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19 août 2008 2 19 /08 /août /2008 08:32
AMARCORD de FELLINI

                    
Qui n'a pas rêvé un jour ou l'autre de remonter le temps et de replonger dans l'univers toujours idéalisé de l'enfance ? C'est sans doute le moteur de toute création. Pour s'en tenir au seul 7e Art, nous citerons Zéro de conduite de Vigo, Les quatre cents coups de Truffaut, Mes petites amoureuses de Jean Eustache, sans oublier Rêves de Kurosawa. Mais Federico Fellini a poussé plus loin encore cette introspection dont il était le familier. Chacun de mes films se rapporte à une saison de ma vie - avait-il l'habitude de dire et, il est vrai, que son oeuvre n'est autre que le miroir d'événements vécus par lui-même ou ses proches, volontiers sublimés ou remaniés en vue d'un impact spectaculaire, ce qui ira grandissant depuis Courrier du coeur  (1952), rappel de ses débuts dans le journalisme, à Investita (1987), en passant par Huit et demi (1962), l'acte d'introspection à l'état pur. Je me borne à liquider mes stocks accumulés dans mes magasins - avouait-il par ailleurs, un rien provocateur car très conscient qu'il cédait souvent à une certaine complaisance narcissique.


Amarcord (1974) constitue le point fort de cet inventaire. Nous sommes dans une ville imaginaire au bord de l'Adriatique qui n'est pas sans rappeler Rimini, lieu de naissance de Fellini, autour des années 30. Un enfant du pays, Titta, va faire l'apprentissage de la vie, d'une vie jalonnée d'épisodes cocasses, entre scènes familiales et train-train scolaire, spectacle imposant et dérisoire de parades fascistes et éveil de la sexualité. Ainsi l'auteur se livre-t-il à une chronique de la province italienne d'avant-guerre et à un croquis pittoresque, en faisant de son petit héros en pèlerine le fil conducteur de l'ouvrage, glissant vers la nostalgie d'un "bon vieux temps" qui fut tout de même le vivier du fascisme. On ne manquera pas de le lui reprocher. Aucune attitude réactionnaire ou conservatrice de ma part - rétorqua-t-il. Je reste sur le plan humain et poétique

 

amarcord-still-6.jpg


Amacord signifie " je me souviens" en patois d'Emilie-Romagne. Mais il existe quelques fantaisies lexicales. Des exégètes ont fait remarquer que le terme peut se décomposer en amare (aimer) amaro (amer) ou cuore (coeur). Disons qu'il s'agit d'un mot gigogne, d'un sésame en mesure d'ouvrir la caverne enchantée du cinéaste. Le but final n'étant pas comme à l'habitude de métamorphoser la réalité et de l'enrichir des apports fructueux de l'imaginaire ?  Et il faut bien convenir que sur ce plan là nous sommes servis, tant le petit monde d'Amarcord est un capharnaüm qui tient de l'opéra bouffe et de la commedia dell'arte, de la salade fortement assaisonnée de dialectes divers - ce qui a nécessité un sous-titrage même pour les Italiens -  et du maelström d'images et de bavardages où l'irréel n'en finit pas de se mêler au réel. Selon le critique Jean-Louis Bory : le déchaînement d'un carnaval sinistre, où s'agitent des pantins aussi funèbres que minables, qui risquerait, à la longue, d'être affligeant si le souffle poétique ne venait pas sans cesse le vivifier.


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Poétique mais politique également, grâce à la virulence qui stigmatise un fascisme au quotidien, non point son idéologie triomphante mais son aspect boursouflé, ses grotesques floralies, évocations qui se révèlent être plus efficaces que le procès le mieux argumenté. Film baroque par excellence, ce dernier doit beaucoup au talent du chef-opérateur Giuseppe Rottuno, collaborateur attitré de Fellini depuis Histoires extraordinaires (1968) et qui a travaillé également pour Visconti et Monicelli, ainsi qu'au compositeur Nino Rota dont la ligne mélodique s'accorde parfaitement à l'inventivité débridée du réalisateur. Un film à voir et à revoir tant le génie du cinéaste italien s'y exprime en toute liberté avec une vigueur et un lyrisme que n'auront pas toujours ses films ultérieurs, mélange détonnant de satire sociale et de fantasmagorie.

 


Pour lire l'article que j'ai consacré à Fellini, cliquer sur son titre :   FEDERICO FELLINI

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA EUROPEEN & MEDITERRANEEN, cliquer  ICI 

 

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17 août 2008 7 17 /08 /août /2008 12:27
TONY LEUNG

                     
Tony Leung Chiu Wai, né à Hong Kong le 27 septembre 1962, débuta sa carrière d'acteur à TVB, chaîne de télévision hongkongaise pour laquelle il jouera de nombreux téléfilms au début des années 80. C'est en 1986 qu'il se fait remarquer aux côtés de Chow Yun-Fat dans Love unto waste de Stanley Kwan, puis dans Seven Warriors de Samo Hung. L'acteur quitte alors Hong Kong pour se rendre en Taïwan tourner La cité des douleurs (1989) de Hou Hsiao Hsien qui obtiendra le Lion d'Or au Festival de Venise. Sa carrière est lancée et, désormais, il ne va plus cesser de travailler avec les plus grands metteurs en scène. Parmi ses collaborations les plus marquantes, retenons celle avec John Woo pour Une balle dans la tête (1990) et A toute épreuve (1992). Mais, c'est sa rencontre avec Wong Kar-Wai, devenu son mentor, qui va lui mériter la reconnaissance internationale. Entamée en 1990 avec Nos années sauvages, la relation des deux hommes se poursuit avec Les cendres du temps (1994), Chungking Express (1994), Happy Together (1997) et l'inoubliable chef-d'oeuvre  In the mood for love  qui lui vaudra le Prix d'interprétation masculine du Festival de Cannes 2000.

                      
En 2003, on retrouve Tony Leung dans Hero de Zhang Yimou où il donne la réplique à Maggie Cheung, déjà sa partenaire à cinq reprises, et, quelques mois plus tard, le trio se reformera pour 2046,  film étrange dont le titre n'est autre que le numéro d'une chambre d'hôtel, sorte de point clé de la mémoire, d'un espace temps imaginaire, très proustien, où les souvenirs seraient figés pour l'éternité. 2046 se présente comme une oeuvre écho qui ne cesse de renvoyer au monde de son auteur et semble en réaliser la synthèse. Echo encore des lumières, des décors, des ambiances, de la musique qui agit en symbiose, afin que le temps devienne la question centrale. Un temps traversé par des personnages en quasi apesanteur, où celui, incarné par Tony Leung, se livre à une rumination permanente et nostalgique. Cette carrière exemplaire, menée avec autant de maturité que de discernement, a fait de cet acteur l'un des plus populaires de Chine et des plus reconnus dans le monde du cinéma. On l'a vu récemment dans Lust Caution de Ang Lee, où il affirme une fois encore son immense talent et sa capacité à nous étonner et à se renouveler à chacune de ses apparitions, se plaçant à côté d'un Simon Yam ou d'un Andy Lau,  et ayant su, de main de maître, en deux décennies, gagner l'estime des plus grands cinéastes et l'assentiment du public et des critiques de l'Occident, au point d'être placé au plus haut de l'affiche, parmi les acteurs en vogue, dans le contexte d'intense mondialisation que connaît le 7e Art à l'heure actuelle. Belle performance qu'il faut saluer avec admiration. Le nouveau millénaire s'est ainsi ouvert pour un comédien au sommet de son art que l'on retrouve dans des oeuvres très diverses et dont les prestations ont d'autant plus d'impact que le cinéma asiatique a conquis nos salles et notre estime par ses évidentes qualités et ses innovations. Ainsi l'a-t-on apprécié dans Infernal Affairs (2003) et Seoul Raiders (2005), avant le magnifique Lust Caution(2007), qui a récemment empli les salles et subjugué les cinéphiles. Aussi souhaitons un long avenir à cet acteur à l'incontestable magnétisme. Pari tenu, lorsque l'on vient de voir sa performance dans The Grandmaster  (2012) de Wong Kar-wai avec lequel il poursuit une collaboration exemplaire.

 

Pour prendre connaissance des articles où figure l'acteur, cliquer sur le lien ci-dessous :
 

 

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The-Grandmaster-Affiche-France

 

 

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15 août 2008 5 15 /08 /août /2008 18:58
UN MILLIER D'ANNEES DE BONNES PRIERES de WAYNE WANG

                                                                               
Après son divorce, une jeune femme chinoise nommée Yilan s'installe dans une petite ville des Etats-Unis. Son père, supposant qu'après cette épreuve elle a besoin de réconfort, annonce sa visite. C'est alors que Monsieur Shi découvre que sa fille n'a nul besoin de lui, qu'elle s'est totalement adaptée à son nouveau pays et a rompu, semble-t-il définitivement, ses attaches avec sa terre natale. Elle refuse en quelque sorte le soutien paternel et l'héritage de sa culture chinoise. Cette constatation affecte profondément le père qui, soudain, se sent de trop et inutile, d'autant que sa fille a une nouvelle liaison en dents de scie et ne lui prête qu'une attention distraite. Malgré tout, il fait son possible pour tenter de rétablir la confiance perdue et rétablir un dialogue avec cette enfant devenue inaccessible et lointaine. Avec ce second film, Wayne Wang nous livre une magnifique confrontation entre deux générations qui n'ont plus les moyens de se comprendre et de communiquer. Le cinéaste revient sur son sujet de prédilection : l'immigration en terre inconnue et la transmission du patrimoine culturel et social. Il s'adonne également, dans cet ouvrage, à une réflexion sur une identité pénible à assumer, héritage d'un passé qui ne s'accorde plus avec les moeurs de la société dans laquelle on vit et travaille ; ce qui conduira peu à peu ce père à accepter l'autonomie de sa fille, qui a rompu avec la morale des anciens et ses racines familiales. On surprend avec émotion ce vieil homme observant dubitatif un monde qui se libère et s'organise sans lui. Avec des moyens modestes, Wang crée une atmosphère intime et provinciale, inscrivant son oeuvre dans un paysage parfaitement neutre, qui n'est ni la ville, ni la campagne ; de même qu'il joue des silences, des non-dits avec finesse et s'approche à pas délicats, dans des teintes volontairement automnales, de ses personnages, afin d'en  mieux percer le mystère. Par sa brièveté et sa concision, l'auteur délivre un message émouvant et laisse entrevoir un mode de communication où chacun éviterait d'agresser l'autre, si bien que grâce à ce ton juste, à cette sobriété, au jeu concentré et expressif des acteurs, le présent s'habille de petits signes discrets d'une possible espérance. Un joli film épuré comme une estampe.

 

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24 juillet 2008 4 24 /07 /juillet /2008 11:18
SOUVENIR de IM KWON-TAEK

                                                                                                       
                                        
L
a barre du 10e Festival du Film Asiatique de Deauville avait été placée très haut cette année avec pour film d'ouverture Beyong the years devenu en français Souvenir du cinéaste coréen Im Kwon-taek, auquel un hommage avait été rendu en sa présence. Après la remise de la médaille de la ville, une brève allocution de la part du cinéaste honoré, les lumières s'étaient éteintes pour laisser place à la projection d'une oeuvre enthousiasmante pour sa beauté et sa poésie. A partir d'un récit simple et douloureux d'une quête de l'art à son plus haut degré de perfection et de l'amour dans son accomplissement le plus pur, le cinéaste propose un véritable poème, un chant d'une tristesse magnifique. Ce long métrage, qui date déjà deux ans, relate l'existence d'une chanteuse et d'un musicien de pansori, le chant traditionnel coréen dont les percussions s'élèvent jusqu'à l'épuisement et que l'auteur avait déjà abordé dans deux opus précédents : La chanteuse de pansori (1993) et Le chant de la fidèle Chunhyang (2000). L'histoire est la suivante : un maître du chant traditionnel, qui n'est pas parvenu à faire carrière, enseigne à son beau-fils et à sa fille adoptive les arcanes du pansori, mais ses méthodes sont si dures, ses exigences si grandes, que le jeune Dong-ho finit par s'enfuir, laissant seule avec le vieil homme celle qu'il considère comme sa soeur et aime en secret, la douce Song-hwa. Le départ du jeune homme plonge la jeune fille dans une immense douleur, au point qu'elle perd peu à peu la vue ... son mentor va alors lui appliquer un traitement à base de plantes, mais ajoutera, à la potion recommandée par l'herboriste, une autre plante qui accélère l'évolution du mal. Pourquoi a-t-il agi ainsi, alors que la jeune fille est la source de tous ses espoirs ? Est-ce afin de la garder auprès de lui ou bien parce que, comme il aime à le dire, les sommets de l'art ne peuvent s'atteindre qu'aux prix de grandes souffrances ? Nous ne le saurons jamais vraiment. Toujours est-il que Dong-ho, longtemps après sa fugue, revient dans une auberge où, autrefois, le vieil homme et ses jeunes élèves aimaient à se rendre, tant le paysage était d'une splendeur admirable, au bord d'un lac entouré de montagnes et survolé par des grues cendrées au vol majestueux. Il s'installait alors avec les enfants et ils chantaient ensemble la beauté de la nature, rendant grâce à l'art et à la beauté. Mais lorsque Dong-ho se retrouve des années plus tard sur les lieux, sa nostalgie est plus grande encore, car plus rien n'est semblable. Le lac a été asséché par une digue, les arbres ont disparu, ainsi que les grues cendrées. C'est ainsi, en présence de l'aubergiste, qu'il va nous révéler les tranches de sa vie et de celle de Song-hwa, qu'il s'efforce de retrouver. Cela se fera grâce à une succession de rencontres qui nous permettront de suivre les destins parallèles de deux êtres qui n'ont point cessé de s'aimer et ne parviendront à s'atteindre que dans la musique. Pour elle, Dong-ho fera construire une maison où chaque détail a été pensé pour faciliter son existence d'aveugle, mais Song-hwa ne pourra jamais y demeurer, minée par la tuberculose. Le film s'achève sur une image apaisée : celle puissante du souvenir qui, en nous permettant de remonter le temps, rend à Dong-ho, désormais seul, la plénitude de son art et de son amour. Ainsi la narration se construit-elle sur des strates  temporelles qui soudent au tissage du temps, cette recherche désespérée et profondément bouleversante d'une unité à jamais perdue. Servi par des acteurs émouvants et, en particulier, par une jeune chanteuse d'une grâce merveilleuse dans ses habits traditionnels, la ravissante et délicate Jung-hae Oh, de même que par des paysages d'une splendeur stupéfiante, ce film lent (certains le lui reprocheront sans doute) est une méditation profonde sur la quête d'un absolu qui reste à jamais une aspiration et une inspiration. Nous plongeons, avec ce centième opus de l'auteur, au coeur d'une oeuvre brodée à petits points par un cinéaste que n'ont pas épargné les épreuves de la guerre et qui sera, dès lors, en continuelle recherche d'un idéal à proposer, celui d'un présent qui accepterait d'être revisité par le passé, pour la simple raison que ce dernier porte en lui une leçon d'exigence et de sagesse ; oui, quelqu'un de profondément attaché à sa nation et dont la passion pour la civilisation de sa Corée natale sert de toile de fond à la plupart de ses oeuvres. Avec ce film admirable, Im Kwon-taek a peut-être écrit son ultime chef-d'oeuvre.  

 

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SOUVENIR de IM KWON-TAEK
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24 juillet 2008 4 24 /07 /juillet /2008 08:51
LE REBELLE de KING VIDOR



Le Rebelle est une variation sur le thème de l'amour dans ce qu'il a de plus fou, désespéré, impossible. Amour passion qui se vit dans une exaltation de tous les instants et amène les personnages à sacrifier leur équilibre, leur carrière et même leur existence. A l'image de New-York, dans laquelle l'action se déroule, cet opus exalte la démesure et la solitude de l'homme de talent en perpétuelle lutte pour sauvegarder son originalité et son indépendance. Dans cet univers de gratte-ciel mis en scène par King Vidor, les constructions architecturales prennent une dimension humaine et le héros peut affirmer : Un édifice a son intégrité, tout comme un homme, et c'est aussi rare. N'est-ce pas au nom de cette intégrité que Roark détruira la cité de Cortlandt ? Architecte visionnaire, cet homme refuse de s'incliner devant les désirs d'éventuels commanditaires susceptibles de dénaturer ses plans. Il va jusqu'à préférer travailler comme simple ouvrier sur un chantier que de céder aux pressions des médiocres. Homme passionné et exigeant jusqu'à la violence, il conçoit ses ouvrages de façon audacieuse et révolutionnaire. Un jour, il rencontre une journaliste Dominique Francon pour laquelle il va tout de suite éprouver un sentiment véritable. Mais celle-ci épouse le patron d'un journal The Banner, qu'elle n'aime pas, dans le seul but de se mortifier de sa liaison avec Roark. Ces deux êtres hors du commun ne vont plus cesser de se déchirer et de s'affronter.


                     

Que quelques-unes des scènes les plus puissantes aient pour décor le bureau du patron de presse Gail Wynand, devenu le mari de Dominique, véritable toit du monde qui domine tout New-York, n'est pas dépourvu de sens et met sans cesse en situation de vertige. On sait que le personnage de Roark n'est autre que l'architecte Frank Wright dont la vie a été romancée par Ayn Rand, tout d'abord pour les besoins de son roman The Fountainhead, et d'autre part pour le scénario qu'il a été chargé de réaliser à partir de ce dernier.  " Je m'étais fiançée à Peter Keating, - déclare fièrement et non sans cynisme Dominique, l'héroïne du film, - parce que je savais qu'il était l'être le plus insignifiant que je pourrais rencontrer et que je ne l'aimerais jamais".  Cette phrase donne le ton et l'ambiance dans lesquels les personnages évoluent, se combattent sur fond de bulding new-yorkais et se déchirent au nom de leur amour et de leur intégrité. Amour sans concession, amour-conflit, où les caractères et les natures s'opposent sans cesser de se fasciner. Le décor est donc celui de New-York, ville grouillante symbolisée par l'un de ces journaux à gros tirage comme The Banner, dont le directeur Gail Wynand se transforme sous nos yeux, à force de compromissions, en parfait miroir de ses lecteurs, devançant leur désir de crainte de ne pas assez refléter leur banalité. Riche, puissant, redouté, il convoite une femme qui, jusqu'ici  lui a échappé, Dominique Francon, sa propre collaboratrice. Une femme exceptionnelle qui ose avouer : "  Si jamais un jour je décidais de me punir de quelque chose de terrible, je vous épouserais."  Leur relation est déjà l'un des affrontements fulgurants du film.

 

Face à ce couple se dresse la figure de Howard Roark, ce génial architecte qui pose ses propres normes et n'autorise personne à altérer l'un de ses projets. Ce sera pour échapper à son emprise que Dominique, fière et insoumise, épousera Wynand, alors même qu'elle vient de démissionner de son journal. Wynand propose alors à Roark de bâtir la maison où il souhaite vivre avec sa femme, une maison qu'il ne veut partager avec personne et qu'il demande à l'architecte de concevoir de façon telle qu'elle soit un temple dédié à la femme qu'il aime et une véritable forteresse qui protège leur amour. Roark accepte de réaliser la maison, alors qu'il est également épris de Dominique. La tension du film et ses rebondissements tournent autour de ces trois personnages et sont ponctués de cataclysmes et de morts violentes. Lors du tournage, Gary Cooper et Patricia Neal étaient passionnément amoureux l'un de l'autre, et il est possible que cela ait contribué à apporter au film une intensité rare et rendu plus vraisemblable encore cette relation presque sauvage de deux natures qui ne peuvent s'aimer sans se détruire. Un film inoubliable qui semble se plaire à frôler les abysses avec fureur et volupté. Les acteurs principaux traduisent cette violence de manière admirable et sont impressionnants de vérité. Autour d'eux évoluent une bande d'hommes d'affaires et de membres de conseil d'administration divers, habitués à toutes les formes de compromission possibles, des hommes qui par-dessus tout redoutent l'originalité, le talent, le génie. Un grand moment de cinéma.

 

Pour lire l'article consacré à Gary Cooper, cliquer sur son titre :   GARY COOPER - PORTRAIT

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN, cliquer sur le lien ci-dessous :


LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

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LE REBELLE de KING VIDOR
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18 juillet 2008 5 18 /07 /juillet /2008 08:18
BROKEN ENGLISH de ZOE CASSAVETES

                                                                                                             

Le premier film de Zoe Cassavetes, en compétition à Deauville en septembre dernier au Festival du Film Américain, ne restera probablement pas dans les annales, mais il est toujours sympathique de se pencher sur les débuts d'une jeune cinéaste, fille de son père, ce qui facilite les choses, mais n'enlève rien au fait qu'étant tombée dans le chaudron à pellicules, elle ait été gagnée par la contagion des studios et y ait pris goût. Si elle a la nationalité américaine, ses origines sont grecques et elle est française depuis 10 mois. Exilée par amour à Paris, comme sa grande amie Sofia Coppola, Zoe nous raconte dans ce film, très autobiographique, l'histoire d'une trentenaire new-yorkaise qui découvre le grand amour dans les bras d'un séduisant gaulois. Ce film charmant et sans prétention pourrait être le chaînon manquant entre Le journal de Bridget Jones et Sex and the City, interprété agréablement par Parker Posey et la grande Gena Rowlands, mère de la réalisatrice, qui contribuent l'une et l'autre à donner à cet opus une saveur indéniable.


                     

Néanmoins, il faudra que, par la suite, Zoe choisisse des scénarii plus charpentés et use de la caméra sur un rythme plus soutenu. En imaginant, en bonne francophile nourrie aux films de la Nouvelle Vague par son père, la rencontre de son héroïne avec un Français bohème et bon vivant, joué par Melvil Poupaud, Zoe Cassavetes ne se doutait pas qu'elle allait à son tour croiser l'homme de sa vie d'une façon quasi identique, ce qui a nourri son inspiration. Se lancer dans la réalisation, après avoir été photographe, n'a pas été simple, même si l'on appartient au sérail. Zoe le reconnaît volontiers : " Oui, il m'arrive d'avoir peur, même si j'ai beaucoup de chance". Elle sait qu'elle est attendue et que les critiques ne lui feront pas de cadeau. L'intérêt principal du film, en dehors de l'interprétation, tient dans la façon dont la jeune cinéaste s'empare d'un sujet convenu pour essayer de contourner les clichés au milieu desquels elle navigue. Il y a, dans ce long métrage, autant de fraîcheur que de naïveté. Mais, en refusant de se prendre au sérieux, l'auteur communique une bonne humeur appréciable, si bien que l'on regarde ce gentil premier film avec indulgence. On réservera l'exigence pour le prochain.

 

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12 juillet 2008 6 12 /07 /juillet /2008 10:11
LOUIS DE FUNES

                                                             

Plusieurs décades que ce trublion agité de tics nous a quittés. Mais il n'est mort que pour l'état civil car il reste l'un des acteurs préférés des Français. Grâce aux nombreux films qu'il a tournés et que la télévision nous rediffuse régulièrement, Louis de Funès n'a jamais cessé d'être présent et de nous faire rire aux larmes dans des oeuvres cultes d'un comique inépuisable.


Carlos Luis de Funès de Galarza, né le 31 juillet 1914 à Courbevoie, appartenait à la noblesse sévillane et fit ses études au lycée Condorcet à Paris. Après avoir été dessinateur, pianiste dans des boîtes de nuit, il s'oriente vers une carrière de comédien, mais le succès mettra beaucoup de temps à le rattraper. Petit, 1m64, malingre, il dut se contenter durant de nombreuses années de rôles peu gratifiants, voire d'une simple figuration, aussi bien au théâtre qu'au cinéma, avant que la chance ne commence à lui sourire avec La traversée de Paris de Claude Autant-Lara en 1956, où il joue aux côtés de Gabin et de Bourvil.  On était loin alors de se douter qu'il deviendrait l'une des vedettes européennes les plus populaires des années 60 à 80 et que les producteurs lui feraient des ponts d'or pour qu'il figure dans leur production. Bien qu'à la fin des années 50, il ait pu se targuer d'avoir une centaine de films à son actif, il n'a pas trouvé le rôle déterminant qui en fera une tête d'affiche. Le phénomène de Funès reste le privilège de quelques initiés, dont Eddy Barclay qu'il amusait tellement lorsque, dans les boîtes de nuit, il se trémoussait derrière son clavier. Ce sera la pièce Oscar dans laquelle ses mimiques font merveille, et qu'il interprétera pendant des mois à guichets fermés, qui sera à l'origine de sa formidable carrière et l'installera définitivement dans le succès. Après Oscar, Pouic Pouic en 1963 confirmera sa renommée, si bien que désormais les producteurs, qui l'avaient tant boudé, vont en délégation venir lui faire leur cour. 

                     
A partir de là, sa carrière va s'articuler en deux axes : l'axe Gérard Oury et celui de Jean Girault. Ce dernier lui offre un rôle d'anthologie dans la peau de l'inspecteur Cruchot. Entre temps, Gérard Oury le confirme dans ses trois plus grands succès. Ses duos avec Bourvil, dans Le corniaud d'abord (1964) et La grande vadrouille (1966) ensuite, passeront à la postérité et rempliront les salles comme rarement, avec des répliques et des séquences inoubliables. Le personnage irascible qu'il campe face à un Bourvil débonnaire et bon gars est irrésistible. Ce sera une réussite également avec Yves Montand dans La folie des grandeurs, un petit chef d'oeuvre de cocasserie. Avec Les aventures de Rabbi Jacob en 1973, il réussit l'exploit de faire rire ensemble musulmans, juifs et catholiques.  Et pourtant, il disait qu'on  aurait pu l'appeler Monsieur Inquiétude, tant il avait un tempérament anxieux et timide. Oui - poursuivait-il, je trimbale cela avec moi. Et pourtant, j'ai tout pour être heureux, une femme charmante (il avait épousé en seconde noce Jeanne Barthélémy de Maupassant, la nièce de l'écrivain), des enfants charmants (l'un de ses fils jouera auprès de lui dans Le grand restaurant et Sur un arbre perché) et un métier que j'aime. Mais c'est ainsi et mon tempérament me désole. Chez moi, je ne suis pas drôle du tout.

                     
Mais deux infarctus successifs l'obligent à s'éloigner momentanément des studios et des planches et les metteurs en scène ne cherchent pas à lui proposer des rôles différents de ceux habituels, se contentant d'exploiter le filon. Il y eut bien une exception pour l'Harpagon de Molière, où son interprétation n'aurait probablement pas déplu à l'illustre comédien. Ce qui prouve qu'il était en mesure d'assumer des rôles plus tragiques, des personnages extrêmes. Après cette obligation de repos, il revient avec La soupe aux choux en  1981 qui sera un ultime succès. Il s'éclipsera le 27 janvier 1983 à Nantes d'une crise cardiaque. Il avait toujours été dans l'accélération, le mouvement. Il meurt de la même façon, d'un coup, en pleine action. Il repose désormais au cimetière de Cellier, non loin de son château de Clermont que ses cachets lui permettaient de remettre en état. Mais cela lui va si mal de se reposer et il savait si peu le faire, que je me plais davantage à l'imaginer faisant le clown au Paradis pour le plus grand plaisir de nos chers disparus.

 

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LOUIS DE FUNES
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7 juillet 2008 1 07 /07 /juillet /2008 08:23
OUT OF AFRICA DE SYDNEY POLLACK

                             
 "J'avais une ferme en Afrique " ...

Le film  Out of Africa  est tiré d'un roman autobiographique de l'écrivain danois Karen Blixen, pas assez connue en France à mon goût, dont l'existence fut fracassante et tragique. Avec Ma ferme en Afrique,  l'ouvrage qui inspira le film, elle décrit ce que furent ses années passées en Afrique orientale anglaise, non loin de Nairobi, où son mari le baron Bror Blixen-Finecke venait d'acquérir une ferme et une exploitation de café. Mais Bror s'avérera incapable de gérer l'exploitation, si bien que les circonstances obligeront Karen à s'en occuper seule. Elle s'attachera d'ailleurs profondément à cette terre et à ses habitants. Mais la crise mondiale, qui sévit durant les années 28/31, aggravera les difficultés économiques qu'elle ne cessât de rencontrer et l'acculera à vendre sa ferme et à regagner le Danemark, après avoir pris soin de sauvegarder l'avenir de ses employés.
 

De cet ouvrage rédigé en 1936 et qui connut aussitôt un succès mondial, foisonnant de connotations infinies et qui ose aborder des thèmes divers, parfois quasi interdits à l'époque avec une audace surprenante, le film ne retient, certes, que l'histoire passionnelle qui unit un moment Karen au pilote anglais et chasseur d'éléphants Denys Finch-Hattor, mais il n'en est pas moins un document magnifique sur l'Afrique d'avant la seconde guerre mondiale.
 

Dès 1969, un projet d'adaptation de l'oeuvre avait été envisagé par le cinéaste Nicholas Roeg sans aboutir, aussi  Sydney Pollack,  reprenant le projet, a-t-il volontairement choisi de le tourner à la manière des anciens longs métrages hollywoodiens, privilégiant les sentiments et le décor somptueux de la jungle africaine. La scène où l'avion de Denys survole un banc de flamants roses est une façon habile et esthétique d'intégrer les personnages dans la réalité de la nature sauvage. Elle ne cesse d'ailleurs d'être présente tout au long du film avec ses couleurs, ses horizons, sa faune, sa flore, la population Kikuyu si attachante. Reprenant le style des mélodrames d'antan, Out of Africa s'attache à ses deux héros, au monde qui les entoure et aux péripéties qui vont marquer leur liaison. Ce qui a capté mon intérêt, avoue le cinéaste, est le spectacle de l'éclosion de cette femme, de sa maturation, du fait qu'elle parvienne à donner un sens positif aux événements les plus tristes, qu'elle surmonte son désarroi, qu'elle fasse du drame de sa vie une espèce d'oeuvre d'art. Pollack y décrit des êtres isolés, marqués par la solitude et menacés par la mort qui rôde, dans un climat de fin d'époque, telle le fauve qui s'aventure la nuit aux abords de la ferme.
 

Karen, atteinte par la syphilis que lui a transmis son mari, repart pour le Danemark s'y faire soigner, puis regagne sa ferme et décide de vivre séparée de Bror, usé par la boisson et les femmes. Son amour pour Denys, qu'elle a rencontré dans le train de Mombasa, ne fait que s'amplifier, mais celui-ci ne veut pas renoncer à sa liberté et la jeune femme prend la douloureuse décision de ne pas garder l'enfant qu'elle attend de lui. Quand Karen se voit contrainte à quitter sa plantation, Denys promet de la rejoindre. Hélas, son avion s'écrase dans la savane et Karen apprend sa mort de la bouche de son ex-époux.  Plus tard  la tombe de l'aviateur deviendra un site fréquenté par les lions.

 

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Le film, au débit lent, épouse le rythme de cette terre majestueuse, pleine de contradictions, dont les paysages ne manquent pas de nous envoûter et dégagent une puissante nostalgie, comme si la perte de ce monde primitif et authentique s'avérait imminente. L'évasion, qu'il propose, n'est pas seulement physique, il y a quelque chose de plus, un dépaysement, un déracinement intérieur, un face à face avec ce qui reconduit chacun à ses origines, à son questionnement initial, là où le génie de Karen Blixen sut trouver la dimension insolite à laquelle elle aspirait.
 

Sans avoir le retentissement de l'ouvrage, le film reste fidèle aux lignes directrices du roman, à cette mémoire sans cesse sollicitée que Karen Blixen, conteuse inouïe, tenta de faire partager. En effet, elle n'eut de cesse d'aller le plus loin possible dans la communication de ce qu'elle tenait à dire, mais elle est tout autant dans son non-dit que dans l'admirable façon qu'elle eût d'exposer idées, sentiments et images, souligne Régis Boyer.
 

Karen Blixen mourut en 1962 après une existence semée d'épreuves. Si elle n'avait pu sauver sa ferme africaine et ses plantations de la faillite, elle eut la consolation de préserver et de restaurer sa maison natale de Rungstedlund au nord-est de l'île de Seeland au Danemark, avec ses soixante hectares de jardins et de forêts, véritable sanctuaire pour les oiseaux. Un autre film fut tiré de son oeuvre : Le festin de Babette, chef-d'oeuvre de cette auteure dont le nom fut proposé en 1957 pour le prix Nobel de littérature.
 

Malgré les restrictions que ne manquèrent pas de lui adresser les critiques, le film de Sydney Pollack ne figure pas moins parmi les grands films d'amour du cinéma américain. L'interprétation de  Meryl Streep et Robert Redford, la photographie, la musique (celle de Mozart principalement) et l'atmosphère générale lui méritent de rester parmi les classiques que nous ne nous lassons pas  de revoir.


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SYDNEY POLLACK              MERYL STREEP - PORTRAIT



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OUT OF AFRICA DE SYDNEY POLLACK
OUT OF AFRICA DE SYDNEY POLLACK
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1 juillet 2008 2 01 /07 /juillet /2008 08:28
VIVIEN LEIGH

                                                                       
Elle est restée pour nous l'inoubliable Scarlett d'Autant en emporte le vent. Mais Vivien Leigh ne fut pas que cette jeune fille si attachée à sa terre, à ses origines, à son indépendance, qu'elle était prête à tout leur sacrifier ; elle fut d'abord et avant tout une grande actrice de théâtre, la partenaire de Laurence Olivier, après qu'elle ait frappé le public par sa grâce et sa beauté le 15 mai 1935 dans une pièce costumée, intitulée "Mask of virtue", tirée d'un épisode de "Jacques le fataliste" de Diderot. Dès le lendemain, le producteur de cinéma Alexandre Korba lui proposera un contrat de cinq ans et elle changera son prénom de Vivian pour Vivien, devenant à 22 ans Vivien Leigh.

 


Viviane Mary Hartley était née le 5 novembre 1913 à Darjeeling ( Inde ), d'un père agent de change - qui se plaisait à faire du théâtre en amateur et transmit cette passion à sa fille - et d'une mère au foyer fort belle de sa personne. C'est elle qui désira que sa fille fut élevée à Londres, au couvent du Sacré Coeur, si bien que Vivian ne reverra l'Inde qu'en 1964. Au collège, elle se distingue très vite dans les activités artistiques, dont le théâtre, le violoncelle et la danse. Egalement pour ses brusques changements d'humeur et ses accès de mélancolie qui inquiètent les religieuses.
En 1932, ses études étant achevées, elle s'inscrit à la "Royal Academy of Dramatic Art" et, dans le même temps, épouse Leigh Holman, un avocat de 31 ans, qui ressemble étrangement à l'acteur Leslie Howard, dont elle sera éperdument amoureuse dans Autant en emporte le vent. L'année suivante naîtra une petite fille Suzanne, sa seule enfant. En 1934, la jeune femme parvient à obtenir un petit rôle dans le film "Things are looking up" et, malgré les réticences de son époux, prend un agent dont la mission est d'assurer sa carrière, car il est évident que Viviane n'a nullement l'intention de se cantonner dans le rôle de l'épouse parfaite, mais aspire de toutes ses forces à devenir une actrice à part entière.



En septembre 1934, alors qu'elle assiste à une représentation au Théâtre Royal, elle remarque un jeune acteur de 27 ans : Laurence Olivier. C'est le coup de foudre. Son jeu, très physique, qui tranche avec le jeu habituel des interprètes de l'époque, la fascine et la séduit. Elle n'a plus qu'une idée : le rencontrer. Elle y parviendra en se faisant remarquer pour sa beauté sur des photos de mode et en obtenant le fameux rôle qui la rendra célèbre en une nuit.



Laurence Olivier est subjugué à son tour et va l'applaudir. C'est lui qui la décidera à poursuivre une carrière théâtrale, considérant le cinéma comme un art mineur, et partagera avec elle la vedette dans Hamlet de Shakespeare au château d'Elseneur en mai 1937. Les représentations seront un tel triomphe que le prince de Danemark, en personne, se déplacera pour les voir jouer. A leur retour en Grande-Bretagne, Viviane devenue Vivien quitte son mari pour s'installer auprès de Laurence Olivier, confiant sa fille Suzanne aux bons soins de sa mère, qui se chargera de son éducation. 
 


Vivien Leigh décide alors de tenter d'obtenir le rôle de Scarlett dans le film mis en chantier à Hollywood. Elle a lu le roman de Margaret Mitchell et se sent proche du personnage. Pour se faire, elle prend pour agent Myron Selznick, le frère de David, le producteur de la réalisation sur le point de démarrer, dès lors que l'on aura découvert la perle rare : l'actrice capable d'être idéalement Scarlett. On connaît la suite. Vivien l'emporte sur 1400 candidates, dont Bette Davis, Joan Crawford, Katharine Hepburn et Paulette Godard. Cela, malgré qu'elle soit peu connue dans le milieu cinématographique et anglaise de surcroît. Heureusement sa carrière ne s'arrêtera pas à ce film qui eut un retentissement international inimaginable. Elle n'est pas restée statufiée pour l'éternité dans le rôle de Scarlett, bien qu'en pensant à elle, ce soit en priorité les images de Tara et d'Atlanta qui reviennent spontanément à la mémoire...Elle sera aussi la partenaire de Robert Taylor en jeune danseuse fragile dans La valse de l'ombre, Juliette au théâtre auprès de Roméo son mari, Cléopâtre sous la direction de Gabriel Pascal ( c'est au cours du tournage qu'elle glissera et perdra l'enfant qu'elle attendait ). Atteinte d'une psychose maniaco-dépressive, pour laquelle aucun traitement efficace n'existait encore, elle devient difficile à vivre pour son entourage.

 

Afin de la mettre à l'abri et la tranquilliser, Laurence Olivier fait l'acquisition de l'abbaye de Notley qu'ils aménagent ensemble et où ils aiment recevoir leurs amis : les Bogart, David Niven, Orson Welles, Margot Fonteyn, Cecil Beaton, Judy Garland. En ces années d'après-guerre, Vivien est considérée comme la femme la plus belle et la plus élégante d'Angleterre. Mais alors qu'Olivier poursuit une carrière éblouissante, son épouse voit son étoile pâlir et en souffre secrètement. Atteinte de tuberculose, elle doit s'éloigner momentanément des studios et des planches et n'y reviendra qu'après une convalescence forcée avec Anna Karénine de Julien Duvivier, où elle porte les superbes toilettes dessinées à son intention par Cecil Beaton. Le film sera néanmoins un échec et, curieusement, elle ne va plus interpréter que des rôles de femmes au destin tragique. Ainsi sera-t-elle Blanche Dubois auprès de Marlon Brando dans Un tramway nommé désir, puis Cléopâtre de Shakespeare aux côtés de son époux. En 1953, elle est rapatriée d'urgence pour une forte dépression, alors qu'elle tournait à Ceylan  La marche des éléphants et qu'Elisabeth Taylor est appelée en catastrophe pour la remplacer.


Dès lors, sa santé ne cesse plus de se détériorer et elle ira jusqu'à subir des traitements par électrochocs, que les médecins lui prescrivent, pour tenter de remédier à ses crises d'hystérie. Mais, malgré cette santé en dents de scie, elle poursuit vaille que vaille sa carrière théâtrale en étant Lady Mackbeth. Séparée de Laurence Olivier, elle épouse Jack Merivale qui avait été la doublure d'Olivier dans Roméo et Juliette. Elle s'installe avec lui dans un grand appartement à Londres et apparaît sur scène une dernière fois dans une comédie musicale Tovarich avec Jean-Pierre Aumont pour partenaire. Hélas ! des troubles gravissimes sur le plan mental l'obligeront à céder son rôle à une remplaçante. Elle mourra de tuberculose le 7 juillet 1967. En guise de deuil et d'hommage, les enseignes lumineuses des théâtres londoniens resteront éteintes cette nuit-là. Ses cendres seront dispersées dans le lac Tickerage Mill Pond ( Sussex ), non loin de Londres.

 

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VIVIEN LEIGH
VIVIEN LEIGH
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20 juin 2008 5 20 /06 /juin /2008 09:20
RETOUR A HOWARDS END de JAMES IVORY

                          
James Ivory a pour particularité d'être un américain très britannique, si bien que les qualités même de son cinéma découlent de cette particularité : étranger partout, le cinéaste semble contempler d'autres mondes, partagé entre l'émerveillement et l'humour. La distance qu'il entend préserver à l'égard de ses sujets étant essentielle à ses yeux, il a toujours fui le conformisme. Ce qu'il souhaite est de poser sur les êtres et les choses un regard dénué de tout à-priori et enclin à un détachement qui n'est pas dépourvu de tendresse et de complicité. Cette dualité donne son sel à ses films et principalement à "Retour à Howards End" (1991), l'un de ses grands chefs-d'oeuvre qui, comme "Chambre avec vue" et "Maurice"  est inspiré d'un roman de E.M. Forster. Margaret Schlegel (Emma Thompson), une jeune femme émancipée aux idées avancées, se lie d'amitié avec Ruth Wilcox (Vanessa Redgrave), la femme du riche propriétaire de l'Impérial Caoutchoux, un homme traditionnaliste s'il en est. Or, Ruth qui sent sa fin prochaine, décide de céder sa demeure de Howards End à son amie Meg, dont elle a décelé le nature profondément artiste et sensible. Furieux d'être ainsi dépossédés de leur bien au profit d'une inconnue, les Wilcox s'arrangent de façon à dépouiller la jeune femme de cet héritage et de se le réapproprier. Le destin, par de curieuses circonvolutions, en décidera autrement.

                         


Cette troisième adaptation d'un roman de Forster réunit la même équipe, le même scénariste et le même producteur et prend comme cadre de référence la société britannique de l'époque, sans pour autant que l'auteur se répète, car ce film est une réussite absolue, une petite merveille dans l'univers cinématographique. Il est vrai que c'est en creusant sans cesse le même sillon que l'on donne le meilleur de soi-même et que l'on édifie une oeuvre d'une qualité aussi remarquable. Sans nul doute, celle de James Ivory l'est pour toutes sortes de raisons : l'allégresse communicative avec laquelle il mène son récit, le regard gentiment ironique qu'il pose sur ses personnages, la grâce de sa mise en scène, la splendeur de ses décors, le côté très aquarellé de ses images, sa direction d'acteurs irréprochable et le soin extrême apporté à la narration. Tout est parfait et d'une rare élégance. Fantaisie, charme caractérisent ce long métrage délicieux qui, maintes fois vu et revu, ne perd rien de sa saveur tant elle est agréable à l'oeil et à l'oreille, et, parce que le sujet traité est en fin de compte inusable, indémodable, simplement parce qu'il relève d'une permanence de la nature humaine. Amour et amitié, confiance et trahison, arrogance et humilité, cloisonnement des classes sociales, tout cela, qui perdurera aussi longtemps que l'homme, est abordé avec finesse et impartialité. L'être est ainsi fait et Ivory l'évoque d'une facture déliée, plaisamment ciselée, pour notre plus grand bonheur. Orfèvre en la matière, il a su choisir ses acteurs. Rarement Emma Thompson n'a été aussi convaincante, drôle et vive, charmante et émouvante, délicate et futile, face à un Anthony Hopkins, glaçant en décideur autoritaire et chef de famille soucieux de ses prérogatives. Un rien de tendresse viendra cependant atténuer la froideur de son regard et lui conférera un sursaut d'humanité. Ce sont ces petits détails-là que James Ivory s'attache à montrer, sans jamais appuyer le trait, en glissant, en feutrant, en jouant de toute la gamme des sentiments et de leur complexité. Quel régal !



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JAMES IVORY OU GRANDEUR ET DECADENCE DES CIVILISATIONS         

 

EMMA THOMPSON    



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RETOUR A HOWARDS END de JAMES IVORY
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LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


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