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11 octobre 2008 6 11 /10 /octobre /2008 10:52
APPALOOSA de Ed. HARRIS

                                                          

Je me rendais à cette projection sans à priori mais sans grand enthousiasme et je n'ai pas été déçue. Voilà une agréable surprise en des temps où le chef-d'oeuvre ne court pas les rues. Ne parlons pas de chef-d'oeuvre ici, bien sûr, mais d'un film bien fait, bien joué et qui tient en éveil par une action rondement menée. Ce n'est déjà pas si mal...

Au Nouveau-Mexique, dans les années 1882, la ville minière d'Appaloosa vit sous la domination d'un redoutable hors-la-loi Randall Bragg (Jeremy Irons) qui n'a pas hésité à en éliminer le shérif, afin de perpétrer ses forfaits en toute impunité. Pour mettre fin à ce régime de terreur, les habitants font appel à deux gâchettes Virgil Cole (Ed. Harris) et son adjoint Everett Hitch (Viggo Mortensen), bien connues pour avoir su ramener la paix et le calme dans des cités plus importantes. Si l'acteur n'avait pas convaincu avec sa première réalisation "Pollock", sage biographie du peintre, il fait mouche avec celui-ci qui, sans rien innover dans l'art du western, fait preuve de nerf et offre quelques variations inédites sur des thèmes pourtant mille fois rabâchés depuis que le genre existe. D'autant que la qualité de l'interprétation est irréprochable, servie par une mise en scène élégante et de superbes panoramiques. Un peu décalée dans sa forme, l'oeuvre explore un territoire fictif inhabituel dans la mesure où, malgré les faits, la conscience morale n'a pas déserté ses héros. On pense, bien entendu, à Gary Cooper dans "Le train sifflera trois fois", où ce dernier regardait également le hors-la-loi sans ciller, en idéaliste politique et sentimental, prêt à affronter le diable en personne, seul contre tous.

 


Soulignons aussi que l'humour reste présent. Comment ne pas sourire lors des nombreuses scènes qui éveillent en nous des souvenirs impérissables et montrent des personnages coulés dans leurs convictions opposées ainsi que des blocs de granit ? Un humour noir dans un univers dangereux en intimité constante avec la mort.  Bien qu'assez misogyne, ce qui risque d'agacer plus d'une spectatrice, ce opus présente néanmoins une intéressante figure de femme moderne à travers la personne excentrique et séduisante de Allison French (Renée Zellweger) qui va être le talon d'Achille insoupçonné de Virgil Cole. Si le schéma est archi-classique, la variation est intelligente et bien conduite dans un climat qui captive.
 


Décidément le western ne cesse pas de renaître de ses cendres après qu'on l'eût enterré à jamais (croyait-on !) à la suite de son fastueux chant du cygne dans "Impitoyable" de Clint Eastwood. Il y avait eu encore récemment "L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford" d'Andrew Dominik, formidablement interprété par le duo Brad Pitt/Casey Affleck qui cédait à une vision crépusculaire. Chez Harris, rien de tel, les héros sont de nouveau parés de la magie des dieux de l'Olympe - n'oublions pas que ceux-ci avaient leurs faiblesses, surtout amoureuses - et finissent par avoir raison des causes les plus désespérées, ce qui renoue avec l'optique du western traditionnel et se révèle conforme aux impératifs du genre. A voir pour retrouver les émotions d'antan et pour les connaître, si on vient de naître au 7e Art.

Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN & CANADIEN, cliquer sur le lien ci-dessous :



LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

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APPALOOSA de Ed. HARRIS
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9 octobre 2008 4 09 /10 /octobre /2008 07:52
DAVID LYNCH

                                                       

Difficile de brosser en quelques lignes le portrait d'un homme qui est encore en pleine activité créatrice, sinon de l'écouter parler de lui-même, de ses projets, de ses aspirations, de ses doutes, de ses enthousiasmes, de ses craintes aussi. Comment se voit-il, comment évolue-t-il ? Ce qui est intéressant d'ailleurs avec les films de David Lynch, c'est que contrairement aux Ch'tis, ils ne font pas l'unanimité. Alors comment vit-il ces contestations permanentes ? Certains, après avoir vu "Inland Empire" (2006) se sont inquiétés du taux de drogue que ce dernier avait dû absorber pour avoir une semblable écriture cinématographique ; des cyniques ont proposé que ses oeuvres soient sponsorisées par l'Institut national du sommeil et de la vigilance, alors que les inconditionnels - et ils sont tout de même nombreux - ne manquent pas de tomber en pâmoison à la simple évocation du maître. C'est dire à quel point ce cinéaste est contesté. Du surréaliste "Eraserhead" (1978), son premier long métrage en noir et blanc oppressant, à l'envoûtant "Lost Highway" (1997) ou à l'incantatoire "Mulholland Drive" (2001), en passant par ses productions musicales "Blue Bob" (2002) et "Elephant Man" (1980) où il se confirme comme le peintre des marginaux et des "monstres", David Lynch ne cesse de surprendre,  de dérouter, fasciner et troubler par son oeuvre fantasmée, volontiers construite sur des énigme et qui donnent au moins une idée de la subtilité et de la sensibilité de leur auteur. Et il déroute d'autant plus qu'il privilégie la force de mystère et l'abstraction et montre peu d'empressement dès qu'il s'agit de répondre aux interviews et d'apporter quelques éclaircissements sur son travail.  

 

Aussi est-il impératif de l'écouter lorsqu'exceptionnellement il lève un coin du voile à travers un livre qui oscille entre autobiographie et recueil de pensées : Mon histoire vraie aux éditions Sonatine. De cet ouvrage, il ressort que l'auteur de Twin Peaks est un homme (presque) normal, certainement peu banal qui a étudié aux Beaux-Arts et est resté marqué par cette formation. La preuve en est que, malgré ses oeuvres hantées de meurtres et peuplées de schizophrènes délirants, Lynch ne se considère ni comme un psychopathe, ni comme un maniaco-dépressif. Il est équilibré, écrit-il, ne se drogue que de café et reste émerveillé par les innombrables surprises que la vie ne cesse de nous réserver. S'il nous conte, à travers ses longs métrages, des histoires sombres, c'est simplement parce qu'elles reflètent notre monde qui, contrairement à l'enfer, n'est pas toujours pavé de bonnes intentions...D'ailleurs lui-même pratique assidûment la méditation transcendantale, afin de conserver sa sérénité et sa créativité. En définitive, il n'est jamais qu'un observateur sans concession d'un monde passionnant mais un peu fou. On apprend aussi, en poursuivant la lecture de ce livre, que ses idées poétiques et dérangeantes ne lui sont pas inspirées par ses cauchemars  mais, et je le cite : "qu'elles sont comme des poissons. Les petits sont proches de la surface de l'eau, et les gros...plus beaux, plus purs - nagent en profondeur. Plus votre conscience s'élargit, plus vous plongez loin et trouvez de gros poissons". Vous l'aurez compris, la méditation transcendantale a encore frappé. "Moi" - poursuit-il - "j'utilise cette technique pour attraper des poissons-idées de cinéma, mais il existe toutes sortes de poissons-idées : pour le design, l'informatique, le commerce. Je n'ai pratiquement jamais tiré d'idées de mes rêves. Les poissons, pensez aux poissons". Nous voilà avertis et désillusionnés, tant nous aspirions à un créateur un peu plus déjanté. Il n'en est rien. Remisons notre mythe au grenier. Par contre Lynch admet être un rock'n'roller amoureux de la musique, mais pas un vrai musicien :  "Je tiens avant tout à être libre de faire un film comme je l'entends, de A à Z. Si d'autres personnes s'en mêlent, le projet n'est pas cohérent et devient un échec, comme de fut le cas pour Dune." Lui-même est attristé par les formules qui régissent le cinéma aujourd'hui : "Si vous voulez faire quelque chose, faites-le ! Conservez votre propre voix, et cassez les codes ! Il n'y a pas de règles en art."

 

Contrairement à ce qui avait été dit ici et là, David Lynch ne travaille pas à une suite de "Twin Peaks", ni à une adaptation de "La métamorphose" de Kafka ou du "Lolita" de Nabokov, même si ces derniers projets lui trottent dans la tête. Pour le moment, il se concentre sur la peinture, de nouvelles photos et sa musique. Ainsi que sur un documentaire de la tournée mondiale qu'il a effectuée pour promouvoir la méditation transcendantale. Quant à sa prochaine réalisation, soyons patients, Lynch n'est pas homme à se séparer longtemps de sa caméra. Grand créateur de sortilèges visuels et sonores, il réussit toujours à fasciner son public grâce à une oeuvre fluide et souvent émouvante, avec une imagerie à double face qui ne dédaigne pas de débusquer les nuances de l'ombre et renvoie en permanence à une réflexion sur le cinéma et ses possibles et l'exhibition des apparences. Lynch a toujours enchanté par son sens du mystère.

 

Pour lire les articles consacrés aux Réalisateurs, cliquer sur le titre :

 


LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART

 

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David Lynch et Isabella Rossellini

David Lynch et Isabella Rossellini

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3 septembre 2008 3 03 /09 /septembre /2008 09:30
LUDWIG de LUCHINO VISCONTI

                                                      
La restitution de la version originale de Ludwig ou le crépuscule des dieux de Luchino Visconti, film testament tourné trois ans avant sa mort, est une initiative heureuse. A l'époque, le cinéaste travaillait à une adaptation de  A la recherche du temps perdu de Marcel Proust et, dans l'attente du financement qui finalement ne se concrétisera jamais, avait décidé de tourner Ludwig. Mais ce nouveau projet rencontrera à son tour des difficultés économiques et nécessitera une coproduction entre l'Italie, la France et l'Allemagne. Le tournage aura lieu du 31 janvier au 15 juin 1972 avec le soutien de la famille Wittelsbach et des autorités bavaroises, l'une prêtant de nombreux souvenirs familiaux, l'autre accordant l'autorisation de tourner en décor naturel. A l'époque, une biographie sur un roi protecteur des arts, rêveur et hostile à la guerre, semblait un excellent moyen de contribuer à l'effacement des mauvais souvenirs nazis. Au moment du tournage, Visconti, âgé de 64 ans, est victime d'une attaque. Malgré tout, à force de volonté, il terminera le montage d'une oeuvre qui dure plus de 4 heures. Bien entendu, les producteurs refuseront de distribuer un film aussi long. Visconti propose alors de le diviser en deux époques de deux heures chacune, mais le film finit par sortir en une version tronquée en 1973. En Allemagne, la version sera réduite à deux heures dix et on coupe volontairement toutes les scènes qui font allusion à l'homosexualité du souverain, tandis qu'en Grande-Bretagne et en France, c'est une version de deux  heures qui est diffusée. L'accueil de la critique sera excellent et Claude Mauriac n'hésitera pas à parler du génie de Visconti et Jean-Louis Tallenay, apprenant les problèmes de santé du cinéaste, écrira : " Le crépuscule des dieux ressemble à un testament tragique d'un auteur hanté par la mort qui dénonce toutes les raisons de vivre, tout amour, toute foi en l'avenir et même ce dernier refuge : l'art, la musique, le théâtre auxquels il a voué sa vie, tous parlent de tragédie." Visconti disparaît trois ans plus tard sans avoir revu Ludwig et sans avoir pu y retoucher. Le film est vendu aux enchères par les producteurs en faillite et est adjugé pour 68 millions de lires à des proches du cinéaste qui se cotisent, avec le soutien de la RAI, afin de récupérer l'intégralité des bobines. C'est grâce à eux que nous pouvons le revoir dans sa version originale et non amputée d'une part de ses scènes ; oeuvre d'une beauté stupéfiante et riche d'une dramaturgie magistralement interprétée par Helmut Berger, saisissant dans le rôle de Louis II de Bavière, et par une Romy Schneider absolument impériale.
 

 

Ce long métrage, immergé dans des paysages et des décors d'une splendeur incroyable, est parcouru par les musiques de Schubert et Wagner comme une symphonie tragique et puissante, où l'on voit un roi changer sa vie en légende et poser à la face d'un monde, entré en agonie (ce sera celle de 1914), l'énigme d'une mort annoncée et sublimée. Pas un seul plan qui ne soit un tableau, une seule image qui n'exerce sur nous son irrésistible séduction. Fascination aussi d'un personnage que la réalité des choses ne peut combler et qui s'évade du quotidien dans un songe exaltant et désespéré et s'invente un univers où les arts sont présents, principalement l'architecture, la poésie et la musique. Et quelle poésie, quelle musique ?  Celle de Wagner bien sûr, le maître incontesté qui offre au roi un autre royaume, celui des sons. A eux deux, ils vont transformer la Bavière en un pays qui, aujourd'hui encore, fascine les touristes, lieu mythique et quasi imaginaire où l'on se rend pour retrouver tout ensemble le magicien de Bayreuth et les châteaux hantés par le roi fou. Mais fou, l'était-il ce prince qui aspirait à régénérer la culture allemande et rêvait d'un monde idéal et pacifié, gouverné par les arts ? Ce rêve ne pouvant se réaliser, Louis II assiste impuissant à l'éloignement de ses proches et de sa cousine bien aimée Elisabeth qu'agace l'influence de plus en plus grande que le musicien exerce sur lui et se réfugie chaque jour davantage dans la solitude et bientôt la démence, devenant un étranger pour lui-même et les autres. Itinéraire déchirant d'un être hyper sensible et vulnérable qui cherche son épanouissement dans l'inaccessible et se refuse à obéir aux impératifs de sa fonction. Helmut Berger campe ce héros avec une force impressionnante. Il est Louis II tout autant dans sa démesure que dans ses faiblesses, dans sa folie que dans sa clairvoyance, lorsqu'il envisage un monde meilleur qui saurait placer la beauté au-dessus des rivalités de cour et des soucis mercantiles. Il nous apparaît tour à tour insupportable et bouleversant, hautain et timoré, indifférent et passionné, et imprègne la pellicule de sa présence obsédante, de même qu'il nous hante de sa complexité grandiose, de ses regards, de ses attitudes, tandis que Romy Schneider traverse le film inaccessible et déjà happée par son implacable destin.



Pour lire les articles que j'ai consacrés à Visconti et Romy Schneider, cliquer sur leurs titres : 
 

LUCHINO VISCONTI OU LA TRAVERSEE DU MIROIR          

 

ROMY SCHNEIDER - PORTRAIT

 


Et pour consulter la liste complète de la rubrique CINEMA EUROPEEN & MEDITERRANEEN, dont les films de Visconti, cliquer sur le lien ci-dessous : 

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 

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LUDWIG de LUCHINO VISCONTI
LUDWIG de LUCHINO VISCONTI
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19 août 2008 2 19 /08 /août /2008 08:32
AMARCORD de FELLINI

                    
Qui n'a pas rêvé un jour ou l'autre de remonter le temps et de replonger dans l'univers toujours idéalisé de l'enfance ? C'est sans doute le moteur de toute création. Pour s'en tenir au seul 7e Art, nous citerons Zéro de conduite de Vigo, Les quatre cents coups de Truffaut, Mes petites amoureuses de Jean Eustache, sans oublier Rêves de Kurosawa. Mais Federico Fellini a poussé plus loin encore cette introspection dont il était le familier. Chacun de mes films se rapporte à une saison de ma vie - avait-il l'habitude de dire et, il est vrai, que son oeuvre n'est autre que le miroir d'événements vécus par lui-même ou ses proches, volontiers sublimés ou remaniés en vue d'un impact spectaculaire, ce qui ira grandissant depuis Courrier du coeur  (1952), rappel de ses débuts dans le journalisme, à Investita (1987), en passant par Huit et demi (1962), l'acte d'introspection à l'état pur. Je me borne à liquider mes stocks accumulés dans mes magasins - avouait-il par ailleurs, un rien provocateur car très conscient qu'il cédait souvent à une certaine complaisance narcissique.


Amarcord (1974) constitue le point fort de cet inventaire. Nous sommes dans une ville imaginaire au bord de l'Adriatique qui n'est pas sans rappeler Rimini, lieu de naissance de Fellini, autour des années 30. Un enfant du pays, Titta, va faire l'apprentissage de la vie, d'une vie jalonnée d'épisodes cocasses, entre scènes familiales et train-train scolaire, spectacle imposant et dérisoire de parades fascistes et éveil de la sexualité. Ainsi l'auteur se livre-t-il à une chronique de la province italienne d'avant-guerre et à un croquis pittoresque, en faisant de son petit héros en pèlerine le fil conducteur de l'ouvrage, glissant vers la nostalgie d'un "bon vieux temps" qui fut tout de même le vivier du fascisme. On ne manquera pas de le lui reprocher. Aucune attitude réactionnaire ou conservatrice de ma part - rétorqua-t-il. Je reste sur le plan humain et poétique

 

amarcord-still-6.jpg


Amacord signifie " je me souviens" en patois d'Emilie-Romagne. Mais il existe quelques fantaisies lexicales. Des exégètes ont fait remarquer que le terme peut se décomposer en amare (aimer) amaro (amer) ou cuore (coeur). Disons qu'il s'agit d'un mot gigogne, d'un sésame en mesure d'ouvrir la caverne enchantée du cinéaste. Le but final n'étant pas comme à l'habitude de métamorphoser la réalité et de l'enrichir des apports fructueux de l'imaginaire ?  Et il faut bien convenir que sur ce plan là nous sommes servis, tant le petit monde d'Amarcord est un capharnaüm qui tient de l'opéra bouffe et de la commedia dell'arte, de la salade fortement assaisonnée de dialectes divers - ce qui a nécessité un sous-titrage même pour les Italiens -  et du maelström d'images et de bavardages où l'irréel n'en finit pas de se mêler au réel. Selon le critique Jean-Louis Bory : le déchaînement d'un carnaval sinistre, où s'agitent des pantins aussi funèbres que minables, qui risquerait, à la longue, d'être affligeant si le souffle poétique ne venait pas sans cesse le vivifier.


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Poétique mais politique également, grâce à la virulence qui stigmatise un fascisme au quotidien, non point son idéologie triomphante mais son aspect boursouflé, ses grotesques floralies, évocations qui se révèlent être plus efficaces que le procès le mieux argumenté. Film baroque par excellence, ce dernier doit beaucoup au talent du chef-opérateur Giuseppe Rottuno, collaborateur attitré de Fellini depuis Histoires extraordinaires (1968) et qui a travaillé également pour Visconti et Monicelli, ainsi qu'au compositeur Nino Rota dont la ligne mélodique s'accorde parfaitement à l'inventivité débridée du réalisateur. Un film à voir et à revoir tant le génie du cinéaste italien s'y exprime en toute liberté avec une vigueur et un lyrisme que n'auront pas toujours ses films ultérieurs, mélange détonnant de satire sociale et de fantasmagorie.

 


Pour lire l'article que j'ai consacré à Fellini, cliquer sur son titre :   FEDERICO FELLINI

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA EUROPEEN & MEDITERRANEEN, cliquer  ICI 

 

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17 août 2008 7 17 /08 /août /2008 12:27
TONY LEUNG

                     
Tony Leung Chiu Wai, né à Hong Kong le 27 septembre 1962, débuta sa carrière d'acteur à TVB, chaîne de télévision hongkongaise pour laquelle il jouera de nombreux téléfilms au début des années 80. C'est en 1986 qu'il se fait remarquer aux côtés de Chow Yun-Fat dans Love unto waste de Stanley Kwan, puis dans Seven Warriors de Samo Hung. L'acteur quitte alors Hong Kong pour se rendre en Taïwan tourner La cité des douleurs (1989) de Hou Hsiao Hsien qui obtiendra le Lion d'Or au Festival de Venise. Sa carrière est lancée et, désormais, il ne va plus cesser de travailler avec les plus grands metteurs en scène. Parmi ses collaborations les plus marquantes, retenons celle avec John Woo pour Une balle dans la tête (1990) et A toute épreuve (1992). Mais, c'est sa rencontre avec Wong Kar-Wai, devenu son mentor, qui va lui mériter la reconnaissance internationale. Entamée en 1990 avec Nos années sauvages, la relation des deux hommes se poursuit avec Les cendres du temps (1994), Chungking Express (1994), Happy Together (1997) et l'inoubliable chef-d'oeuvre  In the mood for love  qui lui vaudra le Prix d'interprétation masculine du Festival de Cannes 2000.

                      
En 2003, on retrouve Tony Leung dans Hero de Zhang Yimou où il donne la réplique à Maggie Cheung, déjà sa partenaire à cinq reprises, et, quelques mois plus tard, le trio se reformera pour 2046,  film étrange dont le titre n'est autre que le numéro d'une chambre d'hôtel, sorte de point clé de la mémoire, d'un espace temps imaginaire, très proustien, où les souvenirs seraient figés pour l'éternité. 2046 se présente comme une oeuvre écho qui ne cesse de renvoyer au monde de son auteur et semble en réaliser la synthèse. Echo encore des lumières, des décors, des ambiances, de la musique qui agit en symbiose, afin que le temps devienne la question centrale. Un temps traversé par des personnages en quasi apesanteur, où celui, incarné par Tony Leung, se livre à une rumination permanente et nostalgique. Cette carrière exemplaire, menée avec autant de maturité que de discernement, a fait de cet acteur l'un des plus populaires de Chine et des plus reconnus dans le monde du cinéma. On l'a vu récemment dans Lust Caution de Ang Lee, où il affirme une fois encore son immense talent et sa capacité à nous étonner et à se renouveler à chacune de ses apparitions, se plaçant à côté d'un Simon Yam ou d'un Andy Lau,  et ayant su, de main de maître, en deux décennies, gagner l'estime des plus grands cinéastes et l'assentiment du public et des critiques de l'Occident, au point d'être placé au plus haut de l'affiche, parmi les acteurs en vogue, dans le contexte d'intense mondialisation que connaît le 7e Art à l'heure actuelle. Belle performance qu'il faut saluer avec admiration. Le nouveau millénaire s'est ainsi ouvert pour un comédien au sommet de son art que l'on retrouve dans des oeuvres très diverses et dont les prestations ont d'autant plus d'impact que le cinéma asiatique a conquis nos salles et notre estime par ses évidentes qualités et ses innovations. Ainsi l'a-t-on apprécié dans Infernal Affairs (2003) et Seoul Raiders (2005), avant le magnifique Lust Caution(2007), qui a récemment empli les salles et subjugué les cinéphiles. Aussi souhaitons un long avenir à cet acteur à l'incontestable magnétisme. Pari tenu, lorsque l'on vient de voir sa performance dans The Grandmaster  (2012) de Wong Kar-wai avec lequel il poursuit une collaboration exemplaire.

 

Pour prendre connaissance des articles où figure l'acteur, cliquer sur le lien ci-dessous :
 

 

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The-Grandmaster-Affiche-France

 

 

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15 août 2008 5 15 /08 /août /2008 18:58
UN MILLIER D'ANNEES DE BONNES PRIERES de WAYNE WANG

                                                                               
Après son divorce, une jeune femme chinoise nommée Yilan s'installe dans une petite ville des Etats-Unis. Son père, supposant qu'après cette épreuve elle a besoin de réconfort, annonce sa visite. C'est alors que Monsieur Shi découvre que sa fille n'a nul besoin de lui, qu'elle s'est totalement adaptée à son nouveau pays et a rompu, semble-t-il définitivement, ses attaches avec sa terre natale. Elle refuse en quelque sorte le soutien paternel et l'héritage de sa culture chinoise. Cette constatation affecte profondément le père qui, soudain, se sent de trop et inutile, d'autant que sa fille a une nouvelle liaison en dents de scie et ne lui prête qu'une attention distraite. Malgré tout, il fait son possible pour tenter de rétablir la confiance perdue et rétablir un dialogue avec cette enfant devenue inaccessible et lointaine. Avec ce second film, Wayne Wang nous livre une magnifique confrontation entre deux générations qui n'ont plus les moyens de se comprendre et de communiquer. Le cinéaste revient sur son sujet de prédilection : l'immigration en terre inconnue et la transmission du patrimoine culturel et social. Il s'adonne également, dans cet ouvrage, à une réflexion sur une identité pénible à assumer, héritage d'un passé qui ne s'accorde plus avec les moeurs de la société dans laquelle on vit et travaille ; ce qui conduira peu à peu ce père à accepter l'autonomie de sa fille, qui a rompu avec la morale des anciens et ses racines familiales. On surprend avec émotion ce vieil homme observant dubitatif un monde qui se libère et s'organise sans lui. Avec des moyens modestes, Wang crée une atmosphère intime et provinciale, inscrivant son oeuvre dans un paysage parfaitement neutre, qui n'est ni la ville, ni la campagne ; de même qu'il joue des silences, des non-dits avec finesse et s'approche à pas délicats, dans des teintes volontairement automnales, de ses personnages, afin d'en  mieux percer le mystère. Par sa brièveté et sa concision, l'auteur délivre un message émouvant et laisse entrevoir un mode de communication où chacun éviterait d'agresser l'autre, si bien que grâce à ce ton juste, à cette sobriété, au jeu concentré et expressif des acteurs, le présent s'habille de petits signes discrets d'une possible espérance. Un joli film épuré comme une estampe.

 

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24 juillet 2008 4 24 /07 /juillet /2008 11:18
SOUVENIR de IM KWON-TAEK

                                                                                                       
                                        
L
a barre du 10e Festival du Film Asiatique de Deauville avait été placée très haut cette année avec pour film d'ouverture Beyong the years devenu en français Souvenir du cinéaste coréen Im Kwon-taek, auquel un hommage avait été rendu en sa présence. Après la remise de la médaille de la ville, une brève allocution de la part du cinéaste honoré, les lumières s'étaient éteintes pour laisser place à la projection d'une oeuvre enthousiasmante pour sa beauté et sa poésie. A partir d'un récit simple et douloureux d'une quête de l'art à son plus haut degré de perfection et de l'amour dans son accomplissement le plus pur, le cinéaste propose un véritable poème, un chant d'une tristesse magnifique. Ce long métrage, qui date déjà deux ans, relate l'existence d'une chanteuse et d'un musicien de pansori, le chant traditionnel coréen dont les percussions s'élèvent jusqu'à l'épuisement et que l'auteur avait déjà abordé dans deux opus précédents : La chanteuse de pansori (1993) et Le chant de la fidèle Chunhyang (2000). L'histoire est la suivante : un maître du chant traditionnel, qui n'est pas parvenu à faire carrière, enseigne à son beau-fils et à sa fille adoptive les arcanes du pansori, mais ses méthodes sont si dures, ses exigences si grandes, que le jeune Dong-ho finit par s'enfuir, laissant seule avec le vieil homme celle qu'il considère comme sa soeur et aime en secret, la douce Song-hwa. Le départ du jeune homme plonge la jeune fille dans une immense douleur, au point qu'elle perd peu à peu la vue ... son mentor va alors lui appliquer un traitement à base de plantes, mais ajoutera, à la potion recommandée par l'herboriste, une autre plante qui accélère l'évolution du mal. Pourquoi a-t-il agi ainsi, alors que la jeune fille est la source de tous ses espoirs ? Est-ce afin de la garder auprès de lui ou bien parce que, comme il aime à le dire, les sommets de l'art ne peuvent s'atteindre qu'aux prix de grandes souffrances ? Nous ne le saurons jamais vraiment. Toujours est-il que Dong-ho, longtemps après sa fugue, revient dans une auberge où, autrefois, le vieil homme et ses jeunes élèves aimaient à se rendre, tant le paysage était d'une splendeur admirable, au bord d'un lac entouré de montagnes et survolé par des grues cendrées au vol majestueux. Il s'installait alors avec les enfants et ils chantaient ensemble la beauté de la nature, rendant grâce à l'art et à la beauté. Mais lorsque Dong-ho se retrouve des années plus tard sur les lieux, sa nostalgie est plus grande encore, car plus rien n'est semblable. Le lac a été asséché par une digue, les arbres ont disparu, ainsi que les grues cendrées. C'est ainsi, en présence de l'aubergiste, qu'il va nous révéler les tranches de sa vie et de celle de Song-hwa, qu'il s'efforce de retrouver. Cela se fera grâce à une succession de rencontres qui nous permettront de suivre les destins parallèles de deux êtres qui n'ont point cessé de s'aimer et ne parviendront à s'atteindre que dans la musique. Pour elle, Dong-ho fera construire une maison où chaque détail a été pensé pour faciliter son existence d'aveugle, mais Song-hwa ne pourra jamais y demeurer, minée par la tuberculose. Le film s'achève sur une image apaisée : celle puissante du souvenir qui, en nous permettant de remonter le temps, rend à Dong-ho, désormais seul, la plénitude de son art et de son amour. Ainsi la narration se construit-elle sur des strates  temporelles qui soudent au tissage du temps, cette recherche désespérée et profondément bouleversante d'une unité à jamais perdue. Servi par des acteurs émouvants et, en particulier, par une jeune chanteuse d'une grâce merveilleuse dans ses habits traditionnels, la ravissante et délicate Jung-hae Oh, de même que par des paysages d'une splendeur stupéfiante, ce film lent (certains le lui reprocheront sans doute) est une méditation profonde sur la quête d'un absolu qui reste à jamais une aspiration et une inspiration. Nous plongeons, avec ce centième opus de l'auteur, au coeur d'une oeuvre brodée à petits points par un cinéaste que n'ont pas épargné les épreuves de la guerre et qui sera, dès lors, en continuelle recherche d'un idéal à proposer, celui d'un présent qui accepterait d'être revisité par le passé, pour la simple raison que ce dernier porte en lui une leçon d'exigence et de sagesse ; oui, quelqu'un de profondément attaché à sa nation et dont la passion pour la civilisation de sa Corée natale sert de toile de fond à la plupart de ses oeuvres. Avec ce film admirable, Im Kwon-taek a peut-être écrit son ultime chef-d'oeuvre.  

 

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24 juillet 2008 4 24 /07 /juillet /2008 08:51
LE REBELLE de KING VIDOR



Le Rebelle est une variation sur le thème de l'amour dans ce qu'il a de plus fou, désespéré, impossible. Amour passion qui se vit dans une exaltation de tous les instants et amène les personnages à sacrifier leur équilibre, leur carrière et même leur existence. A l'image de New-York, dans laquelle l'action se déroule, cet opus exalte la démesure et la solitude de l'homme de talent en perpétuelle lutte pour sauvegarder son originalité et son indépendance. Dans cet univers de gratte-ciel mis en scène par King Vidor, les constructions architecturales prennent une dimension humaine et le héros peut affirmer : Un édifice a son intégrité, tout comme un homme, et c'est aussi rare. N'est-ce pas au nom de cette intégrité que Roark détruira la cité de Cortlandt ? Architecte visionnaire, cet homme refuse de s'incliner devant les désirs d'éventuels commanditaires susceptibles de dénaturer ses plans. Il va jusqu'à préférer travailler comme simple ouvrier sur un chantier que de céder aux pressions des médiocres. Homme passionné et exigeant jusqu'à la violence, il conçoit ses ouvrages de façon audacieuse et révolutionnaire. Un jour, il rencontre une journaliste Dominique Francon pour laquelle il va tout de suite éprouver un sentiment véritable. Mais celle-ci épouse le patron d'un journal The Banner, qu'elle n'aime pas, dans le seul but de se mortifier de sa liaison avec Roark. Ces deux êtres hors du commun ne vont plus cesser de se déchirer et de s'affronter.


                     

Que quelques-unes des scènes les plus puissantes aient pour décor le bureau du patron de presse Gail Wynand, devenu le mari de Dominique, véritable toit du monde qui domine tout New-York, n'est pas dépourvu de sens et met sans cesse en situation de vertige. On sait que le personnage de Roark n'est autre que l'architecte Frank Wright dont la vie a été romancée par Ayn Rand, tout d'abord pour les besoins de son roman The Fountainhead, et d'autre part pour le scénario qu'il a été chargé de réaliser à partir de ce dernier.  " Je m'étais fiançée à Peter Keating, - déclare fièrement et non sans cynisme Dominique, l'héroïne du film, - parce que je savais qu'il était l'être le plus insignifiant que je pourrais rencontrer et que je ne l'aimerais jamais".  Cette phrase donne le ton et l'ambiance dans lesquels les personnages évoluent, se combattent sur fond de bulding new-yorkais et se déchirent au nom de leur amour et de leur intégrité. Amour sans concession, amour-conflit, où les caractères et les natures s'opposent sans cesser de se fasciner. Le décor est donc celui de New-York, ville grouillante symbolisée par l'un de ces journaux à gros tirage comme The Banner, dont le directeur Gail Wynand se transforme sous nos yeux, à force de compromissions, en parfait miroir de ses lecteurs, devançant leur désir de crainte de ne pas assez refléter leur banalité. Riche, puissant, redouté, il convoite une femme qui, jusqu'ici  lui a échappé, Dominique Francon, sa propre collaboratrice. Une femme exceptionnelle qui ose avouer : "  Si jamais un jour je décidais de me punir de quelque chose de terrible, je vous épouserais."  Leur relation est déjà l'un des affrontements fulgurants du film.

 

Face à ce couple se dresse la figure de Howard Roark, ce génial architecte qui pose ses propres normes et n'autorise personne à altérer l'un de ses projets. Ce sera pour échapper à son emprise que Dominique, fière et insoumise, épousera Wynand, alors même qu'elle vient de démissionner de son journal. Wynand propose alors à Roark de bâtir la maison où il souhaite vivre avec sa femme, une maison qu'il ne veut partager avec personne et qu'il demande à l'architecte de concevoir de façon telle qu'elle soit un temple dédié à la femme qu'il aime et une véritable forteresse qui protège leur amour. Roark accepte de réaliser la maison, alors qu'il est également épris de Dominique. La tension du film et ses rebondissements tournent autour de ces trois personnages et sont ponctués de cataclysmes et de morts violentes. Lors du tournage, Gary Cooper et Patricia Neal étaient passionnément amoureux l'un de l'autre, et il est possible que cela ait contribué à apporter au film une intensité rare et rendu plus vraisemblable encore cette relation presque sauvage de deux natures qui ne peuvent s'aimer sans se détruire. Un film inoubliable qui semble se plaire à frôler les abysses avec fureur et volupté. Les acteurs principaux traduisent cette violence de manière admirable et sont impressionnants de vérité. Autour d'eux évoluent une bande d'hommes d'affaires et de membres de conseil d'administration divers, habitués à toutes les formes de compromission possibles, des hommes qui par-dessus tout redoutent l'originalité, le talent, le génie. Un grand moment de cinéma.

 

Pour lire l'article consacré à Gary Cooper, cliquer sur son titre :   GARY COOPER - PORTRAIT

 

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18 juillet 2008 5 18 /07 /juillet /2008 08:18
BROKEN ENGLISH de ZOE CASSAVETES

                                                                                                             

Le premier film de Zoe Cassavetes, en compétition à Deauville en septembre dernier au Festival du Film Américain, ne restera probablement pas dans les annales, mais il est toujours sympathique de se pencher sur les débuts d'une jeune cinéaste, fille de son père, ce qui facilite les choses, mais n'enlève rien au fait qu'étant tombée dans le chaudron à pellicules, elle ait été gagnée par la contagion des studios et y ait pris goût. Si elle a la nationalité américaine, ses origines sont grecques et elle est française depuis 10 mois. Exilée par amour à Paris, comme sa grande amie Sofia Coppola, Zoe nous raconte dans ce film, très autobiographique, l'histoire d'une trentenaire new-yorkaise qui découvre le grand amour dans les bras d'un séduisant gaulois. Ce film charmant et sans prétention pourrait être le chaînon manquant entre Le journal de Bridget Jones et Sex and the City, interprété agréablement par Parker Posey et la grande Gena Rowlands, mère de la réalisatrice, qui contribuent l'une et l'autre à donner à cet opus une saveur indéniable.


                     

Néanmoins, il faudra que, par la suite, Zoe choisisse des scénarii plus charpentés et use de la caméra sur un rythme plus soutenu. En imaginant, en bonne francophile nourrie aux films de la Nouvelle Vague par son père, la rencontre de son héroïne avec un Français bohème et bon vivant, joué par Melvil Poupaud, Zoe Cassavetes ne se doutait pas qu'elle allait à son tour croiser l'homme de sa vie d'une façon quasi identique, ce qui a nourri son inspiration. Se lancer dans la réalisation, après avoir été photographe, n'a pas été simple, même si l'on appartient au sérail. Zoe le reconnaît volontiers : " Oui, il m'arrive d'avoir peur, même si j'ai beaucoup de chance". Elle sait qu'elle est attendue et que les critiques ne lui feront pas de cadeau. L'intérêt principal du film, en dehors de l'interprétation, tient dans la façon dont la jeune cinéaste s'empare d'un sujet convenu pour essayer de contourner les clichés au milieu desquels elle navigue. Il y a, dans ce long métrage, autant de fraîcheur que de naïveté. Mais, en refusant de se prendre au sérieux, l'auteur communique une bonne humeur appréciable, si bien que l'on regarde ce gentil premier film avec indulgence. On réservera l'exigence pour le prochain.

 

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12 juillet 2008 6 12 /07 /juillet /2008 10:11
LOUIS DE FUNES

                                                             

Plusieurs décades que ce trublion agité de tics nous a quittés. Mais il n'est mort que pour l'état civil car il reste l'un des acteurs préférés des Français. Grâce aux nombreux films qu'il a tournés et que la télévision nous rediffuse régulièrement, Louis de Funès n'a jamais cessé d'être présent et de nous faire rire aux larmes dans des oeuvres cultes d'un comique inépuisable.


Carlos Luis de Funès de Galarza, né le 31 juillet 1914 à Courbevoie, appartenait à la noblesse sévillane et fit ses études au lycée Condorcet à Paris. Après avoir été dessinateur, pianiste dans des boîtes de nuit, il s'oriente vers une carrière de comédien, mais le succès mettra beaucoup de temps à le rattraper. Petit, 1m64, malingre, il dut se contenter durant de nombreuses années de rôles peu gratifiants, voire d'une simple figuration, aussi bien au théâtre qu'au cinéma, avant que la chance ne commence à lui sourire avec La traversée de Paris de Claude Autant-Lara en 1956, où il joue aux côtés de Gabin et de Bourvil.  On était loin alors de se douter qu'il deviendrait l'une des vedettes européennes les plus populaires des années 60 à 80 et que les producteurs lui feraient des ponts d'or pour qu'il figure dans leur production. Bien qu'à la fin des années 50, il ait pu se targuer d'avoir une centaine de films à son actif, il n'a pas trouvé le rôle déterminant qui en fera une tête d'affiche. Le phénomène de Funès reste le privilège de quelques initiés, dont Eddy Barclay qu'il amusait tellement lorsque, dans les boîtes de nuit, il se trémoussait derrière son clavier. Ce sera la pièce Oscar dans laquelle ses mimiques font merveille, et qu'il interprétera pendant des mois à guichets fermés, qui sera à l'origine de sa formidable carrière et l'installera définitivement dans le succès. Après Oscar, Pouic Pouic en 1963 confirmera sa renommée, si bien que désormais les producteurs, qui l'avaient tant boudé, vont en délégation venir lui faire leur cour. 

                     
A partir de là, sa carrière va s'articuler en deux axes : l'axe Gérard Oury et celui de Jean Girault. Ce dernier lui offre un rôle d'anthologie dans la peau de l'inspecteur Cruchot. Entre temps, Gérard Oury le confirme dans ses trois plus grands succès. Ses duos avec Bourvil, dans Le corniaud d'abord (1964) et La grande vadrouille (1966) ensuite, passeront à la postérité et rempliront les salles comme rarement, avec des répliques et des séquences inoubliables. Le personnage irascible qu'il campe face à un Bourvil débonnaire et bon gars est irrésistible. Ce sera une réussite également avec Yves Montand dans La folie des grandeurs, un petit chef d'oeuvre de cocasserie. Avec Les aventures de Rabbi Jacob en 1973, il réussit l'exploit de faire rire ensemble musulmans, juifs et catholiques.  Et pourtant, il disait qu'on  aurait pu l'appeler Monsieur Inquiétude, tant il avait un tempérament anxieux et timide. Oui - poursuivait-il, je trimbale cela avec moi. Et pourtant, j'ai tout pour être heureux, une femme charmante (il avait épousé en seconde noce Jeanne Barthélémy de Maupassant, la nièce de l'écrivain), des enfants charmants (l'un de ses fils jouera auprès de lui dans Le grand restaurant et Sur un arbre perché) et un métier que j'aime. Mais c'est ainsi et mon tempérament me désole. Chez moi, je ne suis pas drôle du tout.

                     
Mais deux infarctus successifs l'obligent à s'éloigner momentanément des studios et des planches et les metteurs en scène ne cherchent pas à lui proposer des rôles différents de ceux habituels, se contentant d'exploiter le filon. Il y eut bien une exception pour l'Harpagon de Molière, où son interprétation n'aurait probablement pas déplu à l'illustre comédien. Ce qui prouve qu'il était en mesure d'assumer des rôles plus tragiques, des personnages extrêmes. Après cette obligation de repos, il revient avec La soupe aux choux en  1981 qui sera un ultime succès. Il s'éclipsera le 27 janvier 1983 à Nantes d'une crise cardiaque. Il avait toujours été dans l'accélération, le mouvement. Il meurt de la même façon, d'un coup, en pleine action. Il repose désormais au cimetière de Cellier, non loin de son château de Clermont que ses cachets lui permettaient de remettre en état. Mais cela lui va si mal de se reposer et il savait si peu le faire, que je me plais davantage à l'imaginer faisant le clown au Paradis pour le plus grand plaisir de nos chers disparus.

 

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Présentation

  • : LA PLUME ET L'IMAGE
  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
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  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.

Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

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