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14 avril 2009 2 14 /04 /avril /2009 08:45

 

Né à Shanghaï le 17 juillet 1958, Wong Kar-wai suit sa famille à Hong-Kong où son père est directeur d'hôtel et entreprend des études à l'école polytechnique de la ville avant de se tourner vers une carrière artistique et de devenir assistant de production à la télévision, puis assistant producteur et scénariste de téléfilms et de séries télévisées. C'est en 1988 que, formé pendant quelques années dans le sérail, il réalise son premier film "As Tears Go by" et que celui-ci est présenté à la semaine de la Critique à Cannes, mais jugé trop violent par les Occidentaux. "Nos années sauvages" (1990), son second opus, sera un échec commercial, malgré ses qualités évidentes, et la seconde partie ne parviendra jamais à être montée, faute de dividendes. Avec "Les cendres du temps" (1994), Wong Kar-wai s'attaque à une grande fresque historique qu'il ne lui demandera pas moins de deux années de travail et pour laquelle il usera de chorégraphies et de scènes de combats d'une extrême précision, en même temps qu'il affichera un casting prestigieux, ce qui lui méritera d'être présent à Venise et d'obtenir le prix de la Meilleure photo. Un grand pas est franchi.

 


18855461_jpg-r_760_x-f_jpg-q_x-20070907_051816.jpg  Wong Kar-wai


 

Epuisé par le tournage, le réalisateur décide de revenir à l'essence du cinéma et de filmer simplement des personnages dans le Hong Kong de son enfance, caméra à l'épaule. Le résultat en sera "Chungking Express",  un succès populaire qui le révèle enfin à un public international. Avec "Happy Together" (1997), tourné en Argentine, il remporte le Prix de la mise en scène à Cannes, mais crée le scandale en Asie où l'homosexualité est encore un sujet tabou.  "In the mood for love"  (2000), son septième film, touche à la magie. Le succès sera considérable et verra l'acteur principal - Tony Leung - couronné par le Prix d'interprétation masculine au Festival de Cannes de la même année. Sans rien dévoiler d'intime, le film dégage une sensualité intense et nous conte une histoire d'amour magnifiée comme rarement sur grand écran. Un chef-d'oeuvre absolu qui consacre son auteur comme l'un des maîtres du cinéma international et le plus grand du continent asiatique, capable de séduire le public dès ses premières images. Son romantisme désenchanté fait merveille et parait sans équivalent dans le 7e Art contemporain, un style qu'il développe avec son chef opérateur Christopher Doyle.

 


in-the-mood-for-love-00-09-g.jpg    In the mood for love


 

En prise directe avec la réalité, Wong Kar-wai  inaugure une sorte de romantisme urbain qui privilégie les personnages à l'histoire et se voit en quelque sorte dicté par les contraintes techniques qu'il rencontre. Il s'en explique : "A Hong Kong, nous n'avons ni le temps, ni l'espace, ni les moyens de tourner autrement que la caméra à l'épaule ou en grand angle. Notre style n'a pas de considération esthétique. Notre style, ce sont les contraintes qui le créent. Peu d'argent, peu de temps pour filmer dans les lieux publics". Et, néanmoins, ce style fascine par la beauté nuitée des prises de vue, les éclairages qui rappellent ceux du peintre Le Nain et la passion de l'auteur pour le moindre détail et les toilettes féminines. Certains iront jusqu'à lui reprocher ce fétichisme. Je ne m'en plaindrai pas, trouvant à chacun de ses films une puissance d'évocation rare, une virtuosité formelle et un goût de la séduction qui ne cessent de m'envoûter. Je crois ne pas être la seule. Conforté par l'immense succès de "In the mood for love", le cinéaste produit en 2004 "2046," qui reprend le même thème, sans parvenir à atteindre tout à fait  l'enchantement du précédent, mais où il renoue avec la quintessence de son art, véritable polyphonie amoureuse sur l'éclatement du temps à partir des souvenirs d'un séducteur qui recherche la femme dans toutes les femmes, ce, avec son acteur de prédilection Tony Leung et deux actrices magnifiques : Gong Li et Zhang Ziyi.

 


     The-Grandmaster-Affiche-France


 

De même que l'on reprochera à son dernier opus  "My blueberry nights" (2007) d'être empreint de maniérisme et de laisser s'enliser une histoire trop convenue, comme s'il ne parvenait plus à sortir d'un exercice de style devenu vain car trop répétitif. Ce qui est aussi ridicule que si l'on reprochait à un grand écrivain d'écrire toujours le même livre. Alors qu'il faut considérer que le cinéaste indique ainsi, de façon elliptique, l'importance de la narration en images comme en mots, et interroge le cinéma sur ses capacités à jouer avec ses infinies possibilités expressives. Si bien que chacune de ses oeuvres n'est finalement qu'une nouvelle variation sur un sujet identique : une mélodie qui dessine avec le temps un tableau à chaque fois plus riche, plus complet et plus intemporel. Wong Kar-wai présidera le jury du Festival de Cannes en 2006 et deviendra ainsi le premier réalisateur chinois à bénéficier de cet honneur. La même année lui sera remise par le ministre de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres la médaille de Chevalier dans l'ordre national de la légion d'honneur. Aujourd'hui, il nous revient avec un film sublime "The Grandmaster" qui lui a demandé trois années de travail et qui, sans nul doute, l'installe définitivement sur les cimes du 7e Art.

 

 

Pour lire les articles consacrés à Gong Li, Tony Leung et aux Réalisateurs, cliquer sur leurs titres 


GONG LI - PORTRAIT        TONY LEUNG CHIU WAI       

 

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24 mars 2009 2 24 /03 /mars /2009 11:09
LUCHINO VISCONTI OU LA TRAVERSEE DU MIROIR

Luchino Visconti aura marqué le 7e Art d'un esthétisme flamboyant, contribuant ainsi à la stylisation de la réalité et à la mise en opéra de l'histoire. De sa famille, l'une des plus nobles d'Italie, Luchino Visconti  hérite d'un raffinement inouï, d'une vaste culture et de l'amour du théâtre. Le cinéma l'attire également et il décide de faire carrière dans la mise en scène. Son goût très sûr mais ses idées progressistes dans l'Italie fasciste de Mussolini l'incitent à se rendre en France, où il travaillera avec Jean Renoir dans  "Une partie de campagne"  en 1936. La guerre interrompt leur collaboration qui devait se poursuivre en Italie avec "Tosca" et figurait déjà l'attraction qu'il éprouvera toujours pour l'art lyrique et les récits raffinés. Son oeuvre cinématographique s'inspire souvent d'éléments et de faits puisés dans un temps historique situé de préférence entre 1850 et 1950, qu'il déploie à la manière ample d'un opéra, parce que son intuition a très tôt fondé son art de telle sorte que la perfection atteigne sa somptueuse plénitude. C'est l'expression d'une exigence qui ne laissera au hasard aucun détail, aucune nuance, aucun des sentiments les plus subtils de l'âme humaine. "Ossessione" (Les amants diaboliques), en 1943, donne le coup d'envoi de ce que sera le néo-réalisme et se révèle être aussi sombre et pessimiste que certaines oeuvres de De Sica, à la différence que Visconti se refusera toujours au didactisme et à tout sentimentalisme démagogique.


Au lendemain de la guerre  "La terre tremble"  (1948), qui a le don d'exaspérer le monde de la finance, forme avec  "Ossessione"  et  "Rocco et ses frères"  une trilogie imprévue qui brosse un portrait social de l'Italie des pauvres, de ses violences et de ses migrations illusoires, mais l'oeil que pose le réalisateur sur la civilisation et les hommes reste avant tout un regard poétique, au sens fort du terme. Dans la fable merveilleusement mélodramatique de  "Bellissima"  (1951), où Anna Magnani se révèle être plus que jamais telle qu'en elle-même, l'auteur ironise sur l'envers de l'illusion, sur le temps du rêve, mais veille à ne pas s'attendrir exagérément sur la crédulité populaire. Visconti sait ne retenir que ce qui est le plus significatif dans la narration et entend l'épurer de toute complaisance, car seul lui importe ce qui suggère et dénonce. Le réalisateur sait trop que la réalité ne se charge de sens qu'en fonction de l'impact de l'écriture et de l'unité interne de l'oeuvre. Ainsi des intérieurs rustiques de "Rocco et ses frères" aux somptueuses natures mortes de "Senso" ou du "Guépard", il met une scrupuleuse attention, aussi bien historique que sociale et psychologique, aux gestes, aux objets, aux toilettes, afin de recréer dans sa globalité le milieu et le climat de l'époque et lui restituer son authenticité et sa vraisemblance, car la vérité de ces recréations en constitue le label, l'ombre de l'échec et celle de la mort s'étendant peu à peu sur la vie. C'est à cause de ce regard tout ensemble critique et poétique que le concept de nostalgie existe et établit un lien, qui coure sans se rompre jamais du premier au dernier de ses films, que ce soit  "Le Guépard",  "Sandra",  "Mort à Venise", " Ludwig",  "Violence et passion", Visconti contribuant ainsi à la stylisation de la réalité, à la mise en opéra de l'histoire. Il y a de sa part, et en contre-champ, un moralisme stendhalien que la fréquentation de l'histoire n'incline guère à l'optimisme et un goût identique, chez le metteur en scène de "Mort à Venise" et l'auteur de "La Chartreuse de Parme", pour les passions sans retenue.


Chacun de ses sujets exalte un peu plus, un peu mieux son exceptionnel génie plastique, son esthétisme flamboyant qui évolueront des gris d"'Ossessione", des noirs et blancs de "La terre tremble", à l'impressionnisme raffiné de "Mort à Venise" ou au romantisme pictural de "Ludwig". Mais il arrive que le metteur en scène cède à la parodie et que le souci de vérité - ce sera le cas dans  "Les damnés"  - l'incite à peindre d'un pinceau acéré certains portraits de névropathes et qu'il mette ses pas dans ceux de Dante pour mieux nous plonger dans l'enfer des damnations humaines. Dans ces derniers opus "Violence et passion" (1974) et "L'innocent" (1976), l'inspiration s'embrume d'une douleur à peine voilée, s'infléchit dans une contemplation amère et pessimiste de l'art et de l'histoire qui rejoint la prémonition de la mort imminente, alors que le sublime amour, interdit, impossible, inavouable, fait peser sur les fragments de vie l'ombre opaque de son échec. Un combat avec le temps, et contre lui, investit l'oeuvre et nous la restitue en un oratorio pathétique, d'où ne sont exemptes ni la faiblesse, ni la grandeur.



Pour prendre connaissance des articles que j'ai consacrés à Romy Schneider et aux Réalisateurs, cliquer sur leurs titres :


ROMY SCHNEIDER - PORTRAIT    

       

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Luchino Visconti avec Burt Lancaster et Maria Callas.
Luchino Visconti avec Burt Lancaster et Maria Callas.

Luchino Visconti avec Burt Lancaster et Maria Callas.

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19 mars 2009 4 19 /03 /mars /2009 09:35
LEE CHANG-DONG, L'AUTEUR PHARE DU CINEMA COREEN


Lee Chang-dong est né à Daegu en Corée du sud en 1954 et a commencé par être écrivain, publiant à la fin de ses études universitaires, en 1983, The booty qui obtint un grand succès, ce qui propulsa le jeune auteur comme l'un des écrivains les plus en vue de sa génération. Suivront deux autres romans : Burning papers en 1987 et Nokcheonen 1992. Attiré par le 7e Art, il propose à Park Kwang-su ( l'un des fondateurs de la nouvelle vague coréenne ) de lui écrire le scénario de To the starry Island, ce qui lui ouvre les portes des studios. En 1995, il écrit un second scénario A single sparkqui raconte l'histoire d'un activiste ouvrier des années 60. L'écriture des scénarii lui donne l'envie de passer derrière la caméra, d'autant qu'il a déjà travaillé comme assistant auprès de Park Kwang-su et s'est ainsi familiarisé avec les exigences du métier.

 


Si bien qu'en 1996 il écrit et réalise son premier long métrage Green fish  qui est bien reçu du public et de la critique en Corée, sélectionné dans de nombreux festivals comme ceux de Londres et Rotterdam et remportera même un prix à Vancouver. Son second opus en 2000  Peppermint Candy  est unanimement acclamé et conte à rebours le désastre économique de 1997 en Corée, consécutif à la dictature militaire. Projeté dans plus de 30 festivals, il remportera trois prix à Karkovy et Bratislava.



Le troisième film de Lee Chang-dong,  Oasis,  traite de l'amour entre un jeune garçon simple d'esprit et une jeune fille handicapée, Roméo et Juliette disgraciés par la nature mais amoureux néanmoins, opus bouleversant qui obtiendra également un grand succès public et critique, tant et si bien que le jeune réalisateur sera nommé ministre de la Culture de la Corée du Sud. Mais il quittera très vite ce poste, suite aux difficultés qu'il rencontrera afin d'imposer des quotas sur les productions américaines et sauver la production du jeune cinéma coréen en plein expansion et refroidi par une expérience qui ne correspond pas à sa nature profonde et l'éloigne de son art. En 2007, il présente son dernier film  Secret Sunshine  au Festival de Cannes et devient ainsi le metteur en scène le plus représentatif du cinéma coréen. Son actrice  Jeon Do-yeon  recevra, quant à elle, le prix d'interprétation féminine pour son rôle émouvant de jeune veuve dont le fils unique disparaît.

 

A Deauville, pour la 11ème Edition du Festival du Cinéma asiatique, Lee Chang-dong a été reçu comme un maître du 7e Art et honoré pour l'ensemble de son oeuvre. 

 

Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA ASIATIQUE dont "Secret sunshine", cliquer sur le lien ci-dessous :

 

 

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24 février 2009 2 24 /02 /février /2009 11:43
CLAUDE SAUTET OU LES CHOSES DE LA VIE


Au début des années 50, alors qu'il sortait de l'IDHEC, Claude Sautet suivit le chemin escarpé de l'assistanat. Il tourna un court métrage de fiction et réalisa son premier long métrage en remplaçant au pied levé le metteur en scène Robert Dhéry. Sa filmographie personnelle commença avec deux polars traités à la manière des bandes américaines de série B,  Classe tous risques  (1960) et   L'arme à gauche (1965). Bien que ces films n'aient pas défrayé la chronique, ils manifestent néanmoins des qualités indéniables : obsession du détail juste, modestie, recherche de classicisme qui inscrit, dès ses premières tentatives, Sautet dans la lignée des Grémillon, Becker ou Carné. Pendant quelques années, entre les longues périodes qui séparaient ses propres réalisations, Sautet se consacrera en parallèle à son second métier, celui de scénariste. Sa réputation, en ce domaine, fit de lui le médecin secouriste des pannes d'inspiration de ses collègues, soit " le ressemeleur de scénario ", pour reprendre sa propre expression. C'est peut-être cette expérience que l'incita à travailler ses scénarii avec d'autres scénaristes, dont Jean-Claude Dabadie pour six de ses plus grands succès et Jacques Fieschi pour les trois derniers. Il entendait ainsi mieux objectiver ses idées.  

                 


Sa notoriété débuta avec Les choses de la vie en 1970, qui impose son style et sa sensibilité. Sautet s'y présente en peseur d'âme, en analyste subtil des sentiments et du coeur humain. A partir d'un accident, qui coûtera la vie à son héros interprété par Michel Piccoli, il hausse le fait divers à la hauteur d'un drame. Le montage inventif des séquences de l'accident renforce cette dimension, le cinéaste s'adressant directement à nous, nous atteignant à tel point que François Nourissier écrira : " Les spectateurs conduiront le pied sur le frein. (...) Mais ils sauront que toutes précautions sont inutiles : notre avenir est peuplé de carrefours tranquilles et d'oublis, où nous guettent les grands mensonges noirs de la mort." Le texte sobre de Jean-Loup Dabadie, le musique de Philippe Sarde, les plans silencieux nous entraînent en une marche lente vers l'agonie du personnage, dont l'objectif fixe l'inéluctable fatalité.

 

Max et les ferrailleurs sera un film plus personnel qui pose avant l'heure un regard sur la banlieue et la délinquance et met face à face deux personnages forts : un flic inquiétant Michel Piccoli, aussi rigide qu'un pasteur anglican, que son manque de discernement entraînera vers l'autodestruction, et une prostituée très digne, incarnée par Romy Schneider qui ajoute à sa beauté un rien de vulgarité. Cette complexité des sentiments se retrouvera dans César et Rosalie où les personnages sont à leur tour pris dans la spirale de la remise en question et de l'incompréhension. Car quoi de plus difficile et de plus imprévisible que les rapports humains ? - se demande en notre nom le metteur en scène qui cerne ses héros au plus près de leurs sentiments intimes en véritable clinicien. Le trio formé par Romy Schneider, Yves Montand et Sami Frey est inoubliable dans une variation bien tempérée, à la fois musicale, sensuelle et nostalgique. Sautet dira qu'il voulait montrer des êtres qui soient tous, ou presque tous, en danger de désespoir. Il sut le faire avec autant de tact que de sensibilité.

 


Les films suivants dont Vincent, François, Paul et les autres  (1974)  Mado  (1976) et  Une histoire simple (1978) sont des portraits de groupe des années 60, quadragénaires déjà usés par la vie et une solitude paradoxale. La vision collective nous permet de les observer dans leurs rapports plus ou moins conflictuels les uns avec les autres et d'analyser les raisons de ces tensions. Le cinéaste démontre ainsi que les situations les plus conventionnelles peuvent être lourdes de conséquences et explore une génération dont la vie quotidienne prend l'allure d'un combat pour la survie. Nous sommes frappés par leur vulnérabilité et par ce danger de désespoir auquel ils sont confrontés, en une suite d'affrontements permanents.


 

Après quelques années de silence, Sautet reviendra en force derrière la caméra en rajeunissant ses acteurs et collaborateurs. Ce seront Quelques jours avec moi (1988) où il passe de manière subtile du drame passionnel à l'ironie tragique, servi une fois encore par des comédiens remarquables, la lumineuse Sandrine Bonnaire et Daniel Auteuil dans l'un de ses meilleurs rôles, Un coeur en hiver (1991)et Nelly et Monsieur Arnaud (1995), magnifique trilogie de la maturité où l'intensité des sentiments contrariés, loin de toute emphase et prétention, s'enferment dans l'espace intime d'une délicate musique de chambre. D'ailleurs l'auteur, lui-même, affirmait qu'un film n'est autre que de la musique faite avec des acteurs, une dramaturgie, des anecdotes, des péripéties. Et il se consacrera avec talent à nous la faire entendre. Avec son réalisme poétique et profondément humain, ses plans silencieux, Sautet s'inscrit dans la lignée des plus grands, faisant des choses de la vie, les choses de notre vie et, de sa caméra, le témoin troublant de notre quotidien.

 

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ROMY SCHNEIDER - PORTRAIT         
 

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17 janvier 2009 6 17 /01 /janvier /2009 10:30
INGMAR BERGMAN OU UN CINEMA METAPHYSIQUE

 

Ingmar Bergman, né le 14 juillet 1918 à Uppsala  et mort le 30 juillet 2007 dans l'île de Farö, compte parmi les quelques très grands réalisateurs du 7e Art pour la raison que son oeuvre cinématographique approfondit les questions existentielles qui se posent à l'homme avec une puissance telle qu'elle lui assurera très vite la consécration de ses pairs. Interrogation sur le sens de l'existence, hantise d'un bonheur en errance, d'une communauté de pensée continuellement à refaire. Issu du théâtre, le réalisateur lui restera toujours fidèle, aussi ses débuts à l'écran seront-ils marqués par des influences littéraires, celles d'auteurs abordés à la scène, Strindberg en premier lieu, Ibsen, Anouilh, Pirandello, Camus. Il a d'ailleurs mené une réflexion savante sur la notion de spectacle _ ainsi dans "Jeux d'été" (1950), "La nuit des forains" (1953), "L'oeil du diable" (1960) ou "Fanny et Alexandre" (1982) - et ses films les plus intimistes recèlent eux-mêmes une méditation sur la théâtralité à l'écran dépouillée de toute invasion des codes théâtraux. Plus encore que le cinéma, Bergman aimait le théâtre. " Je peux exister sans faire de films, mais je ne peux exister sans faire de théâtre" - disait-il. Et, cependant, bien que s'étant retiré de derrière la caméra en 1982 après "Fanny et Alexandre", une oeuvre-testament sur son enfance et sa passion du spectacle, couronnée par quatre Oscars, il ne put s'empêcher d'y revenir en 2003 avec "Saraband"  pour la télévision suédoise, vision assez noire de la vieillesse qui fut diffusée par la suite sur grand écran. C'est dès 1945 que le cinéaste, marqué par une jeunesse douloureuse et compliquée, débute, tout ensemble, une carrière de metteur en scène avec un stage à l'Opéra de Stockholm et un parcours personnel, en rédigeant des pièces et des romans. C'est, en effet, un réalisateur complet qui écrit lui-même ses intrigues, ses dialogues - pour la plupart d'entre eux - et utilise sa caméra comme une plume chargée d'exprimer l'angoisse de l'homme face à la solitude, à l'amour, à la mort, en quelque sorte à l'infinie tristesse d'un monde sans Dieu. Mais l'angoisse exige une affirmation constante de foi en l'homme. "Le Septième Sceau" est né d'une réflexion sur la précarité de la condition humaine au XXe siècle. Sa force a été de permettre l'intrusion continuelle du fantastique dans le quotidien.


 
Le cinéma de Bergman se révèle être le plus souvent tragique, s'attachant aux visages, à la lumière, aux fondus-enchaînés et aux thèmes fondateurs de l'inquiétude humaine. Authentiquement existentialiste en ce cas précis, l'auteur se plaît à pourfendre les pressions sociales et la morale conventionnelle et à démystifier la mythologie chrétienne et son puritanisme répressif. Fils de pasteur, il a souffert dans son enfance d'un climat familial étouffant et sera marqué à jamais par une culpabilité chronique qui ne cessera de transparaître dans ses personnages. Sa mise en scène rigoureuse bénéficiera du concours de grands acteurs qui lui resteront fidèles comme Harriet Andersson, Bibi Andersson, Gunnar Björnstrand, Max von Sydow, Ingrid Thulin, Liv Ullman, Erland Josephson. La vie, la mort, le suicide, l'avortement, la passion sont le plus souvent abordés du point de vue de la femme qui a le rôle déterminant dans ses compositions. - y compris dans ses films indirectement ou directement autobiographiques comme  "Scènes de la vie conjugale"  et  "Face à face"
Au confluent de ses investigations et de son questionnement métaphysique, il réalise une série de films que l'on pourrait intituler, en référence à la musique de chambre : des films de chambre, où les couples sont surpris dans leur huis-clos et rêves et fantasmes durement confrontés à la réalité : "A travers le miroir", "Persona", "L'heure du loup", "La honte". C'est le triomphe à l'écran de cette fascination pour les visages qu'il a souvent revendiquée, en affirmant : Notre travail au cinéma commence avec le visage humain. En même temps, sa mise en scène se libère : il brise l'harmonie du récit, sa continuité. A l'écart des modes, son réalisme cinématographique répudie les images banales et, à sa manière, il pratique la déconstruction. Ainsi "Personna", méditation sur les masques et les apparences, ajuste les brisures de la forme à celles que provoque le thème du double, tandis que "Cris et chuchotements",  réflexion douloureuse sur la mort, se sert de la couleur - le rouge principalement - pour théâtraliser sa dramaturgie. Aussi n'a-t-il pas toujours été bien compris du public, désorienté à maintes reprises par ce cinéma austère et exigeant. Ses concitoyens allèrent même jusqu'à lui reprocher de contribuer à la triste réputation de la Suède comme d'un pays de névrosés. Marié à cinq reprises, il eut 9 enfants et ne cessa de se pencher sur la nature féminine, étant certainement l'un des cinéastes qui a le mieux compris les femmes.

 

"Fanny et Alexandre" représentera en 1982 la somme totale de sa vie de réalisateur. Ce chef-d'oeuvre incontesté, convaincant dans son art de l'ellipse, est la somme édifiée sur ses films antérieurs et s'est bâti selon un récit en partie inspiré de son enfance. Si par la suite Bergman a abandonné le cinéma au profit du théâtre et de la télévision, l'évolution des techniques a tout de même permis son retour dans les salles avec des créations vidéo comme "Saraband" (2003). Mais la notoriété internationale lui était venue dès 1955 avec  Sourires d'une nuit d'été,  qui ne sera pas sans influencer la Nouvelle Vague et, peu de temps après, "Le septième sceau" l'avait intronisé comme le maître inspiré d'une oeuvre magistrale qui faisait tout autant appel à la transcendance qu'à la subjectivité dans ce qu'elles ont de plus pur, sans faire, pour autant, l'impasse sur l'aspect charnel des choses. Jean-Luc Godard écrira à son sujet : " C'est le monde entre deux battements de paupières, la tristesse entre deux battements de coeur, la joie de vivre entre deux battements de mains". Qu'ajouter à cela ?

 

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10 janvier 2009 6 10 /01 /janvier /2009 11:16
ERIC ROHMER OU UN CINEMA DE LA PAROLE

         
Aux Cahiers du Cinéma, dont il fut le rédacteur en chef de 1957 à 1963, Eric Rohmer partageait avec Doniol-Valcroze et Pierre Kast un goût proche pour le marivaudage cinématographique. Tous trois nés en 1920 étaient les aînés des jeunes turcs : Rivette, Chabrol, Godard et Truffaut nés entre 1928 et 1932. En tant que critique, Rohmer allait s'attacher à réfléchir à la nature de l'imaginaire cinématographique et au cinéma comme art de l'espace. Une fois derrière la caméra, il placera néanmoins la parole au coeur de son oeuvre et fera de celle-ci un long journal intime, journal d'un séducteur toujours repris par le démon de la fidélité. Admirateur de Hitchcock sur lequel il écrira un ouvrage avec Chabrol en 1957, de Hawks, de Rossellini, de Renoir et de Mizoguchi, il sera un défenseur du cinéma classique et un opposant de fait au cinéma moderne. Convaincu que la Grèce est le berceau et le centre de la civilisation mondiale, nous proposant un modèle de beauté insurpassable, il voit en Hollywood ce que la Renaissance italienne fut au monde des arts. Passionné de pédagogie, Rohmer travaillera pour la télévision scolaire de 1964 à 69, réalisant des émissions sur la littérature, l'urbanisme et l'architecture, ainsi qu'un documentaire sur les films Lumière, sous forme de conversation entre Henri Langlois et Jean Renoir.


 

Son oeuvre composée, pour l'essentiel, de séries avec "Les six contes moraux" (1962-1972), "Les comédies et proverbes" ( six films de 1981 à 1987 ), "Les contes des quatre saisons" (1990 - 1998) fait de la conversation ordinaire ou érudite (Ma nuit chez Maud - 1969), l'enjeu narratif de ses films. Les dialogues d'une grande pureté littéraire révèlent à eux seuls un authentique talent d'écrivain au point que leur lecture provoque déjà un réel plaisir. Ce cinéma de la parole entrepris avec des moyens minimalistes explore la relation entre un texte épuré et des images étincelantes et aborde à l'écran des sujets peu habituels : la religion catholique, le puritanisme, le pari de Pascal, sans pour autant verser dans une quelconque affectation. Ce cinéma est, par ailleurs, celui de la tentation (L'amour l'après-midi  Le genou de Claire), du renoncement, du passage à l'acte attendu et  non accompli par fidélité à des valeurs, à un code moral, à une conviction spirituelle. Contrairement à ses amis de la Nouvelle Vague, il connaîtra le succès tardivement grâce à "Ma nuit chez Maud" (1969), son film le plus accompli avec Jean-Louis Trintignant et Françoise Fabian. Il se consacrera, plus tard, à des recherches picturales innovantes avec des films comme "Perceval le Gallois" (1978), "La marquise d'O" (1976) ou  "L'anglaise et le duc" (2001). Proche de Bresson de par son goût de l'épure et de la pureté, il s'en éloigne par son attirance prononcée pour les beautés de la chair, l'éclat du corps de jeunes filles ravissantes et une certaine perversité maîtrisée. A la façon d'un Henry James, il fait du non-dit, de l'implicite, du malentendu, la dramaturgie de ses films. Dans le cinéma français, il tient une place à part, celle d'un cinéaste chez lequel l'intelligence a pris le pouvoir sur le sentiment et l'énoncé du verbe sur l'image.

     

Pour consulter mes articles consacrés à des films de Rohmer comme Ma nuit chez Maud  -  Les nuits de la pleine lune - Les amours d'Astrée et de Céladon  et  Le genou de Claire, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

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6 janvier 2009 2 06 /01 /janvier /2009 11:49
FRITZ LANG, UN CINEMA DU DESENCHANTEMENT


Né le 5 décembre 1890 , fils d'architecte, Fritz Lang a incarné, par excellence, les vertus du cinéma allemand de la République de Weimar, puis le classicisme de l'âge d'or des studios avec lesquels il entretiendra cependant des rapports distants. Aux côtés du producteur Eric Pommer, sa carrière connaît une rapide ascension dans un milieu où se rencontrent des créateurs venus du théâtre et des auteurs issus de la littérature populaire. A ce carrefour d'influences, Lang apparaît comme un cinéaste raffiné qui se plaît à aborder des thèmes macabres et fantastiques, à s'intéresser au crime, aux pouvoirs occultes et aux sociétés secrètes. "Mabuse", "Les espions", "La femme sur la lune" recèlent de nombreuses trouvailles, aussi bien dans le montage qui accentue le rythme de l'action que dans les plans qui privilégient les jeux de l'ombre et de la lumière. Lang s'impose également comme l'initiateur de mythes modernes. Ainsi son "Mabuse" de 1922 sur lequel il reviendra en 1932 et 1959. Si les films du cinéaste juif, d'origine autrichienne, reflètent parfaitement les angoisses de son époque, ils n'en sont pas pour autant les esclaves et, dès l'apparition du parlant, Fritz Lang confirme son talent de créateur informel et puissant. "M le maudit" (1931) dénonce déjà le danger des milices autoproclamées. Le cinéaste organise son récit de la traque humaine autour de deux systèmes opposés qui finiront par s'unir : la force publique incarnée par l'inspecteur de police et le clan du crime organisé avec, à sa tête, Schränker qui, avec l'aide des mendiants, entend se débarrasser d'un intrus dont la présence est pour tous un élément perturbateur. Situé dans une ville anonyme, M nous dépeint une société faite de dénonciations, de rumeurs, de fausses informations, où les pressions de masses gouvernent en lieu et place de la loi. Après "M le Maudit", il tournera  "Le testament du Docteur Mabuse", charge féroce contre le pouvoir, que Goebbels fera interdire, ce qui ne l'empêchera pas, par un de ces caprices  qui lui étaient habituels, de proposer à l'auteur de diriger l'industrie cinématographique allemande. Méfiant à juste titre, Lang fuira l'Allemagne dès le lendemain de cette proposition. Il passera par Paris le temps de tourner "Liliom", puis gagnera les Etats-Unis. Il est vrai que durant sa période allemande, ce cinéaste, élégant et réfractaire aux classifications, se nourrissait volontiers du métissage des références, d'où des divergences d'interprétation et des malentendus dont seront victimes plusieurs de ses films, auxquels certains reprocheront la dimension héroïque qui sut séduire un moment les nazis. Dans "Les espions", "Métropolis", la vision pessimiste de l'avenir entretient le doute sur la supériorité des représentants de l'ordre et de l'autorité. Et l'on sait que la conclusion de "Métropolis", récit humaniste et compassionnel, propose une réconciliation entre dominants et dominés.

 

Emigré aux Etats-Unis, Lang - qui s'est fait naturaliser américain -  va dès lors porter à l'écran les idéaux démocratiques de son pays d'adoption et réaliser des films de genres divers : guerre (Guérillas), espionnage (Espions sur la Tamise), enquête policière (La femme au gardénia), thriller (Chasse à l'homme), en veillant à éviter tout stéréotype. Il est également séduit par l'éthique du western, dont il transforme les archétypes en sagas à l'ancienne (Le retour de Frank James), bien que "L'ange des maudits" (1952) échappe à toute classification. "La Rue rouge" (Scarlet street), étude clinique des rapports amoureux, sera un remake de "La chienne" de Jean Renoir, transformée en odyssée de la culpabilité, un thème récurrent chez Lang, ainsi que ceux de la vengeance et de la volonté de puissance qui trouvent leurs fondements dans les machinations des hommes et les ressources de la psychanalyse (Le secret derrière la porte). Dans ce dernier long métrage, il exprime métaphoriquement les rapports de domination et de soumission, le vertige qui vous saisit devant le vide et le passage inquiétant entre deux niveaux de conscience. "L'invraisemblable vérité", l'un de ses rares films en couleurs, renonce, quant à lui, à tout effet visuel pour atteindre une forme d'abstraction, l'abondance des péripéties et des retournements de situations contrastant avec la réduction des valeurs plastiques. Mais quand il sort en 1956, Fritz Lang est las. Les projets qu'on lui propose ne l'enthousiasment pas et ses mauvais rapports avec Bert Friedlob n'ont fait que s'ajouter aux nombreux conflits qu'il a eus avec ses producteurs précédents. Aussi quitte-t-il Hollywood pour revenir en Allemagne et y réaliser, pour le producteur Arthur Brauner, une oeuvre en deux parties : "Le tigre du Bengale" et  "Le tombeau hindou". Avec ce diptyque, Lang renoue avec son goût du mythe. Malgré une intrigue peu convaincante, il peaufine la forme, retrouve l'expressivité du cinéma muet et joue avec des couleurs apaisées, tout en attardant sa caméra sur la surface lisse des marbres, le corps sensuel de Debra Paget et les innombrables détours des labyrinthes, où il peut donner libre cours à son sens de l'architecture. L'architecture sera également présente dans "Le diabolique docteur Mabuse" avec l'hôtel Louxor, ses corridors sans fin, ses ascenseurs, lieux de passage privilégiés où il arrive que des destins se croisent. Les mille yeux du docteur Mabuse - titre original du film - ne sont autres que les systèmes technologiques de surveillance qui permettent au disciple du docteur de contrôler ses futures victimes sans être vu. Lang n'a plus besoin de recourir à l'hypnose comme dans son film de 1922. C'est désormais la technique qui domine le monde et la télévision qui, bientôt, supplantera le cinéma. Ce film, comme les précédents, sera accueilli par une critique allemande presqu'unanimement hostile, et moins clémente encore à son égard que ne l'avait été, auparavant, la presse américaine, ce qui incitera le cinéaste à prendre sa retraite. Il est vrai que Lang ne s'était pas privé de faire en sorte de souligner, à dessein, l'amnésie de l'Allemagne contemporaine à l'égard du IIIe Reich et que cela n'avait pas plu à tout le monde. Mort à Hollywood le 2 août 1976, Lang aura sa revanche posthume, tant il va exercer une influence incontestable sur les cinéastes de la Nouvelle Vague et, plus précisément, sur des personnalités comme Godard, Rohmer et Rivette. Godard n'hésitera pas à dire qu'il fût un modèle, le seul père reconnu, le dinosaure avec lequel il pouvait dialoguer d'égal à égal, le grand aîné dont le style ne cessa de s'épurer de tout artifice jusqu'à atteindre ce que son jeune disciple appellera une "quasi-abstraction". Mais abstraction ou pas, Fritz Lang reste un témoin éclairé du XXe siècle. Son sens de l'espace, le lien étroit qu'il établit entre la complexité de ses personnages et un montage suscitant une tension narrative permanente, l'articulation qu'il se plaît à entretenir entre l'imprévisible et l'inéluctable expliquent pourquoi son oeuvre est de nos jours considérée comme l'une des plus puissantes du 7e Art.  

 

Pour prendre connaissance des critiques que j'ai consacrées à des films de Fritz Lang, comme  M le Maudit, cliquer sur le lien ci-dessous ( L'ange des maudits étant classé parmi les westerns et le cinéma américain ) :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

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22 décembre 2008 1 22 /12 /décembre /2008 11:10
ALAIN RESNAIS OU UN CINEMA DE LA MEMOIRE

                                                     

Alain Resnais,1922 -2014, laisse derrière lui une oeuvre d'une grande poésie et d'une inventivité qui le classent parmi les réalisateurs incontournables du cinéma français. Son film L'année dernière à Marienbad compte parmi mes films préférés. Extrêmement subtil, le cinéaste aimait retrouver une vision des choses authentique, posant sur chacune d'elles un regard qui savait encore s'émerveiller. Homme discret, voire secret, Alain Resnais appartenait à la génération de la Nouvelle Vague. Avec deux films aussi remarquables que  "Hiroshima mon amour" et  "L'année dernière à Marienbad",  il marque de son empreinte le cinéma français en proposant une confrontation du passé et du présent et en ébauchant une nouvelle structure du temps. Cette empreinte sera considérable. Breton de naissance (3 juin 1922), il est apparenté à Merlin l'enchanteur et sera, dès sa prime jeunesse, un lecteur éclairé d'une littérature où se côtoient Proust, la bande dessinée, les poètes en général et les classiques en particulier. Bachelier en 1939, il s'inscrit au cours de René Simon et fera partie, lors de la création de l'IDHEC en 1943, de la première promotion. Son service militaire en Allemagne terminé, il travaille à "Paris 1900" et réalise "L'alcool tue" avec Remo Forlani, courts métrages où il fait ses gammes et devient un des auteurs les plus originaux du genre. Son "Van Gogh" tourné en 1948 est immédiatement remarqué comme une oeuvre riche de promesses. Primé à Venise, ce film obtient un Oscar à Hollywood. "Gauguin" en 1950 sera moins réussi, alors que "Guernica", sur un texte de Paul Eluard, est un authentique chef-d'oeuvre et obtient le Prix du film d'Art au Festival de Punta del Este. Conscient de maîtriser son écriture cinématographique, Resnais met en chantier plusieurs projets dont "Moderato Cantabile" d'après Duras, "Pierrot mon ami" d'après Queneau et "Les mauvais coups" d'après Roger Vailland. Avec "Nuit et brouillard", il aspire à toucher un public plus large et recule les limites de ce que l'on croyait réalisable, en s'efforçant de trouver les formes adaptées à la transmission de l'intransmissible : les camps de la mort. Avec Jean Cayrol, le cinéaste a rencontré le partenaire inespéré, car rescapé de Mauthausen et soucieux lui-même "non de fuir, mais de trouver le lieu et la formule". "Nuit et brouillard"  obtint le prix Vigo 1956 et son audience n'a pas cessé, depuis lors, de se renouveler. Avec "Hiroshima mon amour", qui confirme la modernité de son auteur par son lyrisme incantatoire, vient le temps des longs métrages qui permettront à Resnais, déjà très apprécié et de faire une entrée fracassante dans l'histoire du 7e Art. Cela, grâce à une conception personnelle du montage et du récit, où s'opposent et se complètent les moments-clés de deux vies hypothéquées par l'Histoire. Le scénario, signé Marguerite Duras, situe d'emblée le film dans une nouvelle problématique romanesque. Ce recours aux écrivains en quête de voies nouvelles valut au réalisateur la réputation ambiguë de cinéaste littéraire, alors même que ce recours remonte aux origines du cinéma. Nombreux furent les metteurs en scène qui se sont inspirés de textes de grands auteurs et les ont adaptés selon leur propre sensibilité avec plus ou moins de bonheur. Mais la démarche de Resnais s'effectue en faisant appel à un autre processus qui vise à modifier le statut du texte écrit. Ce qu'on a englobé sous l'appellation "Nouveau roman" s'inscrit dans un engagement partagé par l'écrivain et le cinéaste de recourir à une narration objective. Ce n'est donc pas une simple transposition qui s'effectue entre eux mais une autre forme de lecture qui s'impose selon des lois qui lui sont propres et où s'ajoutent des éléments comme la musique, le son, les timbres de voix, créant un texte polymorphe. Aussi n'est-ce pas un hasard si Resnais apparaît dans l'Histoire du Cinéma comme quelqu'un qui remet en cause le romanesque traditionnel. "L'année dernière à Marienbad" en 1961 se fera avec la complicité d'Alain Robbe-Grillet (scénario et dialogues) et remportera le Lion d'or à la Biennale de Venise, récompense méritée pour un film que je considère comme l'un des plus beaux du cinéma français. Une histoire simple qui se dérobe, fuit, glisse, échappe et se refuse à l'élucidation critique, où le temps lui-même se soucie très peu du calendrier et où les souvenirs, les rêves, les désirs, viennent à tous moments brouiller les cartes d'un jeu onirique et ouvrir la voie à un ressassement sans fin. Jean-Louis Leutrat écrira à ce propos que l'on retrouve dans ce film labyrinthe "une filiation avec la tradition poétique qui, du Moyen-Age à Julien Gracq, en passant par les romantiques allemands, a su exprimer la magie nocturne et les rencontres somnanbuliques ; la charge érotique des paysages insolites solitaires et fantomatiques ; silencieux et muets comme des après-midi éblouis de soleil ou des minuits ténébreux traversés d'astres froids ".


"Muriel" (1963), sur un texte de Jean Cayrol, ne recueillera qu'un piètre succès et sera suivi de "La guerre est finie" (1966), avec la collaboration de Jorge Semprun (scénario et dialogues) et l'interprétation d'Yves Montand, alors que "Je t'aime, je t'aime" (1968) sortira dans un contexte peu favorable. En effet, la dissection de l'imaginaire, de l'inconscient et des rêves coïncidait mal avec la confusion idéologique d'une période de crise.  En 1980, "Mon oncle d'Amérique" obtient, quant à lui, le Prix spécial du Jury au Festival de Cannes et un succès inespéré auprès du public. Ce film, ainsi que "Providence" et "La vie est un roman" sont trois variations sur les rapports entre la théorie et la fantaisie, la réflexion et l'imagination, la comédie et le drame. En 1984, "L'amour à mort" sera à son tour présenté à Venise et s'articule autour de l'idée que mourir d'amour peut arriver à n'importe qui. "L'amour jusqu'à la mort, l'amour est plus fort que la mort ou l'amour est si fort qu'il peut conduire à la mort"- dira son auteur lors de la présentation à la Biennale de Venise. Ici les références au Dreyer de "Ordet" ou au Bergman des "Communiants" sont évidentes ; elles confrontent la vérité de la Parole (ou du Verbe) à celle de la chair, comme pour en mieux signifier le divorce ou le malentendu. Pour Resnais, l'agnostique, la conscience de la mort est la seule voie grâce à laquelle l'homme et la femme peuvent imaginer le bonheur et l'amour. "Mélo", en 1986, est construit selon un schéma assez proche de celui de "L'année dernière à Marienbad", mais reste dans le registre du théâtre filmé et n'a nullement l'ampleur du précédent. Néanmoins, le film dépasse de loin le simple exercice de virtuosité et débouche, comme toujours chez Resnais, sur une réflexion intelligente à propos du langage parlé et de l'amour à l'épreuve du mal, qui permet de distinguer entre ce qui relève de l'aventure frivole et du véritable sentiment. Parmi les dernières réalisations du cinéaste, "On connait la chanson", est une brillante variation sur la chanson populaire, où se mêlent un jeu de références et une comédie sur l'image de soi, alors que "Smoking No Smoking" met en scène celui des apparences et est adapté d'un cycle théâtral réputé injouable de l'anglais Alan Ayckbourn. Virtuose du montage, paradoxal et inclassable, Resnais a réalisé une filmographie qui frappe par son exigence, son originalité, sa force, sa poésie, son charme lancinant et s'organise autour de deux pôles, l'amour et la mort, éminemment attractifs, qui ont pour vocation d'affirmer la prééminence de la vie, des émotions, des rêves et de s'octroyer le pouvoir de recourir au mythe constitutif de notre propre sensibilité culturelle : celui magique et envoûtant d'Orphée. A 90 ans, le jeune homme avait proposé son avant dernier opus "Vous n'avez encore rien vu", tout un programme que le public avait accueilli mollement et, alors qu'il vient de s'éloigner, un ultime film va nous le rendre éternellement vivant et nous prouver que s'il quitte le cinéma, le cinéma ne le quitte pas.


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ALAIN RESNAIS OU UN CINEMA DE LA MEMOIRE
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12 octobre 2008 7 12 /10 /octobre /2008 08:05

                  

Après avoir été l'auteur de plusieurs courts métrages, Jacques Demy, qui avait reçu une formation de technicien et était passé par l'école des Beaux-Arts, réalise son premier long métrage en 1960. Tourné à Nantes et dédié à Max Ophüls, "Lola" est l'un des films les plus beaux de la Nouvelle Vague, grâce à la photographie lumineuse de Raoul Coutard et à la musique radieuse de Michel Legrand, film où s'enlacent les destins de plusieurs personnages autour de la séduisante Lola (Anouk Aimée). L'année suivante, Demy s'attaque à  La baie des anges, descente dans l'enfer du jeu autour de la personnalité ambiguë et volontiers perverse de Jeanne Moreau qui ne connaîtra pas le même succès que le précédent. En 1964, "Les parapluies de Cherbourg", dont les dialogues sont chantés, surprend et enthousiasme par son harmonie et son efficacité émotionnelle. Demy y traite des choses sur lesquelles le temps a le plus de prise : les sentiments et les gens fragiles. Aucun autre de ses films n'obtiendra un accueil aussi chaleureux et autant de récompenses (Prix Louis Delluc, Palme d'or à Cannes, nomination aux Oscars). L'enchantement tenait pour une grande part à la musique de Michel Legrand, à la beauté d'une débutante délicieuse Catherine Deneuve, à l'irréversibilité des événements. Et la chance voulut que cet enchantement soit encore présent dans "Les demoiselle de Rochefort", film où Demy réalise son rêve d'une vraie comédie musicale à l'américaine avec tous les ingrédients : scènes chantées et dansées, comédie, romance, couleurs chatoyantes et distribution éclatante avec, aux côtés de Catherine Deneuve et Françoise Dorléac, deux danseurs américains de renommée internationale : George Chakiris, l'un des héros de "West Side Story" et Gene Kelly, l'inoubliable vedette de "Chantons sous la pluie" et  d'"Un américain à Paris". Avec ce dernier opus, Demy poursuivait un thème qui lui était cher : le couple idéal réuni par le hasard.

 

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Désormais, au sommet de sa réputation, le cinéaste peut augurer d'une suite de carrière confortable. Or, il n'en sera rien.  "Model shop" (1968), réalisé aux Etats-Unis, semble préfigurer une suite à "Lola", avec quelque chose d'une réflexion plus amère, dans la lignée de La baie des anges. Mais le film, mal distribué, sera un échec. Revenu en France, Demy tourne  "Peau d'âne" (1970) avec son actrice fétiche Catherine Deneuve, un conte plein de charme et de poésie qui, à la façon de Cocteau, joue sur deux tableaux : d'un côté fable pour enfants, de l'autre variation polissonne, qui saura captiver le public. L'année suivante, il entreprend un nouvel opus avec  "Le joueur de flûte"  (1972), beau film inspiré par la légende d'un charmeur de rats, interprété par le chanteur Donovan, où il cerne métaphoriquement le rôle de l'artiste face aux compromissions des hommes. Mais, pour des raisons obscures, ce film ne bénéficiera que d'une diffusion confidentielle et les années 60 se révèleront très difficiles pour le réalisateur. Après l'insuccès d'une comédie à demi réussie "L'événement le plus important depuis que l'homme a marché sur la lune", Demy doit accepter de travailler à deux oeuvres de commande, dont le résultat, sans être indigne de son talent, ne recueillera pas l'audience souhaitée : "Lady Oscar" (1978), adaptation raffinée d'un roman feuilleton historique qui se déroule dans le décor naturel du château de Versailles et "La naissance du jour" (1980) d'après Colette, destiné à la télévision. En 1982, il revient à Nantes et se consacre à un ancien projet "Une chambre en ville" (1982). Cette histoire d'amour tragique sur fond de lutte des classes intégralement chantée (musique de Michel Colombien) sera un terrible échec commercial, malgré le soutien unanime de la critique. "Parking"  (1985), variation sur le mythe d'Orphée souffrira, quant à lui, d'un casting contestable et, le vent ayant tourné, le public versatile se détachera de celui qui l'avait tant de fois enchanté. Avec "Trois places pour le 26" (1988), il met en scène son dernier long métrage auprès d'un Yves Montand au faîte de sa carrière et ce film, malgré ses qualités musicales, ne suscitera qu'un succès d'estime. Sachant sa mort prochaine, sa femme Agnès Varda lui consacre un émouvant hommage avec Jacquot de Nantes, histoire de sa jeunesse et de sa passion pour le cinéma et la musique. Il décédera quinze jours après la fin du tournage le 27 octobre 1990 du sida, à l'âge de 59 ans.
 


Pour consulter les critiques des films du cinéaste, cliquer sur leurs titres :

 

PEAU D'ANE de JACQUES DEMY             LOLA de Jacques DEMY      

 

LES DEMOISELLES DE ROCHEFORT de JACQUES DEMY

 

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9 octobre 2008 4 09 /10 /octobre /2008 07:52
DAVID LYNCH

                                                       

Difficile de brosser en quelques lignes le portrait d'un homme qui est encore en pleine activité créatrice, sinon de l'écouter parler de lui-même, de ses projets, de ses aspirations, de ses doutes, de ses enthousiasmes, de ses craintes aussi. Comment se voit-il, comment évolue-t-il ? Ce qui est intéressant d'ailleurs avec les films de David Lynch, c'est que contrairement aux Ch'tis, ils ne font pas l'unanimité. Alors comment vit-il ces contestations permanentes ? Certains, après avoir vu "Inland Empire" (2006) se sont inquiétés du taux de drogue que ce dernier avait dû absorber pour avoir une semblable écriture cinématographique ; des cyniques ont proposé que ses oeuvres soient sponsorisées par l'Institut national du sommeil et de la vigilance, alors que les inconditionnels - et ils sont tout de même nombreux - ne manquent pas de tomber en pâmoison à la simple évocation du maître. C'est dire à quel point ce cinéaste est contesté. Du surréaliste "Eraserhead" (1978), son premier long métrage en noir et blanc oppressant, à l'envoûtant "Lost Highway" (1997) ou à l'incantatoire "Mulholland Drive" (2001), en passant par ses productions musicales "Blue Bob" (2002) et "Elephant Man" (1980) où il se confirme comme le peintre des marginaux et des "monstres", David Lynch ne cesse de surprendre,  de dérouter, fasciner et troubler par son oeuvre fantasmée, volontiers construite sur des énigme et qui donnent au moins une idée de la subtilité et de la sensibilité de leur auteur. Et il déroute d'autant plus qu'il privilégie la force de mystère et l'abstraction et montre peu d'empressement dès qu'il s'agit de répondre aux interviews et d'apporter quelques éclaircissements sur son travail.  

 

Aussi est-il impératif de l'écouter lorsqu'exceptionnellement il lève un coin du voile à travers un livre qui oscille entre autobiographie et recueil de pensées : Mon histoire vraie aux éditions Sonatine. De cet ouvrage, il ressort que l'auteur de Twin Peaks est un homme (presque) normal, certainement peu banal qui a étudié aux Beaux-Arts et est resté marqué par cette formation. La preuve en est que, malgré ses oeuvres hantées de meurtres et peuplées de schizophrènes délirants, Lynch ne se considère ni comme un psychopathe, ni comme un maniaco-dépressif. Il est équilibré, écrit-il, ne se drogue que de café et reste émerveillé par les innombrables surprises que la vie ne cesse de nous réserver. S'il nous conte, à travers ses longs métrages, des histoires sombres, c'est simplement parce qu'elles reflètent notre monde qui, contrairement à l'enfer, n'est pas toujours pavé de bonnes intentions...D'ailleurs lui-même pratique assidûment la méditation transcendantale, afin de conserver sa sérénité et sa créativité. En définitive, il n'est jamais qu'un observateur sans concession d'un monde passionnant mais un peu fou. On apprend aussi, en poursuivant la lecture de ce livre, que ses idées poétiques et dérangeantes ne lui sont pas inspirées par ses cauchemars  mais, et je le cite : "qu'elles sont comme des poissons. Les petits sont proches de la surface de l'eau, et les gros...plus beaux, plus purs - nagent en profondeur. Plus votre conscience s'élargit, plus vous plongez loin et trouvez de gros poissons". Vous l'aurez compris, la méditation transcendantale a encore frappé. "Moi" - poursuit-il - "j'utilise cette technique pour attraper des poissons-idées de cinéma, mais il existe toutes sortes de poissons-idées : pour le design, l'informatique, le commerce. Je n'ai pratiquement jamais tiré d'idées de mes rêves. Les poissons, pensez aux poissons". Nous voilà avertis et désillusionnés, tant nous aspirions à un créateur un peu plus déjanté. Il n'en est rien. Remisons notre mythe au grenier. Par contre Lynch admet être un rock'n'roller amoureux de la musique, mais pas un vrai musicien :  "Je tiens avant tout à être libre de faire un film comme je l'entends, de A à Z. Si d'autres personnes s'en mêlent, le projet n'est pas cohérent et devient un échec, comme de fut le cas pour Dune." Lui-même est attristé par les formules qui régissent le cinéma aujourd'hui : "Si vous voulez faire quelque chose, faites-le ! Conservez votre propre voix, et cassez les codes ! Il n'y a pas de règles en art."

 

Contrairement à ce qui avait été dit ici et là, David Lynch ne travaille pas à une suite de "Twin Peaks", ni à une adaptation de "La métamorphose" de Kafka ou du "Lolita" de Nabokov, même si ces derniers projets lui trottent dans la tête. Pour le moment, il se concentre sur la peinture, de nouvelles photos et sa musique. Ainsi que sur un documentaire de la tournée mondiale qu'il a effectuée pour promouvoir la méditation transcendantale. Quant à sa prochaine réalisation, soyons patients, Lynch n'est pas homme à se séparer longtemps de sa caméra. Grand créateur de sortilèges visuels et sonores, il réussit toujours à fasciner son public grâce à une oeuvre fluide et souvent émouvante, avec une imagerie à double face qui ne dédaigne pas de débusquer les nuances de l'ombre et renvoie en permanence à une réflexion sur le cinéma et ses possibles et l'exhibition des apparences. Lynch a toujours enchanté par son sens du mystère.

 

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  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

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