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31 octobre 2007 3 31 /10 /octobre /2007 10:58
Le train sifflera trois fois de Fred Zinnemann

         

High Noon, Le train sifflera trois fois (1952) a toujours été l'objet d'un traitement à part. Alors que les westerns étaient, le plus souvent, dédaignés, celui-ci bénéficia aux Etats-unis d'une renommée immédiate et eut le privilège de figurer sur la liste des six oeuvres retenues pour l'Oscar du meilleur film de l'année. Il fut battu à l'arrivée par Sous le plus grand chapiteau du monde  de Cecil B. DeMille, mais Gary Cooper fut sacré meilleur acteur, Dimitri Tiomkin, auteur de l'inoubliable musique ( dont la mélodie Si toi aussi tu m'abandonnes ), ainsi que Elmo Williams et Harry Gerstad pour le montage, reçurent les Oscars correspondants. Le film n'est donc pas passé inaperçu aux yeux des professionnels, alors que le western, en général, et des oeuvres aussi prestigieuses que L'homme aux abois, La porte du diable, Winchester 73 et L'ange des maudits étaient oubliés. Par contre, il fut sous-estimé par la critique française qui le jugea trop classique. C'est en 1948 qu'un sujet intitulé High Noon d'un certain Carl Foreman, inspiré d'une nouvelle de John Cunningham, fait l'objet d'un projet de film que Foreman, lui-même, souhaitait réaliser. Mais les studios, perplexes quant à ses capacités de metteur en scène, lui préférèrent Fred Zinnemann à qui incomba la charge de le tourner à sa place. Le rôle du shérif Kane avait été écrit pour Henry Fonda mais celui-ci étant déjà sous contrat, le rôle fut dévolu d'abord à Grégory Peck qui le refusa, puis à Gary Cooper qui, enthousiasmé par le personnage, renoncera aux trois-quarts de son salaire habituel pour pouvoir être le héros du Train sifflera trois fois, film à petit budget, tourné en noir et blanc. Cependant, ce héros n'est ni un superman, ni un homme entièrement intégré à la société qui l'entoure. Contrairement à ceux de Howard Hawks, celui-ci a de l'imagination et surtout il doute, connait l'angoisse et la peur, ce qui est rare de la part d'un personnage de western. Par ailleurs, une autre originalité du film est de faire coïncider le temps de l'intrigue avec le temps réel. Ce n'était peut-être pas nouveau à l'époque, mais renforçait considérablement le suspense moral du récit. En effet, en moins d'une heure et demie, entre 10h30 et midi, Will Kane va découvrir qu'il ne peut compter sur personne. Celui-ci se voit refuser successivement l'aide du shérif adjoint, des clients du saloon, d'un de ses amis qui lui fait répondre par sa femme qu'il est absent, du pasteur qui ne veut pas prendre parti et de son épouse, elle-même, qui ne veut en aucune façon être mêlée à une action violente et participer au drame inévitable qui se prépare, même si, au final, sa participation inattendue sauvera la vie de son mari.

 

Car, qu'en est-il de cette histoire, et que se passe-t-il de si grave dans la petite bourgade de Haddleyville, lorsque Amy (Grace Kelly), une jeune femme ravissante, épouse le shérif Will Kane ( Gary Cooper ) qui vient de prendre sa retraite ? Tout simplement la rumeur propage la nouvelle de l'arrivée imminente du bandit Frank Miller (Ian MacDonald), récemment libéré, et que son frère et deux de ses anciens acolytes se préparent à aller attendre à la gare. Personne n'ignore - et Will Kane moins que quiconque - que ce dernier réapparaît pour se venger. Alors que les mariés s'apprêtent à partir, Kane comprend que son devoir lui impose de rester au côté de la population. Mais en ville, Kane ne trouve aucun appui : les uns se refusant de l'épauler par lâcheté, les autres en raison de griefs divers. Même Amy décide de ne point différer son départ. Pendant ce temps, Frank Miller a débarqué et retrouvé ses trois comparses, tandis que Kane envisage de les affronter seul. Il parviendra d'abord à éliminer Ben, le frère, puis Colby. James Pierce sera tué par Amy qui, au dernier moment, est revenue auprès de son époux et Kane abattra lui-même Miller avant de s'éloigner définitivement de Haddleyville en compagnie d'Amy et non sans avoir préalablement jeté à terre son étoile de shérif. Pour Foreman, l'auteur du scénario, il s'agissait tout d'abord de décrire la manière dont la peur peut frapper une communauté plutôt qu'un individu isolé, comment elle se propage et peut revêtir toutes les formes de la lâcheté. Face à une société devenue à ce point pusillanime, la présence d'un homme déterminé et courageux suffit parfois à remettre les choses en place et à faire régner à nouveau l'ordre et la loi. Telle est la morale de High Noon, car rien, en définitive, n'obligeait Kane à redevenir shérif de Haddleyville. Ainsi le film évite-t-il de sombrer dans le manichéisme, chaque personnage ayant quelques bonnes raisons de se refuser à l'affrontement. Par exemple Amy qui a vu son père et son frère disparaître dans des circonstances violentes, ou Helen Ramirez ( Katy Jurado ) qui a été tour à tour la maîtresse de Miller et de Kane, ce qui, pour elle, établit une curieuse relation affective entre les deux personnages.

 

D'autre part, le film bénéficie d'une mise en scène exemplaire, à la fois efficace et dépouillée. "Dans un long métrage comme celui-ci - se plaisait à dire Fred Zinnemann, le temps est un élément capital, aussi ai-je essayé de le dédramatiser avec la pendule qui devient de plus en plus grosse à mesure que le film avance. Le battement a un rythme  de plus en plus lent. Nous avons tourné volontairement les plans au ralenti à mesure que l'on se rapprochait du climax. "  L'importance de ce western sera considérable et représente un formidable exemple d'un travail d'équipe pleinement réussi, du chef opérateur aux acteurs. La composition de Gary Cooper en héros usé, abandonné de tous, y compris de sa jeune épouse jouée par Grace Kelly, alors à son deuxième rôle, est indissociable de l'émotion produite sur les spectateurs. Ce succès a beaucoup contribué à imposer le western comme un genre important dans l'univers du 7e Art. Par contre John Wayne, dont on connaissait le patriotisme pointilleux, reprocha vivement au vieux Coop d'avoir accepté de piétiner son étoile de shérif. A son avis, le prodigieux acteur avait terni sa réputation, ce qui, avec le recul du temps, ne semble pas confirmé.

 
 

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27 octobre 2007 6 27 /10 /octobre /2007 08:56

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Peu de films, en dehors de Cheyennes  de John Ford, qui aient abordé avec autant de lucidité et de tristesse le lent anéantissement physique, moral et économique de l'homme indien. Ancien combattant de la guerre de Sécession dans l'armée nordiste où il avait le grade de sergent-major, Lance Poole (Robert Taylor) symbolise l'intégration réussie d'une élite indienne au sein de la communauté blanche. A peine revenu chez lui, il découvre que les principes, qui engendrèrent la guerre civile, sont eux-mêmes bafoués. Les Indiens sont devenus des étrangers indésirables sur leur propre sol à n'importe quel homme blanc. Le médecin ne se dérange même pas lorsque le père de Lance est à l'article de la mort et l'avocat Verne Coolan cherche davantage à exciter la convoitise des éleveurs qu'à trouver des solutions équitables à l'attribution des terres aux uns et aux autres. Lance se voit ainsi dépossédé des siennes manu militari et se retrouve brutalement spolié et abandonné. C'est désormais un homme seul. Mais contrairement à La flèche brisée  de Delmer Daves (1950) qui témoignait d'une certaine espérance - rappelons-nous la belle phrase que l'Indien Cochise prononçe à l'intention de Tom Jeffords : " Peut-être un jour me tueras-tu ? Peut-être un jour te tuerai-je ? Mais nous ne nous mépriserons jamais" - La porte du diable est, au contraire, une oeuvre amère et désespérée. L'amitié de Lance pour Orrie Masters, une jeune avocate qui organise une pétition en sa faveur, ne pourra empêcher l'irrémédiable de se produire et c'est revêtu de son uniforme de sergent-major que le valeureux soldat indien se rendra aux autorités et s'écroulera, blessé mortellement, comme un arbre abattu, incapable de survivre dans un monde qui l'a rejeté.                

 

Tourné alors même que la chasse aux sorcières sévissait, La porte du diable  est un vibrant appel à la paix et à la fraternité et mérite notre estime et notre admiration pour la noblesse de son propos, son lyrisme formel et son combat sans espoir. La tendresse amoureuse d'Orrie Masters (Paula Raymond) et de Lance Poole s'oppose aux tabous de l'époque et prouve, si besoin est, que la Metro-Goldwyn-Mayer agissait en toute liberté et ne craignait nullement d'aborder des sujets brûlants et controversés. Robert Taylor, lui-même, endosse avec courage et fierté le rôle de cet Indien trahi et dépouillé, héros qui personnifie la mauvaise conscience de l'Amérique face au problème indien. N'est-ce pas déjà assuré de sa défaite que Poole murmure à l'oreille de la jeune avocate : - "Ne pleurez pas. Nous n'y pouvons rien. Nous sommes nés cent ans trop tôt" ?"  Inspiré en partie par l'histoire du chef Joseph des Nez-Percés, ce film est le premier western de la carrière d'Anthony Mann qui en tournera de nombreux autres, parmi les plus marquants du genre, dont : L'homme de la plaineWinchester 73 et  Les Affameurs. Poignant de bout en bout, il est un hommage aux Indiens disparus qu'aucune bonne volonté ne parvint à sauver, mais qui surent mourir les armes à la main, ayant, comme Lance Poole, supplié que l'on épargnât les femmes et les enfants. On regarde ce film la gorge serrée parce que rien n'y est grandiloquent. Le scénario, ainsi que la mise en scène et le jeu des acteurs, se révèlent efficaces et sobres et tout s'enchaîne et s'accélère selon une dramaturgie irrévocable, comme si le destin de ce malheureux peuple avait été frappé, dès l'origine, dans le granit d'un mémorial.

 

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25 octobre 2007 4 25 /10 /octobre /2007 09:13
NEVER FOREVER de GINA KIM

                  

Totalement méconnue jusqu'alors, la jeune réalisatrice sud-coréenne Gina Kim a été la divine surprise du Festival de Deauville 2007, où son film, très bien accueilli par le public, le fut également du Jury qui lui attribua son Prix, permettant à cette cinéaste d'accéder enfin à la notoriété, après deux premiers longs métrages autobiographiques Gina Kim's Video Diary (2002) et Invisible Light (2003).
Alors que Sophie semble mener une vie idéale auprès d'Andrew son mari, originaire de Corée, le couple se voit bientôt confronté à un obstacle capable d'anéantir son bonheur : il ne parvient pas à avoir d'enfant malgré de nombreuses tentatives. Pour remédier à cette situation, la jeune femme décide d'avoir un enfant d'un autre et choisit pour géniteur un immigré clandestin, coréen comme Andrew, avec lequel elle passe une sorte de contrat secret : elle le paiera lors de chaque rendez-vous et ce jusqu'à ce qu'elle soit enfin enceinte. Le premier atout de ce film est de se dérouler à New-York et de faire la liaison entre les deux cultures orientale et occidentale. L'américaine Sophie, blonde aux yeux bleus, est l'enjeu sentimental et sexuel de deux hommes asiatiques, alors que le cinéma hollywoodien est davantage enclin à nous montrer le contraire, faisant du corps féminin asiatique un objet de fantasme. Second atout non négligeable : ce long métrage est volontairement centré sur une jeune new-yorkaise au sein d'une communauté coréenne où elle ne parvient pas à s'intégrer, ce qui est encore une façon d'aborder les choses à contre courant. Ainsi Gina Kim s'emploie-t-elle à briser les tabous et à nous montrer une réalité inhabituelle. Mais Sophie, en acceptant l'inconcevable par amour, se perdra et finira par détruire ce qu'elle avait tenté de sauver.

 

                         

Déjà remarquée dans Down to the Bone de Debra Granik, puis Les Infiltrés de Martin Scorsese, Vera Farmiga incarne merveilleusement cette jeune femme en quête d'enfant, plus déterminée qu'il n'y parait à prime abord. Quand l'actrice reçut le script de Never forever, son sentiment fut mitigé. " J'étais à la fois terrifiée par la dimension érotique du scénario et excitée par le défi que représentait ce rôle, où il y a plus à exprimer par les gestes, les attitudes et le regard que par les dialogues " - a-t-elle dit. Ce qui a fini par la convaincre ? " A ce moment de ma vie, rien ne m'importait plus que d'avoir un enfant. J'étais donc en adhésion totale avec le personnage de Sophie. Et puis j'ai apprécié l'approche poétique de l'érotisme dont faisait preuve Gina Kim " - ajoutera-t-elle. Portrait en creux d'une femme qui s'est fixée pour mission de faire plaisir à son époux au risque de son propre déplaisir, ce film pose des questions essentielles sur l'amour, le sexe, le couple, la foi. Peu de dialogues, mais des scènes d'une sensualité extrême, des plans admirables où se détache délicatement, avec la précision voluptueuse de l'aquarelle, la présence obsédante de l'actrice d'origine ukrainienne dont on a pas fini de parler. Quant à Gina Kim, elle est parvenue à instaurer une tension passionnelle et à filmer la fragilité des sentiments un peu à la façon de Wong Kar way, d'une caméra qui sait nimber les lumières ou les irradier. Alors que le film aurait pu être choquant, déplacé, scabreux, rien de semblable ici dans cette attirance irrépressible qui saisit les deux personnages principaux et dans la naissance d'un amour captivant qui dessine un admirable portrait du désir féminin et de l'ambiguïté. A jamais et pour toujours. A ne pas manquer.    

 

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22 octobre 2007 1 22 /10 /octobre /2007 10:42
IN THE MOOD FOR LOVE de WONG KAR-WAI

                                                                          
Avec ce septième long métrage, le cinéaste Wong Kar-wai aborde, pour la première fois, le thème de l'adultère. Mais il ne présente pas son sujet de façon frontale : il va le dérouler sous forme d'un récit elliptique et nuancé, agençant parfaitement la simplicité du scénario à la complexité artistique de la mise en scène. Ainsi nous livre-t-il un chef-d'oeuvre incontestable d'un raffinement esthétique exceptionnel qui n'est pas sans rappeler, par les flamboyantes images de certaines scènes et les robes d'une Maggie Cheung évanescente, les toiles du Greco et, par d'autres, l'atmosphère propre à l'impressionnisme français. Un film qui évoque, par ailleurs, toute la problématique des relations amoureuses et sait dans un style personnel mêler les avancées contemporaines du 7e Art et les vestiges d'un passé empli de réminiscences. Ce huit-clos intemporel est empreint d'une nostalgie poignante mise en valeur par une musique langoureuse qui rythme les mouvements du désir et la lenteur contemplative d'un amour qui naît mais ne peut vivre. Wong Kar-wai convoque non seulement l'art de l'enluminure mais les éléments de la nature à travers un rideau de pluie, une fleur, une grappe, le tout baigné dans un climat onirique.
                       

L'histoire nous plonge au coeur du Hong-Kong des années 60 où deux voisins d'immeuble Madame Chan et Monsieur Chow vont bientôt entretenir une relation inhabituelle lorsqu'ils découvrent l'un et l'autre que leurs époux respectifs les trompent. Ils cherchent alors à savoir comment tout cela a bien pu arriver et comment ils doivent réagir face à une telle situation...Un cérémonial du désir qui va se vivre dans le même quartier, la même ruelle, une valse hésitation enveloppée de soyeux moments de silence, d'appels sans réponse, de troubles, de regrets. Car cet amour entre Mme Chan et Mr Chow ( Tony Leung admirable ) restera cristallisé en son immatérialité pour n'avoir jamais été qu'un fantasme. Attirés l'un par l'autre dès les premiers instants, tous deux ne parviendront jamais à s'abandonner à cette attirance réciproque comme si la réalisation de leur désir risquait de détruire ce qui, pour eux, était probablement essentiel : son inaccessibilité. Protection contre le réel qui est susceptible de briser la chose fantasmée, peut-être !  Toujours est-il que le récit s'étire, s'enlace à la façon d'un poème avec des fractions de temps subtilisées à l'ordinaire de la vie, comme des heures privilégiées, où séduction et dérobade mènent un jeu plein d'oscillations et de tremblements. On se croirait dans un roman de chevalerie médiéval, où la dame a le devoir de rester en marge de la réalité, afin d'inciter le chevalier à la bravoure, à la conquête perpétuelle. Ici l'approche se fait sans doute plus freudienne mais tout aussi complexe et vécue dans une nuit diamantée où l'élégante et magnifique égérie devient le symbole parfait de l'amour exclusif et irréel. La nostalgie est le grand ressort affectif et esthétique du cinéma de Wong Kar-wai. Sublime.

 

Pour lire les articles consacrés à Wong Kar-wai et Tony Leung, cliquer sur leurs titres :

 

WONG KAR-WAI OU UN CINEMA DE LA NOSTALGIE        TONY LEUNG CHIU WAI

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA ASIATIQUE, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

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20 octobre 2007 6 20 /10 /octobre /2007 08:56

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Marion Michael Morrison, plus connu sous le nom de John Wayne, a vu le jour dans une petite ville de l'Iowa le 26 mai 1907. A l'âge de 9 ans, il suit ses parents en Californie et entre, par la suite, à l'Université, où il se démarque tout particulièrement dans l'équipe de football et en devient l'un des membres éminents. Pour gagner un peu d'argent de poche, il se fait engager comme accessoiriste à la Fox en 1926 et attire l'attention de John Ford qui lui propose de faire de la figuration dans plusieurs de ses films. C'est Raoul Walsh qui lui confiera néanmoins son premier rôle dans La piste des géants, où sa présence, sa démarche, son naturel annoncent déjà ses futurs succès. Walsh lui trouve alors un nom qui sonne bien : John Wayne. C'est sous ce nom qu'il devient la vedette du studio Republic réputé pour ses productions de westerns à petits budgets. Après être apparu dans plusieurs productions, Wayne renoue avec Ford en 1939 et tourne sous sa direction dans  La chevauchée fantastique, film qui lui ouvrira les portes de la renommée. Désormais le cinéma hollywoodien doit compter avec ce géant débonnaire d'1m 93, un peu machiste, qui sait capter et retenir l'attention et la sympathie des spectateurs. En 1946, il devient son propre producteur pour le film de James Edward Grant  L'ange et le mauvais garçon. L'ancien acteur de la républic est désormais consacré par le public et également par les meilleurs réalisateurs de Howard Hawks à Josef Von Sternberg, sans oublier John Ford dont il est l'acteur fétiche. Par ailleurs, c'est John Wayne qui financera le premier film en relief : Hondo, l'homme du désert en 1943.

                      

En 1960, l'acteur, producteur, réalisateur engage sa fortune personnelle pour réaliser un vieux rêve, né sur la plateau des Sacrifiés : Alamo, un film lyrique et spectaculaire avec son final d'une violence impitoyable. Ce sera un succès très apprécié de John Ford. Sa seconde réalisation soulèvera, quant à elle, des contestations de part et d'autre, car elle exalte l'héroïsme des soldats dans un conflit qui déchire l'opinion américaine: la guerre du Vietnam. Atteint d'un cancer, il interprète encore le rôle d'un tireur d'élite qui choisit sa propre mort dans un film de Don Siegel. La sienne se profile et il doit subir plusieurs opérations dont l'ablation d'une partie de l'estomac. Dès lors il passe son temps à entrer et sortir de l'hôpital avec un grand courage. Il est présent le 9 avril 1979 à la cérémonie des Oscars et meurt deux mois plus tard à Los Angeles. Ce jour-là l'Amérique perdait son héros national. Les journaux titrèrent : "Monsieur Amérique est mort". Il est vrai qu'il occupe une place à part dans le panthéon des stars pour n'avoir tenu qu'un seul rôle dans les 175 films auxquels il a participé, le plus souvent comme vedette, le film se construisant sur son nom. Parmi les plus connus : La chevauchée fantastique, bien sûr, La rivière rouge, L'homme qui tua Liberty Valance, Rio Bravo, Rio Grande, El Dorado, La charge héroïque, L'homme tranquille, Le fils du désert. Il représentait aux yeux du public un archétype, celui du héros indépendant, intrépide, qui ne meurt jamais, et auquel la situation donne presque toujours raison. Ainsi a-t-il été et reste-t-il dans notre mémoire le représentant idéal du cow-boy chevaleresque et courageux qui sait défendre la veuve et l'opprimé et surmonter ses propres doutes.

 

Pour lire les critiques des films où apparait l'acteur, dont La Rivière Rouge, La prisonnière du désert, Rio BravoAlamoL'homme qui tua Liberty Valance et Le dernier des géants, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

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19 octobre 2007 5 19 /10 /octobre /2007 08:22
MICHAEL CLAYTON de TONY GILROY

                                                                               
En l'espace d'une dizaine d'années, George Clooney a orienté sa carrière d'une façon inattendue et déroutante au regard du cinéphile landa pour qui il représentait la séduction à l'état pur. Mais le favori de ses dames avait d'autres ambitions et a su métamorphoser son image d'acteur de charme pour aborder des sujets plus audacieux et plus conformes à ses aspirations. Avec son dernier film Michael Clayton présenté en avant-première à Deauville en septembre, il s'est lancé, avec son complice Tony Gilroy, scénariste de la saga Jason Bourne, dans un thriller psychologique sur les pratiques et l'absence d'éthique de certaines firmes américaines. De cette collaboration étroite est née un film sombre et pessimiste qui confirme le don de Clooney d'élargir le champ de ses interprétations et celui de Gilroy de se situer dans le panel des meilleurs scénaristes-réalisateurs actuels d'Hollywood. Le film fonctionne sur le mode classique du thriller mais ici l'idée d'une possible rédemption s'annule devant l'ampleur et la puissance des forces en présence : celles scandaleuses d'un noyau d'hommes sans scrupules prêts à tout pour étendre en permanence, et à n'importe quel prix, leur influence. Face à eux, un avocat chargé d'un dossier douteux et qui se voit dans l'obligation de faire un choix entre ses responsabilités professionnelles et sa morale personnelle et, ce, au risque de sa vie, puisqu'il entend dénoncer les agissements coupables d'une multinationale agro-chimique qui, pour s'enrichir, est disposée à faire des millions de victimes.

                  

Mais contrairement à d'autres thrillers, Michael Clayton nous montre à quel point les hommes ne sont jamais que des pions, des marionnettes, broyés par une machine corporatiste terriblement efficace. Pas une lueur d'espoir ne se profile à l'horizon d'un film ténébreux à souhait. D'autant que le metteur en scène a choisi volontairement de tourner à New-York, sa ville natale, parce qu'aucun lieu ne lui semblait mieux approprié pour dépeindre un monde colossal et écrasant gouverné par le profit et l'argent et dont la présence des gratte-ciel rend l'ambiance encore plus étouffante. L'exercice est réussi grâce à une mise en scène bien ficelée, une parfaite interprétation et un suspense maîtrisé qui nous tient en haleine, même s'il arrive que des flash-back trop systématiques nous fassent parfois perdre le fil de l'action. Il est certain que ce n'est pas le film qu'il faut aller voir si l'on a du vague à l'âme, car le monde brossé par la caméra de Gilroy est affligeant et que Clooney, lui-même, nous y apparaît ébranlé, fragilisé par l'ampleur d'une tâche qu'il sait perdue d'avance. D'où un sentiment de frustration et de défaite qui ne peut manquer d'étreindre le spectateur. Mais, n'importe, malgré sa silhouette fatiguée, ses soucis personnels sur lesquels le film s'attarde un peu trop longuement, Clooney nous campe un personnage sympathique et courageux, un Don Quichotte des temps modernes, oscillant entre foi et désespoir et qui a jeté dans la balance tout le poids de sa sincérité. Et puis voir des requins s'entre-tuer a quelque chose d'excitant qui rappelle les films du  Pollack des années 70. D'ailleurs Pollack est présent dans la distribution, endossant un rôle de parfait salaud de façon très convaincante. Un film à voir, ne serait-ce que parce qu'il serait dommage de bouder une oeuvre de cette qualité.



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17 octobre 2007 3 17 /10 /octobre /2007 08:51
LA RIVIERE ROUGE de HOWARD HAWKS


La rivière rouge (1948) est le premier western tourné par Howard Hawks, le premier film où il dirige John Wayne (avec lequel il travaillera à quatre reprises, entre autre pour Rio Bravo) et la première apparition à l'écran de Montgomery Clift que le cinéaste avait découvert au théâtre dans " You touched me ", adapté de D. H. Lawrence. Trois premières pour un film qui, davantage que la classique histoire d'un convoi de bétail, devient tout ensemble un voyage initiatique et l'affrontement de divers personnages que tout oppose et que l'on voit mûrir et évoluer au cours de l'action. Au commencement de l'histoire, Tom Dunson est en train de dire adieu à sa fiancée qui suit un convoi de pionniers. Mais ce convoi sera attaqué par des Indiens et Fen tuée lors de cette rixe. Pour tenter d'exorciser ce souvenir tragique, Tom va s'employer à construire un véritable empire et élever Matt, un enfant dont la mère a été tuée elle aussi au cours de cette attaque, comme le fils qu'il n'aura jamais de la femme aimée. A l'origine, le roman de Borden Chase se terminait par la mort de Tom qui, blessé par Cherry Valance, demandait à mourir au Texas, face à la Rivière rouge. Cette fin ayant été modifiée par le cinéaste, Chase reprochera à Hawks d'avoir considérablement diminué l'importance du personnage de Cherry, qui se situe psychologiquement à mi-chemin de Tom et de Matt, ce père et ce fils adoptif qui ne cesseront de se combattre tout au long du film. Mais Hawks tenait à faire vivre les personnages selon ses propres émotions et n'a pas souhaité suivre à la lettre le roman de Chase, dont le film n'est jamais qu'une libre adaptation.

                          
 

Ce qui importait à ce dernier était de rendre compte des relations de plus en plus dramatiques entre Tom et Matt sans jamais vouloir que l'un tue l'autre. "Je ne me suis pas fait à l'idée qu'il soit nécessaire de tuer les gens et d'achever un film sur la mort " - avait-il expliqué à l'époque. Par ailleurs, il désirait offrir à son interprète féminine Joanne Dru un rôle d'une vigueur et d'une insolence rares dans un western, où les femmes ont le plus souvent des rôles effacés. Comme Angie Dickinson dans "Rio Bravo", Joanne Dru est ici capable de tenir tête aux hommes et surtout de les ramener à la raison. Bien que film d'hommes, "La rivière rouge" nous propose ainsi un beau portrait de femme brossé d'une caméra attentive et complice. Par la même occasion, Hawks allait trouver en John Wayne l'interprète idéal, l'homme puissant, le Goliath que le jeune Clift affrontera en David audacieux, ce qui lui vaudra d'emblée la sympathie du public. A l'écran, Wayne apparaît comme invulnérable, inébranlable, l'homme des plaines immenses, le héros que rien ne saurait décourager ou abattre. Aussi la mort de Wayne paraissait-elle incongrue à Hawks et préféra-t-il substituer à cette mort la réconciliation du père et du fils adoptif que Tess Millay sépare, revolver au poing.

 


La personnalité de Hawks marque profondément cette oeuvre qui ne cède pas aux impératifs habituels des westerns. Plus que les cavalcades, c'est l'évolution psychologique des personnages et la rivalité entre un père et un fils qu'il se plait à décrire et exprime par des gestes symboliques : par exemple celui où Groot lance à Tom un poignard pour lui éviter d'être tué par un Indien ; les cris repris par les différents cow-boys au moment du départ du troupeau, ou encore le passage d'un nuage lors de l'enterrement de Dan Latimer qui plonge le paysage dans une troublante obscurité. Le film s'enrichit de ces touches poétiques et du documentaire très précis qu'il nous offre de la vie dangereuse, quotidienne et monotone de ces gardiens de troupeaux dont le bétail s'élevait parfois à plus de 10.000 têtes. Malgré les innombrables difficultés rencontrées lors du tournage et les tracasseries occasionnées par un important dépassement budgétaire, La rivière rouge n'en est pas moins un film d'une parfaite cohésion, dont les images frappent par leur beauté et où la tension dramatique ne faiblit pas. Martin Scorsese le considérait comme son western préféré, ce qui est une référence, et John Wayne disait que si La chevauchée fantastique  (1939) avait fait de lui une star, La rivière rouge avait fait de lui un acteur. Ce n'est pas un mince compliment.



                                                               
Pour lire l'articles consacré à John Wayne, cliquer sur leur lien ci-dessous :


 JOHN WAYNE                                                


Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN, dont un grand nombre de westerns, cliquer sur le lien ci-dessous :

 


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LA RIVIERE ROUGE de HOWARD HAWKS
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15 octobre 2007 1 15 /10 /octobre /2007 09:40
L'ASSASSINAT DE JESSE JAMES de ANDREW DOMINIK

               

Voilà un film dont on avait beaucoup parlé lors de sa présentation à Deauville et qui avait fait une forte impression sur le public, bien que, déjà, les avis aient été partagés. Il est vrai que "L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford" a peu à voir avec le western traditionnel et que certains spectateurs pourront trouver cette oeuvre trop longue et trop éloignée du portrait légendaire du hors-la-loi qui avait raison de tout et de tous. Ce film présente une intrigue peu habituelle.  Il ne s'agit pas seulement d'une histoire de gangster mais de l'itinéraire intérieur d'un jeune homme idéaliste qui s'est trompé de combat et que sa vie dissipée ne peut satisfaire, d'où un sentiment d'échec et de frustration qui ne cesse de saper son moral jusqu'à faire de lui un paranoïaque... si bien qu'il semble que, désormais, il n'aspire qu'à une mort libératrice et justificatrice qu'il rencontrera par procuration. Le film d'Andrew Dominik retrace les derniers mois de l'existence de Jesse James sous l'emprise de cette dépression grandissante. Nous ne sommes plus dans les grands espaces des westerns d'antan peuplés de chevauchées fantastiques, mais dans les décors enneigés du Wisconsin où la misère domine, tant matérielle que psychologique. Bien entendu, la légende du western est mise à rude épreuve, mais l'ambition de l'auteur n'était pas d'ajouter un film supplémentaire à une longue liste de bons et de moins bons films du genre, mais de réaliser une oeuvre singulière qui se déploie en empruntant des chemins de traverse, nous dépeint des scènes familiales et dont l'ascétisme prend peu à peu et, inéluctablement, un éclat funèbre et déchirant. Le metteur en scène s'attarde à creuser la psychologie des personnages et, même si la fin nous est connue, elle s'avance par des voies inattendues et mystérieuses. C'est également une ode à la solitude exprimée par la lenteur du rythme qui traduit la rencontre, comme désirée, d'une fin tragique qui  s'en vient sans bruit, à pas feutrés.

 

                       

Jesse James était le second fils d'un pasteur. Né en 1847, il mourra en 1882 à l'âge de 34 ans. En 1862, lors de la guerre de Sécession, la ferme où il demeure avec sa famille est saccagée par les nordistes et le jeune homme sauvagement battu, ce qui l'incitera à rejoindre son frère aîné dans l'armée sudiste. Mais il est jugé trop jeune (il n'a que 16 ans) pour cet engagement. Par dépit et pour venger la défaite de son camp, il rallie  la troupe du sanguinaire William Quantrill jusqu'à la capitulation des confédérés en 1865. Par la suite, il crée avec son frère sa propre bande et ensemble envisagent des attaques et des vols pour survivre en ces lendemains troublés. Mais une agence privée se lance à leurs basques et dix hommes cernent la maison familiale blessant le père, la mère et un jeune demi-frère. Cette opération  provoquera l'indignation d'une partie de l'opinion publique qui considère ces délinquants comme "des victimes de la guerre". En 1876, après l'échec d'une de leurs expéditions, Frank, l'aîné, décide de se retirer d'une actualité devenue trop dangereuse, mais Jesse ne l'entend pas de cette oreille. Il recrute de nouveaux compagnons et cette fratrie offensive va perpétrer d'innombrables forfaits, attaquant les trains, les convois, détroussant les voyageurs, si bien que les gazettes font de ces bandits de grands chemins une légende vivante...et terrifiante. Avec son caractère dur et implacable, Jesse est presque autant redouté de ses comparses que de ses victimes, si bien que l'un d'eux, qui l'admire tout autant qu'il le craint,  finira par l'abattre lâchement dans le dos, avide de renommée et appâté par la prime offerte pour la suppression de cet ennemi public. Tour à tour pitoyable, inquiétant et jovial, ce film, économe sur le plan des effets, nous sert un drame sombre et réaliste où les héros introvertis sont davantage préoccupés de leurs névroses que de leurs faits d'armes. Méditation lyrique sur un destin qui se fourvoie et se dérobe, il est interprété par un Brad Pitt tourmenté qui s'est totalement effacé derrière son personnage et réussit une performance remarquable. Maître de son jeu, il domine le film avec aisance, face à un Casey Affleck prometteur, parvenant à révéler, sous ses dehors juvéniles, une ambition qui fera de lui le bras armé de la loi. Ce duo explosif nous livre une épopée intime d'une belle et douloureuse  intensité. Original et ambitieux.

 

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14 octobre 2007 7 14 /10 /octobre /2007 09:27
LE CRIME ETAIT PRESQUE PARFAIT d'Alfred HITCHCOCK

                     

L'inconnu du nord-express ayant renfloué les finances défectueuses d'Hitchcock, celui-ci commence en 1953 un autre film qui fera parler de lui : Le crime était presque parfait (Dial M for Munder ). Curieusement le sujet avait déjà été celui d'une pièce de théâtre qui avait eu un grand succès à Broadway : Un joueur de tennis désargenté Tony, craignant que sa riche épouse Margot ne le quitte pour un romancier américain, projette de la tuer pour hériter. Usant de chantage, il persuade son ami Lesgate de se charger de la besogne, en l'assurant d'une gratification alléchante. Pour être sûr de jouir d'un alibi en béton, Tony, au même moment, s'affichera à son club de tennis en compagnie de son rival. Tandis qu'il téléphone à son épouse, Lesgate se jette sur Margot pour l'étrangler, mais elle se défend avec une telle énergie qu'elle finit par poignarder son agresseur avec des ciseaux. Margot est condamnée à mort, mais son amant Mark découvre la vérité et, avec l'aide de l'inspecteur Hubbard, tend un piège à Tony. Confondu parce qu'il avait donné ses clefs à Lesgate - raison pour laquelle il n'y avait pas eu d'effraction - il avoue sa morbide machination.

 

Ce film possède une originalité bien particulière qui nous montre à quel point le maître était intéressé par toutes les innovations : il utilisera pour le tournage un système binoculaire en relief, ce qui l'obligera à accentuer les couleurs et à les manier différemment. Pour donner au maximum l'impression du relief, des objets furent placés en premier plan de manière à accentuer la profondeur du champ. "L'impression du relief était donnée principalement lors des prises de vue en contre-plongée. J'avais fait aménager une fosse pour que la caméra soit souvent au niveau du plancher. A part cela, il y eut peu d'effets directement fondés sur le relief. Ce qui était surtout difficile dans le film était de concentrer l'action dans un seul lieu. C'est généralement ce qui arrive lorsque l'on transpose une pièce en film. On oublie que la qualité fondamentale de la pièce réside dans cette concentration. Et en intercalant des flash-backs, par exemple, on finit pas désintégrer l'intérêt de l'action. Et l'erreur est fréquente. Le film dure alors le temps de la pièce plus celui de quelques bobines qui n'ont aucun intérêt et y sont ajoutées superficiellement.


Donc, lorsque j'ai tourné  "Dial M for Munder", poursuivait Hitchcock,  je ne suis sorti du décor que deux ou trois fois et brièvement. J'avais même demandé un plancher authentique pour qu'on puisse bien entendre le bruit des pas, c'est-à-dire que j'ai souligné volontairement le côté théâtral. De même, au moment du procès de Margot, je n'ai pas désiré un décor de tribunal, mais j'ai joué avec des couleurs tournoyantes afin de préserver l'unité de l'émotion. C'était plus familier ainsi. Si j'avais fait construire une salle de tribunal, le public se serait mis à tousser et il aurait pensé : " Voilà un deuxième film qui commence." Pour la couleur, il y avait une recherche intéressante concernant l'habillement de Grace Kelly. Je l'ai habillée de couleurs vives et gaies au début du film et ses robes sont devenues de plus en plus foncées au fur et à mesure que l'intrigue devenait plus sombre. Ainsi toute l'intrigue du film se déroule-t-elle dans un living-room, mais cela n'a aucune importance. Je tournerais aussi volontiers un film dans une cabine téléphonique. Imaginons un couple d'amoureux dans une cabine. Leurs mains se touchent, leurs bouches se joignent et, accidentellement, la pression de leurs corps fait que le récepteur se soulève tout seul et décroche. Pour le public qui regarde ces images, c'est comme s'il lisait les premiers paragraphes d'un roman ou comme s'il écoutait l'exposition d'une pièce de théâtre. Donc, une scène de cabine téléphonique nous laisse, à nous cinéastes,  la même liberté que la page blanche au romancier."

 

Bien que fondé sur une intrigue théâtrale, le film d'Hitchcock est une réussite originale. Si le cinéaste fait la part belle aux dialogues, il n'en reste pas moins que la perfection du découpage, le rythme de l'action,  la direction des cinq acteurs nous assurent que nous sommes bien dans le mouvement cinématographique, que chaque prise de vue compte, chaque expression, chaque image. On regarde, on contemple, subjugué. Ce film était le quatrième que tournait Grace Kelly qui avait débuté à Broadway en 1949 dans une pièce de Strindberg, et au cinéma en 1951. Elle y avait pour partenaire l'excellent Ray Milland, à l'époque l'un des grands acteurs de Hollywood. Hitchcock aimait les professionnels. Certes, il lui arriva de jouer les Pygmalion avec des actrices inexpérimentées comme Joan Fontaine, qu'il fît débuter dans Rebecca, ou avec Tippi Hedren, mannequin et nullement actrice, mais, par goût, il aimait avoir affaire à des gens de la profession qui connaissaient les exigences du cinéma. Il ne voulait pas perdre de temps en d'épuisantes explications. Il aspirait à ce que l'acteur soit immédiatement opérationnel et travaille avec le même souci du public que lui. On se souvient de la tristesse qu'il éprouva lorsqu'Ingrid Bergman le quitta pour rejoindre en Italie le metteur en scène Rossellini qu'elle aimait, et ce qu'il ressentit lorsque le mariage monégasque le priva de sa chère Grace Kelly. Chez les hommes, il n'hésita jamais à choisir les plus professionnels, les plus élégants : les Cary Grant, Ray Milland, Laurence Olivier, James Stewart, Montgomery Clift. La fin du grand Hollywood correspondait à la sienne propre et il le savait. Reste que ce film est l'un de ceux que l'on voie et revoie avec un égal plaisir. L'intrigue est si bien menée, les dialogues si justes, les acteurs si convaincants, les images si ponctuelles, que la signature ne peut être autre que celle d'un maître du 7e Art.

 

Pour lire les articles consacrés aux acteurs et actrices de Hitchcock, à Grace Kelly et au réalisateur lui-même, cliquer sur leurs titres :

 

 GRACE KELLY  

     

ALFRED HITCHCOCK - UNE FILMOGRAPHIE DE L'ANXIETE

 

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LE CRIME ETAIT PRESQUE PARFAIT d'Alfred HITCHCOCKLE CRIME ETAIT PRESQUE PARFAIT d'Alfred HITCHCOCK
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11 octobre 2007 4 11 /10 /octobre /2007 09:09
SANS MOI d'OLIVIER PANCHOT

                                                                                              
Libre adaptation d'un roman de Marie Desplechin, Sans moi d'Olivier Panchot est un film maitrisé et sensible dans le meilleurs sens du terme. Sans jamais verser dans le mélodrame et sans maladresse, le cinéaste nous dresse le portrait de deux femmes à l'opposé l'une de l'autre que la vie va réunir dans une étonnante intimité psychologique. Alors qu'Anna est prête à aider Lise à stabiliser sa vie, les circonstances vont soudain la confronter à ses propres failles. Le choix des actrices a été particulièrement judicieux, tant elles parviennent à exprimer, avec justesse et finesse, ce qui les sépare. L'une est assurément une paumée, mais une paumée qui a de l'entregent et du panache et que la jeune Clémence Poésy interprète avec une vitalité débordante et une force de conviction qui l'imposent dès les premières scènes. Face à elle, Yaël Abecassis  joue le rôle d'Anna avec grâce et élégance. Cette jeune mère, qui semble parfaitement s'assumer, contrôler chaque aspect de son existence au point de se sentir en mesure d'aider sa jeune baby-sitter à consolider la sienne, va brusquement découvrir, comme si la jeune femme lui servait de miroir, ses  fragilités, ses zones d'ombre, ses faiblesses. Divorcée, Anna a engagé Lise pour s'occuper de ses deux enfants. Or, celle-ci, a un passé chargé et fait entrer, en même temps qu'elle, dans le monde bien organisé d'Anna, une part de violence et de corruption. Elle va, en quelque sorte, brouiller les repères de celle qui l'héberge. Ainsi le film, comme l'avait fait le livre, décrit-il la confrontation de deux modes de vie, de deux morales, entremêlant respect, apprentissage, entraide, dans un climat délicat de pudeur et de tendresse. Mais, contrairement au roman, le cinéaste s'est attaché davantage au personnage d'Anna, pour la raison qu'il souhaitait se décharger du poids de l'ouvrage littéraire et proposer une perspective radicalement différente. " J'ai décidé très vite - a-t-il dit - d'inverser la proposition du roman : il fallait réinventer la fiction secrète de cette femme. Libre à moi de m'approprier l'intimité du personnage et de la mettre en scène".

                       


Même si les personnages principaux sont des femmes, Olivier Panchot se défend d'avoir réalisé un film féministe ; ce qui comptait, selon lui, était l'authenticité des personnages, l'acuité du regard que l'on posait sur eux.  Je pense - a-t-il dit - aux films de Truffaut, en particulier  "L'histoire d'Adèle H " ou encore " Persona " de Bergman. Je pense aussi à " La leçon de piano " de Jane Campion. Voilà trois trajets de femme d'une force et d'une justesse incroyable. Parmi ces trois films, y aurait-il un film plus féminin ou plus masculin que les autres ?
 


L'action se situe au coeur d'un Paris que le réalisateur, là encore, a souhaité en symbiose avec ses personnages : " J'ai voulu recomposer un Paris singulier autour de l'appartement d'Anna. Il fallait que la perception des lieux soit en phase avec son état psychique. Nous avons fait en sorte de pouvoir tourner dans des rues étrangement désertées, comme en retrait du monde, tout en étant situées à proximité du parc. Il s'impose alors comme un élément perturbateur, un peu sauvage. Le parc des Buttes Chaumont échappe à la rigueur géométrique des jardins à la française, il est plus accidenté, la végétation semble ici plus libre, moins domestiquée".
Quant à la mise en scène, elle mérite tous nos éloges pour sa fluidité, sa luminosité, ses cadrages subtils, sa chorégraphie, nous offrant des images soignées sans jamais sombrer dans un esthétisme trop conventionnel. Le visage, les attitudes des actrices, quelles que soient les scènes douces ou violentes, sont sublimés et Olivier Panchot sait, à chaque instant, tirer le meilleur parti de leurs mouvements et de leurs expressions. Si bien que l'ensemble de ces qualités fait de ce long métrage une oeuvre attachante, un film ouvragé comme une dentelle, sans être précieux pour autant. 

 

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  • : LA PLUME ET L'IMAGE
  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
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  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


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