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27 juillet 2006 4 27 /07 /juillet /2006 11:15
LA CHATTE SUR UN TOIT BRULANT de RICHARD BROOKS

  

Le projet d'un film, à partir de la pièce de Tennessee Williams,  fut envisagé par le producteur Pandro S. Berman, dès qu'il eût assisté à sa représentation à New-York, avec le désir de confier le rôle principal à Grace Kelly, ce qui, selon moi, aurait été une erreur de casting. Finalement la réalisation du long métrage  La chatte sur un toit brûlant est confiée à Georges Cukor, homosexuel notoire, qui refuse, après lecture, d'en assumer le tournage, avouant, qu'à l'époque, il n'était pas possible de traiter honnêtement de l'homosexualité. Mankiewicz fut contacté à son tour sans plus de succès et c'est finalement Richard Brooks, après bien des tergiversations, qui acceptera de mener le projet à son terme et d'être en même temps le scénariste et le metteur en scène.


" Je n'avais pas l'impression que l'homosexualité, latente ou évidente, était indispensable pour l'histoire. Dans un théâtre, vous avez une audience conditionnée mais si, au cinéma, vous voyez un homme à l'écran qui passe son temps à dire qu'il n'a pas envie de coucher avec Elisabeth Taylor, alors le public commencera à siffler. Ils ne peuvent s'identifier avec le héros parce qu'eux ils ont envie de coucher avec Elisabeth Taylor. Mais si Paul Newman disait : " Non, ma chérie, je pense à Skipper ", la salle éclaterait de rire. Il a fallu que je trouve une dramatisation du refus que Brick oppose à Maggie, non parce qu'il est incapable de l'aimer, mais parce qu'il la considère comme responsable de la mort de Skipper."

 


La situation de Brick (personnage central, admirablement interprété par Paul Newman) est doublement tragique, parce qu'il a été trahi par les deux êtres qui comptaient le plus pour lui. Cette situation est remarquablement rendue, lors de la longue séquence où Maggie (Elisabeth Taylor) change ses bas maculés de crème devant Brick et ne parvient pas à éveiller chez lui la moindre réaction amoureuse, tant celui-ci est davantage  préoccupé par ses fantasmes et son bourbon, que par cette femme somptueuse qui s'offre à lui. De même, lorsque, par inadvertance, ses mains se posent sur la combinaison en soie de sa femme, suspendue dans la salle de bains, et dont il se débarrasse avec agacement, comme si cette évocation féminine le dérangeait. Brooks a fait en sorte de jouer sur plusieurs régistres sans se contenter de ce parfum de scandale que représentait, à l'époque, l'homosexualité ; il choisit de ne parler qu'allusivement des rapports qui ont uni Brick et Skipper, bien que certaines phrases soient très explicites - et de dénoncer en priorité un monde contrôlé par le mensonge et la duplicité, un univers où les êtres ne cessent de se dérober aux regards des autres. Le film montre, d'une part, une société en déliquescence qui doute d'elle-même et expose, par ailleurs, les graves problèmes qui n'en finissent pas de la miner en profondeur.


" Dans la dernière partie du film, déclarait Brooks,  les personnages sont donc confrontés à leur passé, le père à tous les objets qu'il a achetés mais qui ne sont plus que des symboles de richesse, parce qu'ils sont devenus inutiles ; le fils, à tous les prix qu'il a remportés et qui ont perdu, eux aussi, toute signification. Il fallait que les deux âmes soient mises à nu, qu'elles se contemplent : on doit voir la vérité en face, aussi affreuse soit-elle. Ce n'est qu'ensuite qu'ils peuvent remonter de cette cave et déboucher dans un espace ouvert et l'histoire peut se poursuivre dans cette ascension vers l'extérieur de la maison."

 

L'intelligence et la sensualité du scénario de Richard Brooks a bénéficié d'une interprétation parfaite, notamment celle éblouissante d'Elisabeth Taylor, dont on ne dira jamais assez combien elle était une excellente actrice, actrice d'instinct qui ne fut pas toujours bien employée, hélas ! et qui trouve là l'un de ses plus beaux rôles. Ce fut, lors de ce tournage, que son mari  Michael Todd disparut dramatiquement dans un accident d'avion. Sa douleur ne l'empêcha pas de revenir trois semaines après dans les studios pour terminer une ultime scène, manifestant ainsi son souci d'assumer jusqu'au bout ses engagements. Le film reçut un accueil mitigé et doit énormément à la renommée des deux principaux interprètes. Il est évident que l'Amérique n'était pas enchantée que l'on dévoile certaines de ses plaies secrètes. On sait l'impact que les films - surtout s'ils ont été réalisés par et avec des gens de talent - exercent sur le public, et celui-ci ne pouvait manquer de frapper les imaginations et d'interroger les consciences. Pour une fois, un réalisateur s'attaquait à des problèmes de société et révélait la nature du mal : un monde en perte de valeurs qui ne se reconnaissait plus dans les fausses apparences qu'il s'appliquait à revêtir. " Il n'y a rien de plus puissant que l'odeur du mensonge " - dit à un certain moment le tonitruant Big Daddy. A travers le personnage frustré de Maggie, c'est une Amérique frustrée de ses idéaux qui est évoquée. Dans cette course à l'héritage, c'est aussi une Amérique polarisée par l'argent qui est dénoncée et ainsi de suite. Ce petit monde grouillant dans la médiocrité de ses aspirations,  le sexe, l'alcool, le suicide, l'argent, la lâcheté, nous fait découvrir que le mal rampant dont il souffre n'est autre qu'un manque d'espérance, un manque d'amour et, par voie de conséquence,  une absence de spiritualité.

 


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ELISABETH TAYLOR, L'ENSORCELEUSE         PAUL NEWMAN

 

 

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23 juillet 2006 7 23 /07 /juillet /2006 08:47
LA DAME DE SHANGHAI d'ORSON WELLES

                                            
La dame de Shanghaï  est un film qui a beaucoup dérangé le public américain de l'époque (1947). En effet, on savait que le couple Welles/Hayworth vivait séparé et que plus rien n'allait entre eux, lorsqu'il fût annoncé que Welles engageait son ex-femme pour tenir le rôle vedette de son prochain film. Le cinéaste traversait alors - et sur tous les plans - une période difficile ; il avait des besoins d'argent pour une pièce qu'il montait, aussi proposa-t-il au patron de la Colombia, Harry Cohn, de produire un film pour lui. Il ne s'agissait d'ailleurs, dans l'esprit de Welles, que d'un film de série B dont le devis de 350.000 dollars lui assurerait toutefois le quadruple poste de producteur, scénariste, metteur en scène et acteur. Cohn ayant accepté, Welles lui proposa d'adapter un policier de Sherwood King "If I die before I wake ", dont le titre avait attiré son attention mais qui, à la lecture, se révéla désastreux.
 

 

Mais la parole était donnée, l'engagement pris, Welles ne pouvait plus reculer. Il allait donc s'employer à porter ce polar à l'écran en restant fidèle à l'intrigue, mais en lui prêtant son talent de metteur en scène, c'est-à-dire une mise en images qui n'allait manquer ni de force, ni d'originalité, même si La dame de Shanghai ne se place pas, à proprement parler, parmi les très grands films. C'est Harry Cohn qui imposa Rita à son ex-époux. Il l'avait sous contrat à la Colombia et pensait que son aura de star assurerait au film une bonne diffusion. L'actrice était alors au faîte de sa carrière et de sa célébrité, elle défrayait régulièrement les chroniques des gazettes hollywoodiennes, et était considérée comme l'une des plus belles femmes du monde. Welles, qui aurait préféré Barbara Laage, s'inclina et considéra que c'était là un cadeau de rupture qui ne manquait pas de piment, mais exigea que l'actrice se fit couper les cheveux et teindre en blonde. Rita, la rousse flamboyante, devenait ainsi une blonde platinée, conforme au moule conventionnel de la capitale du cinéma. Gilda s'était changée en Elsa, une criminelle calculatrice et manipulatrice qui allait assassiner l'ami de son mari, compromettre son amant et trouver à son tour la mort en provoquant son mari dans un mystérieux parc d'attractions. Rita Hayworth ne pouvait pas trouver de rôle plus ingrat et plus antipathique, mais il lui plaisait assez de montrer au public qu'elle pouvait casser son image glamour et devenir une actrice dramatique.
 

 

L'histoire se passe à San Francisco, où le marin Michael O'Hara vient de sauver d'une agression une séduisante jeune femme du nom d'Elsa Bannister. En guise de remerciement, le mari de celle-ci, un avocat de renom, invite Michael à embarquer sur son yacht pour une croisière, ce que le marin ne saurait refuser. N'est-ce pas une opportunité rêvée qui lui permet de rester quelques jours en présence d'Elsa, dont il est follement amoureux ? A bord, il y a aussi Georges Grisby, un ami de Bannister en mal d'argent, qui va jusqu'à proposer à Michael de simuler pour 5000 dollars son meurtre, afin qu'il puisse toucher une importante prime d'assurance. Michael  accédera à ce souhait invraisemblable pour la bonne raison que cette somme lui permettra de partir avec Elsa. Mais Grisby est retrouvé mort et Michael, désigné d'office pour le meurtrier, puisqu'il a eu la sottise de signer un papier compromettant. On apprendra, par la suite, que le meurtrier était une meutrière : Elsa.
 

                     

Film sombre s'il en est, l'intrigue assez loufoque est sauvée par l'interprétation intense et magnétique d'un Orson Welles magnifique en héros manipulé, plongé dans un véritable cauchemar ; par une éblouissante Rita qui campe cette femme glacée avec un détachement inhabituel, comme étrangère à cette intrigue dont elle tire les ficelles ; enfin par une mise en scène techniquement parfaite, pleine de trouvailles, d'angles étudiés qui ajoutent encore à l'ambiance suffocante du film. Ainsi la dernière scène, qui se déroule dans un palais des miroirs, et multiplie à l'infini l'image du couple éclaté. Puis, l'abandon par Michael d'Elsa agonisante, après le différend qui l'a opposée à Bannister.

 

Beaucoup de spectateurs y virent une intention précise de la part de Welles de présenter une Rita odieuse et méprisable et considérèrent que c'était là une vengeance à l'égard d'une femme qu'il avait aimée. Lui-même tenta de s'en expliquer : "Le sujet du film est exactement celui du livre, que je n'avais pas lu. Ainsi la théorie qui veut et qui a été exprimé des milliers de fois, comme quoi il s'est agi d'un acte de vengeance contre Rita et que tout cela était un vaste complot dans lequel je voulais corroder son image, et ainsi de suite, n'a pas de sens puisque tout cela est dans le livre. Elle-même a lu le livre et a voulu jouer le personnage pour montrer qu'elle était une actrice dramatique."

                   

A l'évidence le film choqua et le divorce, prononcé juste au moment de la sortie du film, ne fit rien pour arranger les choses. Il reste à La dame de Shanghaï  sa beauté esthétique, sa gravité douloureuse lors de certaines scènes, la présence de deux monstres sacrés du cinéma et, par delà un policier sombre, l'hommage secret que Welles entendait rendre à l'expressionnisme allemand.



Pour lire les articles consacrés à Orson Welles et Rita Hayworth, cliquer sur leurs titres :  

  
ORSON WELLES OU LA DEMESURE
            RITA HAYWORTH, DEESSE DE L'ECRAN

 

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LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

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LA DAME DE SHANGHAI d'ORSON WELLES
LA DAME DE SHANGHAI d'ORSON WELLES
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20 juillet 2006 4 20 /07 /juillet /2006 14:41

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Le roi de Suède vient de mourir sur le champ de bataille de Lutzen et sa fille Christine, qui lui succède, n'est encore qu'une enfant. Le fidèle Axel Oxenstierna sera son conseiller. Les années passent et la jeune reine manifeste très vite des qualités d'intelligence exceptionnelles, tout en devenant une femme d'une extrême beauté. Elle s'éprend de Lord Magnus et souhaite assurer la paix de son pays, principalement avec la Russie. Les gens de son royaume aspirent à ce qu'elle épouse le prince Charles Gustave, dont les victoires militaires ne se comptent plus. Mais Christine fait la connaissance de Don Antonio de La Prada, ambassadeur d'Espagne, venu demander sa main pour le compte du roi Philippe  II d'Espagne. En sa compagnie, et sans se dévoiler, elle passe  une nuit passionnée dans une auberge et, par la suite, la jeune femme est si vivement éprise qu'elle ose braver l'opinion et tente d'imposer Don Antonio comme prince consort. Malheureusement son peuple, dressé contre elle par Lord Magnus, manifeste son opposition. La reine, n'écoutant  alors que ses sentiments, préfère abdiquer plutôt que de renoncer à son amour. Les amants ont le projet de se retrouver sur un navire qui les emmènera loin de la Suède, cependant que Magnus, fou de jalousie,  provoque  Don Antonio en duel et le blesse mortellement. L'ambassadeur viendra mourir dans les bras de la souveraine qui quitte seule le pays. On sait que Christine de Suède finira son existence à Rome.

 

La reine Christine,  film magnifique, tourné en 1933, eut des débuts difficiles. Après avoir envisagé de confier la mise en scène à Ernst Lubitsch, puis à Sternberg,  Irving Thalberg choisit finalement  Rouben Mamoulian  qui venait de réaliser " Le Cantique des Cantiques " avec Marlène Dietrich. Pour interpréter le rôle de Don Antonio de la Prada, on avait d'abord choisi Laurence Olivier et celui-ci fut engagé ; mais, lors des premières prises de vue, le couple qu'il forme avec la vedette en titre Greta Garbo ne fonctionne pas et ne dégage pas l'aura nécessaire pour rendre crédible leur passion réciproque. Laurence Olivier était peut-être trop jeune, trop inexpérimenté pour jouer à jeu égal avec Greta Garbo, dont la personnalité en imposait d'emblée et galvanisait l'écran. Toujours est-il que, grâce à l'influence de l'actrice, John Gilbert, qui avait été son partenaire dans  La chair et le diable et dans Love, et avec lequel elle avait vécu une liaison amoureuse de plusieurs années, est choisi pour le remplacer. Il faut reconnaître que l'acteur hollywoodien sut composer le personnage de l'ambassadeur avec le panache, l'ironie, le charme et la fougue capables d'évincer n'importe quel rival et rendre compréhensible l'embrasement de la reine. Dès les premiers plans, la splendeur du film s'impose. En quelques images, Mamoulian évoque la bataille de Lutzen et le roi qui meurt résigné, disant au soldat qui l'interroge : Je suis roi de Suède. La scène suivante est celle du serment de fidélité de la jeune Christine. Ensuite le metteur en scène s'effacera devant la personnalité de sa vedette qui campe avec intelligence, élégance, classe et autorité une reine de Suède envoûtante. En effet, le film  nous présente une femme admirable de charme, de mystère, de passion, d'ambiguïté, se plaisant à parler de Vélasquez et de Molière, interrogeant les paysans sur l'avenir de leur pays, affrontant le Parlement et la Cour, se défiant à juste raison de Lord Magnus, contrant l'archevêque lui-même en lui déclarant : " Que faites-vous du Dieu de l'ennemi ? " Volontiers vêtue en homme, la reine crée un style qui va surprendre et choquer l'Europe du XVIIe. Le metteur en scène n'hésite pas à révéler sa bisexualité, ce qui prouve la liberté de ton et de franchise dont il use, faisant fi des réserves que risquaient d'émettre les censeurs d'Hollywood.
 

 

L'un des plus beaux moments du film se déroule dans l'auberge où la reine, qui ne s'est pas encore fait reconnaître, rencontre l'ambassadeur de Suède et partage avec lui  une nuit d'amour. Christine se lève au petit jour et commence à caresser les objets de la pièce, comme si elle voulait graver à jamais dans sa mémoire les moindres détails, de façon à pouvoir, par la suite, les réactualiser dans sa pensée. Mamoulian s'est lui-même expliqué au sujet de la réalisation de cette scène : "La séquence dans la chambre à coucher de l'auberge, où Christine se déplace tout autour de la pièce, touchant chaque chose, caressant chaque objet, gravant le lieu tout entier dans sa mémoire, est pour moi un véritable sonnet. La scène a d'ailleurs été tournée avec un métronome. J'ai expliqué à Garbo : cela doit être une pure poésie, une pure émotion. Le mouvement doit avoir la grâce d'une danse. Faites comme si c'était de la musique."  

 

La scène des adieux est également superbe. Ayant en quelques phrases retourné en sa faveur ceux mêmes qui lui refusaient l'union avec un homme qui n'était pas de sang royal, elle n'en décide pas moins de sacrifier son trône pour assurer son bonheur de femme. Elle rend le sceptre et le globe, enlève elle-même sa couronne, dégrafe son manteau d'hermine et part au milieu de ses sujets en larmes. Plus que jamais le romanesque l'emporte sur l'histoire, dans un style flamboyant qui magnifie la liaison tragique de Christine et de Don Antonio de la Prada. Quant à l'ultime scène, elle se passe sur le navire prêt à appareiller.  La dernière scène, a avoué Mamoulian - présentait plusieurs difficultés. J'avais dans l'idée d'aboutir à un gros plan de Garbo à la proue du navire ; mais, à cette époque, cela présentait des difficultés. Bill Daniels, le chef opérateur, déclara que c'était impossible sous peine de perdre le point et d'avoir une image floue. Je me souvins alors de la lanterne magique que j'avais eue, étant enfant, à Tiflis, avec quatre images sur la même plaque. Je suggérai d'appliquer ce principe devant l'objectif. Cela fonctionna parfaitement. Maintenant, naturellement, c'est une pratique courante. Garbo me demanda : Que dois-je faire dans cette scène ? - Je lui ai répondu : Avez-vous entendu parler de la tabula rasa ? Je veux que votre visage soit comme une feuille de papier immaculée. Je veux que ce soit chaque spectateur qui écrive. Je voudrais même que vous fermiez les yeux afin de n'être plus qu'un masque. En fait, il n'y a rien sur son visage mais chaque personne qui a vu le film vous dira qu'elle pense et est émue. Et c'est toujours quelque chose de différent. Chacun écrit sa propre fin du film. Il est intéressant de remarquer que c'est la scène dont on se souvient toujours le plus clairement.

 

De tous les films de  Greta Garbo,  il est vrai que La reine Christine est celui dont on se souvient le mieux. Le personnage correspondait à sa propre nature, son partenaire, John Gilbert, était l'homme qu'elle avait aimé, le metteur en scène, l'un des plus talentueux de sa génération. Aussi ce film, malgré son âge, exerce-t-il toujours son étrange fascination. Un chef-d'oeuvre.

 

      

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20 juillet 2006 4 20 /07 /juillet /2006 08:10
L'AVENTURE DE Mme MUIR de JOSEPH MANKIEWICZ


Tiré d'un roman de R.A. Dick, le film  L'aventure de Mme Muir a su créer un climat qui n'appartient qu'à lui et suggère, par la force de l'image, un monde romanesque où la vie elle-même n'est plus qu'une transposition du rêve. Nous sommes à Londres au début du XXème siècle, au moment où Lucy Muir, une jeune veuve, quitte sa belle-famille pour s'installer avec sa fille Anna et sa servante Martha à Whitecliff, au bord de la mer. Lucy remarque une maison un peu délabrée et étrange que les gens du pays disent hantée. C'est là qu'elle veut vivre désormais, attirée, on ne sait pourquoi, par les bruits qui courent autour de ces vieilles pierres. Et, dès son installation, le fantôme du capitaine Gregg lui apparaît. Il lui apprend que, contrairement aux rumeurs, il ne s'est nullement suicidé mais a été asphyxié. Ce fantôme va devenir, au fil des nuits, son familier et faire en sorte de l'aider dans son existence quotidienne. La sachant ruinée, il entreprend de lui inspirer le texte de sa vie aventureuse, persuadé que ce livre rencontrera la faveur du public et la mettra à l'abri du besoin. Et cela se passe ainsi. Un éditeur, emballé par le sujet, le publie et l'ouvrage connait très vite le succès. Mais voilà que, chez l'éditeur, la jeune femme noue une relation avec un homme aux manières élégantes. Le fantôme comprend avec tristesse qu'il doit s'éloigner et, au cours d'une nuit, lui fait ses adieux. Les années passent. Lucy a appris que son séducteur était marié et père de famille ; sa fille Anna se fiance, et elle se retrouve seule et désemparée. Soudain le fantôme de Gregg lui réapparaît et lui ouvre les bras. Lucy quitte alors son apparence charnelle et rejoint pour l'éternité cet homme qu'elle aimait sans vraiment le savoir.

 

L'histoire pourrait être banale. A la réflexion, il n'en est rien, car elle est riche de symboles. Le capitaine Gregg matérialise les fantasmes de Lucy à qui il dit : " Je suis ici parce que vous croyez en moi. Continuez à le croire et je serai toujours réel pour vous." S'il s'éloigne, ce n'est que pour la laisser libre d'assurer ses choix et d'agir selon son coeur. " C'était un rêve, Lucia, et au matin et toutes les années suivantes, tu t'en souviendras comme d'un rêve. Et il mourra comme tous les rêves au moment du réveil. Comme tu aurais aimé le cap Nord et les fjords sous le soleil de minuit, naviguer au-delà des récifs des Barbades où les eaux tournent au vert. Les Falklands où le vent du sud souffle et fouette les vagues blanches d'écume. Que de choses nous avons perdues, Lucia, que de choses nous avons perdues tous les deux. Adieu, mon amour ! " lui dit-il encore la nuit où il la quitte, afin de ne pas entraver son existence terrestre. Ce n'est donc qu'en mourant que cette femme accédera à l'amour et rejoindra le capitaine Gregg, homme idéal, rêvé, espéré, on ne sait. C'est là la merveilleuse énigme que propose le film. Serait-ce seulement au delà du temps et de la vie que s'atteint la réalité de l'amour où, en ce monde, il n'est qu'une gageure ? Qu'en est-il et où le situer ? Devenue la confidente d'un fantôme, Lucy franchit plus aisément le miroir qui sépare la réalité du rêve, le visible de l'invisible, dualité permanente qui trouble notre juste appréciation des choses.  Qu'est-ce qui est vrai, qu'est-ce qui est réel ?  Ce film a le mérite de nous interroger sur nous-même, sur le sens de la vie, sur l'importance que revêt l'imaginaire au sein du vécu. On peut y voir également un certain pessimisme quant aux rapports amoureux qui apparaissent si médiocres dans le monde humain. Les dialogues ciselés de Philippe Dunne, et peut-être de  Joseph L. Mankiewicz  lui-même, la musique envoûtante donnent au film une profondeur, une qualité rare de suggestivité, en font une oeuvre à part, étrange, policée, fantastique, évanescente qui nous convainc que le cinéma est vraiment un art à part entière, capable de tout dépeindre et de tout exprimer. Gene Tierney y est une Lucy émouvante, d'une beauté immatérielle, celle d'un ange qui ne serait sur cette terre que par inadvertance. Quant à  Rex Harrison,  il sait allier avec subtilité la tendresse, la force, l'abnégation, la retenue... au long de cet itinéraire initiatique très personnel. On retrouve certains thèmes chers au réalisateur de La comtesse aux pieds nus : un personnage rêvant à un autre monde comme Cléopâtre, Diello, Eve Harrington ou Maria Vargas et qui ne trouve la sérénité que dans la mort. Une mort envisagée  comme un seuil à passer, une étape à franchir.

 


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GENE TIERNEY, L'ATTENDRISSANTE


 

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19 juillet 2006 3 19 /07 /juillet /2006 10:17

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A Casablanca, en 1941, deux courriers allemands sont assassinés. Le capitaine Renault, responsable de la police locale, assure le major Strasser qu'il va arrêter le soir même le coupable dans un night-club de la ville, tenu par un certain américain Rick Blaine, lieu de tous les trafics où se côtoient régulièrement des partisans de Vichy mais aussi de la France libre, des joueurs, des voleurs, des trafiquants et des résistants, en quelque sorte un monde miniature qui représente toutes les tendances d'une société déstabilisée par la guerre et dont les instincts les plus noirs, comme les élans les plus nobles, sont sollicités par la complexité des événements.

 

Arrive dans le même temps un chef de la résistance Victor Laszlo accompagné de sa femme Ilsa Lund. Cette dernière demande d'emblée au pianiste, qui assure le spectacle musical, de jouer " As time goes by " et on comprend, en voyant apparaître Rick, qu'autrefois tous deux ont vécu une passion amoureuse dans un Paris  encore libre. Mais la capitale est bientôt décrétée Ville ouverte  et Rick, résistant américain, qui a déjà opéré en Ethiopie et en Espagne, se voit contraint de quitter la ville pour gagner l'Afrique du Nord. Il était prévu qu'Ilsa partirait avec lui, mais à la gare, on fait parvenir à Rick une lettre de rupture, et il part seul.

 

Depuis lors, il est un homme amer et désenchanté, un opportuniste cynique qui a oublié son idéal d'antan, son combat pour un monde meilleur. Il se contente dans l'immédiat de gérer son établissement au mieux de ses intérêts, sans se soucier du trafic occulte et de la guerre d'influence qui s'y pratiquent. Sa vie a basculé lorsque Ilsa a rompu leur idylle, de façon brutale et inexplicable à ses yeux. Grâce aux flash-back, on apprend qu'à Paris, elle a retrouvé Victor et pensé de son devoir de rester à ses côtés, d'autant qu'il revient auréolé de ses faits et mérites de grand résistant. Voici donc deux hommes qui sont soudain confrontés, non seulement l'un à l'autre, mais à la réalité du moment. Certes, ils aiment la même femme, mais leurs positions sont totalement divergentes et incompatibles : si Victor est resté fidèle à son engagement moral, Rick a oublié ses idéaux et se limite à surveiller les bénéfices de sa boîte de nuit, en corrompant, à l'occasion, les clients qui le sollicitent. Remis en présence d'Ilsa, pour laquelle il éprouve toujours le même amour, il va redevenir, au fil des circonstances, un homme qui renonce à sa neutralité et va prendre les risques qu'implique le retour à des convictions courageuses. Par respect pour lui-même et pour l'amour d'une femme, il fera en sorte de permettre l'évasion du couple vers l'Amérique, perdant celle qu'il aime une seconde fois.

 

 

                      Humphrey Bogart et Ingrid Bergman. Action Gitanes

 

 

Parabole politique et film de propagande américain qui a su bien évoluer, Casablanca a le mérite de mettre en scène, en un raccourci remarquable, le conflit mondial et les différentes forces en présence. On verra Rick lutter intimement entre son amour pour Ilsa et son devoir d'homme en proie à un dilemme moral qui lui fera retrouver son honneur  et son courage, puisqu'il ira jusqu'à abattre le major Strasser, qui s'apprêtait à arrêter les fugitifs, sous les yeux du capitaine Renault. Ainsi le film de Curtiz, par le biais d'une relation triangulaire d'une forte intensité romanesque, revisite-t-il le thème de l'idéalisme, sublimé au cours de la scène où Rick entonne la Marseillaise face aux Allemands qui chantent  Die Wacht am Rhein.

 

En homme blessé, qui cache sa fragilité sous des dehors désabusés et narquois, voire même impudents, auprès d'une Ingrid Bergman lumineuse et assez fine pour  exprimer l'ambiguïté de son personnage, partagé entre le respect qu'elle porte à son mari et l'attirance irrésistible qu'elle éprouve toujours pour son ancien amant,  Humphrey Bogart trouve là son meilleur rôle.

 

Michael Curtiz, émigré hongrois, arrivé aux Etats-Unis dans les années 20 et dont plusieurs membres de la famille avaient fui l'Allemagne nazie, a su rendre sensible l'état d'esprit de ces exilés, plus exposés qu'auncun autres aux dangers et aux trahisons. Certes, le film n'échappe pas aux lieux communs et aux clichés - il fut d'ailleurs tourné de façon anarchique, le scénario et les dialogues ayant été constamment remaniés, au point que l'issue du film n'était pas encore connue quelques jours avant la fin du tournage - mais le talent du réalisateur sut pallier à ces inconvénients et produire une sorte de petit miracle : l'alchimie inespérée et surprenante entre l'élégance de la mise en scène, la beauté des images, des gros plans et des clairs-obscurs, la vivacité et souvent l'humour des dialogues toujours efficaces, enfin l'interprétation remarquable des trois principaux acteurs et des seconds rôles, criants de vérité et de naturel.

 

Classique parmi les classiques, Casablanca est devenu un film culte pour les générations qui ont suivi la guerre et il l'est resté. Nominé huit fois aux Oscars, il obtint l'oscar du meilleur film, ceux du meilleur scénario et de la meilleure mise en scène. Tourné à Hollywood, il partage aujourd'hui le privilège d'être le film préféré des Américains avec Autant en emporte le vent et fit entrer dans la légende des couples romantiques du grand écran Humphrey Bogart et Ingrid Bergman.

 

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Pour lire l'article consacré à Ingrid Bergman, cliquer sur son titre :  

INGRID BERGMAN - PORTRAIT

 

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                     Humphrey Bogart et Ingrid Bergman. Action Gitanes

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14 juillet 2006 5 14 /07 /juillet /2006 11:56
MADAME BOVARY de VINCENTE MINNELLI

 


Lorsque Flaubert envisagea d'écrire Madame Bovary, il ne s'était encore essayé qu'à des oeuvres de jeunesse. Après avoir lu son essai La tentation de Saint-Antoine à ses amis Maxime Du Camp et Louis Bouilhet, qui lui donnèrent le conseil de ne pas le publier, il eut l'idée de s'inspirer d'un fait divers " l'affaire Delaunay " pour élaborer un roman auquel il consacrera cinq années de sa vie. Il se met à la tâche en septembre 1851, après un voyage en Egypte, Syrie et Palestine. A l'épisode Delaunay/Delamare qu'il respecte entièrement, il ajoute, pour le personnaliser et en faire une oeuvre d'art, ses propres souvenirs, l'histoire de sa liaison orageuse avec Louise Colet et ses sentiments personnels, puisqu'il a été jusqu'à dire "Emma Bovary, c'est moi ! " Flaubert fut, à proprement parler, envoûté par son sujet, et sa correspondance nous donne maints témoignages de cette sorte de possession dans laquelle il vécut de septembre 1851 à avril 1856. Il devait, par ailleurs, confier à Taine quelques années plus tard : "Quand j'écrivais l'empoisonnement d'Emma Bovary, j'avais le goût de l'arsenic dans la bouche. Mes personnages imaginaires m'affectaient, me poursuivaient, ou plutôt c'était moi qui étais en eux." Sans doute est-ce là le secret de la vie étonnante d'un livre qui n'a cessé d'émouvoir et de passionner. Ainsi d'un pensum, à l'origine, et d'un fait divers banal, l'écrivain est-il parvenu à tirer un chef-d'oeuvre et à donner à des gens quelconques une portée universelle. Mais la publication en revue n'alla pas sans difficultés et il fallut plusieurs années de lutte pour l'imposer au public.

 

Le 24 janvier 1857, Flaubert passe en correctionnelle sous l'inculpation d'outrage à la morale publique et aux bonnes moeurs. Il fut acquitté, mais ne resta pas moins coupable, au regard de la société, de ne pas s'être suffisamment rendu compte qu'il y avait des limites que la littérature ne devait pas dépasser. Ce procès valut à l'oeuvre un succès de scandale mais l'auteur s'en retira brisé. Seul Sainte-Beuve loua l'ouvrage comme il le méritait, alors que l'ensemble de la critique se montrait frileuse et s'en tenait à des propos conventionnels qui ne l'engageait pas... Ce qui n'empêcha point l'influence grandissante de Madame Bovary sur l'évolution du roman français et ses adaptations nombreuses sur les scènes de théâtre. Il est amusant de noter qu'en 1949, lorsque le producteur Pandro S. Berman, le scénariste Robert Ardrey et le réalisateur  Vincente Minnelli  projettent d'adapter l'oeuvre à l'écran, ils craignent encore que le code de production de l'époque, dans une Amérique puritaine, ne s'oppose à la représentation du personnage d'Emma Bovary en raison de sa conduite adultère. Aussi prennent-ils l'option de faire raconter l'intrigue par Gustave Flaubert en personne, au moment où il passe en jugement. " Après avoir lu, entre autres, écrivait Minnelli, les essais d'Henry James, Somerset Maugham et Sigmund Freud, j'élaborai une Emma Bovary dans la lignée romantique de Hugo ou de Chateaubriand, ma conception du personnage était celle d'une adolescente rêveuse. Des photos de couples à cheval et de rendez-vous amoureux dans des jardins secrets décorent les murs de sa chambre au couvent et indiquent déjà sa nature sentimentale. Elle est en quête de la beauté et seul son esprit peut enfanter ce concept à chaque instant, puisque sa vie se heurte à une réalité indigne... La sexualité est le moyen qu'elle trouve pour s'éloigner de son mari, médecin de campagne terne et gris. Chaque fois qu'une porte lui claque à la figure, elle en trouve une autre à ouvrir... qui est un nouveau pas vers la vie qu'elle souhaite vivre. Et pourtant, il ne s'agit pas d'assouvir des besoins sexuels. Les femmes de cette époque n'y songeaient pas." Ailleurs, le metteur en scène de  Madame Bovary  précise :  Pour suggérer le narcissisme d'Emma, j'eus recours à divers procédés. L'utilisation de miroirs était l'un des plus efficaces. Elle se contemple dans le miroir, tout en se maquillant pour son époux. Puis, au cours du bal, elle voit de nouveau son reflet dans un immense miroir ovale, ainsi que les hommes qui l'entourent ; elle se voit telle qu'elle s'imagine être, au cours de ses rêveries romantiques... Plus tard, alors qu'elle s'achemine vers la ruine, on retrouve le miroir, mais cette fois, brisé, dans la chambre de Rouen où elle rencontre Léon.

 

Constamment le metteur en scène va jouer avec le rapport qui existe entre l'héroïne et les miroirs, les glaces, les fenêtres, comme si ceux-ci représentaient une ouverture possible, un échappatoire vers un monde différent. A ce titre, la scène de la valse est une séquence révélatrice. Tandis que Charles Bovary boit, Emma danse au point que, grisée par le tourbillon qui l'entraîne, elle commence à s'essouffler, à manquer d'air et qu'on brise une vitre pour qu'elle puisse mieux respirer. Il est remarquable de constater combien Minnelli, soutenu par son équipe, eut le souci de faire sa propre étude introspective sur la personne d'Emma, cette femme qui ne peut accepter la médiocrité de son existence et dont la présence finit par agir comme un révélateur sur les autres personnages. Admirablement séquencé et interprété par  Jennifer Jones  et  Louis Jourdan,  le film est une remarquable adaptation de l'oeuvre de Flaubert, qu'il ne dénature aucunement. La scène la plus émouvante est sans doute celle où seule dans la petite chambre de l'hôtel de Rouen, où elle avait l'habitude de retrouver son amant, Emma valse seule avec la robe de bal qu'elle portait chez le marquis d'Andervilliers. Elle sait alors que ses rêves l'ont quittée et sa vie ne lui apparait plus que comme un gant que l'on jette, un tissu que l'on froisse...Ce film reste aujourd'hui d'une remarquable modernité et nulle adaptation ne l'a encore surpassé.

  


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10 juillet 2006 1 10 /07 /juillet /2006 10:33
PANDORA d'ALBERT LEWIN

    

L'histoire que nous raconte le film Pandora, inspiré de la légende du Hollandais volant et du mythe grec de Pandore - cette femme que le dieu Héphaïstos façonna avec de la terre et de l'eau pour qu'elle devienne l'instrument de la vengeance divine - se situe en Espagne, dans un petit port de la Costa Brava, Esperanza. Des pêcheurs viennent de ramener dans leurs filets deux corps, celui du peintre Hendrick Van Der Zee et d'une femme nommée Pandora Reynolds, selon les dires de l'archéologue britannique Geoffrey Fielding qui les identifie. C'est d'ailleurs grâce à lui, successivement acteur et spectateur de ce drame, que celui-ci va être reconstitué pour les besoins du film. Il nous apprend, par exemple, que Pandora Reynolds se serait sentie irrésistiblement attirée vers un yacht, ancré dans la baie.

 

Ce yacht appartient à un peintre hollandais que nous découvrons, au tout début du film, en train de peindre un tableau consacré à l'irréelle Pandore, alors qu'une femme s'approche à la nage et débarque à son bord. Curieusement, cette femme, Pandora Reynolds, ressemble à la mythique héroïne et va connaître un destin assez semblable au sien. Pour elle, des hommes vont sacrifier leur vie : le poète Reggie Demarest s'empoisonnera lorsqu'elle se refusera à lui ; le pilote Stephen Cameron renoncera  à la course automobile et ira jusqu'à précipiter sa voiture du haut d'une falaise et le matador Juan Montalvo, après avoir poignardé son rival le peintre Hendrick Van Der Zee, mourra dans l'arène. Alors que la tempête se lève, Pandora comprenant que le peintre, dont elle s'était éprise et qui vient d'être assassiné par sa faute, se croyait chargé du destin du Hollandais volant, condamné à errer, se sacrifiera à son tour et le rejoindra dans la mort, afin qu'il puisse goûter au repos éternel.

 

 

" Percer les mystères d'une âme est aussi vain que de tenter de vider l'océan avec une coupe " - dit Geoffrey Fielding lorsque les pêcheurs remontent les corps des deux amants. Ainsi Pandora, admirablement interprétée par la splendide Ava Gardner, fascine-t-elle au point de détruire ceux qui ont le bonheur d'abord, puis très vite le malheur de croiser sa route, selon le mythe antique qui disait que malgré sa belle apparence, cette déesse était à l'origine de bien des maux... "Quand nous voyons pour la première fois le Hollandais volant, écrivait le cinéaste, il est occupé à peindre le portrait d'une femme qu'il n'a jamais vue. Voilà un aspect purement surréaliste de ce personnage. Il était donc naturel pour moi d'essayer de faire un film délibérément surréaliste. Ce désir prit forme pour Pandora. L'habitude qu'avaient les surréalistes de juxtaposer des images anciennes et modernes, qui est particulièrement remarquable dans l'oeuvre de Chirico et de Paul Delvaux, m'a surtout troublé. J'ai trouvé dans le personnage du Hollandais volant, qui avait été condamné à vivre pendant plusieurs siècles, un symbole de cette juxtaposition des époques."
 

 

Que l'intrigue, située en 1930, ait son équivalence avec un drame qui se passait, selon la légende, au XVIIe siècle trouve ainsi sa justification. Hendrick Van Der Zee, campé par un James Mason très convaincant dans le rôle de l'artiste en proie à un dilemme intérieur et en quête d'un amour impossible, ajoute sa part d'étrangeté et de fantastique. Tout est fait pour surprendre, troubler, fasciner. Un orchestre joue " you're driving me crazy ", tandis que des hommes en habit dansent avec des jeunes filles dénudées sous le regard des statues antiques. Le mélange des styles est savamment dosé et pratiqué avec un évident plaisir esthétique. Amoureux des peintres, Lewin a su utiliser au mieux les ressources du technicolor de l'époque. Ava Gardner y est magnifique et inaccessible à souhait, sorte de divinité qui semble n'avoir pris que momentanément l'apparence d'une femme. Venue d'une autre planète comme pour séduire et détruire les êtres réduits à leur éphémère condition humaine. Ce n'est pas sans raison qu'Albert Lewin ouvre l'opus sur cette citation d'Omar Khayyam : "La main mouvante écrit. Et va, ayant écrit. Ni ta piété ne la saura, ni ton esprit fléchir pour qu'elle remonte à la ligne et l'efface. Ni tes pleurs d'un seul mot n'en laveront la trace."
 

 

Un film (1951) rare de par son thème - le mythe de la séduction destructrice et de l'éternelle errance - son atmosphère sulfureuse parfois, et sa splendeur esthétique. Inutile de répéter que les acteurs sont parfaits et nous font vivre un grand moment de cinéma. D'ailleurs le couple Gardner/Mason n'est-il pas entré, avec quelques autres, dans la légende d'Hollywood ?

 


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AVA GARDNER, LA FLAMBOYANTE

 

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PANDORA d'ALBERT LEWIN
PANDORA d'ALBERT LEWIN
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9 juillet 2006 7 09 /07 /juillet /2006 09:52
AUTANT EN EMPORTE LE VENT de VICTOR FLEMING

  

S'il est un film en tous points fidèle à un roman, c'est bien celui-ci. Margaret Mitchell n'a pas été trahie. L'histoire du tournage fut une épopée presque aussi riche en épisodes et rebondissements que celle relatée par la romancière. Avant même sa publication, l'ouvrage faisait l'objet de diverses spéculations, bien que la guerre de Sécession ait eu la renommée de n'être guère prisée du public. Et on le comprend : une guerre fratricide qui avait mis à feu et à sang le sud des Etats-Unis et avait vu les hommes d'un même pays se tuer sauvagement pour des idées, au lieu de tenter de s'écouter et de se comprendre... Le roman sortit le 30 juin 1936. Le 30 juillet, Margaret Mitchell signait le contrat de cession des droits cinématographiques de son livre - qui se révéla être, dès les premières semaines de sa mise en vente,  un incroyable succès de librairie - à David Seilznick qui les acquit pour la somme de 50 000 dollars et confia, sans plus tarder, la mise en scène à Georges Cukor et l'écriture du scénario à Sidney Howard. C'est donc Cukor qui fut chargé du travail de défrichage, longue élaboration qui nécessita des centaines de peintures d'atmosphère pour donner le ton du futur film. Dans le même temps, Seilznick cherchait sa Scarlett O'Hara, ce qui ne fut pas une mince affaire. Pas moins de 1400 candidates furent auditionnées. Paulette Goddard et Katherine Hepburn furent retenues et demeurèrent longtemps les favorites. Le personnage de Rhett Butler posa un problème différent. En écrivant son livre, Margaret Mitchell  pensait déjà à Clark Gable, mais il était sous contrat avec Louis B. Meyer et Selznick n'envisageait pas de se ruiner pour l'avoir dans sa distribution. Mais la pression populaire fut si forte, qu'il finit pas céder, et accepta de sortir les sommes astronomiques que nécessitait la rupture du contrat avec Meyer. Gable engagé, il restait toujours à trouver la Scarlett O'Hara idéale, au risque que la presse et le public, qui suivaient les négociations du film avec curiosité, ne croient Selznick incapable de mener à bien son projet.

 

 

On commence à tourner les scènes de l'incendie d'Atlanta alors que la vedette principale n'a pas encore été choisie. C'est le frère de David Seilznick qui lui présenta Vivien Leigh, de passage à Hollywood avec son mari Laurence Olivier. Seilznick fut séduit d'emblée, mais la presse se déchaîna contre cette anglaise qui entendait incarner une femme de la Louisiane traditionnelle. Enfin les rumeurs  faiblirent et le tournage put commencer. C'est à ce moment que Cukor quitta le plateau brusquement, en total désaccord avec Gable et au grand dam de Vivien Leigh et d'Olivia de Havilland qui appréciaient ce parfait directeur d'actrices. Clark Gable insista pour que Victor Fleming prenne la suite avec deux acolytes : Sam Wood et William Cameron Menzies. Le 1er juillet 1939, le film était en boîte après 125 jours de tournage et la première avait lieu à Atlanta le 15 décembre 1939, suscitant un enthousiasme spectaculaire. Sans doute est-ce la personnalité hors du commun de Seilznick, âgé seulement de 37 ans, qui contribua à apaiser les différends innombrables qui agitèrent le tournage et le rendirent pour le moins tumultueux. Certaines scènes nécessitèrent cinq à six versions différentes. Cependant, soixante ans après sa réalisation, Autant en emporte le vent  reste un exemple du savoir-faire hollywoodien et de la parfaite transposition d'un roman en film. Il est également une des rares évocations de l'époque de la guerre de Sécession, dont il a su rendre le climat, évoquant l'inconscience des Sudistes qui croyaient, à tort, être rapidement vainqueurs des Nordistes, sans cacher  sa nostalgie pour ces officiers vêtus de gris et ce Sud brutalement ravagé, humilié, incendié, pillé et livré aux soudards, si bien que nombreux sont ceux qui, aujourd'hui, jugent que le film fait la part trop belle à un camp plutôt qu'à un autre. La complexité de la situation ne permettait pas alors le recul nécessaire pour une impartialité de bon aloi et l'auteur était une femme du sud.
 

                       

Aux malentendus dramatiques que la guerre avait déclenchés, aux haines brutales et soudaines s'ajoutent dans le film, comme dans le roman, les incompréhensions affectives des quatre héros : Scarlett, Rhett, Mélanie et Ashley, chacun se perdant dans les méandres de sentiments trompeurs. Alors que Scarlett et Rhett sont, à l'évidence, faits l'un pour l'autre, ils ne cesseront de se déchirer et de se perdre. Ainsi en emporte le vent de nos erreurs, de nos contradictions, de nos doutes, de nos illusions, de nos aveuglements. Seule la terre dure et c'est à elle que Scarlett se raccrochera à la fin de l'opus, à cette terre rouge de Tara qui l'a vu naître et qui a vu naître et mourir ses ancêtres. " La terre est l'unique chose dans ce monde qui mérite que l'on travaille pour elle, que l'on se batte pour elle, que l'on meure pour elle parce que c'est l'unique chose qui demeure" -  lui dit son père au début du film, alors qu'elle est en proie au désespoir que lui inspire le prochain mariage d'Ashley, l'homme qu'elle croit aimer. Face à un Clark Gable au sommet de sa carrière, la jeune Vivien Leigh se révélera inoubliable dans le rôle emblématique de Scarlett O'Hara et l'Oscar, qui couronnera son interprétation, sera, ô combien, mérité. Ce film fut d'ailleurs couvert d'oscars, celui de la meilleure interprétation d'un second rôle revenant à la merveilleuse Hattie Mc Daniel dans celui de Mammy. Ce film, dont le coût de production paraissait faramineux en 1939 - 4.000.000 dollars - en rapportera 20.000.000 durant son exclusivité. Il reste un monument du cinéma, un film qui, tout ensemble, nous propose un panorama saisissant de l'époque de la guerre de Sécession et une subtile analyse des rapports entre une femme fière et un monde d'hommes, passant, sans la moindre rupture, de la fresque historique à la peinture intimiste des sentiments. Autant en emporte le vent.
 


Pour lire l'article consacré à Vivien Leigh, cliquer sur son titre :   VIVIEN LEIGH

 

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AUTANT EN EMPORTE LE VENT de VICTOR FLEMING
AUTANT EN EMPORTE LE VENT de VICTOR FLEMING
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13 juin 2006 2 13 /06 /juin /2006 08:03
UN VIOLON SUR LE TOIT de NORMAN JEWISON
UN VIOLON SUR LE TOIT de NORMAN JEWISON

 

Voilà bien un film étonnant qui alterne cocasserie et émotion. L'action se situe au début du XXème siècle dans une bourgade d'Ukraine nommée Anatevka. Dans ce village, la vie est réglée selon la tradition établie depuis des lustres, comme si le temps avait suspendu son vol, entre la communauté chrétienne orthodoxe et la communauté juive, l'une et l'autre ayant eu la bonne intelligence de se côtoyer sans se mélanger. Chacun respecte chacun et la vie s'y écoule dans une relative harmonie. Le laitier du village - Tevye - est un homme bienveillant qui mène avec sa famille une existence modeste et apparemment heureuse. Son seul souci est de trouver d'honnêtes maris à ses cinq filles. Cela va l'obliger à concéder bien des choses à ses proches, autant qu'à sacrifier certaines de ses convictions religieuses. Jusqu'au moment où ses certitudes seront gravement ébranlées par sa fille cadette, qui lui apprend qu'elle désire épouser un non-juif, le jeune russe Fyedka. C'est alors qu'un décret, promulgué par le tsar, somme les juifs de quitter la région, obligeant Tevye à s'exiler avec sa famille. Ce synopsis a le mérite de donner vie à une quantité de personnages ukrainiens et juifs : la marieuse, le rabbin, le boucher, le tailleur, le brigadier, le bolchevique, hauts en couleur, et de les placer dans des situations singulières, ce qui occasionne des sketchs savoureux, empreints de cet humour juif pittoresque, dont la charge comique et émotionnelle se révèle d'une efficacité remarquable. Ce qui explique, sans doute, le succès que remporta d'abord la pièce, puis le film. En effet, la première adaptation eut lieu à Broadway en 1964 et ne nécessita pas moins de 3242 représentations à guichet fermé. A Londres, en 1967, le nombre de représentations s'éleva à 2030, et ainsi de suite dans le monde entier, sans oublier Paris, avec sur les planches le magnifique chanteur Yvan Rebroff qui disposait - chose rare - d'un registre vocal de quatre octaves et demie. Le film a repris fidèlement le livret de la pièce, en y ajoutant l'ampleur que ne permettait pas une scène de théâtre. La seule différence avec la comédie musicale, montée par Jérôme Robbins, est celle-ci : le cinéaste Norman Jewison se vit dans l'obligation de porter à l'écran un spectacle plus coloré, plus mouvementé, s'inspirant d'un univers chagallien et  reconstituant minutieusement l'environnement mélancolique et austère des communautés juives de l'époque, dans les villages de la Russie profonde, pour amplifier l'oeuvre et lui donner ainsi sa tonalité cinématographique. Le rôle principal du laitier fut confié à Chaïm Topol, qui l'avait déjà interprété sur la scène de Tel Aviv, et où il se montre, égal à lui-même, aussi convaincant qu'au théâtre, dans ce personnage fantasque et touchant.

 

L'intrigue se déroule dans le monde clos d'une communauté juive de la Russie du début du XXème siècle. On y sent le poids des traditions et la crainte permanente des persécutions dont la population était couramment victime de la part du gouvernement. Les pogroms évoqués rappellent l'intolérance qui fut le lot des juifs à travers les siècles, mais la légèreté des dialogues, l'ironie toujours présente, la fantaisie des personnages, la cocasserie de certaines situations, la musique entraînante font que ce long métrage de 2h30 reste une comédie musicale à part entière, jamais pesante, dont l'intérêt ne faiblit pas, pour la raison que le sujet extrapole de beaucoup la seule existence de quelques villageois perdus dans l'obscure campagne russe. Le livret, inspiré d'une nouvelle de l'écrivain Sholem Aleichem, connu jusqu'en Chine, a su anticiper les événements immédiats et percevoir la fureur naissante du XXème siècle, ainsi que les bouleversements qui se profilaient à l'horizon,  frémissements d'un monde à l'aube de mutations capitales. Les courants d'idées qui ne vont plus cesser de le parcourir sont déjà subtilement évoqués : perte des valeurs traditionnelles, émancipation de la femme,  naissance du bolchevisme et du sionisme, attraction irrésistible de la modernité, au point que la liberté de ton de ce livret, que certains peuvent considérer comme subversive, aurait peut-être donné lieu à des difficultés de réalisation de nos jours. Pour toutes ces raisons, et pour ses qualités artistiques et musicales,  Un violon sur le toit  (1971) prend place parmi les plus belles, et surtout les plus originales, comédies musicales jamais portées à l'écran. Dans les années 1960-1970, aux lendemains du nazisme et des camps de concentration, le succès était assuré mais, depuis, il n'a pas pris une ride et ce spectacle grave et joyeux ne peut manquer d'émouvoir. De même que nombre de ses mélodies restent indémodables et présentes dans nos mémoires. Salué avec enthousiasme par une critique à l'unisson, il fut couronné par trois Oscars.

                             

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UN VIOLON SUR LE TOIT de NORMAN JEWISON
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9 juin 2006 5 09 /06 /juin /2006 09:11
LES DEMOISELLES DE ROCHEFORT de JACQUES DEMY

                                                                                                                                                                    
Je ne pouvais passer sous silence cette comédie musicale française qui revient dans nos salles obscures avec sa fraîcheur inaltérable et ses jolies mélodies. Ne serait-ce que pour la simple raison qu'elle peut être considérée comme notre plus belle réussite dans un genre où la France, il est vrai, n'a jamais excellé. Grâce à l'association d'un musicien comme Michel Legrand et d'un cinéaste comme Jacques Demy - qui a également signé le scénario et les paroles, ce qui n'est pas son plus mince mérite - nous tenons là un film de qualité, qui ne cache pas sa filiation avec les comédies musicales classiques américaines. J'en veux pour preuve que la présence de deux stars incontournables, qui font ici des apparitions remarquées et surprenantes : Gene Kelly et Georges Chakiris,  les  danseurs inoubliables d' Un américain à Paris et de West Side Story.


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L
e film vaut surtout pour la musique jazzy et enjouée de Michel Legrand, l'univers coloré précurseur des sitcoms françaises et le jeu de miroir entre les jumelles, interprétées par les soeurs Dorléac, qui ajoute un charme supplémentaire à cette comédie. Il est évident que sur le plan de la chorégraphie et de la danse, Catherine Deneuve et Françoise Dorléac ne sont ni Ginger Rogers, ni Cyd Charisse, mais elles bougent bien, ont du piquant et de la présence et le film se laisse regarder avec plaisir.

 

L'histoire est celle des jumelles Delphine et Solange Garnier, qui aiment chanter et danser, mais s'ennuient fort dans leur province natale. Bien entendu, elles ne rêvent que d'une chose : gagner la capitale, s'y produire en spectacle et rencontrer l'amour. Pour l'heure, un festival local va leur permettre de monter sur les planches  et  de croiser, l'une un marin, l'autre un pianiste, qui leur feront découvrir le grand amour ( du moins on l'espère ).

 

Pas de quoi fouetter un chat ! Mais le charme des mélodies, les chansons joliment ciselées avec ce goût bien français du beau langage où, pour lors, nous excellons - et il est bon de le rappeler -  la ville de Rochefort merveilleusement filmée et transformée, pour l'occasion, en décor de conte de fée, ce qui est assez inattendu d'un ancien port de guerre, opèrent à coup sûr et finissent par nous séduire. Le film redora le blason de cette cité que l'on abandonnait à l'oubli, alors qu'elle est belle et riche de sa magnifique corderie royale et de ses bâtiments du plus pur style Grand Siècle. Ce fut, en effet, au XVIIe, que Louis XIV, soucieux de développer la puissance maritime du Royaume de France, chargea son ministre Colbert de bâtir sur les marais un arsenal, dans le but d'armer les frégates et les vaisseaux nécessaires à servir son ambition.  Le port fut alors le centre d'une grande activité et quelques-uns de nos plus invincibles navires sortirent de ces chantiers. Mais le temps passant, la ville sombra dans le sommeil et Loti eut beau y naître et y demeurer entre deux voyages, il ne parvint pas à rendre à l'Arsenal son éclat perdu. Ce que le film réussit à faire...

 

Les demoiselles de Rochefort furent un grand succès. Le public aima cette bluette charmante déclinée dans les tons pastels, qui transformait la réalité en une fiction idéale et où tout se terminait en chansons. Hélas ! les lendemains déchantèrent. La ravissante Françoise Dorléac devait trouver la mort un an plus tard dans un accident de voiture. Ce film, où le duo des soeurs Dorléac fonctionne à merveille, est donc le seul qu'elles ont eu le loisir de tourner ensemble. Aussi, le revoir aujourd'hui, c'est revoir un visage trop tôt disparu.

 

Pour lire les articles consacrés à Jacques Demy et Catherine Deneuve, cliquer sur leurs titres :

 

JACQUES DEMY, L'ENCHANTEUR                CATHERINE DENEUVE - PORTRAIT 

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, dont Lola et Peau d'âne, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

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LES DEMOISELLES DE ROCHEFORT de JACQUES DEMY
LES DEMOISELLES DE ROCHEFORT de JACQUES DEMY
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  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
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  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

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