Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
23 mai 2008 5 23 /05 /mai /2008 10:39
LES NUITS DE LA PLEINE LUNE d'ERIC ROHMER

                 

Louise, stagiaire dans une agence de décoration, occupe avec Rémi, urbaniste, un appartement à Marnes-la-Vallée. Mais Louise est coquette, aime sortir, s'amuser, alors que Rémi, casanier, préfère la tranquillité d'une vie un peu à l'écart des autres. Un soir Louise fait la connaissance de Bastien qu'elle invite dans le studio parisien qu'elle est en train d'aménager. C'est une nuit de pleine lune... Cependant cette existence dissipée commence à la lasser et elle décide de retourner vivre sagement auprès de Rémi. Mais il est trop tard, une autre femme a pris sa place.



Avec ce quatrième film de la série "Comédies et Proverbes", Eric Rohmer illustre la formule suivante : "Qui a deux femmes perd son âme, qui a deux maisons perd sa raison". Une fois encore, l'auteur fait preuve d'une grande liberté de ton et vise à saisir, en peintre autant qu'en moraliste, avec une attention minutieuse, les petits riens de la vie quotidienne qu'il considère comme significatifs de l'air du temps. Son art, comme on l'a dit, mêle une certaine forme de modernité picturale et de tradition classique qui s'applique à inscrire un itinéraire dans un périmètre délimité et ouvre, par la même occasion, une réflexion en profondeur sur l'architecture d'aujourd'hui, la tristesse des banlieues, la jungle des villes, les nuisances de tous ordres et le cocon familial sécuritaire. Cela témoigne d'une extrême sensibilité à l'environnement et nous convie dans des lieux précis qui s'inscrivent dans une chronologie rigoureuse : la gare de Marnes-la-Vallée, le parc du Mandinet, le carrefour Saint-Michel, la place des Victoires, la rue Poncelet... Cette attention portée au cadre de vie est inséparable d'un souci complémentaire de la décoration intérieure. Rohmer l'a confié à son interprète Pascale Ogier qui s'identifie idéalement au personnage de Louise, oiseau volage en quête d'un nid à ajuster à ses mesures. Comme toutes les créatures du cinéaste, elle entend marquer son territoire avec pour seul critère un certain goût de la beauté. Auprès d'elle, l'excellent Fabrice Luchini, qui apporte la seule note drôle et légère de ce film, sans doute le plus décalé, le plus abrupte de Rohmer, se fait le porte-parole du climat habituel rohmérien, lorsqu'il s'écrie : " J'ai besoin de me sentir au centre". Au centre d'un pays, d'une ville qui serait presque le centre du monde.

 

           

Faut-il pour autant considérer le metteur en scène comme un ironique ethnographe, un dilettante à l'affût des minauderies de  ses contemporains, ayant une prédilection pour les personnages exagérément nombrilistes. Il s'en défend et ne se veut que le peintre des moeurs de son époque comme son ami et confrère Claude Chabrol. C'est la raison pour laquelle il fascine et irrite à la fois,  ne laissant jamais indifférent, tant son public finit par se reconnaître dans ce tableau qu'il brosse d'eux avec une grâce et une habileté indiscutables. Il pratique un humour au second degré, pas toujours perceptible il est vrai. Si on le questionne sur ses préférences littéraires, le cinéaste cite aussi bien Balzac que la Comtesse de Ségur et se plait à brouiller les pistes. Dans l'entreprise que je fais - a-t-il coutume de dire - il est bon d'être secret. Son oeuvre est néanmoins d'une rare transparence. Elle s'ordonne, on le sait, en cycles : les contes moraux, les comédies et proverbes, dont le fleuron est sans nul doute "Les nuits de la pleine lune" ( 1984 ), où l'on voit l'importance de cet astre sur le comportement des personnages, sur leur humeur, leurs amours. Le sujet se focalise, comme beaucoup d'autres réalisations de Rohmer, autour des sentiments, des états d'âme de garçons et de filles qui échouent à accorder leurs actes et leurs désirs. D'un prétexte aussi ténu, Rohmer va broder tant et si bien qu'il réactualise le thème bien connu des deux pigeons dont l'un s'ennuyait tant au logis qu'il prît son envol jusqu'au jour où il le réintégrera, mais trop tard pour sauver la mise. Servi par des dialogues étincelants, le film nous renseigne avec brio sur les complications incertaines du coeur, le jeu des apparences, les rendez-vous manqués. Les acteurs servent cette intrigue avec finesse, par leur naturel et leur spontanéité . Et le revoir est d'autant plus émouvant que son interprète féminine Pascale Ogier ( la fille de Bulle Ogier ) devait mourir peu de temps après, des suites d'une attaque cérébrale. Elle reçut à titre posthume le prix d'interprétation au Festival de Venise 1984. Un film subtil et attachant qui nous restitue parfaitement le climat des années 80.

 

Pour lire l'article consacré à Eric Rohmer, cliquer sur son titre :

 

ERIC ROHMER OU UN CINEMA DE LA PAROLE
 

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, dont Ma nuit chez Maud, Le genou de Claire, cliquer sur le lien ci-dessous :
 

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS
 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL 

 

 

LES NUITS DE LA PLEINE LUNE d'ERIC ROHMER
Partager cet article
Repost0
22 mai 2008 4 22 /05 /mai /2008 08:49
LE DERNIER EMPEREUR de BERTOLUCCI

    

Le Dernier Empereur, réalisé en 1987 par Bernardo Bertolucci, est une grande fresque historique qui relate la vie de l'empereur de Chine Pu Yi. A l'âge de trois ans, celui-ci avait été enlevé à sa mère et conduit dans la Cité Interdite pour succéder à l'impératrice douarière Ts'eu Hi, qui avait d'abord exercé la régence au nom de son fils Tong Zhi, puis de son neveu Guang Xu. Sa politique conservatrice et nationaliste, dans un état miné par la corruption et les conflits internes, avait favorisé la révolte des Boxers, vite matée par un corps expéditionnaire occidental.
 


Quand le petit empereur monte sur le trône, il devient entre les mains des régents, qui se chargent de le tenir écarté des tumultes de l'histoire, une sorte de marionnette qui n'est là que pour être en représentation lors des nombreuses et pompeuses cérémonies officielles, dont le but est d'impressionner la population. Servi par des centaines de domestiques, vivant parmi les eunuques et les courtisans, l'enfant s'ennuie dans son rôle de figurant, d'autant qu'il est chaque jour privé davantage de sa mère que les officiels s'emploient à éloigner. Alors que le Kuomintang s'est déjà emparé du pouvoir, rien ne parait avoir changé à l'intérieur de la Cité Interdite qui vit en autarcie comme une île coupée du monde. Jusqu'au jour où la révolution, ayant fait son oeuvre, l'empereur se voit contraint de quitter le palais envahi et saccagé par les insurgés et obligé à chercher refuge au Japon. Bien entendu, les Japonais sauront l'utiliser comme un pion sur l'échiquier de la politique internationale. Mais rien ne se passe comme il était prévu. L'axe  Allemagne-Italie-Japon ayant perdu la guerre de 39-45, les Soviétiques viennent prêter main forte aux Chinois pour chasser l'envahisseur japonais et l'empereur est naturellement livré aux autorités de son pays. Condamné à la prison à vie, il est, grâce à sa bonne conduite et à son changement idéologique qui en a fait semble-t-il un communiste pur teint, délivré par un responsable compréhensif. Il finira sa vie comme jardinier du parc botanique de Pékin, visitera, avec le flot des touristes, la Cité dont il avait été le prince et écrira ses mémoires qui seront publiées en 1965. Il meurt en 1967 dans l'indifférence générale. Ainsi assiste-t-on, la gorge nouée, à la transformation d'un homme-dieu en un personnage que la dictature de Mao aura réduit à n'être plus qu'un sous-homme dans un pays vitrifié par une nouvelle idéologie.

 

La critique fut excellente et le film salué à sa sortie comme un chef d'oeuvre. Hiromura ira jusqu'à écrire : " Tout simplement l'une des plus grandes fresques réalisée au cinéma. Un monument, un colosse, une merveille". Le film tourné dans la Cité Interdite - ce qui a causé d'innombrables difficultés à son metteur en scène - est dédié à l'empereur défunt qui fut la dernière figure impériale du XXe siècle. Il se base sur l'incroyable et tragique histoire de ce petit garçon arraché à sa mère, privé d'enfance, écrasé sous le poids des traditions, qui ne découvrira que tardivement, et au prix de quelles blessures et souffrances, les réalités du monde.

 

Les acteurs, tous parfaits dans leur interprétation, rendent crédibles leurs personnages et la mise en scène, précise et efficace, nous restitue l'époque et la vie dans la Cité interdite en ses moindres détails. Le film ne nécessita pas moins de 270 techniciens, 19.000 figurants, 9000 costumes et 2 ans de négociations avec les autorités chinoises pour obtenir le droit de tourner sur les lieux. Aussi est-il une prouesse dans tous les sens du terme. On sort de sa projection ébloui par l'ampleur des prises de vue, la qualité des restitutions historiques, la beauté des images, les scènes tout à la fois rigoureuses et fastueuses, le bouleversant destin de cet empereur que l'existence se plut à placer dans les situations les plus extrêmes et qui, ayant passé son existence à ne pas vivre, entre, grâce à ce film, dans la légende.
 

 

 Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA EUROPEEN, dont 1900, cliquer sur le lien ci-dessous :  

 

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

     

 

John-Lone-Joan-Chen.jpg

 

John-Lone.jpg
 

Partager cet article
Repost0
18 mai 2008 7 18 /05 /mai /2008 09:07
QUAND PASSENT LES CIGOGNES de MIKHAIL KALATOZOV

                                                                                      
Veronoka et son amoureux Boris tardent à se séparer. Au-dessus d'eux, dans la ville de Moscou, passe un vol de cigognes. La guerre est déclarée. Contre l'avis des siens, et malgré  la peine qu'il inflige à celle qu'il aime, Boris a décidé d'être volontaire et de rejoindre le front. Il mourra sans que ses proches en soient informés. Ayant perdu ses parents, au cours d'un bombardement, Veronika s'est installée dans la famille de Boris où elle finit par céder aux avances pressantes de Mark, le frère de ce dernier. Elle l'épouse, mais en conçoit immédiatement le plus vif remords. Arrive la victoire. Veronika est sur la quai avec un bouquet, mais Boris ne descendra pas du train, et la jeune femme, le coeur brisé, distribuera les fleurs destinées à son bien-aimé aux soldats de retour. 
Echevelé, pathétique, douloureux, Quand passent les cigognes (1957) est peut-être le film le plus romantique jamais tourné. Chose d'autant plus étonnante que cette merveille de sensibilité nous vient d'URSS, dont le cinéma d'alors était au service du pouvoir, niant l'individu, en tant que tel, au profit du groupe. Un film, comme celui-ci, rompait par conséquent avec l'art de la propagande qui avait été imposé par le régime et, bien entendu, le point de vue officiel était loin de concorder avec le vécu du peuple russe. Les metteurs en scène se voyaient dans l'obligation d'insister sur le rôle positif de la révolution d'octobre, de la collectivisation des terres et de la planification économique. Si bien que les scénarios avaient tous pour point commun de chanter les louanges du camarade Staline.

                   
Le tour de force de Mikhail Kalatozov sera de ne pas céder à ce chantage et de décrire le destin d'une femme complexe, renouant avec le concept de la personne humaine. Un souffle épique traverse son long métrage qui est d'autant plus exceptionnel que réalisé dans une période troublée et un contexte difficile pour les artistes. Mais le petit père Khrouchtchev était passé par là et ce film est le symbole du dégel qui régna un moment de l'autre côté du rideau de fer. L'auteur nous conte ainsi, et avec quel talent ! l'histoire d'une tragédie individuelle vécue sur  fond de convulsions historiques, histoire banale à prime abord, puisque celle d'un jeune soldat qui ne reviendra jamais au bercail, mais comme transfigurée par un mouvement de caméra irrésistible et une mise en scène efficace et dépouillée. On n'en finirait pas de citer les scènes marquantes qui rythment ce film et ne nous laissent pas un instant inattentifs ou distraits : les adieux manqués, les bombardements, la mort de Boris qui, dans une dernière vision, aperçoit Veronika en robe de mariée et, surtout, la poignante scène finale d'un lyrisme rarement égalé. 
Pour parvenir à cette perfection, Kalatozov a pris soin de réunir autour de lui une équipe performante : tout d'abord, un directeur de la photographie virtuose S. Ouroussevsky et une actrice idéale dans le rôle de Veronika, l'adorable et délicate Tatiana Samoïlova, d'un naturel plein de grâce et de sensibilité. Pour l'époque, les prouesses techniques laissent pantois. La caméra virevolte en des travellings inattendus, des cadrages savants, des profondeurs de champ subtils et ce déluge de technique, loin de nuire à l'émotion, ne fait que la renforcer. Un film qui fut salué à Cannes par la Palme d'Or en 1958 et que l'on ne peut oublier, parce qu'il a réussi ce petit miracle de savoir toucher et surprendre. On le revoit avec le même plaisir et le même pincement au coeur, tellement tout y vrai, universel, finement exprimé, et l'on se dit que, décidément, les chefs-d'oeuvre ont cela de particulier, d'inspirer, en permanence,  la surprise et l'étonnement.

 

Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA EUROPEEN, cliquer   ICI

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL


                   

QUAND PASSENT LES CIGOGNES de MIKHAIL KALATOZOV
Partager cet article
Repost0
15 mai 2008 4 15 /05 /mai /2008 13:50
SEAN PENN - PORTRAIT

                                                                                   
Auteur du film "Into the wild", (2006), ce comédien-réalisateur, fort en gueule, est de ceux qui ne cachent pas leurs convictions, au point que leur nom sonne moins comme l'incarnation du 7e Art que comme le symbole obligé d'un engagement politique. Son action contre la guerre en Irak a fait de lui une figure majeure des mouvements anti-Bush. Il s'est même rendu à plusieurs reprises à Bagdad, afin de dénoncer l'ingérence illégitime des Etats-Unis, qui, selon lui, a contribué à mettre à mal les libertés civiles et à plonger le pays dans le chaos. En-dehors de cela, Sean Penn , né le 17 août 1960, fils de l'acteur Léo Penn, frère de l'acteur Chris Penn et du compositeur Michael Penn, quelle famille ! est un comédien qui ne peut laisser personne indifférent, tant ses compositions sont fortes, comme celle de la "Dernière marche" (1995), où il jouait de façon bouleversante, à côté de Susan Sarandon, le rôle d'un condamné à mort, rôle qui lui vaudra d'être nommé pour l'Oscar du meilleur acteur. Dans  "She's so lovely" de Nick Cassavetes, il incarne un déséquilibré violent et se verra honoré par le prix d'interprétation au Festival de Cannes en 1997. Dans "Sam, je suis Sam" de Jessie Nelson, il campe un attardé mental tout aussi convaincant et semble abonné aux rôles difficiles qu'il intériorise avec sobriété et conviction. En 2003, il reçoit, pour la seconde fois, la coupe Volpi pour son rôle de cardiaque dans le film d'Alejandro Gonzalez Inarrita "21 Grammes"  et, la même année, se voit récompensé par l'Oscar du meilleur acteur pour sa formidable interprétation dans  "Mystic River" (2002) de Clint Eastwood.                       


Etre acteur ne suffisant pas à cette personnalité riche et remuante, Sean Penn passe très vite derrière la caméra pour des réalisations de qualité, où il peut s'abandonner à son inspiration, comme  "Into the Wild",  dont le projet a mûri pendant plusieurs années à la suite de la lecture du roman éponyme de  Jon Krakauer. Ce film réussi a valu à son auteur et à son équipe des mois de galères, tant l'acteur-metteur en scène avait tenu, par souci d'authenticité, à respecter, dans les moindres détails, le parcours quasi initiatique que son héros effectue à travers l'Amérique. Il fallut, par conséquent, affronter les rivières glacées, la neige, le verglas et des températures de 48°C. Des conditions certes contraignantes, mais qui ont participé à la beauté esthétique du film, tourné dans des décors naturels et dans les conditions météorologiques correspondantes. Les photos sont dues à l'objectif d'Eric Gautier ; quant à l'acteur principal, il perdra 18 kilos et apprendra à descendre les rapides du Colorado. Le résultat est un film hommage aux grands espaces américains et une mise en accusation  du capitalisme outrancier qui plombe les valeurs essentielles d'amitié et de respect de la nature. Ce dernier long métrage est le quatrième opus de l'acteur-réalisateur après "Indian Runner" (1990), "Crossing Guard" (1995), "The Pledge" (2001) et marque certainement l'accession à la maturité d'un homme déchiré entre ses aspirations et ses contradictions, dont la jeunesse a été faite de frasques et d'engagements passionnels. Son mariage avec Madonna en 1985 a défrayé la chronique de l'époque par son caractère violemment conflictuel. L'enfant terrible d'Hollywood a paru s'assagir depuis et présida même en 2007 le jury du 61e Festival de Cannes. Le talent et l'anticonformisme étaient à l'honneur.
 


Pour prendre connaissance des films où figure l'acteur, cliquer sur le lien ci-dessous :  
 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

Et pour consulter la liste des articles de la rubrique ACTEURS DU 7e ART, cliquer   ICI  

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

                      

SEAN PENN - PORTRAIT
Partager cet article
Repost0
9 mai 2008 5 09 /05 /mai /2008 08:55
BONNIE AND CLYDE d'ARTHUR PENN

                         

En 1967, Truffaut reçoit de deux scénaristes, David Newman et Robert Benton, un sujet de film qu'il refuse simplement parce qu'il s'est, à l'époque, entièrement investi dans Fahrenheit, si bien que ceux-ci se tournent vers Godard mais, entre-temps, l'acteur américain Warren Beatty, alerté par Truffaut, s'est porté acquéreur des droits du scénario. En effet, le frère de Shirley McLaine a des ambitions de producteur et entreprend aussitôt le siège de Jack Warner pour tenter d'associer la firme à son projet. Il emporte l'adhésion du bonhomme et choisira Arthur Penn comme réalisateur. Dès que ce dernier s'attaque au traitement du scénario, il l'infléchit vers ses thèmes de prédilection : la juvénilité, la recherche d'identité, la maturité violente, l'initiation douloureuse (et symboliquement mortelle) à la vie sociale. Bonnie and Clyde est une saga composée autour de la fameuse dépression des années 30, qui raconte le destin singulier de deux jeunes truands célèbres. Bien entendu, ce long métrage véhicule des éléments de réflexion liés à la nature des personnages, dont il nous relate la carrière criminelle, tout en faisant la part belle au contexte social de l'Amérique d'alors plongée dans cette dépression qui nous est décrite par touches indirectes, plus explicites que de longs discours.

 

Comme à son habitude, Arthur Penn ne se veut pas démonstratif dans son rapport avec l'histoire. L'air du temps l'intéresse plus que les paraphrases sur les événements en cours. S'il est vrai qu'un film comme celui-ci s'est construit autour de l'argent (élément de subsistance, puis de discorde, enfin de luxe relatif chez des êtres plus naïfs que vénaux), autour des lieux où on le trouve (les banques), il est, selon moi, davantage une réflexion sur la pauvreté qui lui donne un ton et une tonalité sombre, bien que la relation entre ces trois éléments ne soit jamais établie. Son illustration se veut primaire, au strict niveau des apparences, comme est primaire la conscience que peuvent en avoir  Bonnie et Clyde, qui, au fil de l'aventure dans laquelle ils se sont engagés avec une totale insouciance, seront obligés de devenir ce qu'ils ont affirmé être. Et ce qui participe à la recherche de leur identité frôlera sans cesse le pathétique.

 

                  
Au moment de la sortie du film, on a pu s'étonner de l'impact qu'il a eu sur la jeunesse, ce que certains déplorèrent, considérant que son influence ne pouvait être que néfaste. Mais il serait injuste de voir dans Bonnie and Clyde une apologie de la violence. Penn n'a jamais abondé dans cette problématique simpliste. Au contraire, ce qui frappe, c'est à quel point les protagonistes sont dépourvus de volonté de puissance. Ils ne partent pas en guerre contre la société, n'affirment aucun choix idéologique, pas plus qu'ils ne s'inscrivent dans un combat social ou politique quelconque. Ce sont des personnages qui évoluent selon les circonstances et les événements, suivent les voies que leur propose le hasard et leur dicte leur instinct, d'autant qu'Arthur Penn atténue sans cesse le tragique de la situation par un humour roboratif. L'incapacité de la bande à Burrow de contrôler le destin dans lequel les uns et les autres s'enlisent, par immaturité et imprévoyance, les rend plus pitoyables que condamnables. Il est probant que le metteur en scène les désigne davantage comme les victimes d'une époque, d'un contexte, d'un système, que comme totalement responsables de leurs actes.



Dans cette oeuvre, les individus découvrent l'humiliation économique, sociale, morale que leur fait subir une société implacable. Et n'est-ce pas afin de trouver leur identité qu'ils font la guerre à cet état de fait ? Le réalisateur s'en est clairement expliqué :
" Je ne veux pas du tout psychanaliser les Etats-Unis, mais disons qu'il y a l'aspect sociologique de cette époque de la dépression et que je montre deux jeunes gens qui en sont le produit. Je ne les approuve pas, ni ne les condamne. J'ai suivi leur histoire jusqu'à la fin où la police les a attirés dans un piège pour les massacrer. (...) Je crois que le succès du film, son audience auprès de la jeunesse américaine, provient de ce que les jeunes se retrouvent dans ce qui est, pour eux, peut-être, un retour à l'anarchie, mais surtout un film contre la guerre".

 

bonnie-and-clyde1.jpg

 

La fin est connue, spectaculaire, et transforme cette matinée ensoleillées du 23 mai 1934 en un ballet macabre qui atteint une sorte de surréalité. Mille balles tirées en une minute dont 94 atteignirent leur cible - précision historiquement prouvée - n'était-ce pas une sorte de délire que rien ne justifiait sinon la peur du mythe et de sa force ? Faye Dunaway trouve là son plus grand rôle. Belle, tendue comme un arc, elle épouse au plus près ce riche personnage en traduisant, de façon aiguë, ses contradictions, auprès de Warren Beatty qui, à la suite de La fièvre dans le sang, a tout mis en oeuvre (achat des droits du scénario) pour s'attribuer cet autre rôle phare. Ce long métrage contribuera à asseoir sa notoriété et obtiendra en France un succès tel qu'il inspirera à Serge Gainsbourg une célèbre chanson.

 


Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

bonnie-and-clyde-1962-07-g--Small-.jpg

 

 

BONNIE AND CLYDE d'ARTHUR PENN
Partager cet article
Repost0
8 mai 2008 4 08 /05 /mai /2008 12:49

  9059962

                                         
 

Charles Chaplin est né à Londres le 16 avril 1889 de parents pauvres qui travaillaient dans le music-hall. La vie familiale fut pertubée par un père alcoolique et une mère sujette à de fréquentes crises de folie. L'enfance du petit Charles sera misérable, mais elle fit de lui un observateur attentif du monde grouillant des quartiers populaires de Londres. Après une tournée de music-hall, il va se fixer aux Etats-Unis, où il produira une soixantaine de films avec des firmes différentes, dont quelques inoubliables chefs-d'oeuvre. Il crée, avec d'autres grands noms, la compagnie United Artist ( artistes associés ), mais soupçonné de sympathie avec le parti communiste par la Commission des activités anti-américaines, Chaplin quitte les Etats-Unis en 1952 avec sa dernière épouse Oona O'Neill, fille du dramaturge américain Eugène O'Neill, et se fixe dans un superbe manoir en Suisse, sur les rives du lac Léman. Il tournera encore plusieurs films dont  Limelight en 1952 et  Un roi à New-York  en 1957. Il est fait Chevalier par la reine Elisabeth d'Angleterre et meurt à Vevey le 15 décembre 1977.

 

les-lumières-de-la-ville-charlie-chaplin 

 

Les Lumières de la ville  (1931) est son dernier film muet. S'il n'est pas le plus accompli, il est sûrement le plus touchant, un vrai miracle de fraîcheur et de nostalgie. Chaplin savait qu'ensuite il lui faudrait franchir le pas et entrer dans le mode  "parlant" qu'il redoutait, lui, qui, mieux que personne, savait utiliser les silences et se passer des mots, tout dire sans rien dire. Pour Chaplin, le seul intérêt du son était la musique qu'il composait lui-même, orchestrait et adaptait à l'image au millimètre près.


Dans le rôle de l'aveugle, la délicieuse Virginia Cherrill - dont ce fut le seul grand rôle - fut la partenaire idéale, bien que, dans le privé, Charlie et elle ne se supportaient pas et que le cinéaste fût tenté de prendre une autre partenaire. Conçu dans le doute et la douleur, ce film remporta un immense succès. La caméra est déjà habilement utilisée et le découpage des scènes envisagé avec une extrême rigueur pour mieux servir le scénario, qui sait faire mouche à tous moments, balance entre le drame et la farce, le rire et les larmes, le burlesque et l'émouvant. Chaplin nous donne ici un échantillonnage des travers de la société, sans oublier les incursions dans les profondeurs du coeur humain, et c'est tout bonnement stupéfiant.


Contrairement aux films précédents qui se déployaient dans le sens où la réalité décevante inspirait l'illusion, celui-ci part de l'illusion pour se heurter à la réalité, ce qui est chez Chaplin une étape innovante de son inspiration. De toute sa filmographie, Les lumières de la ville est sans doute sa réalisation la plus pure, faisant de son auteur un artiste à part, inclassable, insurpassable dans une forme de comique très personnelle qui permet aux personnages de passer d'un sentiment à l'autre instantanément. Grâce à ce long métrage, véritable chant d'adieu au muet, l'auteur atteint des sommets, tant il est persuadé de la pérennité d'une expression qu'il considère comme parfaite en soi, celle du geste, de la mimique, langage éloquent du silence. La plus belle scène d'une oeuvre, qui en contient beaucoup, est celle où la jeune fleuriste, ayant retrouvé la vue, reconnaît le vagabond qui l'a sauvée, en touchant ses mains. La retenue de Charlot, l'émotion qu'il exprime est un des instants les plus bouleversants du 7e Art.

 

 Pour lire l'article consacré à Charlie Chaplin, cliquer sur son titre :  

 
CHARLIE CHAPLIN, LE VAGABOND DE GENIE   

 

Et pour prendre connaissance de la critique des autres films de Chaplin, cliquer  ICI

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

                        

 
Les-Lumieres-de-la-ville scale 762 366 

 

 

Partager cet article
Repost0
3 mai 2008 6 03 /05 /mai /2008 10:13
MERYL STREEP - PORTRAIT

                                                                             

Meryl Streep est certainement l'une des tout première actrice actuelle par la diversité et la qualité de son jeu, ce qui lui permet d'aborder des personnages très différents et de transmettre l'émotion avec la même maîtrise et la même sensibilité. Née le 22 juin 1949 dans une famille aisée - son père était pharmacien - elle étudie à Dartmouth l'écriture scénariste, la décoration et la création de costumes et entre ensuite à la Yale Drama School. Elle est si douée qu'elle figure dans les six des sept pièces présentées annuellement par la Yale Repertory Company et obtient sa maîtrise en 1975. Alors qu'elle est encore étudiante à Vassar, dont elle est diplômée, elle obtient le rôle-titre du spectacle dès sa première édition.
 


Durant sa première saison à New-York, où elle est venue faire carrière, elle joue de nouveau dans sept pièces, parfois deux rôles aux antipodes l'un de l'autre dans la même journée, avant de devenir la vedette d'une comédie musicale à Broadway "Happy End" et de remporter un Obie Award pour sa performance dans la production off-Broadway de "Alice at the palace"
 


Elle doit ses débuts dans le 7e Art à Fred Zinnemann, qui la dirige dans "Julia", puis tourne dans "Voyage au bout de l'enfer" auprès de Robert de Niro et, après un retour à la scène dans "La mégère apprivoisée", interprète l'épouse bisexuelle de Woody Allen dans "Manhattan" et la maîtresse d'Alan Alda dans "La vie privée d'un sénateur". Elle sera également  l'épouse de Dustin Hoffman dans "Kramer contre Kramer" pour lequel elle recevra son premier Oscar. Pourtant ses débuts devant la caméra en 1976 s'accompagnent d'un souvenir cuisant, l'exclamation de Dino de Laurentis, qui l'avait convoquée pour un essai, et  s'écria en la voyant : quelle mocheté ! Ce n'était guère galant mais il en fallait davantage pour décourager cette toute nouvelle diplômée de Yale. 

                        

Meryl Streep sera citée trois fois à l'Oscar, une seconde fois en 1981 pour "La maîtresse du lieutenant français" où je l'ai découverte personnellement avec autant de curiosité que d'enthousiasme, tant elle interprétait finement cette femme abandonnée dans un décor de falaises romantiques, au temps du puritanisme victorien et l'obtient l'année suivante pour sa formidable prestation dans "Le choix de Sophie" de Alan J. Pakula, d'après le roman de William Stiron. Puis elle retrouve Robert de Niro dans "Falling in love" ( 1984 ) et remporte, pour ce film, l'équivalent italien de l'Oscar, le prix David Di Donatello, ce qui confirme le retentissement de sa carrière internationale.


                        
En 1985, elle est dirigée par Sydney Pollack dans un film qui cristallise davantage encore son aura d'actrice : "Out of Africa". C'est avec "Le choix de Sophie" et "La route de Madison", l'interprétation où elle apparaît la plus émouvante, la plus intériorisée. Elle y est dans tout l'éclat de sa féminité, humaine et néanmoins évanescente et inaccessible, à cause de cette magie qu'elle dégage, ce charme puissant, celui qui devait habiter le personnage qu'elle est chargée de représenter : la femme de lettres Karen Blixen. Viendront "La brûlure" avec Jack Nicholson et "Un cri dans la nuit" où elle est gratifiée du Prix d'interprétation féminine au Festival de Cannes 1989.



En 1992, Meryl Streep est de nouveau nominée au Golden Globe dans la comédie noire "La mort vous va si bien" de Robert Zemeckis qui n'est qu'un aimable divertissement et enchaîne en 1993 avec "La maison aux esprits" de Bille August, tiré du roman d'Isabelle Allende, une de ses seules erreurs - le film se révélant être un navet - dans une carrière conduite avec beaucoup de discernement. La suite sera éblouissante avec "Sur la route de Madison" auprès de Clint Eastwood, où elle triomphe dans le rôle de Francesca, une femme qui découvre tardivement le grand amour dans les bras d'un photographe-reporter venu prendre des clichés des vieux ponts  couverts de l'Iowa, avant qu'on ne l'apprécie en 2001 dans l'adaptation de "The Hours" de Michael Cunningham. Pour elle, pas de temps mort, un film chasse l'autre, et dans chacun d'eux, elle se montre parfaite, en osmose avec les personnages qu'elle a à charge de faire vivre pour nous. On l'a vue dans "Le diable s'habille en Prada", qu'elle présenta en personne au Festival du film américain de Deauville en 2006 et dans "Lions et agneaux" de Robert Redford, son partenaire dans "Out of Africa", avant de se glisser dans la peau de Martha Mitchell, celle qui alerta la presse lors du scandale du Watergate dans "Dirty tricks", puis dans celle de Margaret Thatcher dans "La dame de fer" de Phyllida LloydLorsqu'elle ne tourne pas, l'actrice habite dans sa propriété du Connecticut auprès de son mari Don Gummer et de ses quatre enfants. Elle se plaît à mener une existence paisible loin de la vie agitée et de la presse à scandale de Hollywood. Ce qui ne peut étonner de la part d'une personnalité qui n'a jamais défrayé la chronique, ni galvaudé son image. Incroyablement malléable, elle sait se fondre dans les personnages les plus divers et inattendus, parvenant à ne jamais céder à la facilité ou à la démesure.


 

Avec 19 sélections, dont 15 dans la catégorie "meilleure actrice", c'est la comédienne la plus nommée de l'histoire des Oscars. Même performance pour les Golden Globes. Meryl Streep cumule aujourd'hui 29 nominations. Autant de statuettes saluant sa capacité à prendre les visages les plus divers, tous les accents, à se fondre dans n'importe quel décor, ainsi que d'entrer dans la peau des personnages les plus divers et parfois les plus opposés. Eclectique et appliquée, elle su enrichir son registre avec des héroïnes inoubliables, des scénariis captivants et des metteurs en scène de grand talent. Aussi est-elle de nos jours un modèle pour les comédiennes en herbe qui rêvent de faire une carrière aussi prestigieuse. D'autant que les comédies récentes, qu'elle a tournées, l'ont rapprochée d'un public plus jeune. Dans  "Florence Foster Jenkins" du cinéaste Stephen Frears, qui est sorti il n'y a pas très longtemps dans les salles, elle est une femme touchante et irrésistible qui se croit à tort douée d'un don pour l'opéra, sujet déjà abordé dans "Marguerite" mais qu'elle endosse avec son naturel et sa finesse habituelle. Elle est désormais considérée comme la "Queen" du 7e Art américain et rayonne en star mondiale  incontournable. Et avec "Pentagon Papers" de Steven Spielberg, elle nous éblouit une fois encore par son jeu d'une force et d'une grâce étonnantes et dans ce rôle de femme qui ne veut pas céder aux sirènes du découragement.

 
 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN, où vous prendrez connaissance des critiques suivantes, Out of Africa, Sur la route de MadisonJulia & Julia, Pentagon Papers,  cliquer   ICI

 

Et pour prendre connaissance des articles de la rubrique ACTEURS DU 7e ART, cliquer sur son titre :

 

LISTE DES ARTICLES - acteurs du 7e Art

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

MERYL STREEP - PORTRAIT
MERYL STREEP - PORTRAIT
Partager cet article
Repost0
3 mai 2008 6 03 /05 /mai /2008 09:45
LES FRAISES SAUVAGES d'INGMAR BERGMAN

                   
Pourvoyeur d'images de génie, Ingmar Bergman tient aujourd'hui, dans l'univers cinématographique, une des tout première place. La force de son oeuvre, ses réflexions graves mais d'une portée universelle, son originalité, son style, qui est celui d'un créateur à part entière, son écriture si personnelle ont fait de chacun de ses films un événement justifié. Aussi comment entrer dans cette vaste filmographie sans être désorienté ? Il me semble que "Les fraises sauvages" peuvent être une introduction valable à un cinéma dense et difficile qui se nourrit d'humanité, mais qui a souvent intimidé le néophyte. Bergman est le chantre de la solitude et ce long métrage aborde le sujet à travers le personnage d'un vieil homme qui vient de recevoir une distinction honorifique, couronnant sa carrière de médecin. A la suite d'un rêve, il bouscule ses plans et décide de se rendre en voiture à Lund avec sa belle-fille, ce qui lui permettra de revoir des lieux chargés d'évocations et de souvenirs. Ce sera également l'occasion de revivre certains d'entre eux et de faire le bilan de sa longue existence. Mais, heureusement, des personnes rencontrées vont l'aider à se réconcilier avec un passé chargé d'échecs sentimentaux et d'éclairer ses vieux jours d'une lueur de tendresse. En effet, une fois arrivé à Lund pour y recevoir sa récompense, le professeur Isaak Borg, ébranlé dans ses convictions, prend la résolution de tenter d'agir de façon à entretenir désormais des rapports moins formels avec son entourage. Un arrêt à la maison de son enfance le replonge au coeur de son passé, à la différence qu'il devient le témoin de scènes auxquelles il n'avait pas assisté à l'époque. C'est ainsi qu'il revoit sa fiancée d'alors, Sara, en train de se laisser séduire par son propre frère et qu'il la surprend plus tard se lamentant de ce que sa cour, érudite et compassée, l'avait contrainte à aller chercher ailleurs un peu plus de volupté. Se révèlent à lui l'étendue de son incompréhension à son égard et sa coupable négligence. Sa remise en cause, si elle est tardive, n'en est pas moins sincère. Si bien qu'au lieu d'une lente marche funèbre, "Les fraises sauvages" s'ouvre sur une allégorie qui n'est pas seulement pour le héros une sorte de politesse du désespoir, mais tend à conclure que l'existence se poursuit sous un éclairage autre, que le rêve est aussi une forme de vie, une vie transposée en une perspective conciliante, où la fiancée de jadis se remet en route avec vous vers un horizon apaisé. L'auteur parvient avec virtuosité à doser rêve et réalité sans jamais leur attribuer de frontières trop précises, cela en une orchestration d'une poignante beauté. On sait également que Bergman était très musicien et qu'il se dégage de ses films une musicalité étrange qui m'a toujours frappée. Dans "Les fraises sauvages", on voit Sara jeune suspendre le temps à l'aide d'un prélude, lent et nostalgique, du clavier bien tempéré. Bergman a toujours privilégié deux types dans le répertoire musical : celui des spiritualistes comme Bach et Mozart et celui des romantiques avec Chopin, Schumann, Schubert et Bruckner. Il a consacré un film à l'opéra de Mozart : "La flûte enchantée" qui est une réussite.
 


Par ailleurs, "Les fraises sauvages", comme l'ensemble de l'oeuvre bergmanienne, bénéficie d'une grande rigueur esthétique, rendue peut-être plus captivante que le film a été tourné en noir et blanc, de même qu'il jouit d'une interprétation hors pair - il n'est pas besoin de souligner que le réalisateur était un formidable et très exigeant directeur d'acteurs - avec une Ingrid Thulin et une Bibi Andersen merveilleuses et un Victor Sjöström d'un puritanisme et d'une misanthropie douloureuses qui n'étaient pas éloignés de ceux de son metteur en scène. Restent les souvenirs et la nostalgie d'un passé heureux que celui-ci sait si bien traiter avec l'austérité grandiose qui le caractérise. Si bien que ce film majeur porte à son sommet une inspiration jamais démentie par la poésie : la nature ne fait qu'un avec le vertige des sens et des souvenirs qui s'empare de cet homme sans repères temporels. Chacun, au final, trouvera ce qu'il cherche, car ici rien n'est imposé. Il y est moins question de la mort, des échecs ou des désillusions que de la continuation possible de la vie alors même qu'elle arrive à son terme. Ne nous y trompons pas, Bergman s'est profondément mis en scène dans cet opus pour la raison suivante : à l'âge de 15 ans, il avait assisté à la projection de "La charrette fantôme", le grand film réalisé par Victor Sjöström, dont il reconnut, par la suite, l'immense influence. Trente ans plus tard, en réalisant "Les fraises sauvages", Bergman, voulant interroger la figure de son père, fit appel, tout naturellement, au grand cinéaste pour l'interpréter. Mais il finit par se rendre compte que ce qu'il cherchait derrière la figure paternelle était son propre passé, sa propre enfance. De cette quête, de cet examen sans complaisance de lui-même, est né ce film lumineux, où la convocation des souvenirs et des rêves mêlés à la réalité produit une atmosphère inoubliable. " La vérité, c'est que je vis sans cesse dans mon enfance. Dans "Les fraises sauvages",  je me meus sans effort et assez naturellement entre des plans différents temps-espace, rêve-réalité - a  confié à un journaliste le cinéaste suédois. C'est probablement cette recherche du temps perdu qui a marqué d'un sceau inaltérable cette oeuvre prodigieuse.

 

Pour lire l'article consacré à Bergman, cliquer sur son titre :   

 
INGMAR BERGMAN OU UN CINEMA METAPHYSIQUE



Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA EUROPEEN, dont Le 7e sceau, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

LES FRAISES SAUVAGES d'INGMAR BERGMAN
Partager cet article
Repost0
30 avril 2008 3 30 /04 /avril /2008 09:36
Mon petit doigt m'a dit de Pascal Thomas

Prudence Beresford et son mari Bélisaire rendent visite à leur tante à la campagne. Intrigué par la disparition d’une vieille dame croisée dans une maison de retraite, le couple d’ex-agents secrets décide de mener l’enquête. Une série de crimes inexpliquée et de suspects trop nombreux vont compliquer cette étrange affaire.

 

 

Des répliques qui font mouche, un rythme soutenu, une histoire loufoque mais menée avec maestria, voilà une adaptation d’un roman d’Agatha Christie parfaitement réalisée grâce à l’ivresse des mots, à  un cadre bucolique magnifié par une photographie soignée et des acteurs au mieux de leur forme, contribuant au charme évident de cet opus intemporel. Dans le rôle de Prudence, Catherine Frot est pétillante de drôlerie face à un André Dussolier qui semble s’amuser follement. Le couple fonctionne à merveille, ayant déjà assuré le succès d’un précédent film « La dilettante » en 1998. Les seconds rôles sont tenus avec pertinence par des acteurs que l’on prend plaisir à croiser : Geneviève Bujold, Valérie Kaprisky, Alexandra Stewart, Laurent Terzieff, tous exhumés de saisons cinématographiques antérieures et dont les silhouettes ne peuvent manquer de nous toucher. Après des débuts difficiles, Pascal Thomas nous offre là un film bien ficelé, d’un humour revigorant, loin du maladroit « Zozos », où il ose assumer un style plus personnel, mêlant astucieusement les éléments propres à un polar à une note pimentée de fantastique gothique, association des genres qui déroute et séduit. Un bon  moment de cinéma.

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer  ICI

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Mon petit doigt m'a dit de Pascal Thomas
Mon petit doigt m'a dit de Pascal Thomas
Mon petit doigt m'a dit de Pascal Thomas
Mon petit doigt m'a dit de Pascal Thomas
Partager cet article
Repost0
27 avril 2008 7 27 /04 /avril /2008 10:04
CASINO de MARTIN SCORSESE

 
                                                                                                        
Année 1973. Las Vegas, temple de l'argent, est gouverné de manière occulte par le tout puissant syndicat des camionneurs. Sous leur autorité, Ace Rothstein (Robert de Niro), homme impitoyable avec les tricheurs, règne sur l'hôtel-casino Tangiers et va se laisser séduire, pour son malheur, par une virtuose de l'arnaque d'une saisissante beauté, Ginger (Sharon Stone), que, très épris, il épouse sans tarder. Nicky Santoro (Joe Pesci), son ami d'enfance, est devenu son homme de main et sait avec brutalité s'acquitter des basses tâches. Une série de trahisons douloureuses vont cependant ruiner l'entente du couple et les dérapages ne vont plus cesser de se multiplier. Se sachant incomprise de son mari, Ginger sombre dans la drogue et cherche l'appui de Nicky, si bien que les affrontements de ce trio infernal vont bientôt leur nuire, d'autant qu'ils sont de plus en plus étroitement surveillés par la police et le FBI. Un terrible et ultime affrontement sera à l'origine de l'effondrement de l'empire.

 

Casino est une de ces oeuvres phares qui, à un moment donné, nous offre la somme de ce que, périodiquement, une civilisation engendre pour le meilleur et le pire, avec une force et une précision étourdissantes. A la fois lyrique et intimiste, ce film, l'un des plus aboutis de Martin Scorsese, bénéficie d'une parfaite adéquation entre un metteur en scène surdoué et des interprètes qui ont su pleinement et magnifiquement assumer leurs rôles. C'est le cas de Sharon Stone, qui obtiendra le Golden Globe de la meilleure actrice pour son admirable composition, où elle allie l'intensité et la fragilité à la façon des personnages chers à Tolstoï, ainsi que de ses partenaires, excellentissimes eux aussi : Robert de Niro et Joe Pesci. La richesse et la perfection de Casino en font une oeuvre dense et essentielle de par la réflexion qu'elle instaure sur les grandeurs et misères du pouvoir. On pourrait à ce propos la rapprocher d'un film comme  Ivan le Terrible, tourné par un Eisenstein alors au sommet de son art. Scorsese, qui est également au sommet du sien, y fait montre d'une science prodigieuse du rythme qui est l'un des éléments remarquable du film, en permanence sous tension, mais une tension  concentrée qui ne se disperse pas, se ramasse pour devenir l'oeil du cyclone ; tout cela servi par un contrepoint visuel et sonore d'une grande qualité (une mention spéciale pour la très belle musique de Georges Delerue). Tragédie-parodie d'une ampleur et d'une cruauté inouïes, ce long métrage s'apparente à une parabole d'une décadence à la romaine, lorsque les hommes se croient suffisamment maîtres de leur destin pour oser affronter les dieux, le final a de ce fait quelque chose d'infiniment tragique, comme si une malédiction en avait précipité l'embrasement. Il nous fait assister également à une triple désagrégation : celle d'un couple, d'une amitié et d'un empire.                                


Le cinéaste a pénétré l'univers du jeu avec une curiosité qui ne laisse aucun détail au hasard. Tout nous est montré avec virtuosité par une caméra acérée, soit les plus secrets rouages de la machine Las Vegas, les trucs des tricheurs, les magouilles, et cela non sans drôlerie, non sans férocité, en une série de séquences qui relèvent de l'anthologie. Sous nos yeux captivés se déploie un festival d'images qui, presque toutes, sont diaboliquement expressives et rendent compte des moindres ramifications de ce monde très particulier et incroyablement hiérarchisé dans la violence. Du cinéma de haut vol qui exerce sur le spectateur une fascination certaine.

 

Pour lire l'article consacré à Scorsese et à Robert de Niro, cliquer sur leurs titres : 

 

MARTIN SCORSESE - PORTRAIT          ROBERT de NIRO - PORTRAIT

 

Et pour consulter la lsite complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL


 

CASINO de MARTIN SCORSESE
CASINO de MARTIN SCORSESE
Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : LA PLUME ET L'IMAGE
  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
  • Contact

Profil

  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.

Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

ET SI VOUS PREFEREZ L'EVASION PAR LES MOTS, LA LITTERATURE ET LES VOYAGES, RENDEZ-VOUS SUR MON AUTRE BLOG :  INTERLIGNE

 

poesie-est-lendroit-silence-michel-camus-L-1 

 

Les derniers films vus et critiqués : 
 
  yves-saint-laurent-le-film-de-jalil-lespert (1) PHILOMENA UK POSTER STEVE COOGAN JUDI DENCH (1) un-max-boublil-pret-a-tout-dans-la-comedie-romantique-de-ni

Mes coups de coeur    

 

4-e-toiles


affiche-I-Wish-225x300

   

 

The-Artist-MIchel-Hazanavicius

 

Million Dollar Baby French front 

 

5-etoiles

 

critique-la-grande-illusion-renoir4

 

claudiaotguepard 

 

affiche-pouses-et-concubines 

 

 

MES FESTIVALS

 


12e-festival-film-asiatique-deauville-L-1

 

 13e-FFA-20111

 

deauville-copie-1 


15-festival-du-film-asiatique-de-deauville

 

 

Recherche