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21 décembre 2007 5 21 /12 /décembre /2007 11:55
GONE, BABY, GONE de BEN AFFLECK

                                                                                                                                                       
"Gone, Baby, Gone" comme "Mystic River" de Clint Eastwood est une adaptation d'un roman  de Dennis Lehane. Il y a donc des points de convergence entre ces deux films : la ville de Boston, les disparitions d'enfants, la pédophilie. Mais la comparaison s'arrête là. Le film de Ben Affleck,  présenté le 5 septembre lors du Festival du film américain de Deauville en première mondiale, ne possède pas les mêmes qualités que celui d'Eastwood : mal construit, confus, il n'en finit pas de finir et se perd dans les méandres d'un récit lent et embrouillé qui ne parvient pas à émouvoir, alors même qu'il traite d'un sujet aussi sensible. Ce premier long métrage d'un acteur tenté par la mise en scène - mais n'est pas metteur en scène qui veut - a manqué en partie sa cible. Peut-être parce que le projet était trop ambitieux et qu'il aurait été préférable, pour un coup d'essai, de choisir un scénario plus simple, moins complexe à traiter.

 

L'histoire se résume ainsi : une petite fille de 5 ans vient de disparaître dans un quartier chaud de Boston où sévissent drogue, violence et pédophilie, un milieu où misère, racisme, désoeuvrement ouvrent en permanence les vannes à tous les débordements. Le décor est planté et il est sinistre. La police a été alertée depuis trois jours mais aucune piste ne semble devoir aboutir. C'est alors que la tante de l'enfant contacte un jeune homme qui fait office, à l'occasion, de détective privé, afin qu'il cherche une nouvelle issue, non seulement parce qu'il a grandi dans ce quartier, mais parce qu'il connait beaucoup de monde et pourra agir avec davantage de discrétion. Il sera d'ailleurs le seul à passer outre aux apparences simplistes de la situation. Tout au long du thriller, on le verra se positionner face aux questions morales qui se posent à lui, se livrant à une réflexion personnelle qui me semble être l'atout majeur du film. Celui-ci s'ouvre d'ailleurs sur les paroles qu'il prononce, donnant ainsi le ton et le sens de l'oeuvre : J'ai demandé au prêtre de ma paroisse comment comprendre les injustices de la vie. Il m'a répondu : vous êtes des agneaux parmi des loups. Alors pour résister, soyez rusés comme des renards et innocents comme des colombes.



Cependant, lorsqu'il découvre auprès d'un pédophile notoire un enfant mort, cet homme, non violent d'habitude, va, sous le choc, abattre le responsable d'une balle dans la tête. Les sentiments ne sont pas forcément de bons conseillers... Avait-il le droit de faire justice lui-même ? Cette question brûlante honore le film ...d'autant que le jeune homme éprouve des remords. Il n'avait pas à jouer le justicier seul. Par la suite, un autre problème se posera à lui après que l'on ait retrouvé la petite fille. Doit-on la rendre à sa mère infantile et délinquante ou la laisser à ses kidnappeurs qui l'élèveront avec attention et amour ?  Malheureusement, la conclusion qui clôt le film reste trop évasive à mon goût. C'est à ce moment là qu'il aurait pu décoller et ouvrir un débat de qualité ou, du moins, mieux analyser le drame intime du personnage.
                     


Il est certain que Patrick Kenzie, ce jeune détective, aime les gens et qu'il est empli de compassion à leur égard. N'est-ce pas la raison qui l'incite à défendre les droits de la mère à garder sa petite fille, bien qu'il la sache indigne de ce rôle et dans l'incapacité d'assumer ses responsabilités ? D'ailleurs l'enfant a été enlevée alors que celle-ci était en train de sniffer de la drogue dans un misérable bar. Dans un premier temps, il semble même que l'enfant n'ait servi que de monnaie d'échange pour se procurer le stupéfiant... Je ne dévoilerai pas les divers rebondissements d'une intrigue longue à se conclure mais qui a toutefois le mérite de rendre avec réalisme  l'ambiance de ce quartier ouvrier de Boston. Le devons-nous au choix de Ben Affleck d'avoir recruté ses figurants parmi les habitants ? Peut-être ! Mais si le réalisme est au rendez-vous, la lisibilité de l'intrigue reste son point faible. On ne parvient pas à entrer pleinement dans cette action brouillonne et dans cette oeuvre insuffisamment charpentée et rigoureuse. Par contre, il faut reconnaître au jeune acteur Casey Affleck, le frère du réalisateur, d'avoir insufflé à son personnage une vraie chaleur humaine et posé sur ces âmes perdues un regard bienveillant. Il illumine la pellicule de sa présence et nul doute que s'ouvre devant lui une brillante carrière.

 

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18 décembre 2007 2 18 /12 /décembre /2007 10:54
RIO BRAVO de HOWARD HAWKS

                                                                                        

Rio Bravo est sans doute le film le plus connu de Howard Hawks, au point que cette oeuvre bénéficie d'un statut quasi mythique, celui du dernier western classique où le réalisateur s'est plu à approfondir les sujets qui lui étaient les plus chers (comme le fit également John Ford en son temps) : humour,  rebondissements de l'intrigue et attention particulière consacrée aux traits de caractère de chacun des personnages. Pour raconter une fois encore l'histoire d'un petit groupe aux prises avec un ennemi plus fort en nombre, scénario qui reprend en l'inversant celui de Le train sifflera trois fois, Howard Hawks a choisi de promouvoir un thème fédérateur, celui de l'avènement d'un ordre politique défini comme juste, parce qu'il prend en charge l'émancipation des faibles. Nous sommes donc loin des premiers westerns dont l'ambition n'était autre que de chanter les louanges de l'Etat Américain et de l'instituer dans la plénitude d'une épopée grandiose qui s'apparentait à la légende. Si bien que les 141 minutes de ce long métrage seront utilisées au mieux par un cinéaste qui sait user de toutes les ressources de son art.



Joe Burdette, homme autoritaire et coléreux abat un homme dans un saloon et est arrêté par le shérif Chance (John Wayne) qui va se battre pour empêcher que le frère de Joe ne parvienne à le libérer, grâce à sa puissante influence sur la région. Combat pour le droit, pour la morale, que le shérif entend mener au prix des risques que lui et les siens vont encourir. C'est donc a un noble affrontement auquel nous sommes conviés et, à travers lui, à la réhabilitation de Dude (Dean Martin), l'adjoint du shérif qui a sombré dans l'alcoolisme à la suite d'une déception amoureuse. Au final, ceux qui gagnent ne seront ni les plus forts, ni les meilleurs, mais des hommes capables de se remettre en cause et d'évoluer. Et il est vrai que nous n'assistons pas à un combat classique avec d'un côté les puissants, de l'autre les faibles, mais entre ceux qui ont à coeur de s'améliorer en vue du bien commun et ceux qui n'entendent servir que leurs intérêts et ne modifier en rien leurs sinistres habitudes. Cela est particulièrement vrai pour Dude qui est tombé si bas qu'il n'est plus qu'une épave humaine mais parviendra à se relever, grâce à son engagement pour une juste cause. Hawks a réellement mis l'accent sur l'aspect psychologique des personnages et ramassé son action en trois journées, n'utilisant guère les paysages extérieurs mais en faisant de Rio Bravo un quasi huit-clos. De même qu'il se plait à nous dépeindre des êtres sans volonté, redonnant vie aux perdants.

                                                                              

L'apport de Jules Furthman comme scénariste donne à l'intrigue une incontestable vigueur. Alors qu'à prime abord les personnages pourraient apparaître comme appartenant à la convention westernienne : le valeureux shérif, l'adjoint alcoolique, le jeune cow-boy plein de fougue, la femme de mauvaise vie au grand coeur -et que le décor est, pour sa part, tout aussi conventionnel : une ville provinciale (Old Tucson en Arizona) avec ses saloons, sa place, son hôtel, sa prison, sa grande-rue - autant d'éléments vus à de multiples reprises - Hawks saura les transcender superbement et de manière exemplaire, renouvelant le style du western et lui apportant une dimension originale et personnelle. Ainsi les rapports qui s'établissent entre Chance et Colorado (Ricky Nelson), le jeune cow-boy décidé à venger la mort de son patron et qui offre ses services au shérif,  ne sont pas les mêmes que ceux de John Wayne et de Montgomery Clift dans La rivière rouge (lire ma critique en cliquant  ICI), pas plus que Feathers, sublimement interprétée par la belle Angie Dickinson dont c'était là le premier grand rôle, ne rappelle les héroïnes précédentes de Hawks :Louise Brooks, Lauren Bacall,  Joanne Dru, car elle possède son individualité propre. On verra également dans ce film que les rapports homme/femme s'équilibrent et Feathers prendra dans certaines occasions le dessus sur Chance, particulièrement lors d'un dialogue éblouissant où elle impose sa volonté face à son partenaire sans doute déstabilisé par son amour pour elle.


" J'ai eu l'idée de Rio Bravo - dira Hawks - parce que je n'aimais pas un film intitulé High Noon ( Le train sifflera trois fois - lire ma critique en cliquant ICI). Pour moi un bon shérif ne se mettait pas à courir la ville, comme un poulet dont on a coupé la tête en demandant de l'aide ; et pour couronner le tout, c'est finalement sa femme quaker qui devait le sauver. Ce n'est pas comme ça que je vois un bon shérif de western. Un bon shérif se retournerait en demandant : " Est-ce que vous êtes à la hauteur ? Est-ce que vous êtes suffisamment à la hauteur pour prendre le meilleur sur les hommes ? " Le type répondrait probablement que non et le shérif ajouterait : " Eh bien, en plus, il me faudrait vous prendre en charge ".



Howard Hawks s'inspirera lui-même de Rio Bravo en réalisant par la suite El Dorado et Rio Lobo. Dean Martin fait ici l'une de ses prestations les plus fameuses, John Wayne est égal à lui-même dans le rôle du patriarche qui représente l'honneur et la force et les seconds rôles sont tous excellents. Un film qui fut salué, à sa sortie, par une critique unanime comme un chef-d'oeuvre. Et le demeure.

 

 

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10 décembre 2007 1 10 /12 /décembre /2007 11:00
LA PRISONNIERE DU DESERT de JOHN FORD

                                      

Martin Scorsese l'affirmait "The Searchers" (le titre original) est le plus grand film de l'histoire américaine. Bertrand Tavernier et Jean-Pierre Coursodon ont fait mieux : ils l'ont choisi pour illustrer la couverture de leurs " 50 ans de cinéma ". Et cette image est celle si belle où l'on voit John Wayne de dos s'éloigner dans le désert, homme seul face à son destin. Tout est dit ou posé dans ce plan typiquement fordien : l'émotion, la grandeur, l'interrogation. En effet, cette oeuvre occupe une place à part dans la filmographie de ce grand maître du western. Pour une fois le héros incarné par John Wayne - l'acteur d'élection du metteur en scène avec lequel il a tourné à 24 reprises - n'est plus le représentant des vertus de la nation américaine, mais un homme qui doute, un être ordinaire, courageux certes, mais partagé et complexe qui pose la question de l'exclusion et des différentes formes de haine ; c'est dire que cette réalisation va beaucoup plus loin que le western traditionnel. Les plans de ce film, comme celui qui le clôt, sont particulièrement fouillés pour donner sens sans avoir recours à trop de bavardage et de dialogues : l'image est maîtresse comme il se doit dans le 7e Art, toujours éloquente, souvent lyrique, jamais gratuite. "La prisonnière du désert" se situe dans la lignée des films expressionnistes, tant par le jeu des acteurs que par l'emploi des contrastes, que ce soit ceux des situations ou des personnages, de l'ombre et de la lumière, que le metteur en scène utilise avec virtuosité, tantôt ombre protectrice de la grotte, tantôt lumière intense du désert.

                        


Ce film décrit de façon poignante le trajet d'un héros de tragédie quasi shakespearien aigri par la guerre de Sécession et dont les valeurs personnelles se trouvent soudain en désaccord avec celles de la société en train de se construire. Ethan est encore pénétré de la division entre Nord et Sud qui le pousse à se mettre en dehors des lois et de la société, à exclure et à s'exclure. S'ajoute à cela la division entre blancs et indiens et leur haine partagée. Ce n'est ni plus, ni moins, que le heurt de deux mondes, l'ancien et le nouveau, conflit toujours d'actualité. Si bien que pour s'intégrer, le héros, revenu de ses assurances en l'ordre immuable des choses, n'a plus à offrir que les signes dérisoires de sa gloire passée : son sabre pour son  neveu, une médaille pour sa nièce Debbie et des pièces yankee pour payer sa pension.



On peut dire, par ailleurs, que "La prisonnière du désert" débute là où la plupart des films de Ford s'achèvent. Comment ?  Par une constatation d'échec, obligeant le personnage principal à tout remettre en question, et sa vie et lui-même. Pour cette raison, il est peut-être le plus beau, le plus grand film de son auteur car, sorti en 1956, il annonce déjà les remises en cause politiques des années 60 et 70 et, pour cette raison, n'a rien perdu de sa modernité. Film visionnaire dont l'impact tient à cette force concentrée des images-chocs chargées de nostalgie et de la mélancolie d'un monde dépassé qui n'a pas encore réussi à établir sa relation avec celui qui s'ébauche. C'est l'entre deux-mondes et son poids d'anxiété.



L'histoire est la suivante : Ethan (John Wayne) s'en revient au pays après avoir participé à la guerre de Sécession dans le camp sudiste et à celle du Mexique probablement dans le camp de Maximilien, pour découvrir avec horreur que sa famille a été assassinée, le ranch réduit en cendres et ses nièces enlevées. En compagnie de son neveu Martin (Jeffrey Hunter) et de Brad Jorgensen (Harry Carey Jr), le fiancé de sa nièce Lucie, il s'élance sur les traces des ravisseurs, une tribu Comanche, qui a pour chef le cruel et fier Scar (Henry Brandon). Bientôt ils retrouvent le corps de Lucie qui a été violée puis tuée. Bouleversé, Brad attaque des Indiens et se fait tuer à son tour, tandis que Ethan et Martin poursuivent leurs recherches, parcourant des centaines de kilomètres. Les années passent sans succès jusqu'au jour où les deux compagnons réussissent à atteindre le camp du chef Scar et y découvrent Debbie (Natalie Wood) devenue une vraie indienne. La première réaction d'Ethan est de la tuer, car elle a déshonorée sa famille en devenant la compagne du chef Comanche, mais le camp  est attaqué par un régiment de cavalerie et Ethan en profite pour tuer Scar, le scalpant, alors même qu'il reproche cette tradition sauvage aux Indiens. A la suite de cet événement, revenu à de meilleurs sentiments, il prend tendrement Debbie dans ses bras et la raccompagne auprès des Jorgensen, avant de repartir seul.

 

 

la-prisonniere-du-desert-1956-2684-1950230259.jpg   Natalie Wood

 

Dès la première image - comme je le notais au début de l'article - celle d'une porte qui s'ouvre sur le désert - le film est en place. Le cadre est et sera exclusivement celui de Monument Valley si cher à Ford et, l'époque, les années qui suivirent la guerre de Sécession. Plus que jamais, John Wayne y personnifie un héros ambivalent au visage buriné, qui porte sur ses traits les stigmates de multiples aventures. Saison après saison, refusant d'écouter les conseils qu'on lui prodigue, Ethan poursuit inlassablement la recherche de Debbie, mission sacrée pour laquelle il est prêt à tout sacrifier, car il lui semble qu'il tient là l'ultime cause qui mérite un engagement. Ceux qui ont reproché aux westerns ses héros manichéens découvrent avec "La prisonnière du désert" des personnages passionnés mais également faillibles, épris d'idéal mais déçus, avant que l'écran ne se referme sur le dernier paysage de Monument Valley vers lequel le héros fatigué s'avance au-devant de sa solitude. Fasciné par le personnage qu'il avait eu à interpréter, John Wayne appellera l'un de ses fils Ethan, soulignant l'importance qu'avait eu pour lui ce film inoubliable de John Ford.

 

Pour prendre connaissance du portrait de John Wayne, cliquer    ICI


Pour celui de Natalie Wood, cliquer  LA

 

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5 décembre 2007 3 05 /12 /décembre /2007 09:15
MISSION de ROLAND JOFFE

               

En 1750, Espagne et Portugal se disputent les colonies de l'Amérique du Sud. Aussi les Jésuites, parmi eux le Père Julian qui vient d'être mis à mort et crucifié, puis le Père Gabriel, ont-ils implanté des missions afin d'y répandre la foi parmi les Indiens et protéger les populations de la brutalité des colons et des razzias des preneurs d'esclaves. Expérience sociale, que l'on peut qualifier, faute de terme approprié, de communisme théocratique. Elle fascina les penseurs de l'époque, les Montesquieu, Voltaire et Diderot qui n'hésitèrent pas à louer l'impulsion égalitaire qui la sous-tendait.
Dans ce monde dur et sans pitié, l'un des mercenaires, Mendoza, ne craint pas de tuer son frère, Felipe, par jalousie amoureuse. Par la suite, accablé de remords et prêt à renoncer à la vie, il accepte de suivre le père Gabriel dans sa mission auprès des Guaranis, dans un lieu sauvage proche des impressionnantes chute d'Iguaça. Ce missionnaire évangéliste est porteur de la dimension humaine la plus respectable qui soit, puisqu'elle prône la paix, la compréhension, le partage et le respect. Mais son projet de recréer avec les Indiens Guaranis une sorte de paradis spirituel et matériel, où l'amour serait la clef de voûte, va se heurter aux rivalités qu'entretiennent les Espagnols et les Portugais au sujet de l'attribution des terres. Dépêché sur les lieux, l'émissaire du Saint-Siège va intimer aux Jésuites l'ordre de fermer les missions dont celle de San Carlos qu'est en train de bâtir le père Gabriel. L'attaque des Espagnols est désormais inévitable et va s'effectuer avec une violence rare, n'épargnant que les enfants que l'on verra lentement s'enfoncer dans la jungle.



Ce film magnifique, tourné dans les paysages grandioses du Brésil et du Paraguay par Roland Joffé, bénéficie d'une interprétation très intériorisée de la part de Jeremy Irons et Robert de Niro, tous deux magnifiques d'intensité et de ferveur, l'un dans le rôle du prêtre qui décide de résister par la prière et du repenti qui préfère recourir à l'épée pour sauver de l'anéantissement leur petite communauté. Raison pour laquelle ce long métrage ne peut pas être classé parmi les films anticléricaux, car s'il stigmatise les déviations d'une église en pleine mutation, manipulée par les empires coloniaux et ne disposant que d'un pouvoir restreint sur les événements en cours, il est un plaidoyer envers la foi qui permet à l'homme, quel qu'il soit et où qu'il se trouve, de dépasser ses propres limites.
                            


Réflexion émouvante sur la légitime violence, l'altérité, la rédemption, ce long métrage est également un poème dédié à l'innocence des tribus indiennes qui furent implacablement décimées par les Espagnols et les Portugais, un hymne à la nature dans sa splendeur originelle, une cantate aux tous premiers matins du monde que l'inoubliable musique d'Ennio Morricone rend plus lyrique encore. La belle phrase prononcée, lors de la scène finale, par l'ancien mercenaire : " Si la force est le droit, l'amour n'a nulle place en ce monde " - pourrait être mise en exergue et résume en quelque sorte l'intrigue. Ce film est d'autant plus réussi qu'il bénéficie de tous les atouts : une mise en scène somptueuse, un scénario solide qui ne peut laisser personne indifférent, ne serait-ce que pour son message de profonde humanité, l'admirable bande sonore qui allie chants religieux et musiques indiennes et une interprétation irréprochable. A l'apogée de leur talent, De Niro affiche autant d'arrogance dans la première partie que de désespoir et de repentir dans la seconde, alors que Irons montre, d'un seul regard, la fermeté et la grandeur d'âme d'un serviteur d'une cause qui le dépasse lui-même.

 


Pour lire l'article consacré à Robert de Niro, cliquer sur son titre : 


 ROBERT de NIRO - PORTRAIT

 

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MISSION de ROLAND JOFFE
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28 novembre 2007 3 28 /11 /novembre /2007 10:06
VERA CRUZ de ROBERT ALDRICH

                    
"Vera Cruz", c'est d'abord la rencontre de deux très grands acteurs du cinéma américain Gary Cooper et Burt Lancaster et, également, le dernier film où celui qui sera bientôt connu sous son pseudonyme Charles Bronson figure encore sous son nom véritable  Charles Buchinsky. C'est enfin un film d'aventures qui ouvre une page nouvelle dans ce qu'il convenait d'appeler, jusqu'à la fin des années 50, le "western classique". L'histoire est la suivante : la révolution fait rage au Mexique entre les partisans de Benito Juarez et l'empereur Maximilien soutenu par la France. Ancien colonel de l'armée Sudiste, Benjamin Trane ( Gary Cooper ) accepte la proposition du marquis de Labordere de combattre pour son maître Maximilien. Joe Erin ( Burt Lancaster ) et ses hommes, prêts à s'offrir au plus offrant, rejoignent eux aussi les forces de l'empereur. Trane et Erin reçoivent alors pour mission d'escorter jusqu'à Vera Cruz la comtesse Marie Duvarre, mais ils découvrent bientôt qu'elle transporte dans son carrosse une somme d'or importante destinée à acheter des armes et à lever de nouvelles troupes. Démasquée, elle propose de partager l'or en trois, mais le marquis de Labordere réussit à le récupérer. Finalement les deux partenaires parviendront à retrouver le précieux trésor mais  s'affronteront - Trane souhaitant donner l'or aux Juaristes et Erin de le garder pour lui - lors d'un duel où Trane, plus rapide, tuera Erin.  

 

                      

Une conversation, entre le scénariste Borden Chase et le producteur Bill Alland au sujet de la tragique histoire de l'empereur Maximilien et de son épouse Charlotte, fille du roi des Belges Léopold Ier, est à l'origine de ce film. Par la suite, Chase se rendit au Mexique et écrivit un scénario pour un film dont John Wayne devait être la vedette. Mais ce dernier, ayant d'autres engagements, Gary Cooper fut choisi pour le remplacer et le scénario de Chase abandonné au profit de celui de Roland Kibbee qui écrivit le sien au jour le jour, si bien que le film, en apparence bien construit, fut réalisé dans un total état d'improvisation. " Le scénario - raconte Robert Aldrich - était toujours achevé cinq minutes avant le tournage. "Vera Cruz" venait après Apache qui avait été un succès. La pression était donc beaucoup moins grande. C'est un film que j'aime. Il y avait, une fois de plus, un héros et un anti-héros. Le héros seul survivait après avoir choisi le bon côté et détruisait l'anti-héros qu'il admirait pourtant, en dépit de leurs opinions différentes". Robert Aldrich avoue, par ailleurs, avoir eu plus de difficulté avec Burt Lancaster sur le tournage de "Vera Cruz" que sur celui d' "Apache". Lancaster, qui se préparait à passer à son tour derrière la caméra avec un premier film "L'homme du Kentucky", supportait de plus en plus mal les directives d'un autre réalisateur. Cela n'empêcha nullement le film, une fois mis en boite, de séduire le public et de prendre place parmi les westerns qui comptent, non seulement pour l'interprétation, mais pour l'opposition finement orchestrée entre deux partenaires, le gentleman du Sud et le mercenaire sans foi, ni loi, en même temps que pour celle de deux clans rivaux : les partisans de Maximilien et les Juaristes. Afin d'accentuer les différences et forcer le trait, les fidèles de Juarez font toujours état d'une force importante de façon à mobiliser la population, tandis que Maximilien et les siens symbolisent une société décadente, en voie d'extinction. Faisant irruption à la cour de Maximilien, Erin et sa troupe, assurés de leur puissance, se conduisent en véritables sauvages, renversant la vaisselle, buvant et mangeant comme des soudards.

 


                          
Par ses audaces techniques, son découpage, son sujet, Vera Cruz annonce un tournant significatif dans l'histoire du western. A l'évidence, Robert Aldrich se plait à casser le moule traditionnel en y versant une bonne dose de cruauté et en faisant un pied de nez à la bien-pensance, abordant des thèmes qu'il amplifie à plaisir et qui ne sont autres que la cupidité, l'ambition et le cynisme. En cette fin des années 50, ce long métrage annonce que le genre est en train de se délivrer de sa vocation première : narrer les débuts mythiques de la civilisation américaine et faire l'apologie de ses valeurs, ce dont des cinéastes comme Sergio Leone s'inspireront par la suite. En effet, "Vera Cruz" est d'une texture différente des films qui l'ont précédé, tant il est joyeusement immoral et subversif. Comme plus tard "Le Bon, la brute et le truand",  il repose sur le leitmotiv de la chasse au trésor, de l'appât du gain, des alliances provisoires et des inévitables trahisons, cela amplement rafraîchi par un solide humour et une interprétation pétaradante. Que dire du sourire sarcastique de Burt Lancaster et d'un Gary Cooper, à contre-emploi, du moins dans la première partie ? Que du bien, évidemment, car ils sont l'un et l'autre, épatants.

 


                        
Mené à bride abattue, l'action ne faiblit pas un instant, ne faisant nullement l'impasse sur une violence brutale, parfois teintée de sadisme - rappelons-nous la scène où le visage contracté par la haine, l'un des tueurs achève un adversaire désarmé -nourrie par les tons d'une photographie volontairement flamboyante, où les assauts et les débordements prennent place avec un relief particulier, grâce à un montage inhabituellement accéléré. Hors de tout académisme, "Vera Cruz" se place sous le signe de l'affrontement et du conflit et fait la part belle à l'anti-héros. Certes, celui-ci existait auparavant, mais c'était la première fois qu'on lui offrait une place aussi importante, celle de la cheville ouvrière, ce qui contribue à faire de ce film une oeuvre véritablement novatrice qui influencera le cinéma européen par l'universalité de ses thèmes, principalement ceux en rapport avec les valeurs individuelles et l'injustice sociale.

 

  

Pour lire mon article consacré à Gary Cooper et Burt Lancaster, cliquer sur leurs titres :

 

GARY COOPER - PORTRAIT         BURT LANCASTER - PORTRAIT  

  

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VERA CRUZ de ROBERT ALDRICH
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15 novembre 2007 4 15 /11 /novembre /2007 10:31
L'APPAT d' ANTHONY MANN

                
Contrairement à Winchester 73 et aux Affameurs, L'appât  (The Naked Spur) ne bénéficie pas d'un scénario écrit par Borden Chase. Le superbe pittoresque des deux films précédents, qui accordaient à la nature une place essentielle - Mann disait : " que la vie de la nature le passionnait autant que les actions de ses personnages " - laisse ici la place à une atmosphère plus inquiétante et plus cynique. Les personnages évoluent dans un contexte particulièrement réaliste. James Stewart - dont la collaboration avec Anthony Mann,  ils tourneront 8 films ensemble, sera l'une des plus fructueuses du cinéma - campe un héros qui ne vit que pour la récompense de 5000 dollars qui est sensée gratifier celui qui capturera Ben. Ainsi apparaît-il en homme cupide, prêt à transgresser les lois élémentaires de la morale pour parvenir à ses fins. Autre personnage, Roy Anderson (Ralph Meeker), ancien militaire, un opportuniste qui n'hésitera pas à exploiter toutes les occasions, femmes, escroqueries, primes ou tricheries, afin de satisfaire ses appétits. Moins négatif, Jesse Tate (Millard Mitchell) symbolise l'éternel vieux prospecteur à l'affût du moindre ragot qui le mettra sur la piste d'un bon coup à réaliser. Quant à Ben (Robert Ryan), son seul souci est d'échapper à Howard et de disparaître de son champ de tir. Seule la douce et belle Lina, incarnée magnifiquement par Janet Leigh,  insufflera une petite dose de tendresse et de sensibilité dans ce monde de brutes. C'est elle qui provoquera le retournement final de Howard Kemp, car voici l'histoire : Nous sommes en 1868, la tête de Ben van der Groat vient d'être mise à prix et Howard Kemp, un homme sans scrupule, espère bien qu'il parviendra à toucher la prime de 5000 dollars qui est offerte à celui qui s'emparera du fugitif. Pour cela, il s'assure l'aide de Jesse Tate, un indic patenté et de Roy Anderson dont la moralité n'est pas exemplaire. Les trois compagnons parviennent à arrêter Ben qui se trouvait en compagnie de son amie Lina Patch. Mais au cours du trajet, Howard s'éprend de Lina, alors que Ben essaie d'opposer Jesse et Roy, jouant sur la soif de l'or du premier et sur l'appât de la prime qui focalise l'énergie du second. Le petit groupe est également obligé de faire face à une attaque d'Indiens, si bien que Ben profite de la situation pour s'enfuir, non sans avoir pris soin d'abattre le vieux prospecteur. Aussitôt Howard et Roy se lancent à sa poursuite et finissent par le retrouver et le tuer. Mais le corps déséquilibré tombe dans un torrent et, en voulant le récupérer, Roy est pris dans le courant et se noie. Resté seul avec Lina, Howard décide de renoncer à la prime et de partir vivre avec elle.

 

Interrogé sur les origines du film, Anthony Mann déclarera : " Nous étions dans une région magnifique, Durango, et tout se prêtait à l'improvisation. Je n'ai jamais compris pourquoi on tournait la quasi totalité des westers dans des paysages désertiques ! John Ford, par exemple, adore Monument Valley : mais Monument Valley, que je connais très bien, n'est pas tout l'Ouest ! En fait, le désert ne représente qu'une portion de l'Ouest américain. J'ai voulu montrer la montagne et les torrents, les sous-bois et les cimes neigeuses, bref retrouver tout un climat " Daniel Boone " : les personnages en sortent grandis. En ce sens, le tournage de The Naked Spur m'a donné de réelles satisfactions. Le piton rocheux sur lequel ont été tournées les dernières séquences s'appelle effectivement The Naked Spur. Je me suis dit : " un éperon doit être l'arme décisive qui ponctuera le drame". C'est là toute l'origine du combat final entre James Stewart et Robert Ryan ! "  ( entretien avec J.Claude Missiaen - Cahiers du cinéma n° 190 - mai 1967 )



Comme je l'écrivais au début de cet article, le cinéaste a toujours donné la part belle aux spectacles de la nature et L'appât, l'un de ses plus beaux westerns, est une oeuvre lyrique où les paysages prennent une importance considérable et participent pleinement à la composition du film, tandis que l'attrait pour les 5000 dollars dicte la conduite des héros et contribue à créer les tensions psychologiques qui vont peu à peu s'intensifier entre les cinq personnages. A l'issue du voyage, les masques tomberont et un happy-end sera au rendez-vous, ce qui est regrettable, car cette conclusion ne correspond ni à la rudesse du récit, ni au tempérament du protagoniste, laissant le spectateur sur une impression douceâtre à laquelle il n'était pas préparé. Oeuvre rigoureuse et dramatique par ailleurs, le film a la beauté d'une épure et, une fois encore, James Stewart y compose un personnage blessé et ambigu, durci dans son avidité, au côté d'une Janet Leigh touchante de charme et de féminité. Parmi les 11 westerns qui illustrent de façon éloquente la carrière d'Anthony Mann, il ne faut pas oublier de citer L'homme de la plaine et L'homme de l'Ouest avec Gary Cooper qui, déjà, préfigure la dérision cruelle du western italien.  Du moins la grande époque du réalisateur l'a-t-elle désigné comme un des maîtres incontesté du genre, loué pour son sens de l'espace, son regard lucide et réaliste et sa générosité désenchantée. Ses films furent une réflexion sur la violence, la vengeance, la vieillesse, magnifiés par des paysages somptueux et des rapports humains d'une gravité inattendue, avant que leur auteur ne s'embourbe avec élégance dans la superproduction de La Ruée vers l'Ouest et des Héros de Télémark

 

Vous pouvez consulter l'article consacré à James Stewart, en cliquant    ICI

 

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10 novembre 2007 6 10 /11 /novembre /2007 11:09
AMADEUS DE MILOS FORMAN

            

La grande réussite du film de Milos Forman  "Amadeus" réside dans le face à face entre Mozart le surdoué et Salieri le besogneux. Cette dualité de sentiment qu'éprouve Salieri (1750-1825), partagé entre admiration et jalousie à l'endroit de son confrère, nous met en présence du drame quotidien d'un génie qui, trop en avance sur son temps, ne recueille - de son vivant - qu'indifférence et incompréhension. Ce film n'est pas une biographie en soi, même si la plupart des faits sont exacts, mais il est le regard qu'un connaisseur - en l'occurrence Salieri - pose sur un musicien d'exception. Se référant à une légende entretenue par Pouchkine et Rimski-Korsakov selon laquelle Salieri aurait empoisonné le jeune génie, ce qui est impossible puisque nous savons que Mozart a succombé à une pneumonie, le metteur en scène a élargi son propos pour nous montrer la rivalité entre les deux hommes. En effet, si l'on se place dans l'orbite particulière de Salieri, celui-ci se considérait comme trahi par Dieu qui avait préféré offrir à Mozart, plutôt qu'à lui, un talent incomparable et quasi divin, alors qu'il estimait qu'un tel don aurait du lui revenir en priorité. Le point culminant du film est la scène finale lorsque Mozart dicte à Salieri les notes de son requiem tant sa faiblesse est grande. Ce dernier découvre, en l'écrivant, la perfection absolue de la composition, perfection à laquelle il a aspiré en vain, puisque c'est son jeune confrère qui se montre en mesure de la concevoir.


                      

Grâce à ce film baroque et néanmoins grave, le metteur en scène a eu le mérite de rendre compréhensible et accessible le phénomène de la création et de nous transporter dans l'univers de la musique de façon inhabituelle et fascinante. Mérite auquel il nous faut ajouter celui supplémentaire de nous montrer un Mozart non point figé et idéalisé tel que le veut sa légende, mais un être de chair et de sang dont la trajectoire fulgurante est aussi incroyable et bouleversante sur le plan humain. Si certaines scènes choquèrent quelques inconditionnels d'un Mozart coulé dans le marbre de la postérité, il a ému la majorité des spectateurs et fut couronné par 8 Oscars. Aujourd'hui le temps a donné raison aux audaces du metteur en scène et "Amadeus" demeure un film incontournable pour tout amateur de cinéma et de musique.

 

 Pour lire l'article que j'ai consacré à "MOZART A L'HEURE DU REQUIEM" cliquer    LA


                                             
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8 novembre 2007 4 08 /11 /novembre /2007 10:49
L'ANGE DES MAUDITS de FRITZ LANG

 

Fritz Lang, metteur en scène d'origine viennoise, n'a jamais caché qu'il avait écrit L'ange des maudits - Rancho Notorious (1952) pour Marlene Dietrich, rencontrée à Paris alors qu'il tournait Liliom. Il souhaitait lui donner le rôle d'une entraîneuse " âgée mais toujours désirable " et construisit son film dans cette perspective. Marlene Dietrich, piquée dans son orgueil de star, fit en sorte de rajeunir son personnage et dressa ses partenaires les uns contre les autres, ce qui eut pour conséquence d'exaspérer le réalisateur, au point que lui et son actrice ne se parlaient plus à la fin du tournage. Le cinéaste déplora également la décision du producteur Howard Welsch de supprimer seize minutes du montage original, ce qui, à l'évidence, nuisait à l'atmosphère du film. Ces divers déboires n'empêchèrent pas que L'ange des maudits fût une oeuvre surprenante, non seulement pour le traitement de la couleur utilisée ici par Lang pour la première fois, mais pour la manière dont il associe astucieusement les thèmes qui lui sont les plus chers. L'ange des maudits est le troisième et dernier western qu'il ait tourné après Le retour de Frank James (1940) et Western Union (1941), raison pour laquelle on relève de nombreux points de similitude. 
 

                  

L'histoire est celle de deux bandits qui, à Whitmore ( Wyoming ), s'en prennent à un magasin de la ville. La jeune Beth est violée et tuée au cours de l'attaque. Son fiancé Vern Haskell (Arthur Kennedy) va alors se lancer sur la piste des assassins afin de venger la jeune femme et faire justice. Bientôt, il s'aperçoit que ceux-ci  font partie d'une bande que dirige la fière Altar Keane (Marlene Dietrich). Pour arriver jusqu'à celle-ci, il gagne la confiance de Frenchy Fairmont (Mel Ferrer), un hors-la-loi considéré comme le meilleur tireur de l'ouest, l'amant d'Altar, et devient membre de cette petite société dans le but de découvrir le responsable du massacre. Se sentant soupçonné, l'un d'eux, Kinch (Lloyd Gough), décide de se débarasser de Vern qui, de son côté, se sent irrésistiblement attiré par Altar. Arrêté, Kinch réussit à s'enfuir grâce à deux complices : Geray et Comanche. Craignant qu'Altar ne soit mêlée à cette combine, Vern revient au ranch pour lui demander des comptes, mais cette dernière sera tuée lors de la confrontation où Kinch trouve également la mort, prouvant qu'elle n'était en rien responsable de son évasion.
                    


Renchérissant sur le thème de la vengeance, assez habituel dans les westerns, Lang tisse des récits parallèles rythmés par la musique et les paroles d'une chanson conçue comme un refrain qui ouvre et clôt le film, en même temps qu'il ajoute la description d'une société secrète et de l'étranger (Vern Haskell) brusquement confronté à un univers corrompu dont il va parvenir à détruire et à ruiner la cohésion. Sans réellement innover, le cinéaste nous offre une oeuvre personnelle en posant les questions universelles qui hantent et forgent son univers. Cette flamboyante histoire de haine, de meurtre et de vengeance s'achèvera par l'annonce que Vern et Frenchy s'en sont allés rejoindre, après la disparition d'Altar et de Kinch, l'armée de Custer. Puis la chanson-commentaire nous apprend que l'un et l'autre sont tombés à leur tour au côté de l'officier et de sa 7th Cavalry. Leur destin tragique était scellé depuis la disparition de la femme qu'ils aimaient. Aussi la mort les attendait-elle à Little Big Horn, la plus légendaire de toutes les batailles westerniennes. Au final, la mise en scène, tout comme la remise en question de l'existence fragile des mythes, à travers la personnalité de Marlene Dietrich en femme fatale déchue, voluptueuse et pathétique, et du héros qui n'a plus de cause à défendre, composent une assez belle morale, en même temps qu'une leçon de cinéma, d'autant que l'action est bien menée et que le scénario a été conçu comme un conte afin de magnifier le climat énigmatique qui y règne. 



"La vengeance est un fruit amer et maléfique,
  Et la mort lui tient compagnie sur la branche.
  Ces hommes qui vivaient selon la loi de la haine
  N'ont plus de raison de vivre".

  

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31 octobre 2007 3 31 /10 /octobre /2007 10:58
Le train sifflera trois fois de Fred Zinnemann

         

High Noon, Le train sifflera trois fois (1952) a toujours été l'objet d'un traitement à part. Alors que les westerns étaient, le plus souvent, dédaignés, celui-ci bénéficia aux Etats-unis d'une renommée immédiate et eut le privilège de figurer sur la liste des six oeuvres retenues pour l'Oscar du meilleur film de l'année. Il fut battu à l'arrivée par Sous le plus grand chapiteau du monde  de Cecil B. DeMille, mais Gary Cooper fut sacré meilleur acteur, Dimitri Tiomkin, auteur de l'inoubliable musique ( dont la mélodie Si toi aussi tu m'abandonnes ), ainsi que Elmo Williams et Harry Gerstad pour le montage, reçurent les Oscars correspondants. Le film n'est donc pas passé inaperçu aux yeux des professionnels, alors que le western, en général, et des oeuvres aussi prestigieuses que L'homme aux abois, La porte du diable, Winchester 73 et L'ange des maudits étaient oubliés. Par contre, il fut sous-estimé par la critique française qui le jugea trop classique. C'est en 1948 qu'un sujet intitulé High Noon d'un certain Carl Foreman, inspiré d'une nouvelle de John Cunningham, fait l'objet d'un projet de film que Foreman, lui-même, souhaitait réaliser. Mais les studios, perplexes quant à ses capacités de metteur en scène, lui préférèrent Fred Zinnemann à qui incomba la charge de le tourner à sa place. Le rôle du shérif Kane avait été écrit pour Henry Fonda mais celui-ci étant déjà sous contrat, le rôle fut dévolu d'abord à Grégory Peck qui le refusa, puis à Gary Cooper qui, enthousiasmé par le personnage, renoncera aux trois-quarts de son salaire habituel pour pouvoir être le héros du Train sifflera trois fois, film à petit budget, tourné en noir et blanc. Cependant, ce héros n'est ni un superman, ni un homme entièrement intégré à la société qui l'entoure. Contrairement à ceux de Howard Hawks, celui-ci a de l'imagination et surtout il doute, connait l'angoisse et la peur, ce qui est rare de la part d'un personnage de western. Par ailleurs, une autre originalité du film est de faire coïncider le temps de l'intrigue avec le temps réel. Ce n'était peut-être pas nouveau à l'époque, mais renforçait considérablement le suspense moral du récit. En effet, en moins d'une heure et demie, entre 10h30 et midi, Will Kane va découvrir qu'il ne peut compter sur personne. Celui-ci se voit refuser successivement l'aide du shérif adjoint, des clients du saloon, d'un de ses amis qui lui fait répondre par sa femme qu'il est absent, du pasteur qui ne veut pas prendre parti et de son épouse, elle-même, qui ne veut en aucune façon être mêlée à une action violente et participer au drame inévitable qui se prépare, même si, au final, sa participation inattendue sauvera la vie de son mari.

 

Car, qu'en est-il de cette histoire, et que se passe-t-il de si grave dans la petite bourgade de Haddleyville, lorsque Amy (Grace Kelly), une jeune femme ravissante, épouse le shérif Will Kane ( Gary Cooper ) qui vient de prendre sa retraite ? Tout simplement la rumeur propage la nouvelle de l'arrivée imminente du bandit Frank Miller (Ian MacDonald), récemment libéré, et que son frère et deux de ses anciens acolytes se préparent à aller attendre à la gare. Personne n'ignore - et Will Kane moins que quiconque - que ce dernier réapparaît pour se venger. Alors que les mariés s'apprêtent à partir, Kane comprend que son devoir lui impose de rester au côté de la population. Mais en ville, Kane ne trouve aucun appui : les uns se refusant de l'épauler par lâcheté, les autres en raison de griefs divers. Même Amy décide de ne point différer son départ. Pendant ce temps, Frank Miller a débarqué et retrouvé ses trois comparses, tandis que Kane envisage de les affronter seul. Il parviendra d'abord à éliminer Ben, le frère, puis Colby. James Pierce sera tué par Amy qui, au dernier moment, est revenue auprès de son époux et Kane abattra lui-même Miller avant de s'éloigner définitivement de Haddleyville en compagnie d'Amy et non sans avoir préalablement jeté à terre son étoile de shérif. Pour Foreman, l'auteur du scénario, il s'agissait tout d'abord de décrire la manière dont la peur peut frapper une communauté plutôt qu'un individu isolé, comment elle se propage et peut revêtir toutes les formes de la lâcheté. Face à une société devenue à ce point pusillanime, la présence d'un homme déterminé et courageux suffit parfois à remettre les choses en place et à faire régner à nouveau l'ordre et la loi. Telle est la morale de High Noon, car rien, en définitive, n'obligeait Kane à redevenir shérif de Haddleyville. Ainsi le film évite-t-il de sombrer dans le manichéisme, chaque personnage ayant quelques bonnes raisons de se refuser à l'affrontement. Par exemple Amy qui a vu son père et son frère disparaître dans des circonstances violentes, ou Helen Ramirez ( Katy Jurado ) qui a été tour à tour la maîtresse de Miller et de Kane, ce qui, pour elle, établit une curieuse relation affective entre les deux personnages.

 

D'autre part, le film bénéficie d'une mise en scène exemplaire, à la fois efficace et dépouillée. "Dans un long métrage comme celui-ci - se plaisait à dire Fred Zinnemann, le temps est un élément capital, aussi ai-je essayé de le dédramatiser avec la pendule qui devient de plus en plus grosse à mesure que le film avance. Le battement a un rythme  de plus en plus lent. Nous avons tourné volontairement les plans au ralenti à mesure que l'on se rapprochait du climax. "  L'importance de ce western sera considérable et représente un formidable exemple d'un travail d'équipe pleinement réussi, du chef opérateur aux acteurs. La composition de Gary Cooper en héros usé, abandonné de tous, y compris de sa jeune épouse jouée par Grace Kelly, alors à son deuxième rôle, est indissociable de l'émotion produite sur les spectateurs. Ce succès a beaucoup contribué à imposer le western comme un genre important dans l'univers du 7e Art. Par contre John Wayne, dont on connaissait le patriotisme pointilleux, reprocha vivement au vieux Coop d'avoir accepté de piétiner son étoile de shérif. A son avis, le prodigieux acteur avait terni sa réputation, ce qui, avec le recul du temps, ne semble pas confirmé.

 
 

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Le train sifflera trois fois de Fred Zinnemann
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27 octobre 2007 6 27 /10 /octobre /2007 08:56

devils-doorway-poster.jpg 

 

   

Peu de films, en dehors de Cheyennes  de John Ford, qui aient abordé avec autant de lucidité et de tristesse le lent anéantissement physique, moral et économique de l'homme indien. Ancien combattant de la guerre de Sécession dans l'armée nordiste où il avait le grade de sergent-major, Lance Poole (Robert Taylor) symbolise l'intégration réussie d'une élite indienne au sein de la communauté blanche. A peine revenu chez lui, il découvre que les principes, qui engendrèrent la guerre civile, sont eux-mêmes bafoués. Les Indiens sont devenus des étrangers indésirables sur leur propre sol à n'importe quel homme blanc. Le médecin ne se dérange même pas lorsque le père de Lance est à l'article de la mort et l'avocat Verne Coolan cherche davantage à exciter la convoitise des éleveurs qu'à trouver des solutions équitables à l'attribution des terres aux uns et aux autres. Lance se voit ainsi dépossédé des siennes manu militari et se retrouve brutalement spolié et abandonné. C'est désormais un homme seul. Mais contrairement à La flèche brisée  de Delmer Daves (1950) qui témoignait d'une certaine espérance - rappelons-nous la belle phrase que l'Indien Cochise prononçe à l'intention de Tom Jeffords : " Peut-être un jour me tueras-tu ? Peut-être un jour te tuerai-je ? Mais nous ne nous mépriserons jamais" - La porte du diable est, au contraire, une oeuvre amère et désespérée. L'amitié de Lance pour Orrie Masters, une jeune avocate qui organise une pétition en sa faveur, ne pourra empêcher l'irrémédiable de se produire et c'est revêtu de son uniforme de sergent-major que le valeureux soldat indien se rendra aux autorités et s'écroulera, blessé mortellement, comme un arbre abattu, incapable de survivre dans un monde qui l'a rejeté.                

 

Tourné alors même que la chasse aux sorcières sévissait, La porte du diable  est un vibrant appel à la paix et à la fraternité et mérite notre estime et notre admiration pour la noblesse de son propos, son lyrisme formel et son combat sans espoir. La tendresse amoureuse d'Orrie Masters (Paula Raymond) et de Lance Poole s'oppose aux tabous de l'époque et prouve, si besoin est, que la Metro-Goldwyn-Mayer agissait en toute liberté et ne craignait nullement d'aborder des sujets brûlants et controversés. Robert Taylor, lui-même, endosse avec courage et fierté le rôle de cet Indien trahi et dépouillé, héros qui personnifie la mauvaise conscience de l'Amérique face au problème indien. N'est-ce pas déjà assuré de sa défaite que Poole murmure à l'oreille de la jeune avocate : - "Ne pleurez pas. Nous n'y pouvons rien. Nous sommes nés cent ans trop tôt" ?"  Inspiré en partie par l'histoire du chef Joseph des Nez-Percés, ce film est le premier western de la carrière d'Anthony Mann qui en tournera de nombreux autres, parmi les plus marquants du genre, dont : L'homme de la plaineWinchester 73 et  Les Affameurs. Poignant de bout en bout, il est un hommage aux Indiens disparus qu'aucune bonne volonté ne parvint à sauver, mais qui surent mourir les armes à la main, ayant, comme Lance Poole, supplié que l'on épargnât les femmes et les enfants. On regarde ce film la gorge serrée parce que rien n'y est grandiloquent. Le scénario, ainsi que la mise en scène et le jeu des acteurs, se révèlent efficaces et sobres et tout s'enchaîne et s'accélère selon une dramaturgie irrévocable, comme si le destin de ce malheureux peuple avait été frappé, dès l'origine, dans le granit d'un mémorial.

 

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  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
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  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


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"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

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