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26 août 2010 4 26 /08 /août /2010 09:22
ASCENSEUR POUR L'ECHAFAUD de LOUIS MALLE

                                        

Après avoir débuté dans la mouvance de la Nouvelle Vague, Louis Malle, né le 30 octobre 1932 dans une riche famille de producteurs de sucre, s'en détachera rapidement et affichera une totale indépendance d'esprit. Pendant la guerre, il se trouve dans un collège de Carmes à Fontainebleau et puisera dans ses souvenirs d'une France occupée la matière de ses films sur l'univers de l'adolescence confronté à une actualité brutale, de même qu'à ses problèmes cardiaques et à sa convalescence, l'inspiration d'un film comme "Le souffle au coeur".  Après des études à l'IDHEC, Louis Malle accompagne pendant trois ans l'équipe du commandant Cousteau pour les prises de vues sous-marines du "Monde du silence" (1955) qui reste un modèle du genre. Sa carrière personnelle commence en 1957 avec "Ascenseur pour l'échafaud",  un thriller psychologique où il n'est pas sans subir les influences conjointes de Robert Bresson, dont il avait été l'assistant dans  "Un condamné à mort s'est échappé",  et de Hitchcock qu'il admirait comme presque tous les jeunes réalisateurs de l'époque. Avec ce film, réalisé alors qu'il n'avait que vingt-quatre ans, il remporte le prix Louis-Delluc 1957 et enchaîne aussitôt un second film qui fera beaucoup parler de lui :  Les Amants.   Avec son troisième film ,  "Zazie dans le métro",  il va plus loin encore dans l'anticonformisme, tout en conservant une grande maîtrise de la pellicule que certains jugeront trop expérimentale. Dans les années 70, il se fixe aux Etats-Unis et se trouve à nouveau au coeur d'une cabale, comme il l'avait été précédemment avec  "Lacombe Lucien" , ce qui l'avait enclin à quitter provisoirement la France. En effet,   "La Petite"  sèmera l'émoi parmi les censeurs, bien que le sujet, certes très provocant, ait été traité avec doigté, grâce à une habile mise en scène. Si Malle pratique un classicisme fait de pudeur et de sensibilité, il se plait à déranger, faisant en sorte que ses films les plus importants incitent au débat ou du moins au questionnement sur les valeurs morales, abordant des thèmes volontairement contestables ou litigieux  et se retirant au moment de la conclusion, de façon à laisser son spectateur seul juge.
 

 

Avec "Ascenseur pour l'échafaud", il débute une carrière en dents de scie qui le consacrera comme un cinéaste original et atypique, usant d'une grande maîtrise technique. Le film est inspiré d'un roman sans éclat de Noël Calef (Echec au porteur) qu'il impose au romancier Roger Nimier,  malgré son peu d'enthousiasme. Co- scénariste de l'adaptation, ce dernier juge sans grand intérêt ce thriller bâclé. Mais, grâce à la qualité des dialogues, à l'intelligence de la caméra, à l'interprétation de Jeanne Moreau, dont c'était là les débuts, et de Maurice Ronet, enfin à la musique de Miles Davis, le film se révèle saisissant et efficace. Malle, qui a travaillé dans le monde silencieux et clos des fonds sous-marins, nous plonge dans un univers confiné, non seulement celui de l'ascenseur où le héros se trouvera prisonnier pendant un week-end, mais celui de l'enfermement psychologique auquel sont condamnés des personnages voués à une passion sans issue. Ainsi voit-on  Jeanne Moreau  déambuler dans un Paris nocturne, isolée dans sa détresse comme l'est son amant dans l'ascenseur. La voix off, qui est sensée être sa voix intérieure, répète inlassablement les mêmes phrases tel un lamento, la cantate affolée du désespoir.
 

 

Jeanne est Florence Carala, l'épouse d'un industriel en armement pour lequel Julien Tavernier (Maurice Ronet)  travaille. Or Julien est l'amant de Florence et  leur passion est si forte, si grand leur désir de la vivre au grand jour, qu'ils décident de supprimer l'encombrant mari. Julien va s'en charger et planifie le crime parfait à un détail près : il a laissé sur les lieux un indice compromettant, la corde qui lui a permis d'accéder au bureau de son patron. Alors qu'il retourne dans l'immeuble récupérer l'objet, l'ascenseur tombe en panne et va le retenir dans la cabine durant tout le week-end. Florence, qui l'attend dans un café voisin, s'affole et erre dans les rues, supputant les hypothèses les plus délirantes. Pendant ce temps, un couple de jeunes malfrats en goguette vole, devant la porte de l'immeuble, la belle décapotable que, dans sa hâte, Julien a garée le long du trottoir le moteur allumé. Le scénario s'accélère ensuite et enchaîne les rebondissements qui conduiront Julien à être démasqué, jugé, condamné et mené à l'échafaud. Sur ces images, d'autant plus sombres que le film est tourné en noir et blanc, le trompettiste Miles Davis improvisa en direct une musique inoubliable qui donne au film une part de sa force et de son impact. Avec la cavale des jeunes délinquants, Malle annonce le style de la Nouvelle Vague qui émergera l'année suivante avec  "Le beau Serge"  de Chabrol et  "A bout de souffle"  de Godard. Malgré cela, le film fut jugé sévèrement par ces cinéastes débutants, dont certains avaient la dent dure et ne craignaient pas d'afficher des opinions à l'emporte - pièce dans les fameux Cahiers du Cinéma, pour deux raisons : son classicisme excessif et son refus du pittoresque. Si bien qu'ils firent en sorte que Malle fut, en quelque sorte, étranger aux innovations de l'époque. Et il est vrai que le réalisateur a toujours fait cavalier seul, se refusant à subir les influences et à suivre les modes, affirmant, au fur et à mesure de sa production, une écriture cinématographique très personnelle.

 

Enfin je ne voudrais pas conclure cet article sans mentionner le jeu des deux principaux interprètes qui trouvent, l'un et l'autre, des rôles à la mesure de leur talent. Jeanne Moreau, dont c'était les débuts - elle enchaînera aussitôt avec le second film de Malle : "Les Amants"  dévoile d'ores et déjà la palette de ses dons qui fera d'elle l'une des plus grandes actrices de sa génération. Le metteur en scène aime à s'attarder sur son visage sans maquillage, ravagé par la passion et le désespoir, qu'elle exprime avec une sensibilité frémissante. Quant à Maurice Ronet, il habite son rôle avec le pessimisme, l'ironie qui feront de lui l'une des figures les plus attachantes des années 50. " Ma génération a été mise en contact très jeune avec la dérision de certains sentiments et de certaines idées. J'avais dix-sept ans à la fin de la guerre, je n'ai pas eu à prendre parti. Je ne serai jamais un ancien combattant. Cette disponibilité, qui rend marginal, engendre l'humour, un humour peut-être désespéré " - disait-il. C'est justement le rôle d'un ancien combattant, officier parachutiste rendu à la vie civile, qu'il est chargé de camper dans "Ascenseur pour l'échafaud", personnage auquel il confère une résignation pathétique devant l'inéluctable. Le film de Louis Malle traduit avec une intuition remarquable le malaise qui, à l'époque, commençait à s'insinuer dans certains esprits : la France venait de perdre l'Indochine, l'empire se désagrégeait et la guerre d'Algérie s'enlisait dans l'impasse. Aussi, grâce aux dialogues percutants de Roger Nimier, Maurice Ronet incarne-t-il, avec un naturel confondant, cet homme dont le système de valeurs est en train de s'effondrer, le laissant seul et sans défense devant les pièges des sentiments.

 

Pour lire l'article consacré à Jeanne Moreau, cliquer sur son titre :    JEANNE MOREAU 

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS 
 

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30 juin 2010 3 30 /06 /juin /2010 09:29
MORTELLE RANDONNEE de CLAUDE MILLER

                        

L'oeil a plus de ressource qu'on ne le croit. Non seulement il épie, il surprend, il caresse, il photographie, mais il accommode sa vision selon ce qui l'arrange et ce qu'il désire. Dans Mortelle Randonnée de Claude Miller (1982), l'Oeil (interprété par Michel Serrault), sobriquet donné à un détective privé, se lance à la poursuite d'une meurtrière (Isabelle Adjani) qu'il croit être sa fille, perdue de vue depuis vingt ans, à la suite de son divorce, et dont il n'a conservé qu'une petite photo d'écolière. Après l'avoir harcelée, il va tenter de la protéger, éliminant ceux qui l'approchent, principalement l'aveugle (Sami Frey) qui souhaite l'épouser. Catherine, tel est le nom de la jeune meurtrière qui assassine ses amants en leur chantant " La Paloma", va tenter de tuer l'Oeil afin de s'en délivrer, mais celui-ci a recours à un leurre et Catherine va réaliser trop tard qu'elle est découverte et, prise de panique, se jeter avec sa voiture du haut d'un parking. Ce n'est que plus tard que l'Oeil apprendra que sa fille - qui s'appelait Marie - est morte depuis longtemps. Le thème de l'oeil abusé, aveuglé, structure l'oeuvre de Miller. Il aime comme dans L'Effrontée (1985), La Petite Voleuse (1988), L'Accompagnatrice (1992) broder des variations sur la fascination : généralement celle d'une adolescente subjuguée par son alter ego qui est, selon les circonstances, une pianiste, une chanteuse, une star, et qu'un regard a suffi à parer de toutes les qualités dont la jeune personne se croit dépourvue. Sur une intrigue, tirée d'un roman de Marc Behm, Jacques et Michel Audiard ont bâti un scénario solide et élaboré un thriller envoûtant qui, mal reçu à sa sortie, fut vite réhabilité et est considéré aujourd'hui comme l'une des meilleures réalisations de Miller, ne serait-ce que pour l'interprétation des acteurs tous excellents et le message proposé par ce polar intelligent d'envisager les choses autrement qu'elles ne sont.

 

Dans le film, l'unique personnage qui soit épris de celle que l'Oeil s'obstine à prendre pour sa fille Marie, est aveugle. Son amour ne doit donc rien à la vision de son objet et tout à l'intuition de ses qualités secrètes qu'il est le seul à percevoir. Jaloux et possessif, l'Oeil éliminera ce rival, mû par la logique de son propre aveuglement et poussera Catherine, qui comprend qu'elle est irrémédiablement traquée, à se réfugier dans le suicide. Ainsi la passion est-elle aussi meurtrière qu'aveugle ! Déjà dans Dites-lui que je l'aime (1977), un amoureux transi tuait celle qu'il aimait après l'avoir revêtue de la robe de mariée qu'il espérait lui voir porter. De film en film, Miller invite le spectateur à ne pas suivre, ni subir, le regard de ses héros, à ne pas être manipulé à son insu et à refuser le regard hâtif des premières impressions, lui suggérant d'avoir recours à son discernement pour se forger une opinion personnelle. Il cherche, en quelque sorte, à réhabiliter le regard intérieur. C'est sans doute dans le rôle de ce détective minable, malheureux et tourmenté, en quête de son enfant perdu, que Michel Serrault a trouvé son plus bel emploi, alors qu'Isabelle Adjani, en icône vénéneuse et en tueuse psychotique, nous surprend par son jeu aux multiples facettes et son personnages aux multiples travestissements. Elle est étonnante au côté d'un Sami Frey égal à lui-même et d'une distribution à tous égards remarquable qui réunit Geneviève Page, Stéphane Audran, Macha Méryl et Guy Marchand.

 

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MORTELLE RANDONNEE de CLAUDE MILLER
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15 juin 2010 2 15 /06 /juin /2010 09:25
LA TETE EN FRICHE de JEAN BECKER

    
La tête en friche, oeuvre éloignée des canons cannois car sans violence, sans sexe, sans histoire falsifiée et sans leçon d'immoralité, où figurent deux acteurs prodigieux Gérard Depardieu et la toujours irrésistible Gisèle Casadesus, qui me rappelle tellement, par son charme délicat, la regrettée Suzanne Flon - est un film signé Jean Becker, abonné absent des Festivals en général, car définitivement classé " has been " pour avoir commis une filmographie sans épate, sans égo, celle d'une France simple qui ne se hausse pas du col et ne tapine pas pour s'octroyer des faveurs. "Has been " vous dis-je...

 

Avec lui, honneur aux sans-grades, aux humbles et aux discrets, non aux repris de justice, aux dévoyés, aux loosers qui font les choux gras des metteurs en scène dont on parle dans les assises officielles, mais place aux héros ordinaires révélés par un soudain coup de pouce du destin. C'est le cas de Germain, analphabète, la cinquantaine bedonnante, qui se lie d'amitié avec la fragile Margueritte, une octogénaire passionnée de littérature qui va lui ouvrir les portes de la culture avec un grand C. Pour Germain, raillé dès l'enfance par une mère acariâtre et égocentrique et des instituteurs accablés par son ignorance, une nouvelle vie commence.

 

Adapté du roman éponyme de Marie-Sabine Roger, cette histoire à rebours des stridences du siècle nous conte la vie d'un type gentil, sensible, qui en a bavé de ne pas avoir été bon élève et de n'avoir pas su se faire aimer de sa mère. Sa rencontre avec Margueritte est une aubaine, une chance inespérée qui va lui permettre de s'instruire et de connaître la signification et le pouvoir des mots. Car l'analphabétisme n'est ni plus ni moins une souffrance dans un monde où la culture a le mérite de vous rendre moins naïf face aux affirmations des autres - souligne Jean Becker, lecteur assidu devant l'Eternel.



C'est vrai - ajoute-t-il - que je n'aime pas ce que le siècle trimbale : tout va trop vite, sans maîtrise. Ecoutez la radio, regardez la télévision : la litanie des morts, cette détresse, y compris en France, que l'on voit, que l'on ressent, ces gamins qui se servent d'un flingue comme jadis nous nous servions d'un lance-pierre. Il y a une banalisation de la misère, de la violence... Vous avez vu récemment la publicité pour la série de Canal + " Carlos ", qui a d'ailleurs été sélectionnée à Cannes ? C'est comme pour Mesrine, ça me gêne que le cinéma fasse l'apologie des terroristes, des tueurs en série.


 


Pour ce metteur en scène hors normes, l'essence du 7e Art réside dans le souci d'offrir au public des moments d'émotion exceptionnels et de promouvoir l'homme dans ce qu'il a de plus humain et de plus vrai. C'est ce qu'il parvient à faire avec La tête en friche, un film qui nous réconcilie agréablement avec un univers sans fioritures inutiles et sans excès regrettables.
Merci Jean Becker de ce moment de grâce.

 

Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, dont "Dialogue avec mon jardinier" de ce même Jean Becker, cliquer sur le lien ci-dessous :
 


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LA TETE EN FRICHE de JEAN BECKER
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7 avril 2010 3 07 /04 /avril /2010 08:30
LES DIMANCHES de VILLE d'AVRAY de SERGE BOURGUIGNON

      

Pierre, ancien pilote d'avion, amnésique à la suite d'un accident en Indochine, est pris en charge par Madeleine, une infirmière célibataire qui lui témoigne beaucoup d'affection. En accompagnant celle-ci à la gare, il rencontre Françoise, une fillette de douze ans, qui a perdu sa mère et que son père a placée dans une institution religieuse. Pierre, frappé par le désarroi de l'enfant et l'attitude méchante de son géniteur, la suit et bientôt se fera passer pour le père absent, afin de lui rendre visite chaque dimanche. Entre Pierre et Françoise va naître et s'épanouir une affection pure et sincère qui, bientôt, sera à l'origine d'une rumeur et provoquera un scandale dans la ville. Cet attachement est d'autant plus fort que le pilote croit avoir tué une petite fille lors d'un raid et que ce sentiment ne cesse de le hanter. Françoise représente l'innocence qu'il craint d'avoir tuée un jour, en même temps qu'elle lui restitue son esprit d'enfance que la guerre a mutilé.



Les dimanches de Ville d'Avray, oeuvre bouleversante, décrit avec une étonnante justesse et sensibilité l'attachement que cette petite fille, sans père et sans mère, ressent pour cet homme, lui-même sans enfant. Leur duo est une merveille de tendresse et de délicatesse, l'acteur Hardy Krüger et la jeune actrice Patricia Gozzi étant tous deux formidables de spontanéité et de justesse. A sa sortie en 1962, il ne reçut qu'un accueil très mitigé de la part du public français, alors qu'il reste au Japon et aux Etats-Unis un film référence. Il fut d'ailleurs couronné de l'Oscar du meilleur film étranger à Hollywood en 1963. Inclassable, il ne relève ni de l'académisme des réalisateurs des années 50, ni du style caméra à l'épaule de la Nouvelle Vague. En définitive, ce film est une comète isolée, quelque chose à part qui honore toutefois et grandement notre 7e Art national.


 

Traitant d'un sujet, qui pourrait vite sombrer dans la sensiblerie ou le scabreux,  Serge Bourguignon  évite  les pièges et nous donne à voir un film d'une poésie et d'une émotion qui ne faiblissent pas. Visionné il y a des années de cela, je n'ai pu l'oublier. Il compte parmi les longs métrages qui ont marqué ma mémoire, tant il se tisse d'évocations délicates, se déploie en une symphonie de regards, tant chaque séquence résonne de la façon la plus vraie et la plus sincère. Je ne dirai jamais assez de bien de l'interprétation étonnante de la petite Patricia Gozzi qui ferait fondre le coeur le plus endurci. Elle me rappelle le jeune acteur qui donnait la réplique à Charlie Chaplin dans " Le kid ". Elle est de cette trempe et compose avec  Hardy Krüger  un inoubliable face à face. Elle joue de tous ses atouts pour gagner la complicité de cet étranger qui représente à la fois le père qu'elle n'a pas eu et l'amant qu'elle imagine déjà séduire dans sa tête d'enfant mûrie trop tôt. Il est certain qu'elle se place souvent dans des situations qui lui confèrent d'emblée un rôle valorisant. D'ailleurs, l'étranger ne la traite-t-il pas comme une petite déesse dont il ne peut plus se passer et ne la nomme-t-il pas Cybèle ? Dans celui plus effacé de Madeleine,  Nicole Courcel  est parfaite et ravissante de surcroît. Je ne dévoilerai pas la fin qui n'est nullement celle d'un conte de fée. A l'heure où les scandales pédophiles éclatent de tous côtés, il est bon de voir ce film qui offre une vision des choses particulière et montre que l'amour le plus pur peut exister entre un homme et un enfant, que le coeur d'un homme, mutilé par la guerre, est en mesure de retrouver goût à la vie grâce à la tendresse d'une petite fille, oubliée des siens. Ce film est repris en salles cette semaine. Ce duo très attachant vous touchera sans aucun doute. Et, cerise sur le gâteau, il y a la belle musique de Maurice Jarre.
 

 

Mais osons nous poser la question : comment réagirions-nous aujourd'hui, confrontés que nous sommes à des drames où des enfants deviennent les victimes d'adultes déséquilibrés, si nous surprenions dans les bois de Ville d'Avray et autour de son étang ce duo insolite (ainsi que le fait, sur la photo ci-dessous, le passant avec sa bicyclette) ?  Le cas de ce film pose un problème d'autant plus difficile à élucider que rien de sexuel ne vient entacher la relation affective qui unit le pilote de guerre et la fillette orpheline, mais n'est-il pas légitime que des personnes s'émeuvent de voir un inconnu embrasser, câliner, caresser une petite fille et aller jusqu'à se faire  passer pour son père ? Comment accuser la société d'alors de s'être émue de voir chaque dimanche un homme errer seul en compagnie d'une jeune pensionnaire ? C'est toute l'ambivalence, l'ambiguïté de cette oeuvre si réussie de nous proposer une interrogation d'une telle acuité et complexité qu'elle nous laisse sans réponse, affaiblit nos arguments et vise à confondre notre sensibilité. N'est-ce pas parce qu'il nous assigne devant notre propre conscience que ce film  est incontournable ?

 

Pour prendre connaissance de la liste complète des articles consacrés au CINEMA FRANCAIS, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

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LES DIMANCHES de VILLE d'AVRAY de SERGE BOURGUIGNON
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28 janvier 2010 4 28 /01 /janvier /2010 09:02
OCEANS de JACQUES PERRIN et JACQUES CLUZAUD

       
Voilà un chef -d'oeuvre qui devrait mobiliser la terre entière : pas un brin d'artifice, la beauté à l'état pur ; pas d'effets spéciaux mais la vérité telle qu'elle est et, au final, le plus bel opéra que la nature puisse nous offrir, filmé par des hommes qui ont mis 3 ans à en définir l'angle le plus juste, la mesure la plus harmonieuse, les octaves les plus larges. On sort de la salle, après 1h45 passée dans l'intimité des océans, subjugués, éblouis, bouleversés, car la beauté, lorsqu'elle est portée à ce degré, est bouleversante. Le réalisateur du  Peuple migrateur  a réussi son pari d'offrir - grâce à une technique de pointe, à l'aide scientifique internationale, à une infinie patience et à la foi du charbonnier - une vision époustouflante des océans, un spectacle total, un film à couper le souffle. Bien sûr Jean-Yves Cousteau nous avait initiés à la magnificence et à l'incommensurable richesse des fonds sous-marins, mais avec Perrin et Cluzaud le spectacle est d'une ampleur théâtrale inégalée. Or filmer l'univers marin est une affaire très compliquée. Il faut par exemple 20 personnes pour immortaliser le flamboiement automnal des gorgones, les froufrous dentelés de la méduse japonaise, la prunelle pleine de réprobation de la seiche, l'allure débraillée de l'hippocampe feuille d'Australie ou les jupailles superposées de la méduse de Californie. Et que dire de l'effort fourni pour filmer le banquet pantagruélique qui se déroule chaque été en Afrique du Sud, lorsque les sardines, qui ont frayé au Cap, remontent vers Durban et sont soudain pourchassées par les dauphins auxquels se mêleront bientôt les requins, les otaries, les manchots et, bien entendu, les oiseaux, hordes affamées qui pénètrent l'eau et embrochent les malheureuses jusqu'à 15 m de profondeur avec un claquement de fusil, si bien qu'au-dessus de l'eau et sous l'eau le bombardement fait rage et que la mer semble être soudain entrée en ébullition.

 


Quant au congrès des araignées de mer, il est aussi inattendu que surprenant. Chaque année, des millions d'araignées convergent vers la baie de Melbourne pour y muer et s'y reproduire, grouillant troupeau qui s'avance, on dirait des armées en marche pour s'affronter, lourdement chargées de leurs armures, dans un bruit de ferraille assourdissant, scènes qui n'avaient jamais été filmées et dont nous avons la primeur. Et comment ne pas être séduit par les facéties des otaries, scènes pleines de drôlerie  où celles-ci se changent en danseuses d'une grâce exquise doublées d'incorrigibles farceuses et, ce, pour notre plus grand plaisir. Et comment ne pas être subjugué par les baleines à bosse qui transitent chaque année d'Hawaï en Alaska. Malgré leur gigantisme, elles sont, dans leurs mouvements, d'une précision incroyable et d'une légèreté d'hirondelle assure Jacques Cluzaud. Lorsqu'elles descendent, elles sont capables de frôler le fond de l'eau sans qu'un grain de sable ne bouge, mais quand elles font surface, on a l'impression d'assister à la naissance d'une île, ajoute-t-il.

 


Théâtre de vie exubérant, le monde aquatique semble avoir tenté toutes les expériences de forme, de couleur, d'originalité, de prodigalité, d'effervescence, vitrine de la diversité la plus éblouissante. 240.000 espèces ont été recensées à ce jour, mais il en reste 2 à 3 millions à découvrir. Alors qu'irions-nous chercher ailleurs, alors que notre planète recèle de tels trésors, un monde si étonnamment vivant qui ne demande qu'à être exploré et sauvegardé ? Oui, qu'irions-nous faire ailleurs, alors que le plus bel ailleurs est ici même. La conclusion est là, discrète et émouvante. Economie de mots. Contrairement à certains, Jacques Perrin se sert d'abord et avant tout de l'image pour nous convaincre. Et il le fait avec sobriété et élégance. Quelques séquences sur des poissons captifs des filets où ils agonisent, quelques autres des détritus que nous déversons avec une totale inconscience, une, particulièrement émouvante, d'un requin remis à l'eau par des pécheurs chinois qui viennent de lui couper les ailerons à des fins gustatives et aphrodisiaques et qui va mourir ainsi de mort lente, le message des profondeurs est parfaitement capté à la surface. Reste à tirer les leçons après cette somptueuse traversée du miroir. Protégeons nos mers, elles sont notre trésor.

 

Pour lire l'article que j'ai consacré à Jacques Perrin, acteur, réalisateur et producteur, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

JACQUES PERRIN OU UN PARCOURS D'EXCELLENCE



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OCEANS de JACQUES PERRIN et JACQUES CLUZAUD
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12 janvier 2010 2 12 /01 /janvier /2010 10:27
LE GENOU DE CLAIRE d'ERIC ROHMER

     

Cinquième et avant-dernier volet des six contes moraux de Rohmer, Le genou de Claire  (1970) demeure fidèle au thème de ce cycle : l'errance amoureuse. Car si le propos central s'articule autour de la quête sentimentale, les contes s'attardent tous sur les détours vers une autre femme. Jérôme, un attaché d'ambassade à l'approche de son mariage, vient passer ses vacances sur les bords du lac d'Annecy, lieux de son enfance. Il y retrouve une amie écrivain, Aurora, qui lui demande son aide afin d'achever son livre sur une relation entre une jeune adolescente et un homme d'âge mûr. Certain de ses sentiments envers sa fiancée, il accepte de jouer le cobaye et réussit le pari, avec tout le détachement supposé, auprès de Laura, une jeune lycéenne effrontée, admirablement interprétée par Béatrice Romand. Mais les audaces de l'adolescente se perdent vite en une indécision qu'elle travestit d'une indifférence supposée à l'égard de cet adulte séduisant qui semble lui prêter intérêt. Coquetterie requise, atermoiements, nous sommes dans un marivaudage délicieux, à la fois léger et insolent, envisagé comme l'ébauche d'une toile de maître. C'est alors qu'apparait Claire, une jeune fille d'une beauté sculpturale, nature lascive qui semble se contenter de l'amour maladroit et gauche de ses jeunes soupirants et se satisfaire des loisirs habituels des vacances. Cette fois, c'est Jérôme qui propose de reporter le jeu, parce qu'il s'avoue troublé, notamment par le genou de cette jeune fille si parfaitement belle, Jérôme fait alors le pari avec Aurora de posséder symboliquement le corps de Claire, en se contentant d'une caresse sur ce pôle magnétique que représente, à ses yeux, son genou. Son ambition se satisfera de cette possession et du privilège qu'elle soit toute entière concentrée dans son désir.

 


Ce film est l'un de ceux que je préfère parmi l'ensemble des contes moraux. Il s'en détache par la perfection absolue de son narratif, le déploiement de l'image au service d'une pensée ramassée dans le seul regard, regard devenu acte à part entière. Car, au final, le plaisir est d'abord une attente, agrémentée du jeu subtil de la séduction. Oui, l'attente et la convoitise peuvent être un art qui compose sa propre carte du Tendre, en complique indéfiniment les tours et les détours et comble plus complétement l'esprit que le coeur et les sens. On retrouve dans la beauté des paysages, filmée avec le même lyrisme que le genou de Claire, la subtile union des lumières : celle du lac apaisé dans son aura estivale et celle des rivages en fleurs, contrepoint évident à cette jeunesse qui s'ébat à son bord. Enfin, on perçoit ce qui caractérise le cinéma d'Eric Rohmer : l'élégance des personnages, la splendeur d'un décor naturel et des dialogues proches de l'écrit. Quant aux acteurs, ils sont tous crédibles : Jean-Claude Brialy, magnifiquement barbu, interprète son rôle avec une sorte de jubilation ; les jeunes filles sont d'un naturel stupéfiant autant dans leurs effronteries que dans leur soudaine timidité, et Aurora Cornu pimente le sien de son accent agréablement roumain. Avec ce film, Eric Rohmer nous livre une de ses oeuvres les plus accomplies, nous proposant, à l'égal du genou de Claire, le magnétisme d'un badinage irrésistible.

 

Pour lire l'article que j'ai consacré à Eric Rohmer, cliquer sur son titre :

 

ERIC ROHMER OU UN CINEMA DE LA PAROLE



Et pour consulter la liste complète des films du CINEMA FRANCAIS, dont les autres films de Rohmer, cliquer sur le lien ci-dessous :
 

 

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LE GENOU DE CLAIRE d'ERIC ROHMER
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12 décembre 2009 6 12 /12 /décembre /2009 10:16
HADEWIJCH de BRUNO DUMONT OU LE 7e ART EN QUETE DE SACRE

         
Hadewijch  de  Bruno Dumont  est est un appel à la grâce. Telle est la définition de l'auteur lui-même. Poursuivant : " C'est une expérience mystique. Mais pas un acte de foi. C'est un film sur l'amour. Je pense que le véritable amour est totalement mystique parce que dans la mystique, vous arrivez à une véritable union. Il faut être capable d'aimer de façon absolue à l'intérieur d'un corps ordinaire et dans le monde. C'est ce que je filme à la fin : la limite des superstitions et des idéaux. Hadewijch meurt à Dieu et renaît dans les bras d'un homme où elle retrouvera la plénitude de l'amour ".



Mais qui est Hadewijch ? Une mystique flamande du XIIIe siècle qui nous a laissé des poèmes brûlant de désir et de douleur. Hadewijch est également le nom que choisit l'héroïne du film, Céline, pour entrer en religion, nom qu'elle perdra lorsque les soeurs, qui l'ont accueillie, épouvantées par la force destructrice de son attente insatisfaite de Dieu, l'inviteront à retourner dans le monde. Alors, Céline livrée à elle-même, poursuivra sa quête par des chemins de traverse qui la conduiront jusqu'en Palestine, où elle embrassera la cause, sinon la foi, des islamistes les plus radicaux. Et c'est paradoxalement avec une innocence intacte qu'il lui faudra aller jusqu'au bout de sa dérive spirituelle, à savoir un attentat terroriste en plein Paris, pour apercevoir un commencement de lumière sous les espèces simples - un ouvrier charpentier à figure de bon larron qui la délivrera du mal en lui rappelant que le Verbe s'est fait chair, à elle qui aspirait et redoutait les contacts physiques, et que toute ressemblance passe prioritairement par l'amour.



Telle est la trame de Hadewijch, le dernier film de Bruno Dumont, qui nous démontre après ses opus précédents  La vie de Jésus  (1997) et  Flandres  (2006), comment on peut rebondir du péché au rachat. Le talent de Bruno Dumont consiste à refuser les facilités et les pièges de la rhétorique, et à écarter l'allégorie en faveur de l'incarnation à l'écran,  son film participant d'autant mieux à l'essence de l'art cinématographique. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle le cinéaste répugne à employer des comédiens professionnels, lesquels, aussi talentueux fussent-ils, ne pourraient lui fournir que des avatars ou, pis, des simulacres. Comme Robert Bresson, il recherche moins la représentation que la présence, et il se pourrait même qu'il aille plus loin que l'auteur de Au hasard Balthasar. Il est vrai aussi que, contrairement au janséniste Bresson, Dumont n'affecte aucune posture théologique : ses films sont des contes de chair et de sang et une quête d'absolu d'une beauté fulgurante, servis, en ce qui concerne ce dernier opus, par une mise en scène calme, équilibrée et comme rassérénée, où la jeune interprète Julie Sokolowski prête sa sensibilité frémissante et sa grâce inquiète et interrogative au complexe personnage de Céline.

            

Cet itinéraire de Céline peut se rapporter, en effet, aux cinq grands thèmes initiatiques de la tradition occidentale, ce que le théoricien du 7e Art, Henri Agel, récapitule avec précision dans son ouvrage : Métaphysique du cinéma :

" La nécessité pour le héros de dépasser le combat et d'aller jusqu'au sacrifice et à la mort ; le combat du protagoniste avec les dragons et tous les monstres qui représentent soit un obstacle extérieur à l'aboutissement de la Quête, soit un obstacle tapi dans les profondeurs de son être ; la Quête elle-même ; la bipolarité, c'est-à-dire le contraire de l'entropie ; le rapport tantôt antagoniste tantôt complémentaire entre le Jour et la Nuit ".

Cinq thèmes indissociables que l'on retrouvera nécessairement dans chaque oeuvre relatant une quête mystique, consciente ou inconsciente. Bruno Dumont se garde bien, au demeurant, de prendre clairement position et laisse ouverte toutes les interprétations. Le seul cinéaste contemporain dont les préoccupations peuvent être légitimement comparées aux siennes est  
Jean-Claude Brisseau.  Plus explicite que Dumont, car plus direct, plus rugueux et plus moral, Brisseau exprime de toute évidence l'objet de sa recherche lorsqu'il fait dire à l'héroïne de  Céline  (1992) : " Je me suis trouvée unie ..." - aspirant à l'avènement d'un monde ré-enchanté avec lequel une union mystique serait possible. Le propos sera repris, amplifié et magnifié encore par Brisseau dans  A l'aventure , sorti cette année, sans grand écho médiatique.

 

L'attente de Dieu, la recherche de l'harmonie, la renaissance à soi, autant de modalités d'un cheminement initiatique authentique qui nourrit quelques-unes des oeuvres les plus symptomatiques du désastre spirituel du monde moderne : " Et ce cheminement - précise Henri Agel - peut être - oserons-nous dire doit être ? -  aussi moderne, aussi quotidien, aussi fortement enraciné que possible dans la réalité vivante d'un pays pour que, précisément, se dégage plus fortement de cet enracinement la part d'éternité, ou en tout cas de pérennité, qu'il contient ".

 

La liste de ces quêteurs serait longue à énumérer depuis les Frères Dardenne de Rosetta ou de L'enfant, du Nazarin et du Los Olvidados de Luis Bunuel, du Mamma Roma de Pier Paolo Pasolini ou du Taxi Driver de Martin Scorsese. On voit alors comment ces films dépourvus de référence à la religion, et peut-être réalisés par des agnostiques, sont infiniment plus fidèles aux Ecritures que certaines bondieuseries patentées dont Hollywood a été, pendant des lustres, si friand !

 

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6 novembre 2009 5 06 /11 /novembre /2009 17:55
LES HERBES FOLLES d' ALAIN RESNAIS

           
Conte surréaliste qui traite avec subtilité des égarements de la mémoire (ou de la raison) et des enchaînements imprévus du hasard,  Alain Resnais  nous offre un film qui s'inscrit parfaitement dans la lignée des précédents et semble conclure - sans jamais appuyer le trait - une oeuvre qui se plaît à osciller, avec virtuosité, entre comédie et drame, onirisme et inventivité, fantaisie et expérimentation. 
" Nous nous regardons tous, nous nous soupesons mais nous ne connaissons pas vraiment nos vraies motivations, ni l'origine de nos pulsions" - a t-il déclaré lors de la présentation des herbes folles   au dernier Festival de Cannes. Poursuivant : " Dans mes films, je laisse parler l'inconscient. Quand une image s'impose à moi, je ne la mets pas en question. Je la tourne et je la colle. Depuis cinquante ans que je fais du cinéma, j'ai toujours été étonné que mes films soient acceptés ". A 87 ans, le pari est tenu et le cinéaste a prouvé, si besoin était, qu'il restait un éternel jeune homme, ne craignait nullement les exercices de haute voltige et n'avait rien perdu de son talent innovateur. Tiré d'un roman de Christian Gailly  "L'incident",  Les herbes folles , parées d'une certaine grâce poétique, semblent balancer au gré du souffle primesautier qui les fait ployer selon ses caprices.


L'histoire est celle de Georges Pallet, campé par André Dussolier, qui ramasse par inadvertance, dans le parking où il gare sa voiture, le sac d'une femme inconnue dont il découvre sur le passeport l'identité et la photographie avant d'aller remettre le tout aux objets trouvés. Bien ou mal lui a pris de tomber sur cet objet qui va être à l'origine d'une aventure inattendue et pour le moins riche en rebondissements. Car notre héros s'ennuie dans son pavillon de banlieue auprès d'une femme popote et son esprit va dès lors gamberger et fantasmer tout à loisir sur cette femme dont le visage lui rappelle celui d'une aviatrice célèbre. Elle s'appelle Marguerite Muir (clin d'oeil de Resnais au film de Mankiewicz  "L'aventure de Mme Muir" dont vous pouvez lire ma critique dans la rubrique Cinéma Américain et Canadien), est dentiste de profession et abandonne facilement la roulette dentaire pour les voltiges aériennes, ce qui ne peut manquer de séduire Monsieur Pallet, lui-même accro d'aviation. Tout semble donc les rapprocher et, désormais, le banlieusard n'aura plus de cesse que de poursuivre, voire de harceler, cette femme en une suite de rendez-vous manqués et de saynètes pétillantes de drôlerie qui nous font toucher du doigt les ratés du destin avec autant d'humour que d'intelligence et d'imagination. Pour ce faire, le cinéaste use de toutes les ressources techniques de la caméra en une débauche de plans étourdissants et parfois fastidieux. C'est le reproche que je ferai à ce film de susciter davantage l'admiration que l'émotion.

 


Dans le rôle de Marguerite Muir, Sabine Azéma, que je n'ai jamais beaucoup aimée, à l'exception de deux ou trois films, est assez agaçante face à un André Dussolier égal à lui-même, aussi Jean de la lune que possible, ce qui convient parfaitement à un personnage qui passe sans transition de l'espièglerie à la névrose. Dans leurs seconds rôles, Anne Consigny, Mathieu Almaric et Emmanuelle Devos sont parfaits ; quant à la mise en scène pointilleuse, très inventive, faite de surprises et de loufoquerie, elle nous révèle un cinéma français en pleine forme et nous conforte sur la valeur excellente de la cuvée 2009.

 

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26 août 2009 3 26 /08 /août /2009 13:44
UN PROPHETE de JACQUES AUDIARD

      

S'il a attendu quarante ans pour devenir réalisateur, le fils de Michel Audiard aura su rattraper le temps perdu et jouer de l'image comme, autrefois, son père jouait des mots. Le prophète, son dernier long métrage, a été le choc sismique du Festival de Cannes 2009 et a subjugué le public par sa puissance, sa maîtrise et la qualité de l'interprétation, l'imposant d'emblée comme une de ces grandes oeuvres qui ont vocation à marquer le 7e Art. Néanmoins, ce ne fut pas la Palme d'Or qui lui fut attribuée, comme beaucoup le souhaitaient, mais le Grand Prix du Jury, ce qui est, en définitive, la reconnaissance des critiques. Si bien que quatre ans après De battre mon coeur s'est arrêté, Jacques Audiard, 57 ans, a définitivement pris place parmi les meilleurs cinéastes de sa génération.


Ayant une préférence marquée pour les univers sombres, il signe ici son oeuvre la plus étouffante et la plus noire, la plus percutante aussi. "Un prophète" offre une plongée dans le monde brutal de la prison, lieu, qui par longs métrages interposés, a fini par nous devenir tristement familier et, ainsi que l'expliquait Jacques Audiard, confronte un type de banditisme  traditionnel à un autre qui s'annonce,dénué de codes, aussi adaptable que réactif, entre ces hauts murs clos, qu'au dehors.



Le film, qui pose, par ailleurs, l'axiome de la rivalité entre deux milieux ( les Corses contre les Arabes, ce qui a suscité quelques réactions agacées sur l'île de Beauté), ne se dirige pourtant à aucun moment vers la sociologie du milieu carcéral. C'est d'une transformation intérieure, bien plus effrayante, dont le cinéaste nous entretient à travers l'itinéraire d'un jeune détenu et sa quête d'identité.

   

Le film s'organise autour d'un visage, celui de Malik, 19 ans, remarquablement interprété par Tahar Rahim. Analphabète à son arrivée en prison, condamné à une peine de six ans, le jeune homme n'appartient à aucun groupe et ne bénéficie d'aucune protection. Un vieux caïd corse, Machiavel sans pitié (Niels Arestrup, vénéneux à souhait), consent à lui octroyer la sienne à condition qu'il s'acquitte d'une mission. La proposition a tout du piège mortel : Malik doit faire taire un témoin gênant parmi les autres détenus, commettre un meurtre en cellule. La scène, filmée dans toute son horreur, est insoutenable et fait entrer, une fois de plus, dans notre imagerie, une barbarie révoltante. Mais la violence du film, si elle n'est jamais occultée, n'est pas gratuite non plus. On ne se remet jamais d'avoir tué, et, en dépit de sa réussite ultérieure, Malik portera toujours sur la conscience le poids de cet acte, ainsi que le suggère la mise en scène dans des évocations d'un onirisme troublant et le vertige d'une existence moulée par l'école de la taule - comme le souligne l'auteur.

 

Oeuvre dure et sèche, d'un réalisme sans concession, Un prophète  évoque l'ascension du jeune homme, naviguant avec intelligence et dextérité entre les bandes rivales, se jouant des langues utilisées comme autant d'armes de clan, comprenant tout des règles qui régissent cette vie et saisissant la moindre opportunité pour prendre l'ascendant, le moment venu et acquérir une allure de parrain. «  Notre idée, c'était de créer un personnage qui apprenne en prison, et qui s'aperçoive que le mode d'emploi fonctionne très bien à l'extérieur » - résumaient le cinéaste et l'un de ses scénaristes,  Abdel Raouf Dafri. 



Glaçant constat, dont le film donne à voir la saisissante dimension et curieuse époque qui, bien qu'irreligieuse, prône d'un ton clérical les vertus de fraternité et de tolérance et ne cesse de promouvoir, sur les écrans et en littérature, les héros les plus sombres, les plus maléfiques, les plus subversifs au nom d'une certaine liberté de pensée. A chacun ses prophètes, mais ceux-ci, dont la violence vous laisse sans voix, ne risquent-ils pas, malgré le talent de leurs metteurs en scène, d'engendrer davantage encore de malfrats et de criminels ? C'est la question que l'on est en droit de se poser en sortant de cette projection de 2h35 qui, mieux qu'un coup de poing, est un coup de massue.


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UN PROPHETE de JACQUES AUDIARD
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22 juillet 2009 3 22 /07 /juillet /2009 10:01
LE VIEUX FUSIL de ROBERT ENRICO

                                                             
Inspiré d'une histoire vraie,  Le vieux fusil  de  Robert Enrico  peut se résumer en quelques lignes : en 1944, pour mettre à l'abri des bombardements possibles sa femme et sa fille, un médecin, Julien Dandieu, les fait conduire toutes deux dans une ancienne citadelle qu'il possède à la campagne, au-dessus d'un petit bourg. Lorsqu'il se rend sur les lieux peu de temps après, il découvre avec horreur qu'elles ont été sauvagement massacrées, ainsi que les habitants du village, par une troupe d'officiers et soldats allemande qui a réquisitionné son domaine. Cet homme, jusqu'alors tranquille et bienveillant, n'aura désormais plus de cesse que de frapper un ennemi qui ne respecte pas les lois élémentaires de la guerre - épargner les civils et principalement les femmes et les enfants. Le film est à tous égards bouleversant. On y voit comment un homme, foncièrement bon, meurtri par le malheur le plus incohérent, le plus violent et intolérable qui soit, va se faire le justicier de ces innocentes victimes, en sorte que de tels crimes ne restent pas impunis, posant à l'homme d'aujourd'hui les questions suivantes : une cause juste doit-elle rester sans défense, un crime sans châtiment, et le mal s'installer dans une civilisation comme un fait quotidien, quand on sait que la pusillanimité  prépare le lit des tyrans et que les traités faibles réaniment toujours les conflits forts ?

 

Ce film sobre et déchirant est presque entièrement tourné dans les décombres de ce vieux château dominant un village, village qui évoque Oradour-sur-Glane et les atrocités perpétrées par l'occupant allemand à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Film dur et d'une incroyable violence, il met en lumière la vengeance de cet homme que l'amour fou qu'il portait à sa femme et à son enfant et aux justes causes va transformer en un tueur que l'on suit pas à pas dans sa traque inexorable des soldats et officiers allemands réfugiés dans les vieilles pierres de sa demeure familiale. Passent entre ces moments d'attente, où il cherche le meilleur angle pour les surprendre et les abattre, des images merveilleuses du bonheur passé, cette vie tranquille et sans nuage qu'il partageait avec les siens, évocation d'un monde qui semble à jamais disparu. Le souffle court, le visage figé par le chagrin et la haine, Philippe Noiret est saisissant de justesse et nous entraîne dans un suspense presque insoutenable de réalisme, où tous ses gestes sont comme saisis sur le vif dans une reconstitution magistrale. Robert Enrico, qui a peu produit par la suite, a su trouver pour cet opus le ton, le style, l'atmosphère oppressante qui convenaient le mieux. Cette transposition est une réussite totale et ce vieux fusil, qui n'a pas pris une ride, nous saisit toujours d'effroi et d'émotion comme il le fit lors des César en 1976, où il fut l'objet d'un véritable triomphe.   

 

C'est donc une oeuvre remarquable à plus d'un titre ; tout d'abord par cette tension qui va crescendo et où la loi du talion est respectée à la lettre, le héros malgré lui parvenant, avec des procédés, certes peu catholiques, à exterminer la troupe d'allemands qui a investi son château et, ce, dans un décor qui ajoute encore à une ambiance lugubre et glauque. En effet, les dédales des souterrains, la pierre sombre composent un cadre idéalement dantesque, tandis que la musique lancinante ponctue de son phrasé douloureux un paysage rural subitement plongé au coeur d'un drame humain sans précédent. Il l'est aussi et surtout par la composition que chaque acteur fait de son personnage, à commencer par Philippe Noiret, immergé dans le sien jusqu'à ce souffle haletant qui fait contrepoint à la musique et exprime une souffrance à la limite du supportable, où tout devient permis, et où cette quête hallucinée de vengeance le plonge dans une névrose dont il est à la fois l'artisan et la victime. C'est sans doute l'un de ses plus grands rôles. Auprès de lui, Romy Schneider représente le bonheur perdu, la grâce sacrifiée et il est vrai qu'elle campe cette jeune femme pleinement épanouie entre son mari et sa petite fille avec une délicate féminité - rappelons-nous la scène où coiffée d'un chapeau à voilette, elle soulève gracieusement celle-ci pour poser ses lèvres sur les bords de sa coupe de champagne - il y a là l'image d'une jeunesse dans sa plénitude, son innocence, sa fraîcheur, à la fois effacée et inoubliable, chantée et détruite, qui élève le film à une hauteur mythique, exprimant en quelques prises de vues, d'une remarquable efficacité, la synthèse même de l'inacceptable. Rien que pour ces moments d'anthologie, le film mérite de figurer dans nos vidéothèques.


Le vieux fusil reçut le César du Meilleur film en 1976 des mains de Jean Gabin.

 

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PHILIPPE NOIRET - PORTRAIT          ROMY SCHNEIDER - PORTRAIT



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LE VIEUX FUSIL de ROBERT ENRICO
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Présentation

  • : LA PLUME ET L'IMAGE
  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
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  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.

Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


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"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

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