Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
23 juin 2011 4 23 /06 /juin /2011 10:33
ALAIN CAVALIER, CAVALIER SEUL DU 7e ART


Iconoclaste et inclassable, Alain Cavalier est le cinéaste qui, par excellence, et cela dès ses débuts, a opté pour un parcours atypique de façon à faire cavalier seul. Né en 1931 à Vendôme, il commence des études d'histoire avant d'entrer à l'IDHEC, puis de devenir l'assistant de Louis Malle. Le voilà à bonne école, au coeur de cette Nouvelle Vague dont il entend bien se distinguer en tournant bientôt, pour son propre compte, des événements politiques comme la guerre d'Algérie dans Le combat dans l'île en 1961 et  L'insoumis  en 1964, insoumis qu'il est lui-même et justification du refus d'obéissance aux ordres. Mais malgré la présence d'acteurs de renom comme Jean-Louis Trintignant, Romy Schneider ou Alain Delon, ces premiers essais seront des échecs. Alain Cavalier connaîtra ses premiers succès avec des films plus commerciaux dont un polar Mise à sac en 1967 et surtout avec La Chamade en 1968, qu'il adapte du roman éponyme de Françoise Sagan, alors au sommet de sa gloire. Toutefois, ces films commerciaux, s'ils lui permettent de vivre et de se faire connaître du grand public, ne satisfont aucunement sa nature exigeante. Ce n'est pas ce cinéma-là qu'il entend promouvoir. Aussi va-t-il à nouveau renoncer aux codes du cinéma en vogue pour réaliser des longs métrages dans lesquels il impose sa conception personnelle du 7e Art et sa sympathie pour les marginaux, en veillant à ce que le sujet soit abordé sans concession et s'inspire de l'expérience de chacun. Se refusant à l'action dramatique traditionnelle, le cinéaste décide de ne plus tourner que des oeuvres fondées sur une base d'authenticité qui mettent en scène des dilemmes intérieurs comme Ce répondeur ne prend pas de message en 1979 et Un étrange voyage en 1980, où il relate un épisode singulier de la vie de sa fille et obtient, dans la foulée,  le prix Louis-Delluc 1981.

 

 

Mais une étape capitale sera franchie avec Thérèse en 1986. Dans ce film, Cavalier s'inspire au plus près de la vie d'une jeune carmélite, qu'il traite avec un dépouillement extrême et une grande intensité qui lui vaudra l'admiration générale et où il questionne la sainteté avec une émotion palpable. Le film, ovationné au festival de Cannes 1986, recevra le prix du Jury avant de remporter le César du meilleur film, du meilleur réalisateur et du meilleur scénario. Dès lors Alain Cavalier est entré dans la cour des grands. Dorénavant il oriente son inspiration vers une épure encore plus exigeante au service d'une nouvelle ascèse et aborde une série de 24 portraits de femmes exerçant des métiers en voie de disparition, tel que matelassière. A l'écart des groupes et des écoles, son enjeu principal est le respect du réel, le rendu sans concession de la vie, qu'il tourne en solitaire grâce à une caméra DV dont la légèreté lui ouvre des perspectives très larges, saisissant l'histoire sous l'angle du documentaire qu'il construit et déconstruit à son gré. Si bien que des films comme La rencontre (1966),  Vies  (2000),  Le filmeur  (2005)  sont-ils de véritables journaux intimes, où il met en récit sa propre vie et celle de ses proches. C'est le cas de son dernier opus  Pater qui sort actuellement sur les écrans après avoir été ovationné à Cannes, comme jadis Thérèse, et que les critiques considèrent déjà comme une oeuvre hors norme, offrant au spectateur une diversité inouïe de scènes qui, toutes, font acte de vérité, souci majeur de ce réalisateur qui entend que le 7e Art reste une aventure permanente.

 

Pour lire les articles de la rubrique consacrée aux réalisateurs, cliquer sur son titre :


LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer sur le lien ci-dessous : 
 

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS
 


RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

Partager cet article
Repost0
27 mai 2011 5 27 /05 /mai /2011 09:05
TERRENCE MALICK, POETE PANTHEISTE DU 7e ART

 

Etudiant en philosophie, puis scénariste, Terrence Malick, né le 30 novembre 1943, occupe une place à part dans l'univers du 7e Art, de par la rareté de ses films d'abord,  de par leur puissance ensuite. Dès son premier opus La balade sauvage (1974), l'histoire d'un fait divers criminel, il déploie une réflexion très personnelle, poétique et panthéiste à la fois, sur la beauté du monde. A travers les deux films suivants Les moissons du ciel (1978) et La ligne rouge (1998), il donne plus d'ampleur encore à sa réflexion, jouant du contraste entre la brutalité des hommes et la splendeur de la nature. Luministe à la Warhol, il sait magnifiquement utiliser les ressources de la peinture américaine et une iconographie à la beauté dépouillée et grandiose à laquelle s'ajoute des choix musicaux insolites ( Satie ) et une méditation mystique qui élimine systématiquement les scènes d'action attendues ou les dialogues explicatifs pour développer, à la façon d'une symphonie, une épopée inversée mais captivante grâce aux sortilèges de l'image. C'est au spectateur à entrer progressivement dans cette oeuvre rare, dans cette réflexion savamment orchestrée, comme on le fait en littérature lorsque l'on aborde un Marcel Proust ou un Céline et, qu'à la place de l'image, la phrase vous emporte dans ses incessants méandres et vous invite à partager doutes et interrogations.

  
 

Le cinéma de Malick est cela avant tout : celui de l'interrogation, où la question compte davantage que la réponse, réponse que chacun est prié d'aller chercher en soi-même. Le réalisateur se pose ainsi en  célébrant d'un opéra mystique où l'homme est inséparable de l'univers et plein acteur de sa condition humaine, puisqu'il est tout ensemble témoin et auteur. Certes, comprendre Terrence Malick n'est pas simple. De même qu'il donne peu de directives à ses acteurs, ce n'est pas quelqu'un qui vous propose une approche pédagogique de son travail. Sa vision, il l'impose telle quelle, libre à chacun de le suivre ou pas. Et puisque l'univers et la vie sont mystère, l'oeuvre de l'artiste l'est également et il faut faire avec, accepter que l'inspiration joue sa partition sans avoir à souffrir d'entraves et de réductions. Parce que chacun de nous demeure au coeur du mystère, l'artiste, forcément en osmose avec lui, le célèbre, non de façon angélique ou moralisatrice, mais comme une relation fragile et de caractère émotionnel. D'où la beauté de ses aubes et de ses crépuscules magnifiés comme jamais à l'écran. C'est le retournement des forces, celle de l'homme acceptant de se plier aux servitudes de sa condition dans une solennité qui peut apparaître, à certains, grandiloquente.

 

Absent durant six ans, le cinéaste offre ensuite, loin du traditionnel discours sur le bien et le mal, un film controversé The tree of life dont les jurés de Cannes, faisant fi des sifflets et des ovations, ont su apprécier la valeur  : celle d'une oeuvre audacieuse, rare, signifiante et inspirée,  réflexion en forme de poème sur la difficulté ... d'être. Malgré une insistance esthétique peut-être trop envahissante, le film se place au-dessus de ce qu'il est habituel de voir, pour toutes les qualités soulignées plus haut et une thématique mise au service d'une expérience totale. Et en 2019, poussant plus loin encore sa réflexion sur le bien et le mal, Malick nous offre avec "Une vie cachée" une oeuvre remarquable à tous égards, sur la beauté de la création et la noirceur de l'homme, empli d'une spiritualité de la gratitude et de l'éloge de l'amour conjugal qui ne connaîtra pas les honneurs de Cannes, hélas ! Malick y retrace le martyre de Franz Jägertätter qui sera béatifié en 2007, autrichien qui préférera la mort au déshonneur. Film admirable, où l'espérance demeure dans un visuel vibrant et musical, envoûtante par sa profondeur, véritable parcours christique qui ne surprend pas de la part d'un connaisseur de la Bible et d'un traducteur de Heidegger.

 

 

Pour lire les articles de la rubrique consacrée aux réalisateurs, cliquer sur son titre 

 

LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN & CANADIEN, clique sur le lien ci-dessous :  

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Partager cet article
Repost0
6 mars 2011 7 06 /03 /mars /2011 10:00
ORSON WELLES OU LA DEMESURE

 

Génie adulé dès l'âge de 26 ans, Orson Welles, acteur et réalisateur, a marqué le 7e Art d'une empreinte indélébile par ses innovations et le souffle dont il a su animer chacune de ses oeuvres. Cependant sa vie très remplie garde curieusement un goût d'inaccompli, car ses films, qui ont révolutionné le cinéma pour longtemps, furent le plus souvent  montés et coupés contre son avis, inachevés et présentés dans une version partielle et que nombre de ses projets ne purent aboutir, ce fut le cas pour "De l'autre côté du vent" et "Le roi Lear"Orphelin de père et de mère à l'âge de 13 ans, Orson Welles parcourt l'Europe en compagnie de son tuteur, se forgeant une immense culture et découvrant en Angleterre Shakespeare, qui restera à tout jamais son maître à penser et son inspirateur. Trichant sur son âge, il se fait engager au théâtre à l'âge de 16 ans et, peu de temps, après  fonde et dirige la troupe du Mercury Theatre qui compte des acteurs plus âgés que lui. Mais qu'importe ! l'individualité et l'audace de ses mises en scène, presque toutes au service de l'oeuvre shakespearienne, vont braquer sur lui les projecteurs et lui permettre de gagner Hollywood et de tourner, en 1941, "Citizen Kane" pour lequel il a financièrement carte blanche. Ce scénario original d'Herman Mankiewicz présente une structure en flash backs tout à fait exceptionnelle pour l'époque, le réalisateur revisitant le langage cinématographique par l'utilisation de la profondeur du champ, de la contre-plongée et du plan-séquence qui désoriente le public et contribue à son échec financier, si bien qu'il est dessaisi du montage de "La splendeur des Amberson" et que deux autres projets sont abandonnés. Il est certain qu'un génie tel que lui irrite et énerve, tant et si bien qu'il ne gardera  le contrôle, du début à la fin, que d'un seul de ses films Othello en 1952. " Je ne me suis jamais plaint d'Hollywood - dira-t-il, mais je ne suis guère l'un des grands bénéficiaires du système". Malgré les difficultés, qu'il ne cessera de rencontrer, les montages qu'on lui retire, les projets non aboutis, ses films sont d'une invention si fulgurante et d'une si grande richesse dans leur peinture de la nature humaine, que la patte de Welles se reconnait d'emblée et que François Truffaut écrira à ce propos : " Si le cinéma muet nous a apporté de grands tempéraments visuels : Murnau, Eisentein, Dreyer, le cinéma parlant n'en a amené qu'un seul, un seul cinéaste dont le style soit immédiatement reconnaissable sur trois minutes de film, et son nom est Orson Welles ".

 

Mais accepté comme acteur, Welles veut l'être d'abord et avant tout comme cinéaste. Et puisque Hollywood lui refuse des crédits, il traverse l'Atlantique pour rejoindre l'Europe. Chacun de ses films va être alors un coup de maître. Laissant derrière lui des oeuvres comme "Le criminel", "La splendeur des Amberson" et "La dame de Shanghaï", il se lance dans de nouveaux chefs-d'oeuvre comme "Othello", qui ne lui demandera pas moins de quatre années de travail, "Dossier secret" et "Falstaff". Mais nombreux sont ceux qu'il tourne sur plusieurs mois sans jamais y mettre un point final. Son retour à Hollywood, le temps d'y produire un thriller magistral La soif du mal en 1958, restera sans lendemain. C'est grâce à la télévision française qu'il va réaliser son ultime chef-d'oeuvre "Une histoire immortelle", où il aborde, pour la première fois, la couleur. Grâce à sa notoriété, il entraîne avec lui des collaborateurs qui acceptent de travailler à bas salaire, ce sera le cas de Jeanne Moreau, de Marlene Dietrich, de Lili Palmer et de bien d'autres, qui ne résisteront pas à l'appel d'un homme d'un tel talent et d'une telle inventivité. Auteur d'un oeuvre brillante qui fait la part belle à l'image, à la parole et au son, les films de Welles ont ceci de particulier qu'ils affirment la souveraineté et la plénitude de leur créateur, joyeux magicien qui a basé la plupart de ses opus sur la recherche de l'identité et la machination, selon le modèle initié par "Citizen Kane". Par ailleurs, si le mensonge favorise les plus monstrueuses machinations (La dame de Shanghaï, La soif du mal, Macbeth), il peut également déboucher sur la tragédie comme dans Othello, où Welles s'est si profondément impliqué en tant qu'acteur et metteur en scène, car Othello, n'était-ce pas lui dans sa puissance, sa passion et sa démesure ?

 

Pour lire les articles de la rubrique consacrée aux réalisateurs, cliquer sur son titre :


LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN & CANADIEN, dont " Citizen Kane " et  "La dame de Shanghaï", cliquer sur le lien ci-dessous :  

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

Partager cet article
Repost0
26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 10:36
SERGIO LEONE OU LE CINEMA COMME OPERA BAROQUE

     
A sa naissance à Rome le 3 janvier 1929, Sergio Leone tombe dans le chaudron du 7e Art avec un père pionnier du cinéma italien, condamné au chômage à cause de son opposition au fascisme, et une mère, Bice Valerian, actrice. Après des études en dents de scie, Sergio commence sa carrière cinématographique comme assistant et fait également un peu de figuration pour gagner sa vie et apprendre le métier de part et d'autre de la caméra. Celle-ci débutera réellement en 1959, lorsqu'il réalise, à la place de Mario Bonnard tombé malade, Les derniers jours de Pompéi, un film à péplum, suivi  deux ans plus tard, en 1961, d'un autre opus historico-mythologique Le colosse de Rhodes. Ces expériences lui permettent de se familiariser avec la démesure et d'élargir au maximum le champ de l'action. C'est le déclin du western américain qui va l'inciter à revisiter le genre et à lui donner de nouveaux codes. En 1964, il transforme en western violent le sujet traité par le cinéaste japonais Kurosawa dans Yojimbo, dont le titre est Pour une poignée de dollars. Ce film obtiendra un succès international et lui permettra d'imposer son nom ainsi que celui de ses collaborateurs, particulièrement le musicien Ennio Morricone et l'acteur Clint Eastwood et marquera le renouveau d'un genre tombé en désuétude, imité, par la suite - ce qui ne manque pas de piquant - par les Américains eux-mêmes. L'année suivante, le metteur en scène donne une suite à ce film avec Et pour quelques dollars de plus avec à nouveau Clint Eastwood et Gian Maria Volontè, pour lequel il s'est longuement documenté sur l'Ouest et la guerre de Sécession, affirmant son style et sa richesse thématique. Mais ce sera  Le Bon, la Brute et le Truand en 1966, où il dépeint l'apothéose de la violence irrationnelle et démystifie l'histoire traditionnelle de l'Ouest, qui fera de lui un réalisateur hors pair, un maître dans l'art de manier la caméra et d'en renouveler les thèmes. Je crois que les superlatifs manquent pour décrire ce chef-d'oeuvre obsédant, à la dimension narrative peu commune, où les présences des trois acteurs principaux que sont Elie Wallach, Lee Van Cleef et Clint Eastwood ne cessent de hanter nos mémoires. En 1968, Sergio Leone va tourner une oeuvre encore plus ambitieuse Il était une fois dans l'Ouest, élégie spectaculaire sur la disparition d'un Ouest cher à John Ford, dont il ne craint pas de transformer l'un des acteurs favoris - Henry Fonda - en tueur sadique. Le film est tourné dans le même lieu mythique de Monument Valley avec une pléiade d'acteurs célèbres dont Charles Bronson et Claudia Cardinale et dans des tons crépusculaires. Ces tons s'enténèbreront davantage encore avec  Il était une fois...la Révolution en 1971, où sur toile de fond de la révolution mexicaine de 1913, le metteur en scène oppose deux types d'aventuriers interprétés par Rod Steiger et James Coburn, faisant clairement référence aux derniers jours du fascisme mussolinien. Il produira ensuite deux westerns parodiques Mon nom est personne en 1973 et Un génie, deux associés, une cloche en 1975 qui sonnent comme la nécrologie de toute son oeuvre. Par la suite, il devient producteur, entre autres des premiers films de Carlo Verdone, et réalisera en 1984 un ultime opus Il était une fois en Amérique  avec Robert de Niro dans le rôle titre qui est une épopée sanglante et nostalgique sur le gangstérisme des années 1930.  Il mourra à Rome le 30 avril 1989 à l'âge de 60 ans, laissant derrière lui une oeuvre d'une puissance rare, dont les innovations, la splendeur visuelle, les fulgurances, la parodie toujours présente en ont fait un réalisateur inclassable, dont chaque film est à lui seul un concentré de toutes les possibilités narratives et esthétiques du 7e Art.

 

Pour prendre connaissance des critiques de certains des films de Sergio Leone, cliquer sur leurs titres :

 

 IL ETAIT UNE FOIS EN AMERIQUE de SERGIO LEONE       

 

 IL ETAIT UNE FOIS DANS L'OUEST de SERGIO LEONE

 

Et pour consulter la liste complète des articles consacrés à la rubrique CINEMA EUROPEEN & MEDITERRANEEN, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN
 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

Partager cet article
Repost0
8 décembre 2010 3 08 /12 /décembre /2010 10:54
MARIO MONICELLI OU LE CINEMA DE L'ANTI HEROS

 

A la tête d'une filmographie éclectique, Mario Monicelli, né en 1915, représente le must de la comédie italienne, ayant été le précurseur de cinéastes comme Francesco Rosi, Dino Risi et Ettore Scola. On lui doit aussi d'avoir lancé des acteurs aussi prestigieux que Marcello Mastroïanni ou Renato Salvatori et contribué à asseoir les carrières d'un Toto et d'un Vittorio Gassman. Après des études d'histoire et de philosophie aux universités de Pise et de Milan, Monicelli s'intéresse très tôt au cinéma qui lui ouvre des perspectives inespérées pour exprimer et illustrer son talent de conteur pétri d'ironie à l'égard d'une société dont il ne cessera de dénoncer avec vigueur les faiblesses et les ridicules. Son premier film annonce déjà la couleur : "Au diable la célébrité" (1949), une comédie à sketches qu'il co-écrit avec Steno, scénariste qui participera également à l'élaboration de trois autres films autour de la personnalité du comédien Toto : "Toto cherche un appartement" (1949), "Gendarmes et voleurs" (1951) et "Toto e le donne" (1952). En 1953, Monicelli dirige seul son premier film "Toto e Carolina", une satire sur la bonne conscience bourgeoise qui s'attire les foudres de la censure. C'est en 1958 qu'il tourne son film le plus célèbre, "Le pigeon", succès mondial et génial où s'illustrent Toto et Victorio Gassman dans des rôles de héros à rebours sur fond de farce désopilante et pivot de la comédie à l'italienne. Le cinéaste poursuivra avec "La grande guerre" (1959), mélange d'humour et de gravité, en composant une fresque qui a pour objectif de démystifier la guerre de 14/18, celle-ci vue avec un réalisme cruel qui annonce "Les hommes contre" de Francesco Rosi.

  
Après une comédie sentimentale avec Anna Magnani et Toto, "Larmes de joie" (1960) et l'épisode Renzo e Luciana de "Boccace 70" (1962), il dirige une fresque sociale et ambitieuse "Les Camarades" (1963) sur les grèves de Turin et leur terrible répression à la fin du XIXe siècle. Poursuivant une carrière couronnée de succès, il va diriger des films d'une inspiration très diversifiée mais toujours originale et personnelle : une farce politique sur un complot fasciste "Nous voulons les colonels" (1973), une satire de moeurs "Romances et confidences" (1974), une comédie loufoque devenue un film culte "Mes chers amis" (1975), un drame bourgeois "Caro Michele" (1976), une tragédie caustique "Un bourgeois tout petit petit" (1977) d'après un roman de Vincenzo Cerami, une farce folklorique tournée dans le Nord de la France et en Belgique "Rosy la bourrasque" (1980), un pastiche "Chambre d'hôtel" (1981), enfin une étude douce-amère sur les névroses d'un écrivain "Le mal obscur" (1990). Son oeuvre bariolée, réalisée avec une caméra trempée dans le vitriol et où dominent l' ironie et la dérision, possède, malgré la pluralité des sujets, une cohérence esthétique et idéologique. On aura compris que le cinéaste en veut à ce qu'on appelle aujourd'hui  l'Establishment. Maître de la comédie italienne, ayant dirigé les plus grands comédiens de son époque, il s'éteint à plus de 90 ans en 2010, laissant derrière lui une filmographie étonnement jeune d'esprit et prolifique.

 

Pour lire les articles de la rubrique consacrée aux réalisateurs, cliquer sur son titre :


LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA EUROPEEN & MEDITERRANEEN, cliquer sur le lien ci-dessous :  

 

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

Partager cet article
Repost0
24 novembre 2010 3 24 /11 /novembre /2010 11:11
JAMES IVORY OU GRANDEUR ET DECADENCE DES CIVILISATIONS

   

James Ivory est né à Berkeley en Californie le 7 juin 1928 et se destinait, dans un premier temps, au métier de décorateur pour le cinéma, étudiant, dans cette perspective, les Beaux-Arts à l'université de l'Oregon. Il s'orientera finalement vers la section cinéma de l'université de Californie du Sud. Pendant ses études, il réalisera son premier court-métrage, "Four in the morning" (1953).

 

"J'ai toujours été intéressé par la grandeur et la décadence des civilisations" - dit-il et explique, par ces quelques mots, un large pan de son oeuvre. Après un bref séjour en France où il ambitionnait d'étudier la langue, il se rend à Venise et tourne un petit film documentaire sur les peintres vénitiens. Très original pour l'époque, "Venise : thème et variation"  (1957)  marque déjà le goût du cinéaste pour l'étranger. La curiosité chevillée au corps, il part en Inde et tombe instantanément sous son charme. Il s'imprègne de la culture, des modes de vie, de la langueur et des paysages indiens et, à trente-cinq ans, produit son premier long métrage de fiction, "The householder" (1963), adapté d'un roman indien et interprété par des acteurs locaux. A la même époque, il rencontre le cinéaste Satyajit Ray qui l'aide à perfectionner le montage de son film. C'est en Inde que James Ivory tourne "Shakespeare Wallah" (1965) - considéré par ses admirateurs comme son oeuvre la meilleure - et se fait connaître pour la première fois du public à travers l'histoire d'une troupe de comédiens shakespeariens déambulant de ville en ville, mais n'en sera pas moins boudé par un grand nombre de spectateurs qui relèguent la culture britannique aux archives des archaïsmes bourgeois. On y trouve en filigrane le thème récurrent du réalisateur, celui du temps qui passe et ronge inéluctablement les êtres au point d'avoir raison de leurs idéaux. En 1968, "The guru" est une évocation mélancolique des périples d'une jeune Anglaise venue se ressourcer en Inde. James Ivory, l'américain, poursuit sa collaboration avec son producteur et ami Ismail Merchant et explore les contradictions et les mutations de la société indo-britannique. "Adventures of a brown man in search of civilization" (1972) et "Chaleur et poussière" (1983) seront reconnus comme des modèles où se marient esthétisme et pertinence du raisonnement philosophique.

 


Loin de se détourner de l'Inde, le réalisateur se prend de passion pour l'oeuvre littéraire du romancier Henry James. De retour aux Etats-Unis en 1979, il adapte "The europeans", unanimement salué par la critique et sortira définitivement de la confidentialité avec les études de caractères de ses films suivants. "Chambre avec vue " (1985) et "Maurice" (1987), tirés de deux romans d'Edward Morgan Forster imposent définitivement son nom et son style auprès de cinéphiles émerveillés par le raffinement de ce Californien so british. Se satisfaisant jusque-là d'acteurs relativement peu connus, James Ivory fait appel à Emma Thompson et à Anthony Hopkins pour "Retour à Howards End" (1992) et "Les vestiges du jour" (1993), deux chroniques teintées de nostalgie qui synthétisent l'ensemble de ses oeuvres antérieures et en expriment l'originalité. Si son académisme et son imagerie trop léchée au goût de certains lui sont reprochés, James Ivory est aujourd'hui considéré, à juste titre, comme l'un des réalisateurs les plus importants de sa génération. La raison en est qu'il a su marquer la pellicule d'une empreinte délicate et traiter des maux qui marquent de façon indélébile nos sociétés occidentales : la lutte des classes, l'intolérance et l'hypocrisie. Dans Chambre avec vue, véritable ode à la nature, le metteur en scène immerge ses personnages dans une ambiance charnelle, dans "Maurice", il les montre démunis de la moindre force vitale et se laissant malmener par le destin, alors que dans "Retour à Howards End"  il théâtralise les sentiments et nous entraîne dans les méandres du coeur, pointant du doigt la cruauté des rapports qui s'instaurent au sein des familles. L'ensemble de son oeuvre est d'une qualité exceptionnelle qui n'est pas sans rappeler, par son raffinement, son souci de réanimer le passé, la palette d'un Visconti dont il semble s'inscrire dans la continuité.

 

Lion d'argent à la Mostra de Venise en 1987 pour "Maurice".

Pour lire les articles consacrés à Emma Thompson et aux Réalisateurs, cliquer sur leurs titres :

 
EMMA THOMPSON           LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA EUROPEEN & MEDITERRANEEN, cliquer sur le lien ci-dessous :  

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL


            

Partager cet article
Repost0
23 octobre 2010 6 23 /10 /octobre /2010 09:29
WOODY ALLEN OU UN GENIE TOUCHE-A-TOUT


Venu du cabaret et de la télévision, Woody Allen s'est imposé grâce au cinéma où il fut tour à tour acteur et auteur. C'est avec Prends l'oseille et tire-toi  en 1969, où il se met en scène lui-même, que sa carrière débute vraiment. Dès lors, il ne va plus cesser  de faire rayonner l'auto dérision et de slalomer avec élégance entre rire et sérieux, à rester le clown de ses débuts tout en forçant l'admiration par son ambition d'être le représentant d'un certain esprit proprement new-yorkais. Issu d'un milieu modeste, il gagne sa vie dès l'âge de 19 ans en écrivant des dialogues pour le célèbre comique Sid Caesar, tout en produisant ses propres spectacles et en participant à quelques films. Dans ses premières réalisations, son principal souci  est de donner un prolongement cinématographique au personnage de petit homme complexé, calamiteux, hypocondriaque, obsédé par le sexe qu'il a déjà rendu populaire sur scène. C'est avec Annie Hall en 1977 qu'il est salué par la critique comme le meilleur cinéaste comique de sa génération et que, désormais, il ne va plus cesser de puiser dans son quotidien et celui de son entourage les sujets de ses gags et de son inspiration. Les changements de compagne, les sauts dans le temps et le recours à des noms différents n'y changeront rien : Woody Allen sera toujours reconnaissable à sa silhouette, à son parler et aux situations particulières où il aime à placer ses personnages comme l'avaient fait avant lui un Harold Lloyd ou un Charlie Chaplin, sans toutefois égaler le dernier nommé. En quelques quarante films, il a constitué l'instantané d'une époque entière et sut saisir les ridicules, les obsessions, les tics de plusieurs générations.


 

On peut situer l'apogée de ce cycle quasi autobiographique entre Annie Hall  et Meurtre mystérieux à Manhattan (1993), avec une véritable somme thématique dans Hannah et ses soeurs (1986). Par ailleurs, Woody  Allen réussit brillamment son incursion dans le film dit " sérieux ", existentiel comme ses comédies, mais dont il s'exclut en tant qu'interprète. Intérieurs, en 1978, surprend par la noirceur du ton et la sobriété de l'écriture et il conservera cette simplification jusqu'à l'épure dans Une autre femme et dans Match Point  (2005). Cette diversification de l'inspiration, rendue plus grave, ne restera pas sans effets sur ses comédies auxquelles il se plait souvent à injecter des scènes sombres, des réflexions philosophiques, ainsi qu'il le fera dans Crimes et délits (1989) ou Alice (1990). Les expériences stylistiques le passionnent comme en attestent Maris et femmes (1992) qu'il filme en partie caméra à l'épaule, clin d'oeil à la Nouvelle vague, et Maudite Aphrodite, scandé par un choeur antique en 1994 ou le pastiche si réussi de "Musical" que fut, en 1996, Tout le monde dit " I love you. Les reproches que certains lui adressent de se répéter sont injustifiés, car on sait qu'un véritable auteur, quel que soit son art, poursuit toujours d'oeuvre en oeuvre la même quête jusqu'à en atteindre la quintessence. Bien sûr, produisant en moyenne un film par an, Allen ne peut à chaque fois réussir un chef-d'oeuvre, mais ses films ont un ton, un style, qui sont sa marque propre et oscillent en permanence entre drôlerie, dérision, humour noir, le tout saupoudré de dialogues brillants et de mises en scène sobres et efficaces. Il a de plus en plus tendance à n'intervenir désormais que dans des rôles périphériques, laissant à des acteurs plus jeunes mais toujours chevronnés  le soin de le représenter. Le dernier en date est une variation sur la ville de Rome, comme le précédent sur la ville de Paris où affleurent souvenirs et évocations et qui, sans être des oeuvres marquantes, prouvent, si besoin est, qu'Allen a toujours la fibre créatrice et le feu sacré et un formidable savoir filmer.

 

 

Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN & CANADIEN, dont de nombreux films de Woody Allen, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

Partager cet article
Repost0
31 août 2010 2 31 /08 /août /2010 10:04

alain_corneau.jpg 

                                  
                       

Héritier proclamé de la Nouvelle Vague, Alain Corneau incarne avec quelques autres comme Téchiné, Miller et Tavernier la relève du cinéma d'auteur et apparaît comme un témoin de son temps entre fin de siècle et nouvelles incertitudes. En 2004, l'ensemble de son oeuvre avait été distingué par le prix René Clair et, en 2010, il s'était vu décerner le prix Henri-Langlois. En 1992, "Tous les matins du monde", qui relate l'histoire d'un joueur de viole au XVIIe siècle interprété par Jean-Pierre Marielle, avait connu un vif succès public et reçu le César du meilleur film. Alain Corneau était le compagnon de la cinéaste et écrivain Nadine Trintignant. Il était né le 7 août 1943 à Meung-sur-Loire (Loiret). Musicien de formation, il était entré très tôt à l'Institut des hautes études cinématographiques (Idhec), devenant dans un premier temps stagiaire sur des films, puis assistant de Constantin Costa-Gavras en 1970 pour "L'Aveu". Il y rencontrera Yves Montand qu'il dirigera par la suite. Également assistant de Nadine Trintignant pour "Ça n'arrive qu'aux autres", il co-écrit avec elle "Défense de savoir" en 1973. Cette même année, il réalise son premier film "France, société anonyme", un échec commercial.

 

En 1976, en passionné de cinéma américain, il s'inspire du personnage de l'inspecteur Harry (incarné par Clint Eastwood) pour sa deuxième réalisation, "Police python 357", avec Yves Montand. Les deux hommes collaborent à nouveau sur "La Menace" (1977) et "Le Choix des armes" (1981), classiques du film noir à la française. Entre-temps, Alain Corneau signe l'adaptation de "Série noire" (1979). Patrick Dewaere et Marie Trintignant y font une forte prestation. À partir des années 80, le réalisateur s'essaie à d'autres genres. Connu pour ses polars, il aborde également de nombreux autres registres. En 1984, il met en scène la prestigieuse fresque coloniale "Fort Saganne" avec Gérard Depardieu, tirée du roman historique de Louis Gardel et cultive ainsi  le plaisir de la narration par le cinéma. C'est, à l'époque, le film le plus cher du cinéma français. En 1992, "Tous les matins du monde", d'après un roman de Pascal Quignard, obtient un succès public et assez inattendu sur un sujet aussi austère (l'histoire du violiste et compositeur du XVIIe siècle Marin Marais), avec un Jean-Pierre Marielle au sommet de son art et un jeune acteur prometteur Guillaume Depardieu. Alain Corneau s'engagera ensuite dans des oeuvres plus intimistes comme le subtil "Stupeur et tremblements" (2003), adapté du roman éponyme de l'écrivain belge Amélie Nothomb, ou "Les Mots bleus" (2005), basé sur le livre du même nom de Dominique Mainard. L'année suivante, Alain Corneau concrétisera un rêve vieux de trente ans en transposant à l'écran l'ouvrage de son ami José Giovanni "Le Deuxième Souffle" avec Daniel Auteuil et Monica Bellucci. Il meurt en 2010.



Pour lire les articles de la rubrique consacrée aux réalisateurs, cliquer sur son titre :


LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer sur le lien ci-dessous : 

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

Partager cet article
Repost0
24 juin 2010 4 24 /06 /juin /2010 07:44
NIKITA MIKHALKOV OU LE PASSE REANIME

 

Né à Moscou le 21 octobre 1945, fils du poète Sergueï Mikhalkov-Konchalovski, Nikita Mikhalkov est issu d'une famille aristocratique remontant au XVe siècle. Acteur à dix-huit ans, auteur, à la fin des années 60, de quelques courts métrages, il réalise son premier grand film en 1975  Le nôtre parmi les autres, histoire d'un rouge infiltrant des blancs pendant la guerre civile de 1918-1921. Ses débuts sont alors ceux d'un brillant cinéphile et d'un habile technicien. Très vite, le jeune cinéaste va enchaîner film sur film ; ce seront  Partition inachevée pour piano mécanique (1977), adaptation subtile d'une nouvelle de Tchékov, dont la  réussite lui conférera une stature internationale, suivie un an plus tard par "Cinq soirées" d'après la pièce d'Alexandre Volodine, étude intimiste de caractères et d'atmosphère qui doit beaucoup à l'interprétation inspirée de l'acteur Stanislas Lioubchine, dans le rôle d'un solitaire retrouvant la femme qu'il a jadis aimée. C'est en 1987, que Nikita Mikhalkov part pour l' Italie réaliser  "Les yeux noirs" , d'après trois nouvelles de Tchékov, avec Marcello Mastroianni et Silvana Mangano dans les rôles principaux, oeuvre peu lisible qui m'a laissée sur le bas-côté, puis "Urga" (1991), chef-d'oeuvre pastoral sur l'amitié entre un éleveur mongol et un camionneur russe tombé en panne près de sa yourte. Hymne à la tradition, ce film souligne les liens entre  peuples frères, entre la mère patrie russe et ses périphéries en voie d'émancipation. "Soleil trompeur", en 1993, évoque le stalinisme et raconte la dernière journée en famille du général Sergueï Kotov, interprété par Mikhalkov en personne, joyeusement perturbée par l'irruption d'un vieil ami, venu inopinément semble-t-il, alors, qu'en réalité, il n'est là que pour arrêter Kotov, héros de l'Union soviétique, accusé lâchement de trahison. Ce premier volet sera salué par un Oscar à Hollywood et le Grand Prix du jury à Cannes. Enfin  "Le barbier de Sibérie", en 1998, évoque la difficile évolution de la Russie contemporaine.


Projeté à Cannes en mai dernier, lors du Festival, son dernier opus Soleil trompeur - L'exode,  a reçu un tout autre accueil. Celui-ci fut glacial. Car, à en croire les critiques, ce second volet serait une tentative de réhabilitation déguisée de Staline où, tout du moins, brosserait un portrait trop complaisant du tyran. En définitive, à travers cette oeuvre, c'est le réalisateur qui est visé et son intimité avec Vladimir Poutine. Car, qu'en est-il ? La gestation de "Soleil trompeur 2" remonte au choc éprouvé, par Mikhalkov, à la suite du visionnage, à Paris, du film de Steven Spielberg :  "Il faut sauver le soldat Ryan"En sortant - se souvient Mikhalkov - des jeunes s'émerveillaient de la victoire des Alliés en ignorant tout bonnement l'existence du front russe ! J'ai voulu faire un film donnant une image de l'enfer qu'ont vécu ces gens simples - les soldats, mais aussi les civils - qui ont défendu leur patrie. Montrer ainsi l'immense sacrifice du peuple russe et empêcher les Américains de vampiriser la mémoire de la Seconde Guerre mondialeEst-ce pour autant une réhabilitation de Staline comme on lui en a fait le procès ? Certes non, car, tout au long du film, Staline revêt la dimension diabolique d'un homme qui voulait se substituer à Dieu. D'ores et déjà un nouveau volet est annoncé qui aura pour titre "Soleil trompeur", "Citadelle" et qui devrait être présenté à la prochaine Mostra de Venise, en septembre. Mikhalkov s'en est ouvert à quelques journalistes : "au pire moment de la guerre" - révèle-t-il - "le minotaure du Kremlin a pris le temps de fignoler ses vengeances petites bourgeoises en réservant à Kotov le commandement d'une " division noire ". Composée de condamnés politiques armés de simples pelles et de pioches, celle-ci avait pour mission d'attaquer l'armée allemande à mains nues pour lui faire gaspiller ses munitions avant le véritable assaut." Vision effrayante d'un dictateur qui n'hésitait pas à sacrifier son peuple et à trahir et déshonorer ses propres officiers. Nikita Mihalkov a bien d'autres projets et s'impose désormais comme la figure de proue d'un cinéma post-soviétique, recentré sur ses valeurs nationales. "Je veux notamment mettre en scène" - dit-il - Un coup de soleil "d'Ivan Bounine, le prix Nobel de littérature réfugié en France après la révolution de 1917. Je songe également à une grande fresque sur la société russe de ces vingt dernières années, une sorte de version russe du " Parrain ", qui s'intitulerait : "Il était une fois en Russie". Grâce à ce cinéaste de grand talent, dans la lignée d'un Eisenstein, et de réalisateurs comme Sergueï Bodrov et Pavel Lounguine, le 7e Art russe semble assuré de lendemains qui chantent.



Pour lire les articles de la rubrique consacrée aux réalisateurs, cliquer sur son titre : 


LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART

 

Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA EUROPEEN & MEDITERRANEEN, cliquer sur le lien ci-dessous :  

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Partager cet article
Repost0
20 mai 2010 4 20 /05 /mai /2010 08:59
JANE CAMPION , UN CINEMA AU FEMININ

 

Jane Campion est la première réalisatrice à avoir remporté une Palme d'Or à Cannes. Ce fut en 1993, sous la présidence de Louis Malle, pour  La Leçon de piano - ex aequo avec Adieu ma concubine, de Chen Kaige. Elle est même le seul cinéaste, hommes et femmes confondus, à avoir remporté la palme d'or pour un long-métrage et pour un court-métrage, avec Peel, en 1986. Dans un entretien à Paris Match, Gilles Jacob, président du Festival de Cannes, raconte : " Un jour, Pierre Rissient, qui était un formidable découvreur de talents, m'a montré trois courts-métrages d'une jeune cinéaste australienne, en fait néo-zélandaise. Il m'a dit : "C'est incroyable, il faut que vous en preniez un !" Je lui ai répliqué, totalement enthousiasmé, que je prenais les trois. Ainsi Jane Campion fait-elle ses débuts à Cannes. Depuis lors, elle est régulièrement invitée sur la Croisette. "Après la palme pour "La Leçon de piano", dit-elle, c'était comme tomber du haut d'une falaise." En 2009, elle est de nouveau sélectionnée pour son dernier opus "Bright star", un film magnifique qui raconte une histoire d'amour, brève et passionnée, entre le poète John Keats et Fanny Brawne, en 1818. "Je cherchais un sujet, je suis tombée sur une biographie de Keats. Puis j'ai lu ses lettres et, enfin, ses poèmes. J'ai mis longtemps à entrer dans le monde de la poésie. Il faut qu'elle s'accorde à nos propres mystères pour être comprise. Mais je ne voulais pas filmer la vie d'un poète. Le jour où j'ai eu l'idée d'adopter le point de vue de Fanny, j'ai su que je tenais mon film." Plus naturellement, elle se plait à raconter des histoires féminines comme "Un ange à ma table",  "Sweetie" ou "In the Cut"... :  " Cela vient plus naturellement, j'imagine. Je ne planifie pas ma carrière : j'attends que les choses arrivent. Et je fais mon boulot." Cinéphile, mais à petite dose, elle avoue -  " Je fréquente plus volontiers les expositions de peinture que les salles de cinéma. Mais je suis toujours intéressée par la façon dont mes collègues cinéastes et moi trouvons un sujet et le plions à notre propre univers. Sans avoir vu leur film, il y a des cinéastes présents à Cannes l'année dernière dont j'aime beaucoup le travail : Quentin Tarantino, Michael Haneke et Gaspard Noé."

 

Née à Wellington en avril 1954 d'une mère actrice et d'un père directeur de théâtre, Jane Campion s'oriente très vite, après des études d'anthropologie, vers le monde du cinéma. Son premier long métrage en 1989 "Sweetie" raconte comment une femme sera bouleversée par l'irruption de sa soeur dans sa vie. Le second  Un ange à ma table sort en 1990 et s'inspire de l'autobiographie de l'écrivain néo-zélandaise Janet Frame que la cinéaste admire. Il remportera le prix spécial du jury à la Mostra de Venise. La carrière de Jane Campion est lancée.

 

1805_la_lecon_de_piano_piano_28the29__1805__lecon_de_piano_.jpg

                             

Mais c'est "La leçon de piano" qui va lui assurer une renommée internationale et lui vaudra la Palme d'or à Cannes. Ce film d'une beauté saisissante est l'histoire d'Ada, une jeune pianiste muette.  A la suite d'un terrible accident, qui a coûté la vie à son mari, elle débarque en Nouvelle-Zélande pour rencontrer Stewart, un homme épousé par correspondance. Leurs rapports s'enveniment bientôt, car Stewart refuse l'installation de son piano dans leur modeste cottage. Ada doit se faire aider par Baines, un colon, afin d'avoir accès à son instrument. Commence alors entre eux un étrange marchandage érotique où le piano devient l'objet de partage et les notes l'expression des vibrations du corps et du coeur. Ce film révèle par ailleurs, outre l'immense talent de sa réalisatrice et l'originalité de son scénario, l'actrice Holley Hunter qui remportera l'Oscar de la meilleure actrice et la toute jeune Anne Paquin qui se voit décerner, à l'âge de 12 ans, celui de la meilleure actrice dans un second rôle. Jane Campion réalise ensuite "Holly smoke" (1999 ) qu'elle écrit avec sa soeur Anna et  "In the cut" (2003), adaptation d'un roman de Susanna Moore, avant de se lancer dans un film d'une étincelante beauté "Bright star" inspiré de l'amour trop vite brisé par la mort du poète John Keats. Ses projets à ce jour : adapter une nouvelle d'Alice Munro, "Fugitives". L'histoire d'une femme au bord de la rupture, qui aspire à changer de vie. Un personnage féminin. Encore. Et toujours. Qui s'en plaindra ?

 

lecon-de-piano-1993-03-g.jpg

 

Pour lire les articles de la rubrique consacrée aux réalisateurs, cliquer sur son titre :


LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART

 

 Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA EUROPEEN & MEDITERRANEEN, cliquer sur le lien ci-dessous : 

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

LeconDePiano4.jpg  

 

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : LA PLUME ET L'IMAGE
  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
  • Contact

Profil

  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.

Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

ET SI VOUS PREFEREZ L'EVASION PAR LES MOTS, LA LITTERATURE ET LES VOYAGES, RENDEZ-VOUS SUR MON AUTRE BLOG :  INTERLIGNE

 

poesie-est-lendroit-silence-michel-camus-L-1 

 

Les derniers films vus et critiqués : 
 
  yves-saint-laurent-le-film-de-jalil-lespert (1) PHILOMENA UK POSTER STEVE COOGAN JUDI DENCH (1) un-max-boublil-pret-a-tout-dans-la-comedie-romantique-de-ni

Mes coups de coeur    

 

4-e-toiles


affiche-I-Wish-225x300

   

 

The-Artist-MIchel-Hazanavicius

 

Million Dollar Baby French front 

 

5-etoiles

 

critique-la-grande-illusion-renoir4

 

claudiaotguepard 

 

affiche-pouses-et-concubines 

 

 

MES FESTIVALS

 


12e-festival-film-asiatique-deauville-L-1

 

 13e-FFA-20111

 

deauville-copie-1 


15-festival-du-film-asiatique-de-deauville

 

 

Recherche