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24 août 2010 2 24 /08 /août /2010 10:07
POETRY de LEE CHANG DONG

        


Dans une petite ville de la province du Gyeonggi traversée par le fleuve Han, Mija vit avec son petit-fils, qui est collégien. C'est une femme excentrique, pleine de curiosité, qui aime soigner son apparence, arborant des chapeaux à motifs floraux et des tenues aux couleurs vives. Le hasard l'amène à suivre des cours de poésie à la maison de la culture de son quartier et, pour la première fois dans sa vie, à écrire un poème. Elle cherche la beauté dans son environnement habituel auquel elle n'a pas prêté une attention particulière jusque-là. Elle a l'impression de découvrir pour la première fois les choses qu'elle a toujours vues, et cela la stimule. Cependant, survient un événement inattendu qui lui fait réaliser que la vie n'est pas aussi belle qu'elle le pensait. Ainsi commence  Poetry,  le beau film d'un cinéaste plein de promesses Lee Chang-dong, dont je vous ai déjà parlé et que je considère comme la tête de file de l'actuelle génération du cinéma coréen, dont le maître incontournable reste Im Kwon-taek. Ce dernier n'a cessé d'interroger, à travers sa centaine de films, la place de l'art et de l'artiste dans la société. Néanmoins, le cinéma coréen revient de loin. De l'occupation japonaise jusqu'en 1945, de la guerre civile ensuite au début des années 50 et de la dictature militaire de 1960 à 1970, époque où l'on tourne volontiers des mélodrames confucéens, il a fallu attendre le lent retour de la démocratie en Corée du sud, à partir de 1986, pour qu'éclose une Nouvelle Vague adepte d'un certain réalisme social. Toujours est-il qu'aujourd'hui, le cinéma coréen affiche une insolente santé, offrant au public des films de qualité, en mesure de rivaliser avec ceux du cinéma international. Et de cela nous nous sommes aperçus, depuis quelques années, lors du Festival du Film Asiatique de Deauville. " Composer une ode à la poésie, à travers le portrait d'une femme excentrique et élégante, arborant chapeaux et robes aux couleurs vives, redécouvrant le goût d'un abricot et s'extasiant devant le chant des oiseaux : un tel projet s'offre aux ricanements, risque des dérapages, de la sensiblerie au ridicule " - écrivait à juste titre Jean-Luc Douin dans le journal Le Monde, après que ce film ait été projeté au Festival de Cannes. Or, il n'en est rien, le cinéaste coréen ayant su éviter les écueils qui risquaient de faire sombrer Poetry dans la mièvrerie. Celui-ci  avait déjà prouvé sa maîtrise dans le passé avec Oasis  (2002) qui brossait un tableau réaliste de la Corée d'alors, et surtout avec le très réussi  Secret Sunshine  (2007), auquel j'avais consacré, lors de sa présentation à Deauville, une critique enthousiaste.

 


Lee Chang-dong est un homme qui s'intéresse à tout puisqu'il n'est pas seulement metteur en scène mais écrivain et fut ministre de la culture dans son pays, et, principalement, aux réalités dérangeantes, aux gens sortant du lot commun, cherchant continûment à traquer la beauté là où l'on est peu habitué à la chercher, un oeil posé sur l'ordinaire et la trivialités des choses, l'autre occupé à découvrir les merveilles enfouies sous une chape d'indifférence, d'où un cinéma aussi peu conventionnel et académique que possible et un ton qui n'appartient qu'à lui et où l'on décèle un authentique talent.
Dans Poetry, Lee Chang-dong attarde son regard sur une grand-mère originale et son petit-fils, adolescent maussade, qui ne pense qu'à surfer sur internet, et vient de participer à l'irréparable avec cinq autres de ses camarades d'école. Aussi, tout au long de son opus, le réalisateur nous propose-t-il des indices pour mieux comprendre le mystère de cette femme aux prises avec un cas de conscience terrible qui déchire sa conscience et la partage entre deux pôles : celui de la justice et celui de la charité. Et cette vieille femme, qui n'est pas sans rappeler celles si touchantes du Lola de Brillante Mendoza, trouvera l'apaisement du coeur et de l'esprit grâce à sa quête anxieuse de la pureté. Interprétée de façon magnifique par l'actrice Yoon Jung-hee, ce personnage émouvant, tout de complexité et peint en camaïeux par une caméra attentive, se tisse d'une intensité humaine d'une rare ferveur. BEAU.

 

Prix du scénario au Festival de Cannes

 

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LISTE DES FILMS DU CINEMA ASIATIQUE

 

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LEE CHANG-DONG, L'AUTEUR PHARE DU CINEMA COREEN

 

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POETRY de LEE CHANG DONG
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11 mars 2010 4 11 /03 /mars /2010 12:02
LOLA de BRILLANTE MENDOZA

                 
Le dernier film du cinéaste philippin Brillante Mendoza  Lola, projeté en ouverture du 12e Festival du Film Asiatique de Deauville, se déroule à Manille, dans un quartier pauvre, inondé par les pluies de la dernière mousson. Là, vit une grand-mère dont le petit-fils vient d'être assassiné. La première scène nous la montre sous la pluie avec l'un de ses petits-enfants qui tente désespérément d'allumer une bougie qu'elle désire déposer à l'endroit même où, la veille, son petit-fils a été poignardé. Mais les rafales de vent, la pluie intense qui tombe en lourdes vagues ne cessent d'éteindre la flamme et nous voyons la vieille femme lutter contre les éléments comme elle a toujours lutté contre les duretés de la vie. Mendoza nous dépeint sa capitale comme une sorte de nasse immense où sont pris en otages de la pauvreté, de l'eau, un petit peuple de gens dignes qui donnent à cette misère une sorte de grandeur. Rien de pleurnichard dans le portrait de ces deux femmes âgées autour desquelles s'articule l'histoire, l'une s'efforçant à surmonter  son deuil, l'autre la douleur de savoir son petit-fils criminel. Elles finiront par trouver un accord amiable qui permettra au jeune délinquant de ne pas s'abimer davantage dans l'atmosphère glauque d'une prison. Tout cela nous est raconté avec un réalisme empreint d'une profonde humanité, par petites touches, en une suite de scènes qui nous fait partager dans les détails les plus banals, mais aussi les plus touchants, le quotidien de ces familles qui luttent afin de survivre au milieu d'innombrables difficultés avec un courage extraordinaire.

 

Aucune complaisance de la part de Mendoza pour solliciter l'émotion du public. Non, la vie y est montrée telle quelle, les visages à nu, malmenés par la vie dure. Lola signifie grand-mère en Tagalog. Il y a une scène où l'une de ces vieilles femmes doit fournir des photos d'identité et, pour ce faire, entre dans une cabine photomaton. Mais sur les clichés, on s'aperçoit qu'elle ferme les yeux et il faut donc recommencer la séance et payer à nouveau 50 pesos. Le symbole sous-jacent n'est-il pas que cette vieille femme s'est refusée à affronter son propre visage et a volontairement baissé les paupières. Il y a ainsi de nombreuses scènes semblables à de délicats pastels, en contre-plan et contre-partie de la description à couleurs vives, à bruits stridents, qui est celle de la ville de Manille, de la population, des éléments qui se déversent en cataractes sur les quartiers grouillants. Celui de Malabon, où se passe le film, est inondé quasiment en permanence et oblige la population à vivre dans des conditions précaires, mais ces malheureux n'ont nulle part où aller, les loyers étant trop onéreux dans des quartiers plus salubres. Malgré ces difficultés, ils parviennent à trouver des solutions à leurs problèmes.



Le film a été tourné à la saison des pluies. Mendoza souhaitant des ciels sombres pour mieux exprimer la douleur secrète des deux grands-mères. Et la pluie, n'est-ce pas les larmes qu'elles cachent et, pour elles deux, n'est-ce pas la saisons des larmes ? Les rôles sont tenus par des actrices professionnelles ; Anita Linda, 84 ans, est Sépa, la grand-mère de la victime ; Rustica Carpia, 79 ans, est Puring, l'aïeule du jeune criminel. Elles semblent avoir été filmées par une caméra invisible tellement elles sont surprenantes de naturel. En présentant son film, Mendoza a insisté sur l'importance du rôle des grands-parents dans la société philippine. J'ai eu du mal - a-t-il avoué - à financer mon film, les  rôles titres appartenant à de vieilles femmes. Des vieilles femmes qui s'avèrent être les piliers des familles, oeuvrent pour le meilleur, sans haine, sans rancoeur et tentent de sauvegarder ce qu'il reste d'humain en ce monde. Au milieu d'une jeunesse captivée par la vie moderne, la drogue, le sexe, la violence, elles sont les gardiennes d'une tradition fondée sur la famille et le respect de l'autre.
Un très beau film, dont l'auteur ne nous a pas caché qu'il lui tenait particulièrement à coeur. J'ai aussitôt pensé qu'il avait dû beaucoup aimer sa Lola...

 

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29 avril 2009 3 29 /04 /avril /2009 08:42
L'ENFANT DE KABOUL de BARMAK AKRAM

                                                    
Dans l'agitation de Kaboul, ville tout ensemble remuante et fantomatique, Khaled, chauffeur de taxi, prend en charge une femme vêtue de sa burka. D'elle, il ne remarque que deux choses : elle est grande et elle a un grain de beauté sur la cheville gauche. Lorsqu'elle descend de sa voiture et se perd dans la foule, elle laisse sur le siège arrière son bébé de quelques mois, enveloppé dans ses langes. Le film va nous conter alors les trois jours que Khaled va vivre pour tenter de retrouver la mère et l'évolution de ses sentiments qui vont, au fil des heures, osciller entre abandon et adoption. En effet, Khaled a cinq filles et pas de fils et comme le lui font remarquer ses amis : Khaled, dans quelques années, cet enfant sera une aide pour toi. Le scénario, auquel a participé Jean-Claude Carrière, est mince et le film pourrait très vite tourner en rond, mais  Barmak Akram,  avec ce premier long métrage  L'enfant de Kaboul (Kabuli Kid), nous offre son oeil de cinéaste pour nous faire visiter sa ville natale et nous permettre de  la découvrir autrement qu'au journal télévisé de 20 heures. Après vingt-cinq années de guerre, le décor est brut de brut, tout en plaies et bosses, noyé en permanence dans un nuage de poussière blanche ou grise, tandis que le fond sonore est assuré par les bruits de rues, les klaxons, les appels des passants, les invites des commerçants ambulants et la musique contemporaine qui a enfin, après les années de silence imposées par les talibans, droit de cité en Afghanistan. Les spectateurs que nous sommes deviennent ainsi les témoins de ces existences rudes, de ces vies saisies sur le vif où règnent la débrouille mais également la misère quotidienne : ici des enfants orphelins, là des amputés et partout des femmes bleues, longues silhouettes qui avancent d'un pas rapide comme si elles avaient autant peur d'elles-mêmes que des autres. Grâce à Khaled nous entrons au sein d'une famille : dans une modeste cambuse vivent le vieux père, l'épouse et les cinq filles. Femme et filles soumises qui savent néanmoins jouer, rire, solliciter un petit présent, et servir les hommes avec grâce et discrétion. Incursion dans le quotidien de ces gens ruinés, en état de survie, dans un pays totalement désorganisé, un chaos indescriptible, l'amoncellement des ruines et où le statut de la femme est le pire qui soit. On se rend compte, à contempler cette immense misère, combien il est préférable d'avoir un fils en Afghanistan. Aussi l'arrivée incongrue de cet enfant mâle dans la famille de Khaled pourrait-elle changer la donne. Tous en sont conscients.
 

Le film permet également de côtoyer différentes institutions avec un regard amusé : l'orphelinat où le manque de moyens invite aux compromis, Radio-Kaboul et ses misérables locaux, enfin les ONG qui tentent, autant que faire se peut, d'apporter une aide aux familles et, principalement, aux enfants. Si bien que ce long métrage est peut-être davantage un documentaire qu'un film. Pas d'histoire émouvante mais un constat, une réalité qui est l'Histoire en elle-même, un voyage, un récit, un témoignage, rythmé par l'ordinaire des jours, une fatalité qui semble parfois esquisser un sourire.



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27 mars 2009 5 27 /03 /mars /2009 10:25
LES 3 ROYAUMES de JOHN WOO

    
 

" Certains combats font l'histoire, d'autres la changent à jamais ".

 

Les 3 Royaumes  de  John Woo  est un film événement à maints égards : tout d'abord pour sa mise en scène époustouflante, son rythme, son audace picturale,  la conduite de l'histoire, l'interprétation, autant d'éléments qui coupent le souffle. Sans être une adepte inconditionnelle des grands spectacles, celui-ci est d'un intérêt, d'une qualité tels, qu'il serait dommage de le manquer, tant on a l'impression d'entrer dans une page d'histoire, de voir le passé se réanimer sous nos yeux avec une incroyable actualité. Le réalisateur est connu des cinéphiles du monde entier depuis longtemps. Ses polars comme Le syndicat du crimeThe KillerA toute épreuve,  ponctués de fusillades dantesques chorégraphiées comme des ballets, l'ont imposé dans les années 80-90 comme un surdoué de la violence irréaliste, adepte d'un langage cinématographique plus proche de la musique que de la simple mise en images. Parti à Hollywood en 1993, il est le seul des cinéastes de HongKong qui ont émigré aux Etats-Unis avant la rétrocession de la péninsule à la Chine en 1997, à avoir fait son trou dans la Mecque du cinéma.  Après avoir signé quelques oeuvres de commande comme Mission impossible 2 et deux films majeurs  Volte-Face  et  Windtalkers,  tous deux avec Nicolas Cage, John Woo est revenu dans son pays natal. La raison principale de ce retour au bercail est une fresque historique Les 3 royaumes (présenté en Chine sous la forme d'un diptyque de quatre heures, le film sort en Europe dans une version de 2 heures 30 remontée par le réalisateur), qui cumule les records du plus gros budget chinois et du plus gros succès de tous les temps, il a même détrôné  Les seigneurs de la guerre .


Un faste spectaculaire a été mis au service d'une histoire mythique, celle de la célèbre bataille de la Falaise rouge, qui opposa, au IIIe siècle, les armées alliées des royaumes de Wu et de Shu à celles des forces impériales, bien plus nombreuses. Même écourté, ce film reste le plus impressionnant de son auteur, un tableau guerrier où s'entremêlent enjeux stratégiques et destins hors normes, littéralement sublimés par John Woo qui, une fois de plus, parvient à faire émerger du chaos des armes, une puissance et une beauté rare. Il est significatif de souligner à quel point la Chine aime à se souvenir de son passé et à le réactualiser avec ce panache, cette grandeur, cette puissance, au point qu'il paraît émerger comme une vague du fond des temps, plaçant désormais sur le marché international le cinéma chinois sur un pied d'égalité avec Hollywood. Dans Les 3 royaumes se succèdent bien sûr de nombreuses scènes de batailles, étourdissantes de maestria, mais il serait injuste de résumer le film de John Woo à la seule action violente. Ce metteur en scène, éduqué dans une école luthérienne, est un fervent chrétien, d'obédience protestante, mais fasciné par l'imagerie catholique et ses guerriers sont le plus souvent des chevaliers au grand coeur défendant la veuve et l'orphelin au péril de leur vie. Son dernier film ne déroge pas à la règle. C'est un film de guerre très réaliste qui parle de courage, d'amitié et de loyauté - dit-il. Ces valeurs obsèdent littéralement John Woo. Conscient qu'on le réduit souvent à la violence présente dans ses films, il tient à préciser : " Je n'ai jamais aimé la guerre, ni la violence qui en découle. Le conflit que je dépeins a eu lieu il y a 1800 ans et pourtant rien n'a changé. Une guerre, c'est toujours une tragédie ponctuée d'horreurs sans véritable vainqueur. Pour autant, je n'ai pas perdu confiance en l'humanité. Je crois l'homme aussi capable de choses magnifiques, comme le sacrifice, la recherche de la beauté et de la vérité". Artisan aussi infatigable que modeste, John Woo aime à se définir comme un cinéaste qui travaille dur et dit vénérer les films de Jean-Pierre Melville, Jacques Demy et Sam Peckinpah. On le croit volontiers. A assister à la projection de son dernier opus, on imagine le travail immense que cela représente, ne serait-ce que pour mettre en images ces batailles pharaoniques. D'autant plus qu'aucun détail n'a été négligé et que chacune des scènes est d'une précision d'horloge et d'une recherche esthétique incomparable.


Héroïsme, romantisme, abnégation, esprit de sacrifice sont donc au rendez-vous tout au long de cette fresque grandiose et épique qui nous plonge au coeur de la civilisation et de la culture chinoises et nous décrit comment dans les années 230/250 de notre ère l'empire du milieu se partagea en trois royaumes et les conséquences qui en découlèrent. John Woo s'est inspiré d'un roman classique chinois, datant du XIIIe siècle, et a resserré son scénario autour de l'épisode clé de la fameuse bataille de la Falaise rouge qui fut déterminant pour l'avenir de la Chine. Un film en tous points réussi et qui démontre, si besoin était encore, ce que le 7e Art est en mesure d'offrir quand il est traité par un maître de l'image.

 

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25 mars 2009 3 25 /03 /mars /2009 11:40
REVES de AKIRA KUROSAWA

                                     

Huit rêves, huit promenades dans l'inconscient, dérives fantasmatiques ou visions prémonitoires, dont le héros est le réalisateur lui-même. Dans les premiers épisodes, l'auteur est encore un enfant, dans les six autres, il est successivement un adolescent, un étudiant, un adulte, un homme mûr puis un vieillard, l'interprète étant un acteur qui lui ressemble : certains de ces rêves proviennent de mon enfance- a déclaré Kurosawa - mais il ne s'agit pas pour autant d'un film autobiographique, plutôt de quelque chose d'instinctif. Rares sont les films dans lesquels le rêve constitue le ressort principal de l'intrigue, nous ouvrant les portes d'une seconde vie chère au poète Gérard de Nerval. Kurosawa l'a osé et exauce ainsi le voeu surréaliste du " jeu désintéressé de la pensée ", faisant, par ailleurs, de cet opus, son oeuvre testamentaire.

 

En voici la teneur :

 

Soleil sous la pluie - A.K. a cinq ans. Perdu dans la forêt, il rencontre un mystérieux cortège nuptial dont les officiants ont des têtes de renard.

Le verger aux pêchers : Fuyant la maison paternelle, l'enfant assiste à un ballet somptueux donné par des figurines impériales dans un verger dévasté qu'elles ont fait refleurir.

La tempête de neige : Une équipe d'alpinistes, dirigée par A.K. jeune homme, est la proie de la cruelle Fée des neiges.

Le tunnel : Un épisode de la guerre, où le capitaine A.K. voit surgir, d'un tunnel gardé par un chien-loup, les fantômes de ses hommes morts au combat.

Les corbeaux :  En visite dans une galerie de peinture, A.K. pénètre dans un tableau de Van Gogh et y rencontre l'artiste en personne, se promenant librement à travers ses toiles.

Le Mont Fuji en rouge : L'explosion d'une centrale nucléaire a embrasé le séculaire Mont. A.K. reste impuissant devant la catastrophe qui provoque la mort de milliers de personnes.

Les démons gémissants : La guerre atomique a ravagé la planète, à présent hantée par des morts-vivants qui se dévorent entre eux.

Le village des moulins à eau : Dans une contrée bucolique, où l'on ignore le progrès de l'industrialisation, un paysan centenaire, féru d'écologie, enterre dans la joie sa compagne de 99 ans...


 

Rien de plus naïf que ces rêves-là qui nous parlent de l'enfance du dormeur, de sa crainte de la mort et de la radioactivité, de sa nostalgie du paradis perdu, du soleil sous la pluie, du Mont Fuji et de la Mère nature. Cinéaste que l'on a pu croire longtemps orienté vers le réalisme, Kurosawa est, en définitive, un lyrique, plus à l'aise dans le monde imaginaire et en parfait accord avec la tradition japonaise du conte fantastique. Souvenons-nous des amants d'Un merveilleux dimanche (1947) échappant au sordide de la vie quotidienne en s'imaginant un avenir meilleur ; du clochard de Dodes'Kaden (1970) qui conduit un tramway fantôme et se voit propriétaire d'une luxueuse demeure, de tels films signent l'oeuvre d'un poète authentique, préoccupé d'une harmonie "homme nature" dont nous avons perdu le secret et qui semble, à Kurosawa, indispensable à retrouver si nous voulons assurer la survie de l'espèce humaine et redécouvrir les valeurs fondamentales de la vie. Croyance utopique, sans doute, qui s'apparente à celle des grands visionnaires chers au cinéaste japonais, Shakespeare et Dostoïevski, en quête, comme lui, d'un havre dans la tempête et qui savent que nous sommes faits de la même étoffe que les songes. Ce souci d'harmonie, cette poésie d'un quotidien transfiguré composent le message spirituel de Rêves, en même temps que sa splendide modernité. Par delà la dénonciation des saccages de l'environnement, du péril nucléaire, de la vanité des conquêtes scientifiques, il y a dans cette oeuvre majeure l'affirmation sereine de la pérénité de la nature et de la toute puissance de l'art, que l'on est en droit d'envisager comme une réalité tangible et où l'on peut, grâce aux facultés infinies de l'imaginaire, s'immerger et se ressourcer. Il suffit de la contemplation d'un arc-en-ciel couronnant un parterre de fleurs sur un fond de montagnes millénaires pour renouer avec la paix intérieure et supputer les possibilités immenses que recèle le monde. Fruit de la tendresse pour le passé, des convictions profondes et du pressentiment d'un avenir funeste de son auteur, ce long métrage, d'une beauté saisissante, prêche avec ferveur pour la protection d'une nature en péril et d'une humanité déboussolée par l'accélération exagérée du progrès.

 

Pour lire l'article consacré à Akira Kurosawa, cliquer sur son titre :

 

AKIRA KUROSAWA OU UN ART PICTURAL EXTREME

 

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REVES de AKIRA KUROSAWA
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18 mars 2009 3 18 /03 /mars /2009 10:41
THE CHASER de NA HONG-JIN

   

Persuadé qu'un tueur en série fait disparaître une à une ses filles, un ex-flic devenu proxénète part à la recherche de la dernière. Il a réalisé, en effet, qu'elles avaient toutes rencontré le même client, identifié par les derniers chiffres de son numéro de portable. Joong-ho se lance dès lors dans une chasse à l'homme persuadé qu'il peut encore sauver Mi-jin. Premier film d'un jeune réalisateur sud-coréen  Na Hong-jin  que le récent Festival du Cinéma Asiatique de Deauville a couronné du Lotus Action Asia 2009, ce polar atypique et débordant d'énergie entraîne le spectateur dans une traque éperdue, où l'horreur et l'action le disputent à l'humour noir et à la tragédie, tandis que se dessine peu à peu le personnage d'un anti-héros cynique aussi peu conventionnel que possible dans une mise en scène un peu brouillonne qui ne permet pas à cet opus de rivaliser avec ses illustres prédécesseurs  Old boy et  Memories of Murder.

 

Ce serial killer terrifiant à maints égards, souvent inutilement violent et très typiquement sud-coréen par sa noirceur, nous fait assister pendant 2h 30 à une chasse à l'homme impitoyable dans les rues tortueuses de Séoul, labyrinthe inextricable visité la plupart du temps de nuit, dans une lumière glauque qui rend encore plus oppressante cette ville tentaculaire. Efficace dans sa peinture sans concession d'une société corrompue, mais présenté selon des critères manichéens excessifs, ce long métrage use du cynisme avec une sombre jubilation. D'autre part, l'oeuvre n'est pas dénuée d'une arrière pensée démagogique, car il est évident que l'auteur ne cesse de pointer du doigt un état incompétent, ainsi qu'une humanité pitoyable et des fonctionnaires pour la plupart véreux, versant dans l'apologie de la justice individuelle. Ainsi  The Chaser  est-il, au final, une histoire cruelle, sans grand espoir de rédemption, un film ténébreux qui nous révèle l'homme sous son aspect  le plus désespérant, donnant le ton a ce que fut, dans l'ensemble, le Festival Asia de Deauville 2009. D'autant que le dernier quart d'heure, qui tire en longueur, nous donne la sensation que l'image, elle-même, finit par s'épuiser. Cet ancien flic marginal endosse donc les maux qu'il a engendrés et seul contre tous tente d'échapper à la poursuite du tueur fou, se heurtant, par ailleurs, au mur infranchissable du système policier. Cette virée nocturne déchaînée se déroule d'un bout à l'autre dans une tension furieuse et animale et vous laisse, à la sortie, anéanti et sonné. 

 

 

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14 mars 2009 6 14 /03 /mars /2009 12:43
SECRET SUNSHINE de LEE CHANG DONG

      

Après la mort de son mari, tué dans un accident de voiture, Shin-ae décide de s'installer dans la ville natale de ce dernier, Miryang, avec son fils June, et de donner des leçons de piano pour survivre. Ce nouveau départ sera néanmoins laminé par le déroulement implacable de funestes événements. June est enlevé et tué par un déséquilibré mental, après que celui-ci ait exigé une rançon de la mère que certains croient riche, car elle a, à un moment, désiré faire l'acquisition d'un bien immobilier. A partir de là, la vie de Shin-ae chancelle et la tragédie la plus noire va submerger l'écran et nous emporter dans son ténébreux limon, sans apporter de réponse à aucune de nos interrogations et signifié, ou mieux symbolisé, le titre du film : " luminosité secrète ". Secret Sunshine  est une implacable étude de moeurs qui renvoie dos à dos la famille (incapable de porter secours à la jeune femme), les voisins (victimes d'a priori et d'hypocrisie), les croyants (eux-mêmes tentés par l'adultère et inhibés dans des rituels enfantins), si bien qu'après avoir cédé à des impératifs religieux insuffisamment structurés, connu toutes les formes du désespoir, cela jusqu'au suicide, la jeune femme comprend que le seul secours à cette fatalité qui semble la poursuivre, ne peut venir ni du ciel trop bleu et trop lumineux, ni de la terre boueuse, saturée d'épreuves, mais d'elle seule. Quant à cet invisible, présent tout au long du film, il n'est autre que l'appel d'amour que Shin-ae incarne et que personne ne semble en mesure de lui donner, pas même le garagiste mal dégrossi et seul personnage qui ait à son égard une réelle tendresse, mais qui ne sait ni l'exprimer, ni la concrétiser, pas plus qu'il n'est apte à vivre auprès d'elle une relation authentiquement amoureuse. Il apparaît ainsi que le drame de Shin-ae n'est pas tant dans les épreuves qu'elle traverse que dans l'incapacité des autres à la comprendre, à lui proposer d'autres solutions que des prières naïves et répétitives et d'ignorer la lumière qui est en elle, flamme vacillante qui ne parvient même pas à l'éclairer personnellement.



L'interprétation de Jeon Do-yeon est digne d'éloges. La jeune actrice habite son rôle avec une ferveur, un engagement total, mais le personnage que le cinéaste lui a demandé d'incarner manque de subtilité, de finesse, il est sans nuances avec des changements d'attitudes et de comportements brutaux que l'on comprend mal. Il y a de la part de cette jeune héroïne, autour de laquelle le film se construit, une rigidité déconcertante, une suite d'apprentissages qui va de faillites en désillusions, frôlant les gouffres à tous moments, en fonction d'états d'âme successifs et paroxysmiques qui nous échappent le plus souvent. Oeuvre non de renaissance mais de survie improbable entre douleur extrême et haine, cette épopée intimiste n'a pas vraiment su m'émouvoir. Trop sombre, trop abrupte, trop concentrée sur une douleur absolue quasi indépassable, celle-ci m'a tenue en lisière. C'est d'autant plus dommage que ce long métrage avait tous les ingrédients pour être un grand film. Mais nous sentons bien que nous devenons avec cet opus les otages d'un flux émotionnel surabondant. Et Dieu dans tout cela ? Filmé sur le mode documentaire frisant la caricature, le point de vue de l'auteur reste sur ce plan tout à fait incertain, car trop simpliste, n'abordant aucune voie de rédemption plausible. Au point qu'aucun interstice de lumière ne s'offre à nous, qu'aucun apaisement ne s'entrevoit, que ce film donne dans l'inconsolable et que l'on sort de la salle hébété par une douleur totalement envahissante.

 

 

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LEE CHANG-DONG, L'AUTEUR PHARE DU CINEMA COREEN



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13 mars 2009 5 13 /03 /mars /2009 10:32

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Qui es- tu ? Je suis la reine des mers du Sud. Alors guéris-moi de mon chagrin.
 

Ivan est russe, son voisin Assan est kazakh. Ils vivent en voisins dans un petit village, mais la vie n'est pas facile pour Ivan qui craint que l'enfant que sa femme vient de mettre au monde ne soit le fils d'Assan, pour la raison qu'il a les cheveux noirs et les yeux bridés. Alors qu'il est blond comme un moujik. Et la vie l'est bientôt davantage, car l'enfant se révèle rebelle et préfère dresser les chevaux sauvages que d'aller à l'école. S'ajoute à ces soucis le peu d'égard et d'estime que la famille d'origine cosaque de sa femme manifeste à son intention. Aussi Ivan, le moujik, ne cesse de ressasser son amertume, de se battre avec son beau-frère, de s'isoler et se disputer violemment avec sa compagne Anna. De désespoir, il se rend chez son grand-père et apprend l'histoire de sa famille. Des nomades qui vivaient sous la yourte, faisaient paître leurs troupeaux, tout en se mélangeant parfois, au hasard des rencontres et de l'amour,  et cela contre la volonté des aînés. Mais ces ancêtres furent décimés par les armées du tsar. Ainsi, des générations partagées entre haine et amour, entre chrétiens et musulmans, européens et asiatiques n'ont -elles cessé de tisser des liens étroits et d'écrire une histoire de passion et de fureur. Heureusement, les chants des mers du sud consolent les hommes affligés, partis à la quête de la paix, en un voyage réel et imaginaire.

 

Ce conte onirique nous fait voyager dans les paysages de l'Asie centrale, une région où les frontières se fondent. Dans les films de Marat Sarulu, le thème du voyage est récurrent.  Mes personnages sont à la recherche de leur voie - déclare le réalisateur. Ils voyagent à travers leurs pays, leurs origines, leurs pensées. Il n'est donc pas question ici d'une simple métaphore du voyage, mais d'un périple intérieur dont la ligne de mire est de se trouver, se retrouver. Marat Sarulu révèle que Chants des mers du sudest l'aboutissement d'un projet entre quatre pays d'Asie centrale, ce qui lui a permis de recueillir plus aisément les fonds nécessaires à sa réalisation, grâce à cette aide partagée. Dès lors, il a pu construire son scénario et tourner ce quatrième long métrage qui fait suite à  In Spe  (1993),  My brother silk road  (2002), Rough river placid sea (2004). La rudesse du thème choisi et son authenticité de traitement frappent et dépaysent d'emblée le spectateur. J'ai bien aimé ce chant sauvage, âpre, d'une terre qui semble ouverte à tous les horizons, tous les brassages, tous les affrontements, toutes les influences, tous les passages. Quelque chose de violent, risible, puis apaisé vous saisit. La beauté est présente, mêlée à la douleur de ne pas être assuré de la route, de s'égarer en ses propres méandres, victime de ces immensités intérieure et extérieure qui, en permanence, voilent leurs contours.


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9 mars 2009 1 09 /03 /mars /2009 11:09
LES CONTES DE LA LUNE VAGUE APRES LA PLUIE de MIZOGUCHI

 

Réalisé en 1953, trois ans avant sa mort,  Les contes de la lune vague après la pluie  est le chef-d'oeuvre de  Mizoguchi,  le film qui résume idéalement sa vision des valeurs essentielles et sa relation avec l'art, souvent narcissique et égoïste, qui se doit de donner une image sublimée de la vie. L'artiste, tel que Mizoguchi le conçoit, doit passer par la beauté qu'il condamne pour atteindre la vérité qu'il défend. Si l'art doit aider à vivre, comprendre, aimer, il reste cependant extérieur, ritualisé, social et décoratif, donc dangereux et mortel. C'est ainsi que le cinéaste japonais l'exprime à travers le personnage du potier Genjuro, nous livrant, dans cet opus, une réflexion sans précédent sur le conflit des désirs masculins et féminins et la finalité inexorable de l'art. Cela, avec une précision et une poésie extraordinaire de la mise en scène. Mizoguchi utilise sa caméra pour y dessiner des plans qui rappellent la pureté des traits de pinceau des maîtres de l'estampe et nous plonge dans le grand art, celui dont les secrets échappent à l'analyse. Jamais de pittoresque vain ou d'anecdotes futiles, mais la vérité sans détours des êtres et des choses. Néanmoins, derrière cette simplicité des cadrages et des mouvements de caméra se cachent une accumulation de détails, de matière, une richesse qui a l'élégance de rester invisible. L'art de Mizoguchi, c'est cela, une simplicité foisonnante. Peu d'effets de caméra, de travellings, mais soudain, quand ils jaillissent en cours de plan, ils ont une fulgurante beauté  - écrivait Jean-Luc Godard, après avoir assisté, émerveillé, à une projection de ces contes de la lune vague. 
 

Ce film se déroule au XVIe siècle, dans un Japon ravagé par des guerres civiles. Dans un village, du nom de Ohmi, vivent pauvrement le potier Genjuro et le paysan Tobei avec leurs épouses respectives Miyagi et Ohama. Mais, alors que les épouses n'ont d'autre ambition que d'être les gardiennes du foyer, les hommes poursuivent des rêves d'enrichissement et de gloire. Tous deux partent à la ville dans l'espoir, pour l'un de vendre ses poteries, pour l'autre de se faire enrôler comme samouraï. Tandis que Tobei est arrivé à dérober à son beau-frère l'argent de la vente afin de s'acheter l'équipement indispensable à sa nouvelle fonction, Genjuro est entraîné par une femme mystérieuse Machiko, dernière survivante d'une riche famille assassinée par les hordes de l'armée de Shibaka, qui lui apparaît comme la femme idéale, avec laquelle il va connaître des plaisirs édoniques et réaliser, plus tard, qu'il a été le jouet d'une illusion. Ainsi l'un est-il la victime de son fétichisme féminin et l'autre le jouet de ses fantasmes de virilité triomphante qui, au final, les jetteront ensemble dans le désenchantement.


Le thème de la rédemption à travers la femme va prendre ici une dimension religieuse encore plus nette que dans  La vie d'Oharu, femme galante.  En effet, la fin se conclut par le triomphe posthume de Miyagi qui, bien que morte, insuffle à son époux, revenu au foyer, le sens des réalités simples et quotidiennes qui sont celles d'une existence en accord avec la vie réelle, et par celui d'Ohama qui elle aussi va permettre à son mari de rompre avec le sortilège de la puissance fictive. D'ailleurs, en gage de sa sagesse retrouvée, ce dernier jettera dans la rivière sabre et armure, symboles dérisoires de toutes les vanités, alors que Genjuro reprendra son métier de potier auprès de son fils et non loin de la tombe de Miyagi qui semble veiller sur eux. Ce film magnifique obtint en 1953 le Lion d'argent à la Mostra de Venise.



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LES CONTES DE LA LUNE VAGUE APRES LA PLUIE de MIZOGUCHI
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27 février 2009 5 27 /02 /février /2009 19:12

La-Vie-d-Oharu-femme-galante.jpg 

 

Au XVIIIe siècle, dans un temple consacré aux mille Boudhas, Oharu, une prostituée vieillissante, croit apercevoir le visage et l'expression du seul homme qu'elle ait jamais aimé. A partir de cette scène d'ouverture, la pellicule, changée en une machine à remonter le temps, va nous conter la vie d'une femme déchue, poursuivie par la fatalité, au point que son parcours ne sera autre qu'une lente descente aux enfers digne de Dante. Tragédie certes, sous son apparence la plus sombre, thème obsédant du malheur sans cesse annoncé et vécu dans une sorte de fatalisme consentant, l'héroïne n'ayant plus qu'un rêve : apercevoir de loin son fils devenu le seigneur des lieux et s'évanouir dans le néant. Oharu est une jeune fille de petite noblesse promise à devenir la femme d'un noble qu'elle n'aime pas, alors qu'un jeune samouraï de sa suite la poursuit de ses avances et l'assure d'un amour éternel. Mais cet amour leur est interdit, le jeune homme étant d'une caste inférieure à celle d'Oharu. Surpris ensemble par la police locale, les amants sont emmenés et livrés à la vindicte du seigneur et de sa cour : Oharu sera chassée de la province ainsi que ses parents ; le samouraï, décapité au sabre.
 


Inspirée d'un roman de Saikaku Ihara, cette histoire va, à partir de là, nous dérouler son impressionnante suite d'événements plus sombres et tragiques les uns que les autres. Revenue chez ses parents, Oharu est inscrite par sa mère à une école de danse et là, remarquée pour sa beauté, elle se retrouve à la cour d'un puissant seigneur, chargée d'être la mère porteuse de l'enfant, que sa femme stérile, ne peut lui donner. Oharu remplira son contrat et donnera un héritier mâle en même temps qu'elle sera répudiée pour ne pas offenser davantage l'épouse légitime. Son père, qui a fait des dettes, supposant que la situation privilégiée de sa fille lui assurerait des rentes à vie, de dépit, la vend comme courtisane à un tenancier de maison close, où sa douceur, son éducation, sa beauté la feront apprécier d'un homme apparemment riche qui désire la racheter et en faire son épouse, mais se révèle être, par la suite, un faux-monnayeur. Si bien qu'après ce nouvel échec, ses parents la recommande à une femme qui cherche une servante de confiance pour la raison qu'elle cache à son mari un secret : elle est devenue chauve à la suite d'une maladie et dissimule cette calvitie sous des postiches savamment coiffés, d'où la discrétion qu'elle exige de celle qui sera chargée de cette tâche. Oharu va s'en acquitter avec soin jusqu'à ce que le mari se souvienne l'avoir aperçue dans la maison close. L'épouse, folle de jalousie, exige son départ mais, entre temps, Oharu a rencontré un employé du mari avec lequel elle s'associe et se livre au commerce des éventails. Bonheur fugitif pour cette jeune femme qui se sent enfin appréciée, mais bonheur bientôt brisé par la mort du compagnon tué dans la rue par un voleur. De désespoir, Oharu accepte l'hospitalité de nonnes et espère redevenir une femme respectée jusqu'au moment où l'un de ses anciens créanciers abuse d'elle. Chassée du monastère, elle se fait chanteuse de rue et sera finalement recueillie par des prostituées de bas étage mais au coeur généreux. La boucle est bouclée, Oharu est retombée dans sa condition antérieure : celle d'une femme de petite vertu que l'on montre du doigt tant elle représente la déchéance inéluctable où conduisent, tout ensemble, les faiblesses de la chair et l'effroyable rigidité des moeurs de l'époque. La dernière image nous reconduit au temple des mille Boudhas, ces dieux masculins auprès desquels les prostituées, dans un éclat de rire, reconnaissent les expressions de leurs divers amants. Scène d'une grande puissance qui frappe parce que ce rire déchirant et, ô combien tragique, exprime la souffrance de ces malheureuses victimes d'une gente toute puissante qui les a réduites à n'être que des esclaves méprisées et humiliées. L'amour leur a été refusé ; elles ont été monnayées comme des objets et ont subi successivement l'autorité d'un père, ensuite celle d'un amant, d'un souteneur ou d'un mari.

 

A travers le destin d'Oharu, Kenji Mizoguchi nous montre comment l'organisation sociale d'une société féodale repose sur la toute puissance masculine. Il déroule son oeuvre comme un long poème servi par une mise en scène sobre et rigoureuse, captivante comme un diamant noir aux funèbres éclats. Comme toujours, chez ce cinéaste,  ardent défenseur de la cause féminine, le mâle ne respecte qu'occasionnellement ses devoirs les plus élémentaires, les règles traditionnelles nippones lui ayant octroyé des privilèges seigneuriaux.  La vie d'Oharu, femme galante est sorti en 1952 et dénonçait ces abus, encore fréquents, dans l'Empire du Soleil Levant  à l'égard du beau sexe et eut, pour principal mérite, avec des moyens financiers dérisoires, de propulser le cinéma japonais sur le devant de la scène internationale en obtenant le Lion d'Or au Festival de Venise de la même année. Ainsi le cinéaste livrait-il au monde un message universel et bouleversant qui sonne toujours aussi juste aujourd'hui où, un peu partout sur notre planète, des femmes sont encore monnayées et maltraitées. L'actrice Kinuyo Tanaka joue dans la tradition des actrices du muet ce rôle peu bavard, tout en expressions pathétiques et en une gestuelle douloureuse de femme écrasée par son destin.

 

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  • : LA PLUME ET L'IMAGE
  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
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  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

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