Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
20 octobre 2017 5 20 /10 /octobre /2017 09:26
DANIELLE DARRIEUX

                  

Elle était la grâce et la féminité même, avec une voix de violoncelle. Elle a honoré le cinéma français par son talent (110 films à son actif), son charme, son espièglerie et son élégance. Elle était de ces rares actrices qui peuvent tout jouer avec le même naturel. Elle était née un premier mai, le jour du muguet, et elle s'est éteinte comme une petite bougie à cent ans et demi au coeur d'un automne qui sait nuancer et harmoniser les couleurs. Une vie d'exception pour une femme d'exception. Alors qu'elle étudiait le violoncelle au conservatoire, Danielle Darrieux, née en 1917, est remarquée et retenue pour tenir le rôle principal dans  "Le Bal" de Wilhelm Thiele. Elle a 14 ans et n'a encore suivi aucun cours d'art dramatique. Qu'à cela ne tienne ! Sa fraîcheur, sa beauté, sa spontanéité en font la plus délicieuse ingénue et on parle d'elle comme d'une révélation, si bien qu'elle tourne successivement  "La crise est finie" et "Dédé" (1934) de Guissart,  "L'or dans la rue" (1934) de Kurt Bernhardt et  "Quelle drôle de gosse" (1935) de Léo Joannon et, qu'âgée de seulement 18 ans, elle n'a pas moins de quinze films à son actif.



En 1935, Anatole Litvak lui offre un premier rôle dramatique, celui de la tendre et fragile baronne Vetsera dans "Mayerling" au côté de Charles Boyer, où elle va se révéler une vraie comédienne capable non seulement de séduire mais d'émouvoir et, sans forcer son jeu, de traduire des sentiments complexes et douloureux. Au début de l'Occupation, elle remporte un triomphe avec "Premier Rendez-vous" (1941) d'Henri Decoin qu'elle a épousé. Suivront quelques films sans grand intérêt, avant qu'elle ne renoue avec des personnages plus consistants et trouve un second souffle avec "Occupe-toi d'Amélie "(1949) de Claude Autant-Lara ou "La Ronde" de Max Ophuls. Ophuls, qui a découvert en elle son interprète idéale - il dira à son propos " Regardez ce tendre mouvement de l'épaule et ce sourire qui ne sourit pas mais qui pleure. Ou qui fait pleurer " -  lui confie le rôle principal dans  "Madame de" où elle est inoubliable dans le personnage d'une femme coquette prise au piège d'un grand amour. Affectueusement surnommée D.D., un critique de l'époque écrira  : " Elle a incarné comme Gabin, autant que lui et de façon légère, l'insouciance des années 1930 et la gravité des années 1950".

 

A propos d'Ophüls, on parle de la trilogie qui réunit les trois films les plus importants :" La ronde", "Le plaisir" et "Madame de". L'actrice y donnera la pleine mesure de son talent et surprendra son public en lui révélant des ressources insoupçonnées : ainsi sera-t-elle tour à tour une bourgeoise, une fille publique et une aristocrate avec la même aisance. Dans "La Ronde", elle incarne avec délicatesse et humour Emma Breitkopf, femme mariée, victime d'une panne de son jeune amant (Daniel Gélin), avant de se retrouver auprès de son mari (Fernand Gravey) dans la chambre conjugale aux lits jumeaux. Elle est ensuite la Madame Rosa du "Plaisir", une des pensionnaires de la maison Tellier qui recouvre un peu de sa dignité  devant les excuses que lui adresse le menuisier de la campagne normande (Jean Gabin) et, pour finir, sera l'interprète insurpassable d'une femme saisie d'une violente passion, oiseau qui se croyait volage et se découvre captif, dans "Madame de"... L'actrice légère, apparemment lisse, pouvait devenir une admirable tragédienne. Le génie d'Ophüls eut, entre autre mérite, celui de tirer d'elle les sons d'un stradivarius.



A partir de ces années 50, elle sera considérée comme l'une des meilleures actrices françaises avec Michèle Morgan et Micheline Presle, sensible, touchante, parfaite dans des rôles aussi divers que celui de Madame de Rénal dans "Le Rouge et le Noir" de Autant-Lara, dans "La Maison Bonnadieu" de Carlo Rim ( 1952) ou "Pot-Bouille" de Duvivier (1957). Elle prêtera également ses traits et son talent à des personnages comme la "Lady Chatterley" de Max Allégret (1955), la Montespan de "L'affaire des poisons" d'Henri Decoin et, également, à des femmes contrastées comme Agnès Sorel, favorite de Charles VII ou Marie-Octobre, une résistante de la dernière guerre. Tant et si bien que la Nouvelle Vague n'hésitera pas à faire appel à une actrice aussi accomplie et qu'elle tournera avec Chabrol dans "Landru" (1962), avec Jacques Demy dans "Les demoiselles de Rochefort" (1967) - où elle sera la seule à ne pas être doublée sur le plan musical - ainsi que dans "Une chambre en ville" (1982), avec Dominique Delouche dans "Vingt-quatre heures de la vie d'une femme" (1968) et "Divine" (1975), avec Philippe de Broca dans "Le Cavaleur" (1978) et avec Téchiné dans "Le lieu du crime" (1985) ; ces cinéastes contemporains n'ayant pas hésité à lui confier des rôles de femme mûre ou même d'adorable grand-mère. Au théâtre, sa carrière n'en est pas moins brillante. Ses plus grands succès seront : "Les jeux dangereux" en 1937, "La robe mauve de Valentine" en 1963 et "Harold et Maud" en 1995.           

 

En 2005, à 88 ans, elle tourne  "Nouvelle Chance" d'Anne Fontaine. Un record pour une actrice qui a débuté sa carrière à 14 ans et n'a pas moins d'une centaine de films à son palmarès. Cette longévité, elle la doit à une incroyable jeunesse de caractère, d'autant qu'elle n'a pas dit son dernier mot et qu'elle a encore joué devant la caméra de Pascal Thomas  dans "L'heure zéro" en 2007 et dans "Pièce montée" de Denys Granier-Deferre en 2010.  Ainsi a-t-elle tout interprété sans éprouver la moindre lassitude et conservé, malgré les épreuves et les chagrins, une formidable joie de vivre. Ce qui a fait dire à son metteur en scène Anne Fontaine : J'ai été complètement charmée par sa personnalité, son énergie, le mélange de joie, de gaieté et de mélancolie totalement surmontée. Danielle est entièrement tournée vers l'avenir, elle a un rapport unique avec le temps.                                 

 

Cette grande actrice s'est vu couronnée par le prix de la meilleure interprétation féminine à Berlin en 2002 pour "Huit femmes" de François Ozon, d'un César d'honneur à Paris en 1985 et d'un Molière d'honneur en 1993. Toujours débordante d'activité alors qu'elle avait passé le cap des 90 ans, elle avouait : " J'ai du mal à me voir vieillir. Du coup, je regarde mes anciens films. Mes deux petits liftings sont ridicules à côté de ceux qu'on voit aujourd'hui ! Le secret, c'est d'aimer la vie, de se poser des questions et de ne pas avoir d'oeillères. La comédie, c'est la vie. La seule chose qui m'emmerde, c'est de devoir mourir ". Mais le 7e Art ne l'a-t-il pas depuis longtemps immortalisée ?

 

Pour consulter les articles de la rubrique ACTEURS DU 7e ART, cliquer  ICI

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

DANIELLE DARRIEUX
DANIELLE DARRIEUX
Partager cet article
Repost0
12 octobre 2017 4 12 /10 /octobre /2017 09:07
L'école buissonnière de Nicolas Vanier
L'école buissonnière de Nicolas Vanier

 

Bas du formulaire

Le jeune Paul (Jean Scandel) n’a  connu jusqu'à présent qu’un seul horizon : les hauts murs de son orphelinat parisien, mais le directeur veut lui trouver une famille d'accueil qui lui offrira des lendemains moins austères et moins douloureux. Confié à Célestine (Valérie Karsenti) pour le temps des vacances d’été, une femme qui demeure dans le même village que sa supposée mère, le petit citadin arrive en Sologne, région âpre et sauvage. L’immense forêt, les étangs embrumés et les landes, sont la propriété du comte de la Fresnaye (François Berléand), un veuf taciturne qui vit solitaire dans son château. S’il tolère les braconniers sur son domaine et parfois même les manouches, Borel, quant à lui, les traque sans relâche et s’acharne sur le plus rusé d’entre eux, Totoche (François Cluzet). Aux côtés de ce braconnier, grand amoureux de la nature, Paul va faire l’apprentissage de la vie mais aussi de la forêt et de ses secrets. A commencer par le sien trop teinté de mystère. Cela au cœur de la France rurale de l’entre-deux- guerres où l’homme vit encore, dans l’intimité des bêtes, au rythme des saisons.

 

L’enfant, habitué à la vie austère de l’orphelinat, a quelque difficulté à s’habituer à son nouvel environnement et à sa nouvelle famille. S’il se méfie de Borel (Eric Elmosnino), le garde-chasse peu amène et mari de Célestine, il se lie vite d’amitié avec Totoche, le braconnier bougon et rusé qui a tôt fait de l’initier aux choses de la nature, de lui faire goûter aux joies de la pêche, de la chasse et des promenades dans cette nature sauvage épargnée par le temps. A l’étonnement de tous, il parvient également à éveiller l’intérêt du taciturne comte de la Fresnaye qui ne quitte jamais son immense château où il vit retiré depuis la mort de sa fille dont il n’avait pas accepté le mariage avec un cheminot. Par ailleurs son fils, peu sensible à la vie des champs et des bois, gaspille son existence en mondanités à la grande déception de ce père mieux en phase avec la vie rurale. François Berléand campe ce personnage déçu et amer de façon très juste. La qualité de l’interprétation, dans son ensemble, mérite d’être soulignée, que ce soit François Cluzet méconnaissable dans ce personnage pittoresque et marginal d’homme des bois, Valérie Karsenti en femme sensible mais visiblement tenue par un secret, Eric Elmosnino plus royaliste que le roi dans son souci de protéger du braconnage la forêt de son maître, enfin le jeune et ravissant Jean Scandel qui rend son personnage de jeune orphelin sensible  dans sa naïveté et son souci de mieux comprendre les êtres et les animaux.

 

A cela s’ajoute le charme des paysages solognots de landes et de marais peuplés de cerfs, de sangliers, de renards, d’oiseaux surpris dans leur cadre, grâce aux talents conjugués de Nicolas Vanier, le metteur en scène, et de Laurent Charbonnier, le documentaliste, qui, tous deux, nous immiscent au cœur même de cette vie sauvage grâce à des images d’une incontestable beauté. Ce dépaysement et cette fresque animalière en séduiront beaucoup mais l’histoire trop lente, les descriptions de cette existence rurale trop appuyées peuvent en lasser certains, ce qui n’est pas mon cas. J’ai aimé au contraire cette lenteur si bien accordée à celle immuable de la nature, loin des bruits discordants du monde, de même  que ce retour plein d’émotion aux choses essentielles et aux valeurs perdues.

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer  ICI

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

L'école buissonnière de Nicolas Vanier
L'école buissonnière de Nicolas Vanier
L'école buissonnière de Nicolas Vanier
L'école buissonnière de Nicolas Vanier
Partager cet article
Repost0
9 octobre 2017 1 09 /10 /octobre /2017 09:26
Le sens de la fête de Toledano et Nakache

Max (Jean-Pierre Bacri) est traiteur depuis trente ans. Des fêtes, il en a organisé des centaines, il est même tenté de céder la place. Aujourd’hui, un mariage dans un château du XVIIe siècle, commandé clé en main par le futur époux Pierre, est au programme avec, pour exigence suprême au cahier des charges, qu’il soit sobre, chic et élégant.  Comme d’habitude, Max a tout coordonné, il a recruté sa brigade de serveurs, cuisiniers, plongeurs, conseillé un photographe, réservé l’orchestre, arrangé la décoration florale, fait en sorte que tous les ingrédients soient réunis pour que cette fête comble les jeunes mariés ... Mais la loi des séries va s’inviter et chambouler cette organisation mise en orbite avec une précision d’horloger. Des préparatifs aux derniers vibratos de l’orchestre, nous vivons les coulisses de la soirée à travers le regard de ceux qui travaillent et devront compter sur leur unique qualité commune : le sens de la fête.

 

C’est en 2011 que le film « Intouchables », proposé par le duo de réalisateurs français formé par Olivier Nakache et Éric Toledano, était venu balayer la morosité ambiante et apporter des couleurs au paysage cinématographique d’alors, et il y a quelque chance que leur nouvel opus soit assez bien accueilli par un public qui se désole que le cinéma français ne nous propose pas davantage de comédies réjouissantes en mesure d’égayer un peu cette morosité persistante. Il semble que « Le sens de la fête » soit bien parti pour satisfaire ce souhait car, hier après-midi, la salle, où je me trouvais, était comble et les applaudissements fournis alors que s’effaçait la dernière image.  

 

Le bien-fondé de ce long-métrage consiste à s’intéresser à l’envers du décor d’une fête mondaine et familiale en suivant les personnes pour qui une journée si spéciale pour les uns est un jour de travail ordinaire pour les autres. Cela, en déployant une justesse d’observation et un sens du burlesque  qui font mouche à chaque image et à chaque réplique d’un dialogue particulièrement affûté. Si bien que ce scénario, bien ficelé, accouche d’une comédie d’une justesse d’observation assez remarquable. Et le film séduit d’autant plus que Nakache et Toledano résistent à la tentation de la surenchère, qu’il n’y a pas dans les portraits qu’ils nous offrent de la société, de méchanceté gratuite, mais une accumulation mécanique de catastrophes vraiment désopilantes qui mettent en valeur des personnages judicieusement croqués. Au cœur d’une distribution brillante, Jean-Pierre Bacri, dans son habituel registre sarcastique, distille avec une parfaite neutralité d’apparence des répliques plus savoureuses les unes que les autres, portant cet opus à une hauteur comique plutôt réussie, composant un cocktail hautement épicé. A ses côtés, les acteurs donnent le meilleur d’eux-mêmes avec naturel, ainsi Gilles Lellouche épatant en animateur, Eye Haïdara en assistante irascible, Alban Ivanov en extra incompétent ou Jean-Paul Rouve en photographe tire-au-flanc. La musique composée par Avishai Cohen est la touche supplémentaire qui donne le rythme à cette brigade de serveurs évoluant en costumes d’époque entre les cuisines et les salons. Il faut également souligner combien est habile le mixage des milieux entre les employés et les invités, évocation de ces mondes parallèles sans lourdeur et sans acrimonie. Une fête qui se joue sur plusieurs claviers avec humour et doigté. Laissez vous tenter.

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS,  cliquer  ICI

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Le sens de la fête de Toledano et Nakache
Le sens de la fête de Toledano et Nakache
Le sens de la fête de Toledano et Nakache
Partager cet article
Repost0
7 octobre 2017 6 07 /10 /octobre /2017 08:59

Jean-Louis-Trintignant.jpg    

                                               

Jean-Louis Trintignant fait parti de notre paysage cinématographique depuis si longtemps qu'on a l'impression de le bien connaître, alors qu'il est un homme timide et pudique dont nous ne savons que peu de choses, sinon que ses prestations au théâtre, comme au cinéma, ont toujours été de qualité et qu'il a mené sa carrière avec une étonnante lucidité. Né le 11 décembre 1930 à Piolenc (Vaucluse) dans un milieu aisé d'industriels du Sud de la France, neveu du pilote de course Maurice Trintignant, le jeune Jean-Louis fut très tôt sensible aux beaux textes en découvrant la poésie d'Apollinaire, d'Aragon et de Prévert. A 19 ans, sans doute pour plaire à sa famille, il entre à la Faculté de droit d'Aix-en-Provence, mais n'y reste pas car, entre-temps, est intervenu un événement qui va l'orienter différemment : il assiste à la représentation de l'Avare de Molière dans une mise en scène de Charles Dullin. Ce choc est si déterminant que le jeune homme n'attend pas plus longtemps pour s'inscrire aux cours du célèbre acteur avec un second objectif, celui de vaincre sa terrible timidité. En 1951, la thérapie est si positive qu'il débute au théâtre dans la Compagnie Raymond Hermantier et la pièce A chacun selon sa faim. Ses débuts au cinéma seront moins heureux avec deux films Une journée bien remplie et Le maître-nageur qui seront deux échecs. Cela ne se reproduira plus. En 1956, après quelques figurations, il fait ses vrais débuts à l'écran dans un film de Christian-Jaque "Si tous les gars du monde", ensuite dans le sulfureux long métrage de Roger Vadim  "Et Dieu..créa la femme". Celui-ci misait alors sur l'affolante plastique de sa femme Brigitte Bardot.  Ce film, assez médiocre, aura du moins le mérite d'assurer au jeune acteur la notoriété internationale et de lui valoir une idylle tapageuse avec la star, dont les conséquences seront de faire exploser le couple qu'elle formait très bourgeoisement avec le metteur en scène.

 

 Mais il lui faut faire son service militaire, d'abord en Allemagne, puis en Algérie durant trois longues années, ce qui le marquera à jamais et l'éloigne de la scène et de l'écran, alors même qu'il venait de réaliser des débuts prometteurs. A son retour, par chance on ne l'a pas totalement oublié et il retrouve la scène avec Hamlet de Shakespeare et l'écran avec Roger Vadim (qui n'est guère rancunier) et s'apprête à tourner un nouveau film, tout aussi sulfureux que le précédent, inspiré du roman de Pierre Choderlos de Laclos, "Les liaisons dangereuses", avec Gérard Philipe, Jeanne Moreau et sa nouvelle épouse Annette Vadim. En 1962, il est le partenaire de Vittorio Gassman dans "Le fanfaron" de Risi, une réussite éclatante. En 1966, ce sera la gloire internationale avec un film culte sur les amours romantiques de deux veufs : "Un homme et une femme" de Claude Lelouch qui obtiendra la Palme d'or à Cannes la même année et l'Oscar du meilleur film étranger aux Etats-Unis. On le voit également, toujours en cette année faste, dans un film politique, à l'opposé du précédent, "Z" de Costa-Gravas au côté d'Yves Montand, film qui aura un incontestable retentissement et lui méritera le Prix d'interprétation masculine au Festival de Cannes 1967. Désormais, il mènera sa carrière en se partageant entre la scène et l'écran et, après avoir divorcé de Stéphane Audran, épousera l'actrice, scénariste et réalisatrice Nadine Marquand avec laquelle il tournera de nombreux films et aura trois enfants, un fils et deux filles, dont Pauline qui mourra subitement en 1966 et dont la disparition inspirera à sa mère le film "Ca n'arrive qu'aux autres" (1971), où Jean-Louis devait tenir son propre rôle auprès de Catherine Deneuve, mais il y renoncera et sera remplacé par Marcello Mastroïanni qui, lors de ce tournage, tombera amoureux de sa partenaire. Et puis, il y a Marie qui sera actrice comme lui et jouera très souvent avec son père, avant de trouver une mort tragique à la suite d'une dispute avec son compagnon. Jean-Louis sortira brisé de cette épreuve. Il disait : Il ne peut y avoir que des moments de bonheur et certains peuvent être exceptionnels. Moi, je n'ai jamais été aussi heureux que quand j'étais avec Marie. Notre relation était unique. Ma fille Marie, j'éprouve un tel bonheur quand je la vois. C'est ainsi depuis qu'elle est toute petite. Un cadeau du ciel. C'est un peu injuste, cette passion, mais l'amour vient de nous deux. Nous nous sommes connus au bon moment. Le moment où j'avais envie d'être père.

 

La filmographie de Jean-Louis Trintignant est impressionnante et prouve son discernement, car il y en a peu d'oeuvres médiocres. On le verra dans "Ma nuit chez Maud", le meilleur Eric Rohmer selon moi, dans "Le train"  de Granier-Deferre en 1973 auprès de Romy Schneider, dans "Les violons du bal" de Michel Drach en 1973, "La terrasse"  d'Ettore Scola en 1980 et dans "Passion d'amour"  toujours de Scola en 1981, dans "Vivement dimanche" de Truffaut en 1983, dans "L'été prochain" de Nadine Trintignant en 1985, dans "Merci la vie"  de Bertrand Blier en 1990 et on l'appréciera d'autre part sur scène, lors de ses récitals de poésie qui sont pour lui l'occasion de renouer avec ses amours de jeunesse. Depuis 1996, il s'est retiré à Uzès et lancé dans une nouvelle aventure en achetant le domaine vinicole Rouge Garance (un hommage à Arletty). Il y produit 20.000 bouteilles de côtes du Rhône chaque année. Je passe mon temps dans les vignes, je veille aux assemblages - dit-il. Après une carrière exemplaire, conduite avec intelligence, et des épreuves très douloureuses, l'acteur a retrouvé la paix dans ce tête à tête avec la nature, le seul poème qui les surpasse tous. Néanmoins, il sort de cette réserve pour des récitals de poésie et pour le film "Amour" de Michael Haneke au côté d'Emmanuelle Riva qui obtint la Palme d'or du Festival de Cannes  2012. Bien qu'atteint d'un cancer et âgé de 86 ans, Jean-Louis vient encore de tourner avec Haneke "Happy End", peut-être le film de trop pensent certains critiques qui ne cessent de l'étriller, tout en reconnaissant que Trintignant parvient à tirer son épingle du jeu de cet opus affligeant.

 

Pour prendre connaissance de mes critiques sur certains films où apparaît Jean-Louis Trintignant, dont  MA NUIT CHEZ MAUD, UN HOMME ET UNE FEMME et Le FANFARON cliquer sur les liens ci-dessous :



LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS      

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 


  48989_521122074_197_n.jpg  images-copie-2.jpg

 

                                        

 

Partager cet article
Repost0
13 septembre 2017 3 13 /09 /septembre /2017 08:48
Otez-moi d'un doute de Carine Tardieu

Erwan, démineur de profession, perd soudain pied lorsqu’il apprend que son père n’est pas son père. Malgré la tendresse qu’il éprouve pour l’homme qui l’a élevé, Erwan enquête discrètement et retrouve son géniteur : Joseph, un vieil homme au passé coloré, pour qui il se prend d’affection. Comme un bonheur n’arrive jamais seul, Erwan  (François Damiens) croise en chemin l’insaisissable Anna (Cécile de France), une jeune médecin qu’il entreprend de séduire. Mais un jour qu’il rend visite à Joseph, Erwan réalise qu’Anna n’est rien de moins que sa demi-sœur. Une bombe d’autant plus difficile à désamorcer que son père d’adoption soupçonne désormais Erwan de lui cacher quelque chose…

 

Carine Tardieu était déjà l’auteur de deux comédies décalées « La tête de ma mère » et « Du vent dans mes mollets »  qui n’ont pas laissé un souvenir impérissable. Le mérite de « Ôtez-moi d’un doute » est de peindre une galerie de personnages plutôt crédibles, sans lourdeur excessive dans leur ancrage sociologique, et qui sont interprétés avec tant de naturel et de conviction que l’on ne résiste pas à les croire. Ce film repose en définitive sur les épaules des acteurs, tous épatants et admirablement bien dirigés, ce qui est une caution pour l’avenir cinématographique de Carine Tardieu qui, je lui souhaite, sera riche et brillant.

 

Démineur réputé et respecté, Erwan n'entend pas en rester là dans la quête de ses origines et de son ascendance. De même qu'il tient à garantir un semblant de normalité sociale à sa fille (Alice de Lencquesaing) qui attend un heureux événement d’un père inconnu. Ainsi partagée entre deux hypothèses, la cinéaste tente de trouver un équilibre acceptable entre vie familiale conforme aux valeurs morales et rurales et un communautarisme d’actualité. Il y a, par ailleurs, dans cette recherche de paternité, une bonne humeur évidente, un côté bon enfant qui tranche avec la plupart des films actuels, des mots d’auteur attrapés au vol, des bandes sonores qui ne sont pas désagréables à se remettre en mémoire et le jeu attendrissant de deux acteurs que l’on ne voit plus guère à l’écran et auxquels le charme du film doit beaucoup : Guy Marchand et André Wilms, les deux pères qui confèrent à leurs rôles une tendre humanité. Dans la lignée des comédies de Philippe de Broca, celle-ci se laisse regarder sans déplaisir mais la jeune cinéaste gagnera, par la suite, à fouiller davantage les préoccupations intimes de ses personnages. Une mention spéciale pour les belles images de la rivière d’Etel en Bretagne, une région particulièrement photogénique, même sous la pluie. Et Dieu sait qu’il pleut dans ce film …

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer   ICI

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Otez-moi d'un doute de Carine Tardieu
Otez-moi d'un doute de Carine Tardieu
Otez-moi d'un doute de Carine Tardieu
Otez-moi d'un doute de Carine Tardieu
Partager cet article
Repost0
3 septembre 2017 7 03 /09 /septembre /2017 09:03

a_portrait_of_performing_artist_jerry_lewis-869x1024.jpg jerry_lewis.jpg

 

Jerry Lewis, de son vrai nom Joseph Levitch, est un humoriste, acteur, producteur et réalisateur de cinéma, né le 16 mars 1926 à Newark dans l'État du New Jersey, aux États-Unis. Considéré comme un pitre sans ambition, c'est en France qu'il va véritablement rencontrer un public. Plus qu'aux burlesques, c'est à un grand clown qu'il fait penser par la construction en scènes et épisodes successifs de ses scénarios. Ce rapprochement inclut également la dimension existentielle et tragique du personnage qu'il incarne et qui ne le réduit jamais à un faiseur de grimaces. Issu d'une famille de comédiens de tradition juive, Joseph Levitch commence sa carrière dans les cabarets et forme bientôt avec Dean Martin un duo comique très populaire dans les années 50. L'intervention d'un cinéaste, du nom de Frank Tashlin, va susciter progressivement l'intérêt que Jerry  prend  pour la mise en scène. Le réalisateur, quant à lui, s'empresse de réunir sur la pellicule les deux inséparables Martin/Lewis, supputant la veine comique qu'il entend exploiter. Hélas, au fil du temps, la séparation va se révéler inéluctable, chacun  des deux acteurs aspirant à poursuivre sa carrière en solo, et Lewis ne rêvant plus que de devenir l'auteur complet de ses films. "Le Dingue du palace" en 1960 impose son style de scénariste : une situation, un décor et une suite de saynètes qui tiennent du court métrage et qui, en s'alignant, modifient continuellement la situation et le personnage jusqu'au dénouement. En règle général, le héros souffre d'un complexe qu'il finira par surmonter, mais à quel prix !

 

Lewis a réalisé 13 films dont les meilleurs se situent au début des années 60. L'ensemble constitue un discours sur la beauté intérieure, bien supérieure à la beauté extérieure qui est faite pour disparaître, alors que l'autre a le pouvoir de résister au temps. Ce sera le cas dans "Dr Jerry et Mr Love", son oeuvre maîtresse où le héros finit par conquérir sa propre autonomie. La démarche est certes dangereuse puisque la progression du personnage vers la "normalité" s'accompagne immanquablement de la perte progressive du comique dont il était porteur. Parfois, Jerry Lewis n'hésite pas à flirter avec le fantastique - la femme chauve-souris par exemple dans "Le tombeur de ces dames". Par son goût pour le décor féerique coloré et brillant, il n'hésite pas davantage à pointer du doigt une certaine esthétique américaine. Il se dégage de ces opus une sorte de jubilation, ainsi le jeu avec le gigantesque décor de l'hôtel, en coupe comme une maison de poupée, dans "Le tombeur de ces dames" (1961). Lewis a d'autre part tendance à remplacer les gags attendus par des instants de contemplation esthétique (la danse du couple de laiderons dans "Jerry souffre-douleur") ou par des pastiches qui fonctionnent grâce à l'ingéniosité de la mise en scène (les différents oncles dans "Les Tontons farceurs" et la parodie du film d'espionnage dans "Jerry la grande gueule"). Plus tard, en abordant la seconde guerre mondiale avec "Ya ya mon général"  en 1970 et avec l'inédit  "Le jour où le clown pleura", Lewis désirait s'engager dans l'héritage chaplinien, mais le public refusa de le suivre et sa carrière s'acheva ainsi sur une voie de garage, ce qui fait de lui définitivement le clown triste du "Jour où le clown pleura". Il est mort le 20 août 2017 à Las Vegas à l'âge de 91 ans. Il aurait déshérité les six fils de son premier mariage au profit de sa seconde épouse SanDee Picnick, de 24 ans sa cadette, épousée en 1980 et de leur fille adoptive âgée aujourd'hui de 25 ans. Son plus jeune fils, mort d'une overdose en 2009 à l'âge de 45 ans, disait que vivre avec lui était un enfer. Cette dernière farce laisse un goût amer de cet acteur et metteur en scène qui fut l'amant passionné et éphémère de Marilyn Monroe et fit rire - souvent jaune - la planète entière.

 

Pour consulter la critique du film Docteur Jerry et Mister Love, cliquer   ICI

 

Et pour prendre connaissance des articles de la rubrique REALISATEURS DU 7e ART, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

JERRY LEWIS, LE DERNIER CLOWN
Partager cet article
Repost0
31 août 2017 4 31 /08 /août /2017 09:44
My cousin Rachel de Roger Michell

 

Voici la seconde adaptation de ce roman de Daphné du Maurier après celle de Henry Koster en 1972 dont les acteurs principaux étaient alors Olivia de Havilland et Richard Burton, thème proche de celui de « Rebecca », lui aussi porté à l’écran, et où surgissent dans la trame littéraire les ambiguïtés des relations humaines et les mystères inhérents à leur nature.   


 

Dans l’Angleterre du XIXe siècle, le jeune Philip apprend qu’il est le seul héritier de l’immense fortune que lui lègue son cousin Ambroise qui l’a élevé comme son fils après le décès de sa mère. Bientôt majeur, le jeune homme ne parvient pourtant pas à se réjouir de cette nouvelle. Il se souvient des nombreuses lettres que lui écrivait, depuis l’Italie où il vivait désormais, Ambroise, et dans lesquelles ce dernier lui confiait avoir des doutes sur le comportement de son épouse Rachel. Ambroise a-t-il été assassiné par appât du gain ? Dans ce thriller psychologique, tout est affaire de personnages mais aussi de lieux qui ne sont pas sans ressembler à ceux des « Hauts de Hurlevent », la mer proche et les falaises abruptes, voire même la maison d’Ambroise confortable et cependant froide, sombre et inquiétante, véritable témoin des secrets qui se cachent entre ses murs. Rachel, veuve une seconde fois, accepte de venir vivre en Angleterre dans le manoir de son mari défunt auprès de Philip qui s’éprend d’elle, malgré les inquiétudes que cette femme, complexe et séduisante, ne cesse d’alimenter à son insu. L’actrice Rachel Weisz, par la grâce de ses mouvements et la maîtrise de ses émotions, rend magnifiquement bien l’attitude énigmatique de son personnage, ses élans et ses retenues, sa froideur soudaine et ses abandons subits. Rachel semble être l’exact opposé de Philip, jeune, fougueux, plein de vie, qui manque de sagesse et de discernement et se laisse submerger par ses émotions. Rachel, plus âgée, l’observe comme elle le ferait d’un être immature qui prend ses désirs pour des réalités, alors qu’elle entend contrôler chacun de ses gestes et de ses sentiments. Est-elle cette veuve noire prête à dévorer le mâle après l’accouplement, femme tueuse que seul l’argent intéresse puisqu’il assure la réussite sociale ? L’énigme est posée et le film, comme le roman, tisse sa toile autour de cette figure féminine troublante et impénétrable, tenant le spectateur en haleine jusqu’à la fin.

 

Grâce à une mise en scène soignée et d’une grande élégance, servie par des paysages grandioses, la dramaturgie et les personnages de l’histoire sont merveilleusement mis en valeur et Roger Michell nous offre un opus de grande qualité, fidèle au roman qu’il exalte par sa mise en scène subtile et son interprétation sobre. Une réussite.

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA EUROPEEN, cliquer  ICI

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

My cousin Rachel de Roger Michell
My cousin Rachel de Roger Michell
Partager cet article
Repost0
1 août 2017 2 01 /08 /août /2017 09:44
JEANNE MOREAU

                    
                                                                                                              
Jeanne Moreau, plus de 60 ans de cinéma, un magnifique parcours qui a fait d'elle la  formidable interprète de quelques-uns des plus prestigieux metteurs en scène contemporains, nommons Louis Malle, François Truffaut, Bunuel, Antonioni, Fankenheimer, Losey, Peter Brook, sans oublier Orson Welles qui fit appel à elle à deux reprises pour Le Procès en 1962 et Falstaff en 1965 et disait, à son intention, qu'elle était "la meilleure actrice du monde". Sa carrière n'a été qu'une longue suite de succès, de coups de coeur, d'emballements et de travail, car il y a toujours, à la clé d'une telle réussite, un immense labeur et une grande exigence.

 

Fille d'une danseuse anglaise de music-hall et d'un père hôtelier français, elle est née à Paris le 23 janvier 1928. Après avoir vécu une partie de sa jeunesse à Vichy, elle poursuit des études secondaires à Paris et commence, sans en rien dire à ses parents, à suivre des cours de théâtre auprès de Denis d'Inès. Ses premiers pas sur les planches auront lieu au Festival d'Avignon en 1947 dans "La terrasse de midi". Six mois plus tard, elle intègre le Conservatoire, ce qui la conduira en 1960 à débuter à la Comédie Française dans " Les caves du Vatican " d'André Gide, mise en scène de Jean Meyer, où elle tient le rôle d'une prostituée. Elle y est déjà si remarquable qu'elle fait (elle, la débutante) la couverture de Paris-Match et reçoit les félicitations d'un écrivain, pourtant peu enclin aux louanges, Paul Léautaud, celui-ci ayant été frappé par son insolence et son indépendance d'esprit. Ainsi s'annonce une carrière qui fera d'elle l'une des muses de la Nouvelle Vague et l'égérie du monde des Lettres et des Arts. Car nul doute, cette amoureuse des livres et des beaux textes fut l'amie de nombreux écrivains. Parmi ceux-ci et celles-là, il y eut Tennessee Williams l'américain, Blaise Cendrars le poète, Paul Morand l'homme pressé, Nimier le jeune hussard et, enfin, deux femmes : Anaïs Nin et Marguerite Duras. Et n'oublions pas ses liens avec des personnalités comme Jean Vilar qu'elle suivra au TNP en quittant la Comédie-Française et sa rencontre avec Louis Malle qui lui ouvrira les portes de la renommée avec deux films où elle s'impose  comme l'une des grandes, dans le sillage d'une Simone Signoret : Ascenseur pour l'échafaud  (1957) et  Les Amants  (1958). Puis viendront Jules et Jim de Truffaut où elle chante une romance qui fera le tour du monde et quelques 130 films dont Le journal d'une femme de chambre de Bunuel et La Notte d'Antonioni qui, de toutes ses interprétations, sont celles que je préfère.

 

 m_174749916_0.jpg                           


Elle a également collectionné les récompenses les plus prestigieuses dont le Prix d'interprétation féminine au Festival de Cannes en 1960, le British Academy Award de la meilleure actrice étrangère pour La vieille qui marchait dans la mer (1991) de Laurent Heynemann, enfin elle a été élue membre de l'Académie des Beaux-Arts le 29 mars 2000, première femme à être gratifiée de cet honneur. Son entrée dans cette estimable assemblée fut justement saluée par le discours de réception de l'un de ses proches : l'impérial Pierre Cardin. La seule chose que je regrette de la part d'une femme aussi intelligente : qu'elle ait participé au remake des Rois Maudits, événement télévisuel que je me suis empressée d'oublier... Malgré son âge, elle avait conservé une activité étonnante, puisque dans le cadre des Atelier d'Angers, qu'elle pilotait de main de maître, elle avait aidé sept jeunes réalisateurs à se lancer dans l'aventure du long métrage, ce qui prouve qu'elle n'avait rien perdu de son enthousiasme et de sa passion pour le 7e Art. D'ailleurs, n'avait-elle pas assuré à maintes reprises -  le cinéma, c'est à la vie, à la mort. Aussi comment  la mort pouvait-elle menacer une immortelle ?

 

Retirée progressivement de la vie publique par le grand âge, elle avouait avoir vécu dans ses rôles des passions extraordinaires : " On dit toujours qu'en vieillissant les gens deviennent plus renfermés sur eux-mêmes, plus durs. Moi, plus le temps passe, plus ma peau devient fine, fine ... Je ressensee tout, je vois tout." L'âge ne l'avait pas privé de sa vigilance. Elle sortait peu mais suivait l'actualité. C'est son aide ménagère qui la trouvera endormie pour toujours au matin du 31 juillet 2017. Adieu Jeanne.

 

Pour consulter ma critique d'Ascenseur pour l'échafaud et Jules et Jim, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL


 

JEANNE MOREAU
Partager cet article
Repost0
29 juillet 2017 6 29 /07 /juillet /2017 09:45
Claude Rich ou la légèreté faite art

Il était la légèreté incarnée et a conservé toute sa vie son étonnante juvénilité, de même que cette grâce qui l’apparentait à un elfe et le rendait insaisissable, comme absorbé en permanence par une rêverie, ce qui ne l’empêchait nullement d’habiter et d’habiller ses rôles nombreux et divers d'un dosage savant de puissance et de fantaisie. Rappelons-nous qu’il fût au théâtre un Talleyrand extraordinaire de rouerie et de préciosité aristocratique. En réalité, il pouvait tout jouer à la scène comme à l’écran, tant ce stradivarius savait unir ironie et intelligence, malice et perspicacité. Son air juvénile cachait une connaissance de l’être humain nourrie par l’expérience et le recul qu’il savait prendre à l’égard des réalités de la vie. Claude Rich s’empressait de se moquer d’elle avant qu’elle ait eu le temps de se moquer de lui, semble-t-il. Cet homme, qui fuyait les mondanités, savait se ressourcer auprès de sa femme (comédienne elle aussi) dans leur maison de campagne, loin des intrigues et des modes volatiles, afin de nourrir ses rêveries, mûrir ses rôles, écrire - il fut l’auteur de trois pièces -  et s’évader vers des lointains imaginaires.

 

Né à Strasbourg le 8 février 1929, Claude Rich, orphelin tout enfant, éprouva très tôt le goût des beaux textes et de la scène et s’inscrivit au Conservatoire d’art dramatique de Paris où il se liera d’amitié avec Girardot, Belmondo, Marielle, Rochefort, Crémer, de joyeux drilles avec lesquels il saluera l’existence avec optimisme. Apte à tout interpréter et entièrement donné à son art, il est vite remarqué par les metteurs en scène et son palmarès sera aussi impressionnant par sa qualité que par sa diversité. Au théâtre, il jouera du Shakespeare comme du Sagan, du Musset comme du Vitrac, du Guitry comme du Brisville. Au cinéma, il débutera très fort avec « Les tontons flingueurs » et sera présent sur la pellicule d’un René Clair, d’un Renoir, d’un Deville, d’un Duvivier, d’un Chabrol, d’un Mocky, d’un Molinaro, d’un Truffaut, d’un Resnais, sachant inculquer à chacun de ses personnages son petit grain de folie, son élégance faussement désinvolte.

 

« Ce qui m’amuse » - disait-il - « c’est qu’on ne sache plus très bien si le personnage que j’interprète est gai ou triste, idiot ou intelligent, tendre ou moqueur, malade ou en pleine forme. (…) Je veux qu’on s’interroge, que le public se pose des questions, qu’il joue avec moi tandis que je joue avec mes partenaires. Le jeu doit être perpétuel. »

 

Aujourd’hui, Claude Rich est parti vers d’autres cieux avec cette légèreté qui savait se faire précise et nuancée, inoubliable et nécessaire. Il était le seul à la conjuguer ainsi sous toutes ses formes, sur toutes les octaves, à la rendre inoubliable et captivante. Bon vent pour cette nouvelle traversée des apparences, cher Claude Rich. Vous allez nous manquer…

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique ACTEURS DU 7e ART, cliquer ICI

 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Claude Rich ou la légèreté faite art
Claude Rich ou la légèreté faite art
Partager cet article
Repost0
5 juillet 2017 3 05 /07 /juillet /2017 11:13
Mouchette de Robert  Bresson

Mouchette évolue dans un cadre miséreux, avec ses « galoches », ses vêtements troués, sa maison dans laquelle tout le monde cohabite et dort sur des matelas à même le sol. Vie compliquée encore par une mère malade, un père brutal, les soins au bébé. La jeune fille ne peut rien partager et s’enclôt derrière  un masque buté et de naïves rébellions. Sans misérabilisme, Robert Bresson décrit un monde de taiseux dans lequel la communication se résume à des gestes, des ordres ou des échanges d’argent, un monde déshumanisé constamment limité par des portes, des fenêtres ou des barrières et, pour celle qui prend les chemins de traverses, sœur en cela du braconnier, il n’y a pas d’issue. Rudoyée par sa maîtresse d’école, molestée par son père quand elle suit un jeune homme, violée, laissée seule par la mort de sa mère, elle vit un itinéraire sans issue et sans espérance. Mouchette, c’est celle qui va à rebours, cherche désespérément un abri (sous la table, sous un arbre, dans un talus) mais en vain ; celle aussi qui chante faux, la fausse note dans le concert des hommes.

 

Avec cet opus qui date de 1963, Robert Bresson, immense cinéaste, touche au spirituel ( avec lui Dieu n'est jamais loin ) comme dans la plupart de ses autres films, à travers une approche sociale. Il adapte de façon personnelle, dépouillée mais percutante, le roman de Bernanos ( ainsi qu’il le fît pour "Le Journal d'un curé de campagne" ), en donnant à l'oeuvre une dimension plus ample encore qui ne dessert nullement l'auteur catholique, et fait retentir de façon déchirante, le cri d'une adolescente à la dérive, qui voit son innocence s'enliser dans le mal. Son suicide est l'appel à l'aide, l'aspiration à un au-delà lavé des souillures du péché et de la mort, appel d'une jeune fille confrontée à la bêtise des adultes, à la souffrance de sa mère tuberculeuse, au désir bestial qui tue l'innocence, à la férocité d'un monde qui humilie l'enfance.

 

Film bouleversant qui plonge dans les méandres de l'âme humaine, Mouchette est l'incarnation de la douleur muette et de la solitude. Bresson fait admirablement parler l'image et les silences, de même qu'il s'attarde sur les visages, celui de la jeune actrice Nadine Nortier qui ferait pleurer les pierres. A la fin, après avoir été violée et avoir assisté à la mort de sa mère, Mouchette se revêt d'une robe blanche et s'en va vers l'étang célébrer ses noces avec la mort. Poignant.

 

Pour prendre connaissance de l'article que j'ai consacré à Robert Bresson, cliquer sur son titre :

 

ROBERT BRESSON OU UN CINEMA DE LA PERSONNE

 

Et pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer  ICI

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Mouchette de Robert  Bresson
Mouchette de Robert  Bresson
Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : LA PLUME ET L'IMAGE
  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
  • Contact

Profil

  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.

Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

ET SI VOUS PREFEREZ L'EVASION PAR LES MOTS, LA LITTERATURE ET LES VOYAGES, RENDEZ-VOUS SUR MON AUTRE BLOG :  INTERLIGNE

 

poesie-est-lendroit-silence-michel-camus-L-1 

 

Les derniers films vus et critiqués : 
 
  yves-saint-laurent-le-film-de-jalil-lespert (1) PHILOMENA UK POSTER STEVE COOGAN JUDI DENCH (1) un-max-boublil-pret-a-tout-dans-la-comedie-romantique-de-ni

Mes coups de coeur    

 

4-e-toiles


affiche-I-Wish-225x300

   

 

The-Artist-MIchel-Hazanavicius

 

Million Dollar Baby French front 

 

5-etoiles

 

critique-la-grande-illusion-renoir4

 

claudiaotguepard 

 

affiche-pouses-et-concubines 

 

 

MES FESTIVALS

 


12e-festival-film-asiatique-deauville-L-1

 

 13e-FFA-20111

 

deauville-copie-1 


15-festival-du-film-asiatique-de-deauville

 

 

Recherche