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11 novembre 2010 4 11 /11 /novembre /2010 09:34
POTICHE de FRANCOIS OZON

           
Oui, on rit et on s'amuse beaucoup à assister au dernier opus de François Ozon "Potiche", qui fait la une de tous les journaux et jouit d'une promotion pour le moins omniprésente sur les médias  (le résultat, salle pleine en plein après-midi) et  que le cinéaste, s'inspirant de la pièce de boulevard de  Barillet et Grédy où triompha pendant des mois, sinon des années, la truculente Jacqueline Maillan, relooke pour l'adapter au grand écran, profitant de l'occasion pour adresser quelques oeillades amusantes à la vie politique actuelle. Pour mettre tous les atouts dans son jeu, Ozon a convié à ce rendez-vous des acteurs dont la renommée n'est plus à faire : en premier lieu Catherine Deneuve, qui reprend le rôle de Jacqueline Maillan en lui apportant son charme et sa féminité, et qui m'a très agréablement surprise dans ce rôle à contre-emploi, plein de malice et d'humour, dans lequel elle semble s'être coulée sans peine, assumant son âge avec une sereine désinvolture ; Fabrice Luchini épatant dans celui d'un patron et mari détestable à souhait ; la ravissante Judith Godrèche qui s'est fait la tête de Farrah Fawcett, une drôle de dame de l'époque ; Jérémie Rénier qui s'est voulu une ressemblance surprenante avec Clo Clo, autre clin d'oeil aux années 70, sans compter les parapluies que produit l'usine de sieur Luchini et qui ne sont autres qu'un hommage délicat de Ozon à la délicieuse Catherine Deneuve des "Parapluies de Cherbourg" ; Karin Viard en secrétaire trop zélée, et, enfin, Gérard Depardieu, dont la surcharge pondérale est telle, qu'on a quelque peine à croire qu'il séduisit un jour la belle patronne dans un chemin creux de campagne. Il y a, c'est vrai, quelques invraisemblances qui auraient pu être évitées et qui enlèvent de la crédibilité à un film, par ailleurs, assez bien ficelé.  

 

En 1977, dans une province de la bourgeoisie française, Suzanne Pujol est l'épouse popote et soumise d'un riche industriel Robert Pujol. Il dirige son usine de parapluies d'une main de fer et s'avère aussi désagréable et despote avec ses ouvriers qu'avec ses enfants et sa femme, qu'il traite comme une potiche. À la suite d'une grève et d'une séquestration de son mari, Suzanne se retrouve à la direction de l'usine et se révèle, à la surprise générale, une femme de tête et d'action qui va prendre une juste revanche à ses frustrations en cautionnant les revendications sociales de ses employés. Mais lorsque Robert rentre d'une cure de repos en pleine forme, tout se complique...je ne veux pas en rajouter pour vous laisser la surprise de la chute qui illustre avec drôlerie la libération des moeurs et l'ascension irrésistible des femmes. Il y a là encore un clin d'oeil aux ambitions présidentielles récentes d'une Ségolène Royal, dont on sait que Ozon avait soutenu la candidature. Tout cela pimenté de dialogues qui font mouche, dont cette phrase à l'adresse de la femme charismatique qu'est devenue Madame Pujol, de la part d'un mari débordé par les événements : La potiche n'était pas une cruche. A propos de potiche, un journaliste n'a pas hésité à dire à François Ozon qu'il était un rien gonflé d'avoir offert à une actrice comme Deneuve, qui est devenue une icône du 7e Art, un rôle de potiche. A cela, le metteur en scène a répondu que Deneuve était le contraire d'une star recluse dans sa cage dorée, mais une femme libre, qui aime boire, manger, sortir et faire ses courses comme tout le monde, une femme vivante, drôle, ancrée dans la réalité et très différente de l'image que l'on se fait d'elle.  Preuve est donnée. Un divertissement plaisant pour une soirée sans autre but précis.  

 


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4 novembre 2010 4 04 /11 /novembre /2010 09:52
LA PRINCESSE de MONTPENSIER de BERTRAND TAVERNIER

        

1562, alors que la France est sous le règne de Charles IX, les guerres de religion font rage. Depuis son plus jeune âge, Marie de Mézières aime Henri, duc de Guise, mais elle est contrainte par son père d'épouser le prince de Montpensier. Son mari, appelé par Charles IX à rejoindre les princes dans leur guerre contre les protestants, la laisse en compagnie de son précepteur, le Comte de Chabannes, loin du monde, au château de Champigny. Elle tente en vain d'y oublier sa passion pour Guise, mais devient malgré elle l'enjeu de passions rivales et violentes auxquelles vient se mêler le duc d'Anjou, futur Henri III.



On connait la passion de Bertrand Tavernier pour l'histoire qu'il a toujours servie au mieux à travers un nombre conséquent d'oeuvres brillantes. A l'aise dans la description du Moyen-Age (le magnifique et vénéneux La passion Béatrice), des turpitudes de la Régence (Que la fête commence), de la Première Guerre mondiale (La vie et rien d'autre et Capitaine Conan) ou même de la Seconde (Laissez passer), le metteur en scène a eu, pour habitude, de s'entourer des meilleurs spécialistes afin de donner la vision la plus réaliste possible des époques passées. Mais cette fois, l'inspiration n'étant probablement pas au rendez-vous, il peine à dépeindre l'époque complexe et difficile du XVIe siècle, qui s'est tristement illustrée par les guerres de religion entre catholiques et protestants, pas plus qu'il ne parvient à éviter les clichés habituels sur la Saint Barthélémy et sur la haine entre les religions rivales. Si, dans sa reconstitution assez superbe sur le plan de l'imagerie, le cinéaste n'élude en rien la violence inhérente à l'époque, il n'arrive pas à en saisir les thèmes clés et les moments phares. De même qu'il peine à nous restituer le climat psychologique de l'oeuvre de Madame de La Fayette qui, en quelques pages et un art consommé du raccourci et de la concision, trouvait le moyen de nous faire partager l'évolution des sentiments de ses personnages, alors que Tavernier s'y perd et, en deux heures quinze de spectacle, nous plonge dans un assemblage baroque de scènes qu'il a bien du mal à relier les unes aux autres. D'où le peu de conviction qui émane de ce long métrage aux thèmes anachroniques par rapport aux attentes d'un public contemporain. Il y a aussi de nombreuses invraisemblances, par exemple la scène où le comte de Chabannes entre dans la chambre des jeunes Montpensier, et où la jeune mariée sort de son lit dans le plus simple appareil, ce qui était impensable à l'époque de la part d'une jeune femme de ce rang. Mais le spectacle est sauvé en partie par la beauté de la mise en scène, bien que très classique et sans innovations particulières, et par la splendeur des costumes dus au talent de Caroline de Vivaise.

 

Compte tenu de ces insuffisances, il n'est pas certain que le public se passionnera pour les mésaventures sentimentales de cette femme mariée que tous les hommes de son entourage tentent de séduire, d'autant que le réalisateur n'a pas su maintenir une tension dramatique suffisante. Bertrand Tavernier nous avait habitué à mieux. Si la première heure accroche le spectateur par l'inscription de ce destin particulier dans la grande Histoire, on est peu à peu déçu que le scénario se concentre de plus en plus sur les affaires sentimentales de l'héroïne, en délaissant certains personnages pourtant plus intéressants (celui du comte de Chabannes, interprété avec beaucoup de finesse par Lambert Wilson). Dès lors, on se lasse des multiples hésitations des protagonistes que Bertrand Tavernier ne nous rend proches à aucun moment. Réalisé avec un soin méticuleux, servi par la belle musique de Philippe Sarde et par des images riches en références picturales, La princesse de Montpensier souffre également d'un casting désastreux. Si Mélanie Thierry, bien qu'elle ne soit pas le personnage, davantage teen-ager que princesse du XVIe, Lambert Wilson et le jeune Raphaël Personnaz (sans doute la révélation du film) s'en sortent avec les honneurs, on ne peut en dire autant d'un Gaspard Ulliel peu convaincant en fougueux de Guise et, ô combien pire ! de Grégoire Leprince-Ringuet qui, avec son physique d'éternel adolescent et sa voix fluette, n'arrive à aucun moment à nous persuader qu'il est un Bayard sans peur et sans reproche, jaloux de l'attrait que suscite sa belle épouse. Et puis ces jeunes acteurs n'ont aucune diction et nombre de dialogues sont quasi inaudibles...Inégal, mais non dénué de fulgurances (les séquences intimes entre Mélanie Thierry et Lambert Wilson, notamment, sont parmi les meilleurs moments du film), La princesse de Montpensier a du mal à emporter l'adhésion - du moins la mienne - et ce film n'a, à mes yeux, qu'un seul mérite : l'envie de me replonger dans l'oeuvre de Madame de La Fayette qui savait dire en peu de mots ce que le cinéaste n'a pas su exprimer en un flot d'images.

 

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19 octobre 2010 2 19 /10 /octobre /2010 09:43
ELLE S'APPELAIT SARAH de GILLES PAQUET-BRENNER

                

Il y avait tout à craindre d'un film qui traitait d'un sujet aussi émotionnel que celui-ci, où l'on assiste à l'arrestation d'une femme et de ses enfants par la police française en août 1942, à l'enfermement d'un petit garçon dans un placard et des conséquences inévitables qui s'en suivront, scénario tragique s'il en est,  inspiré du roman éponyme de Tatiana de Rosnay, dont on se souvient qu'il fût un best-seller. Par chance, il faut reconnaître à Gilles Paquet-Brenner qui, coup sur coup, avait produit deux navets, d'avoir su se ressaisir et nous offrir aujourd'hui une oeuvre mâture à l'imagerie sobre et pudique. Film sur la culpabilité et la quête d'un pardon que l'on a bien du mal à susciter,  Elle s'appelait Sarah  raconte l'histoire d'une journaliste américaine installée en France, Julia Jarmond, chargée d'enquêter sur l'épisode dramatique de la rafle du Vel'd'Hiv, à la suite de la position que le Président de l'époque, soit Jacques Chirac, avait choisi d'assumer sur la part de responsabilité qui incombait à l'état français et qui va progressivement s'investir personnellement dans cette enquête. Pour quelles raisons ?  Simplement, parce que, ce qui ne devait être qu'un article se transforme en un enjeu personnel, une prise de conscience de l'horreur de la shoah, et surtout le dévoilement de l'implication de sa propre belle famille dans le destin d'une famille juive sacrifiée. Les scènes se succèdent entre épisodes du passé et du présent et s'emboîtent sans fausse note les unes dans les autres, donnant à cet opus une densité et un intérêt croissant, ainsi qu'un rythme soutenu et bien dosé. Belle réussite que cette construction à deux thèmes, surtout si l'on tient compte des clichés, des invraisemblances et des pièges qui ne pouvaient manquer d'encombrer un tel narratif ; mais Gilles Paquet-Brenner a eu le bon goût et l'habileté de les éviter en partie, nous faisant grâce des boursouflures qui chargeaient lourdement un précédent film sur un sujet semblable :  La rafle.  

 

Le film doit beaucoup, d'une part, à l'interprétation magistrale de Kristin Scott Thomas, émouvante d'un bout à l'autre, nous donnant à comprendre et à partager le cheminement qui va changer sa vie et conférer à celle-ci un autre sens, d'autres perspectives, la faisant naître à elle-même comme une femme différente, plus responsable, plus humaine et, d'autre part, à celle de Mélusine Mayance, la petite fille qui incarne Sarah enfant de façon sensible et juste. Un film grave et de facture classique, qui n'évite pas totalement les clichés et les poncifs, mais délivre un beau message sur l'importance du devoir de mémoire sans céder à la sensiblerie. Et Dieu sait que, chaque semaine qui passe, nous  propose de nouveaux  devoirs de mémoire, s'entend ! 


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20 septembre 2010 1 20 /09 /septembre /2010 08:20
DES HOMMES ET DES DIEUX de XAVIER BEAUVOIS

Un monastère perché dans les montagnes du Maghreb, dans les années 1990. Huit moines chrétiens français vivent en harmonie avec leurs frères musulmans. Quand une équipe de travailleurs étrangers est massacrée par un groupe islamiste, la terreur s’installe dans la région. L'armée propose une protection aux moines, mais ceux-ci refusent. Devraient-ils partir ? Malgré les menaces grandissantes qui les entourent, la décision des moines de rester coûte que coûte, se concrétise jour après jour.


Ce film s’inspire librement de la vie des moines Cisterciens de Tibhirine en Algérie de 1993 jusqu’à leur enlèvement en 1996.
 

Le dépouillement, la lenteur, l'exigence spirituelle dont le film rend compte, la beauté des paysages sont beaucoup dans sa réussite, sans oublier la remarquable performance des acteurs. D'ailleurs Lambert Wilson avait tenu à expliquer cette justesse de leur démarche à rendre évidente les exigences cisterciennes qui privilégient le silence et la contemplation, sans oublier le travail de la terre, la communion par le chant, l'aide aux démunis, les soins prodigués aux malades et la fraternité avec les hommes, disant :

"Curieusement, cette fusion qu'ont ressentie les moines, nous l'avons aussi vécue. Nous avons fusionné dans les retraites et fait des chants liturgiques. Le chant a un pouvoir fédérateur". Tandis que le metteur en scène confiait à un journaliste : "Sur ce tournage, j'ai passé parmi les deux plus beaux mois de ma vie. Tout était simple, limpide, facile, évident, étrange et beau. Oui, l'esprit de Tibéhirine a soufflé sur nous. Il existe. J'espère qu'il touchera le Festival et fera du bien à tous".

 

Pari tenu. Un film qui vous réconcilie avec le 7e Art, parfois mis à mal par des productions médiocres. Deux heures de mise... en grâce. Remarquable. Et la présence émouvante d'un acteur qui vient de nous quitter : Michael Lonsdale.

 

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DES HOMMES ET DES DIEUX de XAVIER BEAUVOIS
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2 septembre 2010 4 02 /09 /septembre /2010 10:25

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Enigmatique, indépendante, solitaire, telle apparait l'oeuvre de Jean-Pierre Melville mort en 1973 à l'âge de 56 ans, dont les films cherchent quel sens donner à l'humain et échappent à la classification traditionnelle. Le cinéaste, lui-même, ne se livrait qu'à de rares confidences et restait d'une discrétion remarquable lorsqu'on l'interrogeait sur la signification de ses films, qui frappent par leur beauté crépusculaire et glacée. Il a cependant accordé un long entretien à Rui Nogueira où il rapporte ceci qui nous éclaire sur le langage cinématographique qui fut le sien : " Le créateur idéal est celui qui a forgé une oeuvre exemplaire, une oeuvre qui sert d'exemple. Non pas d'exemple de vertu ou seulement de qualité, non pas dans le sens où l'on dit quelqu'un d'exemplaire parce que tout ce qu'il a fait est admirable, mais dans ce sens où ce qui est exemplaire, pour un créateur, c'est que tout ce qu'il a conçu soit condensable en dix lignes, de vingt-cinq mots chacune, qui suffisent à expliquer ce qu'il a fait et ce qu'il était." Melville donne ici une définition parfaite de ce que devrait être l'art cinématographique - un art narratif par l'image, non par le discours.
 

Né le 20 octobre 1917 à Paris, Melville, de son vrai nom Jean-Pierre Grumbach, n'a que sept ans lorsqu'on lui offre, à l'occasion d'une fête, une Pathé Baby avec laquelle il commence à filmer tout ce qui passe à portée de son objectif. Cela suffira pour qu'il noue avec le cinéma une passion qui ne le quittera plus. Dès qu'il est en mesure de voler de ses propres ailes, il ne manque aucune sortie de films et contracte avec le "milieu" des relations qui inspireront nombre de ses réalisations futures. Mais des événements graves vont bientôt changer sa vie. En 1940, témoin de la défaite militaire, il s'engage dans la France Libre, prend le pseudonyme de Melville et rejoint le général de Gaulle à Londres. Il participera à la campagne d'Italie et reviendra à la vie civile après une guerre exemplaire. C'est alors qu'il embrasse la carrière de cinéaste avec une détermination dont rien ne pourra le détourner. Ainsi réalise-t-il un court métrage avec de la pellicule allemande passablement défraîchie : "Vingt-Quatre heures de la vie d'un clown". Il a déjà en tête le projet de porter à l'écran le chef-d'oeuvre de Vercors "Le silence de la mer"  qui avait été publié en 1942 par les Ed. de Minuit, maison clandestine créée par le Comité National des Ecrivains. Encore lui faut-il obtenir l'accord de l'auteur, ce qui ne sera pas aisé, mais Vercors finira par accepter à la seule condition que le film recueille l'aval d'un jury constitué de personnalités de la Résistance.
 

Le cinéaste, qui fait figure de précurseur de la Nouvelle Vague, en devançant les préoccupations de ses futurs adeptes d'imprimer à un film son style personnel, débute le tournage dans des conditions extravagantes : absence d'autorisations officielles, moyens techniques réduits, dix-neuf types différents de pellicule. Rien, néanmoins, ne parviendra à le décourager et il mènera sa difficile entreprise à son terme, obtenant même l'autorisation de tourner dans la maison qui avait inspiré l'écrivain. Ce film est, sans aucun doute, celui qui exprime le mieux l'esprit de résistance, en particulier grâce à l'interprétation de Howard Vernon qui offre ici un portrait d'officier érudit et musicien, tout en finesse et retenue.
 

Le succès fut immédiat et le film obtint l'unanimité des résistants, à l'exception des communistes, qui ne pardonnèrent jamais à Melville d'avoir tourné en marge d'un système professionnel dominé par la C.G.T. et sans l'accord du CNS. C'était la première fois que l'on tentait d'ébranler les structures syndicales omniprésentes et dictatoriales de la production française. Avec ce long métrage sobre et maîtrisé et d'une grande pureté d'écriture, on peut déjà reconnaître la puissance et l'originalité du style du cinéaste de "Un flic" et du "Samouraï" : mise en scène rigoureuse et volontairement distante, direction d'acteurs précise, dépouillement visuel qui ne s'embarrasse d'aucun élément superflu, ce qui n'était pas habituel dans un cinéma français encombré par l'anecdotique.
 

Avec ce film à huit-clos, qui se déroule presque entièrement dans une pièce, le salon, créant une concentration propice au confinement des personnages et jouant admirablement des ressources du clair-obscur, Melville amorce, de façon éclatante, une filmographie qui se distinguera par son savoir-faire et son intelligence. Ainsi les profils des trois personnages sont-ils saisis en un savant contre-jour, ce qui permet de cacher les yeux. C'est une habileté qui autorise le cinéaste à rendre plus intense ensuite le regard de la jeune fille et à atteindre un paroxysme de tension entre elle et l'officier allemand, lors de leur ultime rencontre, où le gros-plan s'attarde sur ses yeux et révèle, avec une force inouïe, le sentiment inavoué qu'elle éprouve pour l'étranger. Il y a donc une progression, tout autant dans l'importance du regard, que dans celui du silence qui s'épaissit et procure à ce drame intime sa puissance et son retentissement.
 

Le silence est le seul moyen dont disposent le vieil oncle et sa nièce de manifester leur hostilité à l'officier allemand installé dans leur maison. Cependant, cet hôte indésirable est un homme délicat, cultivé, amoureux de la France et qui, chaque soir, leur rend visite pour les entretenir de ses diverses réflexions, se voyant opposer un silence glacial. Un jour, il part visiter Paris, le rêve de sa vie, mais revient bouleversé par le spectacle que lui ont offert les occupants en poste dans la capitale et la prise de conscience qu'il a été amené à faire de la réalité atroce de l'idéologie nazie. Ebranlé dans ses convictions humanistes, il demande sa mutation dans une unité combattante où il trouvera la mort, une mort héroïque. Il quitte la maison et ses hôtes sans qu'un  mot  n'ait été échangé, mais le regard, presque insoutenable, que lui adresse la jeune fille, l'assure de l'essentiel : son sentiment a été partagé. Cette magnifique ode au silence montre à quel point le non-dit parvient à être plus éloquent que le dit. L'oeuvre de Vercors sort magnifiée par la splendeur du film, réussite exceptionnelle et correspondance sans égale entre un romancier et un cinéaste. S'ajoute à cette réalisation de tout premier ordre un message d'espérance qui sut être entendu, quelques années plus tard, par des hommes comme de Gaulle et Adenauer. Tous deux avaient compris qu'il était préférable, pour leurs peuples, de joindre leurs compétences que d'additionner leurs faiblesses.
L'un des plus beaux films du cinéma français.

 

Afin de prendre connaissance de l'article consacré au cinéaste, cliquer sur son titre :

 

JEAN-PIERRE MELVILLE OU L'OEUVRE AU NOIR


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26 août 2010 4 26 /08 /août /2010 09:22
ASCENSEUR POUR L'ECHAFAUD de LOUIS MALLE

                                        

Après avoir débuté dans la mouvance de la Nouvelle Vague, Louis Malle, né le 30 octobre 1932 dans une riche famille de producteurs de sucre, s'en détachera rapidement et affichera une totale indépendance d'esprit. Pendant la guerre, il se trouve dans un collège de Carmes à Fontainebleau et puisera dans ses souvenirs d'une France occupée la matière de ses films sur l'univers de l'adolescence confronté à une actualité brutale, de même qu'à ses problèmes cardiaques et à sa convalescence, l'inspiration d'un film comme "Le souffle au coeur".  Après des études à l'IDHEC, Louis Malle accompagne pendant trois ans l'équipe du commandant Cousteau pour les prises de vues sous-marines du "Monde du silence" (1955) qui reste un modèle du genre. Sa carrière personnelle commence en 1957 avec "Ascenseur pour l'échafaud",  un thriller psychologique où il n'est pas sans subir les influences conjointes de Robert Bresson, dont il avait été l'assistant dans  "Un condamné à mort s'est échappé",  et de Hitchcock qu'il admirait comme presque tous les jeunes réalisateurs de l'époque. Avec ce film, réalisé alors qu'il n'avait que vingt-quatre ans, il remporte le prix Louis-Delluc 1957 et enchaîne aussitôt un second film qui fera beaucoup parler de lui :  Les Amants.   Avec son troisième film ,  "Zazie dans le métro",  il va plus loin encore dans l'anticonformisme, tout en conservant une grande maîtrise de la pellicule que certains jugeront trop expérimentale. Dans les années 70, il se fixe aux Etats-Unis et se trouve à nouveau au coeur d'une cabale, comme il l'avait été précédemment avec  "Lacombe Lucien" , ce qui l'avait enclin à quitter provisoirement la France. En effet,   "La Petite"  sèmera l'émoi parmi les censeurs, bien que le sujet, certes très provocant, ait été traité avec doigté, grâce à une habile mise en scène. Si Malle pratique un classicisme fait de pudeur et de sensibilité, il se plait à déranger, faisant en sorte que ses films les plus importants incitent au débat ou du moins au questionnement sur les valeurs morales, abordant des thèmes volontairement contestables ou litigieux  et se retirant au moment de la conclusion, de façon à laisser son spectateur seul juge.
 

 

Avec "Ascenseur pour l'échafaud", il débute une carrière en dents de scie qui le consacrera comme un cinéaste original et atypique, usant d'une grande maîtrise technique. Le film est inspiré d'un roman sans éclat de Noël Calef (Echec au porteur) qu'il impose au romancier Roger Nimier,  malgré son peu d'enthousiasme. Co- scénariste de l'adaptation, ce dernier juge sans grand intérêt ce thriller bâclé. Mais, grâce à la qualité des dialogues, à l'intelligence de la caméra, à l'interprétation de Jeanne Moreau, dont c'était là les débuts, et de Maurice Ronet, enfin à la musique de Miles Davis, le film se révèle saisissant et efficace. Malle, qui a travaillé dans le monde silencieux et clos des fonds sous-marins, nous plonge dans un univers confiné, non seulement celui de l'ascenseur où le héros se trouvera prisonnier pendant un week-end, mais celui de l'enfermement psychologique auquel sont condamnés des personnages voués à une passion sans issue. Ainsi voit-on  Jeanne Moreau  déambuler dans un Paris nocturne, isolée dans sa détresse comme l'est son amant dans l'ascenseur. La voix off, qui est sensée être sa voix intérieure, répète inlassablement les mêmes phrases tel un lamento, la cantate affolée du désespoir.
 

 

Jeanne est Florence Carala, l'épouse d'un industriel en armement pour lequel Julien Tavernier (Maurice Ronet)  travaille. Or Julien est l'amant de Florence et  leur passion est si forte, si grand leur désir de la vivre au grand jour, qu'ils décident de supprimer l'encombrant mari. Julien va s'en charger et planifie le crime parfait à un détail près : il a laissé sur les lieux un indice compromettant, la corde qui lui a permis d'accéder au bureau de son patron. Alors qu'il retourne dans l'immeuble récupérer l'objet, l'ascenseur tombe en panne et va le retenir dans la cabine durant tout le week-end. Florence, qui l'attend dans un café voisin, s'affole et erre dans les rues, supputant les hypothèses les plus délirantes. Pendant ce temps, un couple de jeunes malfrats en goguette vole, devant la porte de l'immeuble, la belle décapotable que, dans sa hâte, Julien a garée le long du trottoir le moteur allumé. Le scénario s'accélère ensuite et enchaîne les rebondissements qui conduiront Julien à être démasqué, jugé, condamné et mené à l'échafaud. Sur ces images, d'autant plus sombres que le film est tourné en noir et blanc, le trompettiste Miles Davis improvisa en direct une musique inoubliable qui donne au film une part de sa force et de son impact. Avec la cavale des jeunes délinquants, Malle annonce le style de la Nouvelle Vague qui émergera l'année suivante avec  "Le beau Serge"  de Chabrol et  "A bout de souffle"  de Godard. Malgré cela, le film fut jugé sévèrement par ces cinéastes débutants, dont certains avaient la dent dure et ne craignaient pas d'afficher des opinions à l'emporte - pièce dans les fameux Cahiers du Cinéma, pour deux raisons : son classicisme excessif et son refus du pittoresque. Si bien qu'ils firent en sorte que Malle fut, en quelque sorte, étranger aux innovations de l'époque. Et il est vrai que le réalisateur a toujours fait cavalier seul, se refusant à subir les influences et à suivre les modes, affirmant, au fur et à mesure de sa production, une écriture cinématographique très personnelle.

 

Enfin je ne voudrais pas conclure cet article sans mentionner le jeu des deux principaux interprètes qui trouvent, l'un et l'autre, des rôles à la mesure de leur talent. Jeanne Moreau, dont c'était les débuts - elle enchaînera aussitôt avec le second film de Malle : "Les Amants"  dévoile d'ores et déjà la palette de ses dons qui fera d'elle l'une des plus grandes actrices de sa génération. Le metteur en scène aime à s'attarder sur son visage sans maquillage, ravagé par la passion et le désespoir, qu'elle exprime avec une sensibilité frémissante. Quant à Maurice Ronet, il habite son rôle avec le pessimisme, l'ironie qui feront de lui l'une des figures les plus attachantes des années 50. " Ma génération a été mise en contact très jeune avec la dérision de certains sentiments et de certaines idées. J'avais dix-sept ans à la fin de la guerre, je n'ai pas eu à prendre parti. Je ne serai jamais un ancien combattant. Cette disponibilité, qui rend marginal, engendre l'humour, un humour peut-être désespéré " - disait-il. C'est justement le rôle d'un ancien combattant, officier parachutiste rendu à la vie civile, qu'il est chargé de camper dans "Ascenseur pour l'échafaud", personnage auquel il confère une résignation pathétique devant l'inéluctable. Le film de Louis Malle traduit avec une intuition remarquable le malaise qui, à l'époque, commençait à s'insinuer dans certains esprits : la France venait de perdre l'Indochine, l'empire se désagrégeait et la guerre d'Algérie s'enlisait dans l'impasse. Aussi, grâce aux dialogues percutants de Roger Nimier, Maurice Ronet incarne-t-il, avec un naturel confondant, cet homme dont le système de valeurs est en train de s'effondrer, le laissant seul et sans défense devant les pièges des sentiments.

 

Pour lire l'article consacré à Jeanne Moreau, cliquer sur son titre :    JEANNE MOREAU 

 

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ASCENSEUR POUR L'ECHAFAUD de LOUIS MALLE
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30 juin 2010 3 30 /06 /juin /2010 09:29
MORTELLE RANDONNEE de CLAUDE MILLER

                        

L'oeil a plus de ressource qu'on ne le croit. Non seulement il épie, il surprend, il caresse, il photographie, mais il accommode sa vision selon ce qui l'arrange et ce qu'il désire. Dans Mortelle Randonnée de Claude Miller (1982), l'Oeil (interprété par Michel Serrault), sobriquet donné à un détective privé, se lance à la poursuite d'une meurtrière (Isabelle Adjani) qu'il croit être sa fille, perdue de vue depuis vingt ans, à la suite de son divorce, et dont il n'a conservé qu'une petite photo d'écolière. Après l'avoir harcelée, il va tenter de la protéger, éliminant ceux qui l'approchent, principalement l'aveugle (Sami Frey) qui souhaite l'épouser. Catherine, tel est le nom de la jeune meurtrière qui assassine ses amants en leur chantant " La Paloma", va tenter de tuer l'Oeil afin de s'en délivrer, mais celui-ci a recours à un leurre et Catherine va réaliser trop tard qu'elle est découverte et, prise de panique, se jeter avec sa voiture du haut d'un parking. Ce n'est que plus tard que l'Oeil apprendra que sa fille - qui s'appelait Marie - est morte depuis longtemps. Le thème de l'oeil abusé, aveuglé, structure l'oeuvre de Miller. Il aime comme dans L'Effrontée (1985), La Petite Voleuse (1988), L'Accompagnatrice (1992) broder des variations sur la fascination : généralement celle d'une adolescente subjuguée par son alter ego qui est, selon les circonstances, une pianiste, une chanteuse, une star, et qu'un regard a suffi à parer de toutes les qualités dont la jeune personne se croit dépourvue. Sur une intrigue, tirée d'un roman de Marc Behm, Jacques et Michel Audiard ont bâti un scénario solide et élaboré un thriller envoûtant qui, mal reçu à sa sortie, fut vite réhabilité et est considéré aujourd'hui comme l'une des meilleures réalisations de Miller, ne serait-ce que pour l'interprétation des acteurs tous excellents et le message proposé par ce polar intelligent d'envisager les choses autrement qu'elles ne sont.

 

Dans le film, l'unique personnage qui soit épris de celle que l'Oeil s'obstine à prendre pour sa fille Marie, est aveugle. Son amour ne doit donc rien à la vision de son objet et tout à l'intuition de ses qualités secrètes qu'il est le seul à percevoir. Jaloux et possessif, l'Oeil éliminera ce rival, mû par la logique de son propre aveuglement et poussera Catherine, qui comprend qu'elle est irrémédiablement traquée, à se réfugier dans le suicide. Ainsi la passion est-elle aussi meurtrière qu'aveugle ! Déjà dans Dites-lui que je l'aime (1977), un amoureux transi tuait celle qu'il aimait après l'avoir revêtue de la robe de mariée qu'il espérait lui voir porter. De film en film, Miller invite le spectateur à ne pas suivre, ni subir, le regard de ses héros, à ne pas être manipulé à son insu et à refuser le regard hâtif des premières impressions, lui suggérant d'avoir recours à son discernement pour se forger une opinion personnelle. Il cherche, en quelque sorte, à réhabiliter le regard intérieur. C'est sans doute dans le rôle de ce détective minable, malheureux et tourmenté, en quête de son enfant perdu, que Michel Serrault a trouvé son plus bel emploi, alors qu'Isabelle Adjani, en icône vénéneuse et en tueuse psychotique, nous surprend par son jeu aux multiples facettes et son personnages aux multiples travestissements. Elle est étonnante au côté d'un Sami Frey égal à lui-même et d'une distribution à tous égards remarquable qui réunit Geneviève Page, Stéphane Audran, Macha Méryl et Guy Marchand.

 

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15 juin 2010 2 15 /06 /juin /2010 09:25
LA TETE EN FRICHE de JEAN BECKER

    
La tête en friche, oeuvre éloignée des canons cannois car sans violence, sans sexe, sans histoire falsifiée et sans leçon d'immoralité, où figurent deux acteurs prodigieux Gérard Depardieu et la toujours irrésistible Gisèle Casadesus, qui me rappelle tellement, par son charme délicat, la regrettée Suzanne Flon - est un film signé Jean Becker, abonné absent des Festivals en général, car définitivement classé " has been " pour avoir commis une filmographie sans épate, sans égo, celle d'une France simple qui ne se hausse pas du col et ne tapine pas pour s'octroyer des faveurs. "Has been " vous dis-je...

 

Avec lui, honneur aux sans-grades, aux humbles et aux discrets, non aux repris de justice, aux dévoyés, aux loosers qui font les choux gras des metteurs en scène dont on parle dans les assises officielles, mais place aux héros ordinaires révélés par un soudain coup de pouce du destin. C'est le cas de Germain, analphabète, la cinquantaine bedonnante, qui se lie d'amitié avec la fragile Margueritte, une octogénaire passionnée de littérature qui va lui ouvrir les portes de la culture avec un grand C. Pour Germain, raillé dès l'enfance par une mère acariâtre et égocentrique et des instituteurs accablés par son ignorance, une nouvelle vie commence.

 

Adapté du roman éponyme de Marie-Sabine Roger, cette histoire à rebours des stridences du siècle nous conte la vie d'un type gentil, sensible, qui en a bavé de ne pas avoir été bon élève et de n'avoir pas su se faire aimer de sa mère. Sa rencontre avec Margueritte est une aubaine, une chance inespérée qui va lui permettre de s'instruire et de connaître la signification et le pouvoir des mots. Car l'analphabétisme n'est ni plus ni moins une souffrance dans un monde où la culture a le mérite de vous rendre moins naïf face aux affirmations des autres - souligne Jean Becker, lecteur assidu devant l'Eternel.



C'est vrai - ajoute-t-il - que je n'aime pas ce que le siècle trimbale : tout va trop vite, sans maîtrise. Ecoutez la radio, regardez la télévision : la litanie des morts, cette détresse, y compris en France, que l'on voit, que l'on ressent, ces gamins qui se servent d'un flingue comme jadis nous nous servions d'un lance-pierre. Il y a une banalisation de la misère, de la violence... Vous avez vu récemment la publicité pour la série de Canal + " Carlos ", qui a d'ailleurs été sélectionnée à Cannes ? C'est comme pour Mesrine, ça me gêne que le cinéma fasse l'apologie des terroristes, des tueurs en série.


 


Pour ce metteur en scène hors normes, l'essence du 7e Art réside dans le souci d'offrir au public des moments d'émotion exceptionnels et de promouvoir l'homme dans ce qu'il a de plus humain et de plus vrai. C'est ce qu'il parvient à faire avec La tête en friche, un film qui nous réconcilie agréablement avec un univers sans fioritures inutiles et sans excès regrettables.
Merci Jean Becker de ce moment de grâce.

 

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7 avril 2010 3 07 /04 /avril /2010 08:30
LES DIMANCHES de VILLE d'AVRAY de SERGE BOURGUIGNON

      

Pierre, ancien pilote d'avion, amnésique à la suite d'un accident en Indochine, est pris en charge par Madeleine, une infirmière célibataire qui lui témoigne beaucoup d'affection. En accompagnant celle-ci à la gare, il rencontre Françoise, une fillette de douze ans, qui a perdu sa mère et que son père a placée dans une institution religieuse. Pierre, frappé par le désarroi de l'enfant et l'attitude méchante de son géniteur, la suit et bientôt se fera passer pour le père absent, afin de lui rendre visite chaque dimanche. Entre Pierre et Françoise va naître et s'épanouir une affection pure et sincère qui, bientôt, sera à l'origine d'une rumeur et provoquera un scandale dans la ville. Cet attachement est d'autant plus fort que le pilote croit avoir tué une petite fille lors d'un raid et que ce sentiment ne cesse de le hanter. Françoise représente l'innocence qu'il craint d'avoir tuée un jour, en même temps qu'elle lui restitue son esprit d'enfance que la guerre a mutilé.



Les dimanches de Ville d'Avray, oeuvre bouleversante, décrit avec une étonnante justesse et sensibilité l'attachement que cette petite fille, sans père et sans mère, ressent pour cet homme, lui-même sans enfant. Leur duo est une merveille de tendresse et de délicatesse, l'acteur Hardy Krüger et la jeune actrice Patricia Gozzi étant tous deux formidables de spontanéité et de justesse. A sa sortie en 1962, il ne reçut qu'un accueil très mitigé de la part du public français, alors qu'il reste au Japon et aux Etats-Unis un film référence. Il fut d'ailleurs couronné de l'Oscar du meilleur film étranger à Hollywood en 1963. Inclassable, il ne relève ni de l'académisme des réalisateurs des années 50, ni du style caméra à l'épaule de la Nouvelle Vague. En définitive, ce film est une comète isolée, quelque chose à part qui honore toutefois et grandement notre 7e Art national.


 

Traitant d'un sujet, qui pourrait vite sombrer dans la sensiblerie ou le scabreux,  Serge Bourguignon  évite  les pièges et nous donne à voir un film d'une poésie et d'une émotion qui ne faiblissent pas. Visionné il y a des années de cela, je n'ai pu l'oublier. Il compte parmi les longs métrages qui ont marqué ma mémoire, tant il se tisse d'évocations délicates, se déploie en une symphonie de regards, tant chaque séquence résonne de la façon la plus vraie et la plus sincère. Je ne dirai jamais assez de bien de l'interprétation étonnante de la petite Patricia Gozzi qui ferait fondre le coeur le plus endurci. Elle me rappelle le jeune acteur qui donnait la réplique à Charlie Chaplin dans " Le kid ". Elle est de cette trempe et compose avec  Hardy Krüger  un inoubliable face à face. Elle joue de tous ses atouts pour gagner la complicité de cet étranger qui représente à la fois le père qu'elle n'a pas eu et l'amant qu'elle imagine déjà séduire dans sa tête d'enfant mûrie trop tôt. Il est certain qu'elle se place souvent dans des situations qui lui confèrent d'emblée un rôle valorisant. D'ailleurs, l'étranger ne la traite-t-il pas comme une petite déesse dont il ne peut plus se passer et ne la nomme-t-il pas Cybèle ? Dans celui plus effacé de Madeleine,  Nicole Courcel  est parfaite et ravissante de surcroît. Je ne dévoilerai pas la fin qui n'est nullement celle d'un conte de fée. A l'heure où les scandales pédophiles éclatent de tous côtés, il est bon de voir ce film qui offre une vision des choses particulière et montre que l'amour le plus pur peut exister entre un homme et un enfant, que le coeur d'un homme, mutilé par la guerre, est en mesure de retrouver goût à la vie grâce à la tendresse d'une petite fille, oubliée des siens. Ce film est repris en salles cette semaine. Ce duo très attachant vous touchera sans aucun doute. Et, cerise sur le gâteau, il y a la belle musique de Maurice Jarre.
 

 

Mais osons nous poser la question : comment réagirions-nous aujourd'hui, confrontés que nous sommes à des drames où des enfants deviennent les victimes d'adultes déséquilibrés, si nous surprenions dans les bois de Ville d'Avray et autour de son étang ce duo insolite (ainsi que le fait, sur la photo ci-dessous, le passant avec sa bicyclette) ?  Le cas de ce film pose un problème d'autant plus difficile à élucider que rien de sexuel ne vient entacher la relation affective qui unit le pilote de guerre et la fillette orpheline, mais n'est-il pas légitime que des personnes s'émeuvent de voir un inconnu embrasser, câliner, caresser une petite fille et aller jusqu'à se faire  passer pour son père ? Comment accuser la société d'alors de s'être émue de voir chaque dimanche un homme errer seul en compagnie d'une jeune pensionnaire ? C'est toute l'ambivalence, l'ambiguïté de cette oeuvre si réussie de nous proposer une interrogation d'une telle acuité et complexité qu'elle nous laisse sans réponse, affaiblit nos arguments et vise à confondre notre sensibilité. N'est-ce pas parce qu'il nous assigne devant notre propre conscience que ce film  est incontournable ?

 

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LES DIMANCHES de VILLE d'AVRAY de SERGE BOURGUIGNON
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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 09:02
OCEANS de JACQUES PERRIN et JACQUES CLUZAUD

       
Voilà un chef -d'oeuvre qui devrait mobiliser la terre entière : pas un brin d'artifice, la beauté à l'état pur ; pas d'effets spéciaux mais la vérité telle qu'elle est et, au final, le plus bel opéra que la nature puisse nous offrir, filmé par des hommes qui ont mis 3 ans à en définir l'angle le plus juste, la mesure la plus harmonieuse, les octaves les plus larges. On sort de la salle, après 1h45 passée dans l'intimité des océans, subjugués, éblouis, bouleversés, car la beauté, lorsqu'elle est portée à ce degré, est bouleversante. Le réalisateur du  Peuple migrateur  a réussi son pari d'offrir - grâce à une technique de pointe, à l'aide scientifique internationale, à une infinie patience et à la foi du charbonnier - une vision époustouflante des océans, un spectacle total, un film à couper le souffle. Bien sûr Jean-Yves Cousteau nous avait initiés à la magnificence et à l'incommensurable richesse des fonds sous-marins, mais avec Perrin et Cluzaud le spectacle est d'une ampleur théâtrale inégalée. Or filmer l'univers marin est une affaire très compliquée. Il faut par exemple 20 personnes pour immortaliser le flamboiement automnal des gorgones, les froufrous dentelés de la méduse japonaise, la prunelle pleine de réprobation de la seiche, l'allure débraillée de l'hippocampe feuille d'Australie ou les jupailles superposées de la méduse de Californie. Et que dire de l'effort fourni pour filmer le banquet pantagruélique qui se déroule chaque été en Afrique du Sud, lorsque les sardines, qui ont frayé au Cap, remontent vers Durban et sont soudain pourchassées par les dauphins auxquels se mêleront bientôt les requins, les otaries, les manchots et, bien entendu, les oiseaux, hordes affamées qui pénètrent l'eau et embrochent les malheureuses jusqu'à 15 m de profondeur avec un claquement de fusil, si bien qu'au-dessus de l'eau et sous l'eau le bombardement fait rage et que la mer semble être soudain entrée en ébullition.

 


Quant au congrès des araignées de mer, il est aussi inattendu que surprenant. Chaque année, des millions d'araignées convergent vers la baie de Melbourne pour y muer et s'y reproduire, grouillant troupeau qui s'avance, on dirait des armées en marche pour s'affronter, lourdement chargées de leurs armures, dans un bruit de ferraille assourdissant, scènes qui n'avaient jamais été filmées et dont nous avons la primeur. Et comment ne pas être séduit par les facéties des otaries, scènes pleines de drôlerie  où celles-ci se changent en danseuses d'une grâce exquise doublées d'incorrigibles farceuses et, ce, pour notre plus grand plaisir. Et comment ne pas être subjugué par les baleines à bosse qui transitent chaque année d'Hawaï en Alaska. Malgré leur gigantisme, elles sont, dans leurs mouvements, d'une précision incroyable et d'une légèreté d'hirondelle assure Jacques Cluzaud. Lorsqu'elles descendent, elles sont capables de frôler le fond de l'eau sans qu'un grain de sable ne bouge, mais quand elles font surface, on a l'impression d'assister à la naissance d'une île, ajoute-t-il.

 


Théâtre de vie exubérant, le monde aquatique semble avoir tenté toutes les expériences de forme, de couleur, d'originalité, de prodigalité, d'effervescence, vitrine de la diversité la plus éblouissante. 240.000 espèces ont été recensées à ce jour, mais il en reste 2 à 3 millions à découvrir. Alors qu'irions-nous chercher ailleurs, alors que notre planète recèle de tels trésors, un monde si étonnamment vivant qui ne demande qu'à être exploré et sauvegardé ? Oui, qu'irions-nous faire ailleurs, alors que le plus bel ailleurs est ici même. La conclusion est là, discrète et émouvante. Economie de mots. Contrairement à certains, Jacques Perrin se sert d'abord et avant tout de l'image pour nous convaincre. Et il le fait avec sobriété et élégance. Quelques séquences sur des poissons captifs des filets où ils agonisent, quelques autres des détritus que nous déversons avec une totale inconscience, une, particulièrement émouvante, d'un requin remis à l'eau par des pécheurs chinois qui viennent de lui couper les ailerons à des fins gustatives et aphrodisiaques et qui va mourir ainsi de mort lente, le message des profondeurs est parfaitement capté à la surface. Reste à tirer les leçons après cette somptueuse traversée du miroir. Protégeons nos mers, elles sont notre trésor.

 

Pour lire l'article que j'ai consacré à Jacques Perrin, acteur, réalisateur et producteur, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

JACQUES PERRIN OU UN PARCOURS D'EXCELLENCE



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OCEANS de JACQUES PERRIN et JACQUES CLUZAUD
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  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
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  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.

Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


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