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5 mars 2009 4 05 /03 /mars /2009 12:25
LAST CHANCE FOR LOVE de JOEL HOPKINS

    
Quel qu'ait été le film, j'y serais allée pour assister au face à face de deux de mes acteurs préférés, d'autant que je me doutais bien que ni l'un, ni l'autre, n'auraient donné leur accord pour un film médiocre et un scénario bidon. Ils ont mené leurs carrières respectives avec suffisamment d'intelligence et de discernement pour ne pas commettre, à leur âge, et avec leur expérience, une faute de goût. J'étais donc assurée que ma prise de risque était quasi nulle et que le film, que j'allais voir en cette fin d'après-midi presque printanière, serait, sans aucun doute, un très plaisant divertissement. Et il l'est.

 

Oui, il serait dommage de se refuser une heure trente d'un marivaudage charmant entre gens délicats que tout oppose à première vue et qu'un hasard bienveillant va réunir pour le meilleur. En ces temps de morosité ambiante, je vous conseille vivement ce remontant euphorisant qui mêle des ingrédients de qualité comme une bonne rasade d'humour et une pincée de nostalgie, mais a eu l'audace d'éliminer de sa formule les conservateurs et autres agents nocifs et néanmoins trop courants : la violence et la vulgarité. Aussi, déposez soucis et inquiétudes à la porte de la salle obscure et entrez vous rafraîchir et vous rasséréner avec ce tonique de qualité, en très aimable compagnie de surcroît : un Dustin Hoffman à faire fondre le coeur le plus endurci et une Emma Thompson très classe, très expressive, très attachante en délicieuse vieille fille formidablement séduisante, que l'on aimerait croiser plus souvent sur son parcours. Oui, un film sans prétention mais qui vous assure un plaisir non stop. Ce n'est pas si mal ! Le réalisateur  Joel Hopkins  nous offre avec cet opus - le premier  Mariage et conséquences  en 2002 avait déjà été remarqué et gratifié d'un Bafta et du Prix du public au Festival de Deauville -  une comédie bien écrite et nous prouve, par la même occasion et pour la seconde fois, son savoir-faire, son feeling dans un divertissement aux dialogues vifs et efficaces.

 


L'histoire est la suivante : Harvey Shine, musicien américain, vient de débarquer à Londres pour assister au mariage de sa fille qu'il a un peu perdue de vue depuis son divorce d'avec sa mère et du remariage de celle-ci. Compositeur de jingles et obsédé par son travail, il n'est là que de passage, ayant un rendez-vous important à New-York le surlendemain. Mais de mauvaises nouvelles vont tout remettre en question, sa vie professionnelle comme sa vie personnelle. C'est grâce à un formidable coup de chance qu'il rencontre Kate, une célibataire bon chic, bon genre, d'une quarantaine d'années qui aime la lecture et sa vieille maman envahissante. La suite est sans surprise, mais si agréablement contée, si délicieusement interprétée, avec, à la clé, un message si plaisant à entendre, qu'on se laisse gagner par cette bonne humeur et cet optimisme qui, d'une rencontre réussie à un rendez-vous manqué mais rattrapé, tisse à petits points, avec charme et élégance, un ouvrage somme toute bien fait et bien cousu. Aussi ne boudez pas l'opportunité de passer un excellent moment avec ce couple ... qui illustre si bien cette ultime chance de l'amour.

 

 Pour lire les articles consacrés aux deux acteurs, cliquer sur leurs titres :
 

DUSTIN HOFFMAN           EMMA THOMPSON



Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN & CANADIEN, cliquer sur le lien ci-dessous :



LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN
 

 

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2 mars 2009 1 02 /03 /mars /2009 09:20
GRAN TORINO de CLINT EASTWOOD

           
Du cow-boy taciturne et cynique immortalisé par Sergio Leone à l'ancien combattant misanthrope de Gran Torino, Clint Eastwood a derrière lui plus de 50 ans de carrière durant laquelle il a su imposer son magnétisme et sa personnalité hors du commun. Archétype du mâle dominant et héros implacable et froid, le comédien n'a pourtant jamais cessé de jouer avec son image, n'hésitant pas à la mettre en danger et en dérision et à la contredire comme pour mieux la revitaliser. Traité de fasciste dans les années 70 par une presse peu clairvoyante, il a volontairement endossé les rôles les plus antinomiques et les plus paradoxaux, du doux rêveur dans  Bronco Billy  à l'homme d'action violent, de l'amoureux transi de  Sur la route de Madison  au macho yankee dans Les proies. Acteur inclassable doublé d'un auteur original, il n'est jamais là où on l'attend, se plaisant à désorienter et surprendre son public par son inspiration singulière. Depuis qu'il s'est consacré à la mise en scène, il a retouché son image de dur en la complexifiant et en ne craignant nullement de dévoiler de fascinantes failles, entre autre celles qui ont trait à l'ambiguïté morale et à la vieillesse.
 


Dans le magistral  Gran Torino,  il continue à peaufiner avec intelligence son personnage de justicier et de vieux réac, conscient de ce qu'il représente aux yeux du public, tout en refusant d'en être l'otage. Interrogé par des journalistes, il a accepté de parler du personnage qu'il incarne et met en scène dans son dernier opus, ce Walt Kowalski, un peu fou et plutôt bizarre, vétéran de la guerre de Corée, soudain veuf et condamné par les circonstances à faire face au crépuscule de son existence, seul. Rongé aussi par le regret de n'avoir su, pu ou voulu devenir proche de ses deux fils. Le monde, qui l'entoure, lui est étranger. Il ne reconnaît plus son environnement envahi par des immigrés asiatiques. Ouvertement raciste, il voit d'un très mauvais oeil le repeuplement de son quartier, jusqu'au jour où il est obligé de prendre partie dans un conflit qui oppose ses voisins, une accueillante famille hmong, ( les hmongs ont combattu aux côtés des américains au Vietnam )  et un gang de jeunes voyous. Mieux encore, voilà qu'il se prend d'intérêt pour l'un de ces jeunes hmongs, un garçon qui a tenté de voler sa voiture de collection, une Gran Torino 1972, sous la pression du gang, mais je n'en dirai pas plus. Par souci d'authenticité, Eastwood a tenu à ce que les acteurs et figurants - des non professionnels pour la majorité - appartiennent à cette ethnie. Kowalski fait partie de ces hommes un peu obsolètes et non moins idéalistes qui, sur le tard, trouvent le chemin d'une rédemption inattendue, un salut ultime qui puisse donner sens à leur vie, fût-ce au prix d'un grand sacrifice et dont Clint avoue volontiers qu'il a mis beaucoup de lui-même.

 

Ainsi, après avoir enchaîné les grandes fresques historiques et les films à Oscars, le cinéaste-interprète est-il de retour avec un film à l'intrigue linéaire et solidement charpentée, au casting exempt de stars ( sinon lui-même ) et au décor réduit à un pâté de maisons. Il est vrai que l'épure lui réussit et qu'il n'est jamais si efficace que dans le dépouillement. Sans doute est-ce ce mélange savamment dosé de drame et d'humour vachard, de mépris affiché du politiquement correct et de renvois discrets à l'ensemble de sa filmographie, qui font de Gran Torino une réussite complète et une oeuvre attachante. Les préjugés sont désamorcés les uns après les autres dans ce récit d'initiation salvateur, aux accents humanistes et christiques, qui ne sombre jamais dans un sentimentalisme ou angélisme facile, tant la main du réalisateur est sûre et rigoureuse. Je vois là le testament de Clint, un film majeur dont chaque plan est composé comme un message à notre intention, traitant de ce qui est essentiel avec force et émotion. 

 

Pour lire l'article que j'ai consacré à Clint Eastwood, cliquer sur son titre :

 

CLINT EASTWOOD - PORTRAIT

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN & CANADIEN, cliquer sur le lien ci-dessous :
 

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GRAN TORINO de CLINT EASTWOOD
GRAN TORINO de CLINT EASTWOOD
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27 février 2009 5 27 /02 /février /2009 19:12

La-Vie-d-Oharu-femme-galante.jpg 

 

Au XVIIIe siècle, dans un temple consacré aux mille Boudhas, Oharu, une prostituée vieillissante, croit apercevoir le visage et l'expression du seul homme qu'elle ait jamais aimé. A partir de cette scène d'ouverture, la pellicule, changée en une machine à remonter le temps, va nous conter la vie d'une femme déchue, poursuivie par la fatalité, au point que son parcours ne sera autre qu'une lente descente aux enfers digne de Dante. Tragédie certes, sous son apparence la plus sombre, thème obsédant du malheur sans cesse annoncé et vécu dans une sorte de fatalisme consentant, l'héroïne n'ayant plus qu'un rêve : apercevoir de loin son fils devenu le seigneur des lieux et s'évanouir dans le néant. Oharu est une jeune fille de petite noblesse promise à devenir la femme d'un noble qu'elle n'aime pas, alors qu'un jeune samouraï de sa suite la poursuit de ses avances et l'assure d'un amour éternel. Mais cet amour leur est interdit, le jeune homme étant d'une caste inférieure à celle d'Oharu. Surpris ensemble par la police locale, les amants sont emmenés et livrés à la vindicte du seigneur et de sa cour : Oharu sera chassée de la province ainsi que ses parents ; le samouraï, décapité au sabre.
 


Inspirée d'un roman de Saikaku Ihara, cette histoire va, à partir de là, nous dérouler son impressionnante suite d'événements plus sombres et tragiques les uns que les autres. Revenue chez ses parents, Oharu est inscrite par sa mère à une école de danse et là, remarquée pour sa beauté, elle se retrouve à la cour d'un puissant seigneur, chargée d'être la mère porteuse de l'enfant, que sa femme stérile, ne peut lui donner. Oharu remplira son contrat et donnera un héritier mâle en même temps qu'elle sera répudiée pour ne pas offenser davantage l'épouse légitime. Son père, qui a fait des dettes, supposant que la situation privilégiée de sa fille lui assurerait des rentes à vie, de dépit, la vend comme courtisane à un tenancier de maison close, où sa douceur, son éducation, sa beauté la feront apprécier d'un homme apparemment riche qui désire la racheter et en faire son épouse, mais se révèle être, par la suite, un faux-monnayeur. Si bien qu'après ce nouvel échec, ses parents la recommande à une femme qui cherche une servante de confiance pour la raison qu'elle cache à son mari un secret : elle est devenue chauve à la suite d'une maladie et dissimule cette calvitie sous des postiches savamment coiffés, d'où la discrétion qu'elle exige de celle qui sera chargée de cette tâche. Oharu va s'en acquitter avec soin jusqu'à ce que le mari se souvienne l'avoir aperçue dans la maison close. L'épouse, folle de jalousie, exige son départ mais, entre temps, Oharu a rencontré un employé du mari avec lequel elle s'associe et se livre au commerce des éventails. Bonheur fugitif pour cette jeune femme qui se sent enfin appréciée, mais bonheur bientôt brisé par la mort du compagnon tué dans la rue par un voleur. De désespoir, Oharu accepte l'hospitalité de nonnes et espère redevenir une femme respectée jusqu'au moment où l'un de ses anciens créanciers abuse d'elle. Chassée du monastère, elle se fait chanteuse de rue et sera finalement recueillie par des prostituées de bas étage mais au coeur généreux. La boucle est bouclée, Oharu est retombée dans sa condition antérieure : celle d'une femme de petite vertu que l'on montre du doigt tant elle représente la déchéance inéluctable où conduisent, tout ensemble, les faiblesses de la chair et l'effroyable rigidité des moeurs de l'époque. La dernière image nous reconduit au temple des mille Boudhas, ces dieux masculins auprès desquels les prostituées, dans un éclat de rire, reconnaissent les expressions de leurs divers amants. Scène d'une grande puissance qui frappe parce que ce rire déchirant et, ô combien tragique, exprime la souffrance de ces malheureuses victimes d'une gente toute puissante qui les a réduites à n'être que des esclaves méprisées et humiliées. L'amour leur a été refusé ; elles ont été monnayées comme des objets et ont subi successivement l'autorité d'un père, ensuite celle d'un amant, d'un souteneur ou d'un mari.

 

A travers le destin d'Oharu, Kenji Mizoguchi nous montre comment l'organisation sociale d'une société féodale repose sur la toute puissance masculine. Il déroule son oeuvre comme un long poème servi par une mise en scène sobre et rigoureuse, captivante comme un diamant noir aux funèbres éclats. Comme toujours, chez ce cinéaste,  ardent défenseur de la cause féminine, le mâle ne respecte qu'occasionnellement ses devoirs les plus élémentaires, les règles traditionnelles nippones lui ayant octroyé des privilèges seigneuriaux.  La vie d'Oharu, femme galante est sorti en 1952 et dénonçait ces abus, encore fréquents, dans l'Empire du Soleil Levant  à l'égard du beau sexe et eut, pour principal mérite, avec des moyens financiers dérisoires, de propulser le cinéma japonais sur le devant de la scène internationale en obtenant le Lion d'Or au Festival de Venise de la même année. Ainsi le cinéaste livrait-il au monde un message universel et bouleversant qui sonne toujours aussi juste aujourd'hui où, un peu partout sur notre planète, des femmes sont encore monnayées et maltraitées. L'actrice Kinuyo Tanaka joue dans la tradition des actrices du muet ce rôle peu bavard, tout en expressions pathétiques et en une gestuelle douloureuse de femme écrasée par son destin.

 

Pour consulter la lsite complète des articles de la rubrique CINEMA ASIATIQUE, dont Les contes de la lune vague sous la pluie, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA ASIATIQUE  

 

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24 février 2009 2 24 /02 /février /2009 11:43
CLAUDE SAUTET OU LES CHOSES DE LA VIE


Au début des années 50, alors qu'il sortait de l'IDHEC, Claude Sautet suivit le chemin escarpé de l'assistanat. Il tourna un court métrage de fiction et réalisa son premier long métrage en remplaçant au pied levé le metteur en scène Robert Dhéry. Sa filmographie personnelle commença avec deux polars traités à la manière des bandes américaines de série B,  Classe tous risques  (1960) et   L'arme à gauche (1965). Bien que ces films n'aient pas défrayé la chronique, ils manifestent néanmoins des qualités indéniables : obsession du détail juste, modestie, recherche de classicisme qui inscrit, dès ses premières tentatives, Sautet dans la lignée des Grémillon, Becker ou Carné. Pendant quelques années, entre les longues périodes qui séparaient ses propres réalisations, Sautet se consacrera en parallèle à son second métier, celui de scénariste. Sa réputation, en ce domaine, fit de lui le médecin secouriste des pannes d'inspiration de ses collègues, soit " le ressemeleur de scénario ", pour reprendre sa propre expression. C'est peut-être cette expérience que l'incita à travailler ses scénarii avec d'autres scénaristes, dont Jean-Claude Dabadie pour six de ses plus grands succès et Jacques Fieschi pour les trois derniers. Il entendait ainsi mieux objectiver ses idées.  

                 


Sa notoriété débuta avec Les choses de la vie en 1970, qui impose son style et sa sensibilité. Sautet s'y présente en peseur d'âme, en analyste subtil des sentiments et du coeur humain. A partir d'un accident, qui coûtera la vie à son héros interprété par Michel Piccoli, il hausse le fait divers à la hauteur d'un drame. Le montage inventif des séquences de l'accident renforce cette dimension, le cinéaste s'adressant directement à nous, nous atteignant à tel point que François Nourissier écrira : " Les spectateurs conduiront le pied sur le frein. (...) Mais ils sauront que toutes précautions sont inutiles : notre avenir est peuplé de carrefours tranquilles et d'oublis, où nous guettent les grands mensonges noirs de la mort." Le texte sobre de Jean-Loup Dabadie, le musique de Philippe Sarde, les plans silencieux nous entraînent en une marche lente vers l'agonie du personnage, dont l'objectif fixe l'inéluctable fatalité.

 

Max et les ferrailleurs sera un film plus personnel qui pose avant l'heure un regard sur la banlieue et la délinquance et met face à face deux personnages forts : un flic inquiétant Michel Piccoli, aussi rigide qu'un pasteur anglican, que son manque de discernement entraînera vers l'autodestruction, et une prostituée très digne, incarnée par Romy Schneider qui ajoute à sa beauté un rien de vulgarité. Cette complexité des sentiments se retrouvera dans César et Rosalie où les personnages sont à leur tour pris dans la spirale de la remise en question et de l'incompréhension. Car quoi de plus difficile et de plus imprévisible que les rapports humains ? - se demande en notre nom le metteur en scène qui cerne ses héros au plus près de leurs sentiments intimes en véritable clinicien. Le trio formé par Romy Schneider, Yves Montand et Sami Frey est inoubliable dans une variation bien tempérée, à la fois musicale, sensuelle et nostalgique. Sautet dira qu'il voulait montrer des êtres qui soient tous, ou presque tous, en danger de désespoir. Il sut le faire avec autant de tact que de sensibilité.

 


Les films suivants dont Vincent, François, Paul et les autres  (1974)  Mado  (1976) et  Une histoire simple (1978) sont des portraits de groupe des années 60, quadragénaires déjà usés par la vie et une solitude paradoxale. La vision collective nous permet de les observer dans leurs rapports plus ou moins conflictuels les uns avec les autres et d'analyser les raisons de ces tensions. Le cinéaste démontre ainsi que les situations les plus conventionnelles peuvent être lourdes de conséquences et explore une génération dont la vie quotidienne prend l'allure d'un combat pour la survie. Nous sommes frappés par leur vulnérabilité et par ce danger de désespoir auquel ils sont confrontés, en une suite d'affrontements permanents.


 

Après quelques années de silence, Sautet reviendra en force derrière la caméra en rajeunissant ses acteurs et collaborateurs. Ce seront Quelques jours avec moi (1988) où il passe de manière subtile du drame passionnel à l'ironie tragique, servi une fois encore par des comédiens remarquables, la lumineuse Sandrine Bonnaire et Daniel Auteuil dans l'un de ses meilleurs rôles, Un coeur en hiver (1991)et Nelly et Monsieur Arnaud (1995), magnifique trilogie de la maturité où l'intensité des sentiments contrariés, loin de toute emphase et prétention, s'enferment dans l'espace intime d'une délicate musique de chambre. D'ailleurs l'auteur, lui-même, affirmait qu'un film n'est autre que de la musique faite avec des acteurs, une dramaturgie, des anecdotes, des péripéties. Et il se consacrera avec talent à nous la faire entendre. Avec son réalisme poétique et profondément humain, ses plans silencieux, Sautet s'inscrit dans la lignée des plus grands, faisant des choses de la vie, les choses de notre vie et, de sa caméra, le témoin troublant de notre quotidien.

 

Pour lire les articles consacrés à Romy Schneider et aux Réalisateurs, cliquer sur leurs titres :


ROMY SCHNEIDER - PORTRAIT         
 

LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART 

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, dont "César er Rosalie" et "Une histoire simple", cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS 

 

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19 février 2009 4 19 /02 /février /2009 11:07
INTO THE WILD de SEAN PENN

       
Dix ans de préparation pour ce film qui est tout ensemble une ode à la nature, à la beauté, à la liberté, à la solitude et, par ailleurs, une odyssée personnelle, celle d'un jeune américain frais émoulu d'une université et qui, tournant le dos à la civilisation et à nos sociétés consuméristes, abandonne sa voiture, lègue les dollars de sa bourse à une oeuvre caritative et prend la route pour un voyage initiatique, effaçant ses traces au fur et à mesure de son avancée, afin de se fondre à tout jamais dans la nature. Sa vraie naissance - dira-t-il - au long de ce parcours raconté en une suite de brefs épisodes et sous forme d'un journal intime par ce héros au beau sourire, qui a largué les amarres et fait retour à la vie sauvage.

 


Christopher était le nom réel de cet Ulysse des temps modernes, épris d'indépendance et de grands espaces qui mourut en 1992 après deux années d'un itinéraire qui, au fil des semaines et des mois, s'avéra être une rédemption, un retour aux sources, à l'espérance, à la reconquête d'un moi perdu. Une enfance difficile, au sein d'un couple conflictuel, avait amené le jeune homme à renoncer à poursuivre une existence, tracée d'avance, de cadre supérieur formaté à Harvard. Sean Penn, le réalisateur, dont on comprend vite qu'il a trouvé en cet aventurier le catalyseur idéal de ses propres fantasmes, a poussé la reconstitution à l'extrême jusqu'à rebâtir à l'identique le car désaffecté où Christopher acheva sa brève existence. Rien n'est laissé au hasard de la désocialisation progressive de ce héros qui avait choisi de gagner l'Alaska, sa terre d'élection, par le chemin des écoliers. Son retour à la vie primitive, son grand plongeon dans une nature quasi vierge ne se feront pas sans douleur. Si la nature, chantée en une succession d'images sublimes, lui offre sa beauté suffocante, ses immensités âpres et sauvages, si elle contribue à installer en lui-même le mythe de la terre reconquise, elle apporte aussi son lot d'épreuves et la mort. Sous l'apparence d'une fleur, hélas vénéneuse qu'il a confondu avec une autre comestible et qu'il avalera par mégarde, il tombe dans un état de grande faiblesse et parvient à ce seuil où il n'est plus de retour possible, comme le ferait un jeune dieu qui, ayant compris le sens de la vie et atteint le Nirvana, se retirerait du monde des hommes pour s'avancer triomphant vers l'autre lumière. C'est cet ultime message que le metteur en scène propose : celle d'un homme qui accepte sereinement la traversée du miroir, parce qu'il a bouclé sa vie en un accéléré de deux ans et compris que le bonheur n'existe que s'il est partagé.

 

 

Rencontre avec soi d'abord, rencontre avec les autres ensuite, cette route est avant tout une quête intérieure, une découverte de la foi qui fait basculer de l'égoïsme à l'altruisme, de l'enfance à l'âge adulte, du doute à la certitude, de l'insoumission à la sagesse, et se réalise dans cette mort acceptée comme le passage définitif, l'entrée dans l'Alaska spirituel. Servi par un narratif admirablement cadencé, économe de mots afin de mieux atteindre l'essentiel, silence expressif capté par une imagerie grandiose,  Into the wild  est une totale réussite, un film concertiste où le héros inscrit sa partition dans celle plus symphonique de la nature, en une suite de mouvements rythmés par ses rencontres. Et ces rencontres seront décisives, chacune apportera son lot de chaleur et de tendresse, infinie consolation humaine : tour à tour Christopher se liera d'amitié avec un exploitant agricole pour lequel il travaillera, un couple de hippies sympathique et convivial, une jeune fille qui lui offrira un amour qu'il ne peut encore accepter mais dont il conservera en pensée l'image radieuse, enfin un vieux militaire qui lui proposera de l'adopter pour qu'il hérite de ses biens et ne soit plus dans une situation aussi aléatoire. Interprété par Hal Holbrook, ce personnage est particulièrement touchant et la scène de leur adieux l'une des plus poignantes du film.

 


Ces rencontres constituent les étapes capitales de son cheminement personnel, contribuant à son éveil aux autres dans un contexte tellement plus authentique que celui de ses années en université, et autant de révélations pour conforter l'altérité. Emile Hirsch, conduit d'un doigté sûr par son metteur en scène, campe avec une force, une humanité, une sincérité captivantes le personnage de Christopher et assume pleinement le mythe du vagabond inspiré, ses joies, ses emballements, ses craintes, ses doutes. Il ne cesse de nous toucher, de nous questionner, de nous bouleverser par cette sorte d'élan irrésistible qu'il manifeste jusque dans ses instants d'abattement ; il est en permanence dans une attitude positive, poursuivant sans faiblesse son périlleux défi. Magistral.

 

 

Pour lire l'article que j'ai consacré à Sean Penn, cliquer sur son titre :


SEAN PENN - PORTRAIT

  

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LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN   

 

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INTO THE WILD de SEAN PENN
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28 janvier 2009 3 28 /01 /janvier /2009 17:55
LES SEIGNEURS DE LA GUERRE de PETER CHAN

        
Après la Chine, où le film a raflé toutes les récompenses, Les seigneurs de la guerre de Peter Chan arrive ce mercredi 28 janvier sur les écrans français, précédé d'une réputation qui l'a fait comparer à un tsunami, rien de moins. Fresque historique spectaculaire au coeur de l'empire Mandchou, ce film se déroule durant la seconde moitié du XIXe siècle chinois, aussi riche en bouleversements et en drames que le fut le XVIIIe en France. Mais les thèmes abordés n'en sont pas moins universels : la fraternité d'armes, la fidélité, l'amitié, l'ambition, la trahison, le courage, l'esprit de sacrifice. L'histoire est celle de trois hommes (un général vaincu qui rêve de vengeance et de deux bandits d'honneur) qui choisissent d'unir leurs forces et leurs destins dans la lutte armée, malgré ou grâce à une femme, à laquelle le film doit en partie son intérêt et son originalité. Moments intimistes et batailles s'y succèdent, en effet, dans un souci constant d'harmonie stylistique et de rythme, ainsi s'inscrit-il dans la tradition des films d'aventures héroïques comme sut les faire Hollywood dans les années 50 et 60. Cela avec des moyens et une esthétique moderne, ce qui rend le spectacle plus grandiose et efficace.
D'autre part, cette fresque a le mérite de réunir les plus grands acteurs et techniciens chinois dont la ravissante  Xu Jinglei et  Jet Li  qu'on a souvent comparé à Bruce Lee. Cet acteur sut se façonner une identité de héros national par le biais des arts martiaux dans lesquels il s'illustra brillamment, remportant quantité de tournois et de médailles. Tant et si bien qu'il s'attira l'attention des producteurs de cinéma et qu'il fut retenu pour jouer le rôle principal dans Temple de Shaolin, véritable triomphe dans toute l'Asie. Dans les années 80, il jouera, à la suite de ce premier succès,  Les Héritiers de Shaolin et  Les arts martiaux de Shaolin  qui confirmeront sa renommée au box-office de son pays. A l'orée des années 90, il devient une superstar en interprétant le légendaire personnage Wong Fei-Hung dans  Il était une fois en Chine  du réalisateur hongkongais Tsui Hark, inaugurant une saga qui ne comptera pas moins de six opus. Puis, il cédera aux chants des sirènes occidentales, signera, coup sur coup, avec Joël Silver et Luc Besson et se commettra dans des films racoleurs et affligeants comme  Roméo doit mourir,  Le baiser mortel du dragon,  En sursis qui n'apporteront rien à son prestige personnel. Heureusement, avec Les seigneurs de la guerre, il semble bien que Jet Li renoue avec le 7e Art chinois et amorce une nouvelle étape dans sa déjà longue carrière. Et son choix apparaît judicieux. Entre 1851 et le début des années 1870, près de 50 millions d'hommes et de femmes, de guerriers et d'enfants vont périr. Par les armes, victimes de la guerre, des combats et des exactions qui les accompagnent. Ce chiffre est à la démesure de la Chine. Pour ses habitants, la seconde moitié du XIXe siècle fut à peine moins tragique que la Révolution culturelle. L'explosion de la démographie de l'Empire et une succession de catastrophes naturelles précipitèrent le soulèvement des campagnes et accélérèrent le déclin de la dynastie des Qing, dont le pouvoir, déjà affaibli par de sérieux revers militaires lors de la première guerre de l'Opium contre les puissances occidentales, allait connaître bientôt les derniers soubresauts. Dans ce contexte prend naissance la révolte de Taiping, une secte syncrétique vaguement inspirée du christianisme, en opposition ouverte au pouvoir mandchou. Emmenés par Hong Xiuquan, leur gourou, 500.000 hommes prennent une partie de la vallée du Yangzi en 1851. En  1853, c'est au tour de Nankin, la plus grande ville de Chine après Pékin, de tomber. Hong Xiuquan y fonde son royaume céleste de la grande paix et en fait sa capitale. C'est ce moment précis de l'histoire où tout bascule et vacille que Peter Chan a choisi de peindre à traits larges et puissants, filmant la lente et difficile reconquête de ces villes perdues. A travers le destin de trois frères d'armes, le réalisateur décrit le dernier salut d'un Empire finissant, la dernière respiration d'une dynastie qui doit affronter le chaos d'une guerre civile et voit ses provinces lointaines se disloquer en un brasier de contestation, tout en maintenant les apparences de son pouvoir grâce à une liturgie fastueuse et millénaire.

 

Avec cette fiction inspirée de faits réels, le cinéaste Peter Chan ne fait rien de moins qu'un travail d'orfèvre historien. La pellicule nous fait traverser les plus beaux paysages steppiques de la Chine, assister à des scènes spectaculaires d'une incontestable grandiloquence, ayant nécessité des milliers de figurants, aux côtés de héros dont les valeurs chevaleresques ne font aucun doute. Le metteur en scène, ayant bénéficié d'un budget de 40 millions de dollars, n'a pas lésiné sur la splendeur des reconstitutions de palais, de costumes, de décors, et ne s'est pas privé de réaliser une fresque historique de grande ampleur, mêlant les passions de la petite histoire aux fracas de la grande, dans la tradition d'un Ang Lee ou d'un Zhang Yimou. Il a aussi pris soin de réunir sur son affiche, outre les deux acteurs cités précédemment, deux autres stars adulées par des milliers de fans en Asie : Andy Lau et Takeshi Kaneshiro. Si Peter Chan reprend la trame principale des Frères de sang de l'illustre Chang Cheng, il sait également s'en émanciper et imposer sa facture personnelle, imprimant à cette oeuvre grandiose sa différence et son identité. Un film que les amateurs du genre ne doivent manquer sous aucun prétexte.


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LISTE DES FILMS DU CINEMA ASIATIQUE
 

 

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Jet Li et Takeshi Kaneshiro
Jet Li et Takeshi Kaneshiro

Jet Li et Takeshi Kaneshiro

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17 janvier 2009 6 17 /01 /janvier /2009 10:30
INGMAR BERGMAN OU UN CINEMA METAPHYSIQUE

 

Ingmar Bergman, né le 14 juillet 1918 à Uppsala  et mort le 30 juillet 2007 dans l'île de Farö, compte parmi les quelques très grands réalisateurs du 7e Art pour la raison que son oeuvre cinématographique approfondit les questions existentielles qui se posent à l'homme avec une puissance telle qu'elle lui assurera très vite la consécration de ses pairs. Interrogation sur le sens de l'existence, hantise d'un bonheur en errance, d'une communauté de pensée continuellement à refaire. Issu du théâtre, le réalisateur lui restera toujours fidèle, aussi ses débuts à l'écran seront-ils marqués par des influences littéraires, celles d'auteurs abordés à la scène, Strindberg en premier lieu, Ibsen, Anouilh, Pirandello, Camus. Il a d'ailleurs mené une réflexion savante sur la notion de spectacle _ ainsi dans "Jeux d'été" (1950), "La nuit des forains" (1953), "L'oeil du diable" (1960) ou "Fanny et Alexandre" (1982) - et ses films les plus intimistes recèlent eux-mêmes une méditation sur la théâtralité à l'écran dépouillée de toute invasion des codes théâtraux. Plus encore que le cinéma, Bergman aimait le théâtre. " Je peux exister sans faire de films, mais je ne peux exister sans faire de théâtre" - disait-il. Et, cependant, bien que s'étant retiré de derrière la caméra en 1982 après "Fanny et Alexandre", une oeuvre-testament sur son enfance et sa passion du spectacle, couronnée par quatre Oscars, il ne put s'empêcher d'y revenir en 2003 avec "Saraband"  pour la télévision suédoise, vision assez noire de la vieillesse qui fut diffusée par la suite sur grand écran. C'est dès 1945 que le cinéaste, marqué par une jeunesse douloureuse et compliquée, débute, tout ensemble, une carrière de metteur en scène avec un stage à l'Opéra de Stockholm et un parcours personnel, en rédigeant des pièces et des romans. C'est, en effet, un réalisateur complet qui écrit lui-même ses intrigues, ses dialogues - pour la plupart d'entre eux - et utilise sa caméra comme une plume chargée d'exprimer l'angoisse de l'homme face à la solitude, à l'amour, à la mort, en quelque sorte à l'infinie tristesse d'un monde sans Dieu. Mais l'angoisse exige une affirmation constante de foi en l'homme. "Le Septième Sceau" est né d'une réflexion sur la précarité de la condition humaine au XXe siècle. Sa force a été de permettre l'intrusion continuelle du fantastique dans le quotidien.


 
Le cinéma de Bergman se révèle être le plus souvent tragique, s'attachant aux visages, à la lumière, aux fondus-enchaînés et aux thèmes fondateurs de l'inquiétude humaine. Authentiquement existentialiste en ce cas précis, l'auteur se plaît à pourfendre les pressions sociales et la morale conventionnelle et à démystifier la mythologie chrétienne et son puritanisme répressif. Fils de pasteur, il a souffert dans son enfance d'un climat familial étouffant et sera marqué à jamais par une culpabilité chronique qui ne cessera de transparaître dans ses personnages. Sa mise en scène rigoureuse bénéficiera du concours de grands acteurs qui lui resteront fidèles comme Harriet Andersson, Bibi Andersson, Gunnar Björnstrand, Max von Sydow, Ingrid Thulin, Liv Ullman, Erland Josephson. La vie, la mort, le suicide, l'avortement, la passion sont le plus souvent abordés du point de vue de la femme qui a le rôle déterminant dans ses compositions. - y compris dans ses films indirectement ou directement autobiographiques comme  "Scènes de la vie conjugale"  et  "Face à face"
Au confluent de ses investigations et de son questionnement métaphysique, il réalise une série de films que l'on pourrait intituler, en référence à la musique de chambre : des films de chambre, où les couples sont surpris dans leur huis-clos et rêves et fantasmes durement confrontés à la réalité : "A travers le miroir", "Persona", "L'heure du loup", "La honte". C'est le triomphe à l'écran de cette fascination pour les visages qu'il a souvent revendiquée, en affirmant : Notre travail au cinéma commence avec le visage humain. En même temps, sa mise en scène se libère : il brise l'harmonie du récit, sa continuité. A l'écart des modes, son réalisme cinématographique répudie les images banales et, à sa manière, il pratique la déconstruction. Ainsi "Personna", méditation sur les masques et les apparences, ajuste les brisures de la forme à celles que provoque le thème du double, tandis que "Cris et chuchotements",  réflexion douloureuse sur la mort, se sert de la couleur - le rouge principalement - pour théâtraliser sa dramaturgie. Aussi n'a-t-il pas toujours été bien compris du public, désorienté à maintes reprises par ce cinéma austère et exigeant. Ses concitoyens allèrent même jusqu'à lui reprocher de contribuer à la triste réputation de la Suède comme d'un pays de névrosés. Marié à cinq reprises, il eut 9 enfants et ne cessa de se pencher sur la nature féminine, étant certainement l'un des cinéastes qui a le mieux compris les femmes.

 

"Fanny et Alexandre" représentera en 1982 la somme totale de sa vie de réalisateur. Ce chef-d'oeuvre incontesté, convaincant dans son art de l'ellipse, est la somme édifiée sur ses films antérieurs et s'est bâti selon un récit en partie inspiré de son enfance. Si par la suite Bergman a abandonné le cinéma au profit du théâtre et de la télévision, l'évolution des techniques a tout de même permis son retour dans les salles avec des créations vidéo comme "Saraband" (2003). Mais la notoriété internationale lui était venue dès 1955 avec  Sourires d'une nuit d'été,  qui ne sera pas sans influencer la Nouvelle Vague et, peu de temps après, "Le septième sceau" l'avait intronisé comme le maître inspiré d'une oeuvre magistrale qui faisait tout autant appel à la transcendance qu'à la subjectivité dans ce qu'elles ont de plus pur, sans faire, pour autant, l'impasse sur l'aspect charnel des choses. Jean-Luc Godard écrira à son sujet : " C'est le monde entre deux battements de paupières, la tristesse entre deux battements de coeur, la joie de vivre entre deux battements de mains". Qu'ajouter à cela ?

 

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10 janvier 2009 6 10 /01 /janvier /2009 11:16
ERIC ROHMER OU UN CINEMA DE LA PAROLE

         
Aux Cahiers du Cinéma, dont il fut le rédacteur en chef de 1957 à 1963, Eric Rohmer partageait avec Doniol-Valcroze et Pierre Kast un goût proche pour le marivaudage cinématographique. Tous trois nés en 1920 étaient les aînés des jeunes turcs : Rivette, Chabrol, Godard et Truffaut nés entre 1928 et 1932. En tant que critique, Rohmer allait s'attacher à réfléchir à la nature de l'imaginaire cinématographique et au cinéma comme art de l'espace. Une fois derrière la caméra, il placera néanmoins la parole au coeur de son oeuvre et fera de celle-ci un long journal intime, journal d'un séducteur toujours repris par le démon de la fidélité. Admirateur de Hitchcock sur lequel il écrira un ouvrage avec Chabrol en 1957, de Hawks, de Rossellini, de Renoir et de Mizoguchi, il sera un défenseur du cinéma classique et un opposant de fait au cinéma moderne. Convaincu que la Grèce est le berceau et le centre de la civilisation mondiale, nous proposant un modèle de beauté insurpassable, il voit en Hollywood ce que la Renaissance italienne fut au monde des arts. Passionné de pédagogie, Rohmer travaillera pour la télévision scolaire de 1964 à 69, réalisant des émissions sur la littérature, l'urbanisme et l'architecture, ainsi qu'un documentaire sur les films Lumière, sous forme de conversation entre Henri Langlois et Jean Renoir.


 

Son oeuvre composée, pour l'essentiel, de séries avec "Les six contes moraux" (1962-1972), "Les comédies et proverbes" ( six films de 1981 à 1987 ), "Les contes des quatre saisons" (1990 - 1998) fait de la conversation ordinaire ou érudite (Ma nuit chez Maud - 1969), l'enjeu narratif de ses films. Les dialogues d'une grande pureté littéraire révèlent à eux seuls un authentique talent d'écrivain au point que leur lecture provoque déjà un réel plaisir. Ce cinéma de la parole entrepris avec des moyens minimalistes explore la relation entre un texte épuré et des images étincelantes et aborde à l'écran des sujets peu habituels : la religion catholique, le puritanisme, le pari de Pascal, sans pour autant verser dans une quelconque affectation. Ce cinéma est, par ailleurs, celui de la tentation (L'amour l'après-midi  Le genou de Claire), du renoncement, du passage à l'acte attendu et  non accompli par fidélité à des valeurs, à un code moral, à une conviction spirituelle. Contrairement à ses amis de la Nouvelle Vague, il connaîtra le succès tardivement grâce à "Ma nuit chez Maud" (1969), son film le plus accompli avec Jean-Louis Trintignant et Françoise Fabian. Il se consacrera, plus tard, à des recherches picturales innovantes avec des films comme "Perceval le Gallois" (1978), "La marquise d'O" (1976) ou  "L'anglaise et le duc" (2001). Proche de Bresson de par son goût de l'épure et de la pureté, il s'en éloigne par son attirance prononcée pour les beautés de la chair, l'éclat du corps de jeunes filles ravissantes et une certaine perversité maîtrisée. A la façon d'un Henry James, il fait du non-dit, de l'implicite, du malentendu, la dramaturgie de ses films. Dans le cinéma français, il tient une place à part, celle d'un cinéaste chez lequel l'intelligence a pris le pouvoir sur le sentiment et l'énoncé du verbe sur l'image.

     

Pour consulter mes articles consacrés à des films de Rohmer comme Ma nuit chez Maud  -  Les nuits de la pleine lune - Les amours d'Astrée et de Céladon  et  Le genou de Claire, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

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6 janvier 2009 2 06 /01 /janvier /2009 11:49
FRITZ LANG, UN CINEMA DU DESENCHANTEMENT


Né le 5 décembre 1890 , fils d'architecte, Fritz Lang a incarné, par excellence, les vertus du cinéma allemand de la République de Weimar, puis le classicisme de l'âge d'or des studios avec lesquels il entretiendra cependant des rapports distants. Aux côtés du producteur Eric Pommer, sa carrière connaît une rapide ascension dans un milieu où se rencontrent des créateurs venus du théâtre et des auteurs issus de la littérature populaire. A ce carrefour d'influences, Lang apparaît comme un cinéaste raffiné qui se plaît à aborder des thèmes macabres et fantastiques, à s'intéresser au crime, aux pouvoirs occultes et aux sociétés secrètes. "Mabuse", "Les espions", "La femme sur la lune" recèlent de nombreuses trouvailles, aussi bien dans le montage qui accentue le rythme de l'action que dans les plans qui privilégient les jeux de l'ombre et de la lumière. Lang s'impose également comme l'initiateur de mythes modernes. Ainsi son "Mabuse" de 1922 sur lequel il reviendra en 1932 et 1959. Si les films du cinéaste juif, d'origine autrichienne, reflètent parfaitement les angoisses de son époque, ils n'en sont pas pour autant les esclaves et, dès l'apparition du parlant, Fritz Lang confirme son talent de créateur informel et puissant. "M le maudit" (1931) dénonce déjà le danger des milices autoproclamées. Le cinéaste organise son récit de la traque humaine autour de deux systèmes opposés qui finiront par s'unir : la force publique incarnée par l'inspecteur de police et le clan du crime organisé avec, à sa tête, Schränker qui, avec l'aide des mendiants, entend se débarrasser d'un intrus dont la présence est pour tous un élément perturbateur. Situé dans une ville anonyme, M nous dépeint une société faite de dénonciations, de rumeurs, de fausses informations, où les pressions de masses gouvernent en lieu et place de la loi. Après "M le Maudit", il tournera  "Le testament du Docteur Mabuse", charge féroce contre le pouvoir, que Goebbels fera interdire, ce qui ne l'empêchera pas, par un de ces caprices  qui lui étaient habituels, de proposer à l'auteur de diriger l'industrie cinématographique allemande. Méfiant à juste titre, Lang fuira l'Allemagne dès le lendemain de cette proposition. Il passera par Paris le temps de tourner "Liliom", puis gagnera les Etats-Unis. Il est vrai que durant sa période allemande, ce cinéaste, élégant et réfractaire aux classifications, se nourrissait volontiers du métissage des références, d'où des divergences d'interprétation et des malentendus dont seront victimes plusieurs de ses films, auxquels certains reprocheront la dimension héroïque qui sut séduire un moment les nazis. Dans "Les espions", "Métropolis", la vision pessimiste de l'avenir entretient le doute sur la supériorité des représentants de l'ordre et de l'autorité. Et l'on sait que la conclusion de "Métropolis", récit humaniste et compassionnel, propose une réconciliation entre dominants et dominés.

 

Emigré aux Etats-Unis, Lang - qui s'est fait naturaliser américain -  va dès lors porter à l'écran les idéaux démocratiques de son pays d'adoption et réaliser des films de genres divers : guerre (Guérillas), espionnage (Espions sur la Tamise), enquête policière (La femme au gardénia), thriller (Chasse à l'homme), en veillant à éviter tout stéréotype. Il est également séduit par l'éthique du western, dont il transforme les archétypes en sagas à l'ancienne (Le retour de Frank James), bien que "L'ange des maudits" (1952) échappe à toute classification. "La Rue rouge" (Scarlet street), étude clinique des rapports amoureux, sera un remake de "La chienne" de Jean Renoir, transformée en odyssée de la culpabilité, un thème récurrent chez Lang, ainsi que ceux de la vengeance et de la volonté de puissance qui trouvent leurs fondements dans les machinations des hommes et les ressources de la psychanalyse (Le secret derrière la porte). Dans ce dernier long métrage, il exprime métaphoriquement les rapports de domination et de soumission, le vertige qui vous saisit devant le vide et le passage inquiétant entre deux niveaux de conscience. "L'invraisemblable vérité", l'un de ses rares films en couleurs, renonce, quant à lui, à tout effet visuel pour atteindre une forme d'abstraction, l'abondance des péripéties et des retournements de situations contrastant avec la réduction des valeurs plastiques. Mais quand il sort en 1956, Fritz Lang est las. Les projets qu'on lui propose ne l'enthousiasment pas et ses mauvais rapports avec Bert Friedlob n'ont fait que s'ajouter aux nombreux conflits qu'il a eus avec ses producteurs précédents. Aussi quitte-t-il Hollywood pour revenir en Allemagne et y réaliser, pour le producteur Arthur Brauner, une oeuvre en deux parties : "Le tigre du Bengale" et  "Le tombeau hindou". Avec ce diptyque, Lang renoue avec son goût du mythe. Malgré une intrigue peu convaincante, il peaufine la forme, retrouve l'expressivité du cinéma muet et joue avec des couleurs apaisées, tout en attardant sa caméra sur la surface lisse des marbres, le corps sensuel de Debra Paget et les innombrables détours des labyrinthes, où il peut donner libre cours à son sens de l'architecture. L'architecture sera également présente dans "Le diabolique docteur Mabuse" avec l'hôtel Louxor, ses corridors sans fin, ses ascenseurs, lieux de passage privilégiés où il arrive que des destins se croisent. Les mille yeux du docteur Mabuse - titre original du film - ne sont autres que les systèmes technologiques de surveillance qui permettent au disciple du docteur de contrôler ses futures victimes sans être vu. Lang n'a plus besoin de recourir à l'hypnose comme dans son film de 1922. C'est désormais la technique qui domine le monde et la télévision qui, bientôt, supplantera le cinéma. Ce film, comme les précédents, sera accueilli par une critique allemande presqu'unanimement hostile, et moins clémente encore à son égard que ne l'avait été, auparavant, la presse américaine, ce qui incitera le cinéaste à prendre sa retraite. Il est vrai que Lang ne s'était pas privé de faire en sorte de souligner, à dessein, l'amnésie de l'Allemagne contemporaine à l'égard du IIIe Reich et que cela n'avait pas plu à tout le monde. Mort à Hollywood le 2 août 1976, Lang aura sa revanche posthume, tant il va exercer une influence incontestable sur les cinéastes de la Nouvelle Vague et, plus précisément, sur des personnalités comme Godard, Rohmer et Rivette. Godard n'hésitera pas à dire qu'il fût un modèle, le seul père reconnu, le dinosaure avec lequel il pouvait dialoguer d'égal à égal, le grand aîné dont le style ne cessa de s'épurer de tout artifice jusqu'à atteindre ce que son jeune disciple appellera une "quasi-abstraction". Mais abstraction ou pas, Fritz Lang reste un témoin éclairé du XXe siècle. Son sens de l'espace, le lien étroit qu'il établit entre la complexité de ses personnages et un montage suscitant une tension narrative permanente, l'articulation qu'il se plaît à entretenir entre l'imprévisible et l'inéluctable expliquent pourquoi son oeuvre est de nos jours considérée comme l'une des plus puissantes du 7e Art.  

 

Pour prendre connaissance des critiques que j'ai consacrées à des films de Fritz Lang, comme  M le Maudit, cliquer sur le lien ci-dessous ( L'ange des maudits étant classé parmi les westerns et le cinéma américain ) :

 

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3 janvier 2009 6 03 /01 /janvier /2009 12:41
PARFUM DE FEMME de DINO RISI

                                                                                            

On sait que les années 70 ont été pour le cinéma italien un âge d'or et que la comédie y a tenu une large place, servie par des cinéastes comme Scola, Comencini, Monicelli et Risi. Ils offrirent à un public enthousiaste des films d'une qualité rare qui savaient conjuguer l'optimisme et son contraire et nous livrer une peinture ironique et décapante de la société italienne. Parfum de femme ( 1974 ) en est la parfaite illustration, bien que les préoccupations spirituelles ne soient pas exclues, d'où une lecture à plusieurs niveaux.

 

Fausto (Vittorio Gassman),  ancien capitaine de cavalerie, est devenu aveugle à la suite d'un accident qui lui a coûté également la perte de sa main gauche. Fier et lucide, il ne peut accepter cette déchéance et a décidé secrètement d'en finir avec cette existence humiliante, en projetant de mettre un terme à ses jours. C'est la raison pour laquelle il a glissé dans ses bagages un revolver, ainsi que la photo d'une jeune fille qu'il a connue avant de perdre la vue, alors qu'il s'apprête à partir pour Naples, sa ville natale, rejoindre un ami aussi handicapé que lui, accompagné de son jeune ordonnance Ciccio (Alessandro Momo). Irascible et flamboyant, il ne reste à ce fauve blessé que le parfum des femmes et l'alcool pour réordonner sa vie autour d'un désir implacable, bestial et dionysiaque. Son  road-movie pittoresque le conduit d'abord à Gênes où il ira se distraire un moment avec une prostituée, puis à Rome, ville qu'il n'aime pas comme tant d'autres choses, afin d'y rencontrer un ami prêtre auquel il demande sa bénédiction, mais qui le rassure en lui disant que ses souffrances d'aveugle lui ont déjà gagné son salut. Enfin lui et son ordonnance arrivent à Naples, où tous deux s'installent chez Vincenzo, aveugle comme Fausto et ancien officier du même corps d'armée. Parmi les servantes qui assurent le service de leurs repas, il y a la fille de la restauratrice Sara ( Agostina Belli ), 20 ans, belle comme le jour, qui, depuis des années, l'aime avec discrétion d'un amour absolu. Néanmoins, Fausto la repousse avec brutalité, comme il repousse tout le monde, son jeune ordonnance entre autre, tour à tour exaspéré et fasciné par cet être flamboyant et cruel. Mais comment pourrait-il aimer, cet homme qui ne s'aime pas lui-même, et dont le cynisme et l'insolence sont la seule parade ?

 


Grand classique, ce film est l'emblème d'un style aujourd'hui disparu, bien qu'il n'ait pas pris une ride et soit toujours d'actualité, tant le langage agressif et provocant de Fausto, sonne juste. D'une grande subtilité, l'art de Dino Risi parvient à faire se succéder le comique et le tragique, car nous ne y trompons pas, Parfum de femme, toute comédie qu'il se revendique, est une tragédie permanente, la tragédie d'un homme handicapé qui refuse son état et qu'habitent une violence et une révolte de tous les instants. Les répliques et l'interprétation de Vittorio Gassman y sont pour beaucoup, dans la mesure où ce personnage s'illustre par son impudence et son humour féroce, dans des séquences comme celle où il lit dans un quotidien les petites annonces de dernière page. Son comportement belliqueux évite au scénario de céder au misérabilisme et donne, au contraire, à ce long métrage d'une extraordinaire intensité, sa verve et sa profondeur : celle d'une douleur qui refuse de s'avouer.
 


Satire de moeurs à l'italienne, Parfum de femme est admirablement interprété par des acteurs totalement spontanés et investis qui procurent au film sa couleur et son authenticité. Il est bien sûr préférable de le voir en version originale et d'en goûter le parler chatoyant. Agostina Belli est une touchante madone empreinte de grâce et toute offerte à cet amour sans calcul, le jeune acteur Alessandro Momo, tantôt exaspéré, tantôt subjugué par son irascible maître, apporte une note de fraîcheur et de naïveté auprès d'un Gassman époustouflant de cruauté désespérée, homme brisé qui, par lucidité, se refuse à tout apitoiement et même à l'amour de cette jeune fille, tant il craint que celui-ci ne lui soit inspiré par la pitié. Cela jusqu'au moment où l'amour à l'oeuvre, après son suicide manqué, l'éblouira de sa lumière au point de le jeter à terre. Toute sa haine pour le monde et pour lui-même sera effacée et, ayant renoncé à la mort, il pourra partir, au bras de Sara, recommencer la vie.  

  

Pour prendre connaissance des articles consacrés à Vittorio Gassman et  Dino Risi, cliquer sur leurs titres :  

 

DINO RISI         VITTORIO GASSMAN

 

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  • : LA PLUME ET L'IMAGE
  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
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  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.

Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


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