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27 avril 2015 1 27 /04 /avril /2015 09:26
MARCEL CARNE OU L'ALCHIMIE DU REALISME POETIQUE

"L'atmosphère et les personnages comptent plus pour moi que l'intrigue elle-même" ; ce propos de Marcel Carné est l'une des clés de son cinéma fondé sur l'articulation du décor et la psychologie de ses héros. Dans les années 1950, "Juliette et la clé des songes" montrera la continuité de son oeuvre et en offrira une illustration plus baroque.

 

Marcel Carné, né en 1909, a connu sa période la plus inspirée de 1936 à 1946 avec notamment "Quai des brumes", "Le jour se lève", "Les enfants du paradis", trois chefs-d'oeuvre incontournables. C'est durant cette décade qu'il entretient une intense collaboration avec Jacques Prévert, scénariste et dialoguiste de sept de ses films les plus marquants. Le seul film de cette période inspirée que n'ait pas dialogué Prévert est "Hôtel du Nord" et il manque, en effet, à cet opus la veine poétique et non-conformiste si attractive dans les autres, le jeu sur les archétypes et l'intérêt pour les marginaux qui en faisaient le charme et la caractéristique. Mais "Hôtel du Nord" n'en est pas moins intensément romantique et son origine (la littérature populaire) explique les échos du contexte social, comme dans "Le jour se lève". Cette brillante série bénéficiait également de l'apport exceptionnel des décors d'Alexandre Trauner et des superbes images dues à des techniciens formés par le meilleur cinéma muet allemand. Tous les ingrédients du "réalisme poétique" à la française étaient réunis, ainsi que des acteurs à la présence incontestable tels que Jean Gabin, Arletty, Michèle Morgan, Jules Berry, Jean-Louis Barrault, Pierre Brasseur, Louis Jouvet, Michel Simon...

 

En 1938, "Quai des brumes" est le film fondateur de ce style réaliste-poétique qui marquera si fort le cinéma de notre pays. Cette rencontre du déserteur et de la jeune fille perdue permet au style de se mettre en place.On le retrouve dans "Le jour se lève", récit novateur par sa construction en flash-back. Si "Les visiteurs du soir", tourné pendant l'Occupation, s'oriente volontiers vers le mythe et le symbole qui en découle, "Les enfants du Paradis" viendront couronner cet itinéraire créateur et innovant. Ce monument du cinéma français joue sur l'intelligence de la reconstitution de l'ancien Boulevard du Crime et sur l'évocation des spectacles de rue : pantomimes doublant les scènes vues par le spectateur, longs monologues à l'écriture rigoureuse, mise en scène du mélodrame au sein du récit, alliance narrative de personnages de fiction et de figures historiques comme le mime Deburau, l'acteur Frédérck Lemaître ou le bandit Lacenaire. Ce film attentif aux visages et à leurs expressions sait susciter l'émotion du spectateur et évolue avec un lyrisme tranquille où les mouvements de foule sont admirablement bien saisis par une caméra légère. L'opus représente l'apothéose de la collaboration Carné/Prévert et d'un cinéma populaire sans concessions.

 

"Les portes de la Nuit", réalisé aussitôt après la guerre, n'est pas affecté, au contraire, par les mots d'auteur qui y abondent et son narratif rend compte des échos du contexte social d'alors. Mais Carné n'a pas toujours connu la même réussite, ainsi dans "Les tricheurs" en 1958, variation sur le thème de Roméo et Juliette dont les deux héros se heurtent à des interdits nouveaux dans le cadre de Saint-Germain-des-Prés des années 50, ne fut pas reçu par le public avec enthousiasme, malgré ses indéniables qualités. De même que des films moins célèbres et également contestés comme "L'air de Paris" (1954),  "Terrain vague" (1960) ou "Trois chambres à Manhattan" (1965) qui recèlent, de la part de leur auteur, de justes observations sur les milieux décrits et l'évolution de la société d'après-guerre au sein d'un projet purement romanesque. A travers une filmographie choisie et peu abondante mais, ô combien, avisée et vivante, Marcel Carné révélera toujours ses solides qualités de mise en scène, de direction d'acteurs et le souffle d'une sensibilité sans cesse en éveil.

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique REALISATEURS DU 7e ART, cliquer   ICI
 

Et pour prendre connaissance de la plupart des films de Carné, clique sur  CINEMA FRANCAIS 
 

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MARCEL CARNE OU L'ALCHIMIE DU REALISME POETIQUEMARCEL CARNE OU L'ALCHIMIE DU REALISME POETIQUE
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28 mars 2015 6 28 /03 /mars /2015 10:39
VINCENTE MINNELLI, LE FLAMBOYANT

 

Né en 1910 d’un père italien, violoniste, et d’une mère française et actrice, le petit Vincente grandit dans le monde du théâtre. A l’instar de Charlie Chaplin, il joue dans la troupe itinérante de ses parents et apprend le métier sur le tas. Ses débuts professionnels ont lieu à Broadway où il devient décorateur et costumier, puis s’intéresse à la mise en scène. Invité à Hollywood, il dirige ses premiers films au début des années 1940. Ce sera d’abord «Un petit coin aux cieux», puis «Mademoiselle ma femme». Mais la comédie musicale fera bientôt sa réputation, ainsi «Le chant du Missouri» en 1944 avec Judy Garland qu’il épousera et «Ziegfeld Follies» (1946), deux films qui réunissaient déjà les comédiens les plus prestigieux : Fred Astaire, Gene Kelly, Cyd Charisse, Esther Williams, Judy Garland et assureront sa toute nouvelle  notoriété.  En 1950, il devient le réalisateur mythique de la comédie musicale et produit des chefs-d’œuvre : «Un américain à Paris», «Tous en scène», «Brigadoon» et «Gigi», une adaptation du roman de Colette. Vincente confère à ses opus une atmosphère enchantée, une humanité attachante et une féerie constante qui enthousiasment le public. Il a le goût du bonheur et le transmet à son public grâce à l’expression musicale et les numéros impressionnants de chorégraphie dont il a le secret. Enrichissant son travail de son expérience théâtrale et de sa sensibilité à fleur de peau, Minelli élabore un jeu scénique qui marquera à tout jamais son style. On reconnait un film de Minnelli dès les premières scènes. Sur le thème du cinéma, « Les ensorcelés » est un modèle du genre.  Mais parallèlement, Vincente Minnelli est attiré par les films comiques ou dramatiques auxquels il confère les qualités esthétiques qui régissent ses comédies musicales. La même exigence s’y retrouve dans l’élaboration des décors, le choix des costumes et les éclairages. De "Lame de fond", mélodrame criminel aux simples divertissements comme  «Allons donc papa», le réalisateur impose sa touche et sait mettre en relief le jeu des protagonistes. Ses personnages sont constamment entraînés dans le réseau captivant que tisse l’objectif  et dans cet univers minnellien qui est sublimé par la musique et les mouvements souples de la caméra. Sa direction d’acteurs est tout aussi efficace et sensible et ceux-ci lui rendent l’attention qu’il leur porte en donnant le meilleur d’eux-mêmes et en éprouvant, à son contact, une semblable exigence. On se souviendra de l’interprétation de Kirk Douglas dans «La vie passionnée de Vincent Van Gogh» en 1956. Pour Minnelli, il faut raconter une histoire de la façon la plus fine, la plus juste, mais aussi la plus élégante, la plus stylisée, et en y introduisant un zeste de magie. Par ailleurs, l’utilisation de la couleur contribue à l’aspect flamboyant de la mise en scène. Le cinéaste prolonge ainsi le discours des «Ensorcelés» dix ans plus tard avec «Quinze jours ailleurs», ou adapte des classiques romanesques, ainsi «Comme un torrent» de James Jones en  1959 ou  «Les quatre cavaliers de l’Apocalypse» de Blasco Ibanez en 1962, qu’il s’approprie pleinement. Mais c’est sans doute dans «Celui par qui le scandale arrive », en 1960, qu’il atteint le paroxysme de son dynamisme et de sa puissance scénique, capable de peindre dans les tons les plus éclatants une mise en scène lyrique ou une vaste fresque dramatique. N’oublions pas non plus que Vincente Minnelli est le réalisateur de films intimistes, trop souvent méconnus et rangés à part dans sa brillante filmographie, des films comme «The Clock» ou «Thé et sympathie», enfin « Nina », qui touchent par leur tendresse et leur sincérité et éclairent différemment un créateur aussi divers dans sa production et aussi inspiré. Il meurt en 1986 à Los Angelès.

 

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VINCENTE MINNELLI, LE FLAMBOYANT
VINCENTE MINNELLI, LE FLAMBOYANT
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30 novembre 2014 7 30 /11 /novembre /2014 23:42
LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART

 

 

RENE CLAIR OU L'ESPRIT FRANCAIS

 

JERRY LEWIS, LE DERNIER CLOWN

 

ANDRZEJ WAJDA

 

ETTORE SCOLA OU LA NOSTALGIE DE L'HISTOIRE

 

MARCEL CARNE OU L'ALCHIMIE DU REALISME POETIQUE

 

VINCENTE MINNELLI, LE FLAMBOYANT

 

JAMES CAMERON OU LE CINEMA AUTREMENT

 

PIER PAOLO PASOLINI OU UN CINEMA METAPHORIQUE

 

KIYOSHI KUROSAWA OU UN CINEMA DE LA DETRESSE 

 

Jean Renoir - portrait 

 

KENJI MIZOGUCHI OU LA FINALITE INEXORABLE DE L'ART 

 

BILLY WILDER, LE FAUX CYNIQUE 

 

COCTEAU ET LE CINEMA 

 

STEPHEN FREARS OU LA DIVERSITE DES GENRES 
 

 

ALAIN RESNAIS OU UN CINEMA DE LA MEMOIRE 

 

STEVEN SPIELBERG OU LA LEGENDE EN MARCHE 

 

JEAN-PIERRE MELVILLE OU L'OEUVRE AU NOIR   

 

MICHAEL HANEKE   

 

ROMAN POLANSKI OU UN CINEMA MARQUE PAR L'HOLOCAUSTE 

 

NANNI MORETTI OU UN CINEMA GENERATIONNEL 

  

THEO ANGELOPOULOS OU L'ODYSSEE DU QUOTIDIEN   

 

HOWARD HAWKS, L'HOMME PRESSE 

 

LOUIS MALLE ou UN CINEMA BUISSONNIER 
 


ABBAS KIAROSTAMI OU LE LABYRINTHE des SOURCES 

 

FRANCIS FORD COPPOLA - PORTRAIT           

 

MARTIN SCORSESE - PORTRAIT   

 

LUIS BUNUEL OU LE DETACHEMENT VOLONTAIRE    

 

ALAIN CAVALIER, CAVALIER SEUL DU 7e ART  

 

TERRENCE MALICK, POETE PANTHEISTE DU 7e ART      

 

ORSON WELLES OU LA DEMESURE   

 

SERGIO LEONE OU LE CINEMA COMME OPERA BAROQUE 

 

MARIO MONICELLI OU LE CINEMA DE L'ANTI HEROS 

 

JAMES IVORY OU GRANDEUR ET DECADENCE DES CIVILISATIONS 

 

WOODY ALLEN OU UN GENIE TOUCHE-A-TOUT 

 

ALAIN CORNEAU         


NIKITA MIKHALKOV OU LE PASSE REANIME 

 

JANE CAMPION , UN CINEMA AU FEMININ          

 

CLAUDE CHABROL OU UNE PEINTURE AU VITRIOL DE NOTRE SOCIETE 

 

ZHANG YIMOU - PORTRAIT            

 

AKIRA KUROSAWA OU UN ART PICTURAL EXTREME 

 

JACQUES PERRIN OU UN PARCOURS D'EXCELLENCE 

 

STANLEY KUBRICK OU LE REGARD CAMERA 
        


CHARLIE CHAPLIN OU LE VAGABOND DE GENIE

 

DAVID LEAN,L'IMAGIER PRESTIGIEUX         

 

JEAN-LUC GODARD OU UN CINEMA IMPERTINENT 

 

GERARD OURY, LE MAGICIEN DU RIRE

 

PEDRO ALMODOVAR OU UN CINEMA ANTICONFORMISTE 


MICHELANGELO ANTONIONI OU UN CINEMA SUR L'INCOMMUNICABILITE 

 

LUCHINO VISCONTI OU LA TRAVERSEE DU MIROIR 

 

LEE CHANG-DONG, L'AUTEUR PHARE DU CINEMA COREEN

 

CLAUDE SAUTET OU LES CHOSES DE LA VIE                

 

INGMAR BERGMAN OU UN CINEMA METAPHYSIQUE 

 

ERIC ROHMER OU UN CINEMA DE LA PAROLE        

 

FRITZ LANG, UN CINEMA DU DESENCHANTEMENT    

 

JACQUES DEMY, L'ENCHANTEUR

 

FRANCOIS TRUFFAUT OU LE CINEMA AU COEUR               

 

DAVID LYNCH          DINO RISI        

 

SYDNEY POLLACK          

 

CLINT EASTWOOD - PORTRAIT 

 

FEDERICO FELLINI       

 

JACQUES TATI OU LE BURLESQUE REVISITE 

 

ANDRE CAYATTE,UN CINEMA PLAIDOYER       

 

JEAN-PAUL LE CHANOIS ET LE REALISME SOCIAL 

 

JACQUES BECKER, UN CINEMA DU DESTIN          

 

ROBERT BRESSON OU UN CINEMA DE LA PERSONNE      

 

MAX OPHULS ET LE CINEMA BAROQUE 

 

CLAUDE AUTANT-LARA, UN CINEASTE DERANGEANT       

 

CHRISTIAN-JACQUE, UNE FILMOGRAPHIE ECLECTIQUE

 

JEAN DELANNOY ET LE CINEMA LITTERAIRE          

 
HENRI-GEORGES CLOUZOT ET LE SUSPENSE DIABOLIQUE

 

RENE CLEMENT ET LE CINEMA D'APRES-GUERRE 

 

ALFRED HITCHCOCK - UNE FILMOGRAPHIE DE L'ANXIETE 

 
 

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20 octobre 2014 1 20 /10 /octobre /2014 10:00
JAMES CAMERON OU LE CINEMA AUTREMENT

Le film de James Cameron "L'aventure d'une vie" ( Deepsea Challenge 3D ) lui ressemble en tous points. Par son audace et son engagement à faire évoluer le regard du spectateur sur le monde. A travers son oeuvre, il tente de réveiller les consciences tout en transformant et en bouleversant le 7e Art en une dimension de plaisir jusque-là inconnue. A-t-il raison ou pas ? A chacun de se forger son opinion. D'origine canadienne, le réalisateur s'installe en Californie en 1971, à l'âge de 17 ans. Il étudie la physique au Fullerton College, tout en travaillant comme machiniste et chauffeur routier. Désireux de poursuivre une carrière dans le cinéma, il s'investit en tant que décorateur et concepteur autodidacte des effets visuels sur des films de science-fiction à petit budget. En 1984, sa première réalisation, Terminator, rencontre un succès inattendu. Depuis Cameron écrit, produit et réalise de nombreux films primés qui révolutionnent l'univers des effets spéciaux et établissent plusieurs records au box-office. Ce sera le cas de Titanic et d'Avatar, les deux plus gros succès de l'histoire du cinéma.

 

Avatar, film d'aventures et de science-fiction en 3D dont l'action se déroule sur une planète lointaine à la nature préservée, nécessite le développement durant plus de deux ans de nouvelles technologies de production comme la performance-capture faciale, la caméra virtuelle en temps réel pour la production d'images de synthèse et la Simulcam qui permet l'incrustation de personnages en images de synthèse aux prises de vues réelles. Ces techniques sont associées à une photographie stéréoscopique afin de créer un film hybride mêlant images de synthèse et prises de vues réelles. Avatar remporte les Golden Globes du Meilleur réalisateur et du Meilleur Film ainsi que 3 Oscars sur un total de 9 nominations. Abyss et Titanic permettent au cinéaste de conjuguer deux de ses passions : le cinéma et la plongée en submersible pour se rendre sur l'épave du paquebot qui repose à 3843 mètres au fond de l'Atlantique Nord. Passionné d'exploration sous-marine, Cameron crée Earthship Productions afin de réaliser des documentaires sur l'exploration et la conservation des océans. Depuis sa première expédition, il en dirige six autres, notamment pour étudier l'épave du Bismarck et réaliser des images 3D des cheminées hydrothermales se trouvant le long des dorsales médio-Atlantique et est-Pacifique et en mer de Cortès. Il ne faudra pas moins de 72 plongées en eaux profondes et en submersible, dont 33 sur l'épave du Titanic, ce qui lui vaut d'avoir passé plus d'heures sur le transatlantique que le capitaine Smith lui-même. Parmi ces plongées, 51 sont effectuées dans des submersibles russes Mir jusqu'à des profondeurs atteignant les 4800 mètres. Pour partager, grâce à une qualité d'image inégalée, l'expérience de l'exploration sous-marine avec le public du monde entier, James Cameron utilise un système de caméra 3D numérique développé avec son partenaire Vince Pace.

 

En tant qu'explorateur, James Cameron est tout autant fasciné par notre planète que par l'espace. Depuis plusieurs années, il travaille avec des scientifiques et des ingénieurs du domaine spatial au développement de structures viables permettant l'exploration de Mars par l'homme et prend part à de nombreux projets d'exploration robotiques de l'univers. James Cameron siège au Conseil consultatif de la NASA pendant trois ans et se révèle un membre actif de la Mars Society et de la Planetary Society. Son implication dans l'exploration égale celle qui est aussi la sienne dans l'exploration et la préservation des océans. Il développe actuellement plusieurs projets autour des océans, dont une série télévisée sur le thème de l'environnement. James Cameron et Vince Pace continuent à développer des outils d'imagerie et de workflow 3D pour le cinéma, la télévision, les documentaires et l'exploration sous la bannière du Groupe Cameron/Pace. Tout un univers qu'il souhaite redéfinir autrement.

 

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1 avril 2014 2 01 /04 /avril /2014 09:49

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Le 14e édition du Festival du film asiatique de Deauville, qui s'était tenue du 7 au 11 mars 2012, avait honoré cette année-là Kiyoshi Kurosawa, après Lee Chang-dong  en 2009, Mendoza en 2010 et Kim Jee-woon en 2011. Kiyoshi Kurosawa, né à Kobé en 1955, à ne pas confondre avec son homonyme Akira Kurosawa,fait partie de la nouvelle vague des cinéastes japonais découverts dans les années quatre-vingt-dix. Durant son enfance, il sera influencé par Godzilla et les films de Don Siegel, Sam Peckinpah, Richard Fleischer ou Robert Aldrich qu’il découvre avec son père. Au lycée, préférant sécher les cours, ce sera Fellini, Oshima et Godard. Inspiré par le style et les préoccupations d'Oshima, il tente de l'imiter dans son premier court-métrage et pose la question de l'affrontement entre professeurs et élèves. A la suite de l'accueil glacial qu'il reçoit de la part de ses proches, Kiyoshi Kurosawa part étudier la sociologie à l'université mais vite désintéressé de ces études, il se dirige  vers le cinéma en suivant les cours de Shiguehiko Hasumi qui ne font que confirmer ses pressentiments. Après une courte période à rédiger des critiques et à produire quelques films en super 8, il est assistant sur des films commerciaux puis se décide à devenir réalisateur. Ses deux premiers films, Kandagawa Wars (1983) et The Excitement of the do-re-mi-fa girl (1985), sont des pinkyu-eiga (film érotique) godardiens et cinéphiles, des délires ludo-érotiques situés entre les expérimentations de Shuji Terayama et La chinoise. Sept ans plus tard, il réalise son premier film abouti The Guard From the Underground  (1992) inspiré du giallo de Bava et Argento. Suivra la série Suit Yourself Shoot Yourself  (1996) dont le dernier opus sera une variation pornographique du film Les proies (1971) de Siegel. En 1997, après The Revenge (entre série B et essai de distanciation),  il tourne Cure dont l’histoire de serial killer hypnotiseur lui ouvre les portes de l’Occident. Après Serpent's path et The Eyes of the Spider  (1998), sur le thème de la vengeance, il réalise Licence to Live (1998), son premier film hors genre. En 1999 suivent Vaine Illusion et l’étrange Charisma, entre conte philosophique et farce absurde. Puis, Séance (2000) et Kaïro (2001), des films de fantômes remarqués pour leur ambition théorique. Depuis Kurosawa s’est spécialisé dans ce genre avec des succès inégaux (Jelly Fish, Doppelganger, Loft ) qui ont fait baisser sa côte de popularité en Occident. Jusqu'à Tokyo Sonata (2009), très beau portrait de famille qui lui vaut le Prix spécial du jury à Cannes.

 

Le cinéma original et interrogatif de Kiyoshi Kurosawa est de proposer des méditations ouvertes, au sein desquelles chacun peut frayer le chemin de ses propres réflexions. Il s'agit avec Charisma, par exemple, d'une réflexion philosophique aux enjeux métaphysiques et politiques, qu'il appartient à chaque spectateur d'investir à son gré. Je me permettrai toutefois d'attirer l'attention sur une des approches possibles, qui font que l'arbre puis l'homme qui s'appellent Charisma dans le film incarnent les multiples formes de la tension entre l'exigence collective et la revendication individuelle. Si bien qu'au début du film, placé sous l'empire d'un autre genre cinématographique, le polar, est affichée une étrange revendication « Il faut rétablir les règles du monde ». La grande force de "Charisma" est de mettre en évidence de manière dramatique comment ces règles ont été trahies et comment l'homme, livrée à la solitude de sa conscience, ne trouve d'issue ni dans la nature, ni dans la société. Cette ambivalence féconde, qui met en cause tous les grands systèmes binaires, concerne en particulier son rapport aux autres, l'opposition culture/nature, au point que l'on parvient à douter du caractère  "naturel"  de la nature et que l'on se prend à se demander alors ce que peut ou doit  être une attitude civilisée et ce que l'homme est en mesure de faire en tant qu'individu. Cette destructuration va permettre de parvenir à un point incontournable où chaque personnage finit par expliquer, et sans doute par croire, que tous les autres sont fous et que l'être n'est pas davantage capable de sauver la nature que la nature ne l'est de le sauver et de se sauver elle-même. Ce qui a pour conséquence de placer le spectateur dans une posture d'incertitude qui a quelque chose d'inconfortable, mais aussi de stimulant. Cette ambivalence, cette réversibilité de la référence raisonnable est une aubaine pour un cinéaste moderne, qui travaille sur la mise en question de la logique dramatique et sur ce que peut signifier "le destin". Un tel univers permet de rendre imprévisible le plan suivant, d'aborder de manière parfois effrayante et presque toujours onirique et incroyablement brutale et cruelle le comportement de chacun des protagonistes. C'est une formidable liberté bien qu'elle soit dangereuse, comme toute vraie liberté. Il faut donc un grand artiste pour en user afin que son œuvre ne devienne pas illisible ou incohérente.  Par ailleurs, il y a dans ce film un mystère que Kiyoshi Kurosawa  travaille avec des moyens visuels simples et parfois obscurs aux non initiés. Il n'est pas facile de se frayer un chemin dans ce narratif où, à tout moment, intervient une solution contradictoire. Mais la tentative est intéressante et le film a le mérite d'introduire le questionnement à défaut de proposer des solutions. Ainsi la peur, l'angoisse sont-elles les caractéristiques de l'oeuvre de Kiyoshi Kurosawa. Il ose s'affronter à des sujets effrayants, des tueurs en série, des hommes dotés de pouvoirs hypnotiques, d'employés atteints de parasites inguérissables qui les transforment en zombies, de kidnappeurs ou d'adolescents enclins au suicide ; oui, les cas les pires animent ses divers films avec un âpre réalisme. C'est en quelque sorte la puissance du négatif, le spectre d'une contamination inexorable qui frappe aussi bien l'homme, condamné à détruire son proche, que la nature produisant ses propres poisons pour mieux s'annihiler elle-même. Visiblement hanté par la bombe d'Hiroshima, le cinéaste considère le Japon comme un monde désertifié, frappé à tout jamais par les traumatismes de son Histoire. Si bien que dans la solitude urbaine, aussi bien que dans l'ennui rural, en l'absence de toute transcendance, la silhouette humaine se voit condamnée à devenir spectre, fantôme, ombre et, ayant perdu jusqu'à sa propre trace, à s'effacer progressivement. En définitive, un cinéma du doute et de la désespérance, une forme de perte d'humanité qui hante le monde moderne.

 

Avec son avant-dernier film en deux volets "Shokuzai", présenté en 2013 et en avant-première à Deauville, le réalisateur nous proposait un monde tout aussi éprouvant mais avec une approche plus classique, très élégante même, un raffinement tout en demi-teinte et fardé d'une subtile poésie et d'une vraie finesse psychologique à défaut d'une réelle espérance. Le dernier d'entre eux, "Réal", en avant-première à Deauville pour le 16e Festival du film asiatique 2014, a été projeté en présence du metteur en scène et ne déroge nullement à ses thèmes non-conformistes et à son souci des explorations hors des sentiers battus. Cette fois, Kurosawa nous entraîne dans l'inconscient d'une jeune femme, victime d'un coma prolongé, mais nous déroute aussitôt sur une autre voie qui nous interpelle différemment : en définitive du couple d'amoureux lequel est la victime de l'autre et qui se méprend le plus sur la réalité de leur existence conjugale ? Ainsi, comme à son habitude, le réalisateur japonais prend-t-il un chemin de traverse pour susciter notre surprise et notre interrogation à travers les volutes et méandres de l'esprit, où le réel et l'irréel, le vrai et le supposé se confondent, nous conviant à une aventure métaphysique et onirique surprenante et d'une indéniable efficacité.

 

Pour prendre connaissance du dernier film du réalisateur, cliquer sur son  titre :

 

SHOKUZAI ( PENITENCE ) de KIYOSHI KUROSAWA

 

Et pour consulter la liste de la rubrique REALISATEURS du 7e ART, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART

 

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images-copie-3.jpg  penance japan 2012 -40633

 

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18 février 2014 2 18 /02 /février /2014 09:21
JEAN RENOIR - PORTRAIT

La Nouvelle Vague l’appelait « le patron » avec affection. Jean Renoir est, il est vrai, l’un des grands initiateurs français de l’art cinématographique avec un A majuscule, laissant derrière lui un véritable testament artistique et une douzaine de films qui comptent parmi les chefs-d’œuvre du cinéma mondial. Eclectique et indépendant de nature, il semble qu’il ait financé ses premiers films grâce à la vente des tableaux de son célèbre père : Auguste Renoir. Catherine Hessling, ancien modèle du peintre et épouse du cinéaste, sera sa première interprète et, à l’évidence, il saura mettre en valeur le potentiel érotique de son physique de femme-enfant. Si bien que la jeune femme sera consacrée à deux reprises, mais de façon différente, sur la toile. Les débuts de Jean Renoir sont ceux d’un dilettante avec des premiers films ou courts métrages ludiques ; sa seule ambition étant alors de toucher le public le plus large et, à défaut de nom, de se faire un prénom. Ainsi "Tire au flanc" est-il une comédie militaire et "On purge bébé", d’après Feydeau, son premier film parlant qui lui servira à tester les bruitages de la bande-son.

 

Jean Renoir laisse déjà entrevoir son goût pour le naturalisme et s’engage, dès 1930, dans cette tendance réaliste en portant à l’écran deux œuvres de Zola, dont "Nana", dès son troisième essai de mise en scène, puis La bête humaine en 1938, de même que "Madame Bovary" de Flaubert, autre écrivain qu’il apprécie, "Partie de campagne" de Maupassant et "Les bas-fonds" de Gorki. Le cinéma parlant l’aide à travailler plus profondément son réalisme social en accompagnant ses images de propos qui vont dans le même sens, ainsi que le démontrent "La chienne" ou "La nuit du carrefour" d’après Simenon, première apparition de Maigret à l’écran sous les traits du frère du cinéaste : Pierre Renoir. Avec son utilisation véritablement narrative du son et des scènes importantes tournées dans la rue, "La chienne" annonce l’aisance technique de "Boudu sauvé des eaux" où le metteur en scène fait appel, pour la seconde fois, à un acteur prodigieux : Michel Simon. Dans ce film, Renoir fait déjà œuvre de moraliste en décrivant un milieu social avec un réalisme qui ose toutes les libertés et les fantaisies. Il y affirme sa personnalité et son goût pour les descriptions sans complaisance de la vie sociale. Il déclare d’ailleurs : « L’art du cinéma consiste à creuser de plus en plus et à s’approcher des vérités des hommes et non à raconter des histoires de plus en plus surprenantes. » "Le crime de Monsieur Lange" où l’influence de Prévert est notable est l’un des rares films qui exprime les aspirations au changement des milieux qui soutiendront le Front Populaire. Renoir s’engage alors aux côtés du Parti Communiste pour lequel il dirige "La Vie est à nous" (film militant) puis "La Marseillaise", opus qui exalte les mythes historiques et sociaux ancrés dans la Gauche politiqueMalgré des réalisations ancrées dans ses convictions politiques, Renoir prouve que ce qui le préoccupe tout d’abord n’est autre que l’individu et le réalisme intérieur des personnages. On s’en convainc avec deux oeuvres admirables : "La grande illusion" et "La règle du jeu". Ces films sont marqués du sceau de l’humanisme et du pacifisme le plus sincère, bien que le premier n’adopte pas les positions consensuelles sur la guerre, le nationalisme ou le racisme. Quant à "Partie de campagne", un film que le cinéaste n’achèvera pas et qui ne sera connu que dix ans plus tard, en 1946, c’est dès lors l’annonce d’un Renoir dionysiaque, sensuel, sensible à dame Nature, attitude qu’il conservera dans ses films postérieurs.

 

On a trop souvent minimisé les films des années 1940/1950 lors de son exil aux Etats-Unis, mais il est vrai qu’il s’était vu contraint à des films de commande, même si il exalte l’antinazisme et les valeurs des combattants. Mais il retrouvera bientôt avec "Le journal d’une femme de chambre", l’accent des oppositions de milieux qui était le sien précédemment, tandis que "L’étang tragique" et "L’homme du Sud" transposent le conflit entre l’individu et la société et que Le fleuve, en 1951, atteint une dimension panthéiste et quasi métaphysique de la condition humaine. A son retour en France, Renoir conservera la même inspiration et la même philosophie depuis "Elena et les hommes" (1956) et "Le déjeuner sur l’herbe" (1959) et intégrera le spectacle dans le film, ce, jusqu’à son testament lyrique "Le carrosse d’or" ou "French-Cancan", deux films où il affiche définitivement une maîtrise absolue de l’outil cinématographique.

 

Pour consulter les articles que j’ai consacrés à ses films, cliquer sur leurs titres :

 

La grande illusion                 La règle du jeu

 

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6 novembre 2013 3 06 /11 /novembre /2013 10:02

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Billy Wilder naquit en Austro-Hongrie le 22 juin 1906 dans une famille juive autrichienne et passera son enfance à Vienne où il fera ses études classiques avant de rejoindre l'université et de se diriger vers le journalisme. Après avoir publié des articles sur le sport et les faits divers, il s'intéresse au cinéma et au théâtre, si bien que ses contacts le mettent en relation avec des milieux très divers et le plus souvent artistiques. C'est l'époque du cinéma muet et l'idée lui vient de composer des scénarios. Le succès de l'un d'entre eux "Les hommes du dimanche" en 1930 lui vaut de signer un contrat avec la Universum Film AG, puis de gagner les Etats-Unis où, grâce à son aptitude à très vite se familiariser avec la langue anglaise, il obtient un nouveau contrat avec la Paramount à Hollywood. Remarqué par Ernst Lubitsch, autre emmigré allemand, il rédige, en collaboration avec Charles Brackett, les scénarios de "La huitième femme de Barbe-Bleue" et de "Ninochka" qui seront des succès. Sa voie est désormais tracée, d'autant qu'un film avec Howard Hawks "Boule de feu" en 1941 est un nouveau coup de maître et que plus rien ne s'oppose à ce qu'il soit également le metteur en scène de ses propres fictions. 

 

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Sa première réalisation derrière la caméra "Uniformes et jupons courts" en 1942 sera suivie de cinq autres films de qualité et d'inspiration différente, avant "Boulevard du crépuscule" en 1950 qui va assurer sa consécration de metteur en scène qui compte dorénavant dans le 7e Art hollywoodien. "La scandaleuse de Berlin" en 1948, achevée trois ans après la Libération de Berlin, est une comédie grinçante qui annonce déjà le style humoristique, voire féroce, de Wilder et brode autour d'un personnage de femme devenu la maîtresse d'un ancien nazi, sans omettre de nous dévoiler les coulisses du marché noir avec l'armée américaine dans le décor d'un Berlin pratiquement en ruines. En quelque sorte : rire d'un sujet grave - mode d'emploi. Wilder signera ensuite d'autres oeuvres fortes, selon des compositions diverses car ses goûts sont éclectiques. "Sunset Boulevard" est un chef d'oeuvre où l'auteur revisite les mythes cinématographiques et obtient ainsi un formidable effet de trompe l'oeil ; cette fiction sur le rôle mortifère du cinéma a recours à un vertigineux jeu de miroirs grossissants où le tragique ne cesse de côtoyer le comique. "Stalag 17" en 1953 sera également d'inspiration tragi-comique et traite de la débrouillardise humaine au coeur d'un camp de prisonniers, suivi par deux ravissantes comédies avec Audrey Hepburn : "Sabrina" et "Ariane". Par ailleurs, Billy Wilder contribuera au mythe Marilyn avec "Sept ans de réflexion" en 1955 et "Certains l'aiment chaud" en 1959, une des comédies les plus réussies de l'âge d'or hollywoodien, qui feront de la jeune actrice une icône planétaire. Il y aura encore "La garçonnière" en 1960, "Embrasse-moi, idiot" en 1964, "Fedora" en 1979, des oeuvres pleines de sens, drôles et mélancoliques à la fois, selon le style de cet artiste qui cachait sous un faux cynisme une sensibilité à fleur de peau teintée d'une once de moralité.

 

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493px-Gloria Swanson & Billy Wilder - ca. 1950  Avec Gloria Swanson  

 

 

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23 mars 2013 6 23 /03 /mars /2013 09:29

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Poète précieux et souvent hermétique, Cocteau fut très vite séduit par le potentiel d'images que lui offrait le 7e Art.  "Qu'est-ce qu'un poète ? C'est un homme qui change les règles du jeu" - se plaisait-il à dire. Toute image constituait pour lui un matériau concret, d'où l'appellation de "réalisme magique" qui qualifia, dès le début, sa création cinématographique, bien que la forme narrative ne cessa d'osciller du vérisme des "Parents terribles" au merveilleux de "La Belle et la Bête". Son premier essai "Le sang du poète", financé en 1931 par le vicomte de Noailles - Cocteau savait emprunter l'argent des autres, avec subtilité - révèle un goût prononcé pour le trucage et l'hybridation visuelle. Aussi les surréalistes ne manquèrent -ils pas de l'accuser d'emprunts illégitimes, ce qui ne semble pas l'avoir beaucoup ému, bien que ses films ne soient pas, à proprement parler, dominés par les tourments de l'inconscient. Il compose avec "Le testament d'Orphée", en 1960, son oeuvre ultime, où il se met lui-même en scène dans un festival de métaphores et d'autocitations comme une boucle englobant les objets et thèmes familiers, dans un flux d'images créatives et de rapprochements trop souvent abscons.  

 

Le goût de Cocteau pour les grands mythes ne se limite pas à celui d'Orphée. Une série de pièces de théâtre l'atteste, qui a conduit à deux films essentiels : "L'Aigle à deux têtes" en 1958, tragédie fondée sur le thème du double, et "La Belle et la Bête" en 1946, un conte dont les références picturales rehaussent un merveilleux éloigné de toute tradition cinématographique. Quel que soit le cadre de son récit, mythique, psychologique, théâtral, légendaire, Cocteau s'est appliqué à fuir le réalisme, trop banal à ses yeux, pour le remplacer par un réel constamment mystifié. Aussi a-t-il souvent commis le péché d'emphase et de préciosité, si bien qu'on ne parvient pas à entrer complètement dans un univers qu'il propose avec trop d'excès et de maniérisme. Il use néanmoins d'une science certaine de la beauté visuelle, privilégiant l'image au texte, ce qui est regrettable, et attachant une grande importance au montage, aux décors insolites qui servent parfaitement ses thèmes les plus chers : la drogue, les rituels d'initiés, l'homosexualité, tout cela dans une version quasi sacralisée et des images d'une indéniable poésie et d'une grande beauté esthétique. Il mourra le 11 octobre 1963, à l'âge de 74 ans, dans sa maison de Milly-La-Forêt à quelques heures de son amie Edith Piaf. Il repose dans la chapelle Saint-Blaise-des-Simple qu'il avait décorée, sous une dalle qui porte cette épitaphe  : "Je reste avec vous". Depuis lors, des articles, des livres, des rediffusions ont tenté de nous remettre en phase avec un créateur un peu oublié du public, dont la vie ne fut certes pas un long fleuve tranquille, mais qui sut, tout ensemble, nous surprendre par son originalité et sa légèreté et nous égarer par la diversité de ses dons.

 

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COCTEAU ET LE CINEMA
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7 février 2013 4 07 /02 /février /2013 11:01

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Né en juin 1941 à Leicester, Stephen Frears, après de solides études, débute sa carrière cinématographique comme assistant de Karel Reisz. Il réalise son premier film "Gumshoe" en 1970, mais c'est  "My beautiful Laundrette", en 1985, qui le révélera au grand public. Par la suite, il ne va plus cesser de diversifier ses sujets et d'attacher une grand importance à la rédaction de ses scénarios qu'il travaille lui-même avec une précision maniaque. Son expérience de la télévision fait qu'il est aussi à l'aise dans la vérité documentaire, la reconstitution d'une époque, le thriller comme dans "The Hit"  ou le constat social à la manière d'un Ken Loach. Cette diversité, qui le caractérise, n'est due qu'à une chose : Frears entend être un cinéaste libre et ne se fier qu'à son instinct et à ses désirs.  De même qu'il alterne les films à budget modeste aux grandes fresques, passe sans transition de la splendeur vénéneuse des "Liaisons dangereuses"  à la verve des "Arnaqueurs". A mes yeux, "Les liaisons dangereuses", avec le couple formé par Glenn Close et John Malkovich, est insurpassable et l'oeuvre absolument magistrale, le chef-d'oeuvre de Frears à mon humble avis.

 

Mieux il ose les mélanges audacieux, ainsi le métissage du film noir et du western dans The Hi-Lo Country ou de psychanalyse et d'horreur avec "Mary Reilly", mieux on perçoit sa jubilation de la mise en scène, son goût du détail, les changements de ton, le réalisme, ainsi le Londres des années 1970 dans "Prick Up Your Ears" ou l'Amérique des années 1980 dans "High Fidelity", sans que Stephen Frears ne cède jamais au simple travail illustratif. A chaque fois, il fait en sorte de trouver le style adéquate, le réalisme  qui sert le mieux son thème. Ce sera le cas avec "The Queen" en 2006 interprétée par la merveilleuse Helen Mirren ou, en 2005, avec "Mme Henderson présente", véritable réussite, finement ciselée, chronique du music-hall anglais sous le blitz et mélange d'ironie et d'émotion qui symbolise admirablement l'art très personnel de ce grand cinéaste. En 2014, il abat une carte conséquente avec son très réussi "Philomena" qui a tous les atouts pour gagner la sympathie du public, ce qu'il fera. En 2015 "The program", en 2016 "Florence Jenkins" et en 2017 "Confident" sont des films moins emblématiques malgré une mise en scène toujours soignée et exigeante.

 

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15 septembre 2012 6 15 /09 /septembre /2012 09:05

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Steven Spielberg, réalisateur du premier blockbuster "Les dents de la mer", est entré dans la légende du 7e art pour des productions qui toutes ont suscité un grand engouement de la part du public comme "Jurassic Park", "E.T.", "Il faut sauver le soldat Ryan" et l'incontournable chef-d'oeuvre "La liste de Schindler". Sept de ses productions ont comptabilisé le plus d'entrées dans les salles de spectacle, un record qu'ont récupéré tout récemment les nouveaux disciples, tel Cameron. C'est dire que Spielberg tient une place à part dans cet univers malgré les critiques qui n'ont pas manqué de lui être faites sur son simplisme, ses excès, une certaine presse lui reprochant d'utiliser la grosse machine hollywoodienne à des fins mercantiles. Mais, aujourd'hui, ce même reproche est adressé à Cameron, comme hier à Luc Besson. La filmographie du réalisateur peut se diviser en deux parties : le cinéma de divertissement qu'illustrent des films comme la saga d'"Indiana Jones", "Jurassic Park" et "Minority Report", ou encore des films sur les extra-terrestres tels "La guerre des mondes" ou "Rencontres du troisième type". La seconde concerne ses oeuvres les plus sérieuses, les plus intimistes, celles en rapport direct avec l'histoire des hommes et dont les titres sont les suivants : "La couleur pourpre", "Amistad", "L'empire du soleil" et, bien entendu "La liste de Schindler" et "Il faut sauver le soldat Ryan". Ces films ont d'ailleurs animé de nombreux débats et soulevé une vive émotion dans le public.

 

Né en 1946 à Cincinnati dans l'Ohio, peu doué pour les études, le jeune Steven va très tôt suivre des cours d'art dramatique et tourner, dès l'âge de 12 ans (vocation précoce), un western de 4 minutes avec la caméra 8mm que lui a offerte son père. Par la suite, il se fera remarquer chez Universal pour ses compétences techniques et dirigera bientôt Joan Crawford dans "The Eyes", un des épisodes de la série "Night Gallery" créée par Rod Serling. Son premier succès sera "Duel". Malgré un budget minimal, le film fera sensation pour l'efficacité de sa mise en scène et remportera le Grand Prix du Festival du film fantastique d'Avoriaz. Spielberg est sorti de l'anonymat. En 1974, il essuie un échec cuisant au box-office avec "Sugarland Express", le public considérant le sujet de deux marginaux et leur otage poursuivis par une meute de policiers et de journalistes trop scabreux. Par chance, l'incroyable succès des "Dents de la mer" le remet en selle et lui permet d'envisager de vastes projets, conformes à sa nature et son entregent.  Ainsi va-t-il aligner les triomphes et créer des mythologies contemporaines avec "Les aventuriers de l'arche perdue", "E.T.", "Rencontres du troisième type". Cette réussite exceptionnelle inspirera une génération de jeunes cinéastes dont les réalisations seront encouragées et  financées par Spielberg, dès lors qu'elles vont dans le sens de son optimisme, de sa générosité et de ses bons sentiments. Aussi son goût d'alterner les sujets graves et les projets plus ludiques exhorte-t-il certains à ne pas le prendre au sérieux, alors même que son génie de "showman" n'est nullement incompatible avec sa vision personnelle des choses où une large place est accordée au monde de l'enfance. (Tintin et Indiana Jones en témoignent). Et son dernier opus Le pont des espions est là pour confirmer que le réalisateur n'a pas perdu la main, d'autant qu'il a su très bien s'entourer et pour le scénario et pour les dialogues, d'où une production de grande qualité qui évite la démesure. Mais la maturité, perceptible dans des opus comme "La guerre des mondes" et "Munich" par exemple, nous invite à reconsidérer sa production dans son ensemble et à en tirer les lignes maîtresses. Si Spielberg a su sensibiliser le grand public et frôler la démesure emporté par son dynamisme, il ne peut se défendre d'une vision pacifique du monde, d'une quête de l'innocence retrouvée, démontrant une personnalité riche et complexe qui s'emploie à aborder ses divers sujets avec le maximum d'objectivité. Son cinéma est celui d'un honnête homme subtil, moins manichéen qu'on a bien voulu le laisser croire, ne reculant devant aucun risque, s'engageant avec ferveur et opiniâtreté sur des sujets difficiles et montrant, en toutes occasions, sa virtuosité technique et l'inspiration d'un véritable créateur. "Mentir, moi, jamais, la vérité est bien trop amusante" - a-t-il écrit. Si quelques films ont été ratés ou moins réussis, la plupart ont bénéficié d'une large audience et  placé l'homme et le cinéaste parmi les grandes figures du cinéma mondial.

 

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Présentation

  • : LA PLUME ET L'IMAGE
  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
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Profil

  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.

Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

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