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6 mars 2011 7 06 /03 /mars /2011 10:00
ORSON WELLES OU LA DEMESURE

 

Génie adulé dès l'âge de 26 ans, Orson Welles, acteur et réalisateur, a marqué le 7e Art d'une empreinte indélébile par ses innovations et le souffle dont il a su animer chacune de ses oeuvres. Cependant sa vie très remplie garde curieusement un goût d'inaccompli, car ses films, qui ont révolutionné le cinéma pour longtemps, furent le plus souvent  montés et coupés contre son avis, inachevés et présentés dans une version partielle et que nombre de ses projets ne purent aboutir, ce fut le cas pour "De l'autre côté du vent" et "Le roi Lear"Orphelin de père et de mère à l'âge de 13 ans, Orson Welles parcourt l'Europe en compagnie de son tuteur, se forgeant une immense culture et découvrant en Angleterre Shakespeare, qui restera à tout jamais son maître à penser et son inspirateur. Trichant sur son âge, il se fait engager au théâtre à l'âge de 16 ans et, peu de temps, après  fonde et dirige la troupe du Mercury Theatre qui compte des acteurs plus âgés que lui. Mais qu'importe ! l'individualité et l'audace de ses mises en scène, presque toutes au service de l'oeuvre shakespearienne, vont braquer sur lui les projecteurs et lui permettre de gagner Hollywood et de tourner, en 1941, "Citizen Kane" pour lequel il a financièrement carte blanche. Ce scénario original d'Herman Mankiewicz présente une structure en flash backs tout à fait exceptionnelle pour l'époque, le réalisateur revisitant le langage cinématographique par l'utilisation de la profondeur du champ, de la contre-plongée et du plan-séquence qui désoriente le public et contribue à son échec financier, si bien qu'il est dessaisi du montage de "La splendeur des Amberson" et que deux autres projets sont abandonnés. Il est certain qu'un génie tel que lui irrite et énerve, tant et si bien qu'il ne gardera  le contrôle, du début à la fin, que d'un seul de ses films Othello en 1952. " Je ne me suis jamais plaint d'Hollywood - dira-t-il, mais je ne suis guère l'un des grands bénéficiaires du système". Malgré les difficultés, qu'il ne cessera de rencontrer, les montages qu'on lui retire, les projets non aboutis, ses films sont d'une invention si fulgurante et d'une si grande richesse dans leur peinture de la nature humaine, que la patte de Welles se reconnait d'emblée et que François Truffaut écrira à ce propos : " Si le cinéma muet nous a apporté de grands tempéraments visuels : Murnau, Eisentein, Dreyer, le cinéma parlant n'en a amené qu'un seul, un seul cinéaste dont le style soit immédiatement reconnaissable sur trois minutes de film, et son nom est Orson Welles ".

 

Mais accepté comme acteur, Welles veut l'être d'abord et avant tout comme cinéaste. Et puisque Hollywood lui refuse des crédits, il traverse l'Atlantique pour rejoindre l'Europe. Chacun de ses films va être alors un coup de maître. Laissant derrière lui des oeuvres comme "Le criminel", "La splendeur des Amberson" et "La dame de Shanghaï", il se lance dans de nouveaux chefs-d'oeuvre comme "Othello", qui ne lui demandera pas moins de quatre années de travail, "Dossier secret" et "Falstaff". Mais nombreux sont ceux qu'il tourne sur plusieurs mois sans jamais y mettre un point final. Son retour à Hollywood, le temps d'y produire un thriller magistral La soif du mal en 1958, restera sans lendemain. C'est grâce à la télévision française qu'il va réaliser son ultime chef-d'oeuvre "Une histoire immortelle", où il aborde, pour la première fois, la couleur. Grâce à sa notoriété, il entraîne avec lui des collaborateurs qui acceptent de travailler à bas salaire, ce sera le cas de Jeanne Moreau, de Marlene Dietrich, de Lili Palmer et de bien d'autres, qui ne résisteront pas à l'appel d'un homme d'un tel talent et d'une telle inventivité. Auteur d'un oeuvre brillante qui fait la part belle à l'image, à la parole et au son, les films de Welles ont ceci de particulier qu'ils affirment la souveraineté et la plénitude de leur créateur, joyeux magicien qui a basé la plupart de ses opus sur la recherche de l'identité et la machination, selon le modèle initié par "Citizen Kane". Par ailleurs, si le mensonge favorise les plus monstrueuses machinations (La dame de Shanghaï, La soif du mal, Macbeth), il peut également déboucher sur la tragédie comme dans Othello, où Welles s'est si profondément impliqué en tant qu'acteur et metteur en scène, car Othello, n'était-ce pas lui dans sa puissance, sa passion et sa démesure ?

 

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LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART

 

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18 février 2011 5 18 /02 /février /2011 09:17
BLACK SWAN de DARREN ARONOFSKY

        
Il est regrettable - et il faut le déplorer - que les Américains  mettent plus de talent à promouvoir leurs films qu'à les réaliser. Ce fut le cas d'Avatar, d'Inception et Black Swan souffre également d'avoir été porté au pinacle et annoncé comme un chef-d'oeuvre avant sa sortie en salles. Le danger est que le spectateur, facilement manipulable et toujours bien disposé à s'enthousiasmer, attend trop d'une oeuvre qui, après projection, se trouve réduite malheureusement à ses dimensions réelles, autrement plus modestes. Enseignée par l'expérience, je me rendais hier, à la séance de 17 heures, sans à-priori, mais sans empathie excessive. Je me méfie trop des engouements en aval pour privilégier davantage ceux en amont qui me paraissaient d'ailleurs, à la lecture de nombreuses critiques, plus modérés. Et c'est, en effet, un jugement modéré que m'inspire ce long métrage de Darren Aronofsky et également le regret que le sujet, en lui-même séduisant et porteur, tiré du livre de Andres Heinz, n'ait pas été abordé de façon plus fine, plus subtile et plus artistique. Traitant de l'art de la chorégraphie et de la danse, c'est-à-dire de l'expression la plus évanescente de la beauté, ce film pèche par manque d'art. Si les difficultés de la discipline sont bien rendues, si la férocité du milieu est soulignée à traits vifs et crédibles, le parcours psychologique de l'héroïne, interprétée par la jolie Natalie Portman, sombre dans un pathos dont les ficelles sont aussi grossières que des câbles. Là, où il aurait fallu suggérer d'une caméra légère afin de mieux persuader les spectateurs des dilemmes, des refoulements, des angoisses de Nina, de ses fantasmes aussi, c'est le catalogue complet des déviances de notre société et de son mal-être que l'on nous sert et nous inflige à grand renfort d'hémoglobine : castration, mutilation, obsession, masturbation, tout y passe dans un délire psychotique et schizophrène pénible. Oui, vraiment ... too much.



Et pourtant, il aurait fallu peu de choses pour que le film soit une grande réussite : plus de modestie d'abord, un style moins agressif et grandiloquent, une caméra plus subjective, plus poétique, plus délicate, plus habile à aller à l'essentiel que de rester à sa surface, de fouiller les coeurs que d'en étaler les ravages. Dommage, car les acteurs sont tous excellents, que le rythme est bon et que la caméra à l'épaule ne m'a pas gênée, car elle saisit fort bien les scènes de répétitions, les danseurs au travail, la présence toute puissante du maître conduisant son corps de ballet ou bien les moments plus intimes où Nina se retrouve avec sa mère. Mais voilà, à vouloir trop démontrer, à privilégier exagérément le pathétique, on brouille les cartes, on étouffe l'émotion et on ne laisse dans la mémoire du spectateur qu'une image écornée.

 

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BLACK SWAN de DARREN ARONOFSKY
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10 février 2011 4 10 /02 /février /2011 10:53
LE DISCOURS D'UN ROI de TOM HOOPER

     
Grande-Bretagne, Londres, les années 30, l'entre deux-guerres. Albert, alias Bertie, coule des jours heureux dans sa modeste demeure de Picadilly entre sa femme Elisabeth, princesse écossaise, et ses deux filles Elisabeth et Margaret. Fils du populaire Georges V, frère du charismatique Édouard VIII, timide et bègue, l'homme ne semble pas taillé pour le pouvoir. Mais l'histoire en décide autrement. Contraint et forcé de prendre la couronne des mains d'un aîné préférant l'amour d'une aventurière américaine, le jeune roi se heurte à la tendance du moment bien difficile à assumer pour un bègue : la radiophonie. A l'heure des discours de dictateurs galvanisant les foules, façon Hitler, poser et imposer une voix au rayonnement mondial, fait plus que loi, nécessité. Prêt à tout pour surmonter son handicap, Bertie entame un traitement orthophoniste, proche de la thérapie, avec un certain Lionel Logue, praticien aux méthodes originales et parfois même, peu orthodoxes, sans diplôme et sans référence honorifique. Le défi de ce dernier, qui n'est pas des moindres : redonner force et intransigeance à la voix de l'Angleterre.

 

Sujet difficile s'il en est, le réalisateur Tom Hooper, peu connu de nos concitoyens, s'y est attaqué avec un réalisme, une justesse de ton, une simplicité tellement éloquente, que les deux heures de projection procurent une émotion dont j'étais loin de me douter, avant d'en être pleinement victime... Oui, ce film est tout simplement, et avant tout, bouleversant. Il montre, ou plutôt démontre, comment un homme ordinaire, pas particulièrement doué, peut arriver, par sa volonté et son courage, à surmonter ses appréhensions et à accepter d'endosser et d'assumer un destin extraordinaire. Ce destin est celui du prince Bertie que l'abdication de son aîné va obliger à prendre la lourde succession de son père, le très aimé roi Georges V, en des temps plus que difficiles, dramatiques, ceux de la guerre de 39/45 et comment, par la suite, lui et son épouse seront aux côtés de leur peuple à tous moments, accompagnés de l'homme providentiel que sera le premier ministre Winston Churchill. 

 

Film événement de par la qualité de sa mise en scène,  l'évocation d'un épisode historique méconnu, ce long métrage est d'ores et déjà nominé douze fois pour les Oscars et Colin Firth vient de recevoir, pour son rôle du roi Georges VI,  un Golden Globe, ce qui laisse supposer que la suite va encore réserver quelques bonnes surprises. Car le public est là. Hier après-midi, à Deauville, il n'y avait pas un strapontin de libre, ce qui est rare à cette heure de la journée. Et le public est resté longtemps assis après que la lumière soit revenue, aux prises avec une indiscutable émotion, celle que suscite cette formidable démonstration où nous assistons à l'accouchement douloureux d'un homme qui accepte, malgré ses craintes et ce qu'il croit être une indignité physique, la charge écrasante de roi. D'autant que l'époque, et les progrès de la technique, obligent désormais les chefs d'état à être, non seulement les garants du pouvoir, mais des orateurs. D'où la toujours grande actualité du sujet.

 

Aux dialogues irrésistibles, à la construction théâtrale parfaitement maîtrisée, aux symboles attachés à la figure du monarque, aux saynètes intimes et charmantes où l'on entre dans la vie familiale du prince puis du roi, aux paysages de la campagne anglaise baignés de brume, il faut s'émerveiller du choix des acteurs tous époustouflants dans leurs rôles et tellement convaincants, que l'on voit s'ouvrir, devant nos yeux, un pan de l'histoire contemporaine de la Grande-Bretagne, dont on ne sait que trop qu'elle a traversé les situations les plus graves et rebondi avec dignité. Après avoir tourné dans Bridget Jones, l'acteur Colin Firth entre pleinement dans la peau de Georges VI et, grâce aux conseils de David Seidler, le scénariste, bègue lui aussi,  nous convainc sans peine, tant il met d'intelligence et de sensibilité, de certitude et de doute, dans son personnage. Il avoue lui-même que ce ne fut pas facile et qu'il a surtout cherché à jouer l'angoisse que peut générer une telle difficulté à s'exprimer, ce blocage qui survenait, chez le monarque, dès qu'il  était tenu à prendre la parole. Face à lui, magistral, nous trouvons un autre acteur Geoffrey Rush, lui aussi peu familier du public français, qui endosse avec force et humour, insolence et humanisme, un acteur raté, australien d'origine, devenu orthophoniste à la suite des difficultés d'élocution d'hommes et de femmes qu'il a croisés dans son existence et dont le nom est resté longtemps secret : Lionel Logue. Soigner un membre de la famille royale ne l'impressionne nullement et, dès le premier contact, il va imposer ses exigences et la discipline qu'il entend faire respecter par son client. L'amitié qui s'installe entre ces deux hommes ne faiblira jamais et ne subira aucune  éclipse. Leur face à face est un grand moment de cinéma et une réussite rare, un vrai régal pour les spectateurs. N'oublions pas les autres rôles admirablement assumés : celui de l'épouse de Georges VI, la délicieuse reine Elisabeth, joué avec charme et sobriété par Helena Bonham et celui d' Edouard VIII, au règne si bref, par le sémillant  Guy Pearce. Une seule erreur de casting dans cet opus brillantissime : un Churchill trop caricatural, grimé en cabot à la lèvre pendante et aux clins d'oeil ironiques vraiment trop forcés.

 

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LE DISCOURS D'UN ROI de TOM HOOPER
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28 janvier 2011 5 28 /01 /janvier /2011 11:50
LES CHEMINS DE LA LIBERTE de PETER WEIR

        

En 1940, une petite troupe de prisonniers décide de s'évader du camp de travail 105, où le vrai geôlier est la nature ; sur des milliers de kilomètres une toundra vide et glacée où sévissent les loups. Pour ces hommes, venus de tous les horizons, un jeune polonais que sous la torture sa femme a dénoncé, un ingénieur américain, qui a participé à la construction du métro de Moscou et a été suspecté de trahison par le régime, un loubard qui s'est fait tatouer sur la poitrine le portrait de Staline, un garçon que les privations ont rendu quasi aveugle et un prêtre vont parvenir à s'échapper de l'enfer du goulag, ce qui  ne sera que le début de l'aventure ... avec ce credo en tête : "Nous ne survivrons pas tous, mais nous mourrons libres". Ensemble, ils vont parcourir plus de 10 000 kilomètres, traversant les plaines de Mongolie, les fournaises du désert de Gobi puis les sommets de l'Himalaya,  franchir la Grande Muraille de Chine et parvenir au Tibet que n'occupent ni nazis, ni soviétiques. Certains s'arrêteront en chemin, d'autres ne survivront pas aux épreuves. L'Inde - alors sous contrôle anglais - est le but ultime. Mais la route est longue, les rencontres risquées, les conditions physiques épouvantables...Peter Weir adapte avec passion le récit de Slavomir Rawicz qui avait été présenté, dans un premier temps, comme l'authentique expérience de son auteur. Or, celui-ci, décédé en Angleterre en 2004, ne s'est jamais évadé du goulag et fut amnistié. Le périple qu'il relate dans son roman n'en reste pas moins inspiré de faits réels, tiré de témoignages d'anciens prisonniers qu'il a pu recueillir pendant qu'il servait sous le drapeau soviétique. En 2004, l'écrivain aventurier Sylvain Tesson refit ce parcours qu'il relate dans un très beau livre " L'axe du loup " édité par Robert Laffont, dont je vous reparlerai. Quasiment toutes les histoires de Peter Weir, cinéaste rare, mettent en scène un périple, que ce soit Gallipoli, L'année de tous les dangers, Mosquito Coast ou le flamboyant Master and Commander ; le voyage intérieur ou le parcours initiatique y compte autant, sinon plus, que les miles parcourus. Il n'y a donc rien de surprenant qu'il ait été inspiré par la lecture de  A marche forcée, récit extraordinaire d'un groupe de prisonniers politiques, qui s'échappèrent du goulag et parcoururent plusieurs milliers de kilomètres à pied, à travers l'Asie, pour fuir le régime marxiste.

 


L'histoire originale, que l'on doit au polonais Slawomir Rawicz (rebaptisé Janusz pour l'occasion et interprété par l'acteur anglais Jim Sturgess), contenait tous les ingrédients pour donner matière à un film où la nature est réellement présente : péripéties rocambolesques, grands espaces, aventure humaine où chacun doit dépasser ses limites pour arriver au bout du voyage. Janusz et ses compagnons subiront toutes les épreuves et seront exposés à tous les extrêmes, depuis les neiges éreintantes des montagnes sibériennes jusqu'à la sécheresse mortifère du désert de Gobi. Ici pas d'effets spéciaux, mais une toundra gelée, des lacs pris par les glaces, des horizons qui se perdent à l'infini et des déserts chauffés à blanc. Ces décors splendides sont  filmés en panoramique avec une violence lissée.  Le budget, qu'on imagine colossal, se retrouve à l'écran, jusque dans les soins d'une reconstitution parfaitement crédible. On en viendrait presque à se demander depuis combien de temps ne s'est pas vu, sur les écrans, un film d'aventures de ce genre, où efficacité et divertissement riment avec qualité. Comme dans Master & Commander, qui délaissait souvent les batailles navales et l'action pure au profit d'à-côtés intimistes et naturalistes, Peter Weir n'oublie pas de donner de la chair à son histoire et du réalisme à sa fresque. Dans un souci qu'on pourrait qualifier "d'artisanal", le film s'attache aux gestes quotidiens et aux petits mécanismes que ces hommes se forgent, progressivement, dans leur course à la survie : ruses de chasseur pour se nourrir, confection de masques ou d'accessoires pratiques pour affronter un soleil de plomb, cabanons de fortune... rien n'est laissé au hasard dans cette reconstitution grandiose où ces quelques hommes vont parvenir à se surpasser.  La Nature, théâtre majestueux où  se joue ce drame humain, est le plus souvent mystique chez Weir : animée d'une force propre, elle pousse les personnages dans leurs retranchements, aux confins de la bestialité (la séquence où le groupe chasse les loups avant de devenir loups eux-mêmes) ou de la folie (les hallucinations et autres mirages  favorisés par la fatigue et la peur). Impitoyable, cette logique aura raison des plus fragiles - car la mort frappe plus d'une fois au cours du voyage, y compris contre les êtres les plus attachants.


Les personnages évitent l'archétype grâce à leur épaisseur humaine et au réalisme des situations, ainsi  Ed. Harris est-il impérial en américain inflexible et, très touchante, la belle Saoirse Ronan (révélée par Lovely Bones, de Peter Jackson) dans le seul rôle féminin du film. Quant à Colin Farrell,  il en fait trop à mon goût dans un rôle de loubard qui lui va pourtant comme un gant, il sur-signifie chaque situation et chaque dialogue, et c'est dommage ; alors que Jim Sturgess n'en fait pas assez et n'a certes pas la flamme que l'on s'attendrait à trouver de la part d'un idéaliste et du leader désigné. Ceci mis à part, voilà du bel ouvrage, un film qui se déploie comme une symphonie épique, dans des décors à couper le souffle, où le "chacun pour soi" devient, au fil des kilomètres parcourus, le " rien sans l'autre", donnant sens et existence à la solidarité et au partage. Et nous rappelle, à bon escient, ce que furent les camps de la mort du monde communiste.

 

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LES CHEMINS DE LA LIBERTE de PETER WEIR
LES CHEMINS DE LA LIBERTE de PETER WEIR
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26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 10:36
SERGIO LEONE OU LE CINEMA COMME OPERA BAROQUE

     
A sa naissance à Rome le 3 janvier 1929, Sergio Leone tombe dans le chaudron du 7e Art avec un père pionnier du cinéma italien, condamné au chômage à cause de son opposition au fascisme, et une mère, Bice Valerian, actrice. Après des études en dents de scie, Sergio commence sa carrière cinématographique comme assistant et fait également un peu de figuration pour gagner sa vie et apprendre le métier de part et d'autre de la caméra. Celle-ci débutera réellement en 1959, lorsqu'il réalise, à la place de Mario Bonnard tombé malade, Les derniers jours de Pompéi, un film à péplum, suivi  deux ans plus tard, en 1961, d'un autre opus historico-mythologique Le colosse de Rhodes. Ces expériences lui permettent de se familiariser avec la démesure et d'élargir au maximum le champ de l'action. C'est le déclin du western américain qui va l'inciter à revisiter le genre et à lui donner de nouveaux codes. En 1964, il transforme en western violent le sujet traité par le cinéaste japonais Kurosawa dans Yojimbo, dont le titre est Pour une poignée de dollars. Ce film obtiendra un succès international et lui permettra d'imposer son nom ainsi que celui de ses collaborateurs, particulièrement le musicien Ennio Morricone et l'acteur Clint Eastwood et marquera le renouveau d'un genre tombé en désuétude, imité, par la suite - ce qui ne manque pas de piquant - par les Américains eux-mêmes. L'année suivante, le metteur en scène donne une suite à ce film avec Et pour quelques dollars de plus avec à nouveau Clint Eastwood et Gian Maria Volontè, pour lequel il s'est longuement documenté sur l'Ouest et la guerre de Sécession, affirmant son style et sa richesse thématique. Mais ce sera  Le Bon, la Brute et le Truand en 1966, où il dépeint l'apothéose de la violence irrationnelle et démystifie l'histoire traditionnelle de l'Ouest, qui fera de lui un réalisateur hors pair, un maître dans l'art de manier la caméra et d'en renouveler les thèmes. Je crois que les superlatifs manquent pour décrire ce chef-d'oeuvre obsédant, à la dimension narrative peu commune, où les présences des trois acteurs principaux que sont Elie Wallach, Lee Van Cleef et Clint Eastwood ne cessent de hanter nos mémoires. En 1968, Sergio Leone va tourner une oeuvre encore plus ambitieuse Il était une fois dans l'Ouest, élégie spectaculaire sur la disparition d'un Ouest cher à John Ford, dont il ne craint pas de transformer l'un des acteurs favoris - Henry Fonda - en tueur sadique. Le film est tourné dans le même lieu mythique de Monument Valley avec une pléiade d'acteurs célèbres dont Charles Bronson et Claudia Cardinale et dans des tons crépusculaires. Ces tons s'enténèbreront davantage encore avec  Il était une fois...la Révolution en 1971, où sur toile de fond de la révolution mexicaine de 1913, le metteur en scène oppose deux types d'aventuriers interprétés par Rod Steiger et James Coburn, faisant clairement référence aux derniers jours du fascisme mussolinien. Il produira ensuite deux westerns parodiques Mon nom est personne en 1973 et Un génie, deux associés, une cloche en 1975 qui sonnent comme la nécrologie de toute son oeuvre. Par la suite, il devient producteur, entre autres des premiers films de Carlo Verdone, et réalisera en 1984 un ultime opus Il était une fois en Amérique  avec Robert de Niro dans le rôle titre qui est une épopée sanglante et nostalgique sur le gangstérisme des années 1930.  Il mourra à Rome le 30 avril 1989 à l'âge de 60 ans, laissant derrière lui une oeuvre d'une puissance rare, dont les innovations, la splendeur visuelle, les fulgurances, la parodie toujours présente en ont fait un réalisateur inclassable, dont chaque film est à lui seul un concentré de toutes les possibilités narratives et esthétiques du 7e Art.

 

Pour prendre connaissance des critiques de certains des films de Sergio Leone, cliquer sur leurs titres :

 

 IL ETAIT UNE FOIS EN AMERIQUE de SERGIO LEONE       

 

 IL ETAIT UNE FOIS DANS L'OUEST de SERGIO LEONE

 

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20 janvier 2011 4 20 /01 /janvier /2011 10:45
AU-DELA de CLINT EASTWOOD

               
Au-delà est l'histoire de trois personnages hantés par la mort et les interrogations qu'elle soulève. George est un Américain d'origine modeste, affecté d'un "don" de voyance qui pèse sur lui comme une malédiction. Marie, journaliste française, est confrontée à une expérience de mort imminente, et en a été durablement bouleversée, quant à Marcus, un jeune garçon de Londres, il perd l'être qui lui était le plus cher et le plus indispensable, son jumeau, et se met désespérément en quête de réponses à ses interrogations. George, Marie et Marcus sont guidés par le même besoin de savoir et la même quête, si bien que leurs destinées vont finir par se croiser dans cette tentative qui les anime de répondre, autant que faire se peut, au mystère de l'Au-delà.



Nous aurions tant aimé nous enthousiasmer de l'audace de Clint à s'aventurer dans un nouvelle voie, mais voilà c'est raté, le film se perdant dans les méandres d'une quête ésotérique insuffisamment crédible et un narratif flou qui perd pied et finit, comme le tsunami, magnifiquement filmé au tout début, par noyer les personnages, leurs propos et, par voie de conséquence, le spectateur. Nous sommes loin de ces opus si réussis que furent Sur la route de Madison ou Gran Torino, où Clint, très à l'aise à traiter des sujets qui lui correspondaient, et pour lesquels il avait longuement mûri sa réflexion, nous avait offert des opus cousus main et d'une grande force suggestive. Là, il semble bien qu'il se soit attaqué à gravir une montagne dont il ignorait les secrets et dont les sommets inaccessibles restent cachés dans les brumes. Oui, Eastwood a surestimé ses capacités et ne nous offre qu'un film long, ennuyeux, et aussi peu convaincant que possible. Tout le monde ne s'appelle pas Carl Dreyer, Ingmar Bergman ou Robert Bresson qui savaient, avec un art consommé de la suggestion, aborder les conflits de l'âme face aux questions primordiales : d'où venons-nous et où allons-nous ?  Il faut, pour ce faire, user des moyens minimums, du plus grand dépouillement et de la plus extrême simplicité, afin de parvenir à exprimer le maximum de choses et atteindre l'essentiel. Le contraire des effets recherchés ici par le réalisateur qui emploie les techniques les plus pointues et les ressources les plus sophistiquées de la cinématographie. Oui, les thèmes qui touchent de près ou de loin au monde invisible doivent être abordés avec infiniment de prudence, de façon à éviter d'argumenter dans le vide et de tenter de démontrer ce qui est indémontrable, en se limitant à approcher le mystère et à poser l'interrogation. Cela ne relève que de la foi ou de l'espérance intérieure, démarche totalement opposée à celle de Clint qui s'échine à réduire à quelques arguments pseudo-scientifiques une vie après la mort, supposée inscrite d'ores et déjà dans nos gênes. Dommage ! Il y a de sa part  une tentation d'orgueil et une maladresse à employer les moyens les plus contraires à ce genre de sujet et à s'embourber dans un démonstratif qui va à l'encontre de ce que l'on s'emploie à démontrer.

 


Preuve en est que les personnages ne parviennent pas à être le moins du monde crédibles. Même Matt Damon, pourtant excellent acteur, et Cécile de France semblent se demander ce qu'ils ont à prouver et bavardent là où il serait infiniment préférable de se taire. C'est par l'image que le 7e Art se doit de convaincre, non par les mots qui eux relèvent de la littérature ou de l'art dramatique. Et c'est d'autant plus fâcheux, que Clint connait parfaitement l'art de la mise en scène, que son ouverture avec l'irruption du tsunami est parfaitement réussie ; de même qu'il sait mieux que quiconque brosser des tableaux évocateurs et qu'il lui aurait été plus facile de convaincre s'il s'était contenté de suggérer au lieu de dogmatiser un tant soit peu sur ce qui n'est pas vérifiable. On ne peut néanmoins en vouloir à un homme aussi talentueux de se tromper. Ce film a le mérite de nous rassurer sur sa curiosité d'esprit, son souci de s'engager sur les pistes les plus hasardeuses, de sonder la mort avec les yeux d'un vivant et de fouiller avec sa caméra au-delà du dicible.

 

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CLINT EASTWOOD - PORTRAIT

 

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AU-DELA de CLINT EASTWOOD
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23 décembre 2010 4 23 /12 /décembre /2010 10:51
LES EMOTIFS ANONYMES de JEAN-PIERRE AMERIS

       

Honnête divertissement, cette comédie enlevée aborde de manière légère un sujet grave. Parfois maladroit, l'ensemble demeure suffisamment drôle pour emporter l'adhésion. Jean-René, patron d'une fabrique de chocolat, et Angélique, chocolatière de talent, sont deux grands émotifs. C'est leur passion commune pour le chocolat qui les rapproche. Ils tombent amoureux l'un de l'autre sans oser se l'avouer. Hélas, leur timidité maladive tend à les éloigner. Mais ils surmonteront leur manque de confiance en eux, au risque de dévoiler leurs sentiments. Tranquillement, Jean-Pierre Améris construit de film en film une oeuvre cohérente essentiellement fondée sur les rapports difficiles entre des êtres blessés par la vie. Avec "Les émotifs anonymes", il évoque un sujet extrêmement personnel et totalement original puisqu'il se penche sur le cas de gens qui sont incapables de communiquer leurs sentiments aux autres. Débordés par leurs émotions, ces personnes se révèlent être des handicapés des sentiments, si bien qu'il existe des groupes de thérapies collectives sur le modèle des alcooliques anonymes. Malgré le caractère très personnel du sujet, Jean-Pierre Améris a choisi de le traiter sous l'angle de la comédie au lieu de s'apitoyer sur son sort. Il met donc en présence deux personnages incapables d'aller l'un vers l'autre, alors même qu'ils sont tombés amoureux.

 

Ce formidable duo de comédie est interprété par Benoît Poelvoorde et Isabelle Carré, tous les deux impeccables dans des rôles qui pouvaient aisément verser dans la caricature. Grâce à un scénario malin, le réalisateur signe quelques belles scènes de comédie (le premier rendez-vous au restaurant est hilarant) accompagnées de moments plus intimistes qui parviennent à toucher. Marquée par une esthétique très travaillée (les décors semblent volontairement issus d'époques différentes afin de brouiller les repères temporels du spectateur), cette comédie parvient à traiter de manière légère un sujet grave. On peut sans doute lui reprocher quelques facilités d'écriture - une situation initiale qui évolue peu -  une ou deux séquences de comédie musicale qui tentent vainement de singer la bonne humeur d'un Jacques Demy - sans y parvenir - et une fin qui n'arrive pas à se démarquer des multiples comédies romantiques à l'américaine que l'on ingurgite depuis de nombreuses années. Mais "Les émotifs anonymes", porté par son formidable duo d'acteurs, fait office de divertissement de qualité et se laisse regarder avec plaisir.

 

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8 décembre 2010 3 08 /12 /décembre /2010 10:54
MARIO MONICELLI OU LE CINEMA DE L'ANTI HEROS

 

A la tête d'une filmographie éclectique, Mario Monicelli, né en 1915, représente le must de la comédie italienne, ayant été le précurseur de cinéastes comme Francesco Rosi, Dino Risi et Ettore Scola. On lui doit aussi d'avoir lancé des acteurs aussi prestigieux que Marcello Mastroïanni ou Renato Salvatori et contribué à asseoir les carrières d'un Toto et d'un Vittorio Gassman. Après des études d'histoire et de philosophie aux universités de Pise et de Milan, Monicelli s'intéresse très tôt au cinéma qui lui ouvre des perspectives inespérées pour exprimer et illustrer son talent de conteur pétri d'ironie à l'égard d'une société dont il ne cessera de dénoncer avec vigueur les faiblesses et les ridicules. Son premier film annonce déjà la couleur : "Au diable la célébrité" (1949), une comédie à sketches qu'il co-écrit avec Steno, scénariste qui participera également à l'élaboration de trois autres films autour de la personnalité du comédien Toto : "Toto cherche un appartement" (1949), "Gendarmes et voleurs" (1951) et "Toto e le donne" (1952). En 1953, Monicelli dirige seul son premier film "Toto e Carolina", une satire sur la bonne conscience bourgeoise qui s'attire les foudres de la censure. C'est en 1958 qu'il tourne son film le plus célèbre, "Le pigeon", succès mondial et génial où s'illustrent Toto et Victorio Gassman dans des rôles de héros à rebours sur fond de farce désopilante et pivot de la comédie à l'italienne. Le cinéaste poursuivra avec "La grande guerre" (1959), mélange d'humour et de gravité, en composant une fresque qui a pour objectif de démystifier la guerre de 14/18, celle-ci vue avec un réalisme cruel qui annonce "Les hommes contre" de Francesco Rosi.

  
Après une comédie sentimentale avec Anna Magnani et Toto, "Larmes de joie" (1960) et l'épisode Renzo e Luciana de "Boccace 70" (1962), il dirige une fresque sociale et ambitieuse "Les Camarades" (1963) sur les grèves de Turin et leur terrible répression à la fin du XIXe siècle. Poursuivant une carrière couronnée de succès, il va diriger des films d'une inspiration très diversifiée mais toujours originale et personnelle : une farce politique sur un complot fasciste "Nous voulons les colonels" (1973), une satire de moeurs "Romances et confidences" (1974), une comédie loufoque devenue un film culte "Mes chers amis" (1975), un drame bourgeois "Caro Michele" (1976), une tragédie caustique "Un bourgeois tout petit petit" (1977) d'après un roman de Vincenzo Cerami, une farce folklorique tournée dans le Nord de la France et en Belgique "Rosy la bourrasque" (1980), un pastiche "Chambre d'hôtel" (1981), enfin une étude douce-amère sur les névroses d'un écrivain "Le mal obscur" (1990). Son oeuvre bariolée, réalisée avec une caméra trempée dans le vitriol et où dominent l' ironie et la dérision, possède, malgré la pluralité des sujets, une cohérence esthétique et idéologique. On aura compris que le cinéaste en veut à ce qu'on appelle aujourd'hui  l'Establishment. Maître de la comédie italienne, ayant dirigé les plus grands comédiens de son époque, il s'éteint à plus de 90 ans en 2010, laissant derrière lui une filmographie étonnement jeune d'esprit et prolifique.

 

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3 décembre 2010 5 03 /12 /décembre /2010 10:21
A BOUT PORTANT de FRED CAVAYE

       

Tout va pour le mieux pour Samuel et Nadia : lui est bientôt infirmier et, elle, attend son premier enfant. Mais tout bascule lorsque Nadia se fait kidnapper sous l'oeil impuissant de Samuel. A son réveil, son portable retentit : il a trois heures pour sortir de l'hôpital, dans lequel il travaille, un homme sous surveillance policière. Le destin de Samuel est désormais lié à celui de Sartet, une figure du banditisme activement recherchée par tous les services de police. S'il veut revoir sa femme vivante, Samuel doit faire vite.

 

Fred Cavayé a déclaré avoir d'emblée souhaité un rythme haletant, un opus conduit à un train d'enfer. Mission accomplie ! Dès le début, "A bout portant" n'est autre qu'une course effrénée avec, à la clé, une question de vie ou de mort. Ainsi, porté à bout de jambes par Gilles Lellouche, le film livre son lot de scènes spectaculaires dans des lieux emblématiques de la capitale, avec une mention particulière pour la scène de poursuite dans le métro, véritable morceau de bravoure physique et de mise en scène.

 

Gilles Lellouche reçoit ici son premier grand rôle. L'acteur livre une prestation physique complète, où la performance sportive exceptionnelle n'est jamais faite au détriment du jeu. En effet, l'expressivité de Samuel passe essentiellement par le langage du corps, que ce soit dans la gestion d'une situation de crise ou dans la relation avec sa femme (interprétée par Elena Anaya, remarquée dans Mesrine et à l'affiche du prochain film d'Almodovar) et le rapport à la paternité.

 

"A bout portant" peut d'ailleurs se comparer à un jeu de construction dont l'unité de base serait le couple : celui formé par Samuel et Nadia, celui de Samuel et Hugo Sartet (Roschdy Zem, tout aussi excellent en taiseux) qui joue avec les codes de la relation otage/bourreau, celui des frères Sartet, de Werner et Fabre (on notera au passage que le film s'enrichit également de la présence de seconds rôles de très grande qualité, à l'image de Gérard Lanvin et Mireille Perrier), enfin de Fabre et Susini qui s'imbriquent au fur et à mesure. Enfin, "A bout portant" est également un film d'ambiance qui bénéficie de la superbe lumière d'Alain Duplantier, photographe de formation qui a déjà oeuvré sur le précédent film de Fred Cavayé, "Pour elle". Une lumière qui creuse à foison les visages et qui, en éclairage artificiel, évoque, par son nuancier de bleus métalliques et de tons chauds jaunes orangés, le cinéma asiatique, notamment les films de Wong Kar Wai ou "Millénium Mambo"Fred Cavayé signe ici un thriller au suspense tendu à l'extrême et tiré au cordeau qui ne lâche jamais la proie pour l'ombre ... pas plus que le spectateur.

 

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24 novembre 2010 3 24 /11 /novembre /2010 11:11
JAMES IVORY OU GRANDEUR ET DECADENCE DES CIVILISATIONS

   

James Ivory est né à Berkeley en Californie le 7 juin 1928 et se destinait, dans un premier temps, au métier de décorateur pour le cinéma, étudiant, dans cette perspective, les Beaux-Arts à l'université de l'Oregon. Il s'orientera finalement vers la section cinéma de l'université de Californie du Sud. Pendant ses études, il réalisera son premier court-métrage, "Four in the morning" (1953).

 

"J'ai toujours été intéressé par la grandeur et la décadence des civilisations" - dit-il et explique, par ces quelques mots, un large pan de son oeuvre. Après un bref séjour en France où il ambitionnait d'étudier la langue, il se rend à Venise et tourne un petit film documentaire sur les peintres vénitiens. Très original pour l'époque, "Venise : thème et variation"  (1957)  marque déjà le goût du cinéaste pour l'étranger. La curiosité chevillée au corps, il part en Inde et tombe instantanément sous son charme. Il s'imprègne de la culture, des modes de vie, de la langueur et des paysages indiens et, à trente-cinq ans, produit son premier long métrage de fiction, "The householder" (1963), adapté d'un roman indien et interprété par des acteurs locaux. A la même époque, il rencontre le cinéaste Satyajit Ray qui l'aide à perfectionner le montage de son film. C'est en Inde que James Ivory tourne "Shakespeare Wallah" (1965) - considéré par ses admirateurs comme son oeuvre la meilleure - et se fait connaître pour la première fois du public à travers l'histoire d'une troupe de comédiens shakespeariens déambulant de ville en ville, mais n'en sera pas moins boudé par un grand nombre de spectateurs qui relèguent la culture britannique aux archives des archaïsmes bourgeois. On y trouve en filigrane le thème récurrent du réalisateur, celui du temps qui passe et ronge inéluctablement les êtres au point d'avoir raison de leurs idéaux. En 1968, "The guru" est une évocation mélancolique des périples d'une jeune Anglaise venue se ressourcer en Inde. James Ivory, l'américain, poursuit sa collaboration avec son producteur et ami Ismail Merchant et explore les contradictions et les mutations de la société indo-britannique. "Adventures of a brown man in search of civilization" (1972) et "Chaleur et poussière" (1983) seront reconnus comme des modèles où se marient esthétisme et pertinence du raisonnement philosophique.

 


Loin de se détourner de l'Inde, le réalisateur se prend de passion pour l'oeuvre littéraire du romancier Henry James. De retour aux Etats-Unis en 1979, il adapte "The europeans", unanimement salué par la critique et sortira définitivement de la confidentialité avec les études de caractères de ses films suivants. "Chambre avec vue " (1985) et "Maurice" (1987), tirés de deux romans d'Edward Morgan Forster imposent définitivement son nom et son style auprès de cinéphiles émerveillés par le raffinement de ce Californien so british. Se satisfaisant jusque-là d'acteurs relativement peu connus, James Ivory fait appel à Emma Thompson et à Anthony Hopkins pour "Retour à Howards End" (1992) et "Les vestiges du jour" (1993), deux chroniques teintées de nostalgie qui synthétisent l'ensemble de ses oeuvres antérieures et en expriment l'originalité. Si son académisme et son imagerie trop léchée au goût de certains lui sont reprochés, James Ivory est aujourd'hui considéré, à juste titre, comme l'un des réalisateurs les plus importants de sa génération. La raison en est qu'il a su marquer la pellicule d'une empreinte délicate et traiter des maux qui marquent de façon indélébile nos sociétés occidentales : la lutte des classes, l'intolérance et l'hypocrisie. Dans Chambre avec vue, véritable ode à la nature, le metteur en scène immerge ses personnages dans une ambiance charnelle, dans "Maurice", il les montre démunis de la moindre force vitale et se laissant malmener par le destin, alors que dans "Retour à Howards End"  il théâtralise les sentiments et nous entraîne dans les méandres du coeur, pointant du doigt la cruauté des rapports qui s'instaurent au sein des familles. L'ensemble de son oeuvre est d'une qualité exceptionnelle qui n'est pas sans rappeler, par son raffinement, son souci de réanimer le passé, la palette d'un Visconti dont il semble s'inscrire dans la continuité.

 

Lion d'argent à la Mostra de Venise en 1987 pour "Maurice".

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  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
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  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.

Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

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