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22 février 2010 1 22 /02 /février /2010 10:01

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Dans l'Angleterre du début du XIX e siècle, le récit des destinées sentimentales de trois soeurs qui vont vivre des amours contrariées dont certaines finiront bien, dans une campagne solitaire où elles demeurent avec leur mère après la mort de leur père, dont toute le fortune est revenue à son fils, né d'un précédent mariage. A la suite de ce douloureux événement et à la conduite de la belle fille, une peste qui leur rend la vie dure, mère et filles décident de partir poursuivre une existence plus digne, mais fatalement plus restreinte financièrement, dans une demeure du Devonshire. Mais l'éloignement de la ville et leur modeste train de vie font craindre à la mère que ses filles ne puissent trouver un mari digne de leur rang social. S'inspirant du roman éponyme de Jane Austen,  Emma Thompson  a bâti un scénario solide, admirablement mis en scène par  Ang Lee,  qui a ciselé un film délicat, servi par des décors et costumes raffinés. On assiste, tout au long de cet ouvrage, cousu à petits points, au duo formé par les deux soeurs aînées, Elinor interprétée par la merveilleuse Emma Thompson qui n'est jamais si belle que lorsqu'elle cherche à s'enlaidir, et Marianne, la cadette, campée par  Kate Winslet  tout aussi juste, la première privilégiant la raison, la seconde se laissant emporter par son romantisme passionné. 

 

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Adaptation si réussie du roman de Jane Austen qu'elle a collectionné les récompenses en 1996, au moment de sa sortie en salles, notamment l'Ours d'Or de Berlin, le Golden Globe du meilleur scénario et l'Oscar de la meilleure adaptation. Ces prix mettent l'accent sur le remarquable travail d'Emma Thompson qui a su adapter le roman en trouvant le bon équilibre entre texte et transposition cinématographique. On perçoit le regard ironique que la romancière posait sur ses contemporains, la vivacité et la fraîcheur des sentiments exprimés admirablement par le jeu des acteurs.  Hugh Grant  trouve dans le personnage d'Edouard, soupirant maladroit et confiné dans une position difficile, l'un de ses plus beaux rôles. D'autre part, l'élégance très classique de la mise en scène et la subtilité des situations nous assurent un grand moment de cinéma.

 

 

Pour lire l'article consacré à l'actrice Emma Thompson, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

EMMA THOMPSON

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN
 

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16 février 2010 2 16 /02 /février /2010 10:24
INGRID BERGMAN - PORTRAIT

            

                                                                                                                                                                                                        

Ingrid Bergman est peut-être l'actrice qui me touche le plus, non seulement par son incandescente féminité mais par la qualité de son jeu, cette façon de rendre l'émotion palpable. Oui, elle est à mes yeux l'une des comédiennes les plus accomplies et je ne connais pas un seul de ses films où elle ne contribue à conférer à ses personnages une dimension inoubliable. Pensons à ses interprétations dans "Sonate d'automne", "Elena et les hommes", "Jeanne au bûcher", "Hantise" de George Cukor ou encore "Casablanca" de Michael Curtiz. A chacun de ses rôles, elle a prêté sa sensibilité et sa détermination, sa tendresse et sa passion, elle a irradié l'écran non seulement de sa beauté et de son élégance, mais d'une ferveur qui lui était personnelle. 
 

Orpheline à l'âge de deux ans, Ingrid Bergman, née à Stockholm le 29 août 1915, étudie l'art dramatique dès son adolescence et obtient très vite un petit rôle dans "Munkbrogreven", grâce à son aisance et à son naturel. Après une dizaine de films tournés en Suède, David O. Selznick la remarque et l'engage pour jouer un remake d'"Intermezzo" qui aura un énorme succès et va  définitivement orienter la carrière de la jeune comédienne. Elle s'installe à Hollywood, qu'elle ne va pas tarder à conquérir, en étant l'héroïne du film "Casablanca" (1942) au côté de Humphrey Bogart, puis de  "Pour qui sonne le glas" (1943) de Sam Wood auprès de Gary Cooper, où elle se montre si convaincante qu'elle sera nominée pour l'Oscar de la meilleure actrice, Oscar qu'elle ne recevra que l'année suivante avec le film "Hantise" (1944) de George Cukor et honneur qui lui méritera d'être propulsée dans l'olympe des stars hollywoodiennes. Elle devient alors la vedette fétiche d'Alfred Hitchcock, qui ne lui pardonnera jamais de lui avoir préféré Rossellini, et tourne avec lui "La maison du docteur Edwardes", "Les Enchaînés" (Notorious) et "Les Amants du Capricorne "(1949), trois longs métrages où elle s'impose comme une grande comédienne et fait preuve d'une formidable présence. C'est en 1949 que la jeune femme, bouleversée par la projection de "Rome ville ouverte", écrit au metteur en scène pour lui proposer de jouer dans l'un de ses films et, qu'à la suite de son invitation, elle se rend à Rome. La passion que le réalisateur et l'actrice vont éprouver l'un pour l'autre sera telle qu'Ingrid quitte mari et enfant et, devant le scandale provoqué par cet abandon familial, se voit obligée de s'éloigner momentanément des Etats-Unis pour s'installer dans la ville éternelle. Elle et Rossellini vivront sept années d'un amour tumultueux, auront trois enfants dont l'actrice mannequin Isabella Rossellini et tourneront six films dont "Stromboli" (1950), "Le voyage en Italie" (1953), "La Peur" (1954) et "Jeanne au bûcher". Ils divorcent en 1957. 

                       

Revenue à Hollywood, qui lui a pardonné son escapade italienne, elle gagne d'emblée un second Oscar dans le rôle d'"Anastasia" produit par Anatole Litvak, tourne une douzaine d'autres films dont "Aimez-vous Brahms" où elle est merveilleuse de charme et de séduction auprès d'Yves Montand et d'Anthony Perkins, puis "Le crime de l'Orient-Express" (1974) de Sidney Lumet avant de rencontrer son homonyme et concitoyen Ingmar Bergman, rencontre qui  marque une date importante dans sa carrière. Elle joue sous sa direction "Sonate d'automne" (1978), huis-clos d'une force sidérante baigné par les couleurs flamboyantes de l'automne suédois, face à Liv Ullmann. Elle y est une mère qui a négligé sa fille au profit de sa vie de concertiste. Ses retrouvailles avec elle l'obligeront à revisiter un passé mal cicatrisé et à faire amende honorable d'une existence trop entièrement consacrée à sa propre satisfaction de musicienne et d'interprète. Dans ce rôle difficile, intériorisé, d'une gravité contenue, Ingrid Bergman donne  la mesure de son talent, ce qui sera confirmé par sa dernière apparition sur un écran de télévision dans celui de Golda Meir, femme politique israélienne, qui fut le premier ministre de son pays de 1969 à 1974, et dont elle parviendra à faire une composition saisissante. Elle meurt d'un cancer le 13 août 1982 à l'âge de 67 ans. Une partie de ses cendres seront dispersées dans la mer, l'autre inhumées à Stockholm, sa ville natale.


Pour prendre connaissance des critiques de films où apparaît Ingrid Bergman dont  Casablanca, Les enchaînés, Voyage en Italie et Sonate d'automne, cliquer sur les liens ci-dessous :

 

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INGRID BERGMAN - PORTRAIT
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7 février 2010 7 07 /02 /février /2010 11:21
L'ETRANGE HISTOIRE DE BENJAMIN BUTTON de DAVID FINCHER

        

L'étrange histoire de Benjamin Button est à la fois une fable fantastique, un film d'amour et un chef-d'oeuvre de virtuosité technique, qui nous conte - pendant près de 3 heures - une histoire rocambolesque que l'on pourrait qualifier de " retour vers le futur". Et de quelle histoire s'agit-il plus précisément ? Celle de Benjamin Button ( Brad Pitt ), né à la Nouvelle-Orléans, le jour de l'armistice de la Première Guerre Mondiale, victime d'une étrange et pathétique anomalie, puisqu'il est venu au monde, non comme un nouveau-né, mais comme un individu dont la peau et l'organisme présentent toutes les séquelles d'un vieillard de 80 ans. Au bout de quelques mois, et à mesure qu'il grandit en taille, on s'aperçoit que sa vie au lieu de descendre le temps, le remonte, et qu'il est condamné, heureusement ou malheureusement, à rajeunir au lieu de vieillir au fil des ans. Cette singularité aura l'avantage d'allier à sa compétitivité une expérience acquise indéniable mais lui causera d'innombrables problèmes vis-à-vis de son entourage et plus spécialement auprès de Daisy ( Cate Blanchett ), la femme dont il s'est épris. Rencontrée, alors qu'elle n'était qu'une fillette, leur relation, mise à l'épreuve de la durée effective du temps, sera à l'origine de leur drame personnel, dont je ne veux pas vous dévoiler les tenants et les aboutissants, pour ne pas vous priver du plaisir de le découvrir vous-même.

 

Librement adapté d'une nouvelle de Scott Fitzgerald, l'auteur de Gatsby le Magnifique, le projet était déjà à l'oeuvre dès 1990, mais le défi narratif et surtout technologique d'un film, dont le héros vieillit à l'envers, semblait impossible à assurer, faute d'effets spéciaux convaincants. Par chance, les images de synthèse, ne cessant pas de se perfectionner, le cinéaste David Fincher, qui avait repris le projet à la suite des abandons successifs de Steven Spielberg, Ron Howard et Spike Jonze, entendait bien en assurer la gageure : faire exister un héros qui remonte le temps au lieu de le descendre.

" Ce fut un travail de longue haleine - avouait-il à un journaliste - il doit y avoir près de 350 plans truqués dans le film et je peux vous dire que la création d'un personnage comme Benjamin Button n'a pas été une partie de plaisir ". On veut bien le croire.


 

Après un test au résultat aussi impressionnant que coûteux, le feu vert fut enfin accordé par les producteurs. Si Brad Pitt interprète le rôle de Benjamin Button pendant les deux dernières heures de la projection, durant les cinquante premières minutes, lorsque le personnage est sensé avoir entre 80 et 65 ans, le corps de celui-ci est une doublure de petite taille et la tête une création de synthèse, à partir du visage vieilli de l'acteur. Le même procédé fut utilisé pour donner vie à Gollum  dans "Le seigneur des anneaux" et à King Kong, mais perfectionné de façon à obtenir un rendu plus subtil.

" Cela peut paraître intimidant et désincarné sur un plateau - soulignait le metteur en scène - mais cela recrée une certaine intimité avec les acteurs, qui se sentent moins exposés et peuvent mieux intérioriser leurs émotions, sans composer avec les costumes, les décors et la présence d'une équipe de tournage importante ".  

 

Il faut également souligner qu'il est quasi impossible de détecter l'utilisation massive d'images de synthèse, qui ont gâché pas mal de films auparavant, mais qui,  utilisées avec doigté par un Fincher passé maître, à la suite de son opus précédent "Zodiac" des effets spéciaux invisibles, parvient à rendre indiscernable la frontière entre film en prises de vue réelles et cinéma d'animation digitale. Cette maturité obtenue, après des réalisations moins convaincantes, comme "Fight club" et "Panic", permet à David Fincher de signer là son film le plus accompli, ne serait-ce que pour les raisons suivantes : la prouesse technologique ne ternit pas l'inspiration ou la beauté picturale des images, pas davantage qu'elle n'affaiblit l'émotion. Quant à Cate Blanchett, elle irradie d'aisance et de beauté, alors que Brad Pitt me semble moins à l'aise que d'habitude, un rien absent. Néanmoins, ils forment tous deux un couple très glamour, à la recherche d'un temps commun, ce qui est pour le moins l'originalité et l'audace de ce film. Avec cette fresque passionnante et cet exploit filmique qui, sans nul doute, feront date, David Fincher fait une entrée remarquée dans le clan des grands conteurs, de la lignée des Spielberg et des Cameron.



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L'ETRANGE HISTOIRE DE BENJAMIN BUTTON de DAVID FINCHER
L'ETRANGE HISTOIRE DE BENJAMIN BUTTON de DAVID FINCHER
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29 janvier 2010 5 29 /01 /janvier /2010 11:02
JACQUES PERRIN OU UN PARCOURS D'EXCELLENCE

 

Il a conservé ce regard bleu qui faisait de lui un jeune premier romantique du temps des Demoiselles de Rochefort, de Peau d'âne ou de La fille à la valise, ou encore l'officier troublant et troublé du Crabe-Tambour. Aujourd'hui l'acteur est devenu producteur et réalisateur pour offrir à nos regards éblouis les spectacles grandioses des mondes de la mer ou de l'air et en élaborant des projets d'une audace et d'une envergure qui méritent tous les éloges, le dernier en date étant Océans, cette fresque magnifique sur la faune marine. Fils d'un régisseur de la Comédie française et d'une comédienne, Jacques André Simonet, né le 13 juillet 1941 à Paris, prit pour pseudonyme Perrin lorsqu'à 19 ans, après avoir été un moment l'élève de Jean Yonnel au Conservatoire d'art dramatique, il est remarqué par le metteur en scène Valerio Zurlini pour être le partenaire de Claudia Cardinale dans  "La fille à la valise." "Cinq ans après avoir quitté l'école, j'ai décroché mon premier grand rôle. Dans ce film j'interprétais Lorenzo, un jeune aristocrate épris d'une danseuse paumée"- dit-il. Et il poursuit -  "Valerio Zurlini m'a appris que le cinéma se comprend de l'intérieur, qu'il est une peinture de l'âme". Ce film mis en boite, il poursuit avec un autre qui fera beaucoup parler de lui  La Vérité , où Brigitte Bardot vit un drame passionnel avec Sami Frey. "Pendant le tournage, Clouzot éructait, incendiait ses acteurs - confie-t-il. Il était irascible, terriblement dur avec ses équipes. J'étais consterné ! Je me suis juré alors que si un jour Monsieur Clouzot me proposait un grand rôle, je refuserais. Quel que soit le talent du metteur en scène, je ne partage pas cette conception du cinéma : pour moi, c'est un lieu de compréhension. Pas un théâtre pour des dictateurs d'un moment ". C'est alors que Jacques Demy le choisit pour donner la réplique à deux charmantes actrices quasi débutantes, les soeurs Dorléac, Françoise et Catherine, dans "Les demoiselles de Rochefort". L'acteur se demande d'ailleurs pourquoi Demy jeta sur lui son dévolu, étant donné qu'il ne savait ni chanter, ni danser, mais il avait la jolie gueule du prince charmant et c'est encore à lui qu'il fera appel, trois ans plus tard, pour séduire la délicieuse Catherine Deneuve dans "Peau d'âne". Deux tournages dont l'acteur se souvient avec bonheur. " Lors du tournage dans la forêt de Chambord - raconte-t-il - Demy m'a pris par le bras et nous sommes allés admirer les biches traversant une clairière. Le cinéma, c'est ça, a-t-il murmuré. Des instants magiques, en suspens, qui peuvent durer ou pas, qu'il faut attendre patiemment ".

 
C'est avec Z de Costa-Gavras que Perrin découvre l'engagement. Le metteur en scène peinait à trouver  le financement de son projet. C'est alors que l'acteur, âgé de 28 ans, fonde sa maison de production avec, dit-il, une sacrée inconscience. Mais cela m'a donné une grande force de conviction. Yves Montand et Jean-Louis Trintignant acceptèrent de ne percevoir qu'un faible cachet. Ainsi le film fut réalisé et la société Reggane-Films créée. Elle deviendra ensuite Galatée-Films et produira de nombreux longs métrages, comme "Le désert des Tartares" en 1976 de Valerio Zurlini, d'après le roman de Dino Buzzati, où le producteur endossera le rôle d'un lieutenant affecté à une forteresse dans le désert iranien, et "Le crabe-tambour" de Pierre Schoendoerffer en 1977, où il joue le rôle-titre auprès de Claude Rich, Jean Rochefort et Jacques Dufilho. Avec Schoendoerffer, il tournera également la "317e Section" et avouera qu'il a appris le métier à ses côtés, c'est-à-dire l'exigence. Mieux que des preuves à apporter, ce sont plutôt des traces qu'il faut laisser. Les traces d'une quête, mieux que les preuves d'un combat. Vint le temps où Perrin s'investit autrement, en produisant et en réalisant lui-même ses films, passant derrière la caméra.  "Le peuple migrateur" (2001) était un rêve d'enfant : voler en compagnie des oiseaux. Avec  Jacques Cluzaud, son complice, ils vont suivre en ULM le vol d'une trentaine d'espèces d'oiseaux migrateurs - grues, oies, cygnes, cigognes, canards - et découvrir leurs escales en même temps que montrer la précarité de leur vie. "J'ai voulu sensibiliser le public à la beauté et à la fragilité de la biodiversité "- reconnait-il. Et ce film fut une réussite extraordinaire, un événement dans le monde du 7e Art. De même que l'avait été en 1996 "Microcosmos" qui toucha 3 millions de spectateurs et obtint un César. En 2004  "Les Choristes"  charmeront pour la jolie musique et feront verser quelques larmes aux âmes sensibles mais c'est Océans, aujourd'hui, qui couronne une carrière déjà riche d'événements majeurs. "Durant ces quatre années de tournage, j'ai filmé les poissons comme des héros de fiction : la bataille homérique des crabes araignées, le ballet amoureux des seiches géantes, la tragédie d'un requin qu'on assassine. Il y a trente-cinq ans sortaient "Les dents de la mer". Une bombe explosait dans la gueule d'un requin et on applaudissait. Océans montre un requin, à qui des pêcheurs coupent l'aileron et la queue, et on pleure devant ces images".



Voilà le message discret que Perrin adresse aux hommes et spectateurs que nous sommes : que le monde végétal, animal, que l'infiniment petit, comme l'infiniment grand, méritent notre attention et notre respect. Il avait également produit le très beau film sur Eric Tabarly, afin de faire connaître plus intimement ce seigneur de la mer. Tous les amoureux de la beauté et des éléments ne peuvent qu'applaudir à ce parcours sans faute.

 

Pour lire les articles de la rubrique consacrée aux réalisateurs, cliquer sur son titre :


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Jacques Perrin et Catherine Deneuve
Jacques Perrin et Catherine Deneuve

Jacques Perrin et Catherine Deneuve

JACQUES PERRIN OU UN PARCOURS D'EXCELLENCE
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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 09:02
OCEANS de JACQUES PERRIN et JACQUES CLUZAUD

       
Voilà un chef -d'oeuvre qui devrait mobiliser la terre entière : pas un brin d'artifice, la beauté à l'état pur ; pas d'effets spéciaux mais la vérité telle qu'elle est et, au final, le plus bel opéra que la nature puisse nous offrir, filmé par des hommes qui ont mis 3 ans à en définir l'angle le plus juste, la mesure la plus harmonieuse, les octaves les plus larges. On sort de la salle, après 1h45 passée dans l'intimité des océans, subjugués, éblouis, bouleversés, car la beauté, lorsqu'elle est portée à ce degré, est bouleversante. Le réalisateur du  Peuple migrateur  a réussi son pari d'offrir - grâce à une technique de pointe, à l'aide scientifique internationale, à une infinie patience et à la foi du charbonnier - une vision époustouflante des océans, un spectacle total, un film à couper le souffle. Bien sûr Jean-Yves Cousteau nous avait initiés à la magnificence et à l'incommensurable richesse des fonds sous-marins, mais avec Perrin et Cluzaud le spectacle est d'une ampleur théâtrale inégalée. Or filmer l'univers marin est une affaire très compliquée. Il faut par exemple 20 personnes pour immortaliser le flamboiement automnal des gorgones, les froufrous dentelés de la méduse japonaise, la prunelle pleine de réprobation de la seiche, l'allure débraillée de l'hippocampe feuille d'Australie ou les jupailles superposées de la méduse de Californie. Et que dire de l'effort fourni pour filmer le banquet pantagruélique qui se déroule chaque été en Afrique du Sud, lorsque les sardines, qui ont frayé au Cap, remontent vers Durban et sont soudain pourchassées par les dauphins auxquels se mêleront bientôt les requins, les otaries, les manchots et, bien entendu, les oiseaux, hordes affamées qui pénètrent l'eau et embrochent les malheureuses jusqu'à 15 m de profondeur avec un claquement de fusil, si bien qu'au-dessus de l'eau et sous l'eau le bombardement fait rage et que la mer semble être soudain entrée en ébullition.

 


Quant au congrès des araignées de mer, il est aussi inattendu que surprenant. Chaque année, des millions d'araignées convergent vers la baie de Melbourne pour y muer et s'y reproduire, grouillant troupeau qui s'avance, on dirait des armées en marche pour s'affronter, lourdement chargées de leurs armures, dans un bruit de ferraille assourdissant, scènes qui n'avaient jamais été filmées et dont nous avons la primeur. Et comment ne pas être séduit par les facéties des otaries, scènes pleines de drôlerie  où celles-ci se changent en danseuses d'une grâce exquise doublées d'incorrigibles farceuses et, ce, pour notre plus grand plaisir. Et comment ne pas être subjugué par les baleines à bosse qui transitent chaque année d'Hawaï en Alaska. Malgré leur gigantisme, elles sont, dans leurs mouvements, d'une précision incroyable et d'une légèreté d'hirondelle assure Jacques Cluzaud. Lorsqu'elles descendent, elles sont capables de frôler le fond de l'eau sans qu'un grain de sable ne bouge, mais quand elles font surface, on a l'impression d'assister à la naissance d'une île, ajoute-t-il.

 


Théâtre de vie exubérant, le monde aquatique semble avoir tenté toutes les expériences de forme, de couleur, d'originalité, de prodigalité, d'effervescence, vitrine de la diversité la plus éblouissante. 240.000 espèces ont été recensées à ce jour, mais il en reste 2 à 3 millions à découvrir. Alors qu'irions-nous chercher ailleurs, alors que notre planète recèle de tels trésors, un monde si étonnamment vivant qui ne demande qu'à être exploré et sauvegardé ? Oui, qu'irions-nous faire ailleurs, alors que le plus bel ailleurs est ici même. La conclusion est là, discrète et émouvante. Economie de mots. Contrairement à certains, Jacques Perrin se sert d'abord et avant tout de l'image pour nous convaincre. Et il le fait avec sobriété et élégance. Quelques séquences sur des poissons captifs des filets où ils agonisent, quelques autres des détritus que nous déversons avec une totale inconscience, une, particulièrement émouvante, d'un requin remis à l'eau par des pécheurs chinois qui viennent de lui couper les ailerons à des fins gustatives et aphrodisiaques et qui va mourir ainsi de mort lente, le message des profondeurs est parfaitement capté à la surface. Reste à tirer les leçons après cette somptueuse traversée du miroir. Protégeons nos mers, elles sont notre trésor.

 

Pour lire l'article que j'ai consacré à Jacques Perrin, acteur, réalisateur et producteur, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

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21 janvier 2010 4 21 /01 /janvier /2010 09:32
TSAR de PAVEL LOUNGUINE

   

Il y a plusieurs façons de regarder le film grandiose de Pavel Lounguine. On peut le faire avec un oeil de cinéphile pour en apprécier la maîtrise de l'image, la densité narrative et en critiquer une certaine lenteur contemplative qui en ralentit fatalement le rythme. On peut également voir dans ce portrait taillé avec ampleur, à la façon d'un opéra servi par la musique de Youri Krassavine, le miroir d'un pays qui ,de Ivan à Staline, a accepté de se ployer sous le joug de pouvoirs à la main de fer. Car de la mise en scène à la direction d'acteurs, le cinéaste nous livre une oeuvre inspirée et mystique qui évoque la confrontation physique et morale qu'eurent au XVIe siècle le tsar Ivan et le métropolite de Moscou Filipp. Ce face à face n'est pas sans rappeler celui du " Meurtre dans la cathédrale" de Jean Anouilh où Thomas Beckett, archevêque de Canterbury, s'opposa à son souverain le roi Henri II d'Angleterre. Ici, nous sommes en Russie en l'an 1565 : le pays est menacé d'invasion par la Pologne. C'est alors qu'Ivan fait régner sur l'immense territoire une atmosphère de terreur et de délire religieux. Selon lui, sa mission de sauver la sainte Russie l'exempte de toute référence morale et l'autorise aux exactions les plus cruelles, afin de détruire ceux nombreux qui pourraient s'opposer, de quelque façon que ce soit, à sa politique, couvrant de son autorité les pires horreurs perpétrées par ses sbires : sa garde personnelle " les chiens du tsar ". Tortures, meurtres, rien n'arrête ce dictateur paranoïaque. Peu de temps auparavant, supposant qu'il servirait sa cause sans mot dire, le souverain a placé à la tête de l'église orthodoxe son ami d'enfance : Filipp. Ce dernier va néanmoins s'élever avec indignation contre le spectacle d'une politique de répression intolérable et aveugle, brandissant le calice contre le sceptre et la couronne.
 

Pavel Lounguine  poursuit avec ce nouvel opus, et après " L'île ", son exploration de l'âme russe, mettant en scène ce conflit entre deux visions opposées de la religion : celle exaltée et manichéenne du tsar qui la manipule au service d'une conception absolutiste du pouvoir et celle authentiquement spirituelle du métropolite pour qui le Christianisme tient avant tout dans l'imitation miséricordieuse du Christ. Il apparait évident que le troisième personnage du film n'est autre que la foi, cette foi qui prend les traits d'une petite fille ballottée entre la douceur maternelle des icônes de la Vierge et la divination de l'Etat, telle que la souhaiterait le tsar qui se prend tout simplement pour Dieu et a, de ce fait, une approche religieuse de sa mission (et il eut des successeurs, hélas !). La stature que Pavel Lounguine prête à son personnage est absolument stupéfiante. Celui-ci ira jusqu'à faire assassiner le métropolite, son ami, non sans remords, ni souffrance, ce qui traduit bien les ambivalences et la complexité de ce personnage hors normes. L'acteur  Piotr Mamonov  n'est pas sans évoquer le Klaus Kinski de  Aguirre, la colère de Dieu,  interprétant son rôle de façon magistrale et impressionnante, presque hallucinée. Pour lui donner la réplique, Filipp, incarné par  Youri Kuznetzov,  est le versant mystique et émotif de cette Russie médiévale et tous deux durant deux heures nous font vivre un face à face d'une intensité passionnante. Un grand moment de cinéma.

 

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TSAR de PAVEL LOUNGUINE
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16 janvier 2010 6 16 /01 /janvier /2010 09:35
STANLEY KUBRICK OU LE REGARD CAMERA

 

Voilà un cinéaste qui produit peu mais sort tous les dix ans un chef-d'oeuvre, un de ces films qui crée l'événement et frappe l'imagination du spectateur, raison pour laquelle on a volontiers qualifié Stanley Kubrick de génie obsessionnel, tellement ses thèmes posent inlassablement les mêmes questions sur la condition de l'homme et le problème du mal avec une sorte de fureur expressive. Ce New-Yorkais précoce ( il est né le 26 juillet 1928 ) se fera connaître tôt dans la photo, où son inventivité fera merveille. Passionné de technique, il réalise un documentaire sur un boxeur  Day of the Fight  (1951), puis un film de fiction  Fear and Desire  en 1953, qu'il reniera par la suite. La qualité de sa photographie, ses clairs-obscurs contrastés, ses mouvements de caméra sinueux révèlent déjà un tempérament exceptionnel. Il a tout juste 28 ans quand il tourne son premier film en tant que réalisateur indépendant  Ultime razzia  (1956), un policier qui emprunte aux classiques du genre, mais où se dévoile certaines virtuosités, ainsi qu'un traitement visuel savant qui permet à Kubrick de saisir les visages au bord de la déformation caricaturale, signature, grâce à laquelle, il impose d'ores et déjà son style propre.

 

 

L'acteur Kirk Douglas, qui se plait à encourager les jeunes talents, le choisit pour un projet audacieux  Les sentiers de la gloire (1957) qui aborde le sujet délicat des mutineries dans l'armée française, lors de la Première Guerre mondiale. Le film, tourné en Europe, reçoit un accueil critique favorable, mais la France, par crainte de la censure, attendra 1975 pour le diffuser enfin dans les salles. Kubrick s'y révèle un cinéaste majeur et complet : le sujet est traité avec force et dignité, l'interprétation à la hauteur de l'attente des spectateurs et, la maîtrise de la caméra, celle d'un homme qui  utilise avec maestria les possibilités offertes par sa caméra, dont les longs travellings. Kirk Douglas fera de nouveau appel à lui  - à la suite de la défaillance d'Anthony Mann - pour un film en péplums  Spartacus, dont le jeune réalisateur s'acquittera avec panache et qui contribuera à asseoir sa réputation auprès du grand public. Désormais Kubrick entend faire cavalier seul et ne travailler que sur des projets personnels qui lui laissent une totale liberté d'action, veillant à s'entourer de collaborateurs triés sur le volet, scénaristes, caméramans, voire même écrivains. C'est Vladimir Nabokov en personne qui participera à l'adaptation sur grand écran de son roman controversé : Lolita. N'aimant guère l'ambiance qui règne à Hollywood et correspond si peu à son caractère introverti et à sa personnalité solitaire, Kubrick quitte les Etats-Unis pour l'Angleterre, où il reconstituera l'Amérique provinciale et suburbaine dans Lolita,  prouesse qu'il réitérera avec Shining et  Eyes Wide Shut,   proposant une vision mentale de ce pays plus vraie que nature.

 


Cette indépendance lui réussit car, désormais, chacune de ses oeuvres est attendue par un public conquis par ce talent provocateur et hors du commun, qui ne s'accorde aucune concession, et aura si profondément imprimé l'imaginaire des spectateurs. Ainsi abordera-t-il successivement, et avec un égal talent, la comédie Dr Folamour, le film d'anticipation L'odyssée de l'espace, le film d'horreur Shining, le film historique Barry Lyndon, le film de guerre Full Metal Jacket et, à chaque fois, imposera une vision neuve, si bien que ceux qui viendront après lui seront condamnés à se mesurer à son modèle. Si Orange mécanique (1971), symptomatique de son époque, reste un phénomène isolé, Barry Lyndon (1975) crée un précédent et une référence absolue dans le domaine du film historique. Ces oeuvres, en apparence disparates, représentent la vision (le mot est approprié tant Kubrick est fasciné par la puissance et la capacité émotionnelle du regard caméra) d'un auteur : philosophe, il questionne  sans se croire obligé d'apporter des réponses, mais le questionnement en soi est en quelque sorte une réponse, celle de l'inquiétude de l'homme moderne et du devenir humain. Pessimiste ironique, il observe le monde en entomologiste et ce n'est pas tellement beau à voir. Chantre de l'inhumanité, il tisse sa toile afin que l'homme-personnage, pris au piège, se plie à ses considérations désespérées. Sa filmographie se conclut par une méditation sur le couple  Eyes Wide Shut (1999), film énigmatique par excellence comme les aime Kubrick, toujours en proie au doute et à l'incertitude des êtres ballottés par le temps et qui finissent, comme ses films, par devenir emblématiques.

 

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LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART

 

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LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 

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12 janvier 2010 2 12 /01 /janvier /2010 10:27
LE GENOU DE CLAIRE d'ERIC ROHMER

     

Cinquième et avant-dernier volet des six contes moraux de Rohmer, Le genou de Claire  (1970) demeure fidèle au thème de ce cycle : l'errance amoureuse. Car si le propos central s'articule autour de la quête sentimentale, les contes s'attardent tous sur les détours vers une autre femme. Jérôme, un attaché d'ambassade à l'approche de son mariage, vient passer ses vacances sur les bords du lac d'Annecy, lieux de son enfance. Il y retrouve une amie écrivain, Aurora, qui lui demande son aide afin d'achever son livre sur une relation entre une jeune adolescente et un homme d'âge mûr. Certain de ses sentiments envers sa fiancée, il accepte de jouer le cobaye et réussit le pari, avec tout le détachement supposé, auprès de Laura, une jeune lycéenne effrontée, admirablement interprétée par Béatrice Romand. Mais les audaces de l'adolescente se perdent vite en une indécision qu'elle travestit d'une indifférence supposée à l'égard de cet adulte séduisant qui semble lui prêter intérêt. Coquetterie requise, atermoiements, nous sommes dans un marivaudage délicieux, à la fois léger et insolent, envisagé comme l'ébauche d'une toile de maître. C'est alors qu'apparait Claire, une jeune fille d'une beauté sculpturale, nature lascive qui semble se contenter de l'amour maladroit et gauche de ses jeunes soupirants et se satisfaire des loisirs habituels des vacances. Cette fois, c'est Jérôme qui propose de reporter le jeu, parce qu'il s'avoue troublé, notamment par le genou de cette jeune fille si parfaitement belle, Jérôme fait alors le pari avec Aurora de posséder symboliquement le corps de Claire, en se contentant d'une caresse sur ce pôle magnétique que représente, à ses yeux, son genou. Son ambition se satisfera de cette possession et du privilège qu'elle soit toute entière concentrée dans son désir.

 


Ce film est l'un de ceux que je préfère parmi l'ensemble des contes moraux. Il s'en détache par la perfection absolue de son narratif, le déploiement de l'image au service d'une pensée ramassée dans le seul regard, regard devenu acte à part entière. Car, au final, le plaisir est d'abord une attente, agrémentée du jeu subtil de la séduction. Oui, l'attente et la convoitise peuvent être un art qui compose sa propre carte du Tendre, en complique indéfiniment les tours et les détours et comble plus complétement l'esprit que le coeur et les sens. On retrouve dans la beauté des paysages, filmée avec le même lyrisme que le genou de Claire, la subtile union des lumières : celle du lac apaisé dans son aura estivale et celle des rivages en fleurs, contrepoint évident à cette jeunesse qui s'ébat à son bord. Enfin, on perçoit ce qui caractérise le cinéma d'Eric Rohmer : l'élégance des personnages, la splendeur d'un décor naturel et des dialogues proches de l'écrit. Quant aux acteurs, ils sont tous crédibles : Jean-Claude Brialy, magnifiquement barbu, interprète son rôle avec une sorte de jubilation ; les jeunes filles sont d'un naturel stupéfiant autant dans leurs effronteries que dans leur soudaine timidité, et Aurora Cornu pimente le sien de son accent agréablement roumain. Avec ce film, Eric Rohmer nous livre une de ses oeuvres les plus accomplies, nous proposant, à l'égal du genou de Claire, le magnétisme d'un badinage irrésistible.

 

Pour lire l'article que j'ai consacré à Eric Rohmer, cliquer sur son titre :

 

ERIC ROHMER OU UN CINEMA DE LA PAROLE



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LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS
 

 

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LE GENOU DE CLAIRE d'ERIC ROHMER
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9 janvier 2010 6 09 /01 /janvier /2010 08:36
BRIGHT STAR de JANE CAMPION

      

Jane Campion, on le sait, est une cinéaste de talent qui a le don de varier ses thèmes et de nous surprendre par des narratifs aussi opposés que l'est son dernier opus "Bright Star" consacré aux amours du poète John Keats et de sa jeune voisine Fanny Brawne, par rapport à son précédent  (2003) "In the cut", film d'horreur au coeur de la vie urbaine. Projeté au tout début du Festival de Cannes 2009, "Bright Star",  peu en phase avec une compétition dominée par des oeuvres résolument contemporaines et souvent violentes, reçut un accueil mitigé, voire dédaigneux, d'autant qu'il était, au regard d'un public avide de modernité innovante, desservi par son apparent classicisme et son récit des amours platoniques de deux jeunes gens au coeur de l'Angleterre prévictorienne des années 1920. Néanmoins, le public avait tort de ne lui accorder qu'une attention  distraite, car ses qualités en font une oeuvre attachante pour la beauté de ses images, sa communion avec la nature, la fluidité de sa mise en scène, l'excellence de son interprétation, et parce qu'elle donne à entendre des textes d'un  poète d'une profondeur saisissante, ce John Keats décédé de la tuberculose à l'âge de 25 ans dans la plus totale indifférence et qui compte, de nos jours, de par ses poèmes au souffle immense, parmi les meilleurs poètes du monde anglo-saxon. D'ailleurs le titre du film "Bright Star" (Etoile brillante) est le titre de l'un d'entre eux.


La réalisatrice a su éviter de figer les images dans des décors surchargés par les exigences de la restitution d'époque et d'exalter au contraire la beauté naturelle des extérieurs, captés au fil des saisons par une caméra aussi voluptueuse et caressante qu'un pinceau. Entre les deux héros, admirablement campés par  Abbie Cornish (Fanny) et  Ben Whishaw  (John Keats) s'esquisse une relation qui va très vite devenir passionnelle, vécue en secret jusqu'à ce que la maladie ne vienne arracher les amants l'un à l'autre. Bien que Jane Campion se soit refusée à céder à des scènes torrides et contentée d'un chaste baiser, le film est empreint d'une ferveur et intensité si bien intériorisées, qu'elles sont plus crédibles que ne le seraient les débordements affectifs et sexuels qui affligent souvent l'ensemble de la production actuelle. Entre les deux protagonistes s'installent une grâce, une émotion qui vont crescendo et on devine, bien sûr, que cet amour, encore au stade de l'émerveillement et de la retenue, est condamné d'avance à rester suspendu dans le temps... incantatoire et immortel comme les poèmes qui l'inspirent. Ainsi, au fil des quelques saisons qu'ils partagent, Fanny et John déclinent-ils une romance contrariée par les différences de classes sociales et la maladie. Ne cédant à aucun académisme, "Bright Star" s'impose à la manière d'un poème raffiné, servi par des acteurs inspirés et porté par une intensité déchirante. On s'explique facilement que Jane Campion ait été séduite par la vie brève et ardente de ce jeune poète britannique (1795 - 1821) qui se réfugiait volontiers dans le monde idéal de la Beauté, beauté qu'il s'était plu à exprimer dans Hypérion et Les Odes. Son pessimisme était compensé par cette ardente foi dans toutes les formes de beautés que l'art est en mesure de rendre et de transcender et seules capables de survivre à l'homme lui-même - disait-il. Lui qui écrivait : " Oh qu'on me donne une vie de sensation plutôt qu'une vie de pensée "  - semble avoir été exaucé et ce film, d'un charme envoûtant, qui la sollicite à chaque instant, lui rend en quelque sorte hommage.

 

Pour consulter la liste complète des critiques de films de la rubrique CINEMA AMERICAIN & CANADIEN, cliquer sur le lien ci-dessous :


LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN 

 

Et pour prendre connaissance de l'article consacré à Jane Campion, cliquer sur son titre :

 

JANE CAMPION, UN CINEMA AU FEMININ

 

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BRIGHT STAR de JANE CAMPION
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21 décembre 2009 1 21 /12 /décembre /2009 11:17
CHARLIE CHAPLIN, LE VAGABOND DE GENIE

                                              

L'histoire du 7e Art ne serait pas ce qu'elle est sans Charlie Chaplin (1889-1977). Alors que le cinématographe faisait ses premiers pas, il a tout inventé. Ne fut-il pas le premier à se revendiquer auteur complet, en concevant, produisant, écrivant, jouant, mettant en musique et en scène ses propres films, homme orchestre exemplaire et inégalé ? La vie de Chaplin se confond avec celle de cet art qu'il va servir avec génie, étant de ceux qui surent le mieux lui conférer crédibilité et dignité. Enfant de la balle, Charlie Chaplin part en tournée aux Etats-Unis en 1912, après une enfance londonienne misérable, où il passa la plus grande partie de son temps à observer. Dès lors, les choses s'accélèrent pour lui : remarqué par Mack Sennett, le spécialiste du burlesque, il débute au cinéma en 1914, d'abord comme acteur, puis, très vite, comme réalisateur. Son rythme de travail devient alors frénétique, pas moins de cinquante réalisations entre 1914 et 1919. Ce sont des comédies, d'une bobine d'abord, soit dix minutes, de deux bobines ensuite, où il affine, par petites touches, son personnage d'éternel vagabond et où se perçoit déjà son souci artistique et social. Celui que l'on nommera volontiers Charlot, se baptise lui-même " The Tramp", le vagabond, figure universelle dans laquelle l'humanité entière se reconnaît. Dans des courts métrages déjà très élaborés comme "L'émigrant" (1917) ou "Une vie de chien" (1918) ou encore "Charlot soldat" (1918), il s'oriente nettement vers un discours humaniste, bien que le sérieux du propos ne gâche en rien l'émotion ou l'irrésistible invention comique. En 1919, Chaplin crée avec les acteurs Mary Pickford et Douglas Fairbanks Les Artistes Associés, structure ambitieuse dont, parmi les fondateurs, il sera le seul à profiter pleinement, s'assurant ainsi une indépendance artistique quasi totale. Si bien qu'il pourra attendre des années, soit 1940, avant de produire son premier film parlant, "Le Dictateur", un chef-d'oeuvre où il met en scène Hynkel, décalque caricatural de Hitler et le napoléoni, celui inénarrable de Mussolini. La scène où le dictateur joue avec la mappemonde changée en ballon, qu'il peut faire tourner et sauter selon sa volonté et qui finit par éclater, est un morceau d'anthologie, ainsi que le discours du fuhrer au tout début du film et l'appel à la paix du petit juif que l'on a pris pour Hinckel et qui clôt le film de façon bouleversante. 



Et, fallait-il qu'il soit sûr de son art et de son public pour oser s'interrompre en plein succès de 1918 à 1921, avant de revenir avec son premier long métrage, encore muet toutefois, "Le Kid", épreuve jusqu'alors jamais tentée par des comiques, trop conscients de ne disposer que d'un  public volatile. Mais celui de Chaplin ne l'est pas, pour la bonne raison que l'artiste ne se contente pas d'être un clown génial, mais se révèle être aussi un formidable peintre de la société et un moraliste profondément humain. Le triomphe qui accueille le film, où il dépeint la jeunesse misérable d'un pauvre petit gosse de la banlieue londonienne qui lui ressemble comme un jumeau, recueille l'adhésion unanime de la critique et sera une source d'inspiration pour les comiques, ouvrant la voie à Buster Keaton, Harold Lloyd et même Jerry Lewis. Les gags, produits au prix d'un travail minutieux, s'enchâssent dans un narratif mélodramatique à la Charles Dickens : cet équilibre élégant entre rire et larmes sera désormais la marque de l'art de Chaplin. Pendant deux ans encore, il réalisera des courts métrages mais en nombre plus parcimonieux. En 1923, le cinéaste étonne en prenant de nouveaux risques et en réalisant "L'opinion publique", oeuvre dans laquelle il ne joue pas et laisse la vedette à sa compagne du moment, l'actrice Edna Purviance. Ce succès surprend les cinéastes de l'époque, qui prennent conscience du pouvoir suggestif de l'image et de la force recélée par la pellicule, lorsque celle-ci est bien utilisée. De Lubitsch à Renoir, nombreux seront ceux qui se référeront désormais à lui et à ce film en particulier, le considérant comme une oeuvre phare. Dorénavant ses films ne seront plus que des longs métrages longuement conçus, produits à un rythme de plus en plus lent mais qui, à chaque fois, constitueront un événement.  "La Ruée vers l'or"  (1925) frappera par le souffle épique de certaines scènes,  "Le Cirque" (1928) sera un hommage émouvant aux fondements mêmes du comique cinématographique, où l'acteur atteint, dans sa gestuelle, une grâce souveraine. "Les lumières de la ville" (1931) représente, quant à elles, un pas de plus dans le drame, si la comédie est éblouissante (les démêlés de Charlot avec un riche noceur qui ne se souvient plus de lui quand il est sobre), l'émotion reste très présente et touche au paroxysme au moment des retrouvailles du pauvre vagabond avec l'aveugle qu'il a protégée ; on parvient là à l'un des sommets de l'art de Charlie Chaplin et ce moment compte parmi les plus bouleversants du 7e Art. Enfin  "Les temps modernes"  (1936) ), satire du machinisme et du monde industriel sera son dernier film muet, conclusion magnifique où Chaplin quitte presque définitivement sa défroque de Charlot et où sa vision d'un monde robotisé et déshumanisé est absolument stupéfiante.

                                                     
Après "Le dictateur", dont j'ai parlé plus haut, c'est sous les traits de "Monsieur Verdoux" (1947), tueur de rombières inspiré de Landru, que l'auteur-acteur-réalisateur va revenir au cinéma parlant et prolonger son discours pacifiste, en même temps qu'il commence à déplaire à une Amérique bien-pensante qui lui reproche ses sympathies politiques et son mariage récent avec une jeune fille, dont il pourrait être le grand-père, sa femme Oona. Blessé, Chaplin quitte les Etats-Unis et revient en Angleterre, sa terre natale, où il signera son dernier grand chef-d'oeuvre  "Limeligt"  (Les feux de la rampe - 1952), histoire d'un clown déchu, où l'artiste universellement admiré laisse apparaître son angoisse de ne plus faire rire, et éblouissante réflexion sur le monde du spectacle que je considère personnellement comme l'un de ses plus beaux films. Installé dorénavant au bord du lac Léman avec sa nombreuse famille - sa femme Oona lui donnera 9 enfants - il regagne Londres pour tourner "Un roi à New-York" (1957), satire du maccarthysme et de la civilisation montante de la télévision, puis "La comtesse de Hong-Kong" avec Sophia Loren, comédie sentimentale un peu surannée mais poignante où, à travers un personnage de femme errante, il semble renouer avec le personnage de l'éternel vagabond.  

 

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LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART

 

Et pour consulter les critiques que j'ai rédigées sur les films de Chaplin, cliquer sur leurs titres :

 

LES LUMIERES DE LA VILLE de CHAPLIN         

LES TEMPS MODERNES de CHARLIE CHAPLIN

LIMELIGHT

LE DICTATEUR

 

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CHARLIE CHAPLIN, LE VAGABOND DE GENIE
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Présentation

  • : LA PLUME ET L'IMAGE
  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
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  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.

Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

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