Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
22 juin 2017 4 22 /06 /juin /2017 10:22
Playtime de Jacques TATI

                
Après Mon Oncle, Jacques Tati  va travailler pendant des années à Playtime, qui coûtera 15 millions de francs et construira, en studio, pour les besoins du film, le décor d'une ville ultra-moderne avec gratte-ciel et buildings industriels en verre et acier. Présenté pour les fêtes de fin d'année 1967, ce long métrage, sorte d'oeuvre testament, après un certain succès de curiosité, va être une catastrophe commerciale dont Tati ne se remettra jamais. Le public ne le suit guère dans les dédales de cette ville où les touristes cherchent vainement le Paris folklorique d'antan. Ce monde kafkaïen les égare, seul Hulot reste Hulot avec son imperméable, son parapluie et son chapeau, mais les disproportions entre ce nouveau monde et l'ancien désorientent complètement les spectateurs pas encore prêts à une anticipation qui les prend de cours. Décidément cette satire mécanique, uniforme et glaciale déplaît aux Français qui entendent goûter aux bienfaits de l'industrialisation et  ne comprennent pas que le cinéaste se soit à ce point endetté pour un film qui n'avait d'autre objectif que celui de les distraire. Tati s'en expliquera par la suite et procédera à des coupures, mais cela ne suffira pas à sauver ce monument incompris qui le ruinera. Truffaut lui écrira à ce propos : " C'est un film qui vient d'une autre planète où l'on tourne les films différemment. Playtime, c'est peut-être l'Europe de 1968 filmée par le premier cinéaste martien, "leur" Louis Lumière ! Alors il voit ce que l'on ne voit plus et il entend ce que l'on n'entend plus et filme autrement que nous".

 


Les soucis pécuniaires et les désagréments qu'engendre cette oeuvre titanesque, si mal perçue, assombriront les dernières années de vie de celui qui avait cru possible de faire entrer la parodie sur le grand écran pour contrefaire la réalité tragique de la vie, de façon à ce que le rire l'emporte sur l'inquiétude. Paris comme immense terrain de récréation. Là, Tati, jeune chien fou de 58 ans, magnifie une ville des Lumières grisâtre qui, sous son regard, redevient poétique et festive. Dans ce quatrième long métrage, Jacques Tati, embrasse une myriade d’idées joyeuses déjà développées dans ses œuvres précédentes, les portant à un point d’incandescence. Film-somme, Playtime n’en est pas moins une oeuvre maudite, au destin singulier. Entamé en 1964, soit six ans après le triomphe international de Mon Oncle, le tournage du film traverse des tempêtes que n’auraient pas renié les historiens de cinéma friands de naufrages à la Cléopâtre. D’une ambition démesurée, ce cinquième film est né après une longue gestation d’un scénario semi-autobiographique, co-écrit avec Jean-Claude Carrière.

 

 

Dans l’incapacité de tourner cette histoire d’Une grande ville (titre provisoire parfois évoqué dans les documents du CNC) en décors réels, Tati et son équipe de production se décident à construire un studio d’une superficie hallucinante pour l’époque. Dans la banlieue de Joinville, jouxtant les laboratoires GTC qui viennent de s’équiper en matériel 70mm (format choisi pour le film), l’immense plateau explose littéralement le budget et retarde le tournage de plusieurs mois : entamée en juillet 64, la construction du décor s’achèvera non sans peine en mars 65. Déçu par la colorimétrie des premiers rushes, peu convaincu par les perspectives de certains de ses décors, embarrassé par des conditions météorologiques déplorables, Tati se débat tant bien que mal avec un budget pharaonique et un tournage qu’il continue toutefois, imperturbable, à diriger d’une main de maître. Epique, celui-ci se heurte à de nombreuses contraintes, d’autant que, Tati, homme de scène, nourrit quelque méfiance à l’égard des techniciens de cinéma qui peinent parfois à retranscrire la palette imaginative de leur réalisateur. Ainsi, les scènes d’aéroport, nées des différentes tournées promotionnelles de Mon Oncle, ne correspondent pas à ses considérations plastiques (le plexiglas utilisé pour les décors reflète les éclairages et sera finalement remplacé par du verre). Pétri d’humour mais terriblement exigeant, le créateur de Monsieur Hulot dirige son plateau d’une main de fer, ce qui ne suffit pas à boucler le film dans les temps prévus.

 

 

http://www.dvdclassik.com/upload/images/critique-playtime-tati6.jpg http://www.dvdclassik.com/upload/images/critique-playtime-tati7.jpg
 

 

Endetté jusqu’au cou, Tati se résout alors, la mort dans l’âme, à annuler purement et simplement le tournage de certaines séquences. Le montage est entamé alors que le tournage est loin d’être terminé, afin de convaincre des investisseurs étrangers de renflouer ce bateau ivre, frôlant le naufrage. En bon capitaine, Tati tient la barre, se souciant comme d’une guigne des soucis financiers de la production pour ne jamais perdre de vue la maîtrise artistique. Le 15 septembre 1967, soit trois ans et demi après le premier coup de truelle à Joinville, le tournage s’achève avec la destruction du décor - que Tati espérait pourtant conserver pour y fonder une Université du Cinéma, projet qui lui sera refusé par André Malraux, alors ministre de la Culture de De Gaulle. Le montage - entamé entre autres par Sophie Tatischeff, fille de Jacques - livre finalement une première copie du film le 16 décembre 1967.



Véritables crève-cœurs, les mois qui suivent voient la durée du film fondre comme neige au soleil sous la pression de la production. Des 2h33 initiales lors de la première du film (présenté avec entracte, au grand dam de son créateur), le film passe par diverses durées - atteignant un pic de 2h50, se réduisant ensuite à 2h15 (deux copies conservées par les Cinémathèques de Lausanne et Toulouse, en très mauvais état) pour finalement atteindre les 1h59 pour la version restaurée que nous connaissons aujourd’hui. Film testament, Playtime ne connaîtra que beaucoup plus tard, et après la mort de son créateur, l'adhésion et la notoriété. 

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique  CINEMA FRANCAIS, cliquer  ICI

 


RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

Playtime de Jacques TATI
Playtime de Jacques TATI
Partager cet article
Repost0
19 juin 2017 1 19 /06 /juin /2017 09:37
Ce qui nous lie de Cédric Klapisch

Jean a quitté sa famille et sa Bourgogne natale il y a dix ans pour faire le tour du monde. En apprenant la mort imminente de son père, il revient dans la terre de son enfance. Il retrouve sa sœur, Juliette, et son frère, Jérémie. Leur père meurt juste avant le début des vendanges. En l’espace d’un an, au rythme des saisons qui s’enchaînent, ces trois jeunes adultes vont retrouver ou réinventer leur fraternité, s’épanouissant et mûrissant en même temps que le vin qu’ils fabriquent.

Ce qui nous lie de Cédric Klapisch

Sur ce thème sympathique de la transmission et de l'enracinement, Cédric Klapisch  nous offre un opus très différent de sa production  précédente  "L'auberge espagnole", soit une saga familiale qui épouse le rythme des saisons, de même qu'un éloge touchant du terroir. En effet, les liens, qui unissent indéfectiblement les hommes à leur famille et à la terre qui les façonne tout autant qu'ils la façonnent, est le point culminant du film. Juliette, Jean et Jérémie, ces enfants du vignoble, très bien interprétés par de jeunes comédiens Ana Girardot, François Civil et Pio Marmaï, sont tout autant unis par des liens ancestraux que par celui de la terre, cette vigne à laquelle ils vont consacrer leurs efforts et leur savoir-faire dans un souci constant d'excellence. Un joli film qui pointe le doigt sur l'alliance qui s'établit entre un lieu et une jeunesse prête à beaucoup sacrifier pour assurer et perpétrer son ancrage avec le monde viticole. On n'attendait pas Cédric Klaspich dans ce registre qui met en valeur le sentiment d'appartenance à la terre et le retour aux sources d'une génération déjà en phase avec le cosmopolitisme. Une agréable bonne surprise.

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer   ICI

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Ce qui nous lie de Cédric Klapisch
Ce qui nous lie de Cédric Klapisch
Partager cet article
Repost0
18 juin 2017 7 18 /06 /juin /2017 09:21
Shutter Island de Martin Scorsese

En 1954, une femme placée dans le centre de détention psychiatrique de Shutter Island disparaît. Elle s'appelle Rachel Solando et est une meurtrière extrêmement dangereuse. Deux officiers du corps fédéral des marshals, Teddy Daniels et Chuck Aule, quittent alors Seattle pour enquêter sur place. Ils découvrent l'île humide et brumeuse où se trouve cet hôpital-prison d'un genre très particulier. Très vite, Teddy Daniels comprend que le personnel de l'établissement cache quelque chose. Seul indice dont il dispose : un bout de papier sur lequel est griffonnée une suite de chiffres entrecoupée de lettres...

 

Un scénario qui met en cause d'emblée l’équilibre de l’enquêteur  (admirablement interprété par Léonardo DiCaprio) dans un labyrinthe de la folie et de la douleur où de misérables personnages achèvent leur existence au cœur d’un délire hallucinatoire habilement provoqué afin que ceux-ci disparaissent du monde des vivants et soient  à jamais irrécupérables. Inspiré du roman à succès de Dennis Lehane, cet opus brillant joue sur les nerfs en permanence grâce à un climat fort bien entretenu entre faux-semblants et réalités ténébreuses qui ne cessent de déstabiliser le spectateur. Du grand art développé par une mise en scène habilement élaborée où les rebondissements psychologiques sont à la fois crédibles et intelligents.

 

A défaut de faire jaillir la vérité dans son enquête, Teddy Daniels plonge dans ses propres abîmes et découvre l’ambiguïté des siennes. Servi par l’imagerie soignée de Robert Richardson où l’ombre et la lumière stimulent l’imaginaire et soulignent les symboles de cette fiction à plusieurs paliers, « Shutter Island » est un polar mental d’une efficacité redoutable qui brise les codes de l’espace et du temps, du vrai et du faux grâce à un scénario tendu qui repose sur une constante perte de repères. Un film, dont l’irréalité est devenue le noyau dur de la réalité. Etonnant mais oppressant. 

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN, cliquer  ICI

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

Shutter Island de Martin Scorsese
Shutter Island de Martin Scorsese
Shutter Island de Martin Scorsese
Shutter Island de Martin Scorsese
Partager cet article
Repost0
16 juin 2017 5 16 /06 /juin /2017 10:25
Talons Aiguilles de Pedro Almodovar

C'est sans doute avec "Talons aiguilles" en 1992 qu'Almodovar trouve la consécration. Il s'agit avec ce film d'une évolution enfin apaisée qui correspond à une plus grande stabilité de la part du réalisateur. On y sent poindre d'ailleurs plus de mélancolie, d'amertume et de regrets, et une sorte de désenchantement lucide a envahi la pellicule. Après des années passées à l'étranger, une chanteuse Becky Del Paramo revient à Madrid, se sachant atteinte d'une grave maladie cardiaque et y retrouve sa fille Rebecca qu'elle a sacrifiée à sa brillante carrière et perdue de vue depuis sa petite enfance. Rebecca est aujourd'hui une jeune femme active, présentatrice d'un journal télévisé et épouse d'un directeur de chaîne, Manuel, qui fut autrefois l'amant de Becky et dont la maîtresse en vogue est désormais Isabel. Tiraillée entre son amour et sa rancune à l'égard de cette mère si absente, Rebecca se console auprès d'un travesti. Peu après, Manuel est assassiné et le juge Dominguez convoque les trois suspectes : Becky, Rebecca et Isabel. Le soir même, Rebecca annonce au journal télévisé qu'elle est la meurtrière. Mais sa mère, bouleversée par cette révélation et consciente de sa dette envers sa fille, décide d'endosser la responsabilité du crime. Elle mourra peu après, s'étant réconciliée avec elle et toutes deux ayant trouvé enfin la voie de l'apaisement qui permettra à Rebecca d'entrevoir son avenir plus sereinement.

 

Ce thème avait déjà été abordé par Bergman dans sa poignante "Sonate d'automne", mais avec Almodovar l'intrigue se plait à flirter avec l'émotion véhiculée par les personnages en plein conflit intérieur autant qu'avec le burlesque et le polar, sans que ce mélange nuise vraiment à l'unité du narratif. Voilà donc un drame qui se laisse gagner par des situations hilarantes et par une verve insolente et iconoclaste chère au cinéaste. Celui-ci ne craint pas de secouer ses images dans un shaker et à utiliser au mieux le talent de ses actrices: Abril et Parades. Une des œuvres marquantes du réalisateur espagnol.

 

Pour consulter les articles de la rubrique CINEMA EUROPEEN, cliquer  ICI

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Talons Aiguilles de Pedro Almodovar
Talons Aiguilles de Pedro Almodovar
Partager cet article
Repost0
15 juin 2017 4 15 /06 /juin /2017 09:22
Un long dimanche de fiançailles de Jean-Pierre Jeunet

En 1914, Mathilde, âgée de 19 ans, est fiancée à Manech. Mais celui-ci part au front et comme des millions d'autres meurt au champ d'honneur. C'est écrit noir sur blanc sur l'avis officiel. Cependant Mathilde se refuse à l'admettre. Si Manech était mort, elle l'aurait senti, elle l'aurait su. Ainsi se raccroche-t-elle à son intuition et, de faux espoirs en incertitudes, parvient à démêler l'écheveau et à retrouver la trace de l'homme qu'elle aime.

 

Inspiré du roman de Sébastien Japrisot, prix Interallié, ce film de Jean-Pierre Jeunet (2004) sait rendre l'enfer des tranchées sans tomber dans l'effusion de sang et de cadavres. La mise en scène brillante, parfois lyrique, ne cède pas non plus à l'ostentatoire et cela mérite d'être souligné. Travaillé dans des couleurs aux tons nuancés, les images esquissent une palette d'impressions agréablement contrastée et restituent une époque soigneusement stylisée par l'auteur. Mais ce ne serait là qu'une oeuvre d'illustrateur, s'il n'y avait le regard singulier posé par lui sur un univers qui épouse pleinement la vision du personnage principal, celui de Mathilde, admirablement interprété par Audrey Tautou, qui se livre, ou plutôt s'abandonne tout entier, aux puissances de l'imaginaire. Par ailleurs le film confirme l'immense talent de deux autres comédiennes : Jodie Foster et Marion Cotillard. Un film réussi qui ne manque pas de beauté et séduit, sans parvenir à émouvoir totalement.

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer  ICI

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

Un long dimanche de fiançailles de Jean-Pierre Jeunet
Un long dimanche de fiançailles de Jean-Pierre Jeunet
Un long dimanche de fiançailles de Jean-Pierre Jeunet
Partager cet article
Repost0
12 juin 2017 1 12 /06 /juin /2017 09:16
La leçon de piano de Jane Campion

"La leçon de piano" de Jane Campion, autant leçon d'amour que leçon de musique - l'éveil à la musique coïncidant avec l'éveil des sens - se passe de mots : le maître est muet et l'élève fruste. Le savoir se transmet par l'oreille, l'oeil, les mains, la peau, s'exprime par des sons et des harmonies. Avec sa fille Flora, Ada, veuve et musicienne mais ayant perdu l'usage de la parole, débarque sur une plage de Nouvelle-Zélande où elle va épouser un colon Alistair Stewart. Ce dernier se refuse, à cause du mauvais temps, à remonter le piano que la jeune femme a amené avec elle. Ce sera un autre colon du nom de Baines (Harvey Keitel, remarquable dans ce rôle) qui se chargera de transporter l'instrument chez lui, en contrepartie des leçons qu'Ada accepte de lui donner. Finalement Ada et Baines vont devenir amants. Mis au courant, Stewart, fou de jalousie, au cours d'une scène terrible, coupe l'un des doigts d'Ada afin qu'elle ne puisse plus exercer son art, mais se résigne à laisser partir le couple. Stewart, qu'Ada n'a jamais aimé, a cru la détruire en lui tranchant un doigt, mais Ada a appris autre chose : l'intensité du désir, la force de l'amour, la complicité des corps. Elle est prête à affronter une vie nouvelle en compagnie de Baines, cet homme rustre mais sensible, une vie tout aussi poétique, mais plus charnelle. En réalité, ce n'est jamais qu'un piano qui gît désormais au fond de l'océan, échoué sur les sables, dans le silence sépulcral des profondeurs. Ada est déterminée : elle va renaître, réapprendre à parler, à exister, à vivre, à aimer.  Avec ce film superbe, Jane Campion s'est hissée au rang des plus grands : en témoigne sa palme d'or à Cannes en 1993. Holly Hunter, touchante dans le rôle d'Ada, reçut, quant à elle, l'Oscar de la meilleure actrice à Hollywood. Une poésie charnelle intense se dégage et fait vibrer l'espace. Et c'est la musique qui, soudain, donne son accord à celle des corps.

 

Pour prendre connaissance de l'article consacré à Jane Campion, cliquer sur son titre :

 

Jane Campion, un cinéma au féminin

 

Et pour consulter la liste des films de la rubrique CINEMA  EUROPEEN, cliquer   ICI

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

La leçon de piano de Jane Campion
La leçon de piano de Jane Campion
Partager cet article
Repost0
4 juin 2017 7 04 /06 /juin /2017 09:20
Erin Brockovich de Steven Soderbergh

Pour son dixième long-métrage, Steven Soderbergh est tombé par hasard sur un sujet en or. L’histoire réelle d’Erin Brockovich, une Américaine moyenne, élevant seule ses trois enfants, qui n’a jamais fait d’études en droit quand elle découvre par hasard, lors d’un accident de voiture, un énorme scandale environnemental et de santé publique. Son acharnement sur ce dossier condamnera finalement la société en cause à payer plus de 300 millions de dollars aux victimes, une histoire si incroyable qu’elle aurait été jugée peu crédible si elle n’était pas vraie. On découvre alors toutes les implications du scandale au fur et à mesure de son évolution. Il ne s’agit d’abord que d’une famille ou deux, puis une dizaine et finalement ce seront plus de 600 personnes qui porteront plainte, grâce à l’opiniâtreté d’Erin Brockovich. Le film ne s’intéresse pas vraiment au procès mais davantage aux longues préparations qui ont permis à cette jeune femme, sans qualification particulière, de mettre une ville à ses pieds et une multinationale à genoux, selon le slogan  choisi par l’affiche française qui résume les faits en quelques mots.

 

« Erin Brockovich, seule contre tous » commence avec un entretien d’embauche raté et c’est encore peu dire. Divorcée de fraîche date, elle a absolument besoin d’un travail, quitte à postuler n’importe où. En l’occurrence, un cabinet de médecins alors qu’elle n’a jamais fait d’étude de médecine : on comprend vite le malaise du praticien qu’elle rencontre. Avec cette première scène, Steven Soderbergh pose déjà son personnage principal : cette jolie blonde semble n’avoir jamais eu de chance dans sa vie et d’ailleurs elle ne sort de son entretien que pour avoir immédiatement un accident de voiture. Un modeste avocat est assigné automatiquement pour la défendre et c’est à cette occasion qu’elle pose un pied dans l’univers des avocats. Après avoir perdu son procès, elle parvient à obtenir un travail dans le cabinet. Au début, il ne s’agit que d’un petit boulot de tri et de rangement de papiers, mais c’est justement en rangeant un dossier qu’elle tombe par hasard sur une affaire étrange. En effet, Erin est étonnée de trouver dans un même dossier un bilan de santé et une proposition immobilière et c’est en allant vérifier sur place qu’elle découvre un énorme scandale. Une entreprise utilise depuis une trentaine d’années un produit toxique en le cachant aux habitants et ce produit a empoisonné les nappes phréatiques et les habitants à des kilomètres à la ronde, étant donné que les responsables sont parvenus jusque-là à cacher, puis à étouffer l’affaire. On suit ainsi au jour le jour la persévérance d’Erin à mettre tout en œuvre pour parvenir à dénoncer le scandale et à faire éclater la vérité.

 

Steven Soderbergh a eu la bonne idée de confier le rôle à Julia Roberts. Dix ans après «Pretty Woman », qui lui avait apporté la gloire, l’actrice est parfaitement convaincante dans ce personnage fort qu’elle porte sur ses épaules avec une formidable énergie et qui lui a valu un Oscar bien mérité. Belle et offensive, elle ne lâche rien et nous émeut par sa détermination sans faille. Un beau rôle pour une Julia Roberts au mieux de son talent et un film que l’on suit avec un intérêt qui ne se relâche pas. Une réalisation passionnante.

 

Pour consulter la liste des films de la rubrique CINEMA AMERICAIN, cliquer  ICI

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Erin Brockovich de Steven Soderbergh
Erin Brockovich de Steven Soderbergh
Erin Brockovich de Steven Soderbergh
Partager cet article
Repost0
8 mai 2017 1 08 /05 /mai /2017 09:40
Orgueil et préjugés de Joe Wright

Dans un petit village d’Angleterre, sous le règne de George III, Mrs Bennet veut marier ses filles afin de leur assurer un avenir serein. L’arrivée de nouveaux voisins, Mr Bingley et son ami Mr Darcy, plonge Jane et Elisabeth dans des affres de cœur tumultueuses. Cette dernière découvre l’amour en rencontrant le bel et aristocratique Darcy. Pourtant, tous deux devront passer outre leur orgueil et les mauvaises interprétations qui s’ensuivent avant de tomber dans les bras l’un de l’autre, à la grande surprise des Bennet. Qui aurait parié que cette histoire vieille de plus de deux siècles, écrite par une toute jeune fille, Jane Austen, au fond de sa campagne anglaise, puisse traverser les âges et devenir un modèle de peinture sociale, une histoire d’amour indémodable, un miroir de nos passions ? Joe Wright, en adaptant ce roman au grand écran, a su braver  les a priori et affronter un public très divers avec une romance destinée à l’origine à un lectorat féminin.

 

 

 

Les premières images suffisent à balayer les réticences et à entraîner le spectateur, pendant plus de deux heures, dans le courant d’une histoire qui ne cesse de nous rendre les complices des rebondissements du cœur des deux protagonistes. Des images au bord de la perfection, des comédiens dont le jeu nuancé nous révèle leurs tourments, leurs doutes, leurs inquiétudes, leurs émotions au long d’un récit qui casse les codes habituels, voilà de quoi retenir sur son siège le spectateur le plus hésitant. La caméra sait interroger les regards, baigner dans de savants clairs-obscurs les scènes d’intimité familiale, nous promener dans les paysages bucoliques de la belle campagne anglaise, nous mêler à l’effervescence des cinq sœurs, enfin nous convier à être les témoins de la difficulté d’être femme à une époque où elles étaient contraintes, pour ne point connaître la misère, de faire un mariage de raison.
 

 


Joe Wright a su rendre la finesse et la complexité du roman dans une réalisation délicate, s’appuyant sur son sens de l’image qui utilise le moindre détail, le moindre changement de plan, les situations les plus complexes afin de captiver le spectateur. En signant cette seconde adaptation du roman de Jane Austen, il nous offre une fresque somptueuse où l’esthétique n’étouffe jamais le sentiment, restituant à l’œuvre sa densité, sa fraîcheur, sa richesse psychologique et assurant ainsi la victoire de cet amour  transgressif.

 

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA  EUROPEEN, cliquer   ICI

 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

 

Orgueil et préjugés de Joe Wright
Partager cet article
Repost0
21 mars 2017 2 21 /03 /mars /2017 10:47
JESSICA CHASTAIN OU L'AUDACE EN PRIME TIME

Il y a seulement trois ans Jessica Chastain était ce que l’on appelle une actrice célèbre dont personne n’avait entendu parler. En 2011, elle apparaît dans un grand succès commercial "L’affaire Rachel Singer" et un film d’auteur primé "Take Shelter" qui va achever de la lancer dans la jungle du cinéma et du spectacle. C’est également l’année où elle va présenter "The tree of Life" au Festival de Cannes et entend les journalistes se demander perplexes qui est cette rousse étincelante qui monte les marches au côté de Brad Pitt. Son talent lui avait pourtant mérité une bourse d’études à la prestigieuse Julliard School de New-York, parrainée par le regretté Robin Williams. Mais sa carrière va s’amorcer dès 2004 dans des séries télé et au théâtre où elle aime les rôles de femmes réfléchies que les studios californiens ne trouvent pas assez modernes à leur goût et qui est un prétexte insuffisant pour lui valoir les lumières de la renommée.

 

Tenace, Jessica Chastain s’accroche ; soudain le miracle va se produire car elle crève littéralement l’écran dans "La couleur des sentiments", puis sa carrière fait un bond spectaculaire avec "Zero Dark Thirty", le brûlot réalisé par Kathryn Bigelow qui lui vaut un Golden Globe de la meilleure actrice dans un drame. La suite ne va plus cesser de s’accélérer tant chacun de ses choix l’installe dans la lignée des vrais acteurs. Ses deux nouveaux films révèlent cette quête d’exigence qui est la sienne et l’autorise à se sentir aussi à l’aise dans le rôle tragique de "Mademoiselle Julie", film d’époque réalisé par Liv Ullmann avec Colin Farrel qu’en héroïne de science-fiction dans "Interstellar" de Christopher Nolan qui sera l’événement de la rentrée. A 37 ans la jeune femme est devenue une actrice incontournable du 7e art, aussi Le 40 e Festival du film américain de Deauville a-t-il tenu, en son temps, à l’honorer comme il se doit.  Lors des interviews, l’actrice n’avait pas caché le plaisir qu’elle avait pris à tourner avec Liv Ullmann et à incarner ce personnage torturé qu’est Julie, un être hybride où elle a retrouvé une part d’elle-même. Elle n’a pas craint non plus de se mettre en danger, danger qui est pour elle un stimulant puissant. "Le manque de passion, c’est la mort pour un artiste" – dit-elle. "Mais je me sens très vulnérable lorsque je me découvre à l’écran, face à un public, et je me reconnais dans des moments très intimes" – poursuit-elle.

 

Le cinéma, qui, désormais, a envahi son existence, ne la détourne pas de son désir de fonder une famille. C’est un défi qu’elle s’est donné car - dit-elle, "cela me fait peur. Que se passera-t-il si je m’interromps pour me consacrer à ma vie privée ? Est-ce que l’envie de jouer va disparaître ? Mais je ne veux pas non plus me réveiller dans six ans et constater que je suis passée à côté d’une part essentielle de mes rêves". Non, à l'évidence, le goût du cinéma ne l'a pas quittée, ni celui de fonder une famille, preuve en est qu'elle vient de se marier et qu'elle ne cesse de tourner, récemment dans deux films dont elle était la vedette : "Molly's Games" de Aaron Sorkin auprès de Kevin Costner et "Miss Sloane" de John Madden qui, hélas ! n'ont  figuré ni l'un, ni l'autre, aux Oscars. Et on vient de la voir dans  "La femme  du gardien de zoo" de Niki Caro qui a été projeté tout dernièrement au Festival du Film américain de Deauville et déjà deux opus sont annoncés : "X-Men : Dark Phoenix" de Simon Kinberg dont la sortie est prévue le 2 novembre aux Etats-Unis et "The death and life of John F. Donovan" de Xavier Dolan en 2018. Par ailleurs, la jeune actrice s'implique beaucoup dans la vie philanthropique, entre autre contre la discrimination faite aux femmes et aux minorités et soutient les associations caritatives oeuvrant pour la santé mentale. Longue vie à cette actrice flamboyante qui a su donner sens à sa vie.

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique ACTEURS DU 7e ART, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

ACTEURS DU 7e ART

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

JESSICA CHASTAIN OU L'AUDACE EN PRIME TIME
JESSICA CHASTAIN OU L'AUDACE EN PRIME TIME
JESSICA CHASTAIN OU L'AUDACE EN PRIME TIME
Partager cet article
Repost0
1 mars 2017 3 01 /03 /mars /2017 10:01
Lion de Garth Davis

Quelle belle et captivante histoire que celle de Saroo, 5 ans, qui vit dans un  village indien avec sa mère, son grand frère et sa petite soeur. Certes, ils sont très pauvres : les garçons ramassent du charbon, la mère des pierres pour les constructions et la petite soeur est gardée à tour de rôle par sa mère ou ses frères. Mais ils s'aiment. Au cours d'une escapade avec son frère aîné pour gagner un peu d'argent, Saroo s'endort dans un train et se réveille 1600 km plus loin, à l'autre bout du pays. Par chance, il atterrit dans un orphelinat de Calcutta, après avoir échappé de justesse à de nombreux traquenards et sera tiré de ce mauvais pas par un couple australien (David Wenham et Nicole Kidman) qui, renonçant volontairement à avoir leurs propres enfants, se consacrent à sauver des enfants en grande détresse. Et c'est le cas de Saroo.  Devenu adulte (sous les traits de Dev Patel), Saroo se lance dans la vie professionnelle et rencontre une jeune fille avec laquelle il entend faire sa vie, mais pas avant d'être remonté à ses sources et de les avoir retrouvées, car il ne cesse d'être taraudé par des réminiscences de plus en plus obsédantes de son enfance indienne. Il se lance alors, grâce à internet, à une quête des lieux dont il n'a que peu de souvenirs et seulement le nom de son village. Et il y parviendra. 

 

Oui, l'histoire est incroyable mais vraie et Garth Davis nous la restitue d'une image tendre et délicate. Saroo, enfant, est absolument adorable et d'un naturel touchant et tous les acteurs, dont Nicole Kidman sans maquillage, sont remarquables de naturel et d'authenticité. Aussi, comment ne pas vibrer en suivant cette quête bouleversante d'identité, comment ne pas adhérer à ce parcours du combattant entrepris par Saroo pour rétablir son lien biologique avec les siens, sans, pour autant, blesser ses parents adoptifs d'un dévouement et d'une compréhension admirables. Oui, ce film est beau, les personnages parlent justes et ce mélodrame, qui pourrait sombrer dans le pathos, se tient à hauteur d'homme et de sensibilité et emporte l'adhésion d'un public touché par sa grâce.

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA  EUROPEEN, cliquer   ICI

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Lion de Garth Davis
Lion de Garth Davis
Lion de Garth Davis
Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : LA PLUME ET L'IMAGE
  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
  • Contact

Profil

  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.

Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

ET SI VOUS PREFEREZ L'EVASION PAR LES MOTS, LA LITTERATURE ET LES VOYAGES, RENDEZ-VOUS SUR MON AUTRE BLOG :  INTERLIGNE

 

poesie-est-lendroit-silence-michel-camus-L-1 

 

Les derniers films vus et critiqués : 
 
  yves-saint-laurent-le-film-de-jalil-lespert (1) PHILOMENA UK POSTER STEVE COOGAN JUDI DENCH (1) un-max-boublil-pret-a-tout-dans-la-comedie-romantique-de-ni

Mes coups de coeur    

 

4-e-toiles


affiche-I-Wish-225x300

   

 

The-Artist-MIchel-Hazanavicius

 

Million Dollar Baby French front 

 

5-etoiles

 

critique-la-grande-illusion-renoir4

 

claudiaotguepard 

 

affiche-pouses-et-concubines 

 

 

MES FESTIVALS

 


12e-festival-film-asiatique-deauville-L-1

 

 13e-FFA-20111

 

deauville-copie-1 


15-festival-du-film-asiatique-de-deauville

 

 

Recherche