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14 avril 2021 3 14 /04 /avril /2021 09:36
SERGIO LEONE OU LE CINEMA COMME OPERA BAROQUE

     
A sa naissance à Rome le 3 janvier 1929, Sergio Leone tombe dans le chaudron du 7e Art avec un père pionnier du cinéma italien, condamné au chômage à cause de son opposition au fascisme, et une mère, Bice Valerian, actrice. Après des études en dents de scie, Sergio commence sa carrière cinématographique comme assistant et fait également un peu de figuration pour gagner sa vie et apprendre le métier de part et d'autre de la caméra. Celle-ci débutera réellement en 1959, lorsqu'il réalise, à la place de Mario Bonnard tombé malade, Les derniers jours de Pompéi, un film à péplum, suivi  deux ans plus tard, en 1961, d'un autre opus historico-mythologique Le colosse de Rhodes. Ces expériences lui permettent de se familiariser avec la démesure et d'élargir au maximum le champ de l'action. C'est le déclin du western américain qui va l'inciter à revisiter le genre et à lui donner de nouveaux codes. En 1964, il transforme en western violent le sujet traité par le cinéaste japonais Kurosawa dans Yojimbo, dont le titre est Pour une poignée de dollars. Ce film obtiendra un succès international et lui permettra d'imposer son nom ainsi que celui de ses collaborateurs, particulièrement le musicien Ennio Morricone et l'acteur Clint Eastwood et marquera le renouveau d'un genre tombé en désuétude, imité, par la suite - ce qui ne manque pas de piquant - par les Américains eux-mêmes. L'année suivante, le metteur en scène donne une suite à ce film avec Et pour quelques dollars de plus avec à nouveau Clint Eastwood et Gian Maria Volontè, pour lequel il s'est longuement documenté sur l'Ouest et la guerre de Sécession, affirmant son style et sa richesse thématique. Mais ce sera  Le Bon, la Brute et le Truand en 1966, où il dépeint l'apothéose de la violence irrationnelle et démystifie l'histoire traditionnelle de l'Ouest, qui fera de lui un réalisateur hors pair, un maître dans l'art de manier la caméra et d'en renouveler les thèmes. Je crois que les superlatifs manquent pour décrire ce chef-d'oeuvre obsédant, à la dimension narrative peu commune, où les présences des trois acteurs principaux que sont Elie Wallach, Lee Van Cleef et Clint Eastwood ne cessent de hanter nos mémoires.

 

En 1968, Sergio Leone va tourner une oeuvre encore plus ambitieuse Il était une fois dans l'Ouest, élégie spectaculaire sur la disparition d'un Ouest cher à John Ford, dont il ne craint pas de transformer l'un des acteurs favoris - Henry Fonda - en tueur sadique. Le film est tourné dans le même lieu mythique de Monument Valley avec une pléiade d'acteurs célèbres dont Charles Bronson et Claudia Cardinale et dans des tons crépusculaires. Ces tons s'enténèbreront davantage encore avec  Il était une fois...la Révolution en 1971, où sur toile de fond de la révolution mexicaine de 1913, le metteur en scène oppose deux types d'aventuriers interprétés par Rod Steiger et James Coburn, faisant clairement référence aux derniers jours du fascisme mussolinien.

 

Il produira ensuite deux westerns parodiques Mon nom est personne en 1973 et Un génie, deux associés, une cloche en 1975 qui sonnent comme la nécrologie de toute son oeuvre. Par la suite, il devient producteur, entre autres des premiers films de Carlo Verdone, et réalisera en 1984 un ultime opus Il était une fois en Amérique  avec Robert de Niro dans le rôle titre qui est une épopée sanglante et nostalgique sur le gangstérisme des années 1930.  Il mourra à Rome le 30 avril 1989 à l'âge de 60 ans, laissant derrière lui une oeuvre d'une puissance rare, dont les innovations, la splendeur visuelle, les fulgurances, la parodie toujours présente en ont fait un réalisateur inclassable, dont chaque film est à lui seul un concentré de toutes les possibilités narratives et esthétiques du 7e Art.

 

Pour prendre connaissance des critiques de certains des films de Sergio Leone, cliquer sur leurs titres :

 

 IL ETAIT UNE FOIS EN AMERIQUE de SERGIO LEONE       

 

 IL ETAIT UNE FOIS DANS L'OUEST de SERGIO LEONE

 

Et pour consulter la liste complète des articles consacrés à la rubrique CINEMA EUROPEEN & MEDITERRANEEN, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 

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10 avril 2021 6 10 /04 /avril /2021 09:59
FRANCOIS TRUFFAUT OU LE CINEMA AU COEUR

                                      

Le cinéma m'a sauvé la vie - écrivait François Truffaut, avant d'ajouter : si je me suis jeté dans le cinéma, c'est probablement parce que ma vie n'était pas satisfaisante pour moi dans les années de première jeunesse, à savoir les années d'occupation. De dix à dix-neuf ans, je me suis jeté sur les films : je n'ai pas de recul là-dessus.
Et il est vrai qu'avant de devenir cinéaste, Truffaut fut cinéphile, puis critique, métier qu'il pratiquera avec passion. Il fut d'ailleurs un critique redouté et le plus souvent perspicace quant à ses jugements sur le talent des autres. 
Le sien, il commencera à l'exercer dans Les mistons ( 1957 ) où apparaît une configuration qui se perpétue à travers toute son oeuvre : un garçon troublé par une belle femme lui fait une déclaration d'amour écrite. Dans ce premier long métrage, nous voyons une bande de jeunes gens tombant sous le charme de Bernadette Lafont. Les petits voyeurs l'épient, interrompant les baisers qu'elle échange avec Gérard Blain.

 


L'enfance sera pour Truffaut, né en 1932,  une source inépuisable d'inspiration qu'il inaugurera avec  Les quatre cents coups (1959). Tout comme Antoine Doinel, son héros, Truffaut fit de la salle de cinéma un chez lui de substitution. Son regard sur son art s'aiguise avec Tirez sur le pianiste (1960), film noir, jouant sur un registre tragi-comique, où l'on découvre un Charles Aznavour déchiré entre deux femme qu'il ne parvient pas à sauver. Truffaut avait adapté son film d'un roman de David Goodis, transformant un ensemble de rues sombres en un terrain fertile pour gangsters comiques et amants maudits.

 


On retrouve le mélange des tons dans Jules et Jim (1961), adapté lui aussi d'un roman, celui autobiographique d'Henri-Pierre Roché qui traite de l'amitié, de l'amour et de la vénération de deux amis inséparables pour une déesse qui se révélera trop humaine sous les traits de Jeanne Moreau (Catherine) qui incarne à leurs yeux la sublime statue. Grâce à une caméra mobile, Truffaut suscite notre intérêt pour des personnages qui, de prime abord, ne semblent pas sympathiques et, par ce subterfuge, ni ne condamne, ni n'approuve cette relation triangulaire, laissant à la responsabilité du public la spéculation morale. La caméra s'autorise de grandes libertés, additionne travellings, panoramiques et ouvertures de champ, ce qui est encore amplifié par la musique. Le Tourbillon entonné à mi-film par Catherine évoque ce qu'il y a d'éphémère dans cette rencontre qui ne sera rien d'autre qu'une brève aventure, une séparation, puis une réunion post mortem, comme si la fin du film suggérait un cycle perpétuel de recommencements.

 


Si Truffaut s'est affirmé comme le cinéaste le plus " littéraire " de la Nouvelle Vague, s'il a montré un penchant pour le commentaire en voix off, c'est parce que ses personnages et sa mise en scène sont particulièrement concernés par le langage. Ses héros ont souvent à voir avec l'écriture, il arrive qu'eux-mêmes rédigent des romans comme dans L'homme qui aimait les femmes. Il n'est pas rare non plus que le cinéaste glisse ici et là des citations puisées dans ses films préférés. Toujours pénétré de la fibre critique et historienne du temps où il écrivait aux Cahiers du cinéma, Truffaut aimait à témoigner dans ses films de sa conscience aiguë d'une continuité cinématographique et à établir une relation avec ses prédécesseurs. Mais ce sont les incertitude de l'amour qui composent la clé de voûte de l'oeuvre, que ce soit dans les années Léaud ( Baisers volés, Domicile conjugal, L'amour en fuite, Les deux anglaises et le continent ), plus tard dans La nuit américaine, L'enfant sauvage, Une belle fille comme moi, où l'on voit constamment des êtres emprisonnés en eux-mêmes, marginalisés par une société qui ne peut pas les accueillir et qui entretiennent avec l'amour, dont ils ont tant besoin, une relation difficile et angoissante. En ayant souvent recours à la voix off, Truffaut annonce clairement qu'il se considère comme un conteur et ne craint pas d'user d'une narration sophistiquée, ce que beaucoup lui reprocheront.

 


Avec Adèle H, l'histoire d'amour va se décliner sous le mode du JE. Le caractère autonome de cette sombre passion prend un relief particulier lié à la symbolique de l'eau figurant d'abord la noyade de Léopoldine, la fille préférée du père ( Victor Hugo ), l'évocation de l'île, celles de Guernesey et Jersey où l'écrivain vécut en exil et, enfin, le naufrage d'Adèle dans la folie. Et cela sur fond de musique, saxophone qui devient en quelque sorte la voix d'Adèle, comme "Le Tourbillon" avait lié ensemble, dans une sorte de tournoiement, un amour à 3 visages. Ce contrepoint entre le littéraire et le cinématographique, le visuel et le sonore, le texte préexistant et l'image animée est au centre de cette filmographie ; nous sommes là en présence d'un réalisateur pour qui les livres et les films ont toujours été plus " réels" que la vie, aux yeux de qui le passé semble plus vivant - ou tout au moins plus riche esthétiquement - que le présent.

 


Après viendront des films comme L'amour en fuite, La chambre verte, Le dernier métro et La femme d'à côté. Le réalisateur renoue avec les thèmes de la douleur de la passion romantique et de la violence émotionnelle de l'amour empêché. Curieusement Vivement dimanche, son dernier opus se conclut par une balle dans la tête, alors qu'un an plus tard, le 21 octobre 1984,  l'auteur s'éteindra d'une tumeur au cerveau, laissant derrière lui une oeuvre majeure née sous le signe de la révolte et devenue, au fil du temps, classique. Son itinéraire dit tout ensemble sa passion de la littérature, son goût pour le policier, son amour des femmes, enfin son inaltérable regard d'enfant sur la vie contemplée depuis l'objectif d'une caméra ultra sensible.

 

Pour lire les articles consacrés "Aux acteurs et actrices de la N.V." et "La N.V. et ses jeunes turcs", cliquer sur les titres :

 

 
LES ACTRICES ET ACTEURS DE LA NOUVELLE VAGUE    

 

LA NOUVELLE VAGUE ET SES JEUNES TURCS

 

Et pour consulter les critiques que j'ai consacrées à des films de Truffaut, comme Jules et JimAdèle H., La nuit américaine et Le dernier métro, cliquer sur le lien ci-dessous :  

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS  

 

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FRANCOIS TRUFFAUT OU LE CINEMA AU COEUR
FRANCOIS TRUFFAUT OU LE CINEMA AU COEUR
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3 septembre 2017 7 03 /09 /septembre /2017 09:03

a_portrait_of_performing_artist_jerry_lewis-869x1024.jpg jerry_lewis.jpg

 

Jerry Lewis, de son vrai nom Joseph Levitch, est un humoriste, acteur, producteur et réalisateur de cinéma, né le 16 mars 1926 à Newark dans l'État du New Jersey, aux États-Unis. Considéré comme un pitre sans ambition, c'est en France qu'il va véritablement rencontrer un public. Plus qu'aux burlesques, c'est à un grand clown qu'il fait penser par la construction en scènes et épisodes successifs de ses scénarios. Ce rapprochement inclut également la dimension existentielle et tragique du personnage qu'il incarne et qui ne le réduit jamais à un faiseur de grimaces.

 

Issu d'une famille de comédiens de tradition juive, Joseph Levitch commence sa carrière dans les cabarets et forme bientôt avec Dean Martin un duo comique très populaire dans les années 50. L'intervention d'un cinéaste, du nom de Frank Tashlin, va susciter progressivement l'intérêt que Jerry  prend  pour la mise en scène. Le réalisateur, quant à lui, s'empresse de réunir sur la pellicule les deux inséparables Martin/Lewis, supputant la veine comique qu'il entend exploiter. Hélas, au fil du temps, la séparation va se révéler inéluctable, chacun  des deux acteurs aspirant à poursuivre sa carrière en solo, et Lewis ne rêvant plus que de devenir l'auteur complet de ses films.

 

"Le Dingue du palace" en 1960 impose son style de scénariste : une situation, un décor et une suite de saynètes qui tiennent du court métrage et qui, en s'alignant, modifient continuellement la situation et le personnage jusqu'au dénouement. En règle général, le héros souffre d'un complexe qu'il finira par surmonter, mais à quel prix !

 

Lewis a réalisé 13 films dont les meilleurs se situent au début des années 60. L'ensemble constitue un discours sur la beauté intérieure, bien supérieure à la beauté extérieure qui est faite pour disparaître, alors que l'autre a le pouvoir de résister au temps... Ce sera le cas dans "Dr Jerry et Mr Love", son oeuvre maîtresse où le héros finit par conquérir sa propre autonomie. La démarche est certes dangereuse puisque la progression du personnage vers la "normalité" s'accompagne immanquablement de la perte progressive du comique dont il était porteur. Parfois Jerry Lewis n'hésite pas à flirter avec le fantastique - la femme chauve-souris par exemple dans "Le tombeur de ces dames". Par son goût pour le décor féerique coloré et brillant, il n'hésite pas davantage à pointer du doigt une certaine esthétique américaine. Il se dégage de ces opus une sorte de jubilation, ainsi le jeu avec le gigantesque décor de l'hôtel, en coupe comme une maison de poupée, dans "Le tombeur de ces dames" (1961). Lewis a d'autre part tendance à remplacer les gags attendus par des instants de contemplation esthétique ( la danse du couple de laiderons dans "Jerry souffre-douleur" ) ou par des pastiches qui fonctionnent grâce à l'ingéniosité de la mise en scène ( les différents oncles dans "Les Tontons farceurs" et la parodie du film d'espionnage dans "Jerry la grande gueule" ).

 

Plus tard, en abordant la seconde guerre mondiale avec "Ya ya mon général"  en 1970 et avec l'inédit  "Le jour où le clown pleura", Lewis désirait s'engager dans l'héritage chaplinien, mais le public refusa de le suivre et sa carrière s'acheva ainsi sur une voie de garage, ce qui fait de lui définitivement le clown triste du "Jour où le clown pleura".


Il est mort le 20 août 2017 à Las Vegas à l'âge de 91 ans. Il aurait déshérité les six fils de son premier mariage au profit de sa seconde épouse SanDee Picnick, de 24 ans sa cadette, épousée en 1980 et de leur fille adoptive âgée aujourd'hui de 25 ans. Son plus jeune fils, mort d'une overdose en 2009 à l'âge de 45 ans, disait que vivre avec lui était un enfer. Cette dernière farce laisse un goût amer de cet acteur et metteur en scène qui fut l'amant passionné et éphémère de Marilyn Monroe et fit rire - souvent jaune - la planète entière.

 

Pour consulter la critique du film Docteur Jerry et Mister Love, cliquer   ICI

 

Et pour prendre connaissance des articles de la rubrique REALISATEURS DU 7e ART, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

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JERRY LEWIS, LE DERNIER CLOWN
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22 octobre 2016 6 22 /10 /octobre /2016 10:08
Gérard Oury, le magicien du rire

Comprenant qu'il n'avait pas un grand avenir d'acteur, Gérard Oury eut la sagesse de se tourner vers une autre activité, celle de metteur en scène, où il excellera. Cet homme intelligent et cultivé avait un oeil imparable pour déceler nos ridicules. On sait que le comique est le propre de l'homme, lié principalement à ce qui est de l'ordre de l'humain. Un objet ne fera pas rire par lui-même, un paysage non plus. Et on ne rira de l'animal que s'il présente, par une attitude ou une expression, une similitude avec l'homme.

 

Gérard Oury sut utiliser les ressources du comique avec économie, sans céder à la vulgarité. Il eut également le mérite de choisir ses acteurs et les associer en des duos percutants. On ne peut oublier le couple formé par Louis de Funès et Bourvil ; pas davantage par le duo Montand/de Funès. Peu d'échec dans sa filmographie. Par contre, des pages d'anthologie et quelques chefs-d'oeuvre inénarrables d'humour, où les tics des uns, les bons mots des autres, la naïveté de certains, le caractère agité et outrancier de quelque autre déclenchaient notre hilarité.

 

Il est vrai qu'il est plus aisé d'émouvoir que d'amuser. Alors que l'émotion est près du coeur, le rire est proche de l'intelligence, au point d'avoir les moyens d'éduquer nos moeurs. Il y a chez l'auteur d'une pièce ou d'un film comique un pédagogue et un moraliste qui sommeillent. Le comique n'est ni le laid, ni le mauvais, ni le méchant. A l'instar de la caricature, il souligne nos travers, nos manquements, nos désaccords, nos étourderies, nos vanités, nos lourdeurs, nos inconséquences, nos manies, nos avarices, nos travestissements, sans être malveillant. Le personnage comique est le plus souvent pétri de jovialité et de bonhomie, au point de susciter notre sympathie et de faire de nous son complice. Enfin le rire exerce une fonction psychologique. Il nous détend et resserre nos liens avec autrui, tant il est vrai que nous nous plaisons à rire ensemble. On rit rarement seul. Le rire est éminemment social. Ne dit-on pas " Plus on est de fous, plus on rit" ?

 

Né à Paris en 1919, le cinéaste eut la chance d'avoir une mère journaliste qui l'introduisit très tôt dans le milieu artistique. Comme je l'écrivais plus haut, il ne fut pas un acteur de premier plan, bien qu'il ait fait le conservatoire, suivi  les cours de Louis Jouvet et été pensionnaire de la Comédie Française. Dans le même temps, il se tournait  vers le cinéma où on lui confia plus volontiers des rôles de personnages cyniques et antipathiques, ce qui dut le lasser, car il passera bientôt derrière la caméra - pour épater la femme qu'il aimait - Michèle Morgan, dira-t-on - et trouver sa véritable voie.
Sa carrière de metteur en scène sera, contrairement à celle d'acteur, éblouissante et son ascension irrésistible, au point qu'une grande partie de ses films figurent dans la plupart des vidéothèques. Ce seront bien sûr  Le CorniaudLa grande vadrouille, La folie des grandeurs, Rabbi Jacob, L'as des as, parmi les meilleurs, jalonnant un parcours exceptionnel et, ce, dans un registre particulièrement casse-cou : la comédie. On sait aussi l'importance qu'aura pour lui sa rencontre avec Louis de Funès, comédien peu connu à l'époque, qui devait l'inciter, après quelques essais dans le domaine du film noir comme  La menace  ou  Le crime ne paie pas,  à exploiter sa veine comique qu'il avait immédiatement décelée.

 

Le 11 mars 1998, Gérard Oury sera élu membre de l'Académie des Beaux-Arts, au siège anciennement occupé par René Clément, et reçu avec les honneurs qui accompagnent cette intronisation par Pierre Schoendoerffer. En 2001, devenu presque aveugle, il dictera un livre de souvenirs et d'anecdotes publié sous le tire : Mémoires D'éléphant ( Plon ). Il meurt à Saint-Tropez le 20 juillet 2006 à l'âge de 87 ans, après une vie qu'il considérait comme celle d'un laborieux comblé.

 

Pour lire les articles consacrés à Bourvil, de Funès et les Réalisateurs, cliquer sur leurs titres :

 
LOUIS DE FUNES           BOURVIL      LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART

 

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LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS
 

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Bourvil et Louis de Funès

Bourvil et Louis de Funès

Gérard Oury et Michèle Morgan

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10 octobre 2016 1 10 /10 /octobre /2016 11:01
ANDRZEJ  WAJDA

Andrzej Wajda, qui vient de mourir d’une insuffisance respiratoire à l’âge de 90 ans, est le chef de file de l’école de cinéma polonaise qui s’est affirmée à partir de 1956 à la faveur d’un renouveau artistique et d’une relative libéralisation politique. Sa filmographie reflète d’ailleurs les aléas constants qui ont frappé l’évolution du pays, ainsi que l’illustrent les titres de ses opus successifs : « Cendres et diamants » en 1958, « L’homme de marbre » en 1977, « L’homme de fer » en 1981, « Korczak » en 1990, réalisations en prise directe avec l’actualité du pays. Cinéaste soucieux du moindre détail, Wajda a souvent eu recours à des formes baroques et n’a cessé de s’interroger sur l’histoire singulière et dramatique de la Pologne. Aussi le thème national a-t-il été abordé par lui de manière sensible et romantique sans pour autant que la critique, parfois même virulente, en soit absente. Ainsi fait-il la part belle à tous les actes de résistance qui ont eu lieu durant l’occupation allemande, puis sous l’occupation de l’armée rouge, résistance ignorée ou déformée par les discours officiels ou, pire, par la propagande de cette politique dominatrice qui étouffait en permanence les forces vives de la nation polonaise. Evoquant l’année 1945, « Cendres et diamants » met aux prises des opposants issus de la Résistance intérieure qui vont organiser l’assassinat d’un vétéran communiste, représentant du nouveau régime dictatorial. Portrait complexe des contradictions du moment, cette analyse poignante bénéficie d’une interprétation remarquable et promulgue l’acteur Zbigniew Cybulski  en véritable icône de la jeunesse. Sa mort prématurée sera à l’origine d’un film que Wajda lui dédie « Tout est à vendre », récit d’un tournage et approche de la création,  qu’il reprendra et approfondira plus tard dans son film « Chef d’orchestre » (1980).

 

 

Malgré la surveillance exercée par le pouvoir en place sur ses scénariis, Wajda s’applique à décrire les anachronismes de la Pologne d’avant-guerre avec sa célèbre charge de cavalerie contre les divisions blindées allemandes dans « Lotna », opus qui lui attire bien des critiques et exerce un inconfort évident sur sa volonté de scruter d’un œil neuf et impartial l’histoire réelle de son pays. Avec « Cendres », pour lequel il obtient de plus gros moyens financiers, il se livre à une large fresque sur le pays au lendemain de l’épisode napoléonien, puis aborde le temps des croisades avec « La croisade maudite » en 1968. Plus dramatique et personnel sera « Paysage après la bataille » qui évoque le destin des rescapés polonais des camps nazis, tandis que « Les noces », en 1973, dépeint  la nostalgie d’un passé où les héros de tous ordres s’illustraient avec force et panache. Par la suite, l’évolution politique de son pays l’incite à un engagement encore plus formel, cela au prix d’une lutte incessante. Ce sera le grand moment de « L’homme de marbre » (1977), un retour sur une époque de lutte incessante pour l’édification d’un socialisme à marche forcée,  film construit comme une enquête où le réalisateur restitue parfaitement le climat de propagande et l’obsession du sabotage des années staliniennes. Les événements ne cessant de s’accélérer avec les grèves de Gdansk et l’émergence du syndicat indépendant de Solidarnosc, il réalise sans plus tarder, et dans l’urgence, « L’homme de fer », où il met en scène le fils de l’Homme de marbre, mais également un journaliste mouchard. Ce film aura une réelle répercussion dans le monde entier et fera connaître le nom de Wajda, ce qui lui permettra dès lors de tourner à l’étranger sans être brimé par la censure polonaise marxiste. C’est ainsi qu’il produit « Danton » en France en 1983 avec, dans le rôle-titre, Gérard Depardieu, film où il s’implique dans des considérations sur le pouvoir et la révolution. Enfin avec des films comme « La semaine sainte » (1995) ou « Miss Nobody » (1996), Wajda médite sur la Pologne post-communiste et les changements survenus, confirmant haut et fort  ses critiques morales à l’intention d’un pays où le cinéma désormais n’est plus la proie des mêmes enjeux  politiques. 

 

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ANDRZEJ  WAJDA
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21 janvier 2016 4 21 /01 /janvier /2016 10:09
Ettore Scola ou la nostalgie de l'histoire

 

Ettore Scola, né en 1931 et mort à l'âge de 85 ans en 2016, est l'un des plus grands cinéastes italiens de l'après guerre.  Après des études de droit, il se consacre d’abord au journalisme et à la radio avant de devenir gagman pour des films de l’acteur Toto. En 1952, il débute dans l’élaboration de scénarii et devient très vite l’associé de Ruggero Maccari, un des plus réputés en matière de comédies. Pendant une dizaine d’années, Scola va écrire une cinquantaine de films et collaborer notamment avec Dino Risi à L’homme aux cent visages (1960), La marche sur Rome (1962), Le Fanfaron (1962), Les Monstres (1963), Il gaucho (1964), Moi la femme (1971) et également, avec Antonio Pietrangeli, aux films suivants : Les joyeux fantômes (1961), Annonces matrimoniales (1964), Le cocu magnifique  et L’amour tel qu’il est (1965).  En 1964, grâce à Vittorio Gassman, il réalise son premier long métrage Parlons femme, où il entend bien imposer son style  en s’efforçant de braquer un regard critique sur la société italienne sans se réduire à un simple spectacle humoristique. Ce seront Cent millions ont disparu en 1965, Belfagor le Magnifique en 1966,  Nos héros réussiront-ils à retrouver leur ami disparu en Afrique ? en 1968.

 

En 1969, Le fouineur  indique plus nettement encore que Scola ne craint pas de porter le bistouri dans les plaies de la société tout en conservant un sens très sûr du divertissement. Avec Drame de la jalousie en 1970, il pose sans détour la question des rapports entre les sentiments et l’idéologie. Pour cet opus, son acteur principal Marcello Mastroianni recevra le grand prix d’interprétation au Festival de Cannes. Suit l’expérience ascétique de Trevico-Torino en 1973 sur l’émigration intérieure entre le Sud et le Nord de l’Italie, puis Nous nous sommes tant aimés en 1974, l’oeuvre qui l’imposera définitivement dans le club fermé des grands réalisateurs. Chronique amère de l’histoire de l’Italie de l’immédiat après-guerre à l’époque actuelle, le film examine sans complaisance le devenir de la société. Scola oeuvre désormais dans la perspective constante d’un va-et-vient entre passé et présent, alternant les œuvres inscrites dans la contemporanéité comme Affreux, sales et méchants en 1976, Les Nouveaux monstres en 1978, La Terrasse en 1979, Une journée particulière en 1977, Passion d’amour en 1981, La nuit de Varennes en 1982 et Le bal en 1983. Gagné par une certaine nostalgie inhérente au passage du temps, Scola s’intéresse également au problème des relations générationnelles, problème omniprésent dans La famille (1987), qui survole quatre-vingt années de l'existence d’une famille bourgeoise, thème de nouveau présent dans Splendor (1989), évocation attendrie d’une salle de cinéma condamnée à être démolie – ou encore dans Quelle heure est-il, sorte de remake de Une journée particulière, au cours de laquelle un père et son fils tentent désespérément de lier une relation durable. En effet, très ancré à gauche, Scola est avant tout un cinéaste soucieux de communiquer avec le public et de partager avec lui ses convictions. Il tente toujours de concilier un discours critique sur la société transalpine avec les nécessités du divertissement, qualités que l’on retrouve dans ses œuvres plus récentes comme Le voyage du capitaine  Fracasse (1990) d’après Théophile Gautier, Le roman d’un jeune homme pauvre (1995), un drame de la pauvreté où Alberto Sordi campe un vieux beau d’anthologie, Le dîner (1998) fresque sociologique pleine d’un humour récurrent et de sarcasme pour décrire une soirée dans un restaurant romain, Concurrence déloyale (2001) est, elle aussi, une comédie corrosive sur les lois antijuives votées en Italie en 1938 et Gente di Romana (2003), un documentaire romancé sur les diverses facettes sociales et culturelles de la capitale italienne d’aujourd’hui. Cette oeuvre importante porte, dans son ensemble, le sceau d'une joyeuse amertume, d'une défiance à l'égard des hommes si vite abusés, et une passion pour leur histoire et les grandes causes à défendre sans exaltation fébrile, davantage avec le regard d'un homme sans illusion.

 

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NOUS NOUS SOMMES TANT AIMES - critique

 

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24 septembre 2015 4 24 /09 /septembre /2015 10:17
LOUIS MALLE ou UN CINEMA BUISSONNIER

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Né en 1932 dans une grande famille d'industriels du Nord ( les Beghin du côté maternel ), Louis Malle s'initie dès l'âge de 14 ans à la réalisation cinématographique avec la caméra 8mm offerte par son père et s'inscrit, dès ses études secondaires achevées, à l'IDHEC dont il suivra les cours pendant un moment, avant de rejoindre le commandant Cousteau comme co-réalisateur du Monde du silence, documentaire qui obtiendra la Palme d'or en 1953. Mais s'étant crevé les tympans lors d'une plongée, il renonce à poursuivre cette expérience maritime et travaille dans un premier temps avec Robert Bresson sur le tournage de Un condamné à mort s'est échappé. C'est alors l'essor de la Nouvelle Vague mais Malle, très indépendant de nature, ne se reconnaît pas dans ce mouvement et entend bien rester un créateur libre de toute influence. Ainsi suivra-t-il son chemin de façon parallèle en se référant à ses seules motivations.

 

Il a 25 ans lorsqu'il réalise Ascenseur pour l'échafaud avec Jeanne Moreau et Maurice Ronet qui emprunte les codes du film noir mais que transfigure une bande son composée d'improvisations du jazzman Miles Davis et par  la plastique des images nocturnes. Ce film sera suivi des "Amants" où il pourfend l'hypocrisie qui subsiste autour de l'adultère et ouvre la voie à un  cinéma enfin délivré des tabous d'une société  trop corsetée  par les principes. Suivront, en 1960, Zazi dans le métro, une oeuvre ludique tirée d'un roman de Raymond Queneau et Feu follet qui traite de la dépression et du suicide inspiré de Pierre Drieu La Rochelle. Moins opposés aux conventions narratives que ces précédents opus, Viva Maria et Le voleur sont des comédies d'un amoralisme jubilatoire, tandis que Lacombe Lucien, co-écrit avec Patrik Modiano, suscitera une vive polémique, ce qui était probablement le but du film. Louis Malle y décrit un jeune paysan désoeuvré qui, après avoir tenté sans succès d'intégrer la Résistance, se tourne vers la collaboration. Malgré ses remarquables qualités, le film s'attire les foudres de la critique et des résistants, au point que, très affecté, Malle décide de s'expatrier quelques années aux Etats-Unis. Le premier film, qu'il tourne là-bas, sera un mélodrame en costumes La petite  sur un sujet, tout aussi sensible, la prostitution enfantine, interprété par la jeune Brooke Shields, suivi par Atlantic City ( 1980 ) où il raconte les mésaventures d'un truand à la retraite avec Burt Lancaster dans le rôle titre.

 

Revenu en France en 1987, ce sera à nouveau pour tourner un film sur l'Occupation Au revoir les enfants, comme si ce thème ne cessait de le hanter, film qui marquera sa véritable consécration de réalisateur et obtiendra enfin les éloges unanimes de la critique. Il y conte l'histoire d'un écolier qui se lie d'amitié avec un enfant juif au sein d'un collège catholique, récit quasi autobiographique, puisque son auteur fut le témoin d'un drame similaire durant la dernière guerre. Une autre réalisation Le souffle au coeur, où Malle décrit la relation fusionnelle entre une mère et son fils, sujet scabreux s'il en est, considéré comme son oeuvre la plus personelle, couronnera sa carrière et se verra récompenser par le Lion d'or à Venise, le prix Louis-Delluc et pas moins de 7 Césars. Ses derniers films Milou en mai et Fatale ne marqueront pas les mémoires mais contribueront à parachever une oeuvre inclassable, foisonnante et passionnée qui compte parmi les plus importantes du cinéma français.

 

A l'évidence, ce sont les cas extrêmes qui monopolisent  la créativité de Louis Malle : l'inceste, la dénonciation, la collaboration, la prostitution, qu'il traite en prenant de la hauteur, se refusant à tout jugement et  les incluant dans des destins qui font en sorte que  l'individu bascule dans le mal plutôt que dans le bien. Oui, ce sont ces instants de la renverse que le cinéaste s'attache à décrire, moments de dualité obscurs et impénétrables durant lesquels l'être ne cesse d'osciller en vain et que l'auteur décortique lors de narratifs parfaitement maîtrisés où n'entre ni vulgarité, ni facilité. L'exigence est au coeur de ses films, celle d'une mise en scène au service de scénariis complexes et plein d'ambivalences.

 

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27 avril 2015 1 27 /04 /avril /2015 09:26
MARCEL CARNE OU L'ALCHIMIE DU REALISME POETIQUE

"L'atmosphère et les personnages comptent plus pour moi que l'intrigue elle-même" ; ce propos de Marcel Carné est l'une des clés de son cinéma fondé sur l'articulation du décor et la psychologie de ses héros. Dans les années 1950, "Juliette et la clé des songes" montrera la continuité de son oeuvre et en offrira une illustration plus baroque.

 

Marcel Carné, né en 1909, a connu sa période la plus inspirée de 1936 à 1946 avec notamment "Quai des brumes", "Le jour se lève", "Les enfants du paradis", trois chefs-d'oeuvre incontournables. C'est durant cette décade qu'il entretient une intense collaboration avec Jacques Prévert, scénariste et dialoguiste de sept de ses films les plus marquants. Le seul film de cette période inspirée que n'ait pas dialogué Prévert est "Hôtel du Nord" et il manque, en effet, à cet opus la veine poétique et non-conformiste si attractive dans les autres, le jeu sur les archétypes et l'intérêt pour les marginaux qui en faisaient le charme et la caractéristique. Mais "Hôtel du Nord" n'en est pas moins intensément romantique et son origine (la littérature populaire) explique les échos du contexte social, comme dans "Le jour se lève". Cette brillante série bénéficiait également de l'apport exceptionnel des décors d'Alexandre Trauner et des superbes images dues à des techniciens formés par le meilleur cinéma muet allemand. Tous les ingrédients du "réalisme poétique" à la française étaient réunis, ainsi que des acteurs à la présence incontestable tels que Jean Gabin, Arletty, Michèle Morgan, Jules Berry, Jean-Louis Barrault, Pierre Brasseur, Louis Jouvet, Michel Simon...

 

En 1938, "Quai des brumes" est le film fondateur de ce style réaliste-poétique qui marquera si fort le cinéma de notre pays. Cette rencontre du déserteur et de la jeune fille perdue permet au style de se mettre en place.On le retrouve dans "Le jour se lève", récit novateur par sa construction en flash-back. Si "Les visiteurs du soir", tourné pendant l'Occupation, s'oriente volontiers vers le mythe et le symbole qui en découle, "Les enfants du Paradis" viendront couronner cet itinéraire créateur et innovant. Ce monument du cinéma français joue sur l'intelligence de la reconstitution de l'ancien Boulevard du Crime et sur l'évocation des spectacles de rue : pantomimes doublant les scènes vues par le spectateur, longs monologues à l'écriture rigoureuse, mise en scène du mélodrame au sein du récit, alliance narrative de personnages de fiction et de figures historiques comme le mime Deburau, l'acteur Frédérck Lemaître ou le bandit Lacenaire. Ce film attentif aux visages et à leurs expressions sait susciter l'émotion du spectateur et évolue avec un lyrisme tranquille où les mouvements de foule sont admirablement bien saisis par une caméra légère. L'opus représente l'apothéose de la collaboration Carné/Prévert et d'un cinéma populaire sans concessions.

 

"Les portes de la Nuit", réalisé aussitôt après la guerre, n'est pas affecté, au contraire, par les mots d'auteur qui y abondent et son narratif rend compte des échos du contexte social d'alors. Mais Carné n'a pas toujours connu la même réussite, ainsi dans "Les tricheurs" en 1958, variation sur le thème de Roméo et Juliette dont les deux héros se heurtent à des interdits nouveaux dans le cadre de Saint-Germain-des-Prés des années 50, ne fut pas reçu par le public avec enthousiasme, malgré ses indéniables qualités. De même que des films moins célèbres et également contestés comme "L'air de Paris" (1954),  "Terrain vague" (1960) ou "Trois chambres à Manhattan" (1965) qui recèlent, de la part de leur auteur, de justes observations sur les milieux décrits et l'évolution de la société d'après-guerre au sein d'un projet purement romanesque. A travers une filmographie choisie et peu abondante mais, ô combien, avisée et vivante, Marcel Carné révélera toujours ses solides qualités de mise en scène, de direction d'acteurs et le souffle d'une sensibilité sans cesse en éveil.

 

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MARCEL CARNE OU L'ALCHIMIE DU REALISME POETIQUEMARCEL CARNE OU L'ALCHIMIE DU REALISME POETIQUE
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28 mars 2015 6 28 /03 /mars /2015 10:39
VINCENTE MINNELLI, LE FLAMBOYANT

 

Né en 1910 d’un père italien, violoniste, et d’une mère française et actrice, le petit Vincente grandit dans le monde du théâtre. A l’instar de Charlie Chaplin, il joue dans la troupe itinérante de ses parents et apprend le métier sur le tas. Ses débuts professionnels ont lieu à Broadway où il devient décorateur et costumier, puis s’intéresse à la mise en scène. Invité à Hollywood, il dirige ses premiers films au début des années 1940. Ce sera d’abord « Un petit coin aux cieux », puis « Mademoiselle ma femme ». Mais la comédie musicale fera bientôt sa réputation, ainsi « Le chant du Missouri » en 1944 avec Judy Garland qu’il épousera et « Ziegfeld Follies » ( 1946 ), deux films qui réunissaient déjà les comédiens les plus prestigieux : Fred Astaire, Gene Kelly, Cyd Charisse, Esther Williams, Judy Garland et assureront sa toute nouvelle  notoriété.

 

En 1950, il devient le réalisateur mythique de la comédie musicale et produit des chefs-d’œuvre : « Un américain à Paris », « Tous en scène », « Brigadoon » et « Gigi », une adaptation du roman de Colette. Vincente confère à ses opus une atmosphère enchantée, une humanité attachante et une féerie constante qui enthousiasment le public. Il a le goût du bonheur et le transmet à son public grâce à l’expression musicale et les numéros impressionnants de chorégraphie dont il a le secret. Enrichissant son travail de son expérience théâtrale et de sa sensibilité à fleur de peau, Minelli élabore un jeu scénique qui marquera à tout jamais son style. On reconnait un film de Minnelli dès les premières scènes. Sur le thème du cinéma, « Les ensorcelés » est un modèle du genre.  Mais parallèlement, Vincente Minnelli est attiré par les films comiques ou dramatiques auxquels il confère les qualités esthétiques qui régissent ses comédies musicales. La même exigence s’y retrouve dans l’élaboration des décors, le choix des costumes et les éclairages. De « Lame de fond ", mélodrame criminel aux simples divertissements comme « Allons donc papa », le réalisateur impose sa touche et sait mettre en relief le jeu des protagonistes. Ses personnages sont constamment entraînés dans le réseau captivant que tisse l’objectif  et dans cet univers minnellien qui est sublimé par la musique et les mouvements souples de la caméra. Sa direction d’acteurs est tout aussi efficace et sensible et ceux-ci lui rendent l’attention qu’il leur porte en donnant le meilleur d’eux-mêmes et en éprouvant, à son contact, une semblable exigence. On se souviendra de l’interprétation de Kirk Douglas dans « La vie passionnée de Vincent Van Gogh » en 1956. Pour Minnelli, il faut raconter une histoire de la façon la plus fine, la plus juste, mais aussi la plus élégante, la plus stylisée, et en y introduisant un zeste de magie.
 

Par ailleurs, l’utilisation de la couleur contribue à l’aspect flamboyant de la mise en scène. Le cinéaste prolonge ainsi le discours des « Ensorcelés » dix ans plus tard avec « Quinze jours ailleurs », ou adapte des classiques romanesques, ainsi « Comme un torrent » de James Jones en  1959 ou « Les quatre cavaliers de l’Apocalypse » de Blasco Ibanez en 1962, qu’il s’approprie pleinement. Mais c’est sans doute dans « Celui par qui le scandale arrive », en 1960, qu’il atteint le paroxysme de son dynamisme et de sa puissance scénique, capable de peindre dans les tons les plus éclatants une mise en scène lyrique ou une vaste fresque dramatique.
 

N’oublions pas non plus que Vincente Minnelli est le réalisateur de films intimistes, trop souvent méconnus et rangés à part dans sa brillante filmographie, des films comme « The Clock » ou « Thé et sympathie », enfin « Nina », qui touchent par leur tendresse et leur sincérité et éclairent différemment un créateur aussi divers dans sa production et aussi  inspiré.Il meurt en 1986 à Los Angeles.

 

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VINCENTE MINNELLI, LE FLAMBOYANT
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20 octobre 2014 1 20 /10 /octobre /2014 10:00
JAMES CAMERON OU LE CINEMA AUTREMENT

Le film de James Cameron "L'aventure d'une vie" ( Deepsea Challenge 3D ) lui ressemble en tous points. Par son audace et son engagement à faire évoluer le regard du spectateur sur le monde. A travers son oeuvre, il tente de réveiller les consciences tout en transformant et en bouleversant le 7e Art en une dimension de plaisir jusque-là inconnue. A-t-il raison ou pas ? A chacun de se forger son opinion.

 

D'origine canadienne, le réalisateur s'installe en Californie en 1971, à l'âge de 17 ans. Il étudie la physique au Fullerton College, tout en travaillant comme machiniste et chauffeur routier. Désireux de poursuivre une carrière dans le cinéma, il s'investit en tant que décorateur et concepteur autodidacte des effets visuels sur des films de science-fiction à petit budget.

 

En 1984, sa première réalisation, Terminator, rencontre un succès inattendu. Depuis Cameron écrit, produit et réalise de nombreux films primés qui révolutionnent l'univers des effets spéciaux et établissent plusieurs records au box-office. Ce sera le cas de Titanic et d'Avatar, les deux plus gros succès de l'histoire du cinéma.

 

Avatar, film d'aventures et de science-fiction en 3D dont l'action se déroule sur une planète lointaine à la nature préservée, nécessite le développement durant plus de deux ans de nouvelles technologies de production comme la performance-capture faciale, la caméra virtuelle en temps réel pour la production d'images de synthèse et la Simulcam qui permet l'incrustation de personnages en images de synthèse aux prises de vues réelles. Ces techniques sont associées à une photographie stéréoscopique afin de créer un film hybride mêlant images de synthèse et prises de vues réelles. Avatar remporte les Golden Globes du Meilleur réalisateur et du Meilleur Film ainsi que 3 Oscars sur un total de 9 nominations.

 

Abyss et Titanic permettent au cinéaste de conjuguer deux de ses passions : le cinéma et la plongée en submersible pour se rendre sur l'épave du paquebot qui repose à 3843 mètres au fond de l'Atlantique Nord. Passionné d'exploration sous-marine, Cameron crée Earthship Productions afin de réaliser des documentaires sur l'exploration et la conservation des océans. Depuis sa première expédition, il en dirige six autres, notamment pour étudier l'épave du Bismarck et réaliser des images 3D des cheminées hydrothermales se trouvant le long des dorsales médio-Atlantique et est-Pacifique et en mer de Cortès. Il ne faudra pas moins de 72 plongées en eaux profondes et en submersible, dont 33 sur l'épave du Titanic, ce qui lui vaut d'avoir passé plus d'heures sur le transatlantique que le capitaine Smith lui-même. Parmi ces plongées, 51 sont effectuées dans des submersibles russes Mir jusqu'à des profondeurs atteignant les 4800 mètres.Pour partager, grâce à une qualité d'image inégalée, l'expérience de l'exploration sous-marine avec le public du monde entier, James Cameron utilise un systèm de caméra 3D numérique développé avec son partenaire Vince Pace.

 

En tant qu'explorateur, James Cameron est tout autant fasciné par notre planète que par l'espace. Depuis plusieurs années, il travaille avec des scientifiques et des ingénieurs du domaine spatial au développement de structures viables permettant l'exploration de Mars par l'homme et prend part à de nombreux projets d'exploration robotiques de l'univers. James Cameron siège au Conseil consultatif de la NASA pendant trois ans et se révèle un membre actif de la Mars Society et de la Planetary Society. Son implication dans l'exploration égale celle qui est aussi la sienne dans l'exploration et la préservation des océans. Il développe actuellement plusieurs projets autour des océans, dont une série télévisée sur le thème de l'environnement. James Cameron et Vince Pace continuent à développer des outils d'imagerie et de workflow 3D pour le cinéma, la télévision, les documentaires et l'exploration sous la bannière du Groupe Cameron/Pace. Tout un univers qu'il souhaite redéfinir ...  autrement.

 

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Présentation

  • : LA PLUME ET L'IMAGE
  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
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  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.

Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

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