Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
9 janvier 2014 4 09 /01 /janvier /2014 10:49

yves-saint-laurent-le-film-de-jalil-lespert--1-.jpg

 

                                        

Ce biopic français, élégant et sophistiqué, repose sur les épaules menues d'un jeune acteur éblouissant Pierre Niney. Surdoué du théâtre, pensionnaire à la Comédie française, il s'est véritablement incarné en Yves Saint Laurent au point d'en avoir adopté les tics, la voix, les gestes, le phrasé, les mains. Réincarnation troublante qui méritait un scénario mieux ficelé, une véritable approche de ce qu'est l'enfer du génie, une plongée dans cette créativité libre et colorée, exaltante et usante, au lieu que le film insiste lourdement sur l'aspect sombre du personnage, son addiction à l'alcool et à la drogue, son instabilité affective, son vieillissement prématuré, bien qu'il ne se concentre que sur les 20 premières années de la vie professionnelle de Saint Laurent. Dommage ! C'est malheureusement une mode tristement actuelle d'appuyer sur tout ce qui relève du domaine le plus intime et d'obliger ainsi le spectateur à devenir un voyeur en lui assénant des scènes de sexe parfaitement inutiles, se plaisant à souligner les détails les plus crus. Yves Mathieu Saint Laurent méritait mieux. Ce n'est pas son homosexualité et son comportement instable  qui ont suscité l'admiration du monde mais son génie créateur, son inventivité, son goût inné de la beauté. C'est cette part de lui-même que nous attendions et espérions, celle d'un esthète incomparable, d'un homme amoureux des arts, d'un collectionneur éclairé et novateur qui a changé nos habitudes vestimentaires, créant un style reconnaissable entre tous. C'est également l'amoureux des écrivains et des peintres, l'initiateur d'une mode nouvelle qu'il était intéressant de mettre en scène, non les soucis d'un être fragile.

 

yves-saint-laurent-film-jalil-lespert-avec-pi-L-p80yXs.jpeg

 

Né à Oran en 1936 dans une famille de la bourgeoisie modeste, le jeune Yves Mathieu monte à Paris pour suivre des cours de modélisme et très vite se fait remarquer par son talent. Choisi par Christian Dior pour devenir son assistant, il assure la relève à sa mort, bien qu'il n'ait que 24 ans. Le petit prince de la mode, comme on l'appelle, rencontre immédiatement le succès avec les 178 modèles proposés qui imposent déjà sa propre inspiration. Ce sera une coupe trapèze très différente de celle du maître disparu. Mais appelé en 1960 à faire son service militaire qui, à l'époque, durait 27 mois, Yves Mathieu redoute plus que tout d'aller se battre dans son pays natal, l'Algérie, et tombe malade ; il sera hospitalisé au Val de Grâce pour dépression et finalement réformé et licencié par la maison Dior que gouverne le tout puissant Marcel Boussac. Grâce à Pierre Bergé, dont il partage déjà la vie, Yves Saint Laurent gagnera son procès pour rupture abusive de contrat et créera, toujours avec le soutien de Pierre Bergé qui en sera le directeur financier, sa propre maison de couture dont on sait le renom mondial qu'elle obtiendra, faisant de la griffe Saint Laurent une vitrine pour le commerce de luxe français et le fleuron incontesté de la Haute couture.

 

C'est donc cette vie que Jalil Lespert était sensé nous raconter et qu'il fait par bribes, avec de très beaux moments : ceux des collections sur une musique d'opéra où nous voyons défiler quelques-unes des plus belles toilettes sorties des mains inspirées du couturier. Mais à côté de ces moments de grâce, l'opus insiste non sans complaisance sur les pages sombres, les orgies très romaines dans la splendeur du palais marocain, les traits qui s'épaississent, les débauches courantes qui sont si peu en harmonie avec la beauté ambiante des intérieurs et des collections. J'ai déjà dit combien Pierre Niney est absolument génial dans son interprétation et il est curieux de remarquer que nombre de films récents doivent plus aux acteurs qu'aux metteurs en scène. Ce fut le cas pour "La Vénus à la fourrure" de Roman Polanski qui repose sur les interprétations remarquables d'Emmanuelle Seignier et de Mathieu Almaric. Même chose avec le film de Lespert qui ne serait rien sans Pierre Niney et Guillaume Gallienne, l'un et l'autre formant un duo extrêmement crédible, Gallienne transformé en un Pierre Bergé attentif et implacable, véritable mentor qui assure le bon fonctionnement de l'empire Saint Laurent/Bergé. Le final est un peu bref. On s'arrête en l'an 1976, alors que l'empire demeure toujours, simplement parce qu'il devait être bien difficile de confier au jeune Niney la face vieillissante de Saint Laurent. Quant aux autres personnages, que ce soit Loulou de la Falaise, Betty Catroux, Bernard Buffet, Victoire, ils ne font que de la figuration et se perdent dans les décors toujours somptueux.

 

Pour consulter les articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

ysl_home_3026_north_584x0.jpg

 

Partager cet article
Repost0
9 décembre 2013 1 09 /12 /décembre /2013 10:39

venus-in-fur-poster_portrait_w532.jpg

 

                                   

 

Thomas, un metteur en scène, se lamente dans un théâtre parisien vide. Sa journée passée à auditionner des comédiennes pour son adaptation de «La Vénus à la fourrure» a été un échec et l’a mis hors de lui. Désespéré par le niveau des aspirantes, il voit soudain débarquer Wanda, trempée par la pluie et en retard pour l'audition. Le metteur en scène est d'abord rebuté par l'arrogance et la vulgarité de la jeune femme et la jette dehors. Mais, celle-ci insiste, se déguise en Vanda, l’héroïne de la pièce qu’elle a visiblement lue, et plus l'audition avance, plus la jeune femme fait preuve de subtilité, parvenant régulièrement à surprendre Thomas, qui, peu à peu, se laisse séduire par la comédienne. Un étrange jeu va dès lors s'installer entre les deux artistes...

 

Voilà, le décor est planté, les personnages en place et ce huit-clos commence entre deux êtres que tout sépare et qui s'apprêtent à confronter leur vécu et leur fantasmé dans un climat tendu comme ceux qu'affectionne de plus en plus, au fil du temps, Roman Polanski, homme complexe et metteur en scène habile et provoquant. On retrouve, dès les premières images, son goût pour les travestissements, l'érotisation des situations, le burlesque et l'intellectualisme sulfureux et surtout l'enfermement de soi et des autres. Il semble bien que, mal remis de certains drames, le réalisateur polonais se plaise à gratter ses plaies et à se polariser sur les situations les plus extravagantes et surtout les plus confinées, dans une claustration  inquiétante. Je dois l'avouer, j'ai eu du mal à entrer dans ce film parce que la claustration n'est pas mon fort, que j'aime trop l'espace, l'air, la lumière pour prendre plaisir à une mise en abîme aussi castratrice, dans un décor composite fait de bric et de broc, car c'est de cela qu'il s'agit : deux personnages pris dans les rets du sado-masochisme qui se confrontent  pour mieux tenter de se détruire, grande scène des genres redistribués. 

 

Et qui est ce metteur en scène officiant dans le film ? Un homme visiblement insatisfait qui se cherche dans les textes des autres, comme dans celui-ci qu'il s'applique à adapter de Léopold von Sacher-Masoch et revisite sans en connaître vraiment les  tenants et les aboutissements, enclin à le modifier au cours de ce face à face avec une comédienne qui elle-même a besoin de s'affirmer, de donner un sens à sa vie et de dominée devenir dominante. Qui l'emportera ? Personne, au final,  sinon  Polanski qui nous propose un cheminement dans l'inconscient où chacun ne voit que ce qu'il veut bien voir... On sort de la projection dans un état de perplexité et de confusion tant on devine qu'il s'agit en tout premier lieu d'une introspection personnelle, où le metteur en scène nous livre ses sentiments les plus secrets en ce qui concerne ses rapports avec les femmes et tout d'abord avec la sienne. Car Emmanuelle Seigner est  ici au centre de l'écran : elle est la femme fatale qui éblouit et fait perdre pied, séduit et captive, inspire et désespère. Elle est magnifique de beauté et d'assurance, tellement forte face à un Mathieu Almaric qui est véritablement le double de Roman, émouvant à force d'être terrassé, constamment en position de faiblesse, victime de ses appréhensions, de son physique ingrat,  de ses propres leurres. Leur duo est déséquilibré dès le départ parce que l'on sent tout de suite que la femme est la plus forte, la plus acharnée à vivre,  à lutter, à survivre. Alors que son partenaire est déjà engagé sur la pente du déclin et que son intelligence est laminée par trop de  doutes. 

 


venus-c3a0-la-fourrure.jpg

 

Souligné par la musique aigre et parfois hurlante d'Alexandre Desplat, le film vaut surtout par la formidable interprétation du duo Seigner/Almaric, tous deux maîtrisant leur texte et leur jeu de façon  remarquable, elle s'imposant, lui se cherchant et s'interrogeant jusqu'à s'annihiler. Emmanuelle Seigner donne ici la mesure de son talent et surfe sur un vaste registre où elle passe de la femme vulgaire à l'intellectuelle inspirée et finaude, de la femme objet à la femme déesse, extase d'un homme aux prises avec ses démons les plus récurrents, ses rêves les plus improbables. Ce n'est certes pas un film que j'aime pour la raison que j'ai donnée un peu plus haut, mais qui éclaire de ses lueurs sauvages l'oeuvre complexe et ambiguë de Polanski. 

 

3-e-toiles

 

Pour consulter l'article que j'ai consacré à Roman Polanski, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

ROMAN POLANSKI OU UN CINEMA MARQUE PAR L'HOLOCAUSTE

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

21044241_20130926103628088.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q.jpg

 EMMA.jpeg

 

Partager cet article
Repost0
21 novembre 2013 4 21 /11 /novembre /2013 09:53

les-garcons-et-guillaume-a-table-affiche-525bd336b7c2d.jpg

                                      

 

Prenez un  clown génial et excellent acteur, un sujet scabreux mais traité avec la finesse de celui qui a vécu ce drame de l’identité dans sa chair et vous obtenez un film qui, malgré ses clichés et un narratif en dents de scie, ne peut laisser  indifférent le spectateur pour plusieurs raisons. La première est l’acteur et réalisateur lui-même qui vous ferait avaler des couleuvres tant il est sincère et qu’il parle d’un drame intime qui a déjà fait l’objet d’un one man show ; la seconde est qu’il fallait oser aborder le thème de l’homosexualité à l’envers, en montrant non un homo refoulé mais un hétéro incompris. Car Guillaume, le petit dernier d’une famille de trois enfants, dont deux frères aînés du genre hyper viril, est l’objet d’une attention malsaine de la part de sa chère maman qui aurait tant voulu une fille. Voilà les dès jetés : Guillaume est la victime constante d’un malentendu de la part de son entourage qui ne peut l’imaginer qu’homo pour la bonne raison que sa maman en est convaincue et qu’il ne sait rien lui refuser, alors se croyant homo, il la joue homo. Cette matrone, élégante mais baroque, interprétée par Gallienne, se révèle une castratrice de première grandeur et Guillaume une proie d’autant plus facile qu’il ne s’aime pas et se sent pris dans un engrenage inéluctable jusqu’à ce qu’il rencontre enfin la jeune fille de ses rêves … D'autant qu'avec sa tête de petit mouton, on le sent destiné à être tondu. Ici, la « théorie du genre » est mise à mal et vole en éclats dans cet opus qui prouve, avec une redoutable efficacité, que l’on naît bien dans l’un ou l’autre des genres masculin ou féminin, quoique que l’on tente d’insinuer…

 

les-garcons-et-guillaume-a-table-11014813hjihy_1713.jpg

 

Bien entendu, l’opus n’échappe pas à la caricature et certaines scènes sont particulièrement lourdes et inconsistantes, telle celle avec Diane Kruger où le malheureux Guillaume, fan des cures et des spas, se voit infliger un lavement. D’autres sont vraiment très drôles, ainsi lorsque le jeune homme, qui tente d’échapper au service militaire, ne sachant que trop bien, pour avoir été dans les collèges anglais, ce  qui risque de lui arriver dans un contexte exclusivement masculin, se ridiculise à l’envi face à un malheureux psy de l’armée qui finira par perdre le fil de son discours.  Car Guillaume aime les femmes : sa mère à la folie, sa grand-mère, ses tantes et toutes les femmes qu’il cajole du regard et ne se lasse pas de côtoyer et d’écouter. C’est d’ailleurs lui qui joue le rôle de sa maman parce que personne ne pouvait mieux rendre leur incroyable proximité :

« J’étais le seul à pouvoir jouer ma mère. Je connais mieux que quiconque sa violence, mais aussi sa pudeur. Au tout départ, je pensais confier le rôle à une actrice, mais je lui aurais indiqué de façon si directive comment la jouer que cela aurait été insupportable pour elle. Du coup, l’idée de l’incarner moi-même s’est rapidement imposée. Il s’agissait pour moi de mieux la défendre... »

Il poursuit :

« Interpréter simultanément mon propre cas et celui de ma mère relève de l’évidence. Primo, j’illustre ainsi concrètement la confusion schizophrène de ma jeunesse. Secundo, je montre que je n’ai toujours pas réglé mon problème puisque aujourd’hui, à 41 ans, j’éprouve encore le besoin de jouer maman ! De toute façon, je ne crois pas que l’on règle ses problèmes. Au mieux on apprend à les apprivoiser, à ne plus les subir et à les poétiser. »

Et c’est ce qu’il fait avec autant de maladresse que de sincérité et si naturellement qu'on les lui pardonne volontiers pour la simple raison que le réalisateur a su, de façon délicate et sensible, pointer du doigt les malentendus redoutables que la société ne cesse de propager entre l’être et le paraître.

3-e-toiles

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer sur le lien ci-dessous :

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS


RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL


 

Guillaume-Gallienne-dans-Les-garcons-et-Guillaume-a-table--.jpg les_garcons_et_guillaume_photo_1-b2f64.jpg

 

 

Partager cet article
Repost0
14 novembre 2013 4 14 /11 /novembre /2013 10:14

9-mois-ferme-affiche-albert-dupontel-le-bric-a-brac-de-potz.jpg

                                 

Ariane Felder est enceinte ! C'est d'autant plus surprenant que c'est une jeune juge aux mœurs strictes et une célibataire endurcie. Mais ce qui est encore plus surprenant, c'est que d'après les tests de paternité, le père de l'enfant n'est autre que Bob Nolan, un criminel poursuivi pour une atroce agression. Ariane, qui ne se souvient de rien tant elle était ivre cette nuit-là, tente alors de comprendre ce qui a bien pu se passer et ce qui l'attend...

 

«Je préfère parler de drame rigolo que de comédie - confie le cinéaste-auteur-acteur. Je n’écris jamais de choses drôles. Mes histoires sont toujours une tragédie. Là, il s’agit d’une juge imbue d’elle-même, carriériste, austère, et qui descend en enfer quand elle comprend qui elle est!» Cette vieille fille aigrie, fière de ne s’être jamais abaissée à devenir mère, va se retrouver, après une cuite, engrossée par un tueur, un psychopathe qui croque les yeux de ses victimes… «Une fois que j’ai écrit un drame, qu’en faire? Je le traiterais comme un Ken Loach si j’avais son talent. Alors, par pudeur, je travestis la tragédie en Grand-Guignol»  - ajoute notre réalisateur.

 

21041351_20130918124107913.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q.jpg

 

Comédie totalement déjantée, "9 mois ferme" a l'avantage de ne jamais se prendre au sérieux. Nous sommes dans l'absurde et le burlesque du début à la fin. Rien n'est vrai et tout est permis à ce cinéaste qui jongle avec les formules, invente le mot globophage et ne cherche même pas à nous faire prendre les vessies pour des lanternes. Si on n'entre pas dans sa loufoquerie, autant quitter la salle, c'est sans espoir... Si on aime le burlesque, il y a de bons moments et surtout une interprétation de qualité, autant de la part de Sandrine Kiberlain qui parvient à nous effarer, autant qu'elle l'est elle-même,  que de celle d'Albert Dupontel révulsant  en permanence et attendrissant sur la fin, enfin par Nicolas Marié qui, en avocat bègue, nous fait une démonstration fort éloquente de ce que peut être une plaidoirie lorsque la bande sonore se détraque. Je ne vous parlerai pas des scènes gore, il y en a, par exemple celle d'un médecin légiste en train de découper son cadavre à la tronçonneuse - mais à ce moment j'ai fermé les yeux et ne peux tout vous décrire, alors remboursez ! -  où les scènes interdites au moins de 14 ans qui sont floues au final, alors ?

 

Ai-je apprécié  ? Cet absurde est certes plein de trouvailles mais il arrive que le saugrenu ne soit pas toujours lisible. Oui, comment une psycho-rigide peut arriver à assouplir sa rigidité et comment un dangereux psychopathe parvient à retrouver un comportement quasi sociable ? Cela n'est pas une mince affaire et dans cette comédie burlesque, Albert Dupontel ne s'en sort pas mal car il arrive que le pire engendre le meilleur...au mieux le moins mauvais. Et puis Sandrine Kiberlain parvient à rester crédible, même dans les moments les plus insensés.

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer sur le lien ci-dessous :


LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL
 

 

21022955_20130726170742682.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q.jpg

 

9 MOIS FERME d'ALBERT DUPONTEL
Partager cet article
Repost0
11 novembre 2013 1 11 /11 /novembre /2013 11:08
QUAI d'ORSAY de BERTRAND TAVERNIER

                                    

Prenez une bande dessinée pleine d’humour et  d’insolence, un metteur en scène de talent, des acteurs bien dirigés, un rythme ébouriffant et vous obtenez un film désopilant, conduit à cent à l’heure dans les lieux qui ont vu s’écrire des pages d’histoire d’où le ridicule, le trivial, le surabondant, l’énorme n’ont jamais été absents. Oui, il fallait oser entrer dans les ors de la République, saupoudrer ce moment de la vie politique française de très bons acteurs, en faire un festival de la parole drue et ajouter une cadence folle au rythme des négociations qui se tramaient alors entre l’Oubanga et la France. Tavernier l’a osé et a eu grandement raison car il nous livre une excellente comédie politique comme nous n’en voyons que trop rarement avec le brio, la justesse de ton et les envolées lyriques qui font mouche.

 

Nous sommes en 2003 et le ministre des affaires étrangères Alexandre Taillard de Worms, lecteur d'Héraclite et mégalo, est un homme plein de panache. Il opère sur la scène mondiale et y apostrophe les puissants de ce monde en invoquant les plus grands esprits afin de ramener la paix, calmer les agités et les nerveux ( lui qui l’est cependant ) et justifier son aura de futur prix Nobel de la paix. Alexandre Taillard de Worms est un esprit brillant qui attribue à la puissance du langage la primauté diplomatique : légitimité, lucidité et efficacité ne cesse-t-il de proclamer à son équipe. Il pourfend par ailleurs les néoconservateurs américains, les russes corrompus et les chinois cupides. Le monde a beau ne pas mériter la grandeur d’âme de la France, son art se sent à l’étroit enfermé dans l’hexagone. Le jeune Arthur Vlaminck, récemment diplômé de l’ENA, est embauché en tant que chargé du “langage” sous son haut ministère. En clair, il doit écrire ses discours ! Encore faut-il apprendre à composer avec l’entourage du prince, se faire une place entre le directeur de cabinet et les conseillers qui gravitent dans un Quai d’Orsay où le stress, l’ambition et les coups fourrés ne sont pas rares, trouver les mots qu’il faut placer dans la bouche de ce mentor exigeant et manœuvrer malgré l’inertie des technocrates. La tâche est écrasante mais le jeune homme s’y attelle avec bonne volonté…

 

9090215a-5a7a-11e2-922f-0c1a40f503f3-800x532.jpg

 

En 2003, les fonctionnaires fumaient comme des pompiers dans les bureaux du Quai d'Orsay. Surtout, la France avait une voix dans le concert des nations: « Et c'est un vieux pays, la France, d'un vieux continent comme le mien, l'Europe (…), qui a connu les guerres, l'occupation, la barbarie, un pays qui n'oublie pas et qui sait tout ce qu'il doit aux combattants de la liberté venus d'Amérique et d'ailleurs et qui pourtant n'a cessé de se tenir debout face à l'Histoire et devant les hommes ». Tel sera le discours de l’ONU prononcé par Villepin, auquel le personnage d’Alexandre Taillard de Worms ressemble comme un gant et qui nous restitue une page de notre passé non dénué de nostalgie. Car malgré le  désordre apparent, les coups bas, les excès de tous ordres régnaient encore une élégance, un faste, qui ne sont nullement balayés par le rythme haletant, les effets de manche et les ridicules des divers protagonistes. Les dessous du pouvoir sont restitués avec un humour salutaire mais jamais déshonorant car, à l’évidence, ce petit monde fonctionne et travaille et si le chaos menace, le ministre tente de garder son équilibre même au cœur des situations les plus burlesques.

 

 

Thierry Lhermitte est un Alexandre Taillard éblouissant – il se livre ici à un festival de grande classe et colle parfaitement à son personnage pétri de suffisance, d’audace et de séduction ; Niels Arestrup, en directeur de cabinet impavide, est absolument parfait et nous fait toucher du doigt la vacuité des mots quand ils sont utilisés à des fins de manipulation et apparaît comme le seul personnage calme au cœur d’une véritable tornade logorrhéique ; enfin  Raphaël Personnaz, en Candide qui a la charge redoutable de composer avec le prince, est très convaincant dans celui du jeune énarque à qui le ministre vient de confier la responsabilité du … langage. Tous les rouages fonctionnent et le film est une véritable réussite, même si quelques longueurs auraient pu être évitées.

 

Pour consulter la liste des films de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

21045363_20130930181848774.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q.jpg


 

QUAI d'ORSAY de BERTRAND TAVERNIER
Partager cet article
Repost0
1 octobre 2013 2 01 /10 /octobre /2013 08:45

le-samourai-67.jpg

                                    

« Le Samouraï », film de Jean-Pierre Melville est sans doute le chef-d’œuvre du genre par sa sobriété, sa rigueur, son unité de temps, son économie de moyens et la remarquable interprétation d’Alain Delon, au sommet de son art, dont la présence magnétique donne à l’opus sa densité et son rayonnement. Aucune œuvre moins bavarde ; celle-ci ne repose que sur les éclairages, les expressions, les gestes les plus minutieux, le tempo d’une savante lenteur qui ne quitte pas un instant de vue le personnage ambigu de Jef Costello, tueur à gages solitaire et désenchanté. On comprend que le scénario ait d’emblée séduit l’acteur de 30 ans qui devait se reconnaître dans ce loup isolé qui préfère mourir à la façon du samouraï, en mettant sa mort en scène lui-même et en la provoquant, que de sombrer dans le déshonneur.

 

L'histoire est celle de ce Jef Costello qu’un clan du milieu parisien a chargé de l’exécution du patron d’une boîte de nuit huppée, ce qu'il fait dès le début du film. En sortant du bureau, où gît le cadavre de sa victime, il croise la pianiste du club, Valérie (Cathy Rosier). Malgré un alibi bien construit, il est suspecté par le commissaire  (formidable François Périer ) chargé de l'enquête qui sera dans l’obligation de le relâcher, car la pianiste de la boîte nie le reconnaître, ce qui est faux. Jef ne comprend pas pourquoi elle agit ainsi. Il se rend ensuite au point de rendez-vous convenu avec son employeur pour récupérer l'argent du contrat.

 

film-1017-4.jpg

 

Un homme blond, faisant office d'intermédiaire, s’acquitte de cette tâche en lui tirant une balle dans le cœur mais, grâce à ses bons réflexes, Jef s’en tire avec une égratignure au bras. Désormais, il va s’employer à remonter à la source et à démasquer ceux qui ont cherché à l’éliminer, tout en jouant au chat et à la souris avec la police qui guette le moindre de ses faits et gestes, le commissaire plus que jamais convaincu qu’il tient là son coupable. S'ensuit une traque dans le métro parisien et une perquisition chez la maîtresse de Jef, Jane Lagrange, que l’officier de police va tenter de déstabiliser, mais en vain. Le rôle est tenu par Nathalie Delon, alors l’épouse d’Alain, convaincante dans ce personnage courageux qui a vite fait de débusquer les intentions du policier

 

De retour chez lui, Costello découvre, grâce au comportement anormalement agité de son bouvreuil, que quelqu’un a pénétré chez lui et y a posé des écoutes. Une seconde fois, intrigué à nouveau par l’agitation de l’oiseau, il se trouve en présence d’un émissaire du clan. Par chance, il parvient à le désarmer et à lui extorquer le nom et l’adresse de son commanditaire.

 

San plus tarder, il se rend à  cette adresse et constate qu'il s'agit de l'endroit où vit la pianiste. Il y retrouve celui qu'il cherchait et le tue avant de regagner la boîte de nuit, de sortir son revolver et de le pointer sur la pianiste  au vu et au su de l’assistance. La police, qui l’attend embusquée derrière une porte, l'abat sur place avant de découvrir que son revolver n'était pas chargé.

 

 

Peu de rebondissements dans cette œuvre tirée d’un roman de Joan McLeod, mais un narratif linéaire sans flash-back, un récit concentré sur le personnage de Jef qui ne quitte pas l’écran, ne parle pas, mais jouit d’une présence grave et tragique car il se sait condamné à plus ou moins brève échéance. Delon tient  là l’un de ses plus grands rôles. Le moindre de ses gestes prend une énorme importance, ainsi la façon de mettre son chapeau, de relever le col de son imperméable, de fixer son regard sur un interlocuteur ; oui, le moindre détail prend une force et une importance incroyable. C’est tout l’art de Melville qui disait à propos de ce film : « La peinture d’un schizophrène par un paranoïaque ». On sait que lui-même était une personnalité complexe et solitaire. Le choix d’Alain Delon s’imposait ; Melville prend comme acteur son alter ego qui est dans la vie, comme il l’est lui-même, un loup solitaire, un homme sans concession ni dans sa vie, ni dans son métier. Le résultat est prodigieux. « Le Samouraï » est aujourd’hui encore une œuvre de référence, tant il est parfait dans sa composition et son déroulement, avec les éclairages gris-bleu de Henri Decaë et le chant nostalgique du bouvreuil,  symbole éloquent de l’emprisonnement intérieur.

 

 

Pour consulter l'article consacré à Jean-Pierre Melville, cliquer sur son titre :

 

JEAN-PIERRE MELVILLE OU L'OEUVRE AU NOIR

 

Et pour prendre connaissance des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer sur le lien ci-dessous :


LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

LE SAMOURAI de JEAN-PIERRE MELVILLE
LE SAMOURAI de JEAN-PIERRE MELVILLE
Partager cet article
Repost0
7 juillet 2013 7 07 /07 /juillet /2013 09:51

7762776712_pour-une-femme-le-nouveau-film-de-diane-kurys-so.jpg

                                               

Le film commence par la découverte d'une photo jaunie que  deux sœurs exhument d’une boîte à souvenirs à la mort de leur mère (Mélanie Thierry). Sur le cliché figure un oncle mystérieux qui va bientôt amener Anne (Sylvie Testud) à s'interroger sur la véritable identité de son père (Benoît Magimel). Est-ce celui adoré, qui fut un petit patron sans éclat, ou bien cet aventurier héroïque (Nicolas Duvauchelle), tueur de nazis, qui vécut un temps avec ses parents avant de se brouiller avec eux pour d'obscures raisons ? Anne va dès lors enquêter en revenant à Lyon où elle a passé une partie de son enfance, de même que Diane y vécut sa jeunesse. Aussi, cette dernière brouille-t-elle volontairement les pistes afin de mélanger fiction et autobiographie. Le résultat ? Une autofiction brodée autour de l'histoire familiale qui alterne flash-back et retours au présent, tout en couvrant plus de quarante ans de vie politique. Situé en 1947, au moment où le parti communiste compte le plus de partisans, Pour une femme se conclut dans les années 80 avec l'avènement de François Mitterrand.

 

pour-une-femme-diane-kurys.jpg

 

La première scène ouvre cette remontée du temps qu’Anne va entreprendre afin de connaître la vérité sur sa naissance. Cette photo de sa mère avec sa sœur et un étranger  sera le déclic qui va non seulement éveiller sa curiosité mais ouvrir la piste qui lui révélera, au fil de ses découvertes, ce secret familial : l’amour éperdu de sa mère pour son beau-frère Jean avec qui elle ne connaîtra qu’une rapide étreinte alors que celui-ci s’apprête à quitter la France pour toujours. Ce maillage romanesque donne au film sa résonance sensible, mais l’intérêt de celui-ci réside principalement dans la reconstitution des années d’après-guerre marquées par l’importance croissante du parti communiste au cœur de la vie politique.

 

Les acteurs sont tous très convaincants, rôles principaux et secondaires à égalité. Les silhouettes se détachent bien, la reconstitution de l’époque replonge dans une ville de Lyon des années 50 avec ses quartiers populaires, ses fêtes, ses boutiques, le début du confort domestique et le charme désuet des intérieurs ou de la mode féminine. Léna, la mère d’Anne, est interprétée par une Mélanie Thierry délicieuse de fraîcheur et de naturel qui éclaire ce film par sa grâce face aux deux hommes de sa vie, Michel, celui qui l’a sauvée du camp de la mort en Allemagne en la faisant passer pour sa fiancée et qui l'épousera ensuite, et Jean, le beau-frère, qu’elle aime en secret parce qu’il représente l’aventure, une forme de justice implacable pour ces juifs émigrés qui ont tant soufferts. N'oublions pas Sylvie Testud qui est une Anne toute en finesse, aux prises avec un passé qui ne cesse de l'habiter. Un seul bémol pour une fin un peu longuette où Magimel peine à nous convaincre du passage des ans, mais c'est là une faiblesse qui ne nuit pas vraiment à l'ensemble. Diane Kurys, avec ce nouvel opus, nous offre une reconstitution passionnante et prouve qu’elle tient désormais une place importante dans l’univers du 7e Art après "Diabolo menthe" et "Coup de foudre".

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

web-puf-lena-madeleine.jpg

85727022.jpg

 

Partager cet article
Repost0
18 février 2013 1 18 /02 /février /2013 10:32
Deux hommes dans la ville de José Giovanni

 

A sa libération, Gino Strabliggi, un ancien truand, est chaperonné par l’éducateur Cazeneuve, inspecteur à la retraite, qui l’aide à se réinsérer. Malheureusement un autre policier cherche à le faire trébucher. Ecrit et réalisé par  José Giovanni, un ancien taulard reconverti dans l’écriture de romans policiers et dans la réalisation de longs métrages de 1967 à 2001, cet opus est sans doute sa réalisation la plus spectaculaire par la tension constante qui l’accompagne et par trois acteurs d’exception que sont Jean Gabin, Michel Bouquet et Alain Delon qui donnent chair et vie à cette tentative  de réinsertion d’un jeune truand qui aspire à reconstruire sa vie après ses années passées derrière les barreaux. Fort de son expérience personnelle, José Giovanni livre avec ce superbe scénario un réquisitoire contre la peine de mort, doublé d’une pertinente réflexion sur la justice. Ainsi, José Giovanni échappe-t-il à de nombreux écueils dans ce vibrant plaidoyer pour une justice plus humaine. Le personnage d’Alain Delon n’est en aucun cas un enfant de chœur,  il est bien coupable du crime dont on l’accuse, les membres de l’administration judiciaire ne sont pas tous de froids fonctionnaires et la population entière n’est pas assoiffée de sang au point de souhaiter la mort des criminels. Certes, on peut sans doute reprocher au réalisateur d’avoir un peu forcé le trait par rapport au rôle du commissaire joué par Michel Bouquet, ce policier zélé qui utilise effectivement des méthodes qui évoquent de manière un peu trop évidentes celles des miliciens de Vichy, ce qui décrédibilise forcément ses actes. Et il faut reconnaître que l’acteur confère à  son personnage une inhumanité glaciale.

 



Pour autant, si le film se laisse parfois gagner par le souci de faire vibrer notre corde sensible (notamment grâce à l'émouvant thème musical de Philippe Sarde, ou encore à la mort plutôt inutile de la première femme de l’ex-taulard incarné par Delon), il reste toujours grave et sincère. On y sent notamment la puissance d’indignation d’un cinéaste qui dénonce une situation scandaleuse qu’il connait bien et analyse avec intelligence. Il s’est appuyé pour cela sur le savoir-faire de trois générations de comédiens talentueux. Vétéran de l’équipe, Jean Gabin, surnommé affectueusement « le vieux », du haut de ses 70 ans, compose une figure d’éducateur progressiste digne et nuancée. Il est ici d’une sobriété exemplaire. Autre style, Alain Delon est parfaitement à l’aise dans cet emploi du truand qui aspire à retrouver sa dignité. Enfin, une jeune génération vient faire souffler un vent frais sur ce casting avec la présence revigorante de Bernard Giraudeau, Gérard Depardieu, Victor Lanoux ou encore la  jolie Mimsy Farmer.

 



Succès mérité lors de sa sortie en salles (avec plus de 2 457 900 entrées en France), Deux hommes dans la ville (1973) peut donc être considéré comme le meilleur film de son auteur, tout en restant aujourd’hui encore d’une actualité brûlante. N’oublions pas que si la peine de mort a bien été abolie en 1981, les conditions de détention en France sont régulièrement la cible des associations des droits de l’homme, à cause de l'insalubrité et de la surcharge de nombreux établissements pénitenciers. Un film qui touche sa cible d'autant plus que le héros malheureux a su conserver son humanité. 

 

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer  ICI

 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

Deux hommes dans la ville de José Giovanni
Deux hommes dans la ville de José Giovanni
Partager cet article
Repost0
17 février 2013 7 17 /02 /février /2013 11:50
AMITIES SINCERES

    

Voilà un film qui respire la bonne santé, de ces comédies bien ficelées, bien argumentées avec des dialogues qui font mouches et des interprètes très attachants menés par un Gérard Lanvin au sommet de sa forme, et qu'on ne regrette pas d'avoir vu pour la simple raison qu'il ne nous inflige pas une seconde d'ennui et  n'est pas sans rappeler avec bonheur les comédies aigres-douces d'un Claude Sautet. Oui, c'est sain, probe, sympathique, sans prétention excessive, sinon celle de nous raconter une belle histoire d'amitié entre trois hommes qui, au final, ne partagent pas grand chose, sinon le plaisir de se retrouver, de partager une table bien garnie et des vins gouleyants aussi légers et agréables que l'opus qui nous est servi. Oui, un film qui vous met de bonne humeur, ne révolutionnera certes pas le 7e Art mais a le mérite de ne céder ni à la vulgarité, ni aux clichés racoleurs et vous délivre une bonne dose  de sincérité et de tendresse, ce qui n'est déjà pas si mal. Dommage que le titre soit convenu et aussi plat, ce qui explique que j'ai mis trois semaines avant de me décider à entrer dans la salle. Oui, regrettable que sur ce plan-là les réalisateurs n'aient pas eu davantage d'inspiration. Le film aurait gagné à avoir un titre plus explicite sur le sujet qu'il aborde, soit la variation des humeurs, la pudeur des émotions, la difficulté des rapports humains, les aléas de l'amitié, enfin les heures de grâce et de disgrâce des sentiments. A part cette maladresse  et une mise en scène trop conventionnelle, le film est une agréable bonne surprise.

 

 

1056811-jpg_922722.jpg

 

 

Les réalisateurs Stéphane Archinard et François Prévôt-Leygonie ont tout simplement porté à l'écran la pièce de leur composition qui, voici une dizaine d'années, avait recueilli un vif succès sur la scène et qui, transposée sur pellicule, n'a rien perdu de sa saveur, surtout qu'elle bénéficie d'une interprétation  de tout premier ordre avec un Gérard Lanvin en père poule divorcé particulièrement savoureux, fort en gueule et grand coeur aux prises avec les pieux mensonges de son entourage et dont les bons sentiments et les convictions sont mises à mal ; un Jean-Hugues Anglade, écrivain en panne d'inspiration qui va la retrouver en tombant amoureux de la fille de son meilleur ami, enfin un Wladimir Yourdannof libraire qui se replonge dans la politique à la faveur des législatives pour assouvir une vengeance sentimentale, enfin Ana Girardot séduisante jeune  fille trop couvée par un père tendre et tyrannique qui, à la veille de son grand oral de normal-sup, découvre qu'elle est éprise d'un quinquagénaire qui a pour autre inconvénient majeur d'être un ami de trente ans de son père. Ces personnages vont nous entraîner dans un plaisant marivaudage viril ou, plus que l'amour, c'est l'amitié qui brise les coeurs et ouvre les esprits. Tout cela est bien conduit  grâce à un scénario solide, des dialogues cousus main et tellement naturels dans la bouche des acteurs qu'on a l'impression qu'ils improvisent. Un travail très honnête qui semble avoir conquis un large public avec des moments touchants, des tendresses inattendues, quelques envolées à l'intention d'une gauche caviar volontiers moralisatrice, quelques lieux communs bien sûr mais qui ne parviennent pas à ternir un film d'excellente facture. Et cerise sur le gâteau, "Amitiés sincères " n'est pas sans évoquer les années 70-80 où il n'y avait pas de honte à avoir des principes, des convictions, un certain respect de l'ordre établi, un clin d'oeil que j'ai apprécié. Un film que l'on peut revoir sans ennui.

 

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer  ICI

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

19442917_fa1.jpg


amities-sinceres-30-01-2013-10-g.jpg

 

 

Partager cet article
Repost0
17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 10:21
ALCESTE A BICYCLETTE de PHILIPPE LE GUAY


Gautier Valence (Lambert Wilson) débarque à l'île de Ré avec une idée en tête : retrouver son vieil ami Serge Tanneur (Fabrice Luchini), retiré depuis plusieurs années dans l'île loin des vanités du monde, pour lui proposer de remonter sur scène à ses côtés dans une pièce de Molière : le Misanthrope. Le fringant quinquagénaire a très envie de se parer des plumes du paon en quittant son emploi d'acteur de téléfilm afin d'endosser celui autrement gratifiant d'acteur de théâtre en présence de Serge Tanneur, un comédien qui, jadis, a fait vibrer les salles.

 

Entre les deux hommes s'engage une véritable parade nuptiale de façon à choisir qui jouera Alceste et qui Philinte et lequel l'emportera de celui, jamais las des honneurs, ou de celui qui a choisi de vivre en ermite et, ce, au long d'une compétition où les susceptibilités se frottent et s'usent comme des galets. Bien sûr, je ne révélerai pas la suite, mais je ne peux que vous encourager à aller voir cet opus où, pendant près de deux heures, vous serez bercé par la musicalité des alexandrins du divin Molière, récité ou clamé avec panache, malice, colère, par ces deux acteurs dont la rivalité permanente ne fait que pimenter les scènes.

 

photo-Alceste-a-bicyclette-2012-2.jpg

   

Luchini excelle dans ce film qu'il a inspiré à Le Guay et où il ne peut manquer de faire usage des nuances subtiles de son registre personnel, celui d'un surdoué amoureux du beau langage et des belles lettres. Alceste à ses heures, face à un Lambert Wilson superbe avec lequel le duo, ou plutôt le duel à fleurets mouchetés, prend son rythme et son ampleur :  Wilson fat, consensuel et fielleux, Luchini acariâtre, professoral et blessé. Les mots crépitent, les phrases fusent, celles d'un beau langage où la seule chose à éviter est la faute de goût. Spectacle intelligent, bien mené, où le décor de l'île avec ses étangs, ses lumières automnales, ses glacis sur la mer joue le troisième personnage, un personnage avec lequel on ne triche pas malgré les vicissitudes de la vie, la jalousie, les notoriétés illusoires. Ainsi la vraie vie fait-elle sans cesse irruption comme cette belle italienne interprétée par Maya Sansa qui réveille des désirs assoupis chez nos protagonistes. Oui, un film sur l'art de se méprendre de soi et des autres, sur les rôles que nous nous attribuons souvent à tort, car Alceste n'est peut être pas celui qu'on croit, pas davantage que Philinte d'ailleurs, et c'est là que le film joue tout en finesse entre un histrion en constante représentation et un égotiste qui en veut au monde entier et principalement à lui-même. Ce n'est pas ici le jeu de l'amour et du hasard mais de la lucidité et de l'incertitude. Un régal.

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS  

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

 0.jpg

 1815039_3_8601_maya-sansa-et-fabrice-luchini-dans-le-film_0.jpg

 

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : LA PLUME ET L'IMAGE
  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
  • Contact

Profil

  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.

Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

ET SI VOUS PREFEREZ L'EVASION PAR LES MOTS, LA LITTERATURE ET LES VOYAGES, RENDEZ-VOUS SUR MON AUTRE BLOG :  INTERLIGNE

 

poesie-est-lendroit-silence-michel-camus-L-1 

 

Les derniers films vus et critiqués : 
 
  yves-saint-laurent-le-film-de-jalil-lespert (1) PHILOMENA UK POSTER STEVE COOGAN JUDI DENCH (1) un-max-boublil-pret-a-tout-dans-la-comedie-romantique-de-ni

Mes coups de coeur    

 

4-e-toiles


affiche-I-Wish-225x300

   

 

The-Artist-MIchel-Hazanavicius

 

Million Dollar Baby French front 

 

5-etoiles

 

critique-la-grande-illusion-renoir4

 

claudiaotguepard 

 

affiche-pouses-et-concubines 

 

 

MES FESTIVALS

 


12e-festival-film-asiatique-deauville-L-1

 

 13e-FFA-20111

 

deauville-copie-1 


15-festival-du-film-asiatique-de-deauville

 

 

Recherche