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19 mars 2008 3 19 /03 /mars /2008 18:29
LA FLECHE BRISEE de DELMER DAVES

              

La reprise du film  La flèche brisée est une heureuse initiative. Pour deux raisons : tout d'abord parce que c'est un beau film, ensuite parce qu'il vient à point nommé nous rappeler les valeurs de sagesse et de modération dont notre monde a le plus urgent besoin. Cette histoire pourrait évoquer et illustrer n'importe lequel des conflits qui sévissent actuellement sur notre planète. Voyez plutôt : En 1870, dans l'Arizona, la guerre fait rage entre Blancs et Indiens. Tom Jefford (James Stewart) apprend patiemment le chiricahua avant de partir en mission auprès du chef Cochise (Jeff Chandler), avec l'objectif  de lui soumettre des propositions de paix. Devenu son hôte, il s'éprend de la belle indienne Sonseeahray (Debra Paget) et l'épouse, selon les coutumes en vigueur chez les Apaches. De retour à Tucson, Tom fait part à la population des entretiens qu'il a eus avec Cochise et les assure que, désormais, les courriers seront autorisés à traverser son territoire. Peu après, Tom emmène avec lui le général Howard ( Basil Ruysdael ), nommé le Père-la-Bible, qui professe avec conviction que tous les hommes sont frères sans distinction de couleurs. De son côté, Cochise brise une flèche afin de sceller avec les Blancs un accord de paix durable. Mais Géronimo (Jay Silverheels), un rebelle, se refuse à pactiser et entend poursuivre le combat. Chez les Blancs, certains ne désarment pas davantage. Slade (Will Geer), un impénitent raciste, tend une embuscade à Cochise, au cours de laquelle Sonseeahray trouve la mort. Fou de douleur, Tom veut la venger et c'est alors que Cochise intervient en lui rappelant que pour un meurtre, on n'a pas le droit d'entraîner à nouveau deux peuples dans la guerre. Tom s'éloignera le coeur lourd mais riche de souvenirs.
 

             
C'est d'ailleurs une phrase du même style prononcée par Cochise " Peut-être un jour me tueras-tu. Peut-être un jour te tuerai-je. Mais nous ne nous mépriserons jamais - qui symbolise le mieux l'esprit avec lequel Delmer Daves a tourné son film. Celui-ci marque une date déterminante, comme le souhaitait son auteur, dans le renouvellement complet des données du genre. La flèche brisée est un western adulte, un western vrai - se plaisait-il à dire. La plus grande partie de l'action se déroule dans le camp de Cochise, le chef apache de la tribu des Chiricahuas. D'où le souci du metteur en scène de décrire avec le plus grand réalisme et le plus grand respect les moeurs indiennes. Jusqu'alors ces populations étaient volontiers caricaturées et considérées comme les ennemis à abattre, ceux qui empêchaient les Blancs de s'installer sur des terres qu'eux-mêmes ne savaient pas exploiter. Daves va changer la donne et sera le premier à montrer les Indiens comme des gens respectables et non plus comme des sauvages. A travers le personnage de Cochise, il nous propose la vision d'un indien qui a le sens de l'honneur, une dignité naturelle et les espoirs simples de tous les êtres humains. Si bien que ce long métrage jouera un rôle considérable dans la manière dont Hollywood envisagera à l'avenir sa représentation du peuple indien.
 

                
Ce film sera, avec La porte du diable d'Anthony Mann sorti la même année (1950), l'élément qui contribuera activement à poser avec justesse la question des rapports entre Blancs et Indiens et à réhabiliter ces derniers dans l'inconscient collectif. Delmer Daves se veut néanmoins plus optimiste qu'Anthony Mann, foncièrement désespéré, qui filme l'anéantissement et la mort de son héros comme le symbole d'une race condamnée de toute éternité à disparaître. Par ailleurs, il est remarquable que le réalisateur ait su renoncer à tout manichéisme, puisque l'on trouve dans les deux camps des âmes droites et honnêtes, d'autres fourbes et belliqueuses. En-dehors de Cochise et Tom Jefford qui rêvent de vivre dans un monde pacifié, il y a aussi Howard, ce général chrétien, qui démontre clairement que l'armée n'était pas composée que d'assoiffés de sang. La générosité du propos de Daves ne fait pas de doute et on ne peut qu'adhérer à son humanisme et à son intégrité morale qui lui permettent d'aborder avec autant de respect que de déférence le douloureux problème indien.

                


Ce film a su alterner les scènes d'affrontement et celles très délicates de l'amour qu'éprouvent l'un pour l'autre Tom et Sonseeahray. L'image des jeunes mariés partant le soir de leur nuit de noces sur des chevaux blancs est inoubliable. De même que le sont les relations entre Tom et Cochise. Le fait que Delmer Daves ait lui-même vécu au milieu des Indiens, appris leurs usages, leur manière de vivre et se soit initié à leur langue, procure à ce film son authenticité. C'est certainement l'un des grands souvenirs de James Stewart que d'être entré dans le noble personnage de Tom Jefford qu'il incarne admirablement, face à des acteurs de premier plan, comme Jeff Chandler, magnifique Cochise, sans oublier Debra Paget, belle et touchante Sonseeahray. Rappelons-nous, avant de conclure, du dernier conseil que Cochise adresse à son ami Tom. Il mériterait d'être entendu de toutes les nations, tant la voix porte loin et haut : - Ecoute mon frère. Il faut accepter que les militaires respectent la paix. Géronimo ne valait pas mieux que ces Blancs. Je porte le fardeau de leur traîtrise, porte celui de cette morte. Cochise est fidèle à son peuple. Personne ici ne rompra la paix, pas même toi - C'est sur ces paroles que s'achève un film qui compte parmi les plus sensibles et les plus remarquables de la filmographie westernienne . Aujourd'hui, comme hier, nous avons encore toutes les bonnes raisons de le méditer.

 

 

Pour lire les articles consacrés aux grands maîtres du western et à James Stewart, cliquer sur leurs titres : 
 

 JAMES STEWART - PORTRAIT

  

 Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN, dont la plupart des westerns, cliquer sur le lien ci-dessous : 

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

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16 mars 2008 7 16 /03 /mars /2008 20:31

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Li Ahh et Li Ohm grandissent sans mère auprès de leur père Sui, qui répare les mannequins des magasins et est à tel point dévoré par son travail qu'il en délaisse ses fils. Ceux-ci sont livrés à eux-mêmes ; l'aîné de 9 ans prenant soin du plus jeune. Ils vont à l'école mais, ensuite, errent dans les rues et les terrains vagues où, un jour, ils recueillent un chiot abandonné. Le plus jeune, ne voulant pas s'en séparer, le cache dans son cartable et l'emmène avec lui à l'école. Mais la maîtresse s'en aperçoit et en parle au directeur, qui convoque le père. Ce dernier prend alors le chiot et va le déposer dans une décharge publique mais, devant le chagrin que cela provoque chez ses enfants, et surtout chez le plus petit, il est saisi de compassion et réalise à quel point il les aime. Ce film un peu trop lent à mon goût - mais cela est le fait de beaucoup de films asiatiques, qui n'ont certes pas le débit des films américains - ne manque pas de charme, à cause de la tendresse qu'il dégage, de sa fraîcheur, de sa drôlerie et du jeu merveilleux des deux enfants confondants de naturel et de spontanéité. Cet opus est le premier long métrage de Liew Seng Tat, né en 1979 à Jinjang, qui vient d'être couronné, il a tout juste une semaine, par le Festival du film de Fribourg et  sera présent, le mois prochain, à Vancouver pour représenter ce jeune cinéma malaisien.


Selon ses propres dires, l'auteur a lui-même grandi dans un milieu familial harmonieux, plein d'amour et de rires, d'où cette vision assez idyllique de l'enfance et ce portrait de deux gamins surpris dans leurs jeux insouciants. Fait avec peu de moyens, un scénario réduit à sa plus simple expression, ce long métrage a été tourné la caméra sur l'épaule et nous rappelle ce que fut dans les années 60 la Nouvelle Vague française, suscitant un sentiment identique, celui d'assister à une tranche de vie saisie sur le vif et qui séduit d'autant mieux que l'oeil, qui se trouve derrière la caméra, est empli d'indulgence et que ce monde de l'enfance reste à jamais un univers privilégié. Une jolie réalisation qui est comme une bouffée d'air frais.

 

Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA ASIATIQUE, cliquer sur le lien ci-dessous :


 

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LIEW_Seng-Tat_2007_Flower-in-the-Pocket.jpg

 


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16 mars 2008 7 16 /03 /mars /2008 11:18
WONDERFUL TOWN de ADITYA ASSARAT

                                                                                                                               
Dans la petite ville de Takua Pa, au sud de la Thaïlande, Ton, un jeune architecte, a été chargé de surveiller les travaux de reconstruction d'une chaîne hôtelière, au bord de la plage récemment ravagée par le tsunami. Dès son arrivée de Bangkok, il choisit, dans l'arrière-pays, un hôtel modeste, tenu par une jeune femme discrète, au charme délicat. Peu à peu, elle et lui vont tisser  des liens de tendresse et vivre un amour empreint de pudeur et de retenue. Mais cela ne va pas être du goût de tout le monde, et du frère de Na en particulier, un voyou paresseux, père d'un jeune enfant dont la jeune femme s'occupe avec dévouement. Pour faire cesser cette liaison, on comprend vite qu'il est prêt à tout et, en effet, les provocations se succèdent. D'ailleurs celui-ci met en garde sa soeur, alors que, dans le même temps, il encourage  Ton à la protéger car, contrairement à lui, elle est un coeur pur. Cela jusqu'au dénouement, où l'on verra que pour la garder auprès de lui, il n'hésitera nullement à employer les moyens les plus radicaux. Avec sobriété, le réalisateur
Aditya Assarat, dont c'est le premier long métrage, a choisi de traiter le tsunami, qui a frappé les côtes thaïlandaises et provoqué un profond traumatisme parmi la population, à travers le destin de deux êtres attachants, âmes blessées dont l'histoire d'amour ne peut manquer de nous émouvoir, d'autant que le film nous peint cette liaison avec sensibilité et procède par petites touches, en une suite de plans au ralenti, à l'égal du sentiment qui éclot entre  Na et Ton. Le cinéaste  a très bien rendu l'ambiance, s'attardant sur les maisons désertées, les objets de la vie quotidienne abandonnés là comme les épaves d'un autre temps, d'un autre monde, références à la solitude qui étreint les survivants. Ode touchante, avec quelques images superbes de cette région prise entre mer et montagne, tant appréciée des touristes autrefois, et soudain délaissée, mise à l'écart de la marche offensive du monde. Si bien qu'on se sent, tout au long du film, un peu hors du temps, au coeur d'une rêverie mélancolique exprimée sans faute de goût, sans excès, avec élégance et fluidité, par un jeune cinéaste qui réussit là un ouvrage grave, empli d'une poésie simple et quotidienne et mérite que l'on suive avec attention la suite de ses réalisations.

 

Prix du Jury du 10e Festival du Film Asiatique de Deauville

 

Pour prendre connaissance de la liste des films de la rubrique CINEMA ASIATIQUE, cliquer sur le lien ci-dessous :
 

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA ASIATIQUE


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15 mars 2008 6 15 /03 /mars /2008 10:13
Le bon, la brute et le truand de Sergio Leone

 

Alors que la guerre de Sécession fait rage aux Etats-Unis, trois hommes, absolument indifférents aux hostilités, consacrent leur énergie et leurs balles de revolver à rechercher un trésor caché  par l’armée nordiste, opus qui clôt le cycle de ce qu’il est convenu d’appeler aujourd’hui la "trilogie des dollars". Il est vrai qu’en un  court laps de temps, Leone a pulvérisé les codes du genre avec son style innovant dont la grammaire baroque se décline à partir d’un attirail de règles immuables : plans séquences étirés en longueur, immenses silences, utilisation du grand angle, zooms arrière et travellings à profusion, le tout soutenu par une musique lancinante, celle d’Ennio Morricone. C’est la révolution. D’autant que les histoires de Leone (et, ne l’oublions pas, de son coscénariste Sergio Donati) ne ressemblent à rien de ce qu’on a vu jusque-là. Cette révolution du western à la Leone marque l’arrivée tonitruante d’un nouveau genre avec le même personnage populaire du pistolero auquel le réalisateur donne le visage impassible de  Clint Eastwood. De même que ses deux comparses, Eli Wallach et Lee Van Cleef, qui contribuent grandement à la démythification volontaire de l’histoire traditionnelle de l’Ouest. Les moyens qu'utilisent le cinéaste lui permettent une ampleur spatiale et une dimension narrative peu communes, même lorsque les duels et les affrontements se développent comme de purs jeux formels.

 

 


Personnages atypiques,  le bon, la brute et le truand, improbable trio d’affreux dans un monde impitoyable, immoral, cruel et rempli d’un humour sardonique, sortent leur pétoire pour un oui ou un non, faisant fi de tous les sentiments, même de l’amitié. Jusqu’au dénouement final, fantastique duel à trois dans un cimetière, scène d’anthologie qui marquera la fin de la collaboration entre Clint Eastwood et Sergio Leone. Le comédien craignait de se laisser enfermer dans un archétype mais, plus tard, devenu réalisateur à son tour, il rendra hommage au western spaghetti et de manière appuyée, puisqu’il incarnera à nouveau dans "L’homme des hautes plaines" cet individu sans nom qu’il fut à trois reprises pour Leone. Il n'en reste pas moins que cet opus est un pur chef-d'oeuvre, interprété par des acteurs fabuleux, opéra baroque s'il en est qui défie les lois habituelles du western made in Hollywood. Inoubliable.

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA EUROPEEN, cliquer  ICI


Et pour prendre connaissance de l'article que j'ai consacré à Sergio Leone, cliquer sur son titre :
 

SERGIO LEONE ou le cinéma comme opéra baroque

 

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Le bon, la brute et le truand de Sergio Leone
Le bon, la brute et le truand de Sergio Leone
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7 mars 2008 5 07 /03 /mars /2008 09:27
JEREMIAH JOHNSON de SYDNEY POLLACK

                       

Se voulant l'antithèse des premiers westerns, ceux magnifiquement illustrés par John Ford ou Fred Zinnemann  qui relataient l'épopée de la conquête de l'ouest magnifiée par la grandeur des héros, films qui liaient le tragique au romanesque et s'accompagnaient de chevauchées et de poursuites, de règlements de comptes et de batailles,  "Jeremiah Johnson"  (1972)  de Sydney Pollack  va nous conter la vie d'un homme qui, dégoûté par le monde civilisé, gagne les montagnes Rocheuses pour y mener la vie rude et dangereuse des trappeurs et se lie d'amitié avec la tribu indienne des Têtes-Plates. C'est ainsi que ce long métrage ferme le cercle ouvert par "La ruée vers l'Ouest "(1931) ou "La charge fantastique" (1941), en nous proposant un destin absolument contraire à celui des pionniers d'antan : un homme qui tourne le dos à cette civilisation pour revenir à la vie primitive, au coeur d'une nature encore sauvage. Cependant Pollack n'a pas suivi à la lettre la philosophie d'un Jean-Jacques Rousseau  et a eu le mérite de nous montrer que les antagonismes, qui subsistent au coeur de cet univers, sont aussi violents et sanglants qu'ailleurs. Cet univers, en effet, n'a rien d'angélique et les instincts de l'homme n'y sont pas à l'abri de la cruauté et de l'esprit de vengeance, hélas !  - aussi verrons-nous dans le film des Indiens tuer un enfant et une femme qui vivaient avec Johnson pour le punir d'avoir traversé leur cimetière.

 

Pour réaliser ce film, Pollack fit appel à Robert Redford qui avait déjà été son interprète en 1966 dans "Propriété interdite". Les deux hommes décidèrent alors de ne reculer devant aucune difficulté pour assurer au film une réelle authenticité. C'est pourquoi ils exigèrent de la Warner Bros de tourner dans l'Utah à presque 4000m d'altitude, dans des conditions qui furent particulièrement pénibles. La Warner Bros finit par accepter, à condition que le budget ne soit pas dépassé. " Ce qui m'a surtout intéressé " - déclarait Pollack - " c'est le personnage du montagnard qui quitte sa civilisation pour aller sur la montagne ( les Rocheuses ont un pouvoir particulièrement attractif ), afin de se créer une vie selon ses désirs. Mais une fois à l'intérieur de ce bloc montagneux qui promet les rêves les plus fous, il se rend compte que la vie y est dure, que la nature a aussi ses lois, tout comme les Indiens. Il m'intéressait donc d'avoir ce personnage pour bien faire sentir que la fuite n'est pas un moyen, qu'une société sans loi n'est pas possible. Ainsi nous avons décidé avec Redford de respecter le plus possible cette authenticité ".
 


Et il est vrai que ce film s'attache à rendre avec précision les spectacles de la nature, la vie des animaux, la survie et l'existence quotidienne en ces terres isolées, existence rythmée par le passage des saisons. Jeremiah Johnson doit s'y acclimater et rien n'est aussi simple que prévu. Devenu chasseur habile, grâce aux conseils de Griffe d'Ours, il est amené à recueillir un jeune garçon nommé Caleb, dont la mère est folle, et à sauver le trappeur Del Gue, enterré vivant par les Indiens. Reconnu par les Têtes-Plates comme un guerrier valeureux, on lui attribue aussitôt la responsabilité de la mort des Pieds-Noirs tués, en réalité, par Del Gue. Aussi, pour les reconquérir et obtenir à nouveau leur confiance, Jeremiah se voit-il dans l'obligation d'épouser Swan, la fille du chef indien. C'est alors qu'un groupe de militaires lui demande de leur servir de guide pour tenter de retrouver des pionniers bloqués par les neiges, mais, afin de gagner du temps, ceux-ci vont avoir la maladresse et l'imprudence de traverser le cimetière sacré des Crows, qui considéreront cela comme une profanation. Si bien qu'ils vont venger cet outrage en tuant le jeune Caleb et Swan, la femme de Jeremiah. Révolté par un tel acte de barbarie gratuit, celui-ci prend son fusil et abat tous les Crows qu'il rencontre. Puis, lassé de ces tueries, il part pour le Canada et croise en chemin le chef des Crows qu'il saluera et qui lui rendra son salut.

 


Initialement, il était prévu que Jeremiah meure gelé comme si la montagne, après lui avoir volé ses rêves, lui volait sa vie, mais le cinéaste décida d'opter pour un final plus optimiste en le laissant en vie et en indiquant, avec l'échange des saluts, que les hommes des hautes terres finissent toujours par se comprendre, car il y a entre eux comme un pacte secret gagné de haute lutte par leur âpre apprentissage de l'adversité.

 

 Pour lire l'article consacré à Sydney Pollack, cliquer sur son titre :  

 

SYDNEY POLLACK

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN, dont Out of Africa, Tootsie et On achève bien les chevaux, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

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JEREMIAH JOHNSON de SYDNEY POLLACK
JEREMIAH JOHNSON de SYDNEY POLLACK
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27 février 2008 3 27 /02 /février /2008 10:27
IL ETAIT UNE FOIS DANS L'OUEST de SERGIO LEONE

                                                               

Un inconnu, joueur d'harmonica à ses moments perdus, est attaqué dans une gare perdue de l'Ouest et parvient à tuer ses agresseurs. Mais d'autres tueurs, sous les ordres d'un certain Franck, l'homme de mains de Morton, assassinent le fermier McBain et ses trois enfants. Franck laisse les soupçons se porter sur un aventurier déjà bien connu de la police nommé Cheyenne. En réalité, Morton a fait tuer McBain par intérêt, afin de s'attribuer ses terres, que  le tracé de la voie ferrée doit emprunter prochainement, ce qui va leur assurer une valeur marchande. Jill, une pensionnaire de maison close, que McBain a épousée en cachette, arrive au ranch après le meurtre. Cheyenne est arrêté mais s'évade et rejoint l'homme à l'harmonica. Grâce à lui, Cheyenne sera innocenté. Plus tard, Harmonica tuera Franck qui lui avouera, avant de mourir, que c'était lui qui avait fait pendre le frère de McBain. Cheyenne et Harmonica partiront ensemble.

 

Avec un film comme Il était une fois dans l'Ouest (1968)  Sergio Leone a marqué de façon indélébile le 7e Art, grâce  à un don inouï de la mise en scène, l'utilisation des gros plans, la symbiose entre image et musique et une rigueur pointilleuse dans le découpage et le montage. Leone est de ceux qui interviennent à tous les stades du film. Rien n'est laissé au hasard, l'oeuvre est portée, assumée de bout en bout. En inventant le western spaghetti, il a parodié un style - celui du western traditionnel qui était en train de mourir, tout en le renouvelant et en plaçant le sien dans une perspective inédite. Par ailleurs, la musique d'Ennio Morricone est superbe ; quelques notes d'harmonica qui instaurent le fond sonore et contribuent à accroître la tension qui va crescendo. Avec cet opus qui vient deux années après Le bon, la brute et le truand, Leone atteint le sommet du genre. Il a réuni, pour ce faire, ce qu'il y avait de mieux : des acteurs de premier plan dont la belle Claudia Cardinale, des paysages magnifiques, parvenant ainsi, en joignant son talent à celui des autres, à réaliser un chef-d'oeuvre incontestable et incontesté. Tourné en Italie, en Espagne et aux Etats-Unis, Il était une fois dans l'Ouest est le reflet de la complexité profonde des individus et des événements. Complexité d'autant mieux exploitée par le metteur en scène que, ce dernier, a eu l'idée de faire entrer ses acteurs dans la peau de personnages à l'opposé de leur emploi habituel. C'est ainsi qu'Henry Fonda tient l'un des rôles les plus antipathiques de sa carrière, que Charles Bronson devient un vengeur taciturne après avoir été souvent le méchant de service, que Jason Robards,  familier des personnages intellectuels, est un simple d'esprit. 

                                   

On notera également la théâtralisation, la lenteur poussée à l'extrême, quasi exacerbée, que l'auteur a imprimé à la pellicule, un peu à la façon de certains réalisateurs japonais. Un pessimisme amer à la John Ford parcourt l'oeuvre le long des paysages grandioses et désolés, écrasés sous un soleil de plomb. Il faut savoir aussi que Sergio Leone a conçu ce film en pensant " au dernier souffle " de vie que laisse un homme avant de mourir, ultime instant suspendu avant que la vie ne s'arrête. Ce dernier souffle se doit d'être long, éprouvant, frustrant. Deux personnages incarnent cette vision : Franck et le Cheyenne. L'un meurt victime de ses actes passés, l'autre par erreur. Mais le fil conducteur reste le même : la mort est inévitable et présente à tous moments, embusquée dans les ruelles et les paysages, prête à s'avancer au-devant de chacun des héros avec une lenteur calculée et implacable. Au final, un film mythique, qui restera à tout jamais dans les annales du Septième Art, par la force qu'il dégage, son casting exceptionnel, sa mise en scène somptueuse, sa musique lancinante qui vous prend à la gorge et ne vous quitte plus. Le succès fut planétaire et permit à Sergio Leone d'obtenir la place qui lui revenait et qu'il avait été long à conquérir : celle d'un créateur à part entière, d'un esprit indépendant en mesure d'imprimer sa marque personnelle au cinéma. Un Sergio Leone au sommet de son art.

 

Pour lire l'article consacré à Sergio Leone, cliquer sur son titre :  

 

SERGIO LEONE OU LE CINEMA COMME OPERA BAROQUE

 

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IL ETAIT UNE FOIS DANS L'OUEST de SERGIO LEONE
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6 février 2008 3 06 /02 /février /2008 11:06

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Giulia Anna Masina est née le 22 février 1920 dans une famille de musiciens à San Giogio Di Pinao (Bologne). Etudiante en lettres, elle se passionne pour l'art dramatique et se produit dans la troupe du théâtre universitaire de Rome. Puis, sans cesser pour autant ses études, elle entre pendant la guerre dans la Compagnie du théâtre comique et musical de la radio italienne, où elle remporte un franc succès personnel dans une série de sketches écrits par Fellini, qu'elle épousera quelques mois après leur première rencontre. Bien que licenciée ès Lettres, elle poursuit sa carrière théâtrale et radiophonique qu'elle abandonnera ensuite pour se consacrer au cinéma, presque exclusivement sous l'égide de son mari. Son premier grand rôle sera taillé pour elle par Fellini qui crée le personnage si émouvant de Cabiria, dont la première apparition a lieu dans Courrier du coeur en 1952, avant d'être sacralisé par les inoubliables Nuits de Cabiria en 1957. Entre temps, elle sera Gelsomina dans La Strada, autre personnage bouleversant de femme-clown qui lui vaut l'appellation de "female Chaplin", car, comme le souligne son metteur en scène, elle est singulièrement douée pour exprimer les stupeurs, les effarements, les douleurs, les airs sombres d'un clown.

 

Avec les personnages de Gelsomina et Cabiria, l'actrice atteint le sommet de son art. Dans le décor de la Rome baroque et nocturne que Fellini se plait tant à filmer, avec ses fontaines, ses places désertes, les lumières qui découpent les façades des immeubles endormis, apparaît ce petit personnage avec des chaussettes, un boléro en plume de poulet, un large parapluie et des yeux ronds écarquillés dans un étonnement perpétuel et gourmand. Ce célèbre boléro de plume, déjà aperçu dans Courrier du coeur, devient, avec les pathétiques chaussettes, l'uniforme, le signe de reconnaissance populaire et clownesque de son caractère. Cependant Cabiria s'efforcera d'évoluer, de s'éloigner de ce monde d'humiliés et d'offensés. Les contradictions dans l'histoire humaine de Cabiria sont multiples. Tout d'abord dans la représentation des sentiments non partagés au coeur d'une réalité déshumanisée pour laquelle Fellini n'essaie nullement de recourir à des justificatifs sociologiques inadaptées à sa sensibilité de narrateur, mais se contente de montrer, en l'inventant, l'âme double, bonne et mauvaise, de cette réalité, afin de parvenir à la conclusion suivante : que l'expérience ne sert à rien lorsque l'inconscient et l'amour se mettent à l'oeuvre. Et quand on parle d'amour avec un personnage comme Cabiria, il faut entendre un amour spécial qui découle de la nécessité d'avoir confiance en son prochain, une grâce laïque accomplie par le seul fait d'exister et de vivre ensemble. Soit l'amour de Cabiria pour Oscar, de Gelsomina pour Zampano. " En amour, tout se fait " - avoue ce petit personnage douloureux et confiant, qui existe à la manière du Charlot des Lumières de la ville ou de La ruée vers l'or.

                            

Giulietta est, à l'évidence, une authentique femme-clown. Avec elle, Fellini poursuit son exploration des ascendants populaires du cinéma, déjà à l'état embryonnaire dans le monde du cirque, son univers d'élection. Après La Strada, qui confère à Giulietta le statut de grande actrice, Les nuits de Cabiria vont lui assurer la consécration internationale et trois grands prix : ceux de la meilleure actrice au Festival de Cannes, puis de San Sebastian et le Nastro d'Argento. Elle sera ensuite la vedette de Juliette des esprits,  nouvel hymne d'amour de la part de son maestro de mari, mais elle s'accordera néanmoins une infidélité en tournant Fortunella avec Alberto Sordi en 1958. Au début des années 60, elle suspend ses activités pendant cinq ans et, après un bref retour dans La folle de Chaillot (1969) auprès de Katharine Hepburn, elle disparaît de l'écran et ne reviendra qu'en 1985 avec un nouveau succès signé Fellini : Ginger et Fred. Une dizaine de films auront suffi pour qu'elle marque de son exceptionnel talent le cinéma italien. Qui pourrait oublier le visage enfariné et pathétique de Gelsomina ou celui de la petite prostituée des Nuits de Cabiria, ou encore la femme émouvante de Juliette des esprits ? Personne, je suppose, tant ils se sont imprimés en nous comme ceux du bonhomme à la canne et au chapeau melon. Giulietta mourra à Rome le 23 mars 1994 à l'âge de 73 ans, n'ayant survécu que quelques mois à son mari avec lequel elle forme pour l'éternité un couple indissociable.


Pour consulter les films où figure l'actrice, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

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GIULIETTA MASINA
GIULIETTA MASINA
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6 février 2008 3 06 /02 /février /2008 10:27

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Né à Rimini le 20 janvier 1920 dans une famille de la petite bourgeoisie italienne, Fellini entre dans la vie active grâce au journalisme, puis aborde l'écriture de scénarios, avant de faire la connaissance de Giulietta Masina, qu'il épousera en 1943. Sa rencontre avec le grand metteur en scène Rossellini va être l'événement qui  le détermine à se consacrer désormais et exclusivement au cinéma. Il participera à la co-écriture du scénario de Rome, ville ouverte et d'Amore, deux films parmi les plus célèbres de Rossellini, avant de se lancer dans le long métrage. Son premier film à connaître une carrière internationale sera La Strada qu'il tourne en 1954 et où il affirme déjà son originalité en s'éloignant du cinéma néo-réaliste de son maître. Cette oeuvre est un véritable hymne d'amour à sa femme Giulietta, comme le seront peu de temps après Les nuits de Cabiria et Juliette des esprits.

 

Le film raconte l'histoire touchante de Gelsomina, gamine naïve et généreuse que sa mère, dans l'incapacité matérielle de l'élever, vend à un hercule de foire, brutal et obtu, nommé Zampano, qui se plait à éblouir les badauds en jouant sur les places publiques les avaleurs de feu et les briseurs de chaînes. Malgré la dureté avec laquelle il traite Gelsomina, celle-ci ne sait que faire pour amadouer le coeur aride de son compagnon. Arrive alors un autre saltimbanque Il Matto (le fou), à la fois funambule, musicien et poète, qui va séduire la jeune femme grâce aux merveilleuses histoires qu'il lui raconte sous forme de paraboles. Exaspéré par la relation qu'ils entretiennent et gagné, sans doute, par la jalousie, Zampano tue le musicien, plongeant Gelsomina dans un désespoir silencieux. Prostrée dans son chagrin, elle semble se détacher de ce qui l'entoure, être de plus en plus étrangère à ce monde sans amour. Voyant qu'elle ne lui est plus utile à rien, Zampano l'abandonne au bord de la route, comme une pauvre bête malade. Passent les années et revenant un jour sur les lieux, il s'inquiète d'elle, apprend qu'elle est morte et, pour la première fois de sa vie, pleure.

 

Ce long métrage ne reçut pas, lors de sa sortie, le succès qu'il méritait, bien que l'interprétation de Giulietta Masina fut saluée comme une prouesse et qu'elle eût accès d'emblée à l'Olympe des dieux et déesses de la pellicule. Il est vrai qu'elle est admirable dans ce rôle, où son jeu se concentre dans ses regards, ses expressions, ses mimiques. Créé pour elle par son mari,  le personnage de Gelsomina est celui d'une femme-clown qui vit dans un monde dur et brutal. Allégorie des victimes de la violence, elle aime et veut être aimée avec candeur. Ne dit-elle pas à propos de l'hercule de foire qui est devenu son maître : Si moi, je ne reste pas avec lui, qui donc restera ? Répétant cela comme pour s'en convaincre. Il est évident que c'est là une sorte de plaidoirie qui a pour objectif de montrer du doigt certaines anomalies de la condition féminine de l'époque, en Italie du Sud plus spécialement. D'autre part, cette oeuvre, qui ne fut pas toujours bien comprises de la critique, est une conte métaphysique qui, par le biais du personnage d' Il Matto (le fou), sorte d'archange qui défie les lois de la pesanteur en dansant sur une corde au-dessus d'une humanité pervertie et cruelle, développe une parabole chrétienne sur le sort dévolu à la pureté et à l'innocence. On pense à  L'Idiot  de Dostoïevski , à La Pesanteur et la Grâce de Simone Weil.

 

On est frappé également par la divergence qui existe entre Zampano et Gelsomina : l'un s'opposant à l'irrationalité de sa compagne par sa force animale, son insensibilité et son incapacité à comprendre son âme poétique ; l'autre, que tout émeut et ravit, confiante, naïve, résignée, sait, par contre, observer et surtout penser. Elle pense à l'avenir. Son optimisme vient de l'art du masque, fiction honnête opposée à celle de Zampano qui joue comme il vit, totalement dépourvu de regard intérieur. Il réagit instinctivement avec ce que lui a donné la nature : des muscles d'acier et une avidité gloutonne. Aussi une division nette entre deux réalités s'affirme-t-elle dès les premières images. Au cours du voyage de ces deux créatures qui sont ensemble sans trop bien savoir pourquoi, Gelsomina apparaît par contraste avec l'ombre massive et ténèbreuse de Zampano, singulièrement douée pour exprimer spontanément l'étonnement, les peurs, les joies frénétiques et les abattements. Incorrigiblement dissonant, Zampano, quant à lui, craint l'harmonie spontanée et se montre lâche à l'égard des sentiments, si bien que la jeune apprenti-clown fait en sorte, pour ne pas le froisser, d'étouffer le don reçu et d'apprendre par mimétisme. On la voit d'ailleurs s'insérer facilement dans le théâtre de rue et remporter un vif succès personnel dans " la farce pour rire " auprès des adultes et, plus particulièrement, des enfants qui se reconnaissent en elle.   

 

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Dans ce rôle, Giulietta Masina est poignante de réalisme et de poésie mêlés, personnage touchant s'il en est et sans malice, comme épargné par le mal, et qui fait tellement penser à son pendant masculin : Charlot. Quant à Anthony Quinn, il s'est totalement investi, immergé dans la peau de ce lutteur de foire, buté, vaniteux et violent, qui donne à ce film une force prodigieuse. Pour l'irascible bateleur qu'il est, seul le vent d'été sur la mer accompagnera - à la fin du film - les souvenirs que lui évoquent les notes de la triste chanson de la femme-clown qu'a entonnée une voix féminine, des notes qui lui ouvrent enfin les pleurs du repentir sur la plage solitaire de la condition humaine. L'incomparable effet de ce chef-d'oeuvre réside là, dans la cohabitation conflictuelle de la dure réalité et de la fable féroce, entre la magie cruelle de l'existence privée de pensée de Zampano et la pensée artistique privée d'existence de Gelsomina. Quand on parlait à Fellini du cinéma-vérité qui fut celui de l'après-guerre en Italie, il rétorquait qu'il était plutôt pour le cinéma-mensonge. " Le mensonge est toujours plus intéressant - affirmait-il - que la vérité. Le mensonge est l'âme du spectacle et moi, j'aime le spectacle". 

 

Pour lire les articles consacrés à Fellini et Giulietta Masina, cliquer sur leurs titres : 

 

FEDERICO FELLINI                  GIULIETTA MASINA
 


Et pour consulter les critiques que j'ai faites d'autres films de Fellini, cliquer sur leurs titres :

 

AMARCORD de FELLINI           LA DOLCE VITA de FEDERICO FELLINI

 

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LA STRADA de FEDERICO FELLINI
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3 février 2008 7 03 /02 /février /2008 10:44
LES PROFESSIONNELS de RICHARD BROOKS

 

En 1917 durant la révolution mexicaine, Maria (Claudia Cardinale), la femme de Grant (Ralph Bellamy), riche propriétaire américain, est enlevée par le bandit mexicain Jesus Raza ( Jack Palance ). Pour la rechercher, Grant engage quatre professionnels avec la mission de la délivrer au plus vite. La poursuite s'engage et les professionnels parviennent à libérer Maria. On apprend alors que la jeune femme n'a pas été enlevée mais a fui un mari tyrannique. C'est à ce moment que l'un des professionnels, Dalworth ( Burt Lancaster ), resté à l'arrière, parvient à abattre les hommes de Raza et à blesser ce dernier. Grant tente ensuite de le faire tuer par son bras droit Hooper ( Darwin Lamb ), mais les professionnels s'interposent. Renonçant à l'argent qui leur avait été promis, ils protégent la fuite de Maria et de Raza, ayant compris que tous deux s'aimaient. Tourné dans la "Vallée de la mort", qui avait déjà servi de cadre à Erich von Stroheim pour Les rapaces et à Antonioni pour Zabriskie PointLes professionnels (1966) ont permis à Richard Brooks de retrouver Burt Lancaster, avec lequel il avait travaillé pour Elmer Gantry, ce qui avait valu à celui-ci l'Oscar du meilleur acteur, et à Lancaster d'avoir à nouveau pour partenaire Claudia Cardinale, qui se trouvait trois ans plus tôt (1963) auprès de lui sous les lambris du palais du prince Salina dans Le Guépard  de Visconti. C'est par ailleurs Maurice Jarre, le compositeur du Docteur Jivago, du Jour le plus long et de Lawrence d'Arabie , qui sera chargé d'écrire la musique, ajoutant un atout supplémentaire à ce western qui bénéficie déjà d'une excellente distribution et d'un décor grandiose. Ayant pour toile de fond une histoire somme toute assez conventionnelle, le film s'impose cependant grâce au traitement particulier que le metteur en scène lui applique et qui rend le scénario très convaincant. Tout d'abord les quatre professionnels engagés par Grant ne sont pas de simples héros monolithiques qui ne seraient présents que pour courir au secours d'une femme séquestrée par un bandit sans foi, ni loi. De même que Jesus Raza n'est pas le ravisseur sordide que l'on suppose, mais un authentique patriote, si bien qu'au fur et à mesure que l'intrigue se déroule, la situation initiale s'inverse, au point que Grant se révèle n'être qu'un despote local, menteur et antipathique, assez lâche pour être obligé d'engager des mercenaires afin de récupérer sa femme, alors que Raza nous apparaît  animé des mobiles les plus respectables. " Dans les limites de leur action présente - déclarait Brooks - ces professionnels possèdent toujours les mêmes critères moraux et ne veulent pas les changer. Bien qu'ils n'aient plus été enrôlés dans la révolution, ils ont tâché de conserver ses valeurs de pureté, d'idéal, même dans leur métier de mercenaire. Ils pouvaient être "loués", mais ils devaient connaître le but de leur acte. Si c'était valable, ils étaient même prêts à perdre la vie. Si c'était un mensonge, ils se retireraient; se retourneraient même, comme cela se passe à la dernière minute. Ils préférent ne pas être payés que de trahir ce pourquoi ils s'étaient battus".



En définitive, ils partagent tous les quatre l'idéalisme et le courage de Raza et ont participé à des actions téméraires lors de la révolte mexicaine. Cette période troublée les a marqués dans leur chair et Fardan ( Lee Marvin ), l'un des quatre compagnons, a lui-même perdu sa femme, torturée et tuée par les troupes gouvernementales d'alors. Dolworth ne cache pas, par ailleurs, son admiration pour ces révolutionnaires indomptables et le personnage de Chiquita (Marie Gomez),  la "soldatera", qui lutte aux côtés de Raza, est l'un des plus émouvants du film. Dolworth sera obligé de lui tirer dessus sous peine d'être tué par elle, la blessant mortellement. Elle mourra dans ses bras. Il a d'ailleurs été un moment l'amant de cette impétueuse jeune femme à laquelle il avoue sa passion au moment où elle expire. Ce film est donc l'occasion, pour le réalisateur, de s'interroger sur le sens des révolutions. A Ehrengard (Robert Ryan), l'un des mercenaires, qui demande : Qu'est-ce que faisaient les Américains dans la révolution mexicaine ? - Dolworth répond : - Peut-être qu'il n'y a qu'une révolution. Toujours la même ". Quelques scènes plus tard, le même Dolworth, évoque avec Raza, qu'il affronte néanmoins, ces révolutions qui deviennent des causes perdues lorsque les politiciens remplacent les patriotes. "La révolution n'est plus alors la déesse des débuts, mais une vulgaire putain" - dit-il - précisant ainsi la pensée de l'auteur. C'est bien dans cet esprit que Richard Brooks a composé et dirigé Les Professionnels. Ce film  - ajoutait-il - n'est autre que l'histoire d'hommes en lutte contre leur époque. Les quatre hommes se réunissent pour prouver qu'ils peuvent encore avoir leur utilité. Ils ont participé autrefois à une grande cause. Ils n'y appartiennent plus aujourd'hui". C'est la raison pour laquelle ils en cherchent une nouvelle à servir. En laissant partir Maria et Raza, que font-ils d'autre ? - sinon  leur devoir de patriotes et d'honnêtes hommes, selon le vieux code d'honneur que, l'Amérique, livrée aux politiciens et aux causes marchandes, ne semble plus, désormais, en mesure de respecter. Telle est du moins la conclusion d'un film réussi qui compte parmi les meilleurs westerns hollywoodiens.

 

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN, dont la plupart des westerns, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN
 

 

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LES PROFESSIONNELS de RICHARD BROOKS
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1 février 2008 5 01 /02 /février /2008 10:08
4 MINUTES de CHRIS KRAUS OU LA NOUVELLE VAGUE ALLEMANDE

     
Y a-t-il quelque chose de nouveau dans le 7e Art ? Oui, le cinéma allemand qui revient en force et, s'il poursuit sur sa lancée, s'apprête à ressusciter en 2010 le cinéma des années 20 où il brillait de mille feux aux frontons des salles de spectacle. C'est, en effet, une véritable renaissance qui s'amorce avec des films de la qualité de Good Bye, Lenin !  (2003), La Chute  (2004), La vie des autres  (2007) et, plus récemment encore, de  Libre arbitre  de Matthias Glasner et  De l'autre côté  de Fatih Akin. Sorti il y a une quinzaine de jours,  4 minutes  de  Chris Kraus  nous offre une oeuvre d'une authenticité et d'une profondeur à mi- chemin entre le film d'auteur et la mainstream*, cela malgré un budget poids plume et sur un sujet redoutable à envisager si on ne veut pas sombrer dans le pathos, ce que le cinéaste a su éviter avec maîtrise. Jusqu'à ces tout dernières années, le cinéma teuton ne représentait que 9% des films habituellement projetés en Allemagne ( la plus grande part revenant au cinéma américain ); il est actuellement en hausse continue et atteint le chiffre de 30%. Les salles sont à nouveau fréquentées par un public qui se passionne pour son 7e Art national et a repris confiance à la suite des succès de "Good Bye, Lenin !" et  "La vie des autres", ce dernier ayant remporté aux Etats-Unis l'Oscar du meilleur film étranger. "4 minutes" est déjà distribué dans 30 pays et recueille des critiques favorables ; ce, pour diverses raisons : d'abord l'intérêt du sujet et la qualité recherchée et assez sophistiquée de la mise en scène ; ensuite pour le jeu extraordinaire des actrices principales, duo percutant qui force l'admiration, ainsi que pour la musique dans laquelle le film baigne et qui n'est autre que son élément constitutif.



D'autre part, signe supplémentaire d'optimisme pour les Allemands, les studios de Babelsberg, créés en 1911 et qui furent le lieu de tournage légendaire du "Metropolis" de Fritz Lang et de Nosferatu de Murnau, plus récemment du "Pianiste" de Polanski et du "Stalingrad"  de J. Jacques Annaud, ont repris du service, après s'être dévoyés sous le nazisme et endormis sous le communisme, et voient affluer des metteurs en scène du monde entier qui se plaisent à tourner dans la banlieue de Berlin. Si bien qu'en cette décennie, ce n'est pas seulement quelques réalisateurs qui émergent mais un véritable vent de renouveau qui souffle, surtout depuis la réunification et la détermination du peuple allemand à affronter lucidement les fantômes de son passé. Dans ce domaine, le triomphe de "Mon Führer" de Dani Levy ( en France le 12 mars prochain ) est révélateur et donne l'occasion au décapant sens du comique juif allemand, qui avait été neutralisé par la Seconde Guerre mondiale, de réapparaître.


                 

Mais revenons à "4 minutes" qui ne donne pas précisément dans le registre comique, tant s'en faut, mais se présente comme un tête à tête implacable et révélateur entre un professeur de piano octogénaire, plutôt acariâtre, qui dispense ses cours dans une prison pour femmes et une détenue suicidaire et surdouée. Depuis un demi-siècle, cette enseignante est restée attachée à cette prison, car sa vie de soliste s'est arrêtée en 1945 sur un secret non avoué. Losqu'elle fait la connaissance de Jenny, une jeune femme violente et incontrôlable, âgée d'une vingtaine d'années, qui possède un don pianistique hors du commun, elle reprend goût à transmettre et souhaite la préparer au concours d'entrée au Conservatoire, malgré le peu d'enthousiasme de la jeune délinquante. Peu à peu, au rythme de Mozart, de Beethoven, de Schumann, de Schubert, les deux femmes vont finir par s'apprivoiser et accepter de regarder leur passé respectif lourd de silence et de refoulement. Chris Kraus a réalisé là une oeuvre magnifique malgré quelques maladresse, que l'on oublie vite, tant la dramaturgie est puissante et les thèmes abordés nombreux : réalité contemporaine, fantômes du nazisme, fable sociale, troubles de la jeunesse, homosexualité, fidélité et trahison ; oui, le cinéaste ne craint pas de les traiter avec courage, même s'ils plombent un peu le narratif, reproche que l'on peut lui adresser, en effet. Quant à la distribution, elle est excellente, mais il faut s'attarder sur le jeu prodigieux de Hannah Herzsprung et Monica Bleibtreu qui nous font assister à un face à face d'une suffocante intensité. Le réalisateur a d'ailleurs noté à ce propos :

 " Ce film est un duel. Je l'ai voulu comme un western moderne, qui joue sur les contrastes entre la tristesse de la claustration et la liberté absolue née de la musique. (...) Mes parents désespéraient de faire de moi un petit Mozart ! J'ai pris des cours de violon, de flûte, de piano, sans succès. Puis j'ai fait un rejet de la musique. Le personnage de Frau Krüger est sans doute une construction inconsciente née de ces frustrations enfantines ".

 

Frustation ou pas, Chris Kraus a su orchestrer un film que l'on ne peut oublier, qui donne à réfléchir et à entendre, et dont les partitions sont superbement interprétées, car dirigées de main de maître, jusqu'aux quatre dernières minutes où la musique ne se contente pas d'apaiser, mais se révèle capable de faire sortir de sa léthargie une société somnolente.


* auteur sorti des sentiers battus

 

Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA EUROPEEN, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 

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4 MINUTES de CHRIS KRAUS OU LA NOUVELLE VAGUE ALLEMANDE
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  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
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  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


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