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15 décembre 2007 6 15 /12 /décembre /2007 10:40
UN BAISER S'IL VOUS PLAIT d'EMMANUEL MOURET

    

Existe-t-il des baisers sans conséquences pourrait être le titre de ce film d' Emmanuel Mouret  révélé par la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, auteur de  Laissons Lucie faire,   Vénus et Fleur  et  Changement d'adresse  et qui, à travers cette oeuvre pleine de charme, nous propose une série d'interrogations avec une élégance et une fluidité qui ne sont pas sans évoquer le style d'un autre grand metteur en scène, dont il se recommande d'ailleurs :  Eric Rohmer. Cela commence à Nantes par une rencontre entre Emilie (Julie Gayet) et Gabriel (Michaël Cohen) qui passent une soirée ensemble, se plaisent et aimeraient tant se quitter sur un baiser, mais...  y renoncent pour des raisons qui leur sont personnelles, persuadés, qu'on le veuille ou non,  qu'un baiser vous engage. A partir de là, l'histoire peut commencer. Ce baiser, qu'ils se sont interdit, où les mènera-t-il, car il n'est pas sans conséquence non plus de l'avoir désiré ? Nous sommes à n'en pas douter dans une comédie qui n'est pas en adéquation totale avec notre société actuelle, comédie décalée, pleine d'un charme désuet, délicate et en demi-teinte qui évoque volontiers On ne badine pas avec l'amour, d'autant que cette variation bien tempérée sur les sentiments amoureux est servie par des dialogues élégants, concoctés par un cinéaste de la parole et du beau langage. Alors un film à contre-courant ? Sans doute, mais en nous proposant une réflexion sur le conflit passion et raison, parole et acte, vertu et plaisir, Emmanuel Mouret n'oublie pas de renouveler le thème et d'y apporter la contradiction en imbriquant un sujet dans un autre et en donnant vie et actualité à un second récit qui vient s'enchâsser subtilement dans le  premier et nous raconte les amours de Judith (l'excellente Virginie Ledoyen) et de Nicolas interprété par Emmanuel Mouret, lui-même, avec autant de cocasserie et de maladresse que de charme et d'artifice. Cette stratégie en miroir prolonge et amplifie le propos et les dilemmes et situations qui s'y rapportent, donnant lieu à un surprenant épilogue que je me garderai bien de vous révéler.
                    

Ainsi s'établit une métaphore très plaisante dans un style qui mêle habilement finesse et drôlerie, burlesque et romantisme, et où l'art prend toute sa place comme pour mieux nous convaincre que les exaltations de la chair peuvent aussi s'ériger en jeux de l'esprit. Admirablement servi par des acteurs qui se déclinent entre pragmatisme, ingénuité et machiavélisme, ce long métrage, parfaitement maîtrisé, nous offre un spectacle enchanteur, un met délicat mais pimenté, qui est l'une des plus grandes réussites de l'année. Marivaudage sensible et subtil, il se clôt par l'un des plus beaux baisers du cinéma. A ne pas manquer.

 

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13 décembre 2007 4 13 /12 /décembre /2007 10:12
LE RENARD ET L'ENFANT DE LUC JACQUET

            
Auteur d'un film admirable  La marche de l'empereur, Luc Jacquet revient au cinéma avec un long métrage dont l'inspiration est antérieure au précédent, car tiré d'un souvenir d'enfance, quand il demeurait avec sa famille sur le plateau du Jura et se plaisait à vagabonder dans la nature et à y faire d'extraordinaires découvertes. Ces souvenirs l'ont si fort imprégné qu'il décida de commencer des études de biologie avant de changer son fusil d'épaule et de se consacrer à une activité plus esthétisante : le documentaire. Pour autant, il ne se considère pas comme un écologue qui serait venu à la nature par une fibre sensorielle, atavique ou affective. Je ne pense pas avoir de message à transmettre - s'empresse-t-il de dire - mais il reconnaît éprouver une empathie spontanée pour tout ce qui concerne l'environnement. Avant d'expliquer une situation - poursuit-il - d'ériger des lois ou de se montrer pédagogue, il faut aimer, en vertu d'un principe élémentaire : on protège en priorité ce qui nous touche. Et c'est bien ce qui nous charme dans ce film :  le regard d'enfant émerveillé que le réalisateur pose en permanence sur cette nature : une forêt des Abruzes qui ressemble furieusement à celle dans laquelle il a grandi. Au final - avoue-t-il - je me suis retrouvé dans l'Ain que je connais par coeur.  Et puis, ne nous y trompons pas : si l'auteur a choisi pour héroïne une petite fille, elle n'est guère différente de l'enfant qu'il était lui-même à cet âge. Il n'a fait que transposer en prêtant à la fillette ses yeux, ses émerveillements, ses découvertes, ses émotions devant un monde que l'homme semble incapable d'apprivoiser.  Nous appartenons à une société supra-rationnelle qui veut tout comprendre, tout expliquer. Or si le savoir permet d'éliminer l'obscurantisme et les délires, il ne doit pas empêcher l'imagination et l'émerveillement - précise-t-il en des termes qui ne sont autres que ceux d'une profession de foi.            


 

Pour élaborer son scénario et cette histoire de renard, Luc Jacquet n'a eu qu'à se remémorer, d'autant que le renard a une portée symbolique et que le metteur en scène a été un fervent lecteur d'Antoine de Saint-Exupéry et de son Petit Prince ; ainsi s'est précisé ce rapport si idéalement poétique entre l'animal et l'enfant. Esope le mettait déjà en scène dans ses fables et, en 1150, il était pour Pierre Nivard, la projection du vulgum pecus dont on ne voulait pas dire le nom. N'oublions pas que le renard ne se contente pas d'être rusé, mais qu'il a du tempérament, de la suite dans les idées et un fichu sale caractère. C'est donc une star en puissance. Le tournage n'a pas demandé moins de 122 jours sur trois périodes avec pour objectif de mêler l'exigence qualitative de la fiction à la souplesse et au pragmatisme du documentaire. La direction d'acteurs était également nouvelle pour Jacquet et il reconnait volontiers que les débuts ne furent pas faciles. L'adorable petite Bertille Noël-Bruneau, qui fait beaucoup penser, par sa rousseur, à la fillette qui donnait la réplique à Michel Serrault dans  Le Papillon, étant une enfant réservée, il a fallu la conquérir et la rassurer. Par la suite, tout s'est passé au mieux, car elle s'est laissée emporter par l'histoire. Mais cette histoire, quelle est-elle ?


 

Celle d'une enfant qui préfère les randonnées aux consoles de jeux et surprend un jour une renarde qu'elle va apprivoiser et qui deviendra, au fil du temps, son amie secrète. Il lui faudra bien sûr déployer beaucoup de patience et endurer pas mal de déboires avant d'arriver à transformer cette petite bête sauvage en un animal de compagnie. De superbes prises de vue nous font assister à cette lente et irrésistible conquête et  nous prennent à témoin des espoirs, des victoires, mais aussi des peurs de la petite fille, tout en nous plongeant dans un univers animalier qui ressemble à un conte de Noël. Mais c'est justement là que le bât blesse et que réside la faiblesse du film. Ni tout à fait un documentaire puisqu'on sait que la renarde est apprivoisée ( je crois que six renardes ont été utilisées à tour de rôle ), ni tout à fait un conte, l'angle choisi par l'auteur étant trop anthropomorphique pour convaincre, il se trouve ainsi condamné à n'être ni l'un, ni l'autre et en pâtit malgré tout. Il y a bien entendu des scènes délicieuses comme la poursuite de la renarde par un lynx, des instants de découvertes authentiques dans la forêt crépusculaire où le monde animal prend pour l'homme, si éloigné de lui, un caractère effrayant, mais l'ensemble du film comprend quelques lenteurs qui affaiblissent un peu le récit. D'où une émotion parfois évacuée, alors qu'elle était  présente en permanence dans La marche de l'empereur. Néanmoins, tel qu'il est, avec ses temps forts et ses faiblesses, ce film plaira aux enfants petits et grands et les sensibilisera à la nature, ce qui est positif. S'il n'emporte pas ma totale adhésion, reconnaissons à l'objet d'être bien empaqueté et d'offrir de la nature une vision ravissante. Et ce duo enfant et renard a tout de même une saveur exquise.

 

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12 décembre 2007 3 12 /12 /décembre /2007 13:55
NATALIE WOOD - PORTRAIT

                                                                                          

Le 29 novembre 2017, l'actrice Natalie Wood est retrouvée noyée près de l'île de Catalina dans la baie de Los Angeles, alors qu'elle faisait une croisière avec son mari Robert Wagner à bord de leur yacht. La cause de sa mort est restée mystérieuse et son époux n'ayant pas répondu à toutes les questions, celle-ci est considérée aujourd'hui encore comme suspecte. Elle avait 43 ans. 

 

Fille d'immigrés russes, Natalia Nikolaevna Zakherenko, nom qui se changera en celui de  Natalie Wood pour les besoins du cinéma, est née le 20 juillet 1938 à San Francisco. Remarquée en son plus jeune âge par le réalisateur Irving Pichel, elle tient un premier rôle  dans  Demain viendra toujours( 1946 ), où elle donne la réplique au grand Orson Welles avec une précoce assurance, devenant ainsi l'une des stars enfants de Hollywood. Passé l'âge ingrat de la puberté qui la voit se consacrer à la danse, elle reprend le chemin des studios et s'affirme très vite comme l'actrice fétiche de toute une génération avec des films cultes comme La fureur de vivre( 1955 ) au côté de James Dean, puis Les collines brûlantesde Stuart Heisler en 1956 et The searchersde John Ford la même année. En 1958 avec La fureur d'aimer, Natalie Wood aborde des rôles plus matures, ce qui déçoit le public américain qui semble la préférer dans des personnages plus légers, alors que son tempérament la porte volontiers vers la tragédie. Malgré deux prestations magnifiques dans West Side Storyde Robert Wise ( 1960 ) où elle est une Maria bouleversante et dans La fièvre dans le sang d'Elia Kazan où elle joue face à Warren Beatty une adolescente perturbée et hyper-sensible, elle est la mal aimée des américains et a le tort de défrayer trop régulièrement la presse à scandales par ses incartades amoureuses et ses caprices d'enfant gâtée.

 

                       

Si elle se révèle assez mal à l'aise dans la comédie à cause d'une émotivité mal contrôlée et une certaine fébrilité, elle conjugue une grande beauté et une ferveur rare dans les personnages pathétiques qu'elle fait vivre avec intensité, étant elle-même une femme inquiète et tourmentée. Par la suite, elle refuse plusieurs rôles afin de se consacrer à sa famille et met sa carrière entre parenthèses. C'est en 1966 que Robert Redford lui offre une nouvelle chance avec Propriété interdite adaptée d'une pièce de Tennessee Williams, où elle assume son rôle avec force et conviction. Mais déjà rien ne va plus. Sa vie personnelle est perturbée par aventures, divorces, remariage. Malgré un retour sur les écrans en 1969 avec Bob et Carole et Ted et Alice de Paul Mazursky, le succès n'est pas au rendez-vous et Natalie Wood ne va plus faire dorénavant que de courtes apparitions sur les écrans de télévision. Cette carrière en dents de scie prend fin brutalement le 29 novembre 1981. On la retrouve noyée cette nuit-là près d'une île californienne, à deux kilomètres du yacht sur lequel elle avait passé la soirée en compagnie de Robert Wagner, épousé à deux reprises. Accident, suicide ? Les conditions de sa mort restent floues et ajoutent au mystère d'une femme et actrice souvent incomprise.

 

                     Natalie-Wood.jpg


 

Pour prendre connaissance des critiques de films où apparaît Natalie Wood, dont La prisonnière du désert et West Side Story, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

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NATALIE WOOD - PORTRAIT
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10 décembre 2007 1 10 /12 /décembre /2007 11:00
LA PRISONNIERE DU DESERT de JOHN FORD

                                      

Martin Scorsese l'affirmait "The Searchers" (le titre original) est le plus grand film de l'histoire américaine. Bertrand Tavernier et Jean-Pierre Coursodon ont fait mieux : ils l'ont choisi pour illustrer la couverture de leurs " 50 ans de cinéma ". Et cette image est celle si belle où l'on voit John Wayne de dos s'éloigner dans le désert, homme seul face à son destin. Tout est dit ou posé dans ce plan typiquement fordien : l'émotion, la grandeur, l'interrogation. En effet, cette oeuvre occupe une place à part dans la filmographie de ce grand maître du western. Pour une fois le héros incarné par John Wayne - l'acteur d'élection du metteur en scène avec lequel il a tourné à 24 reprises - n'est plus le représentant des vertus de la nation américaine, mais un homme qui doute, un être ordinaire, courageux certes, mais partagé et complexe qui pose la question de l'exclusion et des différentes formes de haine ; c'est dire que cette réalisation va beaucoup plus loin que le western traditionnel. Les plans de ce film, comme celui qui le clôt, sont particulièrement fouillés pour donner sens sans avoir recours à trop de bavardage et de dialogues : l'image est maîtresse comme il se doit dans le 7e Art, toujours éloquente, souvent lyrique, jamais gratuite. "La prisonnière du désert" se situe dans la lignée des films expressionnistes, tant par le jeu des acteurs que par l'emploi des contrastes, que ce soit ceux des situations ou des personnages, de l'ombre et de la lumière, que le metteur en scène utilise avec virtuosité, tantôt ombre protectrice de la grotte, tantôt lumière intense du désert.

                        


Ce film décrit de façon poignante le trajet d'un héros de tragédie quasi shakespearien aigri par la guerre de Sécession et dont les valeurs personnelles se trouvent soudain en désaccord avec celles de la société en train de se construire. Ethan est encore pénétré de la division entre Nord et Sud qui le pousse à se mettre en dehors des lois et de la société, à exclure et à s'exclure. S'ajoute à cela la division entre blancs et indiens et leur haine partagée. Ce n'est ni plus, ni moins, que le heurt de deux mondes, l'ancien et le nouveau, conflit toujours d'actualité. Si bien que pour s'intégrer, le héros, revenu de ses assurances en l'ordre immuable des choses, n'a plus à offrir que les signes dérisoires de sa gloire passée : son sabre pour son  neveu, une médaille pour sa nièce Debbie et des pièces yankee pour payer sa pension.



On peut dire, par ailleurs, que "La prisonnière du désert" débute là où la plupart des films de Ford s'achèvent. Comment ?  Par une constatation d'échec, obligeant le personnage principal à tout remettre en question, et sa vie et lui-même. Pour cette raison, il est peut-être le plus beau, le plus grand film de son auteur car, sorti en 1956, il annonce déjà les remises en cause politiques des années 60 et 70 et, pour cette raison, n'a rien perdu de sa modernité. Film visionnaire dont l'impact tient à cette force concentrée des images-chocs chargées de nostalgie et de la mélancolie d'un monde dépassé qui n'a pas encore réussi à établir sa relation avec celui qui s'ébauche. C'est l'entre deux-mondes et son poids d'anxiété.



L'histoire est la suivante : Ethan (John Wayne) s'en revient au pays après avoir participé à la guerre de Sécession dans le camp sudiste et à celle du Mexique probablement dans le camp de Maximilien, pour découvrir avec horreur que sa famille a été assassinée, le ranch réduit en cendres et ses nièces enlevées. En compagnie de son neveu Martin (Jeffrey Hunter) et de Brad Jorgensen (Harry Carey Jr), le fiancé de sa nièce Lucie, il s'élance sur les traces des ravisseurs, une tribu Comanche, qui a pour chef le cruel et fier Scar (Henry Brandon). Bientôt ils retrouvent le corps de Lucie qui a été violée puis tuée. Bouleversé, Brad attaque des Indiens et se fait tuer à son tour, tandis que Ethan et Martin poursuivent leurs recherches, parcourant des centaines de kilomètres. Les années passent sans succès jusqu'au jour où les deux compagnons réussissent à atteindre le camp du chef Scar et y découvrent Debbie (Natalie Wood) devenue une vraie indienne. La première réaction d'Ethan est de la tuer, car elle a déshonorée sa famille en devenant la compagne du chef Comanche, mais le camp  est attaqué par un régiment de cavalerie et Ethan en profite pour tuer Scar, le scalpant, alors même qu'il reproche cette tradition sauvage aux Indiens. A la suite de cet événement, revenu à de meilleurs sentiments, il prend tendrement Debbie dans ses bras et la raccompagne auprès des Jorgensen, avant de repartir seul.

 

 

la-prisonniere-du-desert-1956-2684-1950230259.jpg   Natalie Wood

 

Dès la première image - comme je le notais au début de l'article - celle d'une porte qui s'ouvre sur le désert - le film est en place. Le cadre est et sera exclusivement celui de Monument Valley si cher à Ford et, l'époque, les années qui suivirent la guerre de Sécession. Plus que jamais, John Wayne y personnifie un héros ambivalent au visage buriné, qui porte sur ses traits les stigmates de multiples aventures. Saison après saison, refusant d'écouter les conseils qu'on lui prodigue, Ethan poursuit inlassablement la recherche de Debbie, mission sacrée pour laquelle il est prêt à tout sacrifier, car il lui semble qu'il tient là l'ultime cause qui mérite un engagement. Ceux qui ont reproché aux westerns ses héros manichéens découvrent avec "La prisonnière du désert" des personnages passionnés mais également faillibles, épris d'idéal mais déçus, avant que l'écran ne se referme sur le dernier paysage de Monument Valley vers lequel le héros fatigué s'avance au-devant de sa solitude. Fasciné par le personnage qu'il avait eu à interpréter, John Wayne appellera l'un de ses fils Ethan, soulignant l'importance qu'avait eu pour lui ce film inoubliable de John Ford.

 

Pour prendre connaissance du portrait de John Wayne, cliquer    ICI


Pour celui de Natalie Wood, cliquer  LA

 

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6 décembre 2007 4 06 /12 /décembre /2007 11:12
MY BLUEBERRY NIGHTS de WONG KAR WAI

             
Le Festival de Cannes 2007 s'était ouvert avec ce film de Wong Kar-Wai qui avait mis la critique officielle en ébullition. Ce long métrage décevait la plupart, séduisait les autres, sans convaincre tout à fait et pourtant. Voilà un film qui vient normalement prendre rang parmi ceux qui forgent l'oeuvre d'un réalisateur hors du commun, non un artisan de la pellicule aussi doué soit-il, mais l'un de ces rares artistes que compte le 7e Art, de ces metteurs en scène qui ont su trouver un ton, créer un univers à nul autre pareil. C'était le cas de Fellini, Visconti, Bresson, Bergman, Welles, Lubitsch, c'est aujourd'hui le cas de Wong Kar-Wai. Dans "My Blueberry Nights", sa première réalisation en anglais, le hongkongais lâche la chanteuse Norah Jones entre New-York et Las Vegas dans une errance urbaine introspective qui lui révélera in fine la nature de sa quête. Après une séparation douloureuse, Elisabeth - tel est son prénom - pour échapper au langoureux souvenir de celui qui vient de la quitter, s'aventure dans un voyage qui n'est autre qu'une fuite en avant, s'arrêtant ici et là, afin de financer son road movie en exerçant des petits boulots comme celui de serveuse. C'est ainsi qu'elle réalise à quel point les êtres qu'elle côtoie ne sont pas en meilleur état qu'elle et qu'elle est entourée de toutes parts par un véritable abîme de solitude et devient, par la force des choses, la confidente d'autres détresses et d'autres strophes pathétique. En définitive, cette échappée, ce sauve-qui-peut est une odyssée sentimentale et mélancolique, un film sur la fuite et l'abandon, où l'héroïne essaie de se délester et de dire adieu à son ancienne vie, de manière à se reconstruire. C'est donc en premier lieu une expérience intime, une balade initiatique, une quête pour donner sens à une existence qui se dévide apparemment sans cause, ni raison, et pour laquelle le réalisateur privilégie les chemins intérieurs, tout en jouant habilement de la métaphore. C'est par ailleurs un poème nostalgique qui pose la question suivante : comment faire pour récupérer un être aimé ou plutôt comment faire pour l'oublier et prendre un nouveau départ ? Cela filmé par une caméra ultra-sensible dans les couleurs bleutées des nuits fauves, composant un univers crépusculaire qui n'appartient qu'à son auteur et que l'on reconnaît dès les premières images, ce qui prouve à quel point WKW a su se créer un style personnel unique que traduit avec virtuosité l'objectif de Darius Khondji, son nouveau chef-opérateur. 

 

Certes, ce dernier film n'introduit rien de très nouveau, mais est-il si nécessaire qu'un film ou un livre soit à chaque fois innovant ? N'est-il pas préférable qu'un auteur compose une oeuvre qui se définisse justement par un ton, un style, une cohésion ? Et n'est-ce pas le cas ici où  "My Blueberry Nights" rejoint naturellement l'oeuvre de longue haleine commencée avec "Les cendres du temps", "Les anges déchus", "Happy together" et qui se poursuivit avec "In the mood for love" et "2046" ? Comme dans les ouvrages précédents, le temps est soumis à des ralentis dont l'auteur se plait à user pour préserver la beauté et la rendre moins éphémère - travail elliptique et allusif à la façon d'un Antonioni dont il se réclame - afin de ponctuer une narration en contre-champ et créer un monde comme suspendu entre rêve et réalité, illusion et certitude, mais qui ne renonce pas pour autant aux satisfactions gourmandes d'images savoureuses où desserts nappés, glaces colorées, tartes aux myrtilles, ces plaisirs de bouche s'allient à une sensualité de climat très familière à WKW. Quant au baiser entre Norah Jones et Jude Law, il sera à inscrire au panthéon des baisers mythiques de l'histoire du cinéma. Un film qui ne déçoit pas tant il s'inscrit dans la durée d'une voie librement ouverte sur l'incertitude de soi.

 

Pour lire l'article consacré au réalisateur, cliquer sur son titre :  

 

 WONG KAR-WAI OU UN CINEMA DE LA NOSTALGIE

 

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5 décembre 2007 3 05 /12 /décembre /2007 09:15
MISSION de ROLAND JOFFE

               

En 1750, Espagne et Portugal se disputent les colonies de l'Amérique du Sud. Aussi les Jésuites, parmi eux le Père Julian qui vient d'être mis à mort et crucifié, puis le Père Gabriel, ont-ils implanté des missions afin d'y répandre la foi parmi les Indiens et protéger les populations de la brutalité des colons et des razzias des preneurs d'esclaves. Expérience sociale, que l'on peut qualifier, faute de terme approprié, de communisme théocratique. Elle fascina les penseurs de l'époque, les Montesquieu, Voltaire et Diderot qui n'hésitèrent pas à louer l'impulsion égalitaire qui la sous-tendait.
Dans ce monde dur et sans pitié, l'un des mercenaires, Mendoza, ne craint pas de tuer son frère, Felipe, par jalousie amoureuse. Par la suite, accablé de remords et prêt à renoncer à la vie, il accepte de suivre le père Gabriel dans sa mission auprès des Guaranis, dans un lieu sauvage proche des impressionnantes chute d'Iguaça. Ce missionnaire évangéliste est porteur de la dimension humaine la plus respectable qui soit, puisqu'elle prône la paix, la compréhension, le partage et le respect. Mais son projet de recréer avec les Indiens Guaranis une sorte de paradis spirituel et matériel, où l'amour serait la clef de voûte, va se heurter aux rivalités qu'entretiennent les Espagnols et les Portugais au sujet de l'attribution des terres. Dépêché sur les lieux, l'émissaire du Saint-Siège va intimer aux Jésuites l'ordre de fermer les missions dont celle de San Carlos qu'est en train de bâtir le père Gabriel. L'attaque des Espagnols est désormais inévitable et va s'effectuer avec une violence rare, n'épargnant que les enfants que l'on verra lentement s'enfoncer dans la jungle.



Ce film magnifique, tourné dans les paysages grandioses du Brésil et du Paraguay par Roland Joffé, bénéficie d'une interprétation très intériorisée de la part de Jeremy Irons et Robert de Niro, tous deux magnifiques d'intensité et de ferveur, l'un dans le rôle du prêtre qui décide de résister par la prière et du repenti qui préfère recourir à l'épée pour sauver de l'anéantissement leur petite communauté. Raison pour laquelle ce long métrage ne peut pas être classé parmi les films anticléricaux, car s'il stigmatise les déviations d'une église en pleine mutation, manipulée par les empires coloniaux et ne disposant que d'un pouvoir restreint sur les événements en cours, il est un plaidoyer envers la foi qui permet à l'homme, quel qu'il soit et où qu'il se trouve, de dépasser ses propres limites.
                            


Réflexion émouvante sur la légitime violence, l'altérité, la rédemption, ce long métrage est également un poème dédié à l'innocence des tribus indiennes qui furent implacablement décimées par les Espagnols et les Portugais, un hymne à la nature dans sa splendeur originelle, une cantate aux tous premiers matins du monde que l'inoubliable musique d'Ennio Morricone rend plus lyrique encore. La belle phrase prononcée, lors de la scène finale, par l'ancien mercenaire : " Si la force est le droit, l'amour n'a nulle place en ce monde " - pourrait être mise en exergue et résume en quelque sorte l'intrigue. Ce film est d'autant plus réussi qu'il bénéficie de tous les atouts : une mise en scène somptueuse, un scénario solide qui ne peut laisser personne indifférent, ne serait-ce que pour son message de profonde humanité, l'admirable bande sonore qui allie chants religieux et musiques indiennes et une interprétation irréprochable. A l'apogée de leur talent, De Niro affiche autant d'arrogance dans la première partie que de désespoir et de repentir dans la seconde, alors que Irons montre, d'un seul regard, la fermeté et la grandeur d'âme d'un serviteur d'une cause qui le dépasse lui-même.

 


Pour lire l'article consacré à Robert de Niro, cliquer sur son titre : 


 ROBERT de NIRO - PORTRAIT

 

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30 novembre 2007 5 30 /11 /novembre /2007 10:25
BURT LANCASTER - PORTRAIT

         
                                                                        
Burt Lancaster, né le 2 novembre 1913 à New-York, commença sa carrière comme acrobate professionnel dans plusieurs cirques avant d'être mobilisé lors de la Seconde Guerre Mondiale et envoyé au combat en Afrique du Nord et en Europe. Démobilisé en 1945,  il s'oriente vers le théâtre et joue dans une pièce qui ne sera pas un succès  "A Sound of Hunting", mais le fera remarquer d'un critique pour ses dons indéniables, à une époque où Hollywood est en quête de nouveaux talents. Il tourne ainsi dans un premier film "Les Tueurs" (1946) au côté d'Ava Gardner et cette production, sans prétention, suffira à le propulser au haut de l'affiche et de le consacrer "star", tant il crève littéralement l'écran. Par la suite, en homme intelligent et ambitieux, il saura passer des rôles de beau mec au sourire carnassier et au physique athlétique à ceux d'acteur sérieux, en entrant dans la peau de personnages plus complexes. Puis il fonde sa propre maison de production et réalise son premier long métrage "L'homme du Kentucky" en 1955. Désormais il appartient à l'élite du cinéma américain et sa renommée est devenue internationale. Après une nomination aux Oscars pour "Tant qu'il y aura des hommes" qui lui donne pour partenaires Deborah Kerr et Montgomery Clift, il en obtient un pour son interprétation dans "Elmer Gantry le charlatan". Sollicité par les plus grands cinéastes, il ne cesse plus de tourner. En 1963, il remporte la coupe Volpi à Venise pour sa magistrale interprétation dans "Le prisonnier d'Alcatraz" (1962) de John Frankenheimer et, la même année, il sera l'inoubliable prince Salina dans  "Le Guépard" de Luchino Visconti, où sa prestation domine le film de bout en bout.


Après quelques productions commerciales comme "Airport",   "L'homme de la loi",   "Fureur Apache", il revient en Italie en 1975 et retrouve Visconti pour "Violence et Passion" auprès de Silvana Mangano, où sa prestation est de la même veine que celle du prince Salina, c'est-à-dire exceptionnelle, avant d'enchaîner avec "1900" de Bernardo Bertolucci. Suivra  "Atlantic City" (1979) de Louis Malle face à  Susan Sarandon  où son rôle du vieux Lou lui mérite une nouvelle nomination aux Academy Awards. Il est vrai que son regard, sa démarche et chacun de ses gestes concourent à donner vie et profondeur au personnage. C'est vers 1981 qu'il s'éloigne progressivement des studios, n'acceptant plus que des rôles de complément ou des productions télévisées. On le verra néanmoins une dernière fois comme tête d'affiche dans "Coup double"  (1986), partenaire de son vieux complice Kirk Douglas avec lequel il avait tourné sept films dont  "Règlement de comptes à O.K Corral" de John Sturges et "Sept jours en Mai" de John Frankenheimer. Son ultime apparition se fera en ancienne gloire du base-ball dans "Jusqu'au bout du rêve" (1989) de Phil Alden Robinson. Le 10 septembre 1990, il se marie pour la troisième fois avec Susan Martin, mais il est déjà un homme malade. Il doit subir un quadruple pontage et se retrouve à moitié paralysé des suites d'une hémiplégie. Il mourra le 20 octobre 1994 à Los Angeles et ses cendres seront déposées au Westwood Memorial Park où une plaque honore sa mémoire.


Pour lire les critiques de quelques-uns des  films où figure cet acteur dont Vera Cruz, Le Guépard et 1900, cliquer sur les liens ci-dessous :


 
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28 novembre 2007 3 28 /11 /novembre /2007 10:06
VERA CRUZ de ROBERT ALDRICH

                    
"Vera Cruz", c'est d'abord la rencontre de deux très grands acteurs du cinéma américain Gary Cooper et Burt Lancaster et, également, le dernier film où celui qui sera bientôt connu sous son pseudonyme Charles Bronson figure encore sous son nom véritable  Charles Buchinsky. C'est enfin un film d'aventures qui ouvre une page nouvelle dans ce qu'il convenait d'appeler, jusqu'à la fin des années 50, le "western classique". L'histoire est la suivante : la révolution fait rage au Mexique entre les partisans de Benito Juarez et l'empereur Maximilien soutenu par la France. Ancien colonel de l'armée Sudiste, Benjamin Trane ( Gary Cooper ) accepte la proposition du marquis de Labordere de combattre pour son maître Maximilien. Joe Erin ( Burt Lancaster ) et ses hommes, prêts à s'offrir au plus offrant, rejoignent eux aussi les forces de l'empereur. Trane et Erin reçoivent alors pour mission d'escorter jusqu'à Vera Cruz la comtesse Marie Duvarre, mais ils découvrent bientôt qu'elle transporte dans son carrosse une somme d'or importante destinée à acheter des armes et à lever de nouvelles troupes. Démasquée, elle propose de partager l'or en trois, mais le marquis de Labordere réussit à le récupérer. Finalement les deux partenaires parviendront à retrouver le précieux trésor mais  s'affronteront - Trane souhaitant donner l'or aux Juaristes et Erin de le garder pour lui - lors d'un duel où Trane, plus rapide, tuera Erin.  

 

                      

Une conversation, entre le scénariste Borden Chase et le producteur Bill Alland au sujet de la tragique histoire de l'empereur Maximilien et de son épouse Charlotte, fille du roi des Belges Léopold Ier, est à l'origine de ce film. Par la suite, Chase se rendit au Mexique et écrivit un scénario pour un film dont John Wayne devait être la vedette. Mais ce dernier, ayant d'autres engagements, Gary Cooper fut choisi pour le remplacer et le scénario de Chase abandonné au profit de celui de Roland Kibbee qui écrivit le sien au jour le jour, si bien que le film, en apparence bien construit, fut réalisé dans un total état d'improvisation. " Le scénario - raconte Robert Aldrich - était toujours achevé cinq minutes avant le tournage. "Vera Cruz" venait après Apache qui avait été un succès. La pression était donc beaucoup moins grande. C'est un film que j'aime. Il y avait, une fois de plus, un héros et un anti-héros. Le héros seul survivait après avoir choisi le bon côté et détruisait l'anti-héros qu'il admirait pourtant, en dépit de leurs opinions différentes". Robert Aldrich avoue, par ailleurs, avoir eu plus de difficulté avec Burt Lancaster sur le tournage de "Vera Cruz" que sur celui d' "Apache". Lancaster, qui se préparait à passer à son tour derrière la caméra avec un premier film "L'homme du Kentucky", supportait de plus en plus mal les directives d'un autre réalisateur. Cela n'empêcha nullement le film, une fois mis en boite, de séduire le public et de prendre place parmi les westerns qui comptent, non seulement pour l'interprétation, mais pour l'opposition finement orchestrée entre deux partenaires, le gentleman du Sud et le mercenaire sans foi, ni loi, en même temps que pour celle de deux clans rivaux : les partisans de Maximilien et les Juaristes. Afin d'accentuer les différences et forcer le trait, les fidèles de Juarez font toujours état d'une force importante de façon à mobiliser la population, tandis que Maximilien et les siens symbolisent une société décadente, en voie d'extinction. Faisant irruption à la cour de Maximilien, Erin et sa troupe, assurés de leur puissance, se conduisent en véritables sauvages, renversant la vaisselle, buvant et mangeant comme des soudards.

 


                          
Par ses audaces techniques, son découpage, son sujet, Vera Cruz annonce un tournant significatif dans l'histoire du western. A l'évidence, Robert Aldrich se plait à casser le moule traditionnel en y versant une bonne dose de cruauté et en faisant un pied de nez à la bien-pensance, abordant des thèmes qu'il amplifie à plaisir et qui ne sont autres que la cupidité, l'ambition et le cynisme. En cette fin des années 50, ce long métrage annonce que le genre est en train de se délivrer de sa vocation première : narrer les débuts mythiques de la civilisation américaine et faire l'apologie de ses valeurs, ce dont des cinéastes comme Sergio Leone s'inspireront par la suite. En effet, "Vera Cruz" est d'une texture différente des films qui l'ont précédé, tant il est joyeusement immoral et subversif. Comme plus tard "Le Bon, la brute et le truand",  il repose sur le leitmotiv de la chasse au trésor, de l'appât du gain, des alliances provisoires et des inévitables trahisons, cela amplement rafraîchi par un solide humour et une interprétation pétaradante. Que dire du sourire sarcastique de Burt Lancaster et d'un Gary Cooper, à contre-emploi, du moins dans la première partie ? Que du bien, évidemment, car ils sont l'un et l'autre, épatants.

 


                        
Mené à bride abattue, l'action ne faiblit pas un instant, ne faisant nullement l'impasse sur une violence brutale, parfois teintée de sadisme - rappelons-nous la scène où le visage contracté par la haine, l'un des tueurs achève un adversaire désarmé -nourrie par les tons d'une photographie volontairement flamboyante, où les assauts et les débordements prennent place avec un relief particulier, grâce à un montage inhabituellement accéléré. Hors de tout académisme, "Vera Cruz" se place sous le signe de l'affrontement et du conflit et fait la part belle à l'anti-héros. Certes, celui-ci existait auparavant, mais c'était la première fois qu'on lui offrait une place aussi importante, celle de la cheville ouvrière, ce qui contribue à faire de ce film une oeuvre véritablement novatrice qui influencera le cinéma européen par l'universalité de ses thèmes, principalement ceux en rapport avec les valeurs individuelles et l'injustice sociale.

 

  

Pour lire mon article consacré à Gary Cooper et Burt Lancaster, cliquer sur leurs titres :

 

GARY COOPER - PORTRAIT         BURT LANCASTER - PORTRAIT  

  

Et pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN, cliquer   ICI

 

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26 novembre 2007 1 26 /11 /novembre /2007 10:21
LES AMOURS d'ASTREE ET DE CELADON d'ERIC ROHMER

           
Qui peut se vanter aujourd'hui d'avoir lu les cinq mille pages du grand roman d'Honoré d'Urfé (1567-1625) : L'Astrée ? Personne ou à peu près, sinon Eric Rohmer, cinéaste cultivé qui en a tiré un pur chef-d'oeuvre : Les Amours d'Astrée et de Céladon ( 2006 ), un film où il a pris soin d'éliminer les mille complications d'intrigues qui chez Urfé venaient sans cesse interrompre le fil conducteur. Redécouvrant l'Antiquité, le XVIe siècle, par la même occasion, redécouvrait la pastorale et ses bergers qui étaient le plus souvent des princes et princesses déguisés et ne pouvaient manquer de passionner les nombreux amateurs de dissertations galantes et d'analyses raffinées. Bref, sans L'Astrée, nous n'aurions eu ni les bergeries de Trianon, ni les Scudéry, ni La Fontaine qui raffolait du roman, ni Rousseau, ni Marie-Antoinette. Seul Diderot s'insurgea contre cette mode désuète des bergers doucereux, mais ce poète manquait de tendresse. Dans Les Amours d'Astrée et de Céladon, Rohmer a pleinement joué le jeu et accepté les conventions des bergers galants et des aimables pastourelles qui, il faut le souligner, devaient plus à la poésie et à la littérature qu'à l'élevage et à l'agriculture. On sent qu'il a pris plaisir à ressusciter ces fictions d'un autre âge et les conventions qui leur étaient affiliées. Comme Théocrite, il nous fait voir une nymphe aux cheveux d'or couvrant son visage et dans un entretien, il a tenu à préciser ceci :  Quand d'Urfé écrit que l'une de ses héroïnes dévoile un sein, je le suis à la lettre, sans en rajouter. Mais la nudité n'est pas proscrite chez d'Urfé, pas plus que dans la peinture du temps.



Autre parti pris de Rohmer : le respect des anachronismes d'Urfé. L'Astrée se passe au Ve siècle dans une Gaule païenne, à peine romanisée, mais les châteaux évoqués n'en sont pas moins ceux d'Henri IV. Le cinéaste se plie à cette convention et le premier instant de surprise passé, le spectateur admet cet anachronisme bien volontiers. Mais, plus que le décor, Rohmer s'est plu à filmer la nature, ses verts bocages, ses forêts profondes et ses bergers d'opéra et à promouvoir la langue française, cette langue d'alors, encore à son orée, avec ses archaïsmes et ses incertitudes. Grâce à quoi, on ne perd pas un mot du texte, ce qui est rare de nos jours.

                    


Au temps des druides, un berger du nom de Céladon et une bergère, la belle Astrée, s'aimaient d'amour tendre, mais ce sentiment partagé aiguisa la jalousie d'un prétendant qui mit à profit la naïveté de la jeune fille pour l'induire en erreur au sujet de son amoureux, si bien que celle-ci, horrifiée par ce qui venait de lui être révélé, congédia son galant qui, de désespoir, s'alla jeter dans une rivière. Mais la Providence veillait et il fut recueilli par des nymphes qui lui permettront de réapparaître aux yeux de sa belle à la condition de traverser une série d'épreuves qui auront pour objectif de briser le mauvais sort dont il était victime. Rohmer renoue ici avec les thèmes qui lui sont chers : ces jeux d'amours déclinés au travers d'une célébration panthéiste et bucolique à souhait.

                       


Le film baigne ainsi dans un climat féerique qui utilise au mieux les ressources de l'imagerie la plus lyrique, de même que la langue la plus poétique, ce qui est le grand mérite de ce cinéaste du verbe qui n'a pas son pareil pour le bien servir. Une fois encore, Rohmer a fait appel à des inconnus pour interpréter les personnages principaux ( Stéphanie de Crayencour et Andy Gillet ) et on ne peut que l'en féliciter, car ils sont excellents et d'une grâce si naturelle qu'il semble avoir été filmés par une caméra invisible. Aucun cabotinage de leur part, mais une élégance délicate, une fraîcheur dans l'attitude qui prolongent l'enchantement. On en conclura qu'un cinéaste gagne à être cultivé et qu'à une époque où la vulgarité s'étale sans pudeur, nous avons beaucoup à apprendre du passé. A cet égard  Les Amours d'Astrée et de Céladon se présentent comme une oeuvre à part, dont on ne peut que louer les beautés et qui a, entre autre mérite, celui d'être une source de réflexion sur la poésie et l'histoire, la littérature et le cinéma. 

 

Pour lire l'article consacré à Eric Rohmer, cliquer sur son titre :

 

ERIC ROHMER OU UN CINEMA DE LA PAROLE 

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, dont Les nuits de la pleine lune et Ma nuit chez Maud, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

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LES AMOURS d'ASTREE ET DE CELADON d'ERIC ROHMER
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21 novembre 2007 3 21 /11 /novembre /2007 11:58
GONG LI - PORTRAIT
GONG LI - PORTRAIT

                          

Gong Li est certainement la comédienne chinoise la plus connue et la plus magnétique, nimbée par la distance qu'elle sait imposer et le mystère qu'elle cultive autour de sa personne. Visage de madone, beauté classique et pure, elle a su séduire le public européen et a tourné à Hollywood alors même qu'elle ne maîtrisait qu'imparfaitement la langue anglaise. Née le 31 décembre 1965 à Shenyang dans le nord-est de la Chine, elle est la dernière d'une famille de cinq enfants. Ses parents sont professeurs et elle-même se destine à une carrière de chanteuse mais, ayant échoué au concours, elle entre à l'Académie d'art dramatique de Pékin et en sort diplômée en 1989. C'est alors qu'un jeune réalisateur, fasciné par sa beauté, l'engage pour un premier film et en fera bientôt sa compagne et sa muse : il se nomme Zhang Yimou et ils vont tourner ensemble Le Sorgho rouge ( 1987 ), qui obtint un Ours d'or à Berlin, Judou (1989), Epouses et Concubines (1991), Qiu Ju, une femme chinoise (1992), Vivre (1993) et Shanghai Triad (1995). Ils ouvrent une nouvelle ère pour le cinéma chinois, Zhang Yimoun étant l'un des premiers cinéastes de l'après Révolution Culturelle, surnommée la cinquième génération.

 

         
Yong Li profite alors de l'engouement mondial suscité par le cinéma asiatique pour asseoir sa réputation d'actrice qui sait incarner avec grâce et élégance la femme amoureuse mais tourmentée dans une Chine où la condition féminine n'est pas facile à assumer. Sa rupture d'avec Zhang Yimou en 1995 va coïncider avec un passage difficile de sa vie. Après son succès dans Adieu ma concubine de Chen Kaige, elle est évincée par l'arrivée de jeunes comédiennes comme Maggie Cheung, Michelle Yeoh et Zhang Ziyi. D'autant qu'elle va participer coup sur coup à deux films Chinese Box  de Wayne Wang et  L'empereur et l'assassin  de Chen Kaige qui ne recueilleront pas l'aval du public. C'est pour l'actrice un passage à vide de trois années où elle est reléguée au rang de "has been", actrice trop marquée par une époque désormais révolue et que le cinéma vérité de la sixième génération condamne peu à peu à n'être plus qu'une figurante de musée. On parle à son sujet de retraite et l'actrice n'a plus pour recours que de s'impliquer dans des causes humanitaires, des festivals ou de jouer les mannequins pour de grandes marques comme l'Oréal.

 

                                    

Mais cette femme intelligente, à la personnalité forte, va bien finir par rebondir. Après avoir interprété dans Eros le rôle d'une princesse déchue, d'une vamp vieillissante, Wong kar -Wai, enthousiasmé par son interprétation, la redemande pour jouer dans 2046  face à Tony Leung et Zang Ziyi. Mais Gong Li a quelque difficulté à s'adapter à ce nouveau cinéma car son jeu a toujours misé sur la pudeur, l'économie de geste, le mystère un peu froid et distant du regard. " Un roseau sauvage qui ne plie pas " - écrira-t-on à son sujet. Et il est vrai qu'elle est faite pour les drames humains, les tragédies historiques, les rôles impérieux, les amours torrides mais prudes. Elle semble si bien représenter les personnages de geishas, de concubines, de princesses, troublantes et inaccessibles. Elle sait également être hautaine et cruelle, en comédienne accomplie qui se montre à la hauteur de ses personnages et leur communique un indéniable pouvoir de fascination. Après un détour par Hollywood où elle ne réalisera d'ailleurs aucun film important, elle regagne la Chine et renoue avec son Pygmalion, le metteur en scène Zhang Yimou pour une sorte de souvenir automnal où elle apparaît plus majestueuse que jamais en impératrice de La Cité interdite. Quoi qu'il arrive dorénavant, qu'elle tourne encore ou s'éloigne peu à peu de l'écran, prise par ses activités diverses et nombreuses d'ambassadrice de l'Unesco ou de juré dans les festivals, elle reste l'une des  icônes les plus charismatiques du 7e Art.

 

 Pour consulter les articles des films où figure cette actrice, dont Adieu ma concubine, La cité interdite et Epouses et concubines, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA ASIATIQUE

 

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Présentation

  • : LA PLUME ET L'IMAGE
  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
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  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.

Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

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