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9 mai 2008 5 09 /05 /mai /2008 08:55
BONNIE AND CLYDE d'ARTHUR PENN

                         

En 1967, Truffaut reçoit de deux scénaristes, David Newman et Robert Benton, un sujet de film qu'il refuse simplement parce qu'il s'est, à l'époque, entièrement investi dans Fahrenheit, si bien que ceux-ci se tournent vers Godard mais, entre-temps, l'acteur américain Warren Beatty, alerté par Truffaut, s'est porté acquéreur des droits du scénario. En effet, le frère de Shirley McLaine a des ambitions de producteur et entreprend aussitôt le siège de Jack Warner pour tenter d'associer la firme à son projet. Il emporte l'adhésion du bonhomme et choisira Arthur Penn comme réalisateur. Dès que ce dernier s'attaque au traitement du scénario, il l'infléchit vers ses thèmes de prédilection : la juvénilité, la recherche d'identité, la maturité violente, l'initiation douloureuse (et symboliquement mortelle) à la vie sociale. Bonnie and Clyde est une saga composée autour de la fameuse dépression des années 30, qui raconte le destin singulier de deux jeunes truands célèbres. Bien entendu, ce long métrage véhicule des éléments de réflexion liés à la nature des personnages, dont il nous relate la carrière criminelle, tout en faisant la part belle au contexte social de l'Amérique d'alors plongée dans cette dépression qui nous est décrite par touches indirectes, plus explicites que de longs discours.

 

Comme à son habitude, Arthur Penn ne se veut pas démonstratif dans son rapport avec l'histoire. L'air du temps l'intéresse plus que les paraphrases sur les événements en cours. S'il est vrai qu'un film comme celui-ci s'est construit autour de l'argent (élément de subsistance, puis de discorde, enfin de luxe relatif chez des êtres plus naïfs que vénaux), autour des lieux où on le trouve (les banques), il est, selon moi, davantage une réflexion sur la pauvreté qui lui donne un ton et une tonalité sombre, bien que la relation entre ces trois éléments ne soit jamais établie. Son illustration se veut primaire, au strict niveau des apparences, comme est primaire la conscience que peuvent en avoir  Bonnie et Clyde, qui, au fil de l'aventure dans laquelle ils se sont engagés avec une totale insouciance, seront obligés de devenir ce qu'ils ont affirmé être. Et ce qui participe à la recherche de leur identité frôlera sans cesse le pathétique.

 

                  
Au moment de la sortie du film, on a pu s'étonner de l'impact qu'il a eu sur la jeunesse, ce que certains déplorèrent, considérant que son influence ne pouvait être que néfaste. Mais il serait injuste de voir dans Bonnie and Clyde une apologie de la violence. Penn n'a jamais abondé dans cette problématique simpliste. Au contraire, ce qui frappe, c'est à quel point les protagonistes sont dépourvus de volonté de puissance. Ils ne partent pas en guerre contre la société, n'affirment aucun choix idéologique, pas plus qu'ils ne s'inscrivent dans un combat social ou politique quelconque. Ce sont des personnages qui évoluent selon les circonstances et les événements, suivent les voies que leur propose le hasard et leur dicte leur instinct, d'autant qu'Arthur Penn atténue sans cesse le tragique de la situation par un humour roboratif. L'incapacité de la bande à Burrow de contrôler le destin dans lequel les uns et les autres s'enlisent, par immaturité et imprévoyance, les rend plus pitoyables que condamnables. Il est probant que le metteur en scène les désigne davantage comme les victimes d'une époque, d'un contexte, d'un système, que comme totalement responsables de leurs actes.



Dans cette oeuvre, les individus découvrent l'humiliation économique, sociale, morale que leur fait subir une société implacable. Et n'est-ce pas afin de trouver leur identité qu'ils font la guerre à cet état de fait ? Le réalisateur s'en est clairement expliqué :
" Je ne veux pas du tout psychanaliser les Etats-Unis, mais disons qu'il y a l'aspect sociologique de cette époque de la dépression et que je montre deux jeunes gens qui en sont le produit. Je ne les approuve pas, ni ne les condamne. J'ai suivi leur histoire jusqu'à la fin où la police les a attirés dans un piège pour les massacrer. (...) Je crois que le succès du film, son audience auprès de la jeunesse américaine, provient de ce que les jeunes se retrouvent dans ce qui est, pour eux, peut-être, un retour à l'anarchie, mais surtout un film contre la guerre".

 

bonnie-and-clyde1.jpg

 

La fin est connue, spectaculaire, et transforme cette matinée ensoleillées du 23 mai 1934 en un ballet macabre qui atteint une sorte de surréalité. Mille balles tirées en une minute dont 94 atteignirent leur cible - précision historiquement prouvée - n'était-ce pas une sorte de délire que rien ne justifiait sinon la peur du mythe et de sa force ? Faye Dunaway trouve là son plus grand rôle. Belle, tendue comme un arc, elle épouse au plus près ce riche personnage en traduisant, de façon aiguë, ses contradictions, auprès de Warren Beatty qui, à la suite de La fièvre dans le sang, a tout mis en oeuvre (achat des droits du scénario) pour s'attribuer cet autre rôle phare. Ce long métrage contribuera à asseoir sa notoriété et obtiendra en France un succès tel qu'il inspirera à Serge Gainsbourg une célèbre chanson.

 


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BONNIE AND CLYDE d'ARTHUR PENN
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8 mai 2008 4 08 /05 /mai /2008 12:49

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Charles Chaplin est né à Londres le 16 avril 1889 de parents pauvres qui travaillaient dans le music-hall. La vie familiale fut pertubée par un père alcoolique et une mère sujette à de fréquentes crises de folie. L'enfance du petit Charles sera misérable, mais elle fit de lui un observateur attentif du monde grouillant des quartiers populaires de Londres. Après une tournée de music-hall, il va se fixer aux Etats-Unis, où il produira une soixantaine de films avec des firmes différentes, dont quelques inoubliables chefs-d'oeuvre. Il crée, avec d'autres grands noms, la compagnie United Artist ( artistes associés ), mais soupçonné de sympathie avec le parti communiste par la Commission des activités anti-américaines, Chaplin quitte les Etats-Unis en 1952 avec sa dernière épouse Oona O'Neill, fille du dramaturge américain Eugène O'Neill, et se fixe dans un superbe manoir en Suisse, sur les rives du lac Léman. Il tournera encore plusieurs films dont  Limelight en 1952 et  Un roi à New-York  en 1957. Il est fait Chevalier par la reine Elisabeth d'Angleterre et meurt à Vevey le 15 décembre 1977.

 

les-lumières-de-la-ville-charlie-chaplin 

 

Les Lumières de la ville  (1931) est son dernier film muet. S'il n'est pas le plus accompli, il est sûrement le plus touchant, un vrai miracle de fraîcheur et de nostalgie. Chaplin savait qu'ensuite il lui faudrait franchir le pas et entrer dans le mode  "parlant" qu'il redoutait, lui, qui, mieux que personne, savait utiliser les silences et se passer des mots, tout dire sans rien dire. Pour Chaplin, le seul intérêt du son était la musique qu'il composait lui-même, orchestrait et adaptait à l'image au millimètre près.


Dans le rôle de l'aveugle, la délicieuse Virginia Cherrill - dont ce fut le seul grand rôle - fut la partenaire idéale, bien que, dans le privé, Charlie et elle ne se supportaient pas et que le cinéaste fût tenté de prendre une autre partenaire. Conçu dans le doute et la douleur, ce film remporta un immense succès. La caméra est déjà habilement utilisée et le découpage des scènes envisagé avec une extrême rigueur pour mieux servir le scénario, qui sait faire mouche à tous moments, balance entre le drame et la farce, le rire et les larmes, le burlesque et l'émouvant. Chaplin nous donne ici un échantillonnage des travers de la société, sans oublier les incursions dans les profondeurs du coeur humain, et c'est tout bonnement stupéfiant.


Contrairement aux films précédents qui se déployaient dans le sens où la réalité décevante inspirait l'illusion, celui-ci part de l'illusion pour se heurter à la réalité, ce qui est chez Chaplin une étape innovante de son inspiration. De toute sa filmographie, Les lumières de la ville est sans doute sa réalisation la plus pure, faisant de son auteur un artiste à part, inclassable, insurpassable dans une forme de comique très personnelle qui permet aux personnages de passer d'un sentiment à l'autre instantanément. Grâce à ce long métrage, véritable chant d'adieu au muet, l'auteur atteint des sommets, tant il est persuadé de la pérennité d'une expression qu'il considère comme parfaite en soi, celle du geste, de la mimique, langage éloquent du silence. La plus belle scène d'une oeuvre, qui en contient beaucoup, est celle où la jeune fleuriste, ayant retrouvé la vue, reconnaît le vagabond qui l'a sauvée, en touchant ses mains. La retenue de Charlot, l'émotion qu'il exprime est un des instants les plus bouleversants du 7e Art.

 

 Pour lire l'article consacré à Charlie Chaplin, cliquer sur son titre :  

 
CHARLIE CHAPLIN, LE VAGABOND DE GENIE   

 

Et pour prendre connaissance de la critique des autres films de Chaplin, cliquer  ICI

 

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Les-Lumieres-de-la-ville scale 762 366 

 

 

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27 avril 2008 7 27 /04 /avril /2008 10:04
CASINO de MARTIN SCORSESE

 
                                                                                                        
Année 1973. Las Vegas, temple de l'argent, est gouverné de manière occulte par le tout puissant syndicat des camionneurs. Sous leur autorité, Ace Rothstein (Robert de Niro), homme impitoyable avec les tricheurs, règne sur l'hôtel-casino Tangiers et va se laisser séduire, pour son malheur, par une virtuose de l'arnaque d'une saisissante beauté, Ginger (Sharon Stone), que, très épris, il épouse sans tarder. Nicky Santoro (Joe Pesci), son ami d'enfance, est devenu son homme de main et sait avec brutalité s'acquitter des basses tâches. Une série de trahisons douloureuses vont cependant ruiner l'entente du couple et les dérapages ne vont plus cesser de se multiplier. Se sachant incomprise de son mari, Ginger sombre dans la drogue et cherche l'appui de Nicky, si bien que les affrontements de ce trio infernal vont bientôt leur nuire, d'autant qu'ils sont de plus en plus étroitement surveillés par la police et le FBI. Un terrible et ultime affrontement sera à l'origine de l'effondrement de l'empire.

 

Casino est une de ces oeuvres phares qui, à un moment donné, nous offre la somme de ce que, périodiquement, une civilisation engendre pour le meilleur et le pire, avec une force et une précision étourdissantes. A la fois lyrique et intimiste, ce film, l'un des plus aboutis de Martin Scorsese, bénéficie d'une parfaite adéquation entre un metteur en scène surdoué et des interprètes qui ont su pleinement et magnifiquement assumer leurs rôles. C'est le cas de Sharon Stone, qui obtiendra le Golden Globe de la meilleure actrice pour son admirable composition, où elle allie l'intensité et la fragilité à la façon des personnages chers à Tolstoï, ainsi que de ses partenaires, excellentissimes eux aussi : Robert de Niro et Joe Pesci. La richesse et la perfection de Casino en font une oeuvre dense et essentielle de par la réflexion qu'elle instaure sur les grandeurs et misères du pouvoir. On pourrait à ce propos la rapprocher d'un film comme  Ivan le Terrible, tourné par un Eisenstein alors au sommet de son art. Scorsese, qui est également au sommet du sien, y fait montre d'une science prodigieuse du rythme qui est l'un des éléments remarquable du film, en permanence sous tension, mais une tension  concentrée qui ne se disperse pas, se ramasse pour devenir l'oeil du cyclone ; tout cela servi par un contrepoint visuel et sonore d'une grande qualité (une mention spéciale pour la très belle musique de Georges Delerue). Tragédie-parodie d'une ampleur et d'une cruauté inouïes, ce long métrage s'apparente à une parabole d'une décadence à la romaine, lorsque les hommes se croient suffisamment maîtres de leur destin pour oser affronter les dieux, le final a de ce fait quelque chose d'infiniment tragique, comme si une malédiction en avait précipité l'embrasement. Il nous fait assister également à une triple désagrégation : celle d'un couple, d'une amitié et d'un empire.                                


Le cinéaste a pénétré l'univers du jeu avec une curiosité qui ne laisse aucun détail au hasard. Tout nous est montré avec virtuosité par une caméra acérée, soit les plus secrets rouages de la machine Las Vegas, les trucs des tricheurs, les magouilles, et cela non sans drôlerie, non sans férocité, en une série de séquences qui relèvent de l'anthologie. Sous nos yeux captivés se déploie un festival d'images qui, presque toutes, sont diaboliquement expressives et rendent compte des moindres ramifications de ce monde très particulier et incroyablement hiérarchisé dans la violence. Du cinéma de haut vol qui exerce sur le spectateur une fascination certaine.

 

Pour lire l'article consacré à Scorsese et à Robert de Niro, cliquer sur leurs titres : 

 

MARTIN SCORSESE - PORTRAIT          ROBERT de NIRO - PORTRAIT

 

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CASINO de MARTIN SCORSESE
CASINO de MARTIN SCORSESE
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22 mars 2008 6 22 /03 /mars /2008 09:56
LE DERNIER DES GEANTS de DON SIEGEL

                                     
Précédé d'une réputation de justicier infaillible, John Bernard Books (John Wayne) arrive à Carson City dans le Nevada. Tandis que plusieurs de ses ennemis entendent lui faire payer une dette ancienne, Books profite de l'occasion d'être dans cette ville pour consulter son ami le docteur Hostelder (James Stewart) au sujet de sa santé. Celui-ci ne lui cache pas qu'il est atteint d'un cancer en phase terminale qui ne lui laisse plus que quelques semaines de sursis. Se refusant au désespoir et, afin de rester fidèle à sa réputation, le vieux cow-boy entend bien mourir debout, les bottes aux pieds et le colt à la main. Chose facile puisqu'il lui suffit de provoquer ses adversaires pour qu'ils organisent aussitôt un guet-apens, au cours duquel le barman de l'auberge l'abattra dans le dos, mais sera tué par Gillon, le fils de la logeuse, qui vouait à Books un véritable culte. Ainsi sera-t-il mort comme il le souhaitait, laissant à la postérité l'image d'un héros valeureux.

 

                                      
Film ultime de John Wayne, Le dernier des géants  (1976) de Don Siegel  met fin à ma série consacrée aux westerns. Je l'ai choisi parce qu'il a marqué la disparition d'un genre qui contribua à illustrer de façon brillante l'une des périodes les plus productives de Hollywood, celle que l'on a toujours considérée comme son âge d'or. Les premiers plans sont un montage de quelques-uns des longs métrages de Wayne, une manière de conter en images la carrière tumultueuse de John Bernard Books qui débarquait à Carson City le 22 janvier 1901, le jour même du décès de la reine Victoria. Avec la mort de cette souveraine se tournait une page romanesque d'un temps révolu, comme ce dernier rôle de Wayne témoignait de la disparition du Far West, tel qu'on l'envisageait à l'époque, alors que Carson City portait déjà les marques du modernisme à l'américaine, dont on sait l'influence qu'il aura sur le reste du monde. Une Amérique qui venait de découvrir du pétrole au Texas, assistait à l'assassinat de McKinley et à l'arrivée au pouvoir de Théodore Roosevelt.




Le genre cinématographique qui s'achève avec ce film prend, pour toutes ces raisons, les allures d'une célébration, hommage rendu au vieux géant ( en même temps l'acteur et le héros légendaire ) qui symbolise et illustre à l'écran, par sa seule présence, la formidable odyssée de la conquête de l'Ouest. Ainsi que Books, qu'il incarne, Wayne,  miné par le cancer, savait sa mort proche et disparaîtra d'ailleurs moins de trois ans plus tard. Les concordances entre la personnalité de Books et celle de son interprète sont frappantes. Aux côtés de Wayne, James Stewart - âgé de 68 ans - n'est plus le compagnon confident de L'homme qui tua Liberty Valance, mais le médecin messager de la mort. Richard Boone, Lauren Bacall, Harry Morgan et John Carradine portent eux aussi, à divers degrés, les stigmates du passé. Ce film a donc été conçu à la manière d'un adieu : l'adieu du cinéma au western traditionnel et l'adieu de John Wayne au cinéma. Symboliquement les années 70 se concluent avec la mise en production de La porte du paradis, une saga westernienne qui ne sera distribuée qu'en 1980. Onze ans après l'oeuvre de Cimino,  Danse avec les loups, réalisé et interprété par Kevin Costner, réussira à obtenir un grand succès populaire et recevra l'Oscar du meilleur film. On a eu raison de souligner le courage de l'acteur-metteur en scène qui, pour son premier film en tant que cinéaste, a osé tourner un western d'une durée inhabituelle (presque quatre heures), dont la plupart des dialogues sont en lakota, la langue des Sioux. " Je n'ai pas cherché - a-t-il déclaré - à manipuler vos sentiments, à réinventer le passé ou à régler mes comptes avec l'Histoire. J'ai simplement voulu regarder, de façon romantique, une période épouvantable de l'histoire de mon pays, quand l'expansion à tout prix, au nom du progrès, nous apporta finalement très peu, mais nous coûta beaucoup. Ce film est ma lettre d'amour au passé". Entre le regard de John Wayne et celui de Kevin Costner, deux visions opposées et respectables de la naissance des Etats-Unis.

 

Pour lire les articles consacrés aux grands maîtres du western et à John Wayne, cliquer sur leurs titres :


  JOHN WAYNE  

      

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LE DERNIER DES GEANTS de DON SIEGEL
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19 mars 2008 3 19 /03 /mars /2008 18:29
LA FLECHE BRISEE de DELMER DAVES

              

La reprise du film  La flèche brisée est une heureuse initiative. Pour deux raisons : tout d'abord parce que c'est un beau film, ensuite parce qu'il vient à point nommé nous rappeler les valeurs de sagesse et de modération dont notre monde a le plus urgent besoin. Cette histoire pourrait évoquer et illustrer n'importe lequel des conflits qui sévissent actuellement sur notre planète. Voyez plutôt : En 1870, dans l'Arizona, la guerre fait rage entre Blancs et Indiens. Tom Jefford (James Stewart) apprend patiemment le chiricahua avant de partir en mission auprès du chef Cochise (Jeff Chandler), avec l'objectif  de lui soumettre des propositions de paix. Devenu son hôte, il s'éprend de la belle indienne Sonseeahray (Debra Paget) et l'épouse, selon les coutumes en vigueur chez les Apaches. De retour à Tucson, Tom fait part à la population des entretiens qu'il a eus avec Cochise et les assure que, désormais, les courriers seront autorisés à traverser son territoire. Peu après, Tom emmène avec lui le général Howard ( Basil Ruysdael ), nommé le Père-la-Bible, qui professe avec conviction que tous les hommes sont frères sans distinction de couleurs. De son côté, Cochise brise une flèche afin de sceller avec les Blancs un accord de paix durable. Mais Géronimo (Jay Silverheels), un rebelle, se refuse à pactiser et entend poursuivre le combat. Chez les Blancs, certains ne désarment pas davantage. Slade (Will Geer), un impénitent raciste, tend une embuscade à Cochise, au cours de laquelle Sonseeahray trouve la mort. Fou de douleur, Tom veut la venger et c'est alors que Cochise intervient en lui rappelant que pour un meurtre, on n'a pas le droit d'entraîner à nouveau deux peuples dans la guerre. Tom s'éloignera le coeur lourd mais riche de souvenirs.
 

             
C'est d'ailleurs une phrase du même style prononcée par Cochise " Peut-être un jour me tueras-tu. Peut-être un jour te tuerai-je. Mais nous ne nous mépriserons jamais - qui symbolise le mieux l'esprit avec lequel Delmer Daves a tourné son film. Celui-ci marque une date déterminante, comme le souhaitait son auteur, dans le renouvellement complet des données du genre. La flèche brisée est un western adulte, un western vrai - se plaisait-il à dire. La plus grande partie de l'action se déroule dans le camp de Cochise, le chef apache de la tribu des Chiricahuas. D'où le souci du metteur en scène de décrire avec le plus grand réalisme et le plus grand respect les moeurs indiennes. Jusqu'alors ces populations étaient volontiers caricaturées et considérées comme les ennemis à abattre, ceux qui empêchaient les Blancs de s'installer sur des terres qu'eux-mêmes ne savaient pas exploiter. Daves va changer la donne et sera le premier à montrer les Indiens comme des gens respectables et non plus comme des sauvages. A travers le personnage de Cochise, il nous propose la vision d'un indien qui a le sens de l'honneur, une dignité naturelle et les espoirs simples de tous les êtres humains. Si bien que ce long métrage jouera un rôle considérable dans la manière dont Hollywood envisagera à l'avenir sa représentation du peuple indien.
 

                
Ce film sera, avec La porte du diable d'Anthony Mann sorti la même année (1950), l'élément qui contribuera activement à poser avec justesse la question des rapports entre Blancs et Indiens et à réhabiliter ces derniers dans l'inconscient collectif. Delmer Daves se veut néanmoins plus optimiste qu'Anthony Mann, foncièrement désespéré, qui filme l'anéantissement et la mort de son héros comme le symbole d'une race condamnée de toute éternité à disparaître. Par ailleurs, il est remarquable que le réalisateur ait su renoncer à tout manichéisme, puisque l'on trouve dans les deux camps des âmes droites et honnêtes, d'autres fourbes et belliqueuses. En-dehors de Cochise et Tom Jefford qui rêvent de vivre dans un monde pacifié, il y a aussi Howard, ce général chrétien, qui démontre clairement que l'armée n'était pas composée que d'assoiffés de sang. La générosité du propos de Daves ne fait pas de doute et on ne peut qu'adhérer à son humanisme et à son intégrité morale qui lui permettent d'aborder avec autant de respect que de déférence le douloureux problème indien.

                


Ce film a su alterner les scènes d'affrontement et celles très délicates de l'amour qu'éprouvent l'un pour l'autre Tom et Sonseeahray. L'image des jeunes mariés partant le soir de leur nuit de noces sur des chevaux blancs est inoubliable. De même que le sont les relations entre Tom et Cochise. Le fait que Delmer Daves ait lui-même vécu au milieu des Indiens, appris leurs usages, leur manière de vivre et se soit initié à leur langue, procure à ce film son authenticité. C'est certainement l'un des grands souvenirs de James Stewart que d'être entré dans le noble personnage de Tom Jefford qu'il incarne admirablement, face à des acteurs de premier plan, comme Jeff Chandler, magnifique Cochise, sans oublier Debra Paget, belle et touchante Sonseeahray. Rappelons-nous, avant de conclure, du dernier conseil que Cochise adresse à son ami Tom. Il mériterait d'être entendu de toutes les nations, tant la voix porte loin et haut : - Ecoute mon frère. Il faut accepter que les militaires respectent la paix. Géronimo ne valait pas mieux que ces Blancs. Je porte le fardeau de leur traîtrise, porte celui de cette morte. Cochise est fidèle à son peuple. Personne ici ne rompra la paix, pas même toi - C'est sur ces paroles que s'achève un film qui compte parmi les plus sensibles et les plus remarquables de la filmographie westernienne . Aujourd'hui, comme hier, nous avons encore toutes les bonnes raisons de le méditer.

 

 

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 JAMES STEWART - PORTRAIT

  

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7 mars 2008 5 07 /03 /mars /2008 09:27
JEREMIAH JOHNSON de SYDNEY POLLACK

                       

Se voulant l'antithèse des premiers westerns, ceux magnifiquement illustrés par John Ford ou Fred Zinnemann  qui relataient l'épopée de la conquête de l'ouest magnifiée par la grandeur des héros, films qui liaient le tragique au romanesque et s'accompagnaient de chevauchées et de poursuites, de règlements de comptes et de batailles,  "Jeremiah Johnson"  (1972)  de Sydney Pollack  va nous conter la vie d'un homme qui, dégoûté par le monde civilisé, gagne les montagnes Rocheuses pour y mener la vie rude et dangereuse des trappeurs et se lie d'amitié avec la tribu indienne des Têtes-Plates. C'est ainsi que ce long métrage ferme le cercle ouvert par "La ruée vers l'Ouest "(1931) ou "La charge fantastique" (1941), en nous proposant un destin absolument contraire à celui des pionniers d'antan : un homme qui tourne le dos à cette civilisation pour revenir à la vie primitive, au coeur d'une nature encore sauvage. Cependant Pollack n'a pas suivi à la lettre la philosophie d'un Jean-Jacques Rousseau  et a eu le mérite de nous montrer que les antagonismes, qui subsistent au coeur de cet univers, sont aussi violents et sanglants qu'ailleurs. Cet univers, en effet, n'a rien d'angélique et les instincts de l'homme n'y sont pas à l'abri de la cruauté et de l'esprit de vengeance, hélas !  - aussi verrons-nous dans le film des Indiens tuer un enfant et une femme qui vivaient avec Johnson pour le punir d'avoir traversé leur cimetière.

 

Pour réaliser ce film, Pollack fit appel à Robert Redford qui avait déjà été son interprète en 1966 dans "Propriété interdite". Les deux hommes décidèrent alors de ne reculer devant aucune difficulté pour assurer au film une réelle authenticité. C'est pourquoi ils exigèrent de la Warner Bros de tourner dans l'Utah à presque 4000m d'altitude, dans des conditions qui furent particulièrement pénibles. La Warner Bros finit par accepter, à condition que le budget ne soit pas dépassé. " Ce qui m'a surtout intéressé " - déclarait Pollack - " c'est le personnage du montagnard qui quitte sa civilisation pour aller sur la montagne ( les Rocheuses ont un pouvoir particulièrement attractif ), afin de se créer une vie selon ses désirs. Mais une fois à l'intérieur de ce bloc montagneux qui promet les rêves les plus fous, il se rend compte que la vie y est dure, que la nature a aussi ses lois, tout comme les Indiens. Il m'intéressait donc d'avoir ce personnage pour bien faire sentir que la fuite n'est pas un moyen, qu'une société sans loi n'est pas possible. Ainsi nous avons décidé avec Redford de respecter le plus possible cette authenticité ".
 


Et il est vrai que ce film s'attache à rendre avec précision les spectacles de la nature, la vie des animaux, la survie et l'existence quotidienne en ces terres isolées, existence rythmée par le passage des saisons. Jeremiah Johnson doit s'y acclimater et rien n'est aussi simple que prévu. Devenu chasseur habile, grâce aux conseils de Griffe d'Ours, il est amené à recueillir un jeune garçon nommé Caleb, dont la mère est folle, et à sauver le trappeur Del Gue, enterré vivant par les Indiens. Reconnu par les Têtes-Plates comme un guerrier valeureux, on lui attribue aussitôt la responsabilité de la mort des Pieds-Noirs tués, en réalité, par Del Gue. Aussi, pour les reconquérir et obtenir à nouveau leur confiance, Jeremiah se voit-il dans l'obligation d'épouser Swan, la fille du chef indien. C'est alors qu'un groupe de militaires lui demande de leur servir de guide pour tenter de retrouver des pionniers bloqués par les neiges, mais, afin de gagner du temps, ceux-ci vont avoir la maladresse et l'imprudence de traverser le cimetière sacré des Crows, qui considéreront cela comme une profanation. Si bien qu'ils vont venger cet outrage en tuant le jeune Caleb et Swan, la femme de Jeremiah. Révolté par un tel acte de barbarie gratuit, celui-ci prend son fusil et abat tous les Crows qu'il rencontre. Puis, lassé de ces tueries, il part pour le Canada et croise en chemin le chef des Crows qu'il saluera et qui lui rendra son salut.

 


Initialement, il était prévu que Jeremiah meure gelé comme si la montagne, après lui avoir volé ses rêves, lui volait sa vie, mais le cinéaste décida d'opter pour un final plus optimiste en le laissant en vie et en indiquant, avec l'échange des saluts, que les hommes des hautes terres finissent toujours par se comprendre, car il y a entre eux comme un pacte secret gagné de haute lutte par leur âpre apprentissage de l'adversité.

 

 Pour lire l'article consacré à Sydney Pollack, cliquer sur son titre :  

 

SYDNEY POLLACK

 

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JEREMIAH JOHNSON de SYDNEY POLLACK
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3 février 2008 7 03 /02 /février /2008 10:44
LES PROFESSIONNELS de RICHARD BROOKS

 

En 1917 durant la révolution mexicaine, Maria (Claudia Cardinale), la femme de Grant (Ralph Bellamy), riche propriétaire américain, est enlevée par le bandit mexicain Jesus Raza ( Jack Palance ). Pour la rechercher, Grant engage quatre professionnels avec la mission de la délivrer au plus vite. La poursuite s'engage et les professionnels parviennent à libérer Maria. On apprend alors que la jeune femme n'a pas été enlevée mais a fui un mari tyrannique. C'est à ce moment que l'un des professionnels, Dalworth ( Burt Lancaster ), resté à l'arrière, parvient à abattre les hommes de Raza et à blesser ce dernier. Grant tente ensuite de le faire tuer par son bras droit Hooper ( Darwin Lamb ), mais les professionnels s'interposent. Renonçant à l'argent qui leur avait été promis, ils protégent la fuite de Maria et de Raza, ayant compris que tous deux s'aimaient. Tourné dans la "Vallée de la mort", qui avait déjà servi de cadre à Erich von Stroheim pour Les rapaces et à Antonioni pour Zabriskie PointLes professionnels (1966) ont permis à Richard Brooks de retrouver Burt Lancaster, avec lequel il avait travaillé pour Elmer Gantry, ce qui avait valu à celui-ci l'Oscar du meilleur acteur, et à Lancaster d'avoir à nouveau pour partenaire Claudia Cardinale, qui se trouvait trois ans plus tôt (1963) auprès de lui sous les lambris du palais du prince Salina dans Le Guépard  de Visconti. C'est par ailleurs Maurice Jarre, le compositeur du Docteur Jivago, du Jour le plus long et de Lawrence d'Arabie , qui sera chargé d'écrire la musique, ajoutant un atout supplémentaire à ce western qui bénéficie déjà d'une excellente distribution et d'un décor grandiose. Ayant pour toile de fond une histoire somme toute assez conventionnelle, le film s'impose cependant grâce au traitement particulier que le metteur en scène lui applique et qui rend le scénario très convaincant. Tout d'abord les quatre professionnels engagés par Grant ne sont pas de simples héros monolithiques qui ne seraient présents que pour courir au secours d'une femme séquestrée par un bandit sans foi, ni loi. De même que Jesus Raza n'est pas le ravisseur sordide que l'on suppose, mais un authentique patriote, si bien qu'au fur et à mesure que l'intrigue se déroule, la situation initiale s'inverse, au point que Grant se révèle n'être qu'un despote local, menteur et antipathique, assez lâche pour être obligé d'engager des mercenaires afin de récupérer sa femme, alors que Raza nous apparaît  animé des mobiles les plus respectables. " Dans les limites de leur action présente - déclarait Brooks - ces professionnels possèdent toujours les mêmes critères moraux et ne veulent pas les changer. Bien qu'ils n'aient plus été enrôlés dans la révolution, ils ont tâché de conserver ses valeurs de pureté, d'idéal, même dans leur métier de mercenaire. Ils pouvaient être "loués", mais ils devaient connaître le but de leur acte. Si c'était valable, ils étaient même prêts à perdre la vie. Si c'était un mensonge, ils se retireraient; se retourneraient même, comme cela se passe à la dernière minute. Ils préférent ne pas être payés que de trahir ce pourquoi ils s'étaient battus".



En définitive, ils partagent tous les quatre l'idéalisme et le courage de Raza et ont participé à des actions téméraires lors de la révolte mexicaine. Cette période troublée les a marqués dans leur chair et Fardan ( Lee Marvin ), l'un des quatre compagnons, a lui-même perdu sa femme, torturée et tuée par les troupes gouvernementales d'alors. Dolworth ne cache pas, par ailleurs, son admiration pour ces révolutionnaires indomptables et le personnage de Chiquita (Marie Gomez),  la "soldatera", qui lutte aux côtés de Raza, est l'un des plus émouvants du film. Dolworth sera obligé de lui tirer dessus sous peine d'être tué par elle, la blessant mortellement. Elle mourra dans ses bras. Il a d'ailleurs été un moment l'amant de cette impétueuse jeune femme à laquelle il avoue sa passion au moment où elle expire. Ce film est donc l'occasion, pour le réalisateur, de s'interroger sur le sens des révolutions. A Ehrengard (Robert Ryan), l'un des mercenaires, qui demande : Qu'est-ce que faisaient les Américains dans la révolution mexicaine ? - Dolworth répond : - Peut-être qu'il n'y a qu'une révolution. Toujours la même ". Quelques scènes plus tard, le même Dolworth, évoque avec Raza, qu'il affronte néanmoins, ces révolutions qui deviennent des causes perdues lorsque les politiciens remplacent les patriotes. "La révolution n'est plus alors la déesse des débuts, mais une vulgaire putain" - dit-il - précisant ainsi la pensée de l'auteur. C'est bien dans cet esprit que Richard Brooks a composé et dirigé Les Professionnels. Ce film  - ajoutait-il - n'est autre que l'histoire d'hommes en lutte contre leur époque. Les quatre hommes se réunissent pour prouver qu'ils peuvent encore avoir leur utilité. Ils ont participé autrefois à une grande cause. Ils n'y appartiennent plus aujourd'hui". C'est la raison pour laquelle ils en cherchent une nouvelle à servir. En laissant partir Maria et Raza, que font-ils d'autre ? - sinon  leur devoir de patriotes et d'honnêtes hommes, selon le vieux code d'honneur que, l'Amérique, livrée aux politiciens et aux causes marchandes, ne semble plus, désormais, en mesure de respecter. Telle est du moins la conclusion d'un film réussi qui compte parmi les meilleurs westerns hollywoodiens.

 

 

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27 janvier 2008 7 27 /01 /janvier /2008 10:19
L'HOMME QUI TUA LIBERTY VALANCE de JOHN FORD

          
L'histoire commence à Shinbone, une petite ville de l'Ouest, où le sénateur Stoddard (James Stewart), homme distingué et orateur accompli, vient assister, avec sa femme Hallie (Vera Miles), aux funérailles d'un certain Tom Doniphon (John Wayne). C'est l'occasion pour lui de raconter son histoire à des journalistes et de leur dire comment, et dans quelles circonstances, il a pu accéder au poste envié et respecté de sénateur. Nous voilà plongés quelques années en arrière. Ramson Stoddard n'est alors qu'un jeune avocat de l'Est désargenté qui cherche à se faire un nom dans les territoires de l'Ouest. Mais tandis qu'il approche de Shinbone, sa diligence est attaquée par un certain Liberty Valance ( Lee Marvin ), une brute redoutable qui fait régner la terreur dans toute la région. Ramson, fouetté et humilié au cours de ce guet-apens, se jure qu'il aura sa revanche et s'installe dans la petite ville où il est soigné par Hallie et fait la connaissance de Tom Doniphon. Ce dernier lui enseigne la loi de l'Ouest qui n'est autre que celle du plus fort. Par la suite Stoddard provoque Liberty Valance en duel et le tue. Hallie, qui était la fiancée de Tom, voyant en lui un preux chevalier, accepte de l'épouser, laissant Tom noyer sa peine dans l'alcool. Plus tard Ramson apprendra que c'est en réalité Tom qui a abattu Liberty Valance parce qu'il tirait plus rapidement et mieux. Mais la réalité est restée voilée et la légende ayant pris le dessus, personne n'est plus jamais revenu sur cet événement et Tom est mort oublié de tous, n'ayant jamais connu le respect, l'amour et la reconnaissance. C'est ainsi que Ramson Stoddard devait sa notoriété à une imposture.

 

 

Le film n'est pas seulement un chef-d'oeuvre signé Ford, c'est, de nos jours, une pièce maîtresse de la culture américaine, une méditation sur le sens de  son histoire, un poème testament entre faits réels et interprétations héroïques.  Avec cet avant-dernier film, Ford nous livre une réflexion désenchantée et crépusculaire de l'Ouest, là où la légende finit toujours par être plus forte que la réalité, où la mystification l'emporte sur la vérité, ce qui donne au réalisateur l'occasion d'approfondir la mise en place des justifications imaginaires de la réalité. Comme s'il était tenu de marquer d'emblée le ton et le style,  John Ford opta pour le noir et blanc, ainsi qu'il l'avait fait quatre ans plus tôt pour The last Hurrah ( La dernière fanfare ), autre méditation sur la notoriété, la vieillesse, le pouvoir et la mort. Et il utilise volontairement et à six reprises le thème musical d'Ann Rutledge composé par Alfred Newman, de même qu'il construit son oeuvre autour d'un long flash back, ce qui ne lui est pas habituel. Romanesque dans la description des rapports entre Hallie et Doniphon, l'homme qu'elle quittera pour Stoddard, truculent dans les séquences décrivant les réunions électorales, ce long métrage permet en outre à son auteur de montrer une même scène sous des angles différents. Ainsi  il y en a une qui laisse croire que Stoddard a bien tué Liberty Valance et une autre, quelques instants plus tard, qui infirme cette vérité et dévoile, grâce à un cadrage reprécisé, ce qui s'est réellement passé. Rarement Ford, qui rejoint ici Hitchcock, n'est allé aussi loin dans l'usage des possibilités ambivalentes de l'art cinématographique. Variation subtile sur les apparences et les erreurs qu'elles peuvent engendrer, L'homme qui tua Liberty Valance (1961) a été tourné presque exclusivement en studio, symbolisant une fausse réalité, plutôt que dans les grands espaces californiens dont on sait combien ils étaient chers à John Ford. Remarquablement interprété par un James Stewart parfait, un John Wayne véritable héros de cette histoire nostalgique dont ce sera le dernier film avec le metteur en scène, il fait également la part belle à Lee Marvin campant un bandit outrageusement colérique qui crève l'écran et se montre extraordinaire de réalisme et de cynisme. Et puis autre particularité du film,  il est l'adieu au western d'un maître incontesté du genre.

 

Pour lire les articles consacrés aux grands maîtres du western, à John Wayne et James Stewart, cliquer sur leurs titres :  

    

JAMES STEWART - PORTRAIT   

    

JOHN WAYNE

 

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L'HOMME QUI TUA LIBERTY VALANCE de JOHN FORD
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18 janvier 2008 5 18 /01 /janvier /2008 14:54
MASTER AND COMMANDER de PETER WEIR

                                                                                    
Master and Commander  (De l'autre côté du monde en français) de Peter Weir est un film d'aventure marine chevaleresque, dans la grande tradition des combats navals, qui relate un fait de l'histoire maritime commune entre la perfide Albion et la marine française. Cette fresque magnifique raconte la poursuite de deux navires ennemis au temps des guerres napoléoniennes, où l'on voit un commandant anglais prendre en chasse le navire Acheron et le poursuivre sans relâche jusqu'à l'affrontement final, l'abordage époustouflant de réalisme où le capitaine français perdra la vie et où son équipage sera fait prisonnier, du moins ceux qui auront survécu. Deux personnages centraux : le capitaine Jack Aubrey (Russell Crowe) au physique, à la carrure de l'emploi, le héros plus vrai que nature, impulsif, sanguin, volontaire, suscitant l'admiration et le respect par sa compétence, mais surprenant  de par sa sensibilité dissimulée sous l'indispensable autorité que nécessite son commandement. Le chef vers lequel les yeux se tournent pour y quêter l'exemple et affermir son courage. Quant au second personnage, il s'agit du médecin de bord Stephen Maturin (Paul Bettany), le naturaliste, le chercheur posé, intériorisé, humain, l'intellectuel, musicien de surcroît comme son capitaine, avec lequel il aime jouer lors de leurs rares moments de liberté, sensible certes, mais de même envergure que ces marins trempés dans l'acier lorsqu'ils sont confrontés à l'adversité. Entre eux deux, une amitié forte, faite d'admiration et d'estime, d'autant que la musique est un lien supplémentaire qui les unit par-delà les exigences de leur vie aventureuse et leur permet de prendre, pendant quelques instants, leurs distances avec les fureurs de la guerre et la cruauté des éléments. La beauté et la force du film résident en partie dans la relation entre ces personnalités très différentes mais unies par un destin partagé, où l'un chérit la connaissance et la modération et explore les mystères de la vie dans l'espoir d'en débusquer les secrets, tandis que l'autre entend embrasser son honneur et se plait à bourlinguer et guerroyer sur les océans pour la grandeur de sa nation. 

                    
Filmé de façon quasi documentaire, il nous livre une imagerie superbement animée de la vie à bord d'un navire de guerre du XIXe siècle, exaltant la bravoure de l'équipage, exhalant l'odeur de poudre et nous renseignant de façon précise sur les petites joies mais aussi les moments de doute et de désespoir, les amputations, le scorbut et la rudesse terrible des attaques navales et de la vie au milieu des flots déchaînés. Le réalisateur nous propose, en effet, une galerie de personnages captivants et complexes, remarquablement crédibles et, ce, des jeunes mousses aux sous-officiers et officiers qui sont campés avec vigueur et conviction et excellemment interprétés dans une succession de scènes hautes en couleur et habilement cadrées. D'ailleurs, ce long métrage est une suite de tableaux superbes, d'une qualité rare, inspirés de la peinture néo-classique, tantôt nimbés par les vapeurs d'eau, tantôt par la fumée des canons, lors des scènes de combat. Nous sommes dès le début du film, embarqués, tant est puissante l'évocation des faits et actions, grande la beauté des images, normale la vie qui s'organise en notre présence. L'oeuvre dégage une sollicitation telle que nous avons l'impression d'être les témoins privilégiés d'une aventure qui nous concerne,  nous bouleverse et nous prend à l'estomac. Mieux encore, le tour de force de cette narration est qu'aucun sentiment de vengeance ou de haine ne transpire. Chacun est là pour exécuter une tâche, remplir un devoir, honorer un engagement et s'y emploie sans barguigner, à l'exception de l'un d'entre eux qui préférera se suicider, lorsqu'il s'apercevra qu'il n'est pas en mesure de faire face à ses responsabilités. Par contre, le cadet le plus jeune force notre admiration par sa maturité, son sang-froid et son courage, digne fils et petits-fils d'une lignée de grands capitaines, quand il subit l'amputation d'un bras à vif sans émettre une plainte et retourne aussitôt à sa tâche.
Voilà un film qui nous donne à voir et à vivre l'une des plus belles pages de l'histoire maritime et s'y consacre avec un art consommé du détail, une richesse de reconstitution stupéfiante et une ferveur communicative. A se procurer en DVD. 



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15 janvier 2008 2 15 /01 /janvier /2008 14:53
ALAMO de JOHN WAYNE

                                                                                     

Il aura fallu dix ans et une énergie peu commune à John Wayne pour qu'il puisse porter à l'écran le projet qui lui tenait à coeur depuis longtemps : le siège de Fort Alamo, l'une des pages de gloire de l'histoire américaine, que ce patriote fervent avait le désir de réaliser. Dès 1950, il avait cherché à y intéresser Herbert J. Yates, le patron de Republic Pictures avec, pour interprète principal, l'acteur Johnny Weissmuller. Mais les hommes ne parvinrent pas à s'entendre et se séparèrent, Yates produisant pour sa part une version " bon marché " du scénario, réalisé en 1955 à moindres frais par Frank LLoyd et William Witney, avec pour titre français : "Quand le clairon sonnera". Quant à John Wayne, nullement découragé par cet échec, il continua à travailler avec obstination sur son projet, persuadé qu'il y avait place pour une reconstitution plus ambitieuse. Il prit alors la décision de s'investir financièrement dans "Alamo", se réservant le rôle secondaire, mais les Artistes Associés, avec lesquels il finit par passer contrat, exigèrent que ce soit lui et lui seul qui tienne le rôle le plus important, afin d'assurer la réussite commerciale de l'entreprise. C'est ainsi que Wayne devint le colonel David  (Davy Crockett ). Pour lieu de tournage, il choisira  Brackeville au Texas et pour parfaire cette fresque grandiose, louera 1500 chevaux et aura recours aux services d'un ex-sergent des Marines, vétéran des films de John Ford, Jack Pennick, de manière à instruire militairement les 4000 figurants. Il fit en sorte de disposer de tous les atouts nécessaires, ayant pour cette réalisation une détermination farouche, un enthousiasme qui ne l'était pas moins et une disponibilité de tous les instants.

                      


" Avant même qu'un pied de pellicule ne soit impressionné - écrira Maurice Zolotow dans Shooting Star - plus de deux millions de dollars avaient été dépensés ". La nourriture de la véritable armée réunie par John Wayne coûtera à elle seule 250.000 dollars. L'acteur fut obligé d'hypothéquer ses biens personnels pour subvenir aux dépenses d'un tournage de plus en plus onéreux. Le coût total du film atteindra 12 millions de dollars pour 81 jours de travail. Plus passionné que jamais, Wayne déclarera : " C'est un sacré bon film, une vraie page d'histoire américaine, le genre de films dont les gens ont besoin, plus que jamais ". Mais le public, toujours versatile, ne suivra pas comme l'avait tant espéré l'acteur et ce dernier ne récupérera son coût de production que beaucoup plus tard, lorsque les droits seront achetés par la télévision.

 

Pourtant "Alamo" est une réussite. Et d'abord un coup de maître de la part de John Wayne qui endosse avec une incontestable aisance les rôles conjugués de producteur, réalisateur, metteur en scène et interprète et, ce, avec un brio et une compétence qui forcent l'admiration. Les séquences de bataille, dont les cascades avaient été mises au point par Cliff  Lyons, sont admirablement ordonnées et possèdent une grandeur tragique. Il est difficile, par ailleurs, d'oublier la mort de Travis, tué d'une balle ; de même que celle de David Crockett qui, mortellement blessé, se fait exploser avec les réserves de poudre ; il y a là beaucoup d'héroïsme et de grandeur et une suite de combats réalistes qui prouvent l'ardeur et le courage de ces hommes qui, de part et d'autre, s'affronteront à la loyale.

 

1836, le Texas n'est alors qu'une province du Mexique et entend proclamer son indépendance. Mais à cette époque, l'armée texane, dirigée par le général Sam Houston ( Richard Boone ), n'est pas encore prête et celui-ci demande alors au colonel Travis ( Laurence Harvey ) de tenir coûte que coûte Fort Alamo, siège d'une ancienne mission, qui se présente comme une sorte de verrou sur la route où s'est engagé, avec une armée de 7000 hommes, le dictateur mexicain Santa Anna ( J. Carrol Naish ). Si bien que la défense s'organise et que 185 braves sont prêts à se sacrifier pour que le Texas se libère du joug mexicain. L'armée mexicaine investit la place, ne laissant partir que les femmes et les enfants, tandis que les défenseurs apprennent que les renforts, sur lesquels ils comptaient, ne viendront pas et qu'ils doivent dorénavant envisager le combat seuls, de façon à retarder, autant que faire se peut, l'avancée des Mexicains.

 

Voilà l'histoire édifiante que John Wayne voulait offrir à son pays et, en même temps qu'une leçon de courage, rendre hommage à ceux qui avaient donné leur vie pour que les hommes de leur pays puissent un jour y vivre libres. Il a fait en sorte que cette épopée soit, tout ensemble, une fresque spectaculaire et la description sensible et minutieuse d'un groupe d'hommes lié par un semblable idéal, que les événements condamneront à un destin tragique et glorieux. Depuis lors, ce film, d'une durée de 2h 47, s'est inscrit dans la lignée des grands classiques du western.

 

Voir le portrait de John Wayne en cliquant  ICI

 

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  • : LA PLUME ET L'IMAGE
  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
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  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.

Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


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