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14 juin 2007 4 14 /06 /juin /2007 17:22

temps-retrouve-raoul-ruiz-L-1           

                             

  
Atteint de tuberculose dès sa petite enfance, Raoul Ruiz, né à Santiago du Chili en 1941, est tôt nourri de littérature. C'est un lecteur avide de beaux textes qui s'orientera à l'adolescence vers des études de droit et de théologie, tout en dirigeant le ciné-club de l'université et en commençant à rédiger ses premières pièces de théâtre : il en écrira plus d'une centaine.

 

Installé à Paris en 1973, il tourne Dialogues d'exilé que lui inspire son expérience de réfugié politique. Amoureux de toutes les formes d'art et proche du surréalisme, il consacre un film à la peinture : L'hypothèse du tableau volé mais il lui faudra attendre Trois vies et une seule mort en 1996 pour accéder à la notoriété. En 1998, il relève le défi d'adapter Le temps retrouvé de Marcel Proust ce qu'avait tenté de faire Visconti, projet auquel il renonça finalement -  film qui connut un succès mérité par sa mise en scène superbe, sa savante écriture et une interprétation de qualité.

 

En début de projection, nous voyons l'écrivain sur son lit, feuilletant les images de son passé et se remémorant les heures les plus marquantes d'une vie bouleversée par l'irruption de la Grande Guerre. Or cette vie quelle est-elle, sinon celle de son oeuvre ?  Dans le film, les personnages du roman et ceux de la réalité se croisent et viennent  hanter la mémoire d'un Proust parvenu au seuil de la mort, comme s'ils se refusaient à quitter celui qui leur avait donné vie une seconde fois, vie que la littérature perpétue au-delà du temps, faisant du temps perdu un temps retrouvé.

 

Parmi ceux-ci, apparaissent les personnages clés de La Recherche : Charlus, Odette, Morel, Saint-Loup, Gilberte, Madame Verdurin ; Swann et Albertine ne feront que de courtes apparitions, le cinéaste n'abordant dans son film que le dernier volume de l'ouvrage, ce qui  est, à l'évidence, une approche réductrice d'une oeuvre riche de 3000 pages. Il faut cependant reconnaître à Raoul Ruiz le mérite d'avoir restitué l'élégance de l'univers proustien et l'atmosphère d'une époque qui vivait ses dernières moments, puisque l'on sait que la guerre de 14 a enseveli dans ses tranchées un XIX ème siècle qui n'en finissait pas de mourir. Le film pourrait se contenter d'être un beau livre que l'on compulse avec plaisir, un  album du temps passé nous présentant une société raffinée, des femmes coquettes, des demeures fastueuses, un Paris du début du siècle restitué dans ses moindres détails, mais il est plus que cela.

 

Le temps Retrouvé est avant tout un film sur le temps et la mort, saisi par le regard d'un cinéaste habile et intelligent qui tente d'établir entre l'oeuvre du romancier et son propre travail des liens étroits, de façon à créer une ambiance singulière, ce, par le biais d'un film volontairement non-narratif. Ruiz, en effet, a souhaité épouser les desseins de Proust, parce qu'ils étaient proches des siens, et les a reformulés en termes cinématographiques. De même qu'il poursuit sa réflexion sur la création artistique. La force du film tient à cette volonté de s'approcher au plus près du processus d'écriture. Une extrême complexité d'élaboration l'a contraint à conjuguer une suite subtile de correspondances auditives et visuelles, véritables équivalences que mènent de conserve deux approches de la pensée poétique - celle de la plume et celle de la caméra.

 

Cette tentative est intéressante à plus d'un titre, même si elle ne comble ni le néophyte - qui ne dispose pas de suffisamment de points de repère, ni l'amateur éclairé qui s'agace de cette adaptation trop restrictive et imparfaite. Mais il faut admettre que Ruiz a osé une expérience originale. Il le dit lui-même : " Il me fallait créer un labyrinthe cinématographique qui soit l'équivalent de cette phrase proustienne, qui égare le spectateur - de façon plaisante. Or la méthode que je cherchais était une forme de liberté d'écriture qui correspondait à des passages dans le temps, des allers et venues entre un épisode et un autre. Ces portraits variaient en fonction d'un moment et ainsi on retrouvait ce fameux temps circulaire " - qui n'est autre que celui envisagé par l'écrivain.

 

Les principales faiblesse de cette expérience concernent le recours quasi systématique au flash-back, à la multiplicité des personnages qui finit par égarer le spectateur, tandis que certaines figures de style oniriques rendent l'oeuvre inaccessible aux non initiés. En définitive, cette galerie de personnages surgie de la mémoire d'un Proust mourant se contente de défiler sous notre regard, les protagonistes du roman de se croiser, se chercher, s'épier, une fois transposés sur la pellicule, sans parvenir à nous convaincre du rôle qu'ils ont réellement tenu dans la vie de l'auteur. Si l'époque et les lieux sont restitués, l'essentiel s'est évaporé et l'admirable roman n'est plus qu'une belle enveloppe vide.

 

Car, ce qui est possible en littérature ne l'est pas forcément sur le plan cinématographique et le flou de nombreuses scènes ajoute à la difficulté de lisibilité du film. Celui-ci, après le tournage, durait quatre heures mais, pour les nécessités de la diffusion, fut ramené à deux heures quarante. Cette amputation a probablement desservi l'adaptation audacieuse de Ruiz d'une grande part de son intérêt. Hélas !

 

Proust aurait-il aimé le film ? Certainement pas, ne serait-ce que parce que la littérature se suffit à elle-même, qu'elle est un art total comme le souhaitait et le désirait l'écrivain, invitant chacun de ses lecteurs à entrer en recherche avec lui. L'adaptation de Raoul Ruiz lui serait apparue comme faisant offense à l'imaginaire de chacun,  imposant une vision unilatérale de l'oeuvre, alors que la lecture, contrairement au cinéma, laisse une grande part de liberté dans l'interprétation. Le lecteur n'est jamais passif, il apporte au livre sa propre vision . La relation que Proust entendait établir avec son lecteur était trop étroite, trop intime, pour souffrir autre chose que le murmure des mots.

 

Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA EUROPEEN & MEDITERRANEEN, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 

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LE TEMPS RETROUVE de RAOUL RUIZ
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6 juin 2007 3 06 /06 /juin /2007 09:17
Mon oncle de Jacques Tati

 

"Mon Oncle" de Jacques Tati fut tourné en couleur en 1958. Hulot habite alors une maison tarabiscotée dans la banlieue parisienne en pleine rénovation, envahie de grues et de pelleteuses, dans un bruit assourdissant. Célibataire, il est très attaché à son neveu qui demeure avec ses parents dans une coquette villa d'un quartier résidentiel pourvue des derniers équipements et gadgets à la mode. Hulot vient souvent lui rendre visite et l'emmène se promener et se distraire. Il en profite pour lui faire découvrir un monde inhabituel, celui des terrains vagues, des jeux, où entre une grande part d'imagination. Pour l'enfant, c'est la soudaine découverte d'un univers surprenant où l'on s'accorde quelques privautés et d'où l'on revient les mains sales et les genoux écorchés, au grand dam des adultes.

 

En 1958, la France est à l'orée de ce que l'on appellera la société de consommation. Aussi, pour créer un habitat conforme aux normes exigées par la vie moderne, commence-t-on à raser les immeubles insalubres. "Mon oncle" a été tourné à Saint-Maur et son comique naît principalement du contraste entre le quartier huppé des nouveaux riches et celui des quartiers anciens, faits de bric et de broc, mais qui ont conservé leur chaleur villageoise. L'utilisation remarquable des sons, du langage, des gags empruntés à la réalité la plus immédiate font de ce film un chef-d'oeuvre où se tissent étroitement satire du présent et nostalgie du passé. Le cinéaste défendait ainsi une certaine idée du bonheur paisible, fondé sur des relations humaines harmonieuses et faisait, pour nous en convaincre, l'apologie d'un univers accordé au rythme naturel du pas de l'homme.

 

Pour prendre connaissance de l'article que j'ai consacré à l'oeuvre de Jacques Tati, cliquer sur son titre :

 

 

JACQUES TATI OU LE BURLESQUE REVISITE 

 

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Mon oncle de Jacques Tati
Mon oncle de Jacques Tati
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2 juin 2007 6 02 /06 /juin /2007 09:15
JEAN-CLAUDE BRIALY - PORTRAIT

                                                                     
Né en 1933, il était un maître de cérémonie toujours élégant, empressé, ayant le mot aimable à l'intention de chacun. Mais derrière l'apparence policée du parfait dandy, sorti tout droit de La Recherche du temps perdu, derrière le savoir-faire et le savoir-vivre, se cachait un homme plus profond, amoureux de la belle ouvrage, de la langue française, du théâtre et du spectacle en général, à la seule condition qu'ils fussent de qualité. Les Français le connaissaient peu et l'aimaient  bien, parce qu'il avait le don rare de réussir ce qu'il entreprenait : ses rôles, ses maisons, ses restaurants, ses théâtres...Cette facilité apparente n'en cachait pas moins un travail acharné qui ne laissait aucun détail au hasard. Comme les danseurs, il exécutait ses entrechats comme si c'était la chose la plus naturelle du monde.

 

Il était méticuleux et précis sans être ennuyeux, ironique et critique, sans être méchant. Pour lui existait une hiérarchie des valeurs à laquelle il se conformait scrupuleusement. C'était un amateur de livres et d'objets rares, un connaisseur à n'en pas douter. Ce qu'il exécrait le plus était la vulgarité et comme on le comprend ! Nous n'avions qu'à l'écouter parler pour savoir quel amour il avait de l'excellence dans tous les domaines.

 

Acteur fétiche de la Nouvelle Vague, il s'était trompé d'époque. Il eut mieux valu pour lui naître vingt ans plus tôt et faire carrière dans le cinéma français des années 30 et 40 où il aurait porté l'habit comme André Luguet ou Fernand Gravey, joué les jeunes premiers fantaisistes et donné la réplique à des actrices magnifiques  habillées en Lanvin ou Schiaparelli. Son raffinement, sa classe auraient fait merveille. Mais la vie en a décidé autrement et ce séduisant amphitryon, plein de prévenance et de magnificence, fit ses véritables débuts auprès de Bernadette Lafont dans Le beau Serge (1958) avant de poursuivre son parcours cinématographique avec Les cousins (1959). Le voilà lancé, car il joue juste et a de la présence, même si ses rôles ne correspondent pas toujours à sa nature de Rastignac flamboyant, beau, et bien disant. Il tournera successivement avec Rivette, Godard, Astruc, Vadim, de Broca, Aurel, Truffaut et Rohmer, mais également Malle, Bunuel, Téchiné, Scola et Miller. Lui-même, avec beaucoup de joliesse, comme on peint une aquarelle, réalisera plusieurs films dont Eglantine (1971) et Un bon petit diable en 1983.


Des Godelureaux (1960) à Les lions sont lâchés (1961), l'acteur ne manque aucun rendez-vous des nouveaux conquérants, ce qui ne l'empêche nullement d'aller faire quelques détours chez des metteurs en scène qui correspondent mieux à ses aspirations secrètes, tels que Duvivier, Cayatte et Verneuil, afin de retrouver quelque chose du mythique écran noir d'avant-guerre. Passé la trentaine, les remous de la Nouvelle Vague calmés, Brialy va changer insensiblement de registre. Au jeune premier un peu fou, qui se cherche, succèdent des compositions plus sages, plus ironiques et narquoises d'un homme mûri avant l'âge. On se souviendra de lui dans Le genou de Claire de Rohmer, l'un de ses meilleurs rôles, et on peut regretter que Marc Allégret, trop âgé, ait manqué Le Bal du comte d'Orgel ( 1970), dont il était si parfaitement le personnage.
                  

 

Au théâtre, le rythme de ses apparitions est également soutenu, car Brialy est un avide, un curieux, un homme généreux qui aime la scène et le contact direct avec le public. C'est un être solaire qui  se plait à séduire et à être séduit. Ses auteurs seront Krasna, Félicien Marceau, Feydeau, Hartog adapté par Colette, Françoise Dorin, Sacha Guitry, Didier Van Cauwelaert dont il jouera Le Nègre en 1987. Cette dernière comédie inaugure la première saison de Brialy en tant que directeur des Bouffes-Parisiennes, responsabilité qu'il avait accepté d'endosser avec les risques que cela comporte. Dans le même temps, il n'arrête pas de présenter des émissions de télévision, de radio, des festivals, des galas. On le réclame partout, parce qu'il sait tout faire avec panache et aisance. Il est, à n'en pas douter, le plus fastueux des présentateurs. Cet aspect extraverti de sa personnalité est d'autant plus surprenant qu'il se révèle, dans le privé,  pudique et secret. Jamais d'étalage, aucune forfanterie, selon les modalités d'une exubérance bien tempérée, d'une retenue de bon aloi. Peu importe si sa filmographie- fleuve (une centaine de longs métrage) ne comporte pas que des chefs-d'oeuvre, si tout n'est pas d'égale qualité, si certains choix nous paraissent aujourd'hui regrettables. Il nous faut bien admettre que le raffinement n'a pas cours tous les jours, que nombre de metteurs en scène ne surent deviner les ressources d'un acteur, tout en finesse, qui se plaisait dans les nuances, les subtilités, les paradoxes. D'autant qu'il refusa de se laisser déborder par des excès qui, assurément, caractérisent les monstres sacrés dont il ne fut pas par modestie et réserve, quelle chance ! Il nous a quittés en 2007 à l'âge de 74 ans et ne fut jamais remplacé.


Pour consulter les articles des films où figure l'acteur, dont Le beau Serge et Le genoux de Claire, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

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2 juin 2007 6 02 /06 /juin /2007 08:26
LE GRAND BLEU de LUC BESSON

                              

En un quart de siècle, l'art et l'industrie du film ont considérablement évolué ; la meilleure part revenant aux grosses productions qui savent séduire le public par un langage visuel simplifié à l'extrême, qui sacrifie la signification à l'effet, l'expression esthétique à l'image factice. Dans le même temps, le statut des auteurs s'est affermi, les oeuvres de recherche ont proliféré et, ce, au-delà de ce qu'avaient pu rêver les premiers adeptes de la caméra-stylo. Il nous faut donc tenir compte, lors d'une série d'articles sur la production cinématographique couvrant une ou plusieurs décennies, de cette double et paradoxale évolution, en incluant auprès des chefs-d'oeuvre, des produits de plus grande consommation, ce qu'il est convenu d'appeler des films-cultes, sur lesquels nous nous devons d'émettre les réserves qui s'imposent. Cela est justement le cas pour Le grand bleu (1988), un film qui sut ensorceler une jeunesse et transformer le spectateur en dauphin, le plongeant dans un monde de rêve et de bonheur d'où il ne voudrait jamais plus revenir. Rêve, bonheur, poésie, innocence, évasion, ne sont-ils pas l'apanage de cette réalisation parfaitement réussie sur le plan esthétique et qui rend le rôle du détracteur d'autant plus malaisé et ingrat ?

 


Oubliez tout ce que vous savez.. Plongez ! conseillait le metteur en scène Luc Besson. Or, c'est justement ce que refusait ceux qui répugnaient à s'anéantir comme le faisaient à l'écran Enzo et Jacques. Ces deux copains partageaient la même passion pour la plongée sous-marine et, à l'occasion d'un championnat du monde, se retrouvaient à Taormina en Sicile, bientôt rejoints par Johana, une jeune américaine follement éprise de Jacques. Ce dernier paraissait lui rendre son amour mais, en réalité, n'aspirait qu'à une chose : plonger et se mesurer, lors des compétitions, à son concurrent Enzo. Un jour, celui-ci descendit trop profond et mourut dans les bras de son ami qui, au lieu de remonter son cadavre dans le monde des hommes, préféra le confier au silence des profondeurs, avant d'aller le rejoindre peu de temps après, sourd à l'amour de Johana enceinte.




Terrible histoire que celle de ces deux sportifs qui optent pour la mort plutôt que pour la vie, car de quoi s'agit-il sinon d'un anéantissement dont le réalisateur n'hésite pas à nous fournir la clé. Et quelle est-elle ? Je résume : puisque la vie ordinaire n'est pas à la mesure de l'héroïsme auquel aspirent les jeunes gens, épris l'un et l'autre d'idéal et de fraternité virile, et puisque la femme, selon eux, signifie l'assurance d'une existence stéréotypée qui, peu ou prou, les contraindra à la stabilité : foyer, enfants, maison, automobile et, par conséquent, à une existence castratrice, mieux vaut une mort désirée que cette vie mutilée. Si bien que l'on peut aborder le film sous l'angle d'une exaltation au dépassement de soi, ce que firent de nombreux jeunes spectateurs, qui adhérèrent d'autant plus facilement à cette intrigue, qu'elle fait la part belle à la fascination que le néant exerce sur eux. La beauté esthétique du film donne incontestablement de la mort une image sublimée : mort proclamée comme refus de la médiocrité, de l'ordinaire de la vie, et comme possibilité de s'octroyer un destin. En somme, proposer en échange d'une vie aseptisée et d'une désolante platitude, une mort exaltante. Le film provoqua la controverse que l'on imagine sans qu'elle fût toujours bien comprise, ce qui est regrettable, car, à la suite de cette projection, des adolescents fragiles pouvaient être enclins à se laisser prendre dans cette nasse  qui les entraînait irrémédiablement dans des profondeurs insondables. L'image fascinait, mais n'en était pas moins fausse ; on sait depuis Cousteau que les grands fonds océaniques sont, dans la réalité, ténébreux et inhospitaliers. On y devient sourd et aveugle et on s'y engloutit dans un univers pour le moins terrifiant. Si la plongée sous-marine est un sport enthousiasmant, il ne l'est que dans la mesure où chacun en envisage les risques et périls. Ce film eut donc, entre autre privilège, celui de faire couler beaucoup d'encre et de susciter des discussions sans fin. Aujourd'hui, il me vient à l'idée de le comparer à un film plus récent, qui a obtenu le prix de la mise en scène au Festival de Cannes : Le scaphandre et le papillon.  Alors que le premier est un chant funèbre bellement orchestré, le second est un hymne à la vie de la part d'un homme prisonnier d'un scaphandre, immergé dans les profondeurs douloureuses de la maladie mais, tellement épris de la beauté du monde, que d'un battement de paupière il parvient à faire de sa pensée et de ce qui lui reste de vie...un papillon. A la pesanteur de l'eau s'oppose l'air libérateur, au refus, l'acceptation, à l'abandon, la confiance. A méditer. 

 

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LE GRAND BLEU de LUC BESSON
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23 mai 2007 3 23 /05 /mai /2007 09:17
Les vacances de Mr Hulot de Jacques TATI

Les vacances ne sont pas faites pour s’amuser. Tout le monde le sait, sauf Monsieur Hulot qui, pipe en l’air et silhouette chaloupée, prend la vie comme elle vient, bouleversant scandaleusement, au volant de sa pétaradante voiture, la quiétude estivale des vacanciers qui s’installent avec leurs habitudes citadines dans cette station balnéaire de la côte atlantique. Hulot va, dès lors, promener dans l’ennui balnéaire le plaisir émerveillé de ses découvertes successives. D’un seul coup, l’ennui vole en éclats, tandis que les châteaux de sable s’ouvrent sur la belle au bois dormant et qu’aux cris des enfants, la petite plage  prend en permanence les couleurs d’un jour de fête. Mais voilà septembre. Monsieur Hulot, inconscient du climat facétieux qu’il a suscité durant cet entracte estival, rentre. Et où rentre-t-il ? Dans les nuages sans doute, dont il n’était, d’ailleurs, jamais sorti. Si bien que les enfants du pays, après qu’il ait disparu, interrogeront le ciel pendant longtemps. Fort du succès remporté par « Jour de fête », Jacques Tati , dans les années 1952, crée le personnage de Monsieur Hulot, autre silhouette dégingandée mais, cette fois, sans moustache, personnage qui pourrait être le cousin citadin du facteur François, figure qui deviendra familière avec son pantalon de toile blanche, son chapeau cabossé, ses chaussettes rayées et ses chaussures de tennis auxquelles s'ajoutera assez fréquemment une pipe. Monsieur Hulot est entré dans le paysage cinéphile à bord de sa voiture et n'en sortira plus. Dans ce second film  Les Vacances de monsieur Hulot (1953), on partage avec cet ami extravagant deux semaines de vacances sur une plage bretonne proche de Saint-Nazaire. Pendant plus d'une heure, nous allons le voir semer le trouble parmi la clientèle de l’hôtel, où il séjourne, par ses maladresses, ses fantaisies et ses manières d'hurluberlu. Une suite de gags qui provoque le rire du public. Tati a su saisir le rituel des vacanciers et les attitudes estivales de la classe moyenne à l'heure où notre société entre dans l'ère de la consommation de masse. De cette observation aiguë va naître une poésie du quotidien profondément intelligente, servie par une grande liberté d'écriture qui préfigure déjà ce que sera, quelques années plus tard, la Nouvelle Vague, soucieuse de filmer en temps réel et sur le vif le monde contemporain. Hulot, l'innocent, l'optimiste, le fantaisiste, l'incorrigible gaffeur affirme son individualité à l'égard d'une société dont le conformisme est décapé sans méchanceté par des situations burlesques inénarrables.

 

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Les vacances de Mr Hulot de Jacques TATI
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19 mai 2007 6 19 /05 /mai /2007 08:59
LA FAILLE de GREGORY HOBLIT

                     

Plus théâtrale que cinématographique, "La Faille" de Grégory Hoblit vaut principalement pour le jeu des acteurs Anthony Hopkins et Ryan Gosling et le suspense efficace qui maintient - sans faiblir - l'intérêt et la curiosité du spectateur jusqu'au final, ce qui est la preuve d'un scénario bien ficelé, dans la plus pure tradition du thriller hollywoodien. Dans le personnage de Ted Crawford,  ingénieur aéronautique riche et vicelard, Hopkins est retors à souhait. Il semble sortir, avec ses cheveux gris rasés court, du "Silence des agneaux". Comme sa femme le trompe deux fois par semaine dans un hôtel avec piscine, il commet le crime parfait, mais, ensuite, avoue sa culpabilité, afin de mettre au défi la police et un jeune procureur aux dents longues, que l'on a jeté dans ses pattes afin de le pousser jusque dans ses retranchements, de prouver qu'il est bien le coupable. Jeu pervers et machiavélique que cet homme inquiétant va mener de main de maître au point que les enquêteurs vont y perdre leur latin. Problème : c'est l'amant qui a été chargé de mener l'instruction sur la tentative d'assassinat de l'épouse infidèle et c'est un jeune procureur, pressé d'en finir, qui va jouer face à lui à qui perd gagne. Ce trio-là vaut son pesant d'or et Hopkins avec ses airs narquois, ses sourires entendus et ses silences, qui en disent long, nous la joue sur le mode tantôt insolent, tantôt cynique, en manipulateur avisé qui sait user habilement de sang-froid et de ruse.

                         

Le bras de fer qui s'en suit est habilement conduit entre faux-semblants et ambition, mensonge et orgueil, moment que l'on savoure avec un certain plaisir. Reste ici et là des clichés dont on se serait bien passé et qui n'apportent rien au film. Dommage, car celui-ci aurait mérité mieux sur le plan du rythme et du découpage, ainsi que de la mise en scène vraiment trop convenue. Mais le film s'en sort grâce à ce duel qui nous met les nerfs à vif. L'accusé et l'accusateur, étant aussi mégalo l'un que l'autre, nous font leur cinéma avec un talent qui, à certains instants, m'a semblé un peu forcé. A voir si l'on aime les parties de poker jouées avec maestria.

 

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LA FAILLE de GREGORY HOBLIT
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4 mai 2007 5 04 /05 /mai /2007 10:37
LOIN D'ELLE de SARAH POLLEY

                                                               

Le film  Loin d'elle, d'une jeune réalisatrice canadienne, nous révèle un talent prometteur qui mérite de retenir l'attention des cinéphiles, tant ce premier essai, sur un sujet pourtant difficile, est un coup de maître. Sarah Polley, tel est son nom, y démontre une maîtrise époustouflante pour une si jeune femme (28 ans). Car, bigre ! que le thème choisi est délicat ! Traiter de la maladie d'Alzheimer sans sombrer dans le mélo et sans frôler l'impudeur est suffisamment remarquable pour être souligné. Ce film est certes mélancolique, mais jamais désespéré, tant l'amour et le respect prennent sans cesse le pas sur les conséquences inéluctables de la maladie. L'héroïne s'éloigne à jamais dans les brumes de l'absence et un environnement d'une beauté poignante que la blancheur immaculée de la neige garde intact dans son profond et admirable silence. La jeune cinéaste ne s'est pas cachée d'être fascinée par l'exploration de la mémoire, par les règles de ce "je" aux multiples facettes, par les longues relations entre deux personnes lorsqu'elles s'effilochent, et comment les choses dont on se souvient peuvent être aussi douloureuses que celles que l'on oublie. Et je désirais tellement, a-t-elle dit lors d'une interview, que Julie Christie tienne ce rôle, que j'ai commencé à écrire en pensant à elle. Ce scénario s'inspire d'une nouvelle d'Alice Munro qui bouleversa à tel point la jeune femme qu'elle eût aussitôt le désir de la porter à l'écran et, par la même occasion, de se lancer dans la mise en scène.



L'histoire est celle de Fiona et Grant (Gordon Pinsent), mariés depuis 45 ans, et dont l'existence va être totalement déstabilisée lorqu'ils apprennent que Fiona est atteinte de la maladie d'Alzheimer. A cette annonce, la malade accepte d'entrer dans une maison de santé spécialisée, ce qui va profondément perturber son époux, rongé par la culpabilité et torturé par sa mémoire qui ne cessera plus, dès lors, de lui rappeler les heures de bonheur d'antan, alors même que son épouse prend ses distances avec un passé qui les avait vus si proches. Et cette douleur s'aggravera encore lorsque Fiona s'éprendra d'un des pensionnaires de la maison de santé. La mémoire s'est retirée de l'esprit de cette femme, laissant derrière elle une page vierge, comme le sable à marée basse, comme la neige qui a recouvert le paysage environnant en le faisant apparaître différent. Fiona est soudain livrée à la vie, sans plus de racines, sans plus de souvenirs, avec une sensibilité intacte mais pas d'amarres pour la fixer au quai, pas de barre pour la gouverner. Ainsi est-elle pareille à une jonque égarée dans l'immensité inconnue, ainsi les sentiments se fracassent-ils comme une banquise, car bientôt Fiona ne reconnaîtra plus son compagnon de vie. La tendresse et la force s'allient dans ce film qui sait montrer,  juste comme il faut, la fragilité des êtres et la persistance des liens.
 


Dans le rôle de Fiona, composé en pensant à elle, Julie Christie, qui fut l'inoubliable Lara du Docteur Jivago,nous bouleverse une fois encore par l'intensité qu'elle  insuffle à son personnage. Elle joue de cette fragilité qui émane d'elle, de cette ferveur des yeux qui la caractérise, de cet effacement qu'elle sait nuancer selon les scènes, de ses étonnements, ses étourderies et elle est tout simplement admirable. Elle ajoute au film, aux côtés d'un Gordon Pinsent également émouvant, une dimension quasi spirituelle, comme une lumière qui irradie ainsi que la neige d'alentour.  Le non-dit de ce film est plus important que le dit, car l'essentiel est suspendu dans les regards qui s'échangent, les chagrins qui se voilent, les tendresses qui s'avouent. Si la nostalgie est bien présente, Sarah Polley ne s'en contente pas et ose aborder d'autres thèmes que celui de la maladie dévastatrice. Elle évoque avec tact la sexualité des seniors, la mort "sociale", sans perdre son fil conducteur : celui de cet amour évanescent. Film grave d'une jeune actrice talentueuse passée derrière la caméra, il porte en germe toutes les promesses et prouve, une fois encore, que la valeur n'attend pas le nombre des années.

Julie Christie a reçu un Golden Globe en 2008 pour son interprétation dans ce film.


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28 avril 2007 6 28 /04 /avril /2007 10:37
LES BRONZES de PATRICE LECONTE

   

Rien de plus éloigné d'India Song de Marguerite Duras que le film Les Bronzés (1978) de Patrice Leconte. Le premier se situe dans le cercle étroit du cinéma expérimental jugé parfois trop cérébral et ennuyeux, l'autre est un divertissement hilarant qui n'a pour ambition que de distraire et d'amuser, mais n'en reste pas moins une critique savoureuse et cruelle d'une tranche de la société de consommation des années 70. Pourquoi en parler ? Parce que ce film, et ceux qui suivirent, dont Les Bronzés font du ski, Le Père Noël est une ordure, furent des succès tels qu'ils méritent de retenir l'attention et parce que l'équipe du Splendid, cette troupe de joyeux drilles, qui avait fait ses classes auprès de Tsilla Chelton, imposa avec talent un cinéma proche de la formule café-théâtre, à base d'improvisations collectives et d'humour franchouillard.

                        

Le film réunissait l'équipe au complet, tandis que la réalisation était confiée à un transfuge de la bande dessinée, ayant travaillé au journal Pilote et déjà signataire d'une comédie grinçante qui révélait Coluche : Les vécés étaient fermés de l'intérieur (1975). La comédie m'a enseigné les constructions au millimètre... La publicité m'a appris l'économie du récit : en quarante-cinq secondes, il faut aller à l'essentiel . Ces propos du metteur en scène expliquaient sa réussite dans un genre mineur : minutieux réglage des gags, rapidité d'exécution, refus du comique de grimace à la de Funès au profit d'une franche gaieté à l'italienne. Autre originalité : le comique n'était plus l'affaire d'un seul à la façon d'un Buster Keaton ou d'un Jacques Tati, mais d'une troupe d'acteurs où chacun figurait un personnage bien ciblé de l'échantillonnage humain : le malchanceux, l'arriviste, le paumé, le dragueur, le parvenu, la snobinarde, l'écervelée... Le tout pimenté d'une bonne dose d'observation sociologique qui raillait le comportement du touriste moyen en mal de potion miracle contre la solitude et nous dévoilait un échiquier farfelu où les uns et les autres poussaient leur pion à l'aveuglette. Il en résultait un comique insolite, amer et pittoresque, que le cinéaste affinera par la suite dans des réalisations plus ambitieuses telles que Tandem (1986), Le mari de la coiffeuse (1990) et Le parfum d'Yvonne (1994).

                               

Avec Les Bronzés, Leconte et la troupe du Splendid se trouvaient en phase avec la réalité de l'époque, si bien que le film est un documentaire inénarrable de ce que fut alors l'homo vacancus, en même temps qu'une peinture réjouissante de quelques inclassables énergumènes ne parvenant à s'intégrer nulle part. Les gags s'enchaînaient avec brio et le rythme ne se relâchait à aucun moment. C'était un feu d'artifice de scènes mémorables menées à un train d'enfer par de jeunes acteurs talentueux qui, visiblement, s'amusaient autant que nous.  Il est vrai aussi que nous avions dans ces années-là un Président de la République qui se souciait beaucoup du bonheur des Français et que le club Med sut profiter à fond de cette formidable aubaine des séjours "clé en main" et dépaysants qui assuraient à ses gentils membres, grâce à la présence de ses gentils organisateurs, des semaines de rêve au long de plages bordées de cocotiers, où leurs loisirs, leur habitat, leur couvert, leurs flirts, leurs souhaits, leurs fantasmes étaient aimablement satisfaits. Ils n'avaient plus qu'à se laisser porter par cette vague euphorisante et se couler dans le moule que l'on proposait à leur psychisme stressé. Le sujet était trop beau pour ne pas être exploité avec toute la dérision requise et l'humour adéquate.

 

La production cinématographique des années 70/80, éclectique à souhait, manifestait ainsi sa bonne santé, puisqu'elle pouvait offrir des longs métrages aussi différents que Le chagrin et la pitié de Marcel Ophuls (1970), La maman et la putain de Jean Eustache (1973) et ces bronzés  qui recensaient les ridicules d'une société de consommation n'aspirant qu'à jouir, sans trop se poser de questions, des opportunités qui s'offraient à elle. Le film, sous ses dehors simplistes, était une charge impitoyable contre les dangers du décervelage qui guettait chacun de nous, pris que nous étions dans l'engrenage du plaisir à tout prix et de la satisfaction immédiate. Dans ce sens, Les Bronzés ont été salutaires. Les Français acceptèrent avec bonne humeur cette parodie d'eux-mêmes, mais nombreux furent ceux qui en tirèrent la leçon et organisèrent leurs vacances de manière plus personnelle. Le Club Med eut aussi à en pâtir et dut réviser ses formules de vacances en les déclinant  sur un mode plus raffiné, plus élaboré, ajoutant au potage quelques ingrédients soft.



En conclusion, ce film aura été un triomphe et se voit rediffusé presque chaque année sur une chaîne de télévision avec le même succès d'audience. C'est dire que la troupe et son cinéaste avaient visé juste. Les Français ont une qualité qu'il faut leur reconnaître : ils se plaisent à rire à leurs dépens. C'est bon signe. L'auto-critique est excellente pour la santé morale. Bien entendu, la tentation était grande de rééditer l'exploit. Il y eut, en effet l'année suivante Les Bronzés font du ski qui était encore de bonne facture, mais, hélas ! le dernier en date, ces bronzés number 3 fut un four total...Les miracles n'ont lieu qu'une fois.

 


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18 avril 2007 3 18 /04 /avril /2007 13:49
UNE HISTOIRE SIMPLE de CLAUDE SAUTET

                           

"Mes films ne sont pas déprimants et ne débouchent pas sur le désespoir. (...) J'essaie toujours de trouver dans les personnages que je décris cette vitalité biologique qui les amène à s'en sortir".  Comme Doillon,  Claude Sautet est le cinéaste de la vie des autres, de ces gens simples que l'on croise, rencontre, oublie. Il aime surprendre sur les visages les expressions familières, les regards fugitifs, les interrogations inquiètes. Dans la foule anonyme des grandes villes, son objectif semble isoler, par hasard, seuls ou en groupe, César et Rosalie (1972), Vincent, François, Paul et les autres (1974), Anna, Gabrielle, Marie ( Une histoire simple ), échantillons humains qui illustrent si bien les élans du coeur et les blessures de l'âme et nuancent à l'infini la perception des choses de la vie. Tel un sculpteur, Sautet travaille cette matière brute du réel, ces êtres dont il tente de saisir, d'approcher l'identité, de sonder les coeurs et les reins. Qui sont-ils ? Les maîtres de leur avenir ou les esclaves de mille contraintes ? Ainsi, au fil des bobines, le cinéaste brosse-t-il le tableau impressionniste d'une société qui, dix ans après mai 68, est en pleine mutation, destin particulier des individus inséparable de celui de la collectivité. Rien n'échappe à son oeil attentif et scrutateur : ni le spectacle de la rue colorée, ni celui du cercle familial en fête ou dans la peine, ni le monde du travail entre éclatement et solidarité, ni la fratrie angoissée des hommes, ni l'univers féminin  autour duquel tout gravite. Histoires simples que celles de ces vies que l'on surprend dans leur décor journalier, autour des tables festives, dans le brouhaha des bistrots ou encore dans leur univers professionnel, là où se tissent les ambitions, les jalousies, les suspicions.  
  
                        

Une histoire simple (1978) est celle de Marie qui rompt avec Serge et décide de ne pas garder l'enfant qu'elle attend de lui, le cinéaste abordant ici le délicat et douloureux problème de l'avortement qui après la promulgation de la loi Veil commençait à se banaliser et prouvait l'évolution rapide d'une société qui n'entendait plus supporter d'entraves à sa liberté. Sautet donne à voir mais ne juge pas ; il se tient en retrait, se contente d'être un peintre des moeurs, un témoin. Cinéaste, c'est-à-dire homme de l'image, il se garde de se montrer partisan. Et on doit l'en remercier, car son cinéma, de belle facture, dans la lignée d'un Renoir et d'un Becker, ne retient sur sa pellicule ultra sensible que les expressions fugitives, les douleurs soudaines, les chuchotements de l'indicible, les aveux susurrés au creux des longs silences, les amours qui se nouent et se dénouent, de ceux qui ne savent pas attendre ou ne peuvent pas finir.

                  

Marie, l'héroïne d'une histoire simple, interprétée par la merveilleuse Romy Schneider, après avoir quitté Serge, son amant (Claude Brasseur), renoue avec Georges son ex-mari (Bruno Cremer) et retrouve en maintes occasions la bande d'amis avec laquelle elle partage ses loisirs, ses soucis et ses joies. Chacun, à l'intérieur de l'histoire, vit son histoire propre, les unes et les autres se mêlant et s'entremêlant dans ce microcosme qui montre combien la solitude peut être plus grande encore au milieu des autres. Familles recomposées, divorces, tentatives de suicide, amours déclinantes, notre lot quotidien est dépeint en une fresque intimiste, sans agressivité, dans les dégradés pastels, avec une humanité empreinte de tendresse. C'est l'art de Sautet d'être ainsi proche de ses personnages, au point de nous les rendre incroyablement accessibles. Celui-ci n'est-il pas notre voisin, celui-là notre confrère, notre associé, voire notre parent ? Cette proximité, par ailleurs, n'est pas dépourvue de piquant et de piment, ce, grâce aux dialogues aimablement ciselés par Jean-Loup Dabadie. Et puis Claude Sautet sait tirer le meilleur de ses interprètes. S'il donne beaucoup, il reçoit en retour. On sait que Romy Schneider fut l'une de ses actrices fétiche et travailla avec lui dans Les choses de la vie, César et Rosalie, Max et les Ferrailleurs, Mado et cette histoire simple où elle est la femme icône d'une modernité encore hésitante. "Romy est une actrice qui dépasse le quotidien, qui prend une dimension solaire. Elle est la synthèse de toutes les femmes, leur chant profond qui donne un sens à leur vie. Elle a une sorte de propreté morale qui irradie d'elle-même et la rend absolue" - écrivait le cinéaste de son actrice. C'est dire combien il la comprenait et, à travers elle, toutes les femmes. Car ce cinéaste sut toujours rester à hauteur d'homme et poser sur ses semblables un regard fraternel.  

 

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CLAUDE SAUTET OU LES CHOSES DE LA VIE      

ROMY SCHNEIDER - PORTRAIT      

BRUNO CREMER  

 

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UNE HISTOIRE SIMPLE de CLAUDE SAUTET
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7 avril 2007 6 07 /04 /avril /2007 11:54
NE TOUCHEZ PAS LA HACHE de JACQUES RIVETTE

                    

"Histoire des Treize ", ce titre regroupe trois romans d'Honoré de Balzac : Ferragus, La duchesse de Langeais et La fille aux yeux d'or. Une première version avait été publiée dans " L'écho de la Jeune France " sous le titre : "Ne touchez pas la hache", qui le resta jusqu'en 1839. Les Treize sont, selon Balzac lui-même, les membres d'une étrange franc-maçonnerie assez forts pour se mettre au-dessus des lois, assez hardis pour tout risquer et entreprendre et assez heureux pour avoir presque toujours réussi dans leurs desseins. La duchesse de Langeais, dédiée à Franz Liszt met en scène le général de Montriveau et la duchesse, née Antoinette de Novarreins, jeune femme adulée du faubourg Saint-Germain, à laquelle l'ombrageux et conquérant militaire, follement épris, va faire une cour assidue sans parvenir à la séduire. Elle l'enflammera sans lui céder. Balzac s'inspirait là de la marquise de Castries qu'il avait désespérément aimée et qui l'avait fait beaucoup souffrir. Ce roman était la revanche de l'écrivain sur la femme du monde insoucieuse et coquette. Dans le roman, la jeune femme va toucher la hache, c'est-à-dire se prêter au châtiment qui interviendra et la conduira à se retirer dans un couvent et à y mourir.

                       

Jacques Rivette, cinéaste bien connu de la Nouvelle Vague, auquel nous devons entre autres La belle noiseuse, a choisi, pour son dernier long métrage, de faire cette adaptation du roman balzacien selon une trame quasi linéaire et en respectant scrupuleusement le texte de l'auteur, les dialogues étant principalement ceux du livre. Cela nous vaut un film intéressant, un peu long, parfois un rien scolaire, mais éclairé de lueurs brillantes, de moments privilégiés et surtout valorisé par le découpage subtil et ludique du temps, grâce au savoir-faire de Nicole Lubtchansky. En ne cessant d'attiser son désir tout en se refusant à lui, au prétexte de la bienséance et de la vertu, Antoinette de Langeais pousse Armand de Montriveau à contester la supériorité morale de l'autorité aristocratique et à bouleverser l'ordre en place. Il faut donc voir le film sous son angle subversif, la fracture que la confrérie secrète des Treize voudrait infliger à la société d'alors - et sous celui de la hantise d'un amour toujours remis en cause. C'est d'ailleurs cet amour malheureux qui conduit Montriveau à agir, comme un conquérant assuré de son impunité, depuis sa première visite à la duchesse s'apprêtant à rejoindre Dieu, jusqu'au constat de sa mort.
 


Jeanne Balibar, assez peu convaincante dans le premier tiers du film, finit peu à peu par s'imposer par sa grâce, sa fragilité et cette fêlure que la vie lui inflige et qu'elle laisse sourdre avec sensibilité, face à un Guillaume Depardieu, dont le jeu manque de sobriété parfois ou qui agace par une tendance au cabotinage. Par contre, les seconds rôles tenus par Bulle Ogier et Piccoli sont savoureux et tous deux s'en donnent à coeur joie avec autant de drôlerie que d'insolence. Un film qui n'emporte pas totalement l'adhésion, mais vous donne envie de replonger dans le chef-d'oeuvre balzacien.

 

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  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
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  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


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