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12 novembre 2008 3 12 /11 /novembre /2008 10:35
L'HISTOIRE d'ADELE H de FRANCOIS TRUFFAUT

 

Adèle H est l'histoire romancée de la fille cadette de Victor Hugo qui, courtisée par l'officier britannique Pinson (Bruce Robinson), va le suivre jusqu'à Halifax et le harceler de son amour exalté dans ses diverses affectations. La première idée de Truffaut était de faire un film sur l'amour à sens unique, total, absolu, définitif, qu'une jeune femme peut éprouver pour un homme qui ne l'aime pas. La seconde était de faire une oeuvre avec le maximum de violence intérieure, de violence émotionnelle s'entend. Ces deux intentions seront rendues possibles grâce au jeu exceptionnel d'Isabelle Adjani dans le rôle d'Adèle et de la musique tout aussi persuasive de Maurice Jaubert, bien que cette dernière ait été composée bien avant les premières prises de vue. Maurice Jaubert, connu des cinéphiles pour ses illustrations musicales des films de Vigo et de Carné, devait mourir en 1940 et fut, par conséquent, le compositeur posthume de 4 films de Truffaut : L'histoire d'Adèle H.  L'argent de poche, L'homme qui aimait les femmes et La chambre verte. Si bien que le film ne fut pas seulement écrit à partir d'un canevas littéraire inspiré du journal d'Adèle Hugo mais du schéma musical qui prend sa source dans la bande-son de la Suite française de Jaubert, rédigée entre 1932 et 1933. On comprend aisément pourquoi François Truffaut a pu être séduit par cette musique. En dehors de la violence émotionnelle de la dernière partie du film, le saxophone assourdi fait entendre la voix d'un instrument qui correspond absolument aux vibrations du coeur déchiré d'Adèle et devient en quelque sorte sa voix, l'expression de sa solitude et de son absolue et passionnée dévotion pour le lieutenant français. Car cet amour non partagé est devenu obsessionnel au point que la jeune femme se ment à elle-même, qu'elle vit une sorte de dédoublement permanent, une quête folle qui, après l'avoir menée à Halifax, la conduira jusqu'à l'île de la Barbade avant qu'elle ne passe les quarante années restantes de son existence dans un asile d'aliénés (comme Camille Claudel qu'Adjani interprétera également à l'écran). Musicalement le film recrée les ambiances des années 30, de ces harmonies auditives qui, à l'époque, marquèrent profondément Truffaut. Selon Adjani, ce qui intéressait presque exclusivement le cinéaste, était la peinture d'un caractère solitaire. Avec un certain nombre d'autres thèmes récurrents de sa déjà importante filmographie, dont celui d'écrire une fiction à partir de la réalité. Pour lui, Adèle Hugo se considérait comme orpheline et rejetée par les autres parce que son père avait toujours préféré Léopoldine dont la mort l'avait brisé. Truffaut a très bien su faire le lien entre la noyade de Léopoldine et la symbolique de l'eau qui marque le film dès la première scène où l'on assiste à l'arrivée d'Adèle à Halifax à bord d'un navire et la dernière qui se clôt sur un plan où elle est à nouveau debout devant les vagues. Adèle est ainsi associée à l'eau à travers ses cauchemars répétés. Il apparaît que la mort de sa soeur a intronisé son propre drame d'avoir été cette autre fille que son père n'a pas su ou voulu aimer.


La vie d'Adèle sera donc un naufrage annoncé, dominé par les bruns et les teintes assourdies et par la musique qui amplifie ce qu'il y a de sombre dans cette passion sans issue et ce désir inassouvi. Les plans et le cadrage sont eux aussi très soignés. Par ailleurs, le film étant consigné sur le visage d'Adjani, il fallait - écrira Nestor Almandros - un décor presque monochrome. Au cinéma, nous voyons les images dans l'obscurité, notre vision est de ce fait intensifiée. Si l'on souhaite obtenir des tonalités vraies, il faut baisser les tons du décor et des costumes. Ici la composition et l'éclairage rappellent le XIXe siècle des lettres et des journaux intimes. Et que fait Adèle H sinon de consigner d'une plume fiévreuse ses souvenirs comme pour nous convaincre que sa passion malheureuse est d'abord une quête intérieure romantique.


Le succès d'Adèle H aux Etats-Unis fut immense et le film couronné de nombreux prix. Quant à Adjani, elle est dans ce rôle absolument bouleversante. Son metteur en scène disait d'elle : " Je ne peux la comparer à personne et, à cause de cela, elle me maintient dans une grande tension, car elle me demande beaucoup d'explications qui m'obligent à m'interroger moi-même sur la fonction d'acteur ". Ce qui me donne le courage de faire des films - disait-il encore - c'est qu'au cinéma on ne se sent pas solitaire. Le drame des peintres abstraits et des musiciens actuels, c'est la solitude. Mais quand je tourne un film et que j'ai le trac, je sens que les acteurs sont plus fragiles que moi, je sens qu'ils sont perdus dès le premier jour de tournage et qu'ils me font confiance. Je sais aussi que je peux les aider à progresser dans leur carrière, que nous allons faire un travail très concret qui va peut-être nous réchauffer le coeur".

 

Pour lire l'article consacré à François Truffaut, cliquer sur son titre :  

 

FRANCOIS TRUFFAUT OU LE CINEMA AU COEUR
 


Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, dont "La nuit américaine" et "Le dernier métro", cliquer sur le lien ci-dessous :
 

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS
 

 

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L'HISTOIRE d'ADELE H de FRANCOIS TRUFFAUT
L'HISTOIRE d'ADELE H de FRANCOIS TRUFFAUT
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1 novembre 2008 6 01 /11 /novembre /2008 11:05
QUANTUM OF SOLACE de MARC FORSTER

   
 

La salle était pleine hier soir pour assister à la sortie très attendue du 22ème épisode de la série fameuse des James Bond, film haletant et spectaculaire d'un style un peu différent des précédents ( mais je ne les ai pas tous vus ), et qui fait suite à Casino Royale où l'on voyait mourir Vesper (Eva Green) la compagne de Daniel Craig, dont la motivation principale va être désormais de rechercher les vrais coupables. Cet opus nous présente donc un héros en proie, pour la première fois, à des sentiments personnels qui vont le mettre en porte à faux avec sa haute direction et faire de lui un fauve solitaire froidement déterminé à satisfaire sa vengeance. Faisant fi des aventures amoureuses, le James Bond d'aujourd'hui travaille pour lui et voit les dangers se multiplier et le cerner de toutes parts : de la CIA comme du M 16 Britannique, son propre service qui lui reproche avec véhémence de se laisser aveugler par ses ressentiments. Ce thème donne lieu à des séries de poursuites plus spectaculaires les unes que les autres avec des effets spéciaux époustouflants, que ce soit en bateau, en avion ou en voiture, elles sont la grande réussite de ce film.


 

Le principal ennemi de Bond va être un méchant à l'apparence ordinaire, psychopathe de surcroît, homme d'affaires impitoyable et puissamment riche, admirablement campé par Mathieu Amalric, qui tente de mettre la main sur les ressources quasi inépuisables de la matière première qui, bientôt, sera plus précieuse que l'or : l'eau. S'en suivent des actions qui vont les opposer et nous balader à une vitesse hallucinante aux quatre coins de la planète pour finir, après de multiples rebondissements, dans un désert où l'homme riche nous apparaîtra soudain plus vulnérable que son justicier, l'un ayant peut-être son compte en banque mais l'autre son incorruptible force de caractère.


                
 

Daniel Craig se révèle une fois encore très convaincant, froid, robuste, violent, dont le regard d'un bleu d'acier n'est pas sans rappeler celui de Poutine. Mais oui ! et je ne crois pas être la seule de cet avis ... Dire que ce film ne m'a pas déçue serait faux. Car le scénario m'a semblé assez plat, alignant les unes à la suite des autres des séquences d'action, des slaloms en hors-bord, voire des explosions pyrotechniques impressionnantes, mais sans causes apparentes, tant la psychologie des personnages est reléguée au second plan. Nous sommes totalement immergés dans un monde de brutes et cernés par des comploteurs machiavéliques proches de la trilogie vengeresses de Jason Bourne que, personnellement,  je préfère.

 

 
Alors James Bond dans tout cela ? Il est bien là mais changé et assez différent du héros incarné autrefois avec panache par Sean Connery, l'invulnérable. Le héros de ce dernier opus ne l'ait plus ; il semble avoir pris du plomb dans l'aile et, malgré sa forme physique impressionnante, être en proie à des sentiments confus et victime d'une blessure intérieure secrète qui, certes, l'humanise. A ses côtés, une femme ravissante, Camille (Olga Kurylenko ), son double féminin, elle aussi assoiffée de vengeance et chaste amie d'une réalité passagèrement partagée. Tous deux sont aux prises avec des personnages inquiétants qui cherchent à asservir les nations sous le faux prétexte de préserver l'environnement, au point de préparer des coups d'Etat (ici en Bolivie) pour parvenir à leurs fins et satisfaire leurs appétits mercantiles. Cependant, malgré ses qualités indéniables, ce long métrage n'est pas parvenu à me séduire autant que Casino Royale. Une bande sonore trop agressive, une accélération de l'action trop hachée et brouillonne finissent par dissoudre toute annexe psychologique, faisant de ce film un spectacle purement visuel.

 

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QUANTUM OF SOLACE de MARC FORSTER
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25 octobre 2008 6 25 /10 /octobre /2008 14:33
LA MORT AUX TROUSSES d'Alfred HITCHCOCK

   
La mort aux trousses ( North by Northwest ) est l'un des films les plus connus de Hitchcock et l'un des rares qui ne soit pas inspiré d'un roman, mais trouve sa source dans la seule imagination de Sir Alfred.A New-York, Roger Thorhill est enlevé par deux hommes qui le prennent pour un certain Kaplan, un inconnu qui n'a pas d'existence concrète. Ils l'emmènent chez le riche Philipp Vandamm, le saoulent et le mettent dans une voiture lancée à vive allure. Bien entendu, la police l'arrête, puis le relâche. Aux Nations-Unies, un homme, que Roger désirait voir, est assassiné sous ses yeux et lui-même suspecté du crime, aussi s'enfuit-il à Chicago. Dans le train, il est caché par la séduisante Eve Kendall. Alors qu'il avait rendez-vous avec Kaplan, dont on cherche à lui attribuer l'identité, Roger est attaqué par un avion qui tente de le tuer. De nouveau arrêté par la police, il apprend que Kaplan n'existe pas : ce personnage imaginaire sert de couverture à Eve, agent de la CIA. Roger retrouve Eve et Vandamm près du Mont Rushmore et profite de la nuit pour s'enfuir avec elle et retrouver - on lui souhaite - une existence normale. Ce film- poursuite accumule, sur un rythme effréné, les situations les plus paradoxales. Le point de départ est donc une idée d'Hitchcock : une intrigue mouvementée, pleine de rebondissements inattendus, dont l'une des scènes principales se déroule sur le Mont Rushmore, au milieu des têtes géantes sculptées dans le roc des premiers présidents des Etats-Unis.

 


Au début du film, nous plongeons dans l'action sans très bien savoir où nous allons. Jusqu'au moment où Cary Grant - qui interprète le rôle de Roger - raconte au chef du contre-espionnage tout ce qui lui est arrivé depuis le début de l'aventure. Cette scène a pour fonction de clarifier et résumer l'intrigue à l'intention du public ; elle permet, d'autre part, au chef du contre-espionnage de dévoiler l'autre partie du mystère et de nous révéler pourquoi la police ne peut rien faire pour aider le malheureux Roger, empêtré dans un imbroglio infernal, auquel il ne saisit pas grand chose. Rien n'a été laissé au hasard dans ce film et les scènes s'imbriquent les unes dans les autres pour nous renseigner au fur et à mesure et nous démontrer que nous sommes rarement les maîtres de notre destin. D'autre part, Hitchcock, toujours exigeant et précis, a veillé à ce que les décors, reconstitués en studio, soient des copies exactes des lieux évoqués. L'endroit, où l'agent se fait poignarder sous les yeux de Roger, est la réplique de la salle d'attente des délégués des Nations-Unies. La question de l'authenticité des décors et des meubles préoccupait à tel point Sir Alfred, que lorsqu'il lui était impossible de tourner dans l'endroit même, il demandait une documentation photographique complète. L'autre élément capital de ce film est la gestion de la durée. Ainsi la grande scène - qui est un véritable morceau d'anthologie - où Roger/Cary Grant court seul dans le désert pour échapper aux attaques de l'avion qui l'a pris en filature, cette scène muette dure sept minutes, ce qui est un tour de force. Lorsqu'on suggérait à Hitchcock qu'il aurait pu recourir à un montage accéléré, il répondait ceci :

" La durée des plans est destinée à indiquer les différentes distances que Cary Grant doit parcourir pour se couvrir et à démontrer qu'il ne peut pas le faire. Une scène de ce genre ne peut être entièrement subjective, car tout irait trop vite. Il est nécessaire de montrer l'arrivée de l'avion - même avant que Cary Grant le voie - parce que si le plan est trop rapide, l'avion ne reste pas suffisamment dans le cadre et le spectateur n'est pas conscient de ce qui se passe. Je crois que l'utilisation du montage accéléré, pour rythmer les scènes d'actions rapides, dans beaucoup de films, constitue une dérobade devant la difficulté ou même un rattrapage dans la salle de montage. Ce n'est pas satisfaisant", concluait-il.
 

 

Il est vrai que l'aspect séduisant de cette scène réside dans sa gratuité même. C'est une scène vidée de toute vraisemblance et de toute signification : le cinéma envisagé de cette façon devient vraiment un art abstrait comme la musique. Cette gratuité, que les critiques ne se sont pas privés de reprocher à Hitchcock, constitue l'intérêt et la force de la scène. C'est très bien indiqué dans le dialogue, quand le paysan, avant de monter dans l'autocar, interpelle Cary Grant par ces mots : " Tiens ! voilà un avion qui sulfate et pourtant il n'y a rien à sulfater ? " L'avion, en effet, ne sulfate rien et la scène ne sert, en définitive, que la religion de la gratuité, si chère à Sir Alfred, ainsi que le goût de la fantaisie, fondé sur l'absurde. Une idée, comme celle de l'avion dans le désert poursuivant le malheureux Roger, n'aurait pu germer dans la tête d'un scénariste, pour la simple raison qu'elle ne fait pas avancer l'action ; c'est une pure idée de metteur en scène à l'originalité et à l'imagination inouïes. L'essentiel pour un cinéaste comme Hitchcock était de reproduire fidèlement les dessins préalablement établis. Il ne fallait nullement se laisser impressionner par l'espace, car on doit considérer que pour obtenir l'image finale, il y a toujours possibilité de recourir à une paire de ciseaux et de couper le rejet, l'espace inutile. Le maître répétait souvent, comme un leitmotiv, que chaque réalisateur devrait  savoir que le réalisme, à l'intérieur d'un cadrage prévu, découle la plupart du temps de l'irréalité accordée à l'espace environnant. Le classement des images sur l'écran, en vue d'imprimer quelque chose, ne doit jamais être entravé par une chose factuelle, assurait-il. Et il insistait encore :
 

" La technique cinématographique permet d'obtenir tout ce que l'on désire, de réaliser toutes les images que l'on a prévues, alors il n'y a aucune raison de renoncer ou de s'installer dans le compromis entre l'image prévue et l'image obtenue. Si tous les films ne sont pas rigoureux, c'est qu'il y a dans notre industrie trop de gens qui ne comprennent rien à l'imagerie".

                    


Ce film d'action est donc, par excellence, un film profondément pensé. Hitchcock avait un oeil de lynx et surtout une technique personnelle d'une rare efficacité. A la fois maître de l'image et maître du jeu, n'omettons pas d'ajouter sa remarquable faculté à diriger ses acteurs. Les siens furent toujours au top. Dans La mort aux trousses, Cary Grant est au mieux de sa forme et James Mason, convaincant en homme retors et sans scrupules. Avec Eva Marie Saint, Hitchcock agira, comme avec toutes ses actrices précédentes, en Pygmalion. Il choisira ses vêtements, sa coiffure, ses chaussures. Et cette actrice délicieuse saura répondre aux attentes de son metteur en scène, sans sourciller. Bien lui en a pris. Elle est parfaite. Ce Pygmalion savait extraire la quintessence de chacun. Il a toujours dominé avec aisance l'action, les prises de vue, les dialogues, le montage. Dans La mort aux trousses,  nous partons à la recherche d'un homme qui n'existe pas et tous les personnages du film sont manipulés au nom de la raison d'Etat. Sauf le spectateur, qui ne l'est qu'au nom de la raison d'Hitchcock.



Pour lire les articles consacrés aux acteurs et actrices de Hitchcock et au réalisateur lui-même, cliquer sur leurs titres :

           

 ALFRED HITCHCOCK - UNE FILMOGRAPHIE DE L'ANXIETE

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN, dont la plupart des films de Hitchcock, cliquer sur le lien ci-dessous :


LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

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23 octobre 2008 4 23 /10 /octobre /2008 14:27
VICKY CRISTINA BARCELONA de WOODY ALLEN

                                                            

Voici un Woody Allen, version Marivaux remis au goût du jour et qu'on a saupoudré, pour faire actuel, d'une pincée d'homosexualité aux prises avec les affres de l'amour de trois femmes et d'un homme dans les décors baroques d'une Barcelone estivale. Film plaisant, même si le metteur en scène ne peut échapper totalement aux clichés inévitables que le sujet traîne à ses basques. Mais c'est enlevé, bien rythmé, joliment interprété et ce libertinage ne cède à aucune vulgarité, malgré  l'ambiance barcelonesque torride.


Un soir, deux jeunes américaines venues passer leurs vacances dans la ville espagnole, l'une poursuivant une thèse sur la Catalogne, l'autre cherchant une vocation improbable de photographe dans le domaine de l'art, croisent dans une galerie, lors d'un vernissage, un peintre en vogue, du genre viril et maudit ( Javier Bardem ), qui leur propose avec effronterie de les emmener passer le week-end à Orviedo, sans leur cacher qu'il a envie de les mettre toutes les deux dans son lit. L'invitation est sans ambages, bien que prononcée selon les usages. L'une est prête à oser la transgression, c'est Cristina la blonde jouée par Scarlett Johansson, tandis que la brune Vicky ( Rebecca Hall ) d'un naturel raisonnable, s'élève vigoureusement contre cette suggestion qui la choque, bien qu'elle succombera la première.


Déboule un peu plus tard la femme légitime du don Juan, incendiaire et suicidaire, qui va ajouter un peu de piment aux chassés-croisés d'un trio qui risquait de se scléroser. Superbe dans ce personnage de passionaria ibérique, Penélope Cruz enflamme la pellicule et ravive des amourettes un peu trop consensuelles, dans un décor idéalement catalan.


Il semble que Woody Allen, après une période anglaise plus sombre, retrouve avec cet opus inattendu une jeunesse dissipée et que, sur le tard, il se délivre enfin d'une vie entière d'angoisse existentielle. Vicky Cristina Barcelona est un film pétillant, léger et glamour, où l'on boit beaucoup, où la vie apparaît douce et soft, les femmes belles et insouciantes, l'homme satisfait et désoeuvré. On est là dans l'ivresse d'un immédiat taillé sur mesure pour la détente, le plaisir de l'oeil, le divertissement ... made in Woody Allen. A n'en pas douter de l'ouvrage cousu main mais sans surprise innovante  de la part de ce cinéaste transgressif.

 

Pour lire les articles consacrés à Woody Allen et à Penélope Cruz, cliquer sur leurs titres    

 

WOODY ALLEN OU UN GENIE TOUCHE-A-TOUT        PENELOPE CRUZ - PORTRAIT



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VICKY CRISTINA BARCELONA de WOODY ALLEN
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20 octobre 2008 1 20 /10 /octobre /2008 14:28
LE CRIME EST NOTRE AFFAIRE de PASCAL THOMAS

  
Prudence et Balisaire Beresford se reposent dans leur propriété au-dessus du lac du Bourget, mais cette vie au ralenti n'est pas du goût de Prudence qui s'ennuie et rêve que quelque chose d'excitant survienne pour rompre cette douce monotonie. Ce voeu va se réaliser avec l'irruption de tante Babeth ( Annie Cordy ), spécialiste de papillons qui, en route pour l'Afrique, fait escale chez ses neveux et leur raconte comment elle vient d'être témoin d'un crime affreux, au cours duquel elle a aperçu, de la fenêtre de son compartiment, un homme étrangler une femme aux gants rouges dans le train qui venait en sens inverse. Cette histoire, à laquelle Balisaire ne croit guère, va déclencher chez Prudence la furieuse envie d'en apprendre davantage. Elle va profiter d'une absence de son mari pour se faire embaucher comme domestique dans un château baroque habité par une famille pour le moins surprenante, cette demeure se trouvant être placée en bordure de la voie empruntée par le chemin de fer et où Prudence s'imagine que le cadavre de la malheureuse victime a pu être balancé par l'auteur du crime. Et, en effet, elle va découvrir dans une annexe de la propriété, là où le châtelain, pingre et râleur, interprété par un Claude Rich un peu trop caricatural à mon goût, a réuni ses collections qui comportent, entre autres choses de grande valeur, plusieurs sarcophages authentiques. Je ne vous révélerai pas la suite de l'intrigue, certes un peu longuette et alambiquée, mais qui vaut  pour la façon dont elle est traitée par un cinéaste qui se plaît à faire de ses films policiers (celui-ci est la troisième adaptation d'une oeuvre d'Agatha Christie) des comédies légères et impertinentes mais que l'on oublient vite.

 


Dans des paysages, la plupart du temps neigeux et assez gris, se déroule une action pleine de rebondissements et d'amusants clins d'oeil à des films anciens comme la scène où l'on voit Dussolier passer en kilt au-dessus d'une bouche d'aération, ainsi que le faisait Marylin dans Sept ans de réflexion , ou bien  d'autres qui ne sont pas sans une pointe de piment hitchcockien, mais le génie du maître en moins. Cependant, sans qu'il se renouvelle beaucoup par rapport à ses opus précédents "Mon petit doigt m'a dit"  ou  "L'heure zéro", eux aussi adaptés d'oeuvres d'Agatha Christie, ce dernier-né se laisse regarder avec plaisir, principalement pour le flegme d'André Dussolier, la pétulance et la cocasserie de Catherine Frot, tous deux excellents comme à leur habitude. Décidément Catherine Frot peut tout se permettre ; du drame à la comédie, jusqu'à la loufoquerie, elle sait doser son humour, son charme et son efficacité. Actrice très complète, elle forme avec André Dussolier le couple idéal de cette comédie divertissante et un peu surannée, où  leurs réparties font mouche jusqu'à cette dernière scène où le couple, prenant la poudre d'escampette devant leur maison envahie par leur progéniture, se retrouve à camper à la belle étoile.

 

Pour lire l'article consacré à Catherine Frot, cliquer sur son titre :    CATHERINE FROT



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LE CRIME EST NOTRE AFFAIRE de PASCAL THOMAS
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13 octobre 2008 1 13 /10 /octobre /2008 10:31
PSYCHOSE d'ALFRED HICTHCOCK

    
Deux voyageurs se trouvent dans un train en Angleterre. L'un dit à l'autre : " Excusez- moi, monsieur, mais qu'est-ce que ce paquet à l'aspect bizarre qui se trouve au-dessus de votre tête ? - Oh, c'est un macgguffin. - A quoi cela sert-il ? - Cela sert à pièger les lions dans les montagnes d'Ecosse. - Mais il n'y a pas de lions dans les montagnes d'Ecosse. - Alors il n'y a pas de macguffin. "Hitchcock aimait à raconter cette histoire pour se moquer des exégètes de ses films qui exigeaient une explication rationnelle de chacun d'eux. Lui, ce qui l'intéressait, était de manipuler le spectateur, de le mener là où il le voulait, et de le soumettre au rythme imprimé à l'histoire. Il souhaitait plus que tout que la peur du héros ou de l'héroïne soit partagée par le public. Aussi faisait-il en sorte que le processus d'identification fonctionne à merveille. Et  pour comble d'habileté, il parvenait souvent à ce que le spectateur s'identifie successivement à plusieurs personnages. C'est le cas dans Psychose, où le public est d'abord avec Janet Leigh, puis enclin à soutenir Anthony Perkins, mais comme il n'est pas au bout de ses surprises, il aura vite oublié la raison initiale qui a poussé l'héroïne à dérober de l'argent, ce qui revient à dire, qu'en quelque sorte, il n'y avait pas vraiment de macguffin...


 

Une employée de banque nommée Marion  (Janet Leigh), dans un moment d'égarement, s'enfuit en voiture avec quarante mille dollars que son patron lui avait demandé de remettre à la banque. Un soir, elle s'arrête dans un motel dirigé par un certain Norman Bates  (Anthony Perkins), qui vit seul en compagnie de sa mère, une femme dont il laisse entendre à Marion qu'elle est difficile à vivre et d'ailleurs la jeune femme l'a entendue, à un certain moment, crier sur son fils. Tandis que Marion prend sa douche avant de se coucher, elle est brutalement agressée par une vieille femme qui la frappe de plusieurs coups de couteau. Norman découvre le corps avec horreur et s'emploie aussitôt à faire disparaître les traces du meurtre, puis il place le corps de Marion, ses vêtements et ses bagages dans le coffre arrière d'une voiture, et se débarrasse de celle-ci en la laissant s'enliser dans la vase noirâtre d'un étang. Peu de temps après, Marion est recherchée par Lila  (Vera Miles), sa soeur, par Sam  (John Gavin) son amant, et par un détective d'assurances chargé de récupérer l'argent : Arbogast (Martin Balsam). Arbogast, conscient du trouble dans lequel ses questions ont plongé Norman, revient subrepticement dans la maison pour tenter d'interroger la vieille dame. Il monte à l'étage et là est poignardé par une femme visiblement âgée. Norman s'emploie de nouveau à faire disparaître le cadavre dans l'étang voisin. C'est alors que Sam et Lila interviennent. Ayant appris que la mère de Norman était morte depuis huit ans, ils se rendent à leur tour dans la maison et, dans la cave, Lila aperçoit le cadavre momifié de la mère et surprend le fils coiffé et habillé avec les vêtements de celle-ci. Se sachant découvert, le coupable se jette sur Lila, couteau en main, mais Sam réussit à le désarmer. En définitive, Norman est un malade qui accomplit ses abominables crimes en se servant d'une autre personnalité que la sienne, celle de sa mère à laquelle il s'identifie lorsqu'il est en proie à ses pulsions meurtrières.

 

Hitchcock considérait que Psychose était son film le plus intéressant pour la raison que la construction du scénario permettait de s'engager sur plusieurs pistes à la fois. " Vous savez que le public cherche toujours à anticiper - disait-il - et qu'il aime pouvoir dire : Ah ! moi je sais ce qui va se passer maintenant. Alors il faut non seulement tenir compte de cela mais diriger complètement les pensées du spectateur. Plus je donne de détails sur le voyage en automobile de Marion, plus le spectateur est absorbé par sa fugue et c'est pour cela que je donne autant d'importance au policier motocycliste aux lunettes noires, image de terreur pour la jeune voleuse". En effet un policier se penche vers elle - alors que celle-ci dort dans sa voiture rangée sur le bas-côté - et quand le policier l'interpelle, à la place des yeux, elle voit deux ronds noirs formés par ses lunettes miroirs. C'est le même regard mort que celui de la mère de Norman, momie aux yeux desséchés. Même chose encore, quand Norman observe Marion en train de se déshabiller dans sa chambre, par le trou de la serrure. L'oeil devient énorme au point d'envahir l'écran. Ce thème du regard mort, opaque, creux, vide est omniprésent dans le film et trouve son explication dans l'une des phrases que prononce Norman, ancien hôte d'un asile de fous : " Il y a des yeux cruels qui vous étudient". Il y a également le symbole des oiseaux empaillés qu'il collectionne - lui-même n'a-t-il pas empaillé sa mère ? - Ainsi sa propre culpabilité se reflète-t-elle en permanence dans le regard de ces oiseaux. D'autant qu'il y a parmi eux des hiboux, oiseaux qui appartiennent au domaine de la nuit, inquiétants guetteurs qui participent du masochisme de ce héros pitoyable. "Ma principale satisfaction, disait encore Sir Alfred, est que le film a agi sur le public et c'est la chose à laquelle je tenais beaucoup. Dans Psychose, le sujet m'importait peu, les personnages m'importaient peu, ce qui m'importait, c'est l'assemblage des morceaux du film, la photographie, la bande-sonore et que tout ce qui est purement technique pouvait faire hurler le public. Je crois que c'est une grande satisfaction d'utiliser l'art cinématographique pour créer une émotion de masse. Et avec Psychose, j'ai accompli cela. Ce n'est pas un message qui a intrigué le public. Ce n'est pas une grande interprétation qui a bouleversé le public. Ce n'était pas un roman très apprécié qui a captivé le public. Ce qui l'a ému, c'est le film pur. Car la façon de construire cette histoire et de la raconter a amené le public à réagir d'une façon émotionnelle. Avec Psychose, j'ai fait de la direction de spectateurs, exactement comme si je jouais de l'orgue".
 

 

Ce film fut à l'évidence l'un des plus grands succès du metteur en scène. Alors qu'il avait été peu onéreux - il était quasi muet et facile à doubler, il se déroulait en grande partie dans une maison gothique de la Californie du Nord et les trucages étaient relativement simples - il en a rapporté beaucoup, ce qui eut un effet salutaire sur son réalisateur que l'échec commercial n'avait pas épargné. Il est vrai aussi qu'il a bénéficié d'une campagne promotionnelle particulièrement réussie. Le cinéaste avait enregistré un message qui interdisait aux spectateurs de révéler le contenu des dernières séquences. Et les directeurs de salles avaient ordre de refuser l'entrée aux retardataires. Tourné en noir et blanc, ce film, oppressant comme il en est peu, est une suite d'images épurées qui sont autant de chocs pour le spectateur. Comme d'habitude, les acteurs, bien dirigés, donnent le meilleur d'eux-mêmes. Son interprétation de Norman Bates valut à Anthony Perkins de remporter un triomphe personnel. Il est idéalement ce héros qui porte en lui une effroyable double personnalité qui, tour à tour, en fait un homme soumis et un tueur abominable, comme si, à l'intérieur de lui-même, le bien et le mal se livraient un combat sans merci. Perkins donnera une suite à ce film qu'il réalisera lui-même.

 

Pour lire l'article que j'ai consacré à Alfred Hitchcock, cliquer sur son titre : 

 

ALFRED HITCHCOCK - UNE FILMOGRAPHIE DE L'ANXIETE

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN & CANADIEN, dont la plupart des films de Hitchcock, cliquer sur le lien ci-dessous :
 

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN
 

 

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PSYCHOSE d'ALFRED HICTHCOCK
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12 octobre 2008 7 12 /10 /octobre /2008 08:05

                  

Après avoir été l'auteur de plusieurs courts métrages, Jacques Demy, qui avait reçu une formation de technicien et était passé par l'école des Beaux-Arts, réalise son premier long métrage en 1960. Tourné à Nantes et dédié à Max Ophüls, "Lola" est l'un des films les plus beaux de la Nouvelle Vague, grâce à la photographie lumineuse de Raoul Coutard et à la musique radieuse de Michel Legrand, film où s'enlacent les destins de plusieurs personnages autour de la séduisante Lola (Anouk Aimée). L'année suivante, Demy s'attaque à  La baie des anges, descente dans l'enfer du jeu autour de la personnalité ambiguë et volontiers perverse de Jeanne Moreau qui ne connaîtra pas le même succès que le précédent. En 1964, "Les parapluies de Cherbourg", dont les dialogues sont chantés, surprend et enthousiasme par son harmonie et son efficacité émotionnelle. Demy y traite des choses sur lesquelles le temps a le plus de prise : les sentiments et les gens fragiles. Aucun autre de ses films n'obtiendra un accueil aussi chaleureux et autant de récompenses (Prix Louis Delluc, Palme d'or à Cannes, nomination aux Oscars). L'enchantement tenait pour une grande part à la musique de Michel Legrand, à la beauté d'une débutante délicieuse Catherine Deneuve, à l'irréversibilité des événements. Et la chance voulut que cet enchantement soit encore présent dans "Les demoiselle de Rochefort", film où Demy réalise son rêve d'une vraie comédie musicale à l'américaine avec tous les ingrédients : scènes chantées et dansées, comédie, romance, couleurs chatoyantes et distribution éclatante avec, aux côtés de Catherine Deneuve et Françoise Dorléac, deux danseurs américains de renommée internationale : George Chakiris, l'un des héros de "West Side Story" et Gene Kelly, l'inoubliable vedette de "Chantons sous la pluie" et  d'"Un américain à Paris". Avec ce dernier opus, Demy poursuivait un thème qui lui était cher : le couple idéal réuni par le hasard.

 

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Désormais, au sommet de sa réputation, le cinéaste peut augurer d'une suite de carrière confortable. Or, il n'en sera rien.  "Model shop" (1968), réalisé aux Etats-Unis, semble préfigurer une suite à "Lola", avec quelque chose d'une réflexion plus amère, dans la lignée de La baie des anges. Mais le film, mal distribué, sera un échec. Revenu en France, Demy tourne  "Peau d'âne" (1970) avec son actrice fétiche Catherine Deneuve, un conte plein de charme et de poésie qui, à la façon de Cocteau, joue sur deux tableaux : d'un côté fable pour enfants, de l'autre variation polissonne, qui saura captiver le public. L'année suivante, il entreprend un nouvel opus avec  "Le joueur de flûte"  (1972), beau film inspiré par la légende d'un charmeur de rats, interprété par le chanteur Donovan, où il cerne métaphoriquement le rôle de l'artiste face aux compromissions des hommes. Mais, pour des raisons obscures, ce film ne bénéficiera que d'une diffusion confidentielle et les années 60 se révèleront très difficiles pour le réalisateur. Après l'insuccès d'une comédie à demi réussie "L'événement le plus important depuis que l'homme a marché sur la lune", Demy doit accepter de travailler à deux oeuvres de commande, dont le résultat, sans être indigne de son talent, ne recueillera pas l'audience souhaitée : "Lady Oscar" (1978), adaptation raffinée d'un roman feuilleton historique qui se déroule dans le décor naturel du château de Versailles et "La naissance du jour" (1980) d'après Colette, destiné à la télévision. En 1982, il revient à Nantes et se consacre à un ancien projet "Une chambre en ville" (1982). Cette histoire d'amour tragique sur fond de lutte des classes intégralement chantée (musique de Michel Colombien) sera un terrible échec commercial, malgré le soutien unanime de la critique. "Parking"  (1985), variation sur le mythe d'Orphée souffrira, quant à lui, d'un casting contestable et, le vent ayant tourné, le public versatile se détachera de celui qui l'avait tant de fois enchanté. Avec "Trois places pour le 26" (1988), il met en scène son dernier long métrage auprès d'un Yves Montand au faîte de sa carrière et ce film, malgré ses qualités musicales, ne suscitera qu'un succès d'estime. Sachant sa mort prochaine, sa femme Agnès Varda lui consacre un émouvant hommage avec Jacquot de Nantes, histoire de sa jeunesse et de sa passion pour le cinéma et la musique. Il décédera quinze jours après la fin du tournage le 27 octobre 1990 du sida, à l'âge de 59 ans.
 


Pour consulter les critiques des films du cinéaste, cliquer sur leurs titres :

 

PEAU D'ANE de JACQUES DEMY             LOLA de Jacques DEMY      

 

LES DEMOISELLES DE ROCHEFORT de JACQUES DEMY

 

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11 octobre 2008 6 11 /10 /octobre /2008 10:52
APPALOOSA de Ed. HARRIS

                                                          

Je me rendais à cette projection sans à priori mais sans grand enthousiasme et je n'ai pas été déçue. Voilà une agréable surprise en des temps où le chef-d'oeuvre ne court pas les rues. Ne parlons pas de chef-d'oeuvre ici, bien sûr, mais d'un film bien fait, bien joué et qui tient en éveil par une action rondement menée. Ce n'est déjà pas si mal...

Au Nouveau-Mexique, dans les années 1882, la ville minière d'Appaloosa vit sous la domination d'un redoutable hors-la-loi Randall Bragg (Jeremy Irons) qui n'a pas hésité à en éliminer le shérif, afin de perpétrer ses forfaits en toute impunité. Pour mettre fin à ce régime de terreur, les habitants font appel à deux gâchettes Virgil Cole (Ed. Harris) et son adjoint Everett Hitch (Viggo Mortensen), bien connues pour avoir su ramener la paix et le calme dans des cités plus importantes. Si l'acteur n'avait pas convaincu avec sa première réalisation "Pollock", sage biographie du peintre, il fait mouche avec celui-ci qui, sans rien innover dans l'art du western, fait preuve de nerf et offre quelques variations inédites sur des thèmes pourtant mille fois rabâchés depuis que le genre existe. D'autant que la qualité de l'interprétation est irréprochable, servie par une mise en scène élégante et de superbes panoramiques. Un peu décalée dans sa forme, l'oeuvre explore un territoire fictif inhabituel dans la mesure où, malgré les faits, la conscience morale n'a pas déserté ses héros. On pense, bien entendu, à Gary Cooper dans "Le train sifflera trois fois", où ce dernier regardait également le hors-la-loi sans ciller, en idéaliste politique et sentimental, prêt à affronter le diable en personne, seul contre tous.

 


Soulignons aussi que l'humour reste présent. Comment ne pas sourire lors des nombreuses scènes qui éveillent en nous des souvenirs impérissables et montrent des personnages coulés dans leurs convictions opposées ainsi que des blocs de granit ? Un humour noir dans un univers dangereux en intimité constante avec la mort.  Bien qu'assez misogyne, ce qui risque d'agacer plus d'une spectatrice, ce opus présente néanmoins une intéressante figure de femme moderne à travers la personne excentrique et séduisante de Allison French (Renée Zellweger) qui va être le talon d'Achille insoupçonné de Virgil Cole. Si le schéma est archi-classique, la variation est intelligente et bien conduite dans un climat qui captive.
 


Décidément le western ne cesse pas de renaître de ses cendres après qu'on l'eût enterré à jamais (croyait-on !) à la suite de son fastueux chant du cygne dans "Impitoyable" de Clint Eastwood. Il y avait eu encore récemment "L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford" d'Andrew Dominik, formidablement interprété par le duo Brad Pitt/Casey Affleck qui cédait à une vision crépusculaire. Chez Harris, rien de tel, les héros sont de nouveau parés de la magie des dieux de l'Olympe - n'oublions pas que ceux-ci avaient leurs faiblesses, surtout amoureuses - et finissent par avoir raison des causes les plus désespérées, ce qui renoue avec l'optique du western traditionnel et se révèle conforme aux impératifs du genre. A voir pour retrouver les émotions d'antan et pour les connaître, si on vient de naître au 7e Art.

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APPALOOSA de Ed. HARRIS
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9 octobre 2008 4 09 /10 /octobre /2008 07:52
DAVID LYNCH

                                                       

Difficile de brosser en quelques lignes le portrait d'un homme qui est encore en pleine activité créatrice, sinon de l'écouter parler de lui-même, de ses projets, de ses aspirations, de ses doutes, de ses enthousiasmes, de ses craintes aussi. Comment se voit-il, comment évolue-t-il ? Ce qui est intéressant d'ailleurs avec les films de David Lynch, c'est que contrairement aux Ch'tis, ils ne font pas l'unanimité. Alors comment vit-il ces contestations permanentes ? Certains, après avoir vu "Inland Empire" (2006) se sont inquiétés du taux de drogue que ce dernier avait dû absorber pour avoir une semblable écriture cinématographique ; des cyniques ont proposé que ses oeuvres soient sponsorisées par l'Institut national du sommeil et de la vigilance, alors que les inconditionnels - et ils sont tout de même nombreux - ne manquent pas de tomber en pâmoison à la simple évocation du maître. C'est dire à quel point ce cinéaste est contesté. Du surréaliste "Eraserhead" (1978), son premier long métrage en noir et blanc oppressant, à l'envoûtant "Lost Highway" (1997) ou à l'incantatoire "Mulholland Drive" (2001), en passant par ses productions musicales "Blue Bob" (2002) et "Elephant Man" (1980) où il se confirme comme le peintre des marginaux et des "monstres", David Lynch ne cesse de surprendre,  de dérouter, fasciner et troubler par son oeuvre fantasmée, volontiers construite sur des énigme et qui donnent au moins une idée de la subtilité et de la sensibilité de leur auteur. Et il déroute d'autant plus qu'il privilégie la force de mystère et l'abstraction et montre peu d'empressement dès qu'il s'agit de répondre aux interviews et d'apporter quelques éclaircissements sur son travail.  

 

Aussi est-il impératif de l'écouter lorsqu'exceptionnellement il lève un coin du voile à travers un livre qui oscille entre autobiographie et recueil de pensées : Mon histoire vraie aux éditions Sonatine. De cet ouvrage, il ressort que l'auteur de Twin Peaks est un homme (presque) normal, certainement peu banal qui a étudié aux Beaux-Arts et est resté marqué par cette formation. La preuve en est que, malgré ses oeuvres hantées de meurtres et peuplées de schizophrènes délirants, Lynch ne se considère ni comme un psychopathe, ni comme un maniaco-dépressif. Il est équilibré, écrit-il, ne se drogue que de café et reste émerveillé par les innombrables surprises que la vie ne cesse de nous réserver. S'il nous conte, à travers ses longs métrages, des histoires sombres, c'est simplement parce qu'elles reflètent notre monde qui, contrairement à l'enfer, n'est pas toujours pavé de bonnes intentions...D'ailleurs lui-même pratique assidûment la méditation transcendantale, afin de conserver sa sérénité et sa créativité. En définitive, il n'est jamais qu'un observateur sans concession d'un monde passionnant mais un peu fou. On apprend aussi, en poursuivant la lecture de ce livre, que ses idées poétiques et dérangeantes ne lui sont pas inspirées par ses cauchemars  mais, et je le cite : "qu'elles sont comme des poissons. Les petits sont proches de la surface de l'eau, et les gros...plus beaux, plus purs - nagent en profondeur. Plus votre conscience s'élargit, plus vous plongez loin et trouvez de gros poissons". Vous l'aurez compris, la méditation transcendantale a encore frappé. "Moi" - poursuit-il - "j'utilise cette technique pour attraper des poissons-idées de cinéma, mais il existe toutes sortes de poissons-idées : pour le design, l'informatique, le commerce. Je n'ai pratiquement jamais tiré d'idées de mes rêves. Les poissons, pensez aux poissons". Nous voilà avertis et désillusionnés, tant nous aspirions à un créateur un peu plus déjanté. Il n'en est rien. Remisons notre mythe au grenier. Par contre Lynch admet être un rock'n'roller amoureux de la musique, mais pas un vrai musicien :  "Je tiens avant tout à être libre de faire un film comme je l'entends, de A à Z. Si d'autres personnes s'en mêlent, le projet n'est pas cohérent et devient un échec, comme de fut le cas pour Dune." Lui-même est attristé par les formules qui régissent le cinéma aujourd'hui : "Si vous voulez faire quelque chose, faites-le ! Conservez votre propre voix, et cassez les codes ! Il n'y a pas de règles en art."

 

Contrairement à ce qui avait été dit ici et là, David Lynch ne travaille pas à une suite de "Twin Peaks", ni à une adaptation de "La métamorphose" de Kafka ou du "Lolita" de Nabokov, même si ces derniers projets lui trottent dans la tête. Pour le moment, il se concentre sur la peinture, de nouvelles photos et sa musique. Ainsi que sur un documentaire de la tournée mondiale qu'il a effectuée pour promouvoir la méditation transcendantale. Quant à sa prochaine réalisation, soyons patients, Lynch n'est pas homme à se séparer longtemps de sa caméra. Grand créateur de sortilèges visuels et sonores, il réussit toujours à fasciner son public grâce à une oeuvre fluide et souvent émouvante, avec une imagerie à double face qui ne dédaigne pas de débusquer les nuances de l'ombre et renvoie en permanence à une réflexion sur le cinéma et ses possibles et l'exhibition des apparences. Lynch a toujours enchanté par son sens du mystère.

 

Pour lire les articles consacrés aux Réalisateurs, cliquer sur le titre :

 


LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART

 

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3 septembre 2008 3 03 /09 /septembre /2008 09:30
LUDWIG de LUCHINO VISCONTI

                                                      
La restitution de la version originale de Ludwig ou le crépuscule des dieux de Luchino Visconti, film testament tourné trois ans avant sa mort, est une initiative heureuse. A l'époque, le cinéaste travaillait à une adaptation de  A la recherche du temps perdu de Marcel Proust et, dans l'attente du financement qui finalement ne se concrétisera jamais, avait décidé de tourner Ludwig. Mais ce nouveau projet rencontrera à son tour des difficultés économiques et nécessitera une coproduction entre l'Italie, la France et l'Allemagne. Le tournage aura lieu du 31 janvier au 15 juin 1972 avec le soutien de la famille Wittelsbach et des autorités bavaroises, l'une prêtant de nombreux souvenirs familiaux, l'autre accordant l'autorisation de tourner en décor naturel. A l'époque, une biographie sur un roi protecteur des arts, rêveur et hostile à la guerre, semblait un excellent moyen de contribuer à l'effacement des mauvais souvenirs nazis. Au moment du tournage, Visconti, âgé de 64 ans, est victime d'une attaque. Malgré tout, à force de volonté, il terminera le montage d'une oeuvre qui dure plus de 4 heures. Bien entendu, les producteurs refuseront de distribuer un film aussi long. Visconti propose alors de le diviser en deux époques de deux heures chacune, mais le film finit par sortir en une version tronquée en 1973. En Allemagne, la version sera réduite à deux heures dix et on coupe volontairement toutes les scènes qui font allusion à l'homosexualité du souverain, tandis qu'en Grande-Bretagne et en France, c'est une version de deux  heures qui est diffusée. L'accueil de la critique sera excellent et Claude Mauriac n'hésitera pas à parler du génie de Visconti et Jean-Louis Tallenay, apprenant les problèmes de santé du cinéaste, écrira : " Le crépuscule des dieux ressemble à un testament tragique d'un auteur hanté par la mort qui dénonce toutes les raisons de vivre, tout amour, toute foi en l'avenir et même ce dernier refuge : l'art, la musique, le théâtre auxquels il a voué sa vie, tous parlent de tragédie." Visconti disparaît trois ans plus tard sans avoir revu Ludwig et sans avoir pu y retoucher. Le film est vendu aux enchères par les producteurs en faillite et est adjugé pour 68 millions de lires à des proches du cinéaste qui se cotisent, avec le soutien de la RAI, afin de récupérer l'intégralité des bobines. C'est grâce à eux que nous pouvons le revoir dans sa version originale et non amputée d'une part de ses scènes ; oeuvre d'une beauté stupéfiante et riche d'une dramaturgie magistralement interprétée par Helmut Berger, saisissant dans le rôle de Louis II de Bavière, et par une Romy Schneider absolument impériale.
 

 

Ce long métrage, immergé dans des paysages et des décors d'une splendeur incroyable, est parcouru par les musiques de Schubert et Wagner comme une symphonie tragique et puissante, où l'on voit un roi changer sa vie en légende et poser à la face d'un monde, entré en agonie (ce sera celle de 1914), l'énigme d'une mort annoncée et sublimée. Pas un seul plan qui ne soit un tableau, une seule image qui n'exerce sur nous son irrésistible séduction. Fascination aussi d'un personnage que la réalité des choses ne peut combler et qui s'évade du quotidien dans un songe exaltant et désespéré et s'invente un univers où les arts sont présents, principalement l'architecture, la poésie et la musique. Et quelle poésie, quelle musique ?  Celle de Wagner bien sûr, le maître incontesté qui offre au roi un autre royaume, celui des sons. A eux deux, ils vont transformer la Bavière en un pays qui, aujourd'hui encore, fascine les touristes, lieu mythique et quasi imaginaire où l'on se rend pour retrouver tout ensemble le magicien de Bayreuth et les châteaux hantés par le roi fou. Mais fou, l'était-il ce prince qui aspirait à régénérer la culture allemande et rêvait d'un monde idéal et pacifié, gouverné par les arts ? Ce rêve ne pouvant se réaliser, Louis II assiste impuissant à l'éloignement de ses proches et de sa cousine bien aimée Elisabeth qu'agace l'influence de plus en plus grande que le musicien exerce sur lui et se réfugie chaque jour davantage dans la solitude et bientôt la démence, devenant un étranger pour lui-même et les autres. Itinéraire déchirant d'un être hyper sensible et vulnérable qui cherche son épanouissement dans l'inaccessible et se refuse à obéir aux impératifs de sa fonction. Helmut Berger campe ce héros avec une force impressionnante. Il est Louis II tout autant dans sa démesure que dans ses faiblesses, dans sa folie que dans sa clairvoyance, lorsqu'il envisage un monde meilleur qui saurait placer la beauté au-dessus des rivalités de cour et des soucis mercantiles. Il nous apparaît tour à tour insupportable et bouleversant, hautain et timoré, indifférent et passionné, et imprègne la pellicule de sa présence obsédante, de même qu'il nous hante de sa complexité grandiose, de ses regards, de ses attitudes, tandis que Romy Schneider traverse le film inaccessible et déjà happée par son implacable destin.



Pour lire les articles que j'ai consacrés à Visconti et Romy Schneider, cliquer sur leurs titres : 
 

LUCHINO VISCONTI OU LA TRAVERSEE DU MIROIR          

 

ROMY SCHNEIDER - PORTRAIT

 


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LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 

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LUDWIG de LUCHINO VISCONTI
LUDWIG de LUCHINO VISCONTI
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  • : LA PLUME ET L'IMAGE
  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
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  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.

Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


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