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12 mars 2009 4 12 /03 /mars /2009 09:31
JEUX INTERDITS de RENE CLEMENT

En juin 1940, Paulette, une fillette de 5 ans, et ses parents sont jetés, comme des centaines de familles, sur les routes de l'exode. Un bombardement tue le couple, laissant la fillette seule au bord d'une route inconnue. Elle est recueillie par les Dollé, une famille de paysans. Paulette refuse de se séparer du cadavre de son chien, qu'elle veut enterrer. Le fils des Dollé, Michel, âgé de 11 ans, aménage un cimetière d'animaux où les deux enfants ensevelissent solennellement d'autres bêtes. Une complicité profonde s'installe entre Paulette et Michel.

 

Avec ce film tourné en 1951, René Clément donne vraiment la mesure de son talent. Jeux interdits, Lion d'or au Festival de Venise en 1952 et Oscar du meilleur film étranger à Hollywood en 1953, doit son impact à l'évocation du drame de l'exode et à l'histoire bouleversante de deux enfants qui tentent de sauvegarder une part de leur innocence face aux jeux absurdes de la guerre et à l'incompréhension et froideur du monde adulte. "La prison, l'aliénation commencent dès l'enfance" - dira René Clément, s'accordant sur ce point avec Luigi Comencini, qui traitera ce thème tout au long de sa carrière. Le sujet était difficile et le mérite de Clément est d'avoir évité un sentimentalisme larmoyant et donné une vision juste et émouvante de l'univers poétique de l'enfance aux prises avec les horreurs de la guerre, servi par la musique mélancolique du guitariste  Narciso Yepes.
 


On y découvre cette petite fille de cinq ans qui, sur les routes encombrées de l'exode, voit son père, sa mère et son petit chien mourir sous ses yeux, tués par les raids aériens allemands. Alors qu'elle erre seule dans la campagne, son chien mort dans les bras, elle rencontre un garçon de onze ans, Michel, dont la famille accepte de la recueillir provisoirement. Avec Michel, son complice, elle va enterrer son chien et créer un cimetière pour les animaux morts, jeu macabre au cours duquel les deux enfants essaient d'apprivoiser la mort et de lui prêter une dimension plus humaine. Jusqu'au jour où des gendarmes viendront chercher la petite Paulette et la conduiront au centre des réfugiés, la perdant une fois encore parmi les autres, séparée à jamais de son compagnon de jeux.
 

 

Le film suscita une immense émotion, probablement parce qu'il n'y avait pas de façon plus frappante que de montrer la guerre, et ce qu'elle engendre, à travers des regards d'enfants. L'interprétation de Brigitte Fossey, dont c'était la première apparition à l'écran, y est pour beaucoup. Son naturel, sa sensibilité, sa sincérité touchante prouvent à quel point elle fut admirablement dirigée par son metteur en scène. La direction d'acteurs n'était d'ailleurs pas l'une des moindres qualités de René Clément. Le petit Poujouly ne démérite pas non plus à ses côtés. Quant à la sublime musique du film, elle joue un rôle à part entière dans cette composition en tous points bouleversante.

 

Pour consulter l'article consacré à René Clément, cliquer sur son titre :

 

RENE CLEMENT OU LE CINEMA D'APRES-GUERRE

 

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JEUX INTERDITS de RENE CLEMENT
JEUX INTERDITS de RENE CLEMENT
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9 mars 2009 1 09 /03 /mars /2009 11:09
LES CONTES DE LA LUNE VAGUE APRES LA PLUIE de MIZOGUCHI

 

Réalisé en 1953, trois ans avant sa mort,  Les contes de la lune vague après la pluie  est le chef-d'oeuvre de  Mizoguchi,  le film qui résume idéalement sa vision des valeurs essentielles et sa relation avec l'art, souvent narcissique et égoïste, qui se doit de donner une image sublimée de la vie. L'artiste, tel que Mizoguchi le conçoit, doit passer par la beauté qu'il condamne pour atteindre la vérité qu'il défend. Si l'art doit aider à vivre, comprendre, aimer, il reste cependant extérieur, ritualisé, social et décoratif, donc dangereux et mortel. C'est ainsi que le cinéaste japonais l'exprime à travers le personnage du potier Genjuro, nous livrant, dans cet opus, une réflexion sans précédent sur le conflit des désirs masculins et féminins et la finalité inexorable de l'art. Cela, avec une précision et une poésie extraordinaire de la mise en scène. Mizoguchi utilise sa caméra pour y dessiner des plans qui rappellent la pureté des traits de pinceau des maîtres de l'estampe et nous plonge dans le grand art, celui dont les secrets échappent à l'analyse. Jamais de pittoresque vain ou d'anecdotes futiles, mais la vérité sans détours des êtres et des choses. Néanmoins, derrière cette simplicité des cadrages et des mouvements de caméra se cachent une accumulation de détails, de matière, une richesse qui a l'élégance de rester invisible. L'art de Mizoguchi, c'est cela, une simplicité foisonnante. Peu d'effets de caméra, de travellings, mais soudain, quand ils jaillissent en cours de plan, ils ont une fulgurante beauté  - écrivait Jean-Luc Godard, après avoir assisté, émerveillé, à une projection de ces contes de la lune vague. 
 

Ce film se déroule au XVIe siècle, dans un Japon ravagé par des guerres civiles. Dans un village, du nom de Ohmi, vivent pauvrement le potier Genjuro et le paysan Tobei avec leurs épouses respectives Miyagi et Ohama. Mais, alors que les épouses n'ont d'autre ambition que d'être les gardiennes du foyer, les hommes poursuivent des rêves d'enrichissement et de gloire. Tous deux partent à la ville dans l'espoir, pour l'un de vendre ses poteries, pour l'autre de se faire enrôler comme samouraï. Tandis que Tobei est arrivé à dérober à son beau-frère l'argent de la vente afin de s'acheter l'équipement indispensable à sa nouvelle fonction, Genjuro est entraîné par une femme mystérieuse Machiko, dernière survivante d'une riche famille assassinée par les hordes de l'armée de Shibaka, qui lui apparaît comme la femme idéale, avec laquelle il va connaître des plaisirs édoniques et réaliser, plus tard, qu'il a été le jouet d'une illusion. Ainsi l'un est-il la victime de son fétichisme féminin et l'autre le jouet de ses fantasmes de virilité triomphante qui, au final, les jetteront ensemble dans le désenchantement.


Le thème de la rédemption à travers la femme va prendre ici une dimension religieuse encore plus nette que dans  La vie d'Oharu, femme galante.  En effet, la fin se conclut par le triomphe posthume de Miyagi qui, bien que morte, insuffle à son époux, revenu au foyer, le sens des réalités simples et quotidiennes qui sont celles d'une existence en accord avec la vie réelle, et par celui d'Ohama qui elle aussi va permettre à son mari de rompre avec le sortilège de la puissance fictive. D'ailleurs, en gage de sa sagesse retrouvée, ce dernier jettera dans la rivière sabre et armure, symboles dérisoires de toutes les vanités, alors que Genjuro reprendra son métier de potier auprès de son fils et non loin de la tombe de Miyagi qui semble veiller sur eux. Ce film magnifique obtint en 1953 le Lion d'argent à la Mostra de Venise.



Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA ASIATIQUE,  dont La vie d'Oharu, femme galante, cliquer sur le lien ci-dessous :
 

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA ASIATIQUE


 

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LES CONTES DE LA LUNE VAGUE APRES LA PLUIE de MIZOGUCHI
LES CONTES DE LA LUNE VAGUE APRES LA PLUIE de MIZOGUCHI
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6 mars 2009 5 06 /03 /mars /2009 11:19
DUSTIN HOFFMAN

                                                                

  Son Hollywood

 

« Quand on travaille depuis aussi longtemps que moi - quarante ans -, vous entendez des histoires qui n'arrivent pas aux oreilles du public.

Un exemple, Johnny Depp, qui passe sa vie à essayer d'être un artiste. J'ai toujours dit à ma femme que j'espère pouvoir travailler un jour avec lui parce qu'il fait tout ce qu'il peut pour ne pas être une star et fuir le star-system. Cela se sent dans ses choix de rôles, ses interprétations. Il est toujours un peu border-line, anti-Hollywood, anticonformiste. Exemple cette anecdote qu'il m'a racontée sur le tournage de  Neverland  que j’ai accepté parce que j'avais deux scènes avec lui.

 

Il arrive donc sur le tournage de Pirates des Caraïbes, maquillé, un peu efféminé, déguisé en Keith Richards. Le producteur et le réalisateur sont très choqués. Ils ne savent pas quoi dire, quoi faire. Après trois jours de tournage, ils arrêtent tout. Un des plus gros producteurs d'Hollywood (Jerry Bruckheimer ndlr) demande de tout refaire en disant qu'ils ont embauché un Douglas Fairbanks, un Errol Flynn, pas ce mec-là. Johnny Depp leur dit « Au revoir. Vous m'avez embauché moi, voilà ce que je veux faire du personnage ! Il n'a pas cédé et c'est pour ça que le film a marché.

Hollywood est remplie d'histoires de ce type. 

Jamais je n'aurais pu jouer aussi « laid-back » (en retrait : ndlr) si Last Chance For Love avait été une production hollywoodienne.»


 

Sa carrière

 

« J'ai eu beaucoup de chance. J'ai débarrassé des tables et fait serveur jusque l'âge de 30 ans. Tous les castings, c'était non merci. Soudainement,  Le Lauréat  m'est tombé dessus et ma vie s'en est trouvée bouleversée. A partir de ce moment-là, j'ai eu le choix des meilleurs scripts, des meilleurs réalisateurs. J'ai travaillé avec Mike Nichols, John Schlesinger, Sam Peckinpah, Bob Fosse, Alan J. Pakula. Pour moi, c'est comme un rêve. Et ça n'a jamais arrêté.

Sauf Coppola et Scorsese - Parce qu'ils ont De Niro.

Et moi je suis gourmand et envieux ! »

 

Sa cinéphilie

 

« Quand on vieillit, on ne veut pas tomber dans le piège de ces parents qui ont toujours tendance à se référer au bon vieux temps. Tout a changé, tout serait plus superficiel que dans le temps.

Quand j'ai commencé à étudier, il y avait Truffaut, Godard, Fellini, Antonioni, Bergman, De Sica, leurs films ne passaient que dans un seul cinéma, à New York. Les seules personnes que l'on rencontrait dans ces salles étaient des acteurs, des écrivains. A cette époque, les Américains ne supportaient pas les sous-titres. Et maintenant, je vous retourne la question. Qui a pris la relève ? Il y a encore de bons réalisateurs chez vous mais pas du calibre de Truffaut.

J'adore le cinéma et je cherche toujours à me cultiver. La semaine dernière j'ai vu "Madame de" de Max Ophuls, avec Charles Boyer et Danielle Darrieux. C'est aussi moderne aujourd'hui qu'à l'époque. Les acteurs sont incroyablement subtils. Je viens de revoir également La Nuit américaine, le meilleur film jamais fait sur le cinéma. Avec Huit et demie.

Ça y est, je parle comme mon père ! »

 

 
Ses trophées

 

« Nous sommes tous des comédiens. C'est ce dont on se rend compte quand on étudie le jeu d'acteur. On passe la plupart de notre vie à jouer. Ça commence le matin dès que quelqu'un vous demande si ça va. Et c'est parti, vous commencez à dire une connerie. Il y a tout un monde, tout un tas de trucs qui se passent en vous et que vous gardez pour vous. Comme lors de ces moments extraordinaires de la vie - les mariages, les obsèques - tous ces événement traumatiques, trop bouleversants. Recevoir des récompenses - un césar, un oscar - pour moi c'est la même chose !

Tout le monde est ému, excité à l'idée de remporter un prix mais après toutes ces années à observer tout ça et à en gagner quelques uns, le plus important dans la vie pour moi ce n'est pas tellement gagner, c'est de ne pas perdre !

On a toujours l'impression d'être en sursis. Dieu merci, ce n'est pas un Razzie !

Donc, c'est un honneur, cela me touche mais en même temps ça n'a rien à voir avec l'émotion que vous ressentez à l'énoncé d'une seule mauvaise critique. Vous avez passé deux ans à travailler sur quelque chose, vous lisez une mauvaise critique et ça vous met en lambeaux. Vous le prenez comme un couteau dans le ventre. Et ça malheureusement, vous le ressentirez toujours plus fort que la plus belle, la plus grande des récompenses... »

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique ACTEURS DU 7e ART, cliquer   ICI

 

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DUSTIN HOFFMAN
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5 mars 2009 4 05 /03 /mars /2009 12:25
LAST CHANCE FOR LOVE de JOEL HOPKINS

    
Quel qu'ait été le film, j'y serais allée pour assister au face à face de deux de mes acteurs préférés, d'autant que je me doutais bien que ni l'un, ni l'autre, n'auraient donné leur accord pour un film médiocre et un scénario bidon. Ils ont mené leurs carrières respectives avec suffisamment d'intelligence et de discernement pour ne pas commettre, à leur âge, et avec leur expérience, une faute de goût. J'étais donc assurée que ma prise de risque était quasi nulle et que le film, que j'allais voir en cette fin d'après-midi presque printanière, serait, sans aucun doute, un très plaisant divertissement. Et il l'est.

 

Oui, il serait dommage de se refuser une heure trente d'un marivaudage charmant entre gens délicats que tout oppose à première vue et qu'un hasard bienveillant va réunir pour le meilleur. En ces temps de morosité ambiante, je vous conseille vivement ce remontant euphorisant qui mêle des ingrédients de qualité comme une bonne rasade d'humour et une pincée de nostalgie, mais a eu l'audace d'éliminer de sa formule les conservateurs et autres agents nocifs et néanmoins trop courants : la violence et la vulgarité. Aussi, déposez soucis et inquiétudes à la porte de la salle obscure et entrez vous rafraîchir et vous rasséréner avec ce tonique de qualité, en très aimable compagnie de surcroît : un Dustin Hoffman à faire fondre le coeur le plus endurci et une Emma Thompson très classe, très expressive, très attachante en délicieuse vieille fille formidablement séduisante, que l'on aimerait croiser plus souvent sur son parcours. Oui, un film sans prétention mais qui vous assure un plaisir non stop. Ce n'est pas si mal ! Le réalisateur  Joel Hopkins  nous offre avec cet opus - le premier  Mariage et conséquences  en 2002 avait déjà été remarqué et gratifié d'un Bafta et du Prix du public au Festival de Deauville -  une comédie bien écrite et nous prouve, par la même occasion et pour la seconde fois, son savoir-faire, son feeling dans un divertissement aux dialogues vifs et efficaces.

 


L'histoire est la suivante : Harvey Shine, musicien américain, vient de débarquer à Londres pour assister au mariage de sa fille qu'il a un peu perdue de vue depuis son divorce d'avec sa mère et du remariage de celle-ci. Compositeur de jingles et obsédé par son travail, il n'est là que de passage, ayant un rendez-vous important à New-York le surlendemain. Mais de mauvaises nouvelles vont tout remettre en question, sa vie professionnelle comme sa vie personnelle. C'est grâce à un formidable coup de chance qu'il rencontre Kate, une célibataire bon chic, bon genre, d'une quarantaine d'années qui aime la lecture et sa vieille maman envahissante. La suite est sans surprise, mais si agréablement contée, si délicieusement interprétée, avec, à la clé, un message si plaisant à entendre, qu'on se laisse gagner par cette bonne humeur et cet optimisme qui, d'une rencontre réussie à un rendez-vous manqué mais rattrapé, tisse à petits points, avec charme et élégance, un ouvrage somme toute bien fait et bien cousu. Aussi ne boudez pas l'opportunité de passer un excellent moment avec ce couple ... qui illustre si bien cette ultime chance de l'amour.

 

 Pour lire les articles consacrés aux deux acteurs, cliquer sur leurs titres :
 

DUSTIN HOFFMAN           EMMA THOMPSON



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LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN
 

 

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2 mars 2009 1 02 /03 /mars /2009 09:20
GRAN TORINO de CLINT EASTWOOD

           
Du cow-boy taciturne et cynique immortalisé par Sergio Leone à l'ancien combattant misanthrope de Gran Torino, Clint Eastwood a derrière lui plus de 50 ans de carrière durant laquelle il a su imposer son magnétisme et sa personnalité hors du commun. Archétype du mâle dominant et héros implacable et froid, le comédien n'a pourtant jamais cessé de jouer avec son image, n'hésitant pas à la mettre en danger et en dérision et à la contredire comme pour mieux la revitaliser. Traité de fasciste dans les années 70 par une presse peu clairvoyante, il a volontairement endossé les rôles les plus antinomiques et les plus paradoxaux, du doux rêveur dans  Bronco Billy  à l'homme d'action violent, de l'amoureux transi de  Sur la route de Madison  au macho yankee dans Les proies. Acteur inclassable doublé d'un auteur original, il n'est jamais là où on l'attend, se plaisant à désorienter et surprendre son public par son inspiration singulière. Depuis qu'il s'est consacré à la mise en scène, il a retouché son image de dur en la complexifiant et en ne craignant nullement de dévoiler de fascinantes failles, entre autre celles qui ont trait à l'ambiguïté morale et à la vieillesse.
 


Dans le magistral  Gran Torino,  il continue à peaufiner avec intelligence son personnage de justicier et de vieux réac, conscient de ce qu'il représente aux yeux du public, tout en refusant d'en être l'otage. Interrogé par des journalistes, il a accepté de parler du personnage qu'il incarne et met en scène dans son dernier opus, ce Walt Kowalski, un peu fou et plutôt bizarre, vétéran de la guerre de Corée, soudain veuf et condamné par les circonstances à faire face au crépuscule de son existence, seul. Rongé aussi par le regret de n'avoir su, pu ou voulu devenir proche de ses deux fils. Le monde, qui l'entoure, lui est étranger. Il ne reconnaît plus son environnement envahi par des immigrés asiatiques. Ouvertement raciste, il voit d'un très mauvais oeil le repeuplement de son quartier, jusqu'au jour où il est obligé de prendre partie dans un conflit qui oppose ses voisins, une accueillante famille hmong, ( les hmongs ont combattu aux côtés des américains au Vietnam )  et un gang de jeunes voyous. Mieux encore, voilà qu'il se prend d'intérêt pour l'un de ces jeunes hmongs, un garçon qui a tenté de voler sa voiture de collection, une Gran Torino 1972, sous la pression du gang, mais je n'en dirai pas plus. Par souci d'authenticité, Eastwood a tenu à ce que les acteurs et figurants - des non professionnels pour la majorité - appartiennent à cette ethnie. Kowalski fait partie de ces hommes un peu obsolètes et non moins idéalistes qui, sur le tard, trouvent le chemin d'une rédemption inattendue, un salut ultime qui puisse donner sens à leur vie, fût-ce au prix d'un grand sacrifice et dont Clint avoue volontiers qu'il a mis beaucoup de lui-même.

 

Ainsi, après avoir enchaîné les grandes fresques historiques et les films à Oscars, le cinéaste-interprète est-il de retour avec un film à l'intrigue linéaire et solidement charpentée, au casting exempt de stars ( sinon lui-même ) et au décor réduit à un pâté de maisons. Il est vrai que l'épure lui réussit et qu'il n'est jamais si efficace que dans le dépouillement. Sans doute est-ce ce mélange savamment dosé de drame et d'humour vachard, de mépris affiché du politiquement correct et de renvois discrets à l'ensemble de sa filmographie, qui font de Gran Torino une réussite complète et une oeuvre attachante. Les préjugés sont désamorcés les uns après les autres dans ce récit d'initiation salvateur, aux accents humanistes et christiques, qui ne sombre jamais dans un sentimentalisme ou angélisme facile, tant la main du réalisateur est sûre et rigoureuse. Je vois là le testament de Clint, un film majeur dont chaque plan est composé comme un message à notre intention, traitant de ce qui est essentiel avec force et émotion. 

 

Pour lire l'article que j'ai consacré à Clint Eastwood, cliquer sur son titre :

 

CLINT EASTWOOD - PORTRAIT

 

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GRAN TORINO de CLINT EASTWOOD
GRAN TORINO de CLINT EASTWOOD
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27 février 2009 5 27 /02 /février /2009 19:12

La-Vie-d-Oharu-femme-galante.jpg 

 

Au XVIIIe siècle, dans un temple consacré aux mille Boudhas, Oharu, une prostituée vieillissante, croit apercevoir le visage et l'expression du seul homme qu'elle ait jamais aimé. A partir de cette scène d'ouverture, la pellicule, changée en une machine à remonter le temps, va nous conter la vie d'une femme déchue, poursuivie par la fatalité, au point que son parcours ne sera autre qu'une lente descente aux enfers digne de Dante. Tragédie certes, sous son apparence la plus sombre, thème obsédant du malheur sans cesse annoncé et vécu dans une sorte de fatalisme consentant, l'héroïne n'ayant plus qu'un rêve : apercevoir de loin son fils devenu le seigneur des lieux et s'évanouir dans le néant. Oharu est une jeune fille de petite noblesse promise à devenir la femme d'un noble qu'elle n'aime pas, alors qu'un jeune samouraï de sa suite la poursuit de ses avances et l'assure d'un amour éternel. Mais cet amour leur est interdit, le jeune homme étant d'une caste inférieure à celle d'Oharu. Surpris ensemble par la police locale, les amants sont emmenés et livrés à la vindicte du seigneur et de sa cour : Oharu sera chassée de la province ainsi que ses parents ; le samouraï, décapité au sabre.
 


Inspirée d'un roman de Saikaku Ihara, cette histoire va, à partir de là, nous dérouler son impressionnante suite d'événements plus sombres et tragiques les uns que les autres. Revenue chez ses parents, Oharu est inscrite par sa mère à une école de danse et là, remarquée pour sa beauté, elle se retrouve à la cour d'un puissant seigneur, chargée d'être la mère porteuse de l'enfant, que sa femme stérile, ne peut lui donner. Oharu remplira son contrat et donnera un héritier mâle en même temps qu'elle sera répudiée pour ne pas offenser davantage l'épouse légitime. Son père, qui a fait des dettes, supposant que la situation privilégiée de sa fille lui assurerait des rentes à vie, de dépit, la vend comme courtisane à un tenancier de maison close, où sa douceur, son éducation, sa beauté la feront apprécier d'un homme apparemment riche qui désire la racheter et en faire son épouse, mais se révèle être, par la suite, un faux-monnayeur. Si bien qu'après ce nouvel échec, ses parents la recommande à une femme qui cherche une servante de confiance pour la raison qu'elle cache à son mari un secret : elle est devenue chauve à la suite d'une maladie et dissimule cette calvitie sous des postiches savamment coiffés, d'où la discrétion qu'elle exige de celle qui sera chargée de cette tâche. Oharu va s'en acquitter avec soin jusqu'à ce que le mari se souvienne l'avoir aperçue dans la maison close. L'épouse, folle de jalousie, exige son départ mais, entre temps, Oharu a rencontré un employé du mari avec lequel elle s'associe et se livre au commerce des éventails. Bonheur fugitif pour cette jeune femme qui se sent enfin appréciée, mais bonheur bientôt brisé par la mort du compagnon tué dans la rue par un voleur. De désespoir, Oharu accepte l'hospitalité de nonnes et espère redevenir une femme respectée jusqu'au moment où l'un de ses anciens créanciers abuse d'elle. Chassée du monastère, elle se fait chanteuse de rue et sera finalement recueillie par des prostituées de bas étage mais au coeur généreux. La boucle est bouclée, Oharu est retombée dans sa condition antérieure : celle d'une femme de petite vertu que l'on montre du doigt tant elle représente la déchéance inéluctable où conduisent, tout ensemble, les faiblesses de la chair et l'effroyable rigidité des moeurs de l'époque. La dernière image nous reconduit au temple des mille Boudhas, ces dieux masculins auprès desquels les prostituées, dans un éclat de rire, reconnaissent les expressions de leurs divers amants. Scène d'une grande puissance qui frappe parce que ce rire déchirant et, ô combien tragique, exprime la souffrance de ces malheureuses victimes d'une gente toute puissante qui les a réduites à n'être que des esclaves méprisées et humiliées. L'amour leur a été refusé ; elles ont été monnayées comme des objets et ont subi successivement l'autorité d'un père, ensuite celle d'un amant, d'un souteneur ou d'un mari.

 

A travers le destin d'Oharu, Kenji Mizoguchi nous montre comment l'organisation sociale d'une société féodale repose sur la toute puissance masculine. Il déroule son oeuvre comme un long poème servi par une mise en scène sobre et rigoureuse, captivante comme un diamant noir aux funèbres éclats. Comme toujours, chez ce cinéaste,  ardent défenseur de la cause féminine, le mâle ne respecte qu'occasionnellement ses devoirs les plus élémentaires, les règles traditionnelles nippones lui ayant octroyé des privilèges seigneuriaux.  La vie d'Oharu, femme galante est sorti en 1952 et dénonçait ces abus, encore fréquents, dans l'Empire du Soleil Levant  à l'égard du beau sexe et eut, pour principal mérite, avec des moyens financiers dérisoires, de propulser le cinéma japonais sur le devant de la scène internationale en obtenant le Lion d'Or au Festival de Venise de la même année. Ainsi le cinéaste livrait-il au monde un message universel et bouleversant qui sonne toujours aussi juste aujourd'hui où, un peu partout sur notre planète, des femmes sont encore monnayées et maltraitées. L'actrice Kinuyo Tanaka joue dans la tradition des actrices du muet ce rôle peu bavard, tout en expressions pathétiques et en une gestuelle douloureuse de femme écrasée par son destin.

 

Pour consulter la lsite complète des articles de la rubrique CINEMA ASIATIQUE, dont Les contes de la lune vague sous la pluie, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA ASIATIQUE  

 

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24 février 2009 2 24 /02 /février /2009 11:43
CLAUDE SAUTET OU LES CHOSES DE LA VIE


Au début des années 50, alors qu'il sortait de l'IDHEC, Claude Sautet suivit le chemin escarpé de l'assistanat. Il tourna un court métrage de fiction et réalisa son premier long métrage en remplaçant au pied levé le metteur en scène Robert Dhéry. Sa filmographie personnelle commença avec deux polars traités à la manière des bandes américaines de série B,  Classe tous risques  (1960) et   L'arme à gauche (1965). Bien que ces films n'aient pas défrayé la chronique, ils manifestent néanmoins des qualités indéniables : obsession du détail juste, modestie, recherche de classicisme qui inscrit, dès ses premières tentatives, Sautet dans la lignée des Grémillon, Becker ou Carné. Pendant quelques années, entre les longues périodes qui séparaient ses propres réalisations, Sautet se consacrera en parallèle à son second métier, celui de scénariste. Sa réputation, en ce domaine, fit de lui le médecin secouriste des pannes d'inspiration de ses collègues, soit " le ressemeleur de scénario ", pour reprendre sa propre expression. C'est peut-être cette expérience que l'incita à travailler ses scénarii avec d'autres scénaristes, dont Jean-Claude Dabadie pour six de ses plus grands succès et Jacques Fieschi pour les trois derniers. Il entendait ainsi mieux objectiver ses idées.  

                 


Sa notoriété débuta avec Les choses de la vie en 1970, qui impose son style et sa sensibilité. Sautet s'y présente en peseur d'âme, en analyste subtil des sentiments et du coeur humain. A partir d'un accident, qui coûtera la vie à son héros interprété par Michel Piccoli, il hausse le fait divers à la hauteur d'un drame. Le montage inventif des séquences de l'accident renforce cette dimension, le cinéaste s'adressant directement à nous, nous atteignant à tel point que François Nourissier écrira : " Les spectateurs conduiront le pied sur le frein. (...) Mais ils sauront que toutes précautions sont inutiles : notre avenir est peuplé de carrefours tranquilles et d'oublis, où nous guettent les grands mensonges noirs de la mort." Le texte sobre de Jean-Loup Dabadie, le musique de Philippe Sarde, les plans silencieux nous entraînent en une marche lente vers l'agonie du personnage, dont l'objectif fixe l'inéluctable fatalité.

 

Max et les ferrailleurs sera un film plus personnel qui pose avant l'heure un regard sur la banlieue et la délinquance et met face à face deux personnages forts : un flic inquiétant Michel Piccoli, aussi rigide qu'un pasteur anglican, que son manque de discernement entraînera vers l'autodestruction, et une prostituée très digne, incarnée par Romy Schneider qui ajoute à sa beauté un rien de vulgarité. Cette complexité des sentiments se retrouvera dans César et Rosalie où les personnages sont à leur tour pris dans la spirale de la remise en question et de l'incompréhension. Car quoi de plus difficile et de plus imprévisible que les rapports humains ? - se demande en notre nom le metteur en scène qui cerne ses héros au plus près de leurs sentiments intimes en véritable clinicien. Le trio formé par Romy Schneider, Yves Montand et Sami Frey est inoubliable dans une variation bien tempérée, à la fois musicale, sensuelle et nostalgique. Sautet dira qu'il voulait montrer des êtres qui soient tous, ou presque tous, en danger de désespoir. Il sut le faire avec autant de tact que de sensibilité.

 


Les films suivants dont Vincent, François, Paul et les autres  (1974)  Mado  (1976) et  Une histoire simple (1978) sont des portraits de groupe des années 60, quadragénaires déjà usés par la vie et une solitude paradoxale. La vision collective nous permet de les observer dans leurs rapports plus ou moins conflictuels les uns avec les autres et d'analyser les raisons de ces tensions. Le cinéaste démontre ainsi que les situations les plus conventionnelles peuvent être lourdes de conséquences et explore une génération dont la vie quotidienne prend l'allure d'un combat pour la survie. Nous sommes frappés par leur vulnérabilité et par ce danger de désespoir auquel ils sont confrontés, en une suite d'affrontements permanents.


 

Après quelques années de silence, Sautet reviendra en force derrière la caméra en rajeunissant ses acteurs et collaborateurs. Ce seront Quelques jours avec moi (1988) où il passe de manière subtile du drame passionnel à l'ironie tragique, servi une fois encore par des comédiens remarquables, la lumineuse Sandrine Bonnaire et Daniel Auteuil dans l'un de ses meilleurs rôles, Un coeur en hiver (1991)et Nelly et Monsieur Arnaud (1995), magnifique trilogie de la maturité où l'intensité des sentiments contrariés, loin de toute emphase et prétention, s'enferment dans l'espace intime d'une délicate musique de chambre. D'ailleurs l'auteur, lui-même, affirmait qu'un film n'est autre que de la musique faite avec des acteurs, une dramaturgie, des anecdotes, des péripéties. Et il se consacrera avec talent à nous la faire entendre. Avec son réalisme poétique et profondément humain, ses plans silencieux, Sautet s'inscrit dans la lignée des plus grands, faisant des choses de la vie, les choses de notre vie et, de sa caméra, le témoin troublant de notre quotidien.

 

Pour lire les articles consacrés à Romy Schneider et aux Réalisateurs, cliquer sur leurs titres :


ROMY SCHNEIDER - PORTRAIT         
 

LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART 

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, dont "César er Rosalie" et "Une histoire simple", cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS 

 

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19 février 2009 4 19 /02 /février /2009 11:07
INTO THE WILD de SEAN PENN

       
Dix ans de préparation pour ce film qui est tout ensemble une ode à la nature, à la beauté, à la liberté, à la solitude et, par ailleurs, une odyssée personnelle, celle d'un jeune américain frais émoulu d'une université et qui, tournant le dos à la civilisation et à nos sociétés consuméristes, abandonne sa voiture, lègue les dollars de sa bourse à une oeuvre caritative et prend la route pour un voyage initiatique, effaçant ses traces au fur et à mesure de son avancée, afin de se fondre à tout jamais dans la nature. Sa vraie naissance - dira-t-il - au long de ce parcours raconté en une suite de brefs épisodes et sous forme d'un journal intime par ce héros au beau sourire, qui a largué les amarres et fait retour à la vie sauvage.

 


Christopher était le nom réel de cet Ulysse des temps modernes, épris d'indépendance et de grands espaces qui mourut en 1992 après deux années d'un itinéraire qui, au fil des semaines et des mois, s'avéra être une rédemption, un retour aux sources, à l'espérance, à la reconquête d'un moi perdu. Une enfance difficile, au sein d'un couple conflictuel, avait amené le jeune homme à renoncer à poursuivre une existence, tracée d'avance, de cadre supérieur formaté à Harvard. Sean Penn, le réalisateur, dont on comprend vite qu'il a trouvé en cet aventurier le catalyseur idéal de ses propres fantasmes, a poussé la reconstitution à l'extrême jusqu'à rebâtir à l'identique le car désaffecté où Christopher acheva sa brève existence. Rien n'est laissé au hasard de la désocialisation progressive de ce héros qui avait choisi de gagner l'Alaska, sa terre d'élection, par le chemin des écoliers. Son retour à la vie primitive, son grand plongeon dans une nature quasi vierge ne se feront pas sans douleur. Si la nature, chantée en une succession d'images sublimes, lui offre sa beauté suffocante, ses immensités âpres et sauvages, si elle contribue à installer en lui-même le mythe de la terre reconquise, elle apporte aussi son lot d'épreuves et la mort. Sous l'apparence d'une fleur, hélas vénéneuse qu'il a confondu avec une autre comestible et qu'il avalera par mégarde, il tombe dans un état de grande faiblesse et parvient à ce seuil où il n'est plus de retour possible, comme le ferait un jeune dieu qui, ayant compris le sens de la vie et atteint le Nirvana, se retirerait du monde des hommes pour s'avancer triomphant vers l'autre lumière. C'est cet ultime message que le metteur en scène propose : celle d'un homme qui accepte sereinement la traversée du miroir, parce qu'il a bouclé sa vie en un accéléré de deux ans et compris que le bonheur n'existe que s'il est partagé.

 

 

Rencontre avec soi d'abord, rencontre avec les autres ensuite, cette route est avant tout une quête intérieure, une découverte de la foi qui fait basculer de l'égoïsme à l'altruisme, de l'enfance à l'âge adulte, du doute à la certitude, de l'insoumission à la sagesse, et se réalise dans cette mort acceptée comme le passage définitif, l'entrée dans l'Alaska spirituel. Servi par un narratif admirablement cadencé, économe de mots afin de mieux atteindre l'essentiel, silence expressif capté par une imagerie grandiose,  Into the wild  est une totale réussite, un film concertiste où le héros inscrit sa partition dans celle plus symphonique de la nature, en une suite de mouvements rythmés par ses rencontres. Et ces rencontres seront décisives, chacune apportera son lot de chaleur et de tendresse, infinie consolation humaine : tour à tour Christopher se liera d'amitié avec un exploitant agricole pour lequel il travaillera, un couple de hippies sympathique et convivial, une jeune fille qui lui offrira un amour qu'il ne peut encore accepter mais dont il conservera en pensée l'image radieuse, enfin un vieux militaire qui lui proposera de l'adopter pour qu'il hérite de ses biens et ne soit plus dans une situation aussi aléatoire. Interprété par Hal Holbrook, ce personnage est particulièrement touchant et la scène de leur adieux l'une des plus poignantes du film.

 


Ces rencontres constituent les étapes capitales de son cheminement personnel, contribuant à son éveil aux autres dans un contexte tellement plus authentique que celui de ses années en université, et autant de révélations pour conforter l'altérité. Emile Hirsch, conduit d'un doigté sûr par son metteur en scène, campe avec une force, une humanité, une sincérité captivantes le personnage de Christopher et assume pleinement le mythe du vagabond inspiré, ses joies, ses emballements, ses craintes, ses doutes. Il ne cesse de nous toucher, de nous questionner, de nous bouleverser par cette sorte d'élan irrésistible qu'il manifeste jusque dans ses instants d'abattement ; il est en permanence dans une attitude positive, poursuivant sans faiblesse son périlleux défi. Magistral.

 

 

Pour lire l'article que j'ai consacré à Sean Penn, cliquer sur son titre :


SEAN PENN - PORTRAIT

  

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INTO THE WILD de SEAN PENN
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28 janvier 2009 3 28 /01 /janvier /2009 17:55
LES SEIGNEURS DE LA GUERRE de PETER CHAN

        
Après la Chine, où le film a raflé toutes les récompenses, Les seigneurs de la guerre de Peter Chan arrive ce mercredi 28 janvier sur les écrans français, précédé d'une réputation qui l'a fait comparer à un tsunami, rien de moins. Fresque historique spectaculaire au coeur de l'empire Mandchou, ce film se déroule durant la seconde moitié du XIXe siècle chinois, aussi riche en bouleversements et en drames que le fut le XVIIIe en France. Mais les thèmes abordés n'en sont pas moins universels : la fraternité d'armes, la fidélité, l'amitié, l'ambition, la trahison, le courage, l'esprit de sacrifice. L'histoire est celle de trois hommes (un général vaincu qui rêve de vengeance et de deux bandits d'honneur) qui choisissent d'unir leurs forces et leurs destins dans la lutte armée, malgré ou grâce à une femme, à laquelle le film doit en partie son intérêt et son originalité. Moments intimistes et batailles s'y succèdent, en effet, dans un souci constant d'harmonie stylistique et de rythme, ainsi s'inscrit-il dans la tradition des films d'aventures héroïques comme sut les faire Hollywood dans les années 50 et 60. Cela avec des moyens et une esthétique moderne, ce qui rend le spectacle plus grandiose et efficace.
D'autre part, cette fresque a le mérite de réunir les plus grands acteurs et techniciens chinois dont la ravissante  Xu Jinglei et  Jet Li  qu'on a souvent comparé à Bruce Lee. Cet acteur sut se façonner une identité de héros national par le biais des arts martiaux dans lesquels il s'illustra brillamment, remportant quantité de tournois et de médailles. Tant et si bien qu'il s'attira l'attention des producteurs de cinéma et qu'il fut retenu pour jouer le rôle principal dans Temple de Shaolin, véritable triomphe dans toute l'Asie. Dans les années 80, il jouera, à la suite de ce premier succès,  Les Héritiers de Shaolin et  Les arts martiaux de Shaolin  qui confirmeront sa renommée au box-office de son pays. A l'orée des années 90, il devient une superstar en interprétant le légendaire personnage Wong Fei-Hung dans  Il était une fois en Chine  du réalisateur hongkongais Tsui Hark, inaugurant une saga qui ne comptera pas moins de six opus. Puis, il cédera aux chants des sirènes occidentales, signera, coup sur coup, avec Joël Silver et Luc Besson et se commettra dans des films racoleurs et affligeants comme  Roméo doit mourir,  Le baiser mortel du dragon,  En sursis qui n'apporteront rien à son prestige personnel. Heureusement, avec Les seigneurs de la guerre, il semble bien que Jet Li renoue avec le 7e Art chinois et amorce une nouvelle étape dans sa déjà longue carrière. Et son choix apparaît judicieux. Entre 1851 et le début des années 1870, près de 50 millions d'hommes et de femmes, de guerriers et d'enfants vont périr. Par les armes, victimes de la guerre, des combats et des exactions qui les accompagnent. Ce chiffre est à la démesure de la Chine. Pour ses habitants, la seconde moitié du XIXe siècle fut à peine moins tragique que la Révolution culturelle. L'explosion de la démographie de l'Empire et une succession de catastrophes naturelles précipitèrent le soulèvement des campagnes et accélérèrent le déclin de la dynastie des Qing, dont le pouvoir, déjà affaibli par de sérieux revers militaires lors de la première guerre de l'Opium contre les puissances occidentales, allait connaître bientôt les derniers soubresauts. Dans ce contexte prend naissance la révolte de Taiping, une secte syncrétique vaguement inspirée du christianisme, en opposition ouverte au pouvoir mandchou. Emmenés par Hong Xiuquan, leur gourou, 500.000 hommes prennent une partie de la vallée du Yangzi en 1851. En  1853, c'est au tour de Nankin, la plus grande ville de Chine après Pékin, de tomber. Hong Xiuquan y fonde son royaume céleste de la grande paix et en fait sa capitale. C'est ce moment précis de l'histoire où tout bascule et vacille que Peter Chan a choisi de peindre à traits larges et puissants, filmant la lente et difficile reconquête de ces villes perdues. A travers le destin de trois frères d'armes, le réalisateur décrit le dernier salut d'un Empire finissant, la dernière respiration d'une dynastie qui doit affronter le chaos d'une guerre civile et voit ses provinces lointaines se disloquer en un brasier de contestation, tout en maintenant les apparences de son pouvoir grâce à une liturgie fastueuse et millénaire.

 

Avec cette fiction inspirée de faits réels, le cinéaste Peter Chan ne fait rien de moins qu'un travail d'orfèvre historien. La pellicule nous fait traverser les plus beaux paysages steppiques de la Chine, assister à des scènes spectaculaires d'une incontestable grandiloquence, ayant nécessité des milliers de figurants, aux côtés de héros dont les valeurs chevaleresques ne font aucun doute. Le metteur en scène, ayant bénéficié d'un budget de 40 millions de dollars, n'a pas lésiné sur la splendeur des reconstitutions de palais, de costumes, de décors, et ne s'est pas privé de réaliser une fresque historique de grande ampleur, mêlant les passions de la petite histoire aux fracas de la grande, dans la tradition d'un Ang Lee ou d'un Zhang Yimou. Il a aussi pris soin de réunir sur son affiche, outre les deux acteurs cités précédemment, deux autres stars adulées par des milliers de fans en Asie : Andy Lau et Takeshi Kaneshiro. Si Peter Chan reprend la trame principale des Frères de sang de l'illustre Chang Cheng, il sait également s'en émanciper et imposer sa facture personnelle, imprimant à cette oeuvre grandiose sa différence et son identité. Un film que les amateurs du genre ne doivent manquer sous aucun prétexte.


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Jet Li et Takeshi Kaneshiro
Jet Li et Takeshi Kaneshiro

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17 janvier 2009 6 17 /01 /janvier /2009 10:30
INGMAR BERGMAN OU UN CINEMA METAPHYSIQUE

 

Ingmar Bergman, né le 14 juillet 1918 à Uppsala  et mort le 30 juillet 2007 dans l'île de Farö, compte parmi les quelques très grands réalisateurs du 7e Art pour la raison que son oeuvre cinématographique approfondit les questions existentielles qui se posent à l'homme avec une puissance telle qu'elle lui assurera très vite la consécration de ses pairs. Interrogation sur le sens de l'existence, hantise d'un bonheur en errance, d'une communauté de pensée continuellement à refaire. Issu du théâtre, le réalisateur lui restera toujours fidèle, aussi ses débuts à l'écran seront-ils marqués par des influences littéraires, celles d'auteurs abordés à la scène, Strindberg en premier lieu, Ibsen, Anouilh, Pirandello, Camus. Il a d'ailleurs mené une réflexion savante sur la notion de spectacle _ ainsi dans "Jeux d'été" (1950), "La nuit des forains" (1953), "L'oeil du diable" (1960) ou "Fanny et Alexandre" (1982) - et ses films les plus intimistes recèlent eux-mêmes une méditation sur la théâtralité à l'écran dépouillée de toute invasion des codes théâtraux. Plus encore que le cinéma, Bergman aimait le théâtre. " Je peux exister sans faire de films, mais je ne peux exister sans faire de théâtre" - disait-il. Et, cependant, bien que s'étant retiré de derrière la caméra en 1982 après "Fanny et Alexandre", une oeuvre-testament sur son enfance et sa passion du spectacle, couronnée par quatre Oscars, il ne put s'empêcher d'y revenir en 2003 avec "Saraband"  pour la télévision suédoise, vision assez noire de la vieillesse qui fut diffusée par la suite sur grand écran. C'est dès 1945 que le cinéaste, marqué par une jeunesse douloureuse et compliquée, débute, tout ensemble, une carrière de metteur en scène avec un stage à l'Opéra de Stockholm et un parcours personnel, en rédigeant des pièces et des romans. C'est, en effet, un réalisateur complet qui écrit lui-même ses intrigues, ses dialogues - pour la plupart d'entre eux - et utilise sa caméra comme une plume chargée d'exprimer l'angoisse de l'homme face à la solitude, à l'amour, à la mort, en quelque sorte à l'infinie tristesse d'un monde sans Dieu. Mais l'angoisse exige une affirmation constante de foi en l'homme. "Le Septième Sceau" est né d'une réflexion sur la précarité de la condition humaine au XXe siècle. Sa force a été de permettre l'intrusion continuelle du fantastique dans le quotidien.


 
Le cinéma de Bergman se révèle être le plus souvent tragique, s'attachant aux visages, à la lumière, aux fondus-enchaînés et aux thèmes fondateurs de l'inquiétude humaine. Authentiquement existentialiste en ce cas précis, l'auteur se plaît à pourfendre les pressions sociales et la morale conventionnelle et à démystifier la mythologie chrétienne et son puritanisme répressif. Fils de pasteur, il a souffert dans son enfance d'un climat familial étouffant et sera marqué à jamais par une culpabilité chronique qui ne cessera de transparaître dans ses personnages. Sa mise en scène rigoureuse bénéficiera du concours de grands acteurs qui lui resteront fidèles comme Harriet Andersson, Bibi Andersson, Gunnar Björnstrand, Max von Sydow, Ingrid Thulin, Liv Ullman, Erland Josephson. La vie, la mort, le suicide, l'avortement, la passion sont le plus souvent abordés du point de vue de la femme qui a le rôle déterminant dans ses compositions. - y compris dans ses films indirectement ou directement autobiographiques comme  "Scènes de la vie conjugale"  et  "Face à face"
Au confluent de ses investigations et de son questionnement métaphysique, il réalise une série de films que l'on pourrait intituler, en référence à la musique de chambre : des films de chambre, où les couples sont surpris dans leur huis-clos et rêves et fantasmes durement confrontés à la réalité : "A travers le miroir", "Persona", "L'heure du loup", "La honte". C'est le triomphe à l'écran de cette fascination pour les visages qu'il a souvent revendiquée, en affirmant : Notre travail au cinéma commence avec le visage humain. En même temps, sa mise en scène se libère : il brise l'harmonie du récit, sa continuité. A l'écart des modes, son réalisme cinématographique répudie les images banales et, à sa manière, il pratique la déconstruction. Ainsi "Personna", méditation sur les masques et les apparences, ajuste les brisures de la forme à celles que provoque le thème du double, tandis que "Cris et chuchotements",  réflexion douloureuse sur la mort, se sert de la couleur - le rouge principalement - pour théâtraliser sa dramaturgie. Aussi n'a-t-il pas toujours été bien compris du public, désorienté à maintes reprises par ce cinéma austère et exigeant. Ses concitoyens allèrent même jusqu'à lui reprocher de contribuer à la triste réputation de la Suède comme d'un pays de névrosés. Marié à cinq reprises, il eut 9 enfants et ne cessa de se pencher sur la nature féminine, étant certainement l'un des cinéastes qui a le mieux compris les femmes.

 

"Fanny et Alexandre" représentera en 1982 la somme totale de sa vie de réalisateur. Ce chef-d'oeuvre incontesté, convaincant dans son art de l'ellipse, est la somme édifiée sur ses films antérieurs et s'est bâti selon un récit en partie inspiré de son enfance. Si par la suite Bergman a abandonné le cinéma au profit du théâtre et de la télévision, l'évolution des techniques a tout de même permis son retour dans les salles avec des créations vidéo comme "Saraband" (2003). Mais la notoriété internationale lui était venue dès 1955 avec  Sourires d'une nuit d'été,  qui ne sera pas sans influencer la Nouvelle Vague et, peu de temps après, "Le septième sceau" l'avait intronisé comme le maître inspiré d'une oeuvre magistrale qui faisait tout autant appel à la transcendance qu'à la subjectivité dans ce qu'elles ont de plus pur, sans faire, pour autant, l'impasse sur l'aspect charnel des choses. Jean-Luc Godard écrira à son sujet : " C'est le monde entre deux battements de paupières, la tristesse entre deux battements de coeur, la joie de vivre entre deux battements de mains". Qu'ajouter à cela ?

 

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  • : LA PLUME ET L'IMAGE
  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
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  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.

Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


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