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18 juillet 2010 7 18 /07 /juillet /2010 09:05
TAMARA DREWE de STEPHEN FREARS

      
Stephen Frears a d'autant mieux séduit le public que ce cinéaste s'est essayé à tous les genres avec le même succès. Consacré par la réussite de  My beautiful Laundrette  en 1985, il a été pris à tort pour le nouveau spécialiste du film social, alors que ses deux films précédents Gumshoe et The Hit  prouvaient qu'il pouvait exceller également dans le thriller. En définitive, ce réalisateur atypique est aussi à l'aise dans le film à la rigueur documentaire comme The Snapper ou The Queen que dans la comédie hollywoodienne, ou dans des oeuvres qui lui permettent les reconstitutions d'époque (par exemple l'Amérique des années 1980 dans High Fidelity), sachant d'emblée trouver l'imagerie et le souffle qui conviennent. Car, ce qui est essentiel pour lui, c'est le scénario et ceux qu'il a portés à l'écran jusqu'à ce jour, sont tous irréprochables. Madame Henderson avait illustré le savant mélange d'ironie et d'émerveillement avec lequel il filmait les numéros musicaux et avec son dernier opus  Tamara Drewe,  tiré du roman graphique de Posy Simmonds et qui n'est pas sans rappeler " Les liaisons dangereuses ", il aborde avec le même bonheur la comédie pastorale, égratignant au passage et de façon réjouissante, mais sans nul doute vacharde, un phalanstère rural d'écrivains londoniens.

 


Pour incarner le joli brin de fille qui va semer la zizanie dans une village du Dorset, campagne anglaise chère à Thomas Hardy (un clin d'oeil à Tess d'Uberville), avec une insolente fraîcheur, Frears a posé son dévolu sur Gemma Arterton, aux longues jambes et au visage délicieusement enfantin et délicat qui a tôt fait de faire chavirer les coeurs et les sens de quelques respectables quinquagénaires. Difficile de trouver mieux que cette jeune anglaise pour camper cette héroïne, incarnation rêvée de l'Eve tentatrice, mélange harmonieux d'innocence et de provocation, qui s'était déjà fait remarquer dans " Le choc des titans" et " L'enlèvement d'Alice Creed ". Drôle, pétillant, parfois cruel et toujours sexy, cette variation euphorisante, sortie en salles le 14 juillet 2010, avait déjà égayé le dernier Festival de Cannes et suscité quinze minutes d'ovation, c'est dire que le talent de Frears et le charme de Gemma Arterton font mouche. Imparable !

 

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TAMARA DREWE de STEPHEN FREARS
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15 juillet 2010 4 15 /07 /juillet /2010 08:48
ON ACHEVE BIEN LES CHEVAUX de SYDNEY POLLACK

            

En 1932, l'Amérique ne s'est toujours pas remise du krach de 1929 et s'enfonce dans la dépression économique. Pour gagner quelques centaines de dollars, les couples se rendent en masse dans les "marathons de danse" où les candidats doivent danser six jours durant avec seulement dix minutes de pause toutes les heures. Parmi les concurrents, Gloria, une femme qui apprendra à ses dépens qu'il convient de ne se fier à personne en temps de crise. Cette femme est interprétée par Jane Fonda , dans son rôle le plus pathétique. N'ayant plus rien à perdre que la vie, elle va tenter le tout pour le tout jusqu'à la limite extrême de ses forces, car il n'y a que dans l'extrême qu'elle peut encore se supporter. Elle va former un couple occasionnel avec Robert (Michael Sarrazin), jeune homme épris de liberté qui lui aussi met sa vie en péril par défi et on verra jusqu'où iront ce défi et ce péril. Mais je me garderai bien de dévoiler le final à ceux qui n'ont pas encore eu l'occasion d'assister à la projection de cet opus, aussi n'en dirai-je pas davantage sur ces héros cyniques et pitoyables. Il y a également, parmi les couples de danseurs réunis dans ce huit-clos ou mieux dans cette arène des nouveaux jeux du cirque, Sailor le marin et sa partenaire Shirley, de même qu'une jeune femme enceinte et son compagnon. Tous voudraient gagner la prime qui leur permettrait de sortir de leur condition ou de redevenir simplement des humains. Mais est-ce encore possible ? 

 

Quand il tourne "On achève bien les chevaux" en 1969 (d'après le roman de Horace McCoy), Sydney Pollack poursuit un double objectif : dépeindre la déréliction sociale de l'Amérique des années 30 et témoigner des dégâts engendrés par l'univers du spectacle, en premier lieu par Hollywood. Témoignage saisissant de ce que l'homme est capable d'envisager pour échapper à sa misère, c'est là l'une des oeuvres les plus attachantes de Sydney Pollack dont on sait qu'il mît autant de tendresse dans la direction de ses acteurs que d'humanisme dans les messages de ses films. Parabole tragique, oppressante, d'un monde sans repères, où la détresse est aussi présente chez les spectateurs que chez les participants qui n'ont plus à partager que la misère et le mal. 

 

Si certains aspects de la parabole peuvent paraître aujourd'hui un peu simplistes, le film n'en conserve pas moins sa puissance évocatrice. Sydney Pollack met en scène le ballet dérisoire de ses personnages avec une inspiration constante et offre  à Jane Fonda son plus beau rôle. La comédienne, malgré une nomination, ne fut pas récompensée par un Oscar. Cette année-là, la statuette couronnera Maggie Smith pour sa prestation dans "Les Belles Années de Miss Brodie". Mais par souci d'honnêteté, l'histoire du cinéma retiendra autant  l'une que l'autre...

 

Pour prendre connaissance de l'article que j'ai consacré à Sydney Pollack, cliquer sur le lien ci-dessous 

 

SYDNEY POLLACK

 

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ON ACHEVE BIEN LES CHEVAUX de SYDNEY POLLACK
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4 juillet 2010 7 04 /07 /juillet /2010 10:51

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C'était d'abord une voix, ensuite un regard intense, douloureux, qui dévorait de son feu un visage émacié. Longue silhouette osseuse, d'où tout le superflu avait disparu, Laurent Terzieff mort à l'âge de 75 ans en 2010 occupait une place à part dans l'art théâtral, celle si rare d'un homme qui tente de nommer les choses et surtout de dire véritablement ce qu'elles sont. De nous spectateurs, il demandait l'écoute, de lui acteur, il exigeait l'excellence, parce qu'on ne se fait pas impunément l'écho des profondeurs, le chantre de quelques-uns des plus beaux textes de la littérature.


D'origine russe, né en 1935, il était arrivé en France à l'âge de 9 ans, marqué par les horreurs de la guerre et déjà sensible à ce qui dans l'homme s'acharne à se perdre. C'est le cinéaste Marcel Carné qui lui offrira sa première chance en lui proposant l'un des rôles titre dans son film   Les Tricheurs  en 1958, où il campe un étudiant bohème et cynique, salué par la critique unanime comme l'un des jeunes premiers les plus prometteurs de sa génération. Par la suite, il tournera avec Bunuel, Pasolini, sans que pour autant le 7e Art donne satisfaction à sa quête personnelle, telle qu'il la concevait, privilégiant  le texte à l'image et donnant voix à des auteurs comme Pirandello,  Ibsen,  Carol Bernstein,  Claudel,  Adamov,  Bretch, ainsi qu'aux poètes qu'il appréciait par-dessus tout : Oscar Milosz et Rainer Maria Rilke.
 

Avec sa compagne Pascale de Boysson, il créait en 1961 la compagnie de théâtre Laurent Terzieff, seul moyen de s'assurer une complète liberté et la possibilité de mettre en scène et de choisir les rôles qui correspondaient  le mieux à ses interrogations. Passionné, il s'engageait à fond dans ce qu'il faisait, prêtant à ses personnages une intensité rare. A chaque apparition, il semblait se mettre lui-même en péril, comme si sa vie en dépendait, comme s'il était habité par la Parole ... des autres. " L'écran peut mentir, pas la scène " - se plaisait-il à dire. Et cette phrase le révèle. Lui, qui avait commencé sa carrière d'acteur par un film dont le titre était les tricheurs, était l'homme qui ne trichait pas, ni dans sa vie, ni dans sa profession qu'il assumait à la manière d'un sacerdoce. Parce que c'est de vérité intérieure dont il s'agissait. De cette vérité qui tient l'homme vertical, tel qu'il l'était lui-même. Mieux encore qu'un grand seigneur de la scène, comme certains se sont plus à le qualifier, à juste titre d'ailleurs, c'était un homme sans compromissions dont le beau visage ravagé par l'exigence et la voix restent inoubliables.

 

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LAURENT TERZIEFF : UNE VOIX
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30 juin 2010 3 30 /06 /juin /2010 09:29
MORTELLE RANDONNEE de CLAUDE MILLER

                        

L'oeil a plus de ressource qu'on ne le croit. Non seulement il épie, il surprend, il caresse, il photographie, mais il accommode sa vision selon ce qui l'arrange et ce qu'il désire. Dans Mortelle Randonnée de Claude Miller (1982), l'Oeil (interprété par Michel Serrault), sobriquet donné à un détective privé, se lance à la poursuite d'une meurtrière (Isabelle Adjani) qu'il croit être sa fille, perdue de vue depuis vingt ans, à la suite de son divorce, et dont il n'a conservé qu'une petite photo d'écolière. Après l'avoir harcelée, il va tenter de la protéger, éliminant ceux qui l'approchent, principalement l'aveugle (Sami Frey) qui souhaite l'épouser. Catherine, tel est le nom de la jeune meurtrière qui assassine ses amants en leur chantant " La Paloma", va tenter de tuer l'Oeil afin de s'en délivrer, mais celui-ci a recours à un leurre et Catherine va réaliser trop tard qu'elle est découverte et, prise de panique, se jeter avec sa voiture du haut d'un parking. Ce n'est que plus tard que l'Oeil apprendra que sa fille - qui s'appelait Marie - est morte depuis longtemps. Le thème de l'oeil abusé, aveuglé, structure l'oeuvre de Miller. Il aime comme dans L'Effrontée (1985), La Petite Voleuse (1988), L'Accompagnatrice (1992) broder des variations sur la fascination : généralement celle d'une adolescente subjuguée par son alter ego qui est, selon les circonstances, une pianiste, une chanteuse, une star, et qu'un regard a suffi à parer de toutes les qualités dont la jeune personne se croit dépourvue. Sur une intrigue, tirée d'un roman de Marc Behm, Jacques et Michel Audiard ont bâti un scénario solide et élaboré un thriller envoûtant qui, mal reçu à sa sortie, fut vite réhabilité et est considéré aujourd'hui comme l'une des meilleures réalisations de Miller, ne serait-ce que pour l'interprétation des acteurs tous excellents et le message proposé par ce polar intelligent d'envisager les choses autrement qu'elles ne sont.

 

Dans le film, l'unique personnage qui soit épris de celle que l'Oeil s'obstine à prendre pour sa fille Marie, est aveugle. Son amour ne doit donc rien à la vision de son objet et tout à l'intuition de ses qualités secrètes qu'il est le seul à percevoir. Jaloux et possessif, l'Oeil éliminera ce rival, mû par la logique de son propre aveuglement et poussera Catherine, qui comprend qu'elle est irrémédiablement traquée, à se réfugier dans le suicide. Ainsi la passion est-elle aussi meurtrière qu'aveugle ! Déjà dans Dites-lui que je l'aime (1977), un amoureux transi tuait celle qu'il aimait après l'avoir revêtue de la robe de mariée qu'il espérait lui voir porter. De film en film, Miller invite le spectateur à ne pas suivre, ni subir, le regard de ses héros, à ne pas être manipulé à son insu et à refuser le regard hâtif des premières impressions, lui suggérant d'avoir recours à son discernement pour se forger une opinion personnelle. Il cherche, en quelque sorte, à réhabiliter le regard intérieur. C'est sans doute dans le rôle de ce détective minable, malheureux et tourmenté, en quête de son enfant perdu, que Michel Serrault a trouvé son plus bel emploi, alors qu'Isabelle Adjani, en icône vénéneuse et en tueuse psychotique, nous surprend par son jeu aux multiples facettes et son personnages aux multiples travestissements. Elle est étonnante au côté d'un Sami Frey égal à lui-même et d'une distribution à tous égards remarquable qui réunit Geneviève Page, Stéphane Audran, Macha Méryl et Guy Marchand.

 

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MORTELLE RANDONNEE de CLAUDE MILLER
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24 juin 2010 4 24 /06 /juin /2010 07:44
NIKITA MIKHALKOV OU LE PASSE REANIME

 

Né à Moscou le 21 octobre 1945, fils du poète Sergueï Mikhalkov-Konchalovski, Nikita Mikhalkov est issu d'une famille aristocratique remontant au XVe siècle. Acteur à dix-huit ans, auteur, à la fin des années 60, de quelques courts métrages, il réalise son premier grand film en 1975  Le nôtre parmi les autres, histoire d'un rouge infiltrant des blancs pendant la guerre civile de 1918-1921. Ses débuts sont alors ceux d'un brillant cinéphile et d'un habile technicien. Très vite, le jeune cinéaste va enchaîner film sur film ; ce seront  Partition inachevée pour piano mécanique (1977), adaptation subtile d'une nouvelle de Tchékov, dont la  réussite lui conférera une stature internationale, suivie un an plus tard par "Cinq soirées" d'après la pièce d'Alexandre Volodine, étude intimiste de caractères et d'atmosphère qui doit beaucoup à l'interprétation inspirée de l'acteur Stanislas Lioubchine, dans le rôle d'un solitaire retrouvant la femme qu'il a jadis aimée. C'est en 1987, que Nikita Mikhalkov part pour l' Italie réaliser  "Les yeux noirs" , d'après trois nouvelles de Tchékov, avec Marcello Mastroianni et Silvana Mangano dans les rôles principaux, oeuvre peu lisible qui m'a laissée sur le bas-côté, puis "Urga" (1991), chef-d'oeuvre pastoral sur l'amitié entre un éleveur mongol et un camionneur russe tombé en panne près de sa yourte. Hymne à la tradition, ce film souligne les liens entre  peuples frères, entre la mère patrie russe et ses périphéries en voie d'émancipation. "Soleil trompeur", en 1993, évoque le stalinisme et raconte la dernière journée en famille du général Sergueï Kotov, interprété par Mikhalkov en personne, joyeusement perturbée par l'irruption d'un vieil ami, venu inopinément semble-t-il, alors, qu'en réalité, il n'est là que pour arrêter Kotov, héros de l'Union soviétique, accusé lâchement de trahison. Ce premier volet sera salué par un Oscar à Hollywood et le Grand Prix du jury à Cannes. Enfin  "Le barbier de Sibérie", en 1998, évoque la difficile évolution de la Russie contemporaine.


Projeté à Cannes en mai dernier, lors du Festival, son dernier opus Soleil trompeur - L'exode,  a reçu un tout autre accueil. Celui-ci fut glacial. Car, à en croire les critiques, ce second volet serait une tentative de réhabilitation déguisée de Staline où, tout du moins, brosserait un portrait trop complaisant du tyran. En définitive, à travers cette oeuvre, c'est le réalisateur qui est visé et son intimité avec Vladimir Poutine. Car, qu'en est-il ? La gestation de "Soleil trompeur 2" remonte au choc éprouvé, par Mikhalkov, à la suite du visionnage, à Paris, du film de Steven Spielberg :  "Il faut sauver le soldat Ryan"En sortant - se souvient Mikhalkov - des jeunes s'émerveillaient de la victoire des Alliés en ignorant tout bonnement l'existence du front russe ! J'ai voulu faire un film donnant une image de l'enfer qu'ont vécu ces gens simples - les soldats, mais aussi les civils - qui ont défendu leur patrie. Montrer ainsi l'immense sacrifice du peuple russe et empêcher les Américains de vampiriser la mémoire de la Seconde Guerre mondialeEst-ce pour autant une réhabilitation de Staline comme on lui en a fait le procès ? Certes non, car, tout au long du film, Staline revêt la dimension diabolique d'un homme qui voulait se substituer à Dieu. D'ores et déjà un nouveau volet est annoncé qui aura pour titre "Soleil trompeur", "Citadelle" et qui devrait être présenté à la prochaine Mostra de Venise, en septembre. Mikhalkov s'en est ouvert à quelques journalistes : "au pire moment de la guerre" - révèle-t-il - "le minotaure du Kremlin a pris le temps de fignoler ses vengeances petites bourgeoises en réservant à Kotov le commandement d'une " division noire ". Composée de condamnés politiques armés de simples pelles et de pioches, celle-ci avait pour mission d'attaquer l'armée allemande à mains nues pour lui faire gaspiller ses munitions avant le véritable assaut." Vision effrayante d'un dictateur qui n'hésitait pas à sacrifier son peuple et à trahir et déshonorer ses propres officiers. Nikita Mihalkov a bien d'autres projets et s'impose désormais comme la figure de proue d'un cinéma post-soviétique, recentré sur ses valeurs nationales. "Je veux notamment mettre en scène" - dit-il - Un coup de soleil "d'Ivan Bounine, le prix Nobel de littérature réfugié en France après la révolution de 1917. Je songe également à une grande fresque sur la société russe de ces vingt dernières années, une sorte de version russe du " Parrain ", qui s'intitulerait : "Il était une fois en Russie". Grâce à ce cinéaste de grand talent, dans la lignée d'un Eisenstein, et de réalisateurs comme Sergueï Bodrov et Pavel Lounguine, le 7e Art russe semble assuré de lendemains qui chantent.



Pour lire les articles de la rubrique consacrée aux réalisateurs, cliquer sur son titre : 


LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART

 

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LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 

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19 juin 2010 6 19 /06 /juin /2010 08:56
MALTE ET LE 7e ART


Malte a avec le 7e Art des relations étroites et pour cause : l'île a tout simplement servi de décor à de très nombreux films. C'est à Malte que fut tourné GLADIATOR de Ridley Scott de 1998 à 1999. A cette occasion, plus de 200 artisans ont recréé l'univers de l'Empire romain en décor naturel. Il est vrai que l'île fut occupée par ces derniers pendant une assez longue période de son histoire. En 218 avant J.C., les Romains jettent leur dévolu sur cett île tellement bien située au coeur de la Méditerranée, à quelques encablures de la Sicile et non loin de Carthage. A la fin de la deuxième guerre punique, l'archipel est cédé à Rome comme tribut. Tite-Live, l'historien latin, rapporte que les Carthaginois durent se rendre sans gloire aux Romains avec leurs 2000 soldats. Après le déclin de Rome, Malte sera occupée de 870 à 1090 par les Arabes. Utilisant l'île comme une base arrière maritime, ils partiront de là à l'assaut de la Sicile d'abord, de l'Europe ensuite. Malte est donc un lieu de grand passage où subsistent de nombreux monuments et où le cadre de la mer est prodigieusement photogénique et a donc incité les metteurs en scène à venir y poser leur caméra.



A Kalkara, par exemple, situé à quelques kilomètres de La Valette, à deux pas d'un immense bassin rempli d'eau, gît un sous-marin rouillé, échoué sur les cailloux comme après une tempête. En effet, ce sous-marin a bien essuyé une tempête, puisqu'il a joué les vedettes dans U571, sorti en 2000, et où l'on conte l'aventure de l'équipage d'un sous-marin lors de la seconde guerre mondiale. Le décor était d'autant plus d'actualité que Malte connut en 1942 d'intenses bombardements de la part des Allemands et des Italiens, pour la raison que les Britanniques en avaient fait eux aussi une base stratégique. En 1943, l'archipel servira de tremplin aux troupes alliées pour envahir la Sicile, réactualisant la stratégie des Arabes, plus de huit siècle auparavant. Reconnaissant son rôle éminent durant le conflit, et le courage de la population, l'Angleterre décernera à l'archipel la " George Cross ", sa plus haute distinction qui figure aujourd'hui sur le drapeau de l'île. Les studios de Kalkara ont une particularité : ils abritent deux immenses bassins extérieurs spécialement construits pour tourner des scènes aquatiques. Cependant, malgré une contenance de 43 millions de litres, ils ne purent assurer le tournage du Titanic de James Cameron qui fit construire une infrastructure plus grande encore à Mexico. Outre U571, ces bassins peuvent s'enorgueillir d'avoir englouti dans leurs eaux  Le comte de Monte-Cristo, Christophe Colomb ou encore Astérix et Obélix - Mission Cléopâtre. Ce site unique au monde offre les possibilités des trucages les plus sophistiquées. Il faut dire que la "Mediterranean Film Studios" répond aux besoins des plus exigeants réalisateurs : décors, costumes, éclairages etc. Ainsi Malte a-t-elle su se positionner avec efficacité sur le marché mondial de l'industrie cinématographique, bien que sa propre production se révèle décevante, en raison d'une demande intérieure faible ; les Maltais préférant les films anglais et américains, dans une langue qui leur est familière. C'est également à Malte, en 1967, que John Huston tourna Casino Royale, l'une des plus turbulentes aventures de James Bond et, en 1980, que Robert Altman y filma Robin Williams sous les traits de Popeye. A cette occasion, il fit construire un village à 25 km de La Valette, sur les rivages d'Anchor Bay. Le décor hollywoodien, composé de cabanes en bois et d'un port, est resté sur place et offre une réjouissante découverte pour les enfants de tous âges. Si bien qu'aujourd'hui encore, puisque l'entrée est payante, Popeye rapporte des devises à l'île qui lui servit de décor. De nombreux autres films portent l'estampille maltaise : Sinbad le marin de R. Wallace (1947), Midnight Express de A. Parker (1977), Le comte de Monte-Cristo (1998), réalisé pour la télévision avec Gérard Depardieu dans le rôle-titre. Plus anciens, La maison du Maltais de P. Chenal (1938) et Le faucon maltais de John Huston (1944) avec Humphrey Bogart, occupent une place de choix dans la mémoire des cinéphiles. La beauté des rivages, la transparence des eaux, l'architecture grandiose et les espaces naturels font de Malte un lieu idéal pour les réalisateurs du 7e Art. D'autant que depuis 2005, l'île permet aux sociétés audiovisuelles, qui produisent et investissent, de profiter d'avantages financiers et d'un système d'allègement fiscal appréciables. Les mesures incitatives offertes par les autorités en faveur de l'audiovisuel ont été mises en place afin que l'île ne soit pas seulement un lieu de tournage mais qu'une véritable industrie de cinéma et de création publicitaire puisse s'y développer.

 

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LA TUNISIE ET LE 7e ART       L'EGYPTE ET LE 7e ART        VENISE ET LE 7e ART

 

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LISTE DE MES BILANS CINEMATOGRAPHIQUES  

 

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15 juin 2010 2 15 /06 /juin /2010 09:25
LA TETE EN FRICHE de JEAN BECKER

    
La tête en friche, oeuvre éloignée des canons cannois car sans violence, sans sexe, sans histoire falsifiée et sans leçon d'immoralité, où figurent deux acteurs prodigieux Gérard Depardieu et la toujours irrésistible Gisèle Casadesus, qui me rappelle tellement, par son charme délicat, la regrettée Suzanne Flon - est un film signé Jean Becker, abonné absent des Festivals en général, car définitivement classé " has been " pour avoir commis une filmographie sans épate, sans égo, celle d'une France simple qui ne se hausse pas du col et ne tapine pas pour s'octroyer des faveurs. "Has been " vous dis-je...

 

Avec lui, honneur aux sans-grades, aux humbles et aux discrets, non aux repris de justice, aux dévoyés, aux loosers qui font les choux gras des metteurs en scène dont on parle dans les assises officielles, mais place aux héros ordinaires révélés par un soudain coup de pouce du destin. C'est le cas de Germain, analphabète, la cinquantaine bedonnante, qui se lie d'amitié avec la fragile Margueritte, une octogénaire passionnée de littérature qui va lui ouvrir les portes de la culture avec un grand C. Pour Germain, raillé dès l'enfance par une mère acariâtre et égocentrique et des instituteurs accablés par son ignorance, une nouvelle vie commence.

 

Adapté du roman éponyme de Marie-Sabine Roger, cette histoire à rebours des stridences du siècle nous conte la vie d'un type gentil, sensible, qui en a bavé de ne pas avoir été bon élève et de n'avoir pas su se faire aimer de sa mère. Sa rencontre avec Margueritte est une aubaine, une chance inespérée qui va lui permettre de s'instruire et de connaître la signification et le pouvoir des mots. Car l'analphabétisme n'est ni plus ni moins une souffrance dans un monde où la culture a le mérite de vous rendre moins naïf face aux affirmations des autres - souligne Jean Becker, lecteur assidu devant l'Eternel.



C'est vrai - ajoute-t-il - que je n'aime pas ce que le siècle trimbale : tout va trop vite, sans maîtrise. Ecoutez la radio, regardez la télévision : la litanie des morts, cette détresse, y compris en France, que l'on voit, que l'on ressent, ces gamins qui se servent d'un flingue comme jadis nous nous servions d'un lance-pierre. Il y a une banalisation de la misère, de la violence... Vous avez vu récemment la publicité pour la série de Canal + " Carlos ", qui a d'ailleurs été sélectionnée à Cannes ? C'est comme pour Mesrine, ça me gêne que le cinéma fasse l'apologie des terroristes, des tueurs en série.


 


Pour ce metteur en scène hors normes, l'essence du 7e Art réside dans le souci d'offrir au public des moments d'émotion exceptionnels et de promouvoir l'homme dans ce qu'il a de plus humain et de plus vrai. C'est ce qu'il parvient à faire avec La tête en friche, un film qui nous réconcilie agréablement avec un univers sans fioritures inutiles et sans excès regrettables.
Merci Jean Becker de ce moment de grâce.

 

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LA TETE EN FRICHE de JEAN BECKER
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20 mai 2010 4 20 /05 /mai /2010 08:59
JANE CAMPION , UN CINEMA AU FEMININ

 

Jane Campion est la première réalisatrice à avoir remporté une Palme d'Or à Cannes. Ce fut en 1993, sous la présidence de Louis Malle, pour  La Leçon de piano - ex aequo avec Adieu ma concubine, de Chen Kaige. Elle est même le seul cinéaste, hommes et femmes confondus, à avoir remporté la palme d'or pour un long-métrage et pour un court-métrage, avec Peel, en 1986. Dans un entretien à Paris Match, Gilles Jacob, président du Festival de Cannes, raconte : " Un jour, Pierre Rissient, qui était un formidable découvreur de talents, m'a montré trois courts-métrages d'une jeune cinéaste australienne, en fait néo-zélandaise. Il m'a dit : "C'est incroyable, il faut que vous en preniez un !" Je lui ai répliqué, totalement enthousiasmé, que je prenais les trois. Ainsi Jane Campion fait-elle ses débuts à Cannes. Depuis lors, elle est régulièrement invitée sur la Croisette. "Après la palme pour "La Leçon de piano", dit-elle, c'était comme tomber du haut d'une falaise." En 2009, elle est de nouveau sélectionnée pour son dernier opus "Bright star", un film magnifique qui raconte une histoire d'amour, brève et passionnée, entre le poète John Keats et Fanny Brawne, en 1818. "Je cherchais un sujet, je suis tombée sur une biographie de Keats. Puis j'ai lu ses lettres et, enfin, ses poèmes. J'ai mis longtemps à entrer dans le monde de la poésie. Il faut qu'elle s'accorde à nos propres mystères pour être comprise. Mais je ne voulais pas filmer la vie d'un poète. Le jour où j'ai eu l'idée d'adopter le point de vue de Fanny, j'ai su que je tenais mon film." Plus naturellement, elle se plait à raconter des histoires féminines comme "Un ange à ma table",  "Sweetie" ou "In the Cut"... :  " Cela vient plus naturellement, j'imagine. Je ne planifie pas ma carrière : j'attends que les choses arrivent. Et je fais mon boulot." Cinéphile, mais à petite dose, elle avoue -  " Je fréquente plus volontiers les expositions de peinture que les salles de cinéma. Mais je suis toujours intéressée par la façon dont mes collègues cinéastes et moi trouvons un sujet et le plions à notre propre univers. Sans avoir vu leur film, il y a des cinéastes présents à Cannes l'année dernière dont j'aime beaucoup le travail : Quentin Tarantino, Michael Haneke et Gaspard Noé."

 

Née à Wellington en avril 1954 d'une mère actrice et d'un père directeur de théâtre, Jane Campion s'oriente très vite, après des études d'anthropologie, vers le monde du cinéma. Son premier long métrage en 1989 "Sweetie" raconte comment une femme sera bouleversée par l'irruption de sa soeur dans sa vie. Le second  Un ange à ma table sort en 1990 et s'inspire de l'autobiographie de l'écrivain néo-zélandaise Janet Frame que la cinéaste admire. Il remportera le prix spécial du jury à la Mostra de Venise. La carrière de Jane Campion est lancée.

 

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Mais c'est "La leçon de piano" qui va lui assurer une renommée internationale et lui vaudra la Palme d'or à Cannes. Ce film d'une beauté saisissante est l'histoire d'Ada, une jeune pianiste muette.  A la suite d'un terrible accident, qui a coûté la vie à son mari, elle débarque en Nouvelle-Zélande pour rencontrer Stewart, un homme épousé par correspondance. Leurs rapports s'enveniment bientôt, car Stewart refuse l'installation de son piano dans leur modeste cottage. Ada doit se faire aider par Baines, un colon, afin d'avoir accès à son instrument. Commence alors entre eux un étrange marchandage érotique où le piano devient l'objet de partage et les notes l'expression des vibrations du corps et du coeur. Ce film révèle par ailleurs, outre l'immense talent de sa réalisatrice et l'originalité de son scénario, l'actrice Holley Hunter qui remportera l'Oscar de la meilleure actrice et la toute jeune Anne Paquin qui se voit décerner, à l'âge de 12 ans, celui de la meilleure actrice dans un second rôle. Jane Campion réalise ensuite "Holly smoke" (1999 ) qu'elle écrit avec sa soeur Anna et  "In the cut" (2003), adaptation d'un roman de Susanna Moore, avant de se lancer dans un film d'une étincelante beauté "Bright star" inspiré de l'amour trop vite brisé par la mort du poète John Keats. Ses projets à ce jour : adapter une nouvelle d'Alice Munro, "Fugitives". L'histoire d'une femme au bord de la rupture, qui aspire à changer de vie. Un personnage féminin. Encore. Et toujours. Qui s'en plaindra ?

 

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9 mai 2010 7 09 /05 /mai /2010 08:50
LA VIE DES AUTRES de FLORIAN HENCKEL

                           

" Les horreurs sont supportables tant qu'on se contente de baisser la tête, mais elles tuent quand on y réfléchit".  Erich Maria REMARQUE

 

Film admirable que "La Vie des autres" de Florian Henckel, dans lequel on entre d'emblée et qui installe la tension dès les premières images de l'interrogatoire d'un jeune détenu auquel un officier sinistre demande de livrer à la Stasi l'un de ses amis, de se faire délateur pour le bien de l'Etat. Nous sommes en 1984 dans l'ex RDA qui signifie, non sans humour noir - République démocratique allemande - du camarade Erich Honecker, à l'apogée de l'effroyable système totalitaire marxiste imposé à l'Allemagne de l'Est par l'URSS, à la suite de la dernière guerre, faisant passer cette partie du territoire allemand du régime nazi au régime communiste et montrant ce que l'oppression a d'universel lorsqu'elle s'érige en un système de gouvernement reposant sur la terreur collective, la suspicion et la dénonciation.
 


Ce long métrage, qui est tout ensemble un film politique et d'amour, un documentaire, un thriller, prouve qu'il n'est nul besoin de trafiquer l'histoire pour construire un scénario sensé susciter l'intérêt, mais qu'il est préférable, comme c'est le cas ici, de cerner la vérité au plus près et de la restituer dans son oppressant climat. Et cette vérité quelle est-elle ? Celle d'un régime inhumain qui a tenté cette expérience terrifiante d'instrumentaliser l'homme de telle façon qu'il ne soit plus qu'un exécutant au service d'une idéologie mortifère. La Vie des autres revisite donc notre histoire quasi contemporaine ( puisque des régimes marxistes existent encore ) sans tabous et témoigne d'une prise de conscience enfin objective des conséquences du marxisme. Après l'ouvrage Le livre noir du communisme, ce film dépeint un univers kafkaïen, fantomatique, qui fut pour de nombreuses populations une descente aux enfers et un enfermement dans des pays qui devenaient soudain des camps retranchés derrière des murs de la honte et mettait ainsi une partie du monde hors de toute information extérieure et de toute légitimité. Nous sommes affrontés à une philosophie qui conteste l'homme en tant que personne, qui le prive de sa liberté, de son autonomie, de son libre arbitre, de sa créativité ; en quelque sorte de son âme, mot compromettant auprès des instances marxistes. L'homme n'a pas à être, il a à se conformer, ou plutôt à être conforme aux critères imposés, qui ne sont autres que ceux d'un communautarisme à outrance.


Qui est Wiesler, cet officier de la Stasi - l'égale de la Securitate roumaine ou du KGB soviétique - qui est chargé de surveiller l'écrivain et auteur dramatique Georg Dreyman et sa compagne, la belle actrice Crista-Maria Sieland ? Il n'est ni plus ni moins qu'une sorte de robot au masque glacial, aux gestes mécaniques, une machine bien huilée formée à l'école de la Stasi pour dé-construire l'homme et, principalement, l'artiste, cet insupportable cavalier seul... Et il va s'y employer avec zèle 24 heures sur 24, l'espionnant ou le faisant espionner, ayant criblé son appartement d'un réseau d'écoutes, scrutant chacun de ses actes, de ses mots, de ses silences, jusqu'à vivre une vie par procuration, puisque lui-même n'en a pas... C'est alors que l'on entre dans la fiction magnifique de ce film et que Wiesler va commencer à s'humaniser au contact de l'amour et de l'art, que son coeur va s'éveiller grâce à la musique de Beethoven et à la lecture de Bretch, que le masque va peu à peu se fissurer.

                     
 

Selon Hubertus Knab, si le personnage de Wiesler est conforme à la réalité au début du film, son humanisation aurait été impossible du temps de la RDA pour la raison que la Stasi surveillait chacun de ses agents, dont la moindre trahison était punie de mort. En définitive, la fonction des opérateurs était strictement cloisonnée, de manière à ce qu'aucun dérapage ne soit envisageable. Celui qui écoutait un suspect et était chargé de le suivre ne savait pas qui il était, aussi se contentait-il de transmettre un rapport à son département. C'est d'ailleurs ce cloisonnement qui permit la si longue durée de ces dictatures.


Le film est donc une fiction, mais quelle fiction admirable ! car elle rend avec réalisme l'atmosphère de ces villes ternes, sans couleur, dépersonnalisées, ces décors austères, uniformes, désespérants, cités concentrationnaires aux rues sordides, où aucune vie de voisinage n'existait et où chacun s'empressait de regagner son HLM qui lui assurait un semblant d'intimité. Une fiction qui répond à ce besoin fondamental qu'éprouve tout homme de bonne volonté de refuser une réalité sans espoir et de croire possible que même au plus profond du mal il existe une possibilité pour le bien.
Ainsi va-t-on assister à la lente rédemption de Wiesler, sauvant la vie de celui qu'il était chargé de compromettre. La fin est bouleversante : la mort de Christa-Maria, l'actrice, qui préfère se suicider, comme tant d'allemands de l'Est, parce qu'elle a eu un moment de peur et de faiblesse et dénoncé celui qu'elle aimait ; Dreyman découvrant plus tard aux archives le nom de son protecteur auquel il dédicacera son prochain ouvrage et Wiesler, devenu simple facteur, apercevant dans la vitrine d'une librairie le roman de l'homme qu'il a sauvé au prix de sa carrière et répondant au vendeur qui le questionne : c'est pour moi - acte de son autonomie retrouvée.



D'autre part, ce très beau film est scandé par des scènes qui donnent à l'oeuvre sa saveur douce-amère, particulièrement celle de l'enfant et de son ballon ou encore de la cantine, digne d'un suspense à la Hitchcock. Tout est remarquable dans ce premier long métrage de Florian Henckel : la construction solide du scénario, les séquences sans effets mélodramatiques qui évitent de forcer l'émotion et l'interprétation d'acteurs excellentissimes, que ce soit Sebastian Koch, Martina Gedeck et Ulrich Mühe, qui rend si convaincante sa métamorphose d'un homme peu à peu rejoint par son humanité. Un chef-d'oeuvre.
L'acteur Ulrich Mühe est décédé un an après la sortie du film des suites d'un cancer.

 

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1 mai 2010 6 01 /05 /mai /2010 09:02
FRENZY d'ALFRED HITCHCOCK

  
A Londres, une série d'assassinats sur des jeunes femmes sordidement étranglées, après avoir été violées, jette la panique, alors qu'un pauvre bougre ( ancien pilote qui a sombré dans l'alcoolisme ) vient de perdre son boulot de serveur de bar. L'idée d'aller revoir sa femme, dont il est divorcé depuis cinq ans et qui tient une agence matrimoniale, lui sera fatale, car un nombre consternant d'indices imprévus va le signaler comme l'accusé parfait. Hitchcock nous brosse dans cet avant dernier opus de sa filmographie l'exemple même de l'erreur judiciaire avec une suite de rebondissements inattendus et de clins d'oeil à ses oeuvres précédentes. Petit détail qui ne manque pas de piquant : le sadique utilisait toujours l'une de ses cravates pour étrangler ses victimes mais, sur la dernière d'entre elles, il oubliera de retirer son épingle et, en voulant la récupérer, laissera suffisamment de traces pour être confondu. Réglé comme une machine bien huilé au service d'une mise en scène stylisée,  Frenzy  ne nous laisse pas souffler une seconde et entremêle les scènes avec juste ce qu'il faut de cynisme, d'horreur et d'humour. Nul mieux qu'Hitchcock ne savait pimenter ses films des ingrédients les plus relevés ;  je crois vraiment que dans le genre on n'a jamais fait mieux. 

 


Après un long séjour aux Etats-Unis et la mise en scène de deux films d'espionnage moins réussis  (Le rideau déchiré en 1966 et L'étau en 1969), le maître revient au début des années 70 dans son pays natal : l'Angleterre. Tandis qu'il retrouve les lieux de son enfance, ainsi que les studios qu'il a arpentés au début de sa carrière, le cinéaste semble reprendre plaisir à filmer avec ce Frenzy des personnages traversés par des ambivalences infinies et piégés par des relations ambiguës avec autrui... Si "Complot de famille"  n'est pas dénué d'intérêt, on peut considérer Frenzy comme le véritable testament cinématographique de ce génie du 7e Art. A partir d'un script efficace d'Anthony Schaffer, Hitchcock met tout son savoir-faire technique et son expérience au service de cette énième histoire de meurtre. Jetant un oeil amusé sur une société un rien guindée, le maître anglais semble s'auto-parodier avec un grand sens de la jubilation. Baignant dans un réalisme noir, Frenzy nous fait frémir à coup sûr, mais également sourire grâce à des dialogues savoureux et des situations à la lisière de l'absurde. Ainsi, le tueur à la cravate, incarné avec conviction par Barry Foster, est-il à la fois inquiétant et ridicule. Par ailleurs, le cinéaste ne se prive pas, au passage, d'égratigner la police britannique. Tel un adolescent irrévérencieux, le vieil Alfred semble gagné par une seconde jeunesse et signe un film uniquement fondé sur le plaisir qu'il a à renouer avec son passé. Grâce au brio de sa réalisation - on n'est pas prêt d'oublier son magnifique plan séquence dans l'escalier - il nous entraîne dans cette histoire, certes classique, mais constamment dynamitée par des notations originales et très british. Le cinéaste nous prouve qu'il n'avait rien perdu de l'esprit de la digne et perfide Albion. 

 

 

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Vous pouvez consulter dans la rubrique LES REALISATEURS DU 7e ART, l'article que j'ai consacré à Hitchcock :

 

ALFRED HITCHCOCK - UNE FILMOGRAPHIE DE L'ANXIETE

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN, dont les films d'Hitchcock, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

 

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  • : LA PLUME ET L'IMAGE
  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
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  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.

Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

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