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20 novembre 2007 2 20 /11 /novembre /2007 11:05
ADIEU MA CONCUBINE de CHEN KAIGE

                   
Adieu ma concubine, le chef-d'oeuvre de Chen Kaige, date de 1992 et apparait comme un vibrant hommage à l'Opéra de Pékin. Grâce à ce film, Kaige présente au monde cet art typique de son pays, un art codifié où rien n'est laissé au hasard. Douzi et Shitou, qui se sont rencontrés enfants lors de leur rude apprentissage à l'école de l'Opéra, en sont les personnages principaux. Soutenue par des images majestueuses, leur histoire est fascinante et nous conte, à travers leurs deux destins, les bouleversements que la Chine subira au long d'un demi-siècle. Alors que, durant leur jeunesse, les amis vivaient au coeur d'une société qui prônait la discipline comme le seul moyen de surmonter les drames de l'existence et de s'en rendre maître, l'effort étant habituel, ils vont, par la suite, partager le sort de la population lors de la révolution culturelle et de l'émergence du communisme, qui se révèleront être la cause de leur propre déchéance et de celle de leur art. Cette évolution du système politique chinois est admirablement rendue, mieux que la relation ambiguë entre les personnages qui, parfois, est assez peu lisible et finit par le mariage de l'un et le suicide de l'autre qui ne peut surmonter sa douleur d'avoir été délaissé pour une femme.
                

Par ailleurs, l'apparition du nouvel ordre politique va entraîner l'inexorable disparition des vestiges de l'ancienne société et être la cause de débordements et de trahisons, ce que le cinéaste nous dépeint avec talent. Ce film fut évidemment censuré et interdit dans la Chine d'alors, avant que le succès international ne le rejoigne à Cannes, où il reçut la Palme d'or en 1993, ex-aequo avec une autre grand film dont je parlerai bientôt  La leçon de piano de Jane Campion. Au final, une oeuvre magnifique où se mêlent, dans une mise en scène grandiose, réalité et fiction, peinture de la Chine à travers cinquante ans de son histoire et amours conflictuels entre deux hommes et une femme. Ce long métrage a également pour mérite d'allier le souffle de l'épopée à l'intimité d'un drame humain et sentimental.
 

Leslie Cheung, acteur emblématique du cinéma asiatique, mort en 2003 à l'âge de 46 ans, domine l'opus et se montre absolument remarquable. On ne peut oublier son visage grimé où se lisent successivement douceur, tendresse, confiance, détresse,  résignation et désespoir. Bien que le rôle d'un travesti soit délicat à interpréter, l'acteur, chanteur et danseur, ne tombe jamais dans le piège d'en faire trop. Il joue sur la corde sensible de sa difficile identité avec finesse et intelligence, tandis que Gong Li maîtrise avec une merveilleuse féminité l'alternance de la séduction et de la révolte. Cette somptueuse réalisation  doit autant à la qualité de la mise en scène qu'à celle de l' interprétation.

 

Pour lire l'article consacré à Gong Li, cliquer sur son titre :     GONG LI - PORTRAIT  

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA ASIATIQUE, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA ASIATIQUE

 

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adieu-ma-concubine-1993-06-g.jpg

                                          

 

 

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17 novembre 2007 6 17 /11 /novembre /2007 09:53
JAMES STEWART - PORTRAIT

               

James Stewart, né à Indiana en Pennsylvanie, fait partie de cette génération d'acteurs qui a eu la chance de participer aux innovations les plus marquantes d'un art qui se trouvait alors en plein essor. Hollywood était, à cette époque, la Mecque du 7e Art, le creuset où fermentaient les talents les plus divers et se vivaient les expériences les plus enthousiasmantes. Ainsi a-t-il pu tourner avec les meilleurs : Frank Capra, George Cukor, Alfred Hitchcock, Ernst Lubitsch, Anthony Mann, Otto Preminger et les titres de ses films sont-ils autant de chapitres de l'histoire du cinéma. Avec modestie, cet acteur, qui était également diplômé d'architecture, général de brigade et poète à ses heures, disait : "Je suis James Stewart et je joue James Stewart. Je ne pourrais pas me risquer dans de grandes interprétations". C'est Joshua Logan qui le persuade de devenir comédien, alors qu'il est à l'Université. Suivant son conseil, le jeune homme rejoint les rangs d'une petite compagnie théâtrale dans laquelle se produisait déjà Henry Fonda. Quelque temps plus tard, ils partageront un appartement à New-York et resteront toute leur vie des amis proches.



En 1939, James Stewart quitte New-York pour Hollywood, signe un contrat avec la MGM et tourne dans son premier film :The Murder Man. Il enchaîne ensuite film sur film dont  Mr Smith goes to Washington de Frank Capra. Il y interprète un jeune sénateur naïf aux prises avec des politiciens véreux, un rôle qui contribuera à forger son image d'américain idéaliste. En 1940, The Philadelphia Story, où il est le partenaire de Katharine Hepburn et de Cary Grant lui vaut l'Oscar du meilleur acteur. La guerre interrompt sa carrière. Il s'engage comme simple soldat dans l'armée de l'air et effectue un nombre impressionnant de missions contre l'Allemagne, au point d'être promu colonel et décoré à plusieurs occasions. Plus tard dans l'armée de réserve, il continuera de gravir les échelons et prendra sa retraite comme général de brigade.



A son retour à la vie civile en 1946, il reprend le chemin des studios et tourne ce qui sera son film préféré : It's a wonderful life , toujours avec Frank Capra.  - " Capra était sans aucun doute le meilleur réalisateur que j'ai jamais connu - disait-il. Il avait un sens très sûr des vraies valeurs : la famille, les amis, la communauté, Dieu. Et avec son sens remarquable de l'humour, il était capable de mettre toutes ces valeurs dans ses films sans avoir jamais l'air de prêcher" -
C'est en 1948 que commence sa collaboration avec Hitchcock, dont il sera l'un des interprètes masculins préférés avec Cary Grant. Il réalisera avec lui quatre films : La Corde, Fenêtre sur cour, L'homme qui en savait trop et Sueurs froides ( Vertigo ).


                      

En 1978 dans The Shootist (Le dernier des géants) de Don Siegel, il tenait le rôle d'un médecin vieillissant annonçant à John Wayne qu'il n'en avait plus pour très longtemps à vivre. Ainsi ce film symbolisait-il la fin d'une époque qui avait été glorieuse pour le cinéma. Il mourut d'une embolie pulmonaire le 2 juillet 1997 à l'âge de 89 ans. Selon ses amis, sa santé n'avait cessé de se dégrader depuis la disparition de sa femme Gloria, avec laquelle il avait vécu plus de quatre décennies. Le président Clinton déclarera, lors de ses obsèques, que l'Amérique avait perdu un trésor national. C'est dire à quel point il était apprécié du public. Si certains ne le trouvaient pas assez fauve ou félin, plus fade que Clark Gable et que Cary Grant, il sut jouer avec finesse  les criminels repentis, les hommes qui avaient le souci de se réconcilier avec eux-mêmes, parce qu'ils cherchaient toujours une solution à l'inexplicable et tentaient de corriger les erreurs commises. " J'ai eu l'habitude de choisir des rôles de gars vulnérables, le mec qui fait des erreurs, celui qui ne peut pas se figurer toutes les conséquences de ses actes mais qui garde le contrôle". Il savait mieux que personne se faire aimer - disait John Ford, parce que les gens sentaient que c'était une personne parfaitement loyale. Il était tout le temps bon. Tout le monde l'aimait - ajoutait-il.



Quant à Nicolas Saada, voici ce qu'il écrivait dans Le Cahier du Cinéma n° 470 :

" Dans chaque film, James Stewart compose un personnage presque identique : témoin passif de la violence des hommes qui, dégoûté, est tout de même conduit à y prendre part. Il y a du Fritz Lang dans cette problématique. James Stewart l'a exprimé avec une conviction et un talent qui trouveront plus tard un écho dans les films d'Alfred Hitchcock. Mais l'acteur n'aurait peut-être pas atteint la maturité de "Sueurs froides" sans cet admirable travail sur l'angoisse et la cassure qui caractérise ses rôles dans les westerns d'Anthony Mann. Je pense à la séquence finale de "L'appât" où Stewart traîne le cadavre de Robert Ryan comme un sac, en hurlant pour essayer de justifier son comportement. Il y a d'autres moments forts : dans "Les Affameurs", Stewart de retour en ville pour comprendre pourquoi on ne lui a pas livré la nourriture que les colons attendent, retrouve Arthur Kennedy dans les bras de la fille du chef de convoi. Suit alors un regard plein d'amertume qui en dit long sur le personnage. Il n'y avait qu'Anthony Mann pour faire de ce héros, l'espace d'un plan très court, un homme frustré et blessé..."


Pour lire les critiques des  films de James Stewart dont "Fenêtre sur cour", "Sueurs froides",  "L'appât",
 "L'homme qui tua Liberty Valance",  "La flèche brisée", cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

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JAMES STEWART - PORTRAIT
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15 novembre 2007 4 15 /11 /novembre /2007 10:31
L'APPAT d' ANTHONY MANN

                
Contrairement à Winchester 73 et aux Affameurs, L'appât  (The Naked Spur) ne bénéficie pas d'un scénario écrit par Borden Chase. Le superbe pittoresque des deux films précédents, qui accordaient à la nature une place essentielle - Mann disait : " que la vie de la nature le passionnait autant que les actions de ses personnages " - laisse ici la place à une atmosphère plus inquiétante et plus cynique. Les personnages évoluent dans un contexte particulièrement réaliste. James Stewart - dont la collaboration avec Anthony Mann,  ils tourneront 8 films ensemble, sera l'une des plus fructueuses du cinéma - campe un héros qui ne vit que pour la récompense de 5000 dollars qui est sensée gratifier celui qui capturera Ben. Ainsi apparaît-il en homme cupide, prêt à transgresser les lois élémentaires de la morale pour parvenir à ses fins. Autre personnage, Roy Anderson (Ralph Meeker), ancien militaire, un opportuniste qui n'hésitera pas à exploiter toutes les occasions, femmes, escroqueries, primes ou tricheries, afin de satisfaire ses appétits. Moins négatif, Jesse Tate (Millard Mitchell) symbolise l'éternel vieux prospecteur à l'affût du moindre ragot qui le mettra sur la piste d'un bon coup à réaliser. Quant à Ben (Robert Ryan), son seul souci est d'échapper à Howard et de disparaître de son champ de tir. Seule la douce et belle Lina, incarnée magnifiquement par Janet Leigh,  insufflera une petite dose de tendresse et de sensibilité dans ce monde de brutes. C'est elle qui provoquera le retournement final de Howard Kemp, car voici l'histoire : Nous sommes en 1868, la tête de Ben van der Groat vient d'être mise à prix et Howard Kemp, un homme sans scrupule, espère bien qu'il parviendra à toucher la prime de 5000 dollars qui est offerte à celui qui s'emparera du fugitif. Pour cela, il s'assure l'aide de Jesse Tate, un indic patenté et de Roy Anderson dont la moralité n'est pas exemplaire. Les trois compagnons parviennent à arrêter Ben qui se trouvait en compagnie de son amie Lina Patch. Mais au cours du trajet, Howard s'éprend de Lina, alors que Ben essaie d'opposer Jesse et Roy, jouant sur la soif de l'or du premier et sur l'appât de la prime qui focalise l'énergie du second. Le petit groupe est également obligé de faire face à une attaque d'Indiens, si bien que Ben profite de la situation pour s'enfuir, non sans avoir pris soin d'abattre le vieux prospecteur. Aussitôt Howard et Roy se lancent à sa poursuite et finissent par le retrouver et le tuer. Mais le corps déséquilibré tombe dans un torrent et, en voulant le récupérer, Roy est pris dans le courant et se noie. Resté seul avec Lina, Howard décide de renoncer à la prime et de partir vivre avec elle.

 

Interrogé sur les origines du film, Anthony Mann déclarera : " Nous étions dans une région magnifique, Durango, et tout se prêtait à l'improvisation. Je n'ai jamais compris pourquoi on tournait la quasi totalité des westers dans des paysages désertiques ! John Ford, par exemple, adore Monument Valley : mais Monument Valley, que je connais très bien, n'est pas tout l'Ouest ! En fait, le désert ne représente qu'une portion de l'Ouest américain. J'ai voulu montrer la montagne et les torrents, les sous-bois et les cimes neigeuses, bref retrouver tout un climat " Daniel Boone " : les personnages en sortent grandis. En ce sens, le tournage de The Naked Spur m'a donné de réelles satisfactions. Le piton rocheux sur lequel ont été tournées les dernières séquences s'appelle effectivement The Naked Spur. Je me suis dit : " un éperon doit être l'arme décisive qui ponctuera le drame". C'est là toute l'origine du combat final entre James Stewart et Robert Ryan ! "  ( entretien avec J.Claude Missiaen - Cahiers du cinéma n° 190 - mai 1967 )



Comme je l'écrivais au début de cet article, le cinéaste a toujours donné la part belle aux spectacles de la nature et L'appât, l'un de ses plus beaux westerns, est une oeuvre lyrique où les paysages prennent une importance considérable et participent pleinement à la composition du film, tandis que l'attrait pour les 5000 dollars dicte la conduite des héros et contribue à créer les tensions psychologiques qui vont peu à peu s'intensifier entre les cinq personnages. A l'issue du voyage, les masques tomberont et un happy-end sera au rendez-vous, ce qui est regrettable, car cette conclusion ne correspond ni à la rudesse du récit, ni au tempérament du protagoniste, laissant le spectateur sur une impression douceâtre à laquelle il n'était pas préparé. Oeuvre rigoureuse et dramatique par ailleurs, le film a la beauté d'une épure et, une fois encore, James Stewart y compose un personnage blessé et ambigu, durci dans son avidité, au côté d'une Janet Leigh touchante de charme et de féminité. Parmi les 11 westerns qui illustrent de façon éloquente la carrière d'Anthony Mann, il ne faut pas oublier de citer L'homme de la plaine et L'homme de l'Ouest avec Gary Cooper qui, déjà, préfigure la dérision cruelle du western italien.  Du moins la grande époque du réalisateur l'a-t-elle désigné comme un des maîtres incontesté du genre, loué pour son sens de l'espace, son regard lucide et réaliste et sa générosité désenchantée. Ses films furent une réflexion sur la violence, la vengeance, la vieillesse, magnifiés par des paysages somptueux et des rapports humains d'une gravité inattendue, avant que leur auteur ne s'embourbe avec élégance dans la superproduction de La Ruée vers l'Ouest et des Héros de Télémark

 

Vous pouvez consulter l'article consacré à James Stewart, en cliquant    ICI

 

Et pour prendre connaissance des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

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13 novembre 2007 2 13 /11 /novembre /2007 09:38
M LE MAUDIT DE FRITZ LANG

              
M le maudit est un film étrange, lancinant comme l'air que Peter Lorre siffle en permanence, oppressant, noir et pessimiste, dont on ne sort pas indemne tellement les tensions y sont lourdes, le climat angoissant. Premier film parlant d'un cinéaste surdoué, il est à la fois un policier avec son atmosphère nocturne, son ambiance plombée, ses personnages sordides, mais également un film social et historique qui décrit, sans complaisance, l'Allemagne des années 30 avec les éléments qui favorisèrent alors la montée du nazisme : la pauvreté, le crime organisé et l'impuissance des autorités en place. A travers ce meurtrier pitoyable, Fritz Lang pointe du doigt une société à la dérive qui se laisse terroriser et cède trop vite à la psychose, image effrayante d'une nation sur le point d'accomplir l'irréparable. Pègre et police vont se lancer aux trousses de ce tueur de petites filles qui affole la population, non ensemble, mais de façon parallèle, chacune avec ses méthodes particulières, le gouvernement et les forces naissantes du nazisme se livrant l'un et l'autre à un combat sans merci pour que le meurtrier soit jugé selon ses lois.



Ce film invite naturellement à la réflexion sur l'inquiétante cohabitation qui existe chez un individu entre ses pulsions sexuelles et sadiques et ce qui reste d'humain en lui ; de même qu'il nous propose de méditer sur cette forme de cohabitation tout aussi contre nature qui s'installe insidieusement sur le plan national entre deux systèmes à ce point antinomiques. Ainsi Lang nous plonge-t-il au coeur d'un drame sombre qui pose la question du bien et du mal avec une insistante lucidité, l'illustrant par le spectacle de deux dérives : celle inexorable d'un régime compromis et celle d'un être devenu la proie des forces incontrôlées qui le dépassent.
 


" L'art doit être critique - disait le metteur en scène - c'est sa fonction et sa raison d'être. Il y a dans ce monde beaucoup de choses qui doivent être critiquées. On ne peut pas proposer de solution, mais je crois qu'il faut sans cesse combattre le mal sous toutes ses formes. Il faut combattre même lorsque l'issue du combat est incertaine". Et comment prévenir le mal, interrogeait-il, sinon en le montrant ... M le maudit  - expliquera-t-il encore -  "a pour mission de donner à propos d'événements réels un avertissement, un éclaircissement, et d'avoir en définitive une action préventive"


Dans la période de crise profonde que traversait l'Allemagne, le développement de ces formes extrêmes de criminalité, que sont les meurtres en série ou les infanticides, ne pouvait manquer d'avoir un impact considérable sur la société. Ce souci d'efficacité se conjugue avec une exigence d'ordre éthique. Lorsque Fritz Lang montre ces crimes, il évite de flatter les penchants du public pour les scènes de violence et ce qu'il appelle "les détails croustillants". Dans M le maudit, évoquant une affaire particulièrement horrible, il parvient à éviter toute scène de brutalité. Le seul acte violent n'est pas commis par l'assassin mais par la pègre au moment où elle torture le gardien d'immeuble, mais le réalisateur veillera à ce que des corps fassent écran.

 


Dans le rôle de M, Peter Lorre est prodigieux et restera marqué à jamais par ce personnage qu'il assume avec un réalisme saisissant. Cet opus a pour autre mérite d'être servi par un scénario d'une parfaite cohésion ( inspiré d'un fait divers ), une mise en scène puissante et sans faille et de se dérouler dans un espace clos, obscur comme un tombeau. Comme Antigone, qui portait le poids de l'ancestrale malédiction, c'est lorsqu'il entre dans cet entre-deux-morts que le héros M va pousser une plainte déchirante et se mettre à parler, monologue qui mérite de figurer parmi les pages les plus hautes du 7e Art. La caméra, faisant alors volte-face, se tourne vers le public : les citoyens ou les spectateurs ? Car l'assassin est-il l'accusé ou l'accusateur ? Cette scène laisse, à coup sûr, une empreinte indélébile dans la mémoire. C'est le propre des chefs-d'oeuvre, il est vrai. Mais celui-ci produit un choc rare. Il n'est pas si courant qu'un film atteigne sa cible à ce point et vous hante aussi longtemps, car le spectateur, qu'on le veuille ou non, devient juge et partie...


 

Tourné en 1931, M le maudit compte parmi les quatorze films que le metteur en scène, juif autrichien, réalisa pendant sa période allemande. Il fut tourné pour l'essentiel dans les studios Staaken, un hangar où furent construits plus d'une trentaine de décors. Dans l'usine déserte, les criminels associés aux mendiants improvisent un tribunal pour juger le meurtrier Hans Beckert, après avoir fait irruption dans le bâtiment où le fugitif avait trouvé refuge. Le contraste est plus que terrifiant entre le criminel devenu victime et la masse immobile et compacte de ses juges improvisés. Innocent ou coupable, le héros langien est un homme traqué dans une atmosphère de claustrophobie et d'asphyxie. Le choix d'un lieu unique, clos, pour la mise à mort accentue l'image du piège dont on ne réchappe pas. Pendant le procès que la pègre lui intente, Beckert, plongé dans son propre inconscient, se livre à une surprenante autoanalyse où se révèle les divisions de son moi. Lang approfondit ici sa réflexion sur le thème du double qui hantait l'Allemagne depuis le romantisme. Au coeur de l'homme est tapie une bête qu'il ne peut contrôler.  Explicitant ses intentions à propos de son film, Fritz Lang écrivait  : 

 

" Le film a une mission qui dépasse de beaucoup celle de reproduction artistique des événements : la mission de donner au sujet d'événements réels un avertissement, un éclaircissement et d'avoir en définitive une action préventive. Rendre visibles, dans leur début, dans le quotidien et la banalité de leur première apparition, les dangers qui, en raison d'un accroissement constant de la criminalité, deviennent une menace et malheureusement trop souvent une catastrophe pour la collectivité. (...) Bien entendu la reproduction artistique d'une telle affaire criminelle rend nécessaire, non seulement l'accumulation de documents, mais aussi le choix minutieux de détails typiques et la caractérisation de l'assassin. Ainsi le film doit-il à certains instants faire l'effet d'un projecteur lumineux qui indique avec un maximum de précision ce sur quoi son cercle de lumière vient de se diriger : le grotesque de la psychose criminelle primitive par laquelle un assassin inconnu peut devenir un danger fatal à chaque enfant dans la rue..."

 

La pulsion de mort et l'instinct sexuel sont donc au centre du récit. L'auteur y dissèque la psychose de son assassin, un schizophrène soumis à une impulsion pathologique. Les objets qui avaient valeur symbolique dans ses films muets deviennent ici des signes. M le maudit n'est pas seulement le film le plus célèbre et le plus unanimement admiré de Fritz Lang, il marque aussi un tournant dans son oeuvre. Pour la première fois, de son propre aveu, le cinéaste s'intéresse avant tout aux êtres humains dans leur spécificité, aux raisons de leurs actes dont le réalisme accru s'accorde parfaitement à ses préoccupations personnelles. Incontestablement son oeuvre majeure.

 

Pour lire l'article que j'ai consacré à Fritz Lang, cliquer sur son titre : 
 


 FRITZ LANG, UN CINEMA DU DESENCHANTEMENT

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA EUROPEEN, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 

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10 novembre 2007 6 10 /11 /novembre /2007 11:09
AMADEUS DE MILOS FORMAN

            

La grande réussite du film de Milos Forman  "Amadeus" réside dans le face à face entre Mozart le surdoué et Salieri le besogneux. Cette dualité de sentiment qu'éprouve Salieri (1750-1825), partagé entre admiration et jalousie à l'endroit de son confrère, nous met en présence du drame quotidien d'un génie qui, trop en avance sur son temps, ne recueille - de son vivant - qu'indifférence et incompréhension. Ce film n'est pas une biographie en soi, même si la plupart des faits sont exacts, mais il est le regard qu'un connaisseur - en l'occurrence Salieri - pose sur un musicien d'exception. Se référant à une légende entretenue par Pouchkine et Rimski-Korsakov selon laquelle Salieri aurait empoisonné le jeune génie, ce qui est impossible puisque nous savons que Mozart a succombé à une pneumonie, le metteur en scène a élargi son propos pour nous montrer la rivalité entre les deux hommes. En effet, si l'on se place dans l'orbite particulière de Salieri, celui-ci se considérait comme trahi par Dieu qui avait préféré offrir à Mozart, plutôt qu'à lui, un talent incomparable et quasi divin, alors qu'il estimait qu'un tel don aurait du lui revenir en priorité. Le point culminant du film est la scène finale lorsque Mozart dicte à Salieri les notes de son requiem tant sa faiblesse est grande. Ce dernier découvre, en l'écrivant, la perfection absolue de la composition, perfection à laquelle il a aspiré en vain, puisque c'est son jeune confrère qui se montre en mesure de la concevoir.


                      

Grâce à ce film baroque et néanmoins grave, le metteur en scène a eu le mérite de rendre compréhensible et accessible le phénomène de la création et de nous transporter dans l'univers de la musique de façon inhabituelle et fascinante. Mérite auquel il nous faut ajouter celui supplémentaire de nous montrer un Mozart non point figé et idéalisé tel que le veut sa légende, mais un être de chair et de sang dont la trajectoire fulgurante est aussi incroyable et bouleversante sur le plan humain. Si certaines scènes choquèrent quelques inconditionnels d'un Mozart coulé dans le marbre de la postérité, il a ému la majorité des spectateurs et fut couronné par 8 Oscars. Aujourd'hui le temps a donné raison aux audaces du metteur en scène et "Amadeus" demeure un film incontournable pour tout amateur de cinéma et de musique.

 

 Pour lire l'article que j'ai consacré à "MOZART A L'HEURE DU REQUIEM" cliquer    LA


                                             
Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

 

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AMADEUS DE MILOS FORMAN
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9 novembre 2007 5 09 /11 /novembre /2007 11:04
LA FORET DE MOGARI de NAOMI KAWASE

         

Pour son cinquième long métrage, Grand Prix du Jury au dernier Festival de Cannes, la japonaise Naomi Kawase nous livre un film contemplatif et sensible sur le thème du deuil, très actuel dans le cinéma international d'aujourd'hui. Shigeki est pensionnaire dans une maison de retraite située à l'écart de la ville. Personnage lunaire, presque absent, il partage avec Machiko, une jeune infirmière, la douleur d'avoir perdu un être cher. Suite à un accident de voiture, qui provoque un certain désordre, le vieil homme en profite pour s'enfuir dans la proche forêt de Mogari, bientôt rejoint par la jeune femme. La relation avec la nature est ici très présente, vécue dans une communion de tous les instants. Elle est une sorte de temple, sanctuaire magique qui permet aux deux personnages d'effectuer le mieux possible le difficile travail du deuil. Un peu à la manière de Terrence Malick, Naomi Kawase nous rappelle à quel point il s'agit là de notre véritable environnement, de notre milieu originel, loin des artifices conventionnels des grandes agglomérations, le seul en mesure de nous aider à surmonter nos épreuves et à accéder à la sérénité.

                     

Dans la première partie, la cinéaste exprime le mal de vivre des pensionnaires dans la maison de retraite, lieu clos et presque carcéral. C'est d'ailleurs l'angoisse générée par cet enfermement qui rapproche Shigeki et Machiko et les incite à fuir dans la forêt. Libération conditionnée par un retour à l'essentiel, un endroit qui leur permettra de mettre un terme à leur deuil et de renouer avec la vie. Car, à plusieurs reprises, Kawase, avec pudeur, laisse deviner la tension sexuelle qui s'installe entre ses deux personnages. La première est esquissée lors d'une scène avec une pastèque ; la seconde dans la forêt, la nuit, lorsque les corps s'étreignent pour affronter les rigueurs du froid. Film silencieux et intimiste, La forêt de Mogari nous invite à partager le cheminement de cet homme et de cette femme en quête d'une nouvelle naissance. Cela, sans emphase, parfois avec humour, toujours avec la distance nécessaire pour ne jamais céder à la sensiblerie. Une belle ode à l'authenticité de la personne et à la nature, filmée au plus près d'une caméra pinceau, qui sait mettre en valeur les lumières s'étoilant entre les feuilles, l'haubanage des arbres, le relief de l'écorce, la naissance d'une fleur. Avec autant d'intelligence que de délicatesse, ce beau film évoque l'absence, les fulgurances de la vie et nous propose un point de vue original, largement inspiré des rites funéraires particuliers à la région de Tawara, à l'Ouest du Japon. En confrontant les morts et les vivants, les ombres et la lumière, le corps et l'esprit, la naïveté et la démence, le cinéma de Kawase déploie ses ressources et fonctionne sur le vécu et le ressenti. Tout ensemble réflexion sur la vieillesse, sur la sourde appréhension de la mort, cette odyssée panthéiste d'une quête de soi nous prouve, si besoin était, combien le cinéma asiatique n'en finit pas de nous fasciner. Pour interpréter le rôle du vieillard, la réalisatrice a fait appel à un non -professionnel et le résultat est stupéfiant. Shigeki Uda réussit à faire poindre, sous les symptômes d'une légère démence, les sentiments complexes d'un amoureux inconsolable depuis 33 ans. Sa présence donne curieusement au film sa solidité, son assise. Alors que la gracile Machiko Ono, actrice professionnelle quant à elle, nous charme par sa subtile grâce qui emplit l'écran d'une poésie intemporelle. Ainsi, on retiendra la justesse de l'interprétation, en même temps que la beauté des images et l'intense émotion des scènes finales, où vivants et morts parviennent enfin à se quitter.

 
                 
Il est probable que ce film agacera bon nombre de spectateurs qui le jugeront ennuyeux, lent, parfois abscons, ayant trop souvent recours à l'allusion et aux symboles. C'est, selon moi, ce qui en fait la richesse et l'intérêt. Il est vrai que la production occidentale nous a davantage sensibilisés à une forme cinématographique où l'action est le ressort principal, action qui peut aller jusqu'à l'agitation, la fièvre, l'effervescence. Rappelons -nous récemment des longs métrages comme La vengeance dans la peau ou Michael Clayton (voir mes deux critiques), qui nous plaisent d'ailleurs pour toutes sortes de raison, mais sont traversés par une implacable frénésie. Pas une minute à perdre, pas un instant de réflexion, l'être est en permanence dans le mouvement au dépens de sa propre introspection. Bernanos faisait acte de visionnaire lorsqu'il écrivait dans les années 40 : " Le monde moderne est une conspiration contre toute forme de vie intérieure." C'est  ce qui fait d'un film comme La forêt de Mogari  une oeuvre étrange, en décalage apparent avec nos préoccupations journalières, mais qui, à mieux y regarder, est une véritable leçon de sagesse. N'est-ce pas dans le silence, dans l'ascèse, la contemplation, le retour à la nature que les deux héros vont retrouver leur équilibre et atteindre la plénitude ? Ce film a l'immense mérite de nous rappeler que c'est à l'homme de se plier au rythme de la nature, non à la nature de subir le rythme de l'homme, et que ce n'est qu'en revenant à nos sources que nous retrouverons le goût de nous-même. Car l'excès est le trait distinctif de l'individu  hyper moderne  qui  pêche par abus d'inexistence. Si bien que l'on peut se demander si le deuil dont il est question n'est pas celui que nous devrions faire du superflu qui nous encombre.

 

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LA FORET DE MOGARI de NAOMI KAWASE
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8 novembre 2007 4 08 /11 /novembre /2007 10:49
L'ANGE DES MAUDITS de FRITZ LANG

 

Fritz Lang, metteur en scène d'origine viennoise, n'a jamais caché qu'il avait écrit L'ange des maudits - Rancho Notorious (1952) pour Marlene Dietrich, rencontrée à Paris alors qu'il tournait Liliom. Il souhaitait lui donner le rôle d'une entraîneuse " âgée mais toujours désirable " et construisit son film dans cette perspective. Marlene Dietrich, piquée dans son orgueil de star, fit en sorte de rajeunir son personnage et dressa ses partenaires les uns contre les autres, ce qui eut pour conséquence d'exaspérer le réalisateur, au point que lui et son actrice ne se parlaient plus à la fin du tournage. Le cinéaste déplora également la décision du producteur Howard Welsch de supprimer seize minutes du montage original, ce qui, à l'évidence, nuisait à l'atmosphère du film. Ces divers déboires n'empêchèrent pas que L'ange des maudits fût une oeuvre surprenante, non seulement pour le traitement de la couleur utilisée ici par Lang pour la première fois, mais pour la manière dont il associe astucieusement les thèmes qui lui sont les plus chers. L'ange des maudits est le troisième et dernier western qu'il ait tourné après Le retour de Frank James (1940) et Western Union (1941), raison pour laquelle on relève de nombreux points de similitude. 
 

                  

L'histoire est celle de deux bandits qui, à Whitmore ( Wyoming ), s'en prennent à un magasin de la ville. La jeune Beth est violée et tuée au cours de l'attaque. Son fiancé Vern Haskell (Arthur Kennedy) va alors se lancer sur la piste des assassins afin de venger la jeune femme et faire justice. Bientôt, il s'aperçoit que ceux-ci  font partie d'une bande que dirige la fière Altar Keane (Marlene Dietrich). Pour arriver jusqu'à celle-ci, il gagne la confiance de Frenchy Fairmont (Mel Ferrer), un hors-la-loi considéré comme le meilleur tireur de l'ouest, l'amant d'Altar, et devient membre de cette petite société dans le but de découvrir le responsable du massacre. Se sentant soupçonné, l'un d'eux, Kinch (Lloyd Gough), décide de se débarasser de Vern qui, de son côté, se sent irrésistiblement attiré par Altar. Arrêté, Kinch réussit à s'enfuir grâce à deux complices : Geray et Comanche. Craignant qu'Altar ne soit mêlée à cette combine, Vern revient au ranch pour lui demander des comptes, mais cette dernière sera tuée lors de la confrontation où Kinch trouve également la mort, prouvant qu'elle n'était en rien responsable de son évasion.
                    


Renchérissant sur le thème de la vengeance, assez habituel dans les westerns, Lang tisse des récits parallèles rythmés par la musique et les paroles d'une chanson conçue comme un refrain qui ouvre et clôt le film, en même temps qu'il ajoute la description d'une société secrète et de l'étranger (Vern Haskell) brusquement confronté à un univers corrompu dont il va parvenir à détruire et à ruiner la cohésion. Sans réellement innover, le cinéaste nous offre une oeuvre personnelle en posant les questions universelles qui hantent et forgent son univers. Cette flamboyante histoire de haine, de meurtre et de vengeance s'achèvera par l'annonce que Vern et Frenchy s'en sont allés rejoindre, après la disparition d'Altar et de Kinch, l'armée de Custer. Puis la chanson-commentaire nous apprend que l'un et l'autre sont tombés à leur tour au côté de l'officier et de sa 7th Cavalry. Leur destin tragique était scellé depuis la disparition de la femme qu'ils aimaient. Aussi la mort les attendait-elle à Little Big Horn, la plus légendaire de toutes les batailles westerniennes. Au final, la mise en scène, tout comme la remise en question de l'existence fragile des mythes, à travers la personnalité de Marlene Dietrich en femme fatale déchue, voluptueuse et pathétique, et du héros qui n'a plus de cause à défendre, composent une assez belle morale, en même temps qu'une leçon de cinéma, d'autant que l'action est bien menée et que le scénario a été conçu comme un conte afin de magnifier le climat énigmatique qui y règne. 



"La vengeance est un fruit amer et maléfique,
  Et la mort lui tient compagnie sur la branche.
  Ces hommes qui vivaient selon la loi de la haine
  N'ont plus de raison de vivre".

  

Pour prendre connaissance de mon article consacré à Fritz Lang, cliquer  ICI

 

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7 novembre 2007 3 07 /11 /novembre /2007 11:20
LE PIANISTE de ROMAN POLANSKI

                                  
Le film "Le pianiste" (2001) de Roman Polanski, consacré à la Shoah, s'inspire du récit autobiographique de Szpilman et raconte le destin d'un musicien juif dans le ghetto de Varsovie. Mis en perspective par un metteur en scène imprégné de son sujet (Polanski a grandi dans ce ghetto et sait de quoi il parle), il retrace avec précision les épisodes tragiques qui ont plongé la ville dans la terreur.  Bien que ces faits aient déjà été relatés à maintes reprises au cinéma et à la télévision, le mérite de Polanski a été de centrer le scénario sur le retentissement qu'ils ont eus sur les individus eux-mêmes et particulièrement sur ce pianiste qui sera sauvé, au tout dernier moment de la mort, par son art. La force du film ne réside pas dans la reconstitution historique des lieux et des événements, aussi bien faite soit-elle, mais procède à des allusions plus intimes, plus personnelles et profondes.

                      


Beaucoup ont reproché au film son académisme par rapport à des oeuvres comme Rosemary's baby ou Le Locataire,  mais il semble que Polanski ait préféré s'en tenir à la retenue et à la sobriété sur un sujet qui le touchait sans doute trop intimement. En effet, il a souhaité, d'une part, nous mettre en présence de héros discrets, simples artisans qui surent sauver et épargner des vies et agir en sorte que le cours de l'existence se maintienne au coeur de l'enfer - ainsi cet imprimeur clandestin qui souhaite animer un réseau de résistance au sein du ghetto et ces Polonais qui hébergent des juifs évadés au risque de leur vie, enfin les combattants qui moururent les armes à la main plutôt que de se rendre  - et, d'autre part, le personnage central, magistralement interprété par Adrien Brody, n'est nullement un héros, il ne s'efforce que de survivre dans l'abomination avec la seule certitude qu'il y a toujours dans l'être quelque chose qui demeure. Ainsi Polanski est-il clair, presque didactique dans son propos, en nous dépeignant un personnage central qui, bien qu'entouré de héros, ne l'ait pas lui-même et c'est en cela que le cinéaste atteint à l'universel et que la fin de son film nous touche à ce point. Car, en définitive, où se trouve la frontière au-delà de laquelle l'être cesse d'être ? Bouleversant.
 


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1 novembre 2007 4 01 /11 /novembre /2007 11:52
L'HEURE ZERO de PASCAL THOMAS

        

Décidément Pascal Thomas semble apprécier l'intrigue policière à la Agatha Christie. Après Mon petit doigt m'a dit,  il porte à l'écran en 2007  L'heure zéro, que je revisionnais hier soir sur France 2 avec une certaine déception. Un été, Guillaume Neuville (Melvil Poupaud), rentier cynique et extravagant, convie dans sa demeure familiale, un manoir hitchcockien sis à Dinard, littoral breton empreint d'une atmosphère très british, son ex-femme Aude (Chiara Mastroianni) et sa nouvelle compagne Caroline (Laura Smet). Deux donzelles aussi opposées que le feu et l'eau, l'une excessive et jalouse jusqu'à l'hystérie, l'autre passablement mélancolique. La situation amuse un temps la charmante tante qui les reçoit, Camilla Tressillian (Danielle Darrieux), que l'on retrouvera, un matin, dans son lit, le crâne fracassé.
                      

 

Crime parfait ? Qui sait ? Le commissaire Martin Bataille (François Morel), aussi perspicace qu'un rien déjanté et farfelu, au point de friser la caricature, mène l'enquête, écartant au fur et à mesure les pistes les plus évidentes, car l'amusant, dans une narration aussi haute en couleur, est que chacun des personnages aurait pu avoir un motif (non avouable bien sûr) de supprimer l'autoritaire et richissime vieille dame ... Pascal Thomas sait fort bien relever de façon piquante et savoureuse l'intrigue de la romancière anglaise et lui conférer son style personnel, mais il exagère dans le ridicule et, en poussant certains de ses personnage  à l'excès, il finit par les rendre peu crédibles. A mon humble avis, il se joue des codes du genre avec trop de désinvolture, si bien que le film baigne dans une ambiance, certes intemporelle, mais perd de sa force et de sa vraisemblance. Le génie de Hitchcock était de pimenter astucieusement un mets, toujours composé avec une rigueur scrupuleuse. En nous conviant à un jeu de piste haut de gamme, Pascal Thomas se plaît à rendre l'atmosphère désuète, qui n'a d'hitchcockienne que l'ambition, des dîners mondains, des domestiques qui écoutent aux portes, des ascenseurs en panne, et nous dépeint avec des traits de cruauté très justes et une certaine drôlerie une petite société oscillant entre pulsions inavouables et frustrations déprimantes.

                     

Surtout, il a su choisir ses interprètes : bien que Laura Smet en fasse trop (et je pense que le personnage d'Agatha Christie avait peu de points communs avec elle), elle nous dévoile un tempérament comique en endossant le rôle d'une jeune intrigante forte en gueule, mal élevée et sans gêne, face à Chiara Mastroianni, diaphane et silencieuse, tout de noir vêtue, portant le deuil de son amour défunt. Quant à Alessandra Martines, elle est le genre de vieille fille que de nombreux célibataires se plairaient à distraire, sans oublier Danielle Darrieux, en adorable octogénaire opiomane, dont le charme semble inoxydable et plus moderne que celui de bien des comédiennes d'aujourd'hui. Un opus qui, sous les dehors d'une balade estivale, nous plonge dans les tréfonds de la nature humaine au point d'ébranler les certitudes du burlesque  policier. Au final, ce long métrage est un mélange assez peu convaincant d'humour noir et de psychologie, et se contente d'être un divertissement plaisant.
 

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L'HEURE ZERO de PASCAL THOMAS
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1 novembre 2007 4 01 /11 /novembre /2007 11:29

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Née à Philadelphie le 12 novembre 1929, Grace était la troisième des quatre enfants d'une famille aisée, dont le père, originaire d'Irlande, ancien athlète olympique avait fait fortune dans la construction, ce qui lui valait d'être appelé " le roi de la brique". Quant à sa mère, elle était d'origine prussienne, extrêmement autoritaire et très pointilleuse en ce qui concernait l'éducation de sa progéniture. Donc une discipline de fer chez les Kelly, tous sportifs de haut niveau et aguerris dès le plus jeune âge. A l'exception de Grace, de santé plus délicate, qui très tôt manifesta du goût pour les activités artistiques. Après des études au couvent des Dames de l'Assomption, Grace, à 17 ans, et, malgré l'opposition de sa famille, s'inscrit à New-York à l'Americain Academy of Dramatic Art et devient mannequin pour payer ses cours. En 1949, elle monte pour la première fois sur les planches dans la comédie Torch Bearers et la même année joue à Broadway dans la pièce The Father. Remarquée, elle participe à plusieurs émissions de télévision avant de faire le grand saut jusqu'aux célèbres studios hollywoodiens de la Metro-Goldwyn-Mayer afin de tenir un petit rôle dans le film Fourteen Hours. Du moins a-t-elle le pied à l'étrier. Elle a 22 ans. L'année suivante, elle obtient le premier rôle dans Le train sifflera trois fois au côté de Gary Cooper. Puis ce sera Mogambo avec Clark Gable et Ava Gardner pour lequel elle se voit décerner l'Oscar du Meilleur second rôle féminin.

 

L'événement important de sa vie est sa rencontre avec le metteur en scène Alfred Hitchcock, dont elle deviendra l'actrice de prédilection et qui, mieux que personne, saura parfaitement mettre en valeur son talent et sa beauté dans trois de ses plus grands films : Le crime était presque parfait,  Fenêtre sur cour et  La main au collet. En 1955, elle remporte l'Oscar de la meilleure actrice pour son interprétation d'une femme tourmentée dans The Countr Girl (Une fille de province). Invitée d'honneur au Festival de Cannes 1955, elle est présentée au prince Rainier de Monaco et on connait la suite qui la conduira à renoncer tout naturellement à sa carrière d'actrice  : le mariage fastueux dans la cathédrale de Monaco tapissée de lilas et de lys blancs le 18 avril 1956, puis la naissance de trois enfants, jusqu'à ce 13 septembre 1982 où, victime d'un accident de voiture sur la route de la Turbie, celle même qu'elle empruntait dans La main au collet, elle décède des suites de ses blessures, laissant la Principauté veuve pour longtemps.

 

 

grace-kelly.jpg

 

 


Pour lire les critiques des films suivants où apparaît Grace Kelly, dont  Fenêtre sur cour, La main au colletLe train sifflera trois fois,  High Society, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

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  • : LA PLUME ET L'IMAGE
  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
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  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


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