouvoir leurs films qu'à les réaliser. Ce fut le cas d'Avatar, d'Inception et Black Swan souffre également d'avoir été porté au pinacle et annoncé comme un chef-d'oeuvre avant sa sortie en salles. Le danger est que le spectateur, facilement manipulable et toujours bien disposé à s'enthousiasmer, attend trop d'une oeuvre qui, après projection, se trouve réduite malheureusement à ses dimensions réelles, autrement plus modestes. Enseignée par l'expérience, je me rendais hier, à la séance de 17 heures, sans à-priori, mais sans empathie excessive. Je me méfie trop des engouements en aval pour privilégier davantage ceux en amont qui me paraissaient d'ailleurs, à la lecture de nombreuses critiques, plus modérés. Et c'est, en effet, un jugement modéré que m'inspire ce long métrage de Darren Aronofsky et également le regret que le sujet, en lui-même séduisant et porteur, tiré du livre de Andres Heinz, n'ait pas été abordé de façon plus fine, plus subtile et plus artistique. Traitant de l'art de la chorégraphie et de la danse, c'est-à-dire de l'expression la plus évanescente de la beauté, ce film pèche par manque d'art. Si les difficultés de la discipline sont bien rendues, si la férocité du milieu est soulignée à traits vifs et crédibles, le parcours psychologique de l'héroïne, interprétée par la jolie Natalie Portman, sombre dans un pathos dont les ficelles sont aussi grossières que des câbles. Là, où il aurait fallu suggérer d'une caméra légère afin de mieux persuader les spectateurs des dilemmes, des refoulements, des angoisses de Nina, de ses fantasmes aussi, c'est le catalogue complet des déviances de notre société et de son mal-être que l'on nous sert et nous inflige à grand renfort d'hémoglobine : castration, mutilation, obsession, masturbation, tout y passe dans un délire psychotique et schizophrène pénible. Oui, vraiment ... too much.



Et pourtant, il aurait fallu peu de choses pour que le film soit une grande réussite : plus de modestie d'abord, un style moins agressif et grandiloquent, une caméra plus subjective, plus poétique, plus délicate, plus habile à aller à l'essentiel que de rester à sa surface, de fouiller les coeurs que d'en étaler les ravages. Dommage, car les acteurs sont tous excellents, que le rythme est bon et que la caméra à l'épaule ne m'a pas gênée, car elle saisit fort bien les scènes de répétitions, les danseurs au travail, la présence toute puissante du maître conduisant son corps de ballet ou bien les moments plus intimes où Nina se retrouve avec sa mère. Mais voilà, à vouloir trop démontrer, à privilégier exagérément le pathétique, on brouille les cartes, on étouffe l'émotion et on ne laisse dans la mémoire du spectateur qu'une image écornée.

 

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  • : LA PLUME ET L'IMAGE
  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
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  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.

Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

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