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27 mai 2008 2 27 /05 /mai /2008 12:43
SYDNEY POLLACK

 
Sydney Pollack, qui s'est éteint le 26 mai 2008 des suites d'un cancer, fut l'un des cinéastes les plus marquants de l'après-guerre, avec des films comme  "On achève bien les chevaux",  "Les trois jours du Condor". Amoureux des acteurs, des actrices, du jeu, le cinéma était sa vie et il sut l'aimer aussi bien devant que derrière la caméra, ne se contentant pas d'endosser la casquette de metteur en scène, mais y associant une carrière d'acteur et de producteur. Né aux Etats-Unis en 1934 de parents immigrés juifs, il s'était fait connaître du grand public grâce à son interprétation aux côtés de  Robert Redford  dans  "La guerre est aussi une chasse"  en 1962. Trois ans plus tard, il était devenu metteur en scène et signait  "Trente minutes de sursis", drame intimiste, avant de trouver définitivement son style avec  "Propriété interdite" (1966), élégie romantique inspirée d'une pièce de Tennessee Williams. Recherche du temps perdu et quête d'une Amérique disparue s'y confondent dans une égale nostalgie de l'innocence. Thème magnifique que l'on retrouvera dans  "Jeremiah Johnson" (1971), où l'on voit un homme quitter la civilisation et tenter de revenir à la vie sauvage sans que son expérience soit concluante, car on ne fuit pas impunément la réalité.


Ce sera ensuite "On achève bien les chevaux", tiré d'un ouvrage de Horace McCoy où l'on assiste, durant la terrible dépression de 1932, à un marathon de danse mis sur pied par des organisateurs peu scrupuleux, à l'intention d'un public avide de voir des couples, en mal d'argent, entrer en compétition jusqu'à l'épuisement Optant pour l'unité de lieu, Pollack choisit de circonscrire l'action sur la piste de danse et les vestiaires, afin de créer une atmosphère d'enfermement, particulièrement efficace. Par ailleurs, il enrichit son narratif d'un aspect métaphorique en ayant recours à des images pleines de symboles, comme ce cheval qui galope dans la plaine avant de s'abattre dans l'herbe. Enfin, il réussit parfaitement à rendre palpable l'épuisement des malheureux danseurs, les mâchoires crispées, ivres de fatigue et luttant désespérément contre le sommeil. Admirablement interprété par Jane Fonda et Michael Sarrazin, ce film eut un grand retentissement et prouve combien l'auteur sut jouer sur des registres divers et varier les thèmes de ses réalisations. C'est à l'âge d'or du cinéma romanesque que Pollack se réfère lorsqu'il constate que  "peu de choses expriment la vérité autant que les mensonges". Entendons-là, par mensonge, vérité seconde de l'artifice et de la stylisation, vérité supérieure de la métaphore et du symbole. Et il est vrai que la sympathie du cinéaste va spontanément à l'amateur qui méconnaît les règles du jeu, à l'ingénu pris au piège de machinations ténébreuses, à l'individu arraché à sa quiétude de rêveur. Humaniste libéral, il s'est attaché aux êtres plus qu'aux idées et aux sentiments davantage qu'aux idéologies. Dans "Tootsie" (1982), par exemple, il introduit une réflexion lucide sur l'identité et ses avatars dans les relations affectives et sociales. Dustin Hoffman y campe, de façon irrésistible, un comédien trop exigeant qui ne rencontre la gloire que grâce à la supercherie : il se travestit en femme et obtient aussitôt le rôle principal dans une série télévisée. Aussi ne peut-on reprocher à Pollack, en prenant connaissance de sa filmographie, d'avoir dévié de sa trajectoire, empreinte de mélancolie et d'un profond humanisme, faisant en sorte d'allier harmonieusement conscience et romanesque. Ce sera le cas avec  "Havana", où il se livre à une véritable réflexion politique sur la révolution cubaine. Plus tard,  il connaîtra la gloire avec  "Out of Africa", le film aux sept Oscars, où il nous dépeint magnifiquement les paysages du Kenya. On retrouve dans cette oeuvre accomplie le charme suranné des vieux films africains, mais le cinéaste sut déjouer les pièges et introduire une incontestable modernité dans son histoire. En nous quittant, il laisse derrière lui une filmographie exemplaire, qui pose sur les hommes un regard aigu mais toujours empreint de compassion et de tendresse. Sans nul doute, il ne fut pas dupe des dangers et erreurs qui menacent notre époque, mais a contribué à hisser le 7e Art vers l'excellence.

 

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28 mars 2008 5 28 /03 /mars /2008 10:42
CLINT EASTWOOD - PORTRAIT

                                                              

Un nom qui signe une carrière prolifique et bénéficie d'une aura internationale, qui se conjugue aussi bien sur le plan de l'interprétation que de la réalisation de films. Né le 31 mai 1930 à San Francisco, Clint Eastwood fit son apprentissage d'acteur à la  firme Universal avec laquelle il signa l'un des derniers contrats de salarié proposé par les studios. Alors qu'il semble confiné dans les seconds rôles et des séries comme Rawhide, Sergio Leone va lui donner l'occasion de révéler son talent d'interprète en le faisant tourner successivement dans trois longs métrages : "Pour une poignée de dollars" (1964),  "Et pour quelques dollars de plus " (1965) et surtout dans  "Le bon, la brute et le truand" (1966), le chef-d'oeuvre que l'on sait. De retour aux Etats-Unis, Clint va fonder sa propre société, Malpaso, et entamer une fructueuse association avec Don Siegel, d'où sortiront notamment "Les proies" (1970) et le premier volet de la saga de l'inspecteur Harry. C'est en 1971, après trois collaborations fructueuses avec Siegel, que Eastwood décide de faire cavalier seul en tournant son premier film "Un frisson dans la nuit", où il démontre un incontestable talent pour la mise en scène épurée et terriblement efficace. Grâce à la réussite de la série de l'Inspecteur Harry, créée conjointement avec Siegel, qui a eu le mérite de le propulser au hit-parade du Box-Office au même niveau qu'un Robert Redford et un Al Pacino, Clint a désormais les moyens de financer des projets plus personnels, des films en demi-teinte souvent emplis d'émotion. Un auteur est né dont les capacités ne vont cesser de s'affirmer, réalisant une oeuvre où il analyse cliniquement l'Amérique en diversifiant les genres : drame, polar, western, film noir. Le réalisateur sait habilement utiliser tous les outils mis à sa disposition pour offrir sa propre vision de la société : des services de santé à la conquête spatiale, de la corruption politique à l'homosexualité, jetant un regard toujours humain, mais sans complaisance, sur les problèmes qui se posent à son pays. Rien ne laisse indifférent cet esprit curieux, qui veille à se forger sa propre opinion et à ne pas se laisser influencer par les modes. Certains critiques verront en lui un héritier de John Ford et salueront ce fils spirituel des grands maîtres de l'âge d'or d'Hollywood.
 


En 1992, il obtient l'Oscar du meilleur film et du meilleur réalisateur pour "Impitoyable" (Unforgiven), western sombre dédié à Don Siegel et Sergio Leone, ses deux pygmalions. Grand film que celui-ci sur la violence et la rédemption qui clôt définitivement le genre et semble achever une époque de sa propre vie. En effet, dans les films qui vont suivre, il semble que Clint prenne du recul et de la hauteur et cède à une inspiration plus apaisée, nous peignant des héros qui, en avançant en âge, ont opté pour la sagesse, sans être pour autant fades ou conventionnels. Ce sera, entre autre, la magnifique réalisation de "Sur la route de Madison" (1994), l'une des plus belles histoires d'amour portée à l'écran, avec une finesse et une sensibilité rares. Tout en retenue, en regards et frôlements, Clint face à Meryl Streep  nous dévoile une passion mâture d'une poignante intensité. Ainsi en une vingtaine d'oeuvres, ce soi-disant réactionnaire aura tout abordé, du plaidoyer contre la peine de mort "Jugé coupable" aux préjugés dont souffre un riche homosexuel "Minuit dans le jardin du bien et du mal " jusqu'aux frasques sexuelles d'un président  "Les pleins pouvoirs", il analyse avec intelligence et acuité les symptômes propres à une civilisation en train de traverser de dangereuses turbulences, dessinant un portrait réaliste de son pays, sans se laisser aller au défaitisme. Car si Clint redoute l'opinion de masse, il garde confiance dans les contre-pouvoirs et fait passer sur l'écran un souffle puissant inspiré de son idéal et de sa conviction qu'il y a toujours un sursaut possible pour retrouver les valeurs basiques et construire plutôt que détruire. En 2003, "Mystic River", intrigue puissante à la texture complexe s'accompagne d'une réalisation classique et épurée qui fait de cet opus l'un de ses meilleurs films, de même  que "Million Dollar Baby", deux ans plus tard, lui mérite une nouvelle consécration en remportant, douze ans après "Impitoyable", l'Oscar du meilleur film et du meilleur réalisateur, tandis que Hilary Swank, son personnage central, repart avec la statuette de la meilleure actrice et Morgan Freeman celle du meilleur second rôle masculin. 
 
              


Acteur et réalisateur de premier plan, Clint Eastwood jouit aujourd'hui d'un statut particulier dans l'univers cinématographique, celui d'un homme fort et humain, d'un conteur hors pair qui sait mieux que quiconque mettre son talent exigeant au service de thèmes graves et actuels, tous abordés avec la même audace et le même souci d'impartialité, composant une belle oeuvre de réflexion sur les grandeurs et misères de notre temps. Il incarne d'autre part, à la perfection, ce qu'un certain cinéma hollywoodien est en mesure de faire : mise en scène dynamique, gravité du propos sous l'apparence d'une production de genre à la finalité spectaculaire. Son dernier opus " American sniper", qui crée polémique, compte déjà comme un des films marquants de l'année 2015 et fait salles combles aux Etast-Unis. Bien qu'âgé de 85 ans, Eastwood regarde toujours notre monde avec la soif inassouvie d'en déchiffrer la complexité profonde.

 

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23 mars 2007 5 23 /03 /mars /2007 10:44
JACQUES TATI OU LE BURLESQUE REVISITE

                       

Voilà qu'apparaît dans ce cinéma des années 50/60 qui tend à se scléroser un franc-tireur, un inventeur, un acteur comique formé à l'école du mime et du music-hall, admiré de Colette dès 1931, dont le nom est Jacques Tatischeff dit Tati, réalisateur de plusieurs courts métrages et que "Jour de fête" , en 1947, va révéler au public de façon éclatante. "Jour de fête" est son premier long métrage, tourné en extérieur à Sainte-Sévère dans l'Indre. Bien entendu, les producteurs avaient refusé le projet et le film dut être monté en coopérative, grâce à l'appui financier de Fred Orain. L'histoire est toute simple : un village se prépare à sa fête annuelle et les forains commencent à installer leurs stands et leurs manèges. François, le facteur, moustachu et dégingandé, fait sa tournée habituelle sur son vieux vélo - modèle peugeot 1911. Mais celui-ci, après avoir assisté à la projection d'un documentaire sur le service postal aux Etats-Unis, s'est laissé convaincre par quelques farceurs de mettre à profit, pour lui-même, l'efficacité de ces méthodes modernes. Le facteur, qui ne doute de rien, va donc s'y employer dans la mesure de ses moyens et exécuter une tournée-distribution de courrier ultra rapide à l'américaine, bourrée de gags inattendus et d'une efficacité remarquable - créant des situations comiques du meilleur effet, cela dans une atmosphère sonore qui souligne l'image sans la perturber, l'auteur sachant utiliser au mieux un cinéma visuel et non bavard, comme le faisait si bien Charlie Chaplin au temps du muet. Le film terminé, Jacques Tati ne trouve pas  de distributeur et lorsque celui-ci sort enfin en 1949, l'accueil enthousiaste qu'il recueille fait prendre conscience aux producteurs français que le public a mis moins de temps qu'eux à reconnaître le talent du cinéaste et de l'acteur. "Jour de fête" sera d'ailleurs couronné par le Prix du meilleur scénario à la Mostra de Venise et l'année suivante du Grand Prix du Cinéma français. Ce n'est pas le moindre paradoxe. Fort de ce succès, Tati va créer le personnage de Monsieur Hulot, autre silhouette dégingandée mais, cette fois, sans moustache, personnage qui pourrait être le cousin citadin du facteur François, silhouette qui deviendra familière avec son pantalon de toile blanche, son chapeau cabossé, ses chaussettes rayées et ses chaussures de tennis, auxquels s'ajoutera assez fréquemment une pipe. Monsieur Hulot est entré dans notre paysage de cinéphile à bord de sa voiture pétaradante et n'en sortira plus. Dans ce second film "Les Vacances de monsieur Hulot" (1953), on partage avec cet ami extravagant deux semaines de vacances sur une plage bretonne proche de Saint-Nazaire, où nous le voyons semer le trouble par ses maladresses, ses fantaisies, ses manières d'hurluberlu parmi la clientèle de l'hôtel où il séjourne, avec un irrésistible plaisir. Tati a su saisir le rituel des vacanciers et les attitudes estivales de la classe moyenne, à l'heure où notre société entre dans l'ère de la consommation de masse. De cette observation aiguë va naître une poésie du quotidien profondément intelligente, servie par une grande liberté d'écriture qui préfigure déjà ce que sera, quelques années plus tard, la Nouvelle Vague, soucieuse de filmer en temps réel et sur le vif le monde contemporain. Hulot, l'innocent, l'optimiste, le fantaisiste, l'incorrigible gaffeur affirme son individualité à l'égard d'une société dont le conformisme est décapé sans méchanceté par des gags inénarrables.

 

                                                                                   
Aux vacances de Mr Hulot succède "Mon Oncle" (1958), tourné en couleurs. Hulot habite alors une maison tarabiscotée dans la banlieue parisienne en pleine rénovation, envahie de grues et de pelleteuses dans un bruit assourdissant. Célibataire, il est très attaché à son neveu qui habite avec ses parents une villa coquette d'un quartier résidentiel pourvue des derniers équipements et gadgets à la mode. Hulot vient souvent lui  rendre visite et se plait à emmener l'enfant se promener et se distraire. Il en profite pour lui faire découvrir un monde inhabituel, celui des terrains vagues, des jeux où entre une grande part d'imagination. Pour l'enfant, c'est tout bonnement l'apparition d'un univers inconnu où l'on s'accorde quelques permissions et quelques débordements et dont on revient avec les mains sales et les genoux écorchés, au grand dam des parents. En 1958, la France est à l'orée de ce que l'on appellera la société de consommation. Aussi,  pour créer un habitat plus conforme aux normes exigées par la vie moderne, commence-t-on à raser les immeubles insalubres. "Mon Oncle" a été tourné à Saint-Maur et son comique naît principalement du contraste entre le quartier huppé des nouveaux riches (auxquels appartiennent la soeur et le beau-frère de Mr Hulot) et les quartiers anciens, faits de bric et de broc, mais qui ont conservé leur chaleur villageoise. Au conformisme de la modernité s'oppose la poésie des terrains vagues, des chiens errants et du petit peuple de la France profonde. L'utilisation remarquable des sons, du langage, des gags empruntés à la réalité la plus immédiate font de "Mon Oncle", comme des "Vacances de monsieur Hulot", des chefs-d'oeuvre où se tissent étroitement satire du présent et nostalgie du passé. Du progrès, Tati prévoyait en visionnaire les effets déshumanisants et affirmait pour lui-même son inadaptation à une modernité sans âme, dont la jeunesse est la première à souffrir aujourd'hui. Le cinéaste défendait ainsi une certaine idée d'un bonheur paisible, fondé sur des relations humaines harmonieuses et faisait, pour nous en convaincre, exister un  univers conforme au rythme de l'homme.  
Après "Mon Oncle", il va travailler pendant des années à "Playtime", qui coûtera 15 millions de francs et construira, en studio, pour les besoins du film, le décor d'une ville ultra-moderne avec gratte-ciel et buildings industriels en verre et acier. Présenté pour les fêtes de fin d'année 1967, ce long métrage, sorte d'oeuvre testament, après un certain succès de curiosité, va être une catastrophe commerciale dont Tati ne se remettra jamais. Le public ne le suit guère dans les dédales de cette ville où les touristes cherchent vainement le Paris folklorique d'antan. Ce monde kafkaïen les égare, seul Hulot reste Hulot avec son imperméable, son parapluie et son chapeau, mais les disproportions entre ce nouveau monde et l'ancien désorientent complètement les spectateurs pas encore prêts à une anticipation qui les prend de cours. Décidément cette satire mécanique, uniforme et glaciale, déplait aux Français qui entendent, d'une part, goûter aux bienfaits de l'industrialisation et, d'autre part, ne comprennent pas que le cinéaste se soit à ce point endetté pour un film qui n'avait d'autre objectif que celui de les distraire. Tati s'en expliquera par la suite et procédera à des coupures, mais cela ne suffira pas à sauver ce monument incompris qui le ruinera. Truffaut lui écrira à ce propos : "C'est un film qui vient d'une autre planète où l'on tourne les films différemment. Playtime, c'est peut-être l'Europe de 1968 filmée par le premier cinéaste martien, "leur" Louis Lumière ! Alors il voit ce que l'on ne voit plus et il entend ce que l'on n'entend plus et filme autrement que nous". Les soucis pécuniaires et les désagréments qu'engendrera cette oeuvre titanesque, si mal perçue, assombriront les dernières années de vie de celui qui avait cru possible de faire entrer la parodie sur le grand écran pour contrefaire la réalité tragique de la vie, de façon à ce que le rire l'emporte sur l'inquiétude. Tati tournera encore "Trafic" en 1970 et "Parade" en 1974, mais le coeur n'y sera plus. Souvenons-nous que les génies ont toujours tort avant les autres et toujours raison après eux...Il meurt à Paris le 5 novembre 1982.

 

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JACQUES TATI OU LE BURLESQUE REVISITE
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12 mars 2007 1 12 /03 /mars /2007 14:11
ANDRE CAYATTE,UN CINEMA PLAIDOYER

                                                                                                                                                              
En cette époque de l'après-guerre, où des ministres communistes étaient entrés au gouvernement, les cinéastes de gauche s'attachèrent à un cinéma presque exclusivement consacré aux problèmes sociaux, comme ce fut le cas pour Le Chanois, Louis Daquin et Robert Menegoz, veillant à ce que la forme cinématographique soit au service du message, c'est-à-dire du sujet. Cette préoccupation se retrouve chez André Cayatte, qui ne se réclamera pas d'une idéologie de la vérité prolétarienne, ni du néo-réalisme, mais portera son combat sur des faits de société, les problèmes de la culpabilité et les rapports de l'individu avec le système judiciaire. Né en 1909, André Cayatte, licencié ès lettres et docteur en droit, fut d'abord avocat, journaliste, romancier, puis scénariste- dialoguiste sous l'Occupation. Il fait ses débuts de réalisateur avec "La fausse maîtresse" (1942), adaptation  libre d'une nouvelle de Balzac, qui sera suivie l'année suivante de "Au bonheur des dames" (1943), d'après Zola et de "Pierre et Jean" (1943) d'après Maupassant. En peu de temps, Cayatte devient un cinéaste populaire, dont les films, sans ambition, plaisent au public qui a besoin de se distraire en ces années difficiles. En 1947 avec "Le dessous des cartes", il produit une affabulation autour de la sombre affaire Stavisky, l'un des scandales politico-policiers de la IIIe République et prend un tournant en 1949 avec "Les Amants de Vérone", version modernisée du Roméo et Juliette de Shakespeare dans l'Italie de l'après-guerre, qui retrace l'histoire d'un amour contrarié par une famille bourgeoise décadente, épave du régime fasciste. Jacques Prévert avait participé à l'adaptation du scénario et écrit les dialogues. Tourné en Italie, on peut y voir une résurgence du réalisme poétique, où la pureté et l'idéalisme des deux héros, interprétés par Anouk Aimée et Serge Reggiani, seront sacrifiés par les forces sociales malfaisantes.

 

Avec "Justice est faite" (1950) s'ouvre la série de ses films à thèse qui va mériter à leur auteur la notoriété et est destinée à permettre au public de prendre conscience des imperfections de l'appareil judiciaire. L'histoire est celle d'une femme qui accepte de mettre fin aux jours de son amant atteint d'une maladie incurable, afin de lui éviter des souffrances inutiles et pose ainsi le problème de l'euthanasie dans les cas totalement désespérés. Le scénario écrit par Charles Spaak (comme le seront les suivants) se concentrait sur les événements déterminant la positions et le comportement des jurés, le film étant bel et bien construit et mené comme un mélodrame à rebondissements, chargé d'expliquer la difficulté de juger en son âme et conscience un acte criminel où entrent en jeu les sentiments et la morale. Le film fut certes critiqué, les uns considérant que Cayatte se comportait comme un redresseur de torts, mais personne ne put nier l'impact que le film ne manqua pas d'avoir sur les spectateurs, le cinéaste ayant le don des artifices dramatiques et des agencements romanesques. "Justice est faite" reçut d'ailleurs le grand Prix à la Mostra de Venise.  En 1952, Cayatte se remet à l'ouvrage et tourne "Nous sommes tous des assassins", vibrant plaidoyer contre la peine de mort. Le Guen, interprété par Mouloudji, après avoir participé à la Résistance, est devenu homme de main et continue, bien que la guerre soit terminée, à user de ses armes pour mener à bien ses crapuleuses actions. Il est jugé et condamné à mort et retrouve en prison trois autres détenus : le docteur Dutoit (Antoine Balpétré) qui a empoisonné sa femme mais le nie, Gino, le Corse, (Raymond Pellegrin) qui a abattu des opposants lors d'une vendetta et Bauchet (Julien Verdier), brute inculte, meurtrier de son propre enfant. Avant de monter à l'échafaud, chacun exposera son cas personnel et, derrière les crimes horribles, se feront jour le manque de racines familiales, la misère, l'ignorance, la promiscuité, car rien n'a changé sous le soleil. Sauf que la peine de mort a été abolie et, qu'en la matière, le film de Cayatte en fut le précurseur à grand renfort de scènes chocs qui produisirent l'effet recherché. Prix spécial du jury au Festival de Cannes, ce long métrage eut une influence considérable sur l'opinion publique. Même ceux qui lui reprochèrent son absence de style - c'est du cinéma oratoire illustré - écrivirent des critiques, hésitèrent à l'attaquer sur le plan des idées. En 1953, "Avant le déluge" sera encore plus contesté. Ce film décrivait avec exactitude la panique qui régnait dans certaines couches de la société à la perspective d'une troisième guerre mondiale et prenait pour intrigue un fait divers authentique : celui d'une bande d'adolescents qui, désirant fuir en Polynésie, n'hésitait pas à commettre des vols afin de se procurer l'argent nécessaire au voyage. Mais voilà qu'un soir, l'affaire avait mal tourné et que les jeunes, dans leur panique, avaient été jusqu'à abattre un gardien de nuit. Le thème, plus compliqué que le précédent, à cause de l'imbrication de plusieurs histoires dans l'histoire, mettait néanmoins en lumière, de façon intéressante, la grande peur suscitée par la guerre de Corée. L'objectif du film était d'étudier les problèmes d'une délinquance juvénile consécutifs au climat que faisaient régner la menace atomique et  la guerre froide. Or, dans le souci d'exonérer cette jeunesse d'une part de ses torts, le cinéaste en attribuait la responsabilité aux adultes, à l'égoïsme social et au manque d'éducation, cela jusqu'à la caricature. André Bazin publia dans Les Cahiers du Cinéma, un article qui fit autorité et dans lequel il déplorait un manichéisme outrancier. Les critiques, dans leur ensemble, estimaient que la représentation de la jeunesse et des adultes n'était pas conforme à la réalité et que le cinéaste avait chargé d'une noirceur excessive les personnages, par ailleurs admirablement interprétés par Bernard Blier, Isa Miranda, Paul Frankeur et Antoine Balpétré. Le film n'en remporta pas moins un succès de curiosité et, dans la foulée, Cayatte, en 1955, tourna Le dossier noir qui, une fois encore, mêlait dans un mélodrame habile les rapports de classe, l'étude des moeurs et le suspense psychologique, de manière à convaincre le public de la faiblesse et des tares de la Justice. Le réalisme théâtral, la réalisation emphatique eurent le don d'exacerber l'ironie de François Truffaut qui écrivit : " C'est une chance que Cayatte ne s'attaque pas à la littérature ; il serait capable à l'écran d'acquitter Julien Sorel ; Emma Bovary en serait quitte pour la préventive et le petit Twist irait se faire rééduquer à Savigny".

 

 
Est-ce cette presse offensive qui décida momentanément Cayatte à changer son fusil d'épaule ? Toujours est-il qu'en 1958, il offre au public un film émouvant, drame psychologique sur la transformation d'une femme laide par la chirurgie esthétique Le miroir à deux faces, où Bourvil, comme je l'ai écrit déjà, se révélait bouleversant au côté d'une Michèle Morgan belle et diaphane. Nous tenions là, selon moi, le meilleur Cayatte, sobre, efficace. On ne peut nier, par ailleurs, les bonnes intentions de ses autres films qui tous furent à l'origine de débats de société passionnants et rendirent sensibles des dossiers urgents qui, sans eux, auraient peut-être mis plus de temps à se solutionner. Mais le traitement cinématographique de Cayatte, violemment didactique, puis de  Yves Ciampi et de Ralph Habib qui lui emboîtèrent le pas,  reste malheureusement conforme aux critères commerciaux les plus avérés. Ce qu'il nous faut retenir de ce metteur en scène - il est vrai plus avocat que cinéaste - ce, malgré ses excès, c'est qu'il suivit toujours une pensée directrice et que, pour cette seule raison, il est un auteur du 7e Art. Il mourut à Paris le 6 février 1989, après avoir rédigé 6 romans et réalisé 35 films, dont le très touchant "Mourir d'aimer" (1970), inspiré lui aussi d'un fait divers, qui narrait l'histoire dramatique d'une jeune enseignante amoureuse de l'un de ses élèves et offrait à Annie Girardot, admirable dans ce personnage, l'un de ses rôles les plus poignants.



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ANDRE CAYATTE,UN CINEMA PLAIDOYER
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8 mars 2007 4 08 /03 /mars /2007 18:07
JEAN-PAUL LE CHANOIS ET LE REALISME SOCIAL

                 

Jean-Paul Le Chanois (1909 - 1985), né Dreyfus, prit le nom de jeune fille de sa mère, originaire de Bretagne, comme nom d'artiste. Licencié en droit et en philosophie, il commence des études de médecine, les abandonne, exerce divers métiers avant de devenir journaliste et de collaborer à La Revue du Cinéma, fondée par J.G Auriol. Animateur avec Jacques Prévert du Groupe Octobre (théâtre ouvrier), il dirige en 1933 la fédération du théâtre ouvrier de France. Assistant de Duvivier, Korda, Maurice Tourneur et Renoir, il réalise ensuite des documentaires pour le parti communiste, dont il est membre. Après quelques films commerciaux, il tourne en 1949 "L'école buissonnière" et en 1949 "La belle que voilà", deux succès commerciaux qui lui permettent d'entrer par la grande porte dans une profession qu'il exercera tour à tour comme scénariste, adaptateur, dialoguiste et réalisateur de plus d'une vingtaine de longs métrages. En 1951, "Sans laisser d'adresse", sur un scénario original d'Alex Joffé, témoigne d'une observation aiguë de la vie quotidienne et de l'ambiance qui régnait à Paris aux lendemains de la guerre. L'histoire est la suivante : chauffeur de taxi pendant un service de nuit, Emile Gauthier (Bernard Blier) charge à la gare de Lyon une jeune fille Thérèse Ravenaz  (Danièle Delorme). Elle recherche un journaliste qu'elle a aimé et dont elle a eu un bébé. Mais d'adresse en adresse, l'homme a brouillé les pistes. Le chauffeur de taxi se pique au jeu et accepte de transporter gracieusement cette jeune savoyarde visiblement pauvre et désemparée, qui a confié son enfant aux bons soins d'une assistante sociale à la gare de Lyon. Une journée dans le Paris de l'époque très joliment filmé, des détails vrais, pittoresques et intimes, des décors réels, une histoire simple mais vécue, Le Chanois annonçait déjà le ton qu'empruntera plus tard le Godard d'"A bout de souffle". Ce film, par son style et son esprit, est sans doute l'une de ses créations les plus réussies. La description d'un Paris populaire, avec la gentillesse et l'entraide des petites gens, exprime parfaitement les convictions de l'auteur, qui ne faisait nullement mystère de ses engagements politiques. Cette réalisation remporta un très grand succès. S'il faut en croire L'écran français de l'époque (devenu un hebdomadaire d'obédience communiste), il fut tiré à plus de mille exemplaires (copies) en URSS et reçut là-bas un accueil délirant. Une version américaine, situant l'histoire à New-York, fut réalisée en 1953 par Grégory Ratoff. Elle était intitulée "Taxi" et, à quelques détails près, respectait le scénario original. La veine dite néo-réaliste de Le Chanois se poursuivit l'année suivante (1952) avec "Agence matrimoniale", chronique sociale, où un employé de banque (Bernard Blier) recevait en héritage une agence, située place des Vosges à Paris. Quittant sa province pour régler cette affaire, il découvrait que ses futurs clients étaient tout aussi accablés que lui par la solitude et décidait de leur venir en aide.

                     

En 1954, s'éloignant un peu de ce cinéma très social, Le Chanois aborde la comédie de moeurs avec Papa, maman, la bonne et moi, où il réunit  une exceptionnelle brochette d'acteurs talentueux, dont Gaby Morlay, Fernand Ledoux, Nicole Courcel et un Robert Lamoureux plein de verve et d'entrain, sur des dialogues de Marcel Aymé et une musique rafraîchissante de Georges Van Parys. L'histoire est celle d'un fils qui, pour faire accepter sa fiancée à ses parents, la fait engager comme bonne. On imagine facilement ce que sera la suite. La petite bonne séduira toute la famille, bien entendu... Bien qu'un peu démodé aujourd'hui, le film a néanmoins gardé une part de son charme, tant il est un témoignage extraordinairement juste de la vie d'une famille petite bourgeoise dans le Paris des années 50, en même temps qu'un compte-rendu précis et réjouissant de l'existence quotidienne des français d'alors. Les prises de vue de Montmartre, les gags aux rebondissements cocasses, les travers des uns et des autres si bien rendus par des acteurs d'un grand professionnalisme, la bonne humeur contagieuse, l'intelligence des dialogues font de ce film, sans prétention, un morceau d'anthologie sur une époque bien ciblée de notre histoire. Une suite sera donnée à ce long métrage qui connaîtra un succès équivalent, tant le public prit plaisir à se reconnaître dans ces personnages bien de chez nous... Ce sera "Papa, maman, ma femme et moi" en 1955 avec les mêmes acteurs, le même scénariste et dialoguiste et toujours la charmante musique de Van Parys. Avec "Le Cas du docteur Laurent" en 1958, Le Chanois va servir une cause qui n'allait pas manquer de créer des remous dans l'opinion avant d'être pleinement acceptée : celle de l'accouchement sans douleur. Malgré la bonne réputation dont le cinéaste bénéficiait, les producteurs renâclèrent à soutenir le projet d'un tel film au sujet difficile, susceptible de créer des polémiques et d'être boudé par la critique. Mais l'acceptation de Gabin dans le rôle titre du docteur Laurent leva les dernières réticences. Ainsi Le Chanois obtint-il carte blanche pour tourner ce long métrage qui contribuera grandement à sensibiliser le public sur une méthode très vite adoptée par les hôpitaux et les cliniques. Le succès fut donc au rendez-vous comme pour les films précédents, Le Chanois ayant été un cinéaste populaire et apprécié.
 

La critique lui fut moins favorable. Nombreux seront ceux qui considéreront son oeuvre cinématographique comme médiocre, voire nulle, pour les raisons qu'elle jouait trop sur la corde sensible du public et se satisfaisait d'une mise en scène convenue. Il est vrai que Le Chanois n'a pas tenté d'innover ni sur le plan du style, ni sur celui de la mise en scène et du découpage. Il n'était ni Bresson dans l'épure, ni Ophuls dans la magnificence. C'était un bon artisan qui racontait agréablement des histoires. Son ambition n'allait guère au-delà. La Nouvelle Vague ne sera pas la dernière à le traiter de populiste. Cela est sans doute injuste de la part de certains d'entre eux qui s'inspirèrent de sa façon très libre de filmer sur le vif, à la façon d'un documentaire. Reconnaissons à Le Chanois le mérite d'avoir su décrire son époque dans sa réalité quotidienne, d'en avoir exprimé les peines et les difficultés avec une indéniable humanité. Il a servi cette réalité avec les moyens qui étaient les siens : un cinéma plus proche du témoignage que de l'oeuvre d'art.

 

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28 février 2007 3 28 /02 /février /2007 09:32
JACQUES BECKER OU UN CINEMA DU DESTIN

   

Jacques Becker (1906-1960) a été l'assistant, l'ami, le disciple de Jean Renoir, le père fondateur du cinéma moderne avec "La règle du jeu" (1939), vénéré des Cahiers du Cinéma et jamais remis en cause par les jeunes loups de la Nouvelle Vague. Il s'affirme, dès ses premières réalisations "Goupi Mains-Rouges" (1943) et "Falbalas" (1944), comme un peintre des moeurs, attentif à l'évolution et aux vicissitudes de son temps. Depuis la Libération, il a tourné "Antoine et Antoinette" (1947), chronique de l'existence quotidienne d'un jeune ménage d'ouvriers parisiens déstabilisé par la perte d'un billet gagnant de la loterie, puis "Rendez-vous de Juillet" (1949), autre chronique sur la génération de l'après-guerre, éprise de jazz et fréquentant les caves de Saint-Germain-des-Prés, qui reçut le prix Louis-Delluc ; ensuite "Edouard et Caroline" (1950), où l'on voyait se confronter, lors d'une folle nuit, un couple bohème et un petit cercle de salonnards, enfin il y aura en 1951 le chef-d'oeuvre de Becker "Casque d'or", drame d'amour chez les apaches et les filles des faubourgs dans le Paris de la Belle Epoque. La vérité humaine de cette oeuvre où Simone Signoret et Serge Reggiani se révéleront bouleversants ne fut pas bien perçue à un moment où le cinéaste était déjà installé dans un statut d'auteur  de comédies légères et divertissantes. Il faudra attendre "Touchez pas au grisbi" (1953) pour que, décapant la mythologie de la pègre parisienne, il rencontre enfin le succès. Jacques Becker s'est attaché dans la plupart de ses films à mettre en scène des gens simples, paysans, artisans, ouvriers, jouant sur le clavier des ressorts dramatiques traditionnels avec beaucoup d'aisance, de même qu'il fût un directeurs d'acteurs hors pair. C'est ainsi qu'il lança bon nombre d'entre eux, dont Simone Signoret, Serge Reggiani, Lino Ventura, et qu'il remit en selle Jean Gabin qui venait de traverser une période difficile. "Casque d'or", devenu aujourd'hui un film-culte s'ouvre, comme un tableau de Renoir, sur un bal dans une guinguette des bords de Seine, aux alentours de 1900. Les hommes de Leca, une bande d'Apaches (petits truands dans le vocabulaire de l'époque), sont venus retrouver leurs amies habituelles pour boire et danser. L'égérie du groupe est la belle Marie (Simone Signoret), une rousse flamboyante que l'on a surnommée casque d'or. Pour narguer son protecteur, Marie va flirter avec Manda (Serge Reggiani), un ouvrier charpentier, mais ce flirt, commencé dans l'euphorie collective, va virer au drame et un combat à la loyale s'organiser dans l'arrière-salle d'un café de Belleville où la bande a ses habitudes. Après ce pugilat, Manda est tenu de fuir et de se cacher, bientôt rejoint par Marie. Mais Leca ne veut pas en rester là. Aussi dénonce-t-il le meilleur ami de Manda, Raymond le boulanger, espérant ainsi faire sortir ce dernier de sa tanière. C'est en effet ce qui se produit, mais Manda, au lieu de rejoindre Leca, le tue. Rattrapé par la justice, jugé et condamné pour meurtre avec préméditation, il sera conduit à l'échafaud sous les yeux désespérés de Marie. Casque d'or a réellement existé et le point de départ de ce scénario n'a d'autre source que la chronique judiciaire de la Belle Epoque. La jeune femme était une reine du trottoir chantée par Xanroff. Et Manda et Leca avaient bien chacun leur bande et leur territoire. Leurs rivalités constantes causaient d'irréparables dégâts. Bien sûr, Becker a idéalisé les personnages du petit truand et de la prostituée, donnant à son film une dimension mythique et faisant de cette histoire d'amour une tragédie où se confrontent le désir, l'amour et la mort.

                                                                    

"Touchez pas au grisbi" en 1953, tourné en noir et blanc, va réhabiliter le mythe Gabin et offrir à l'acteur, dans un rôle de gangster vieilli et désabusé, un personnage susceptible de le faire repartir en flèche dans le box-office cinématographique. Ce sera le cas. Ce long métrage décrit le baroud d'honneur de deux fameux truands  qui, aspirant à se retirer de la scène du banditisme avec suffisamment d'oseille pour  leur garantir une retraite confortable, viennent de faire un dernier gros coup : 50 briques en lingots d'or,  capables de leur assurer des lendemains qui chantent. Mais voilà : Riton (René Dary) est trop bavard et, afin d'épater sa belle, lâche le morceau,  que celle-ci  va s'empresse d'aller raconter à son amant, un loup aux dents longues. Ce loup sans scrupule, mis en appétit par le magot, enlève Riton et le séquestre. A partir de là, les choses vont se compliquer. Max ( Jean Gabin ) serait disposé à abandonner son compère au milieu du gué, à condition de récupérer l'argent. Mais l'amant n'est pas facile à manoeuvrer et tente de le rouler, ce qui n'est pas du goût de ce dernier. Tout cela finira mal comme il se doit dans ce genre d'histoire, sobrement contée et filmée avec une économie de moyens et des clairs-obscurs qui ajoutent à la gravité morbide et au climat délétère. Le thème musical, qui a dû faire maintes fois le tour de la terre, contribue admirablement à créer l'atmosphère de suspense et de tension qui règne pendant tout le film. L'inspiration de Jacques Becker se fera plus sombre encore avec "Montparnasse 19" (1957), biographie romancée du peintre maudit Modigliani, dont Gérard Philipe donnera une composition trop appuyée dans les scènes d'ivresse et de désarroi. Puis viendra "Le Trou" (1959), qui décrit dans le détail les préparatifs d'évasion de plusieurs prisonniers depuis une cellule de la Santé (d'après un roman de José Giovanni) et témoigne d'une simplicité réaliste et d'une rigueur étonnante. Becker était à un tournant. Comment allait-il évoluer ? Nous ne le saurons jamais, car il meurt prématurément en 1960, juste avant la sortie de ce film et au moment où les cinéastes de la Nouvelle Vague montaient à l'assaut, assaut dont il n'aura pas à souffrir. Réalisateur exigeant et minutieux, il atteignait, avec cet ultime long métrage d'une scrupuleuse exactitude et d'une grandeur tragique, le sommet de sa perfection après les inoubliables Casque d'or et Touchez pas au grisbi. Truffaut lui rendra hommage en écrivant dans Les Cahiers du Cinéma : "Je ne dis pas que le grisbi soit meilleur que Casque d'or, mais encore plus difficile. Il est bien de faire en 1954 des films impensables en 1950. Pour nous qui avons vingt ans ou guère plus, l'exemple de Becker est un enseignement et tout à la fois un encouragement ; nous n'avons connu Renoir que génial ; nous avons découvert le cinéma lorsque Becker y débutait ; nous avons assisté à ses tâtonnements, à ses essais ; nous avons vu une oeuvre se faire. Et la réussite de Jacques Becker est celle d'un homme qui ne concevait pas d'autre voie que celle choisie par lui, et dont l'amour qu'il portait au cinéma a été payé de retour".


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24 février 2007 6 24 /02 /février /2007 09:56
ROBERT BRESSON OU UN CINEMA DE LA PERSONNE

                      

Robert Bresson, né en septembre 1907, fut d'abord peintre et photographe avant de réaliser son premier long métrage "Les Anges du péché" (1943), sorte de symphonie blanche aux facettes brillantes qui fera l'effet d'une bombe. Le cinéaste est en train de poser la première pierre d'une oeuvre atypique, solitaire, d'une extrême exigence, à l'aide d'une caméra qui, selon lui, ne doit ni fixer, ni reproduire, mais créer. Bresson prône un cinéma libéré des codes narratifs. Ce que je cherche, disait-il, ce n'est pas tant l'expression par les gestes, la parole, la mimique, mais c'est l'expression par le rythme et la composition des images, par la position, la  relation et le nombre. La valeur d'une image doit être avant tout une valeur d'échange. (...) Ainsi il y a une image, puis une autre qui ont des valeurs de rapport, c'est-à-dire que ces images sont neutres et que, tout à coup, mises en présence l'une de l'autre, elles vibrent, la vie fait irruption et ce n'est pas tellement la vie de l'histoire, des personnages, c'est la vie du film. Avec "Les dames du bois de Boulogne" (1944), son second film, Bresson aborde le thème du mystère de l'être. Sur le visage impassible de ses personnages, rien de voulu, seulement l'énigme particulière à tout être vivant. Le film manifeste le combat d'une volonté humaine, celle d'Hélène qui, devinant que son amant est sur le point de la quitter, propose à Agnès, la fille d'une de ses anciennes amies, de le séduire. Mais Jean tombe si sincèrement amoureux de la jeune femme, qu'il lui demande de l'épouser. C'est alors qu'Hélène tient sa vengeance et lui révèle qu'Agnès n'est autre qu'une ancienne danseuse de cabaret. Mais toute la force de rancune qui habite Hélène, interprétée de façon terrifiante par une Maria Casarès glaciale, ne parviendra à séparer le couple... Inspiré de Jacques le fataliste de Diderot et sur des dialogues de Jean Cocteau, ce film marque d'emblée, et au burin,  le style du cinéaste, maître de l'épure et du dépouillement, dominé par un souci de rigueur janséniste, où la perfection formelle, le goût du détail, la chaleur ardente couvant sous une cendre fine, s'expriment de la manière la plus innovante. Le film suivant  "Le Journal d'un curé de campagne" (1950), d'après le roman de Georges Bernanos, va faire rebondir une fois encore le débat sur le cinéma d'auteur. Une adaptation écrite par Aurenche et Bost avait été refusée par l'écrivain, aussi Bresson en prépara-t-il une autre, dépouillée à l'extrême, et donnant la préférence à des décors naturels. Il ne put la soumettre à Bernanos, mort en juillet 48, mais reçut l'aval du critique Albert Béguin et de l'abbé Pézeril, exécuteurs testamentaires du romancier. Le film fut tourné dans un petit village de l'Artois avec, dans le rôle du curé d'Ambricourt, un comédien presque inconnu Claude Laydu et des interprètes débutants, Bresson ne voulant pas renouveler l'expérience tentée avec Maria Casarès qui avait trop marqué son oeuvre précédente de son jeu personnel. Avec ce film, le cinéaste amorce un tournant décisif et va, désormais, poursuivre une quête, qui s'avérera permanente, dans ses réalisations ultérieures : celle du dépassement de soi. Grâce à ce sujet emprunté à Bernanos, Bresson se consacre à retracer l'itinéraire tragique d'un jeune prêtre, incompris de tous, cheminant vers  la sainteté, à l'aide d'images burinées en noir et blanc, au point de rendre sensible la présence de l'invisible et l'intensité des luttes de la vie spirituelle. Son style, qui s'oppose par sa rigueur à celui bouillonnant et fiévreux du romancier catholique, offre le paradoxe d'avoir su, avec une approche différente, coïncider au plus juste à l'oeuvre littéraire. Ce qui dénote son savoir-faire et son sens aigu de la mise en scène. Par la suite, Bresson poussera plus loin encore ses recherches et ses exigences, afin de réaliser un idéal qu'il a résumé ainsi : "Le film est le type de l'oeuvre qui réclame un style et ce style il est bon de l'affirmer jusqu'à la manie. Il faut un auteur, une écriture. L'auteur écrit sur l'écran, s'exprime au moyen de plans photographiques de durées variables, d'angles de prises de vue variables. Un choix s'impose, dicté par les calculs ou l'instinct, et non par le hasard".

    

Le journal d'un curé de campagne ne marque pas moins une étape importante dans sa conception de la mise en scène et le rapport entre l'écriture filmique et l'écriture romanesque. Les jurés le reconnurent qui lui attribuèrent le Prix Louis-Delluc, couronnant la modernité, l'originalité dont témoignait cette adaptation d'un grand livre nourri d'une foi profonde, toute intérieure et condensée en la personne de ce jeune curé. Mais la foi est-elle donnée ? La question était du moins posée avec une ferveur peu commune. Six ans plus tard, Bresson tourne "Un condamné à mort s'est échappé" (1956), d'après une histoire réelle, celle d'un résistant arrêté par la gestapo en 1943, enfermé au Fort de Montluc dont il parvient à s'échapper. Le cinéaste s'attarde à montrer la réalité quotidienne d'une prison sous l'Occupation allemande et le combat solitaire et spirituel d'un homme, parvenant à surmonter sa détresse et à sortir triomphant des circonstances matérielles et humaines les plus cruelles, grâce à sa force intérieure. Les images, relayées par un monologue prononcé d'une voix blanche, nous mettent en présence intime du héros, admirablement habité par un étudiant en philosophie François Leterrier, qui assume le personnage avec une conviction bouleversante. Ce film reçut le prix de la meilleure mise en scène au Festival de Cannes 1957. Il connut un grand succès dû, pour une part, à son sujet et aux souvenirs encore très présents, chez les Français, de l'Occupation et de la Résistance. Mais aussi pour l'art personnel du cinéaste qui, dans un décor aussi neutre, rythmant l'écoulement du temps par le commentaire intérieur, parvint à recréer l'atmosphère d'une époque. Curieusement, cette économie choisie par l'auteur ne nuit nullement à l'émotion suscitée par sa filmographie, qui place l'homme et son drame personnel au centre de ses réalisations, et dont les préoccupations religieuses ne sont pas absentes, mais dont l'humanisme et l'attention à l'autre sont si profondément sincères que l'on ne peut, en aucun cas, mettre en doute leur authenticité. Bressson a abordé d'une façon quasi universelle le problème du bien et du mal, la puissance de l'amour, le don de soi, ce qui semblerait un retour  vers le passé et l'est probablement. Mais c'est bien ainsi que Bresson s'est posé comme un artiste de son temps.

 

Viendront des films comme  "Le Vent souffle où il veut" (1956), "Pickpocket" (1959), "Le procès de Jeanne d'Arc" (1962),  "Au hasard Balthazar" (1966), "Mouchette" (1967), et en 1969 "Une femme douce"  avec, à nouveau, une débutante Dominique Sanda, puis " Les quatre nuits d'un rêveur" (1971) qui transpose, dans le Paris contemporain, une nouvelle de Dostoïevski. Avec "Lancelot du lac"  (1974), Bresson reprend le thème des Chevaliers de la Table ronde, mais l'épopée est empreinte de nostalgie, car Lancelot échoue dans sa quête du Graal. Avec "Le diable probablement" (1977), le cinéaste aborde les problèmes les plus actuels, ceux de la pollution, de la drogue et ce qu'il estime être le vertige suicidaire de notre civilisation, la perte de toute foi. Bien qu'octogénaire, il rééditera cette sorte de réquisitoire en produisant en 1982 un dernier long métrage qui semble résumer l'ensemble d'une oeuvre visionnaire, en présentant à Cannes "L'Argent",  film qui stigmatise "cette civilisation de masse où bientôt l'individu n'existera plus, cette immense entreprise de démolition où nous périrons par où nous avons cru vivre". Proche de l'inspiration dostoïevskienne, bien que l'opus soit tiré d'une nouvelle de Tolstoï, le cinéaste nous offre une critique d'une société en proie au  vertige suicidaire déjà prêt à l'anéantir. Florence Delay synthétisera cette démarche en ces termes : "S'il fuit la représentation, c'est que toute idée de spectacle nie ce qu'il cherche : filmer l'énigme, ce que nous ignorons de nous-mêmes, l'appartenance à ce qui nous dépasse"La Nouvelle Vague se réclamera de ce cinéaste inspiré et Marguerite Duras lui rendra hommage en assurant : "Pickpocket, Au hasard Balthazar pourraient être à eux seuls le cinéma en entier". En effet, Bresson fait partie du petit nombre de ceux qui ont apporté au cinéma une dimension essentielle, "une méthode où la maîtrise de toutes les étapes du film n'empêche jamais le metteur en scène de rester à l'écoute du hasard, de l'aléa qui seul pourra doter le film de sa part de réel" - dira le critique Philippe Arnaud. En treize films et en quarante ans de métier, Bresson n'aura, en définitive, tourné qu'un seul et même sujet, comme la plupart des grands créateurs : la quête de notre dimension supérieure. Sa passion de l'âme n'aura eu d'égale que celle du caractère dont tous ses personnages font preuve, embarqués qu'ils sont les uns et les autres, au sens pascalien, entre le pari et la Providence. D'où la tension et l'enjeu qui en résultent : "comment communiquer ce qui relève de l'esprit par ce qui  relève de la perception,"- questionnera l'une de ses interprète  Florence Delay ? En ne filmant que ce dont on a absolument besoin.



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ROBERT BRESSON OU UN CINEMA DE LA PERSONNE
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18 février 2007 7 18 /02 /février /2007 10:30
MAX OPHULS ET LE CINEMA BAROQUE

               

La personnalité de Max Ophüls, juif sarrois né le 6 mai 1902, éternel exilé, passant d'Allemagne en France, puis de France aux Etats-Unis, pour venir se fixer en France en 1950, correspond aux principes de la politique des auteurs. Il portait en lui la culture et la sensibilité de l'Europe centrale, cet esprit viennois un rien morbide qui ne se limite pas aux valses de Vienne et au beau Danube bleu, mais se réfère à ce courant d'idées communément appelé l'apocalypse joyeuse. On décèle, dès ses premières réalisations, son goût romantique et nostalgique pour ce qui est en train de disparaître, de s'évanouir, de se perdre. Ce seront "Libelei" en 1932, "La tendre ennemie" en 1935, "Le roman de Werther" en 1938 et "De Mayerling à Sarajevo" en 1940. S'inspirant lui aussi d'oeuvres littéraires, entre autres de Goethe pour son Werther et de Stefan Zweig pour le très beau "Lettre d'une inconnue" (1948) avec Joan Fontaine et Louis Jourdan, Max Ophüls peut donner, selon Truffaut, des adaptations valables et empreintes d'un vrai souci de recherche. En 1950, le cinéaste entame une nouvelle carrière en France avec "La Ronde", pièce d'Arthur Schnitzler sur la tristesse de l'amour qui s'abîme dans le mensonge et les incessants périls. Anton Walbrook fait tourner le manège des personnages, changeant de partenaires à chaque tour de valse, au son d'une romance nostalgique et dans une vision impressionniste des herbages normands. Il y avait dans ce film une distribution éblouissante, tout ce que le cinéma d'alors comptait de stars en vue : Simone Signoret, Simone Simon, Danielle Darrieux, Odette Joyeux, Gérard Philipe, Fernand Gravey, Daniel Gélin, Serge Reggiani, Jean-Louis Barrault, personnages qui animaient une méditation crépusculaire, pleine de poésie, à un moment où un certain monde était occupé à ensevelir ses ultimes fastes. Les grands mouvements d'appareil caractérisaient un cinéaste virtuose à qui ne déplaisait pas de promener sa caméra dans des décors d'artifices et de faux-semblants, une luxuriance décorative et qui, mieux que personne, savait saisir un acte dans sa finalité, une époque dans sa décadence, le bonheur toujours réduit à des instants éphémères. En 1953, "Madame de ...", d'après le roman de Louise de Vilmorin, est traité dans ce même style baroque qui est devenu la marque personnelle d'Ophuls, avec pour interprète Danielle Darrieux, héroïne ophulsienne par excellence, qui vit les tourments d'une femme coquette et futile, soudain frappée par une passion qui, progressivement, la consumera. En effet, pour payer ses dettes de jeu, Madame de... vend les boucles d'oreilles en forme de coeur que son mari lui a offertes. A quelque temps de là, le baron Donati, dont elle est éprise, lui fait cadeau de ces mêmes bijoux. Cette histoire, qui aurait pu n'être qu'un plaisant vaudeville, va très vite virer au drame et les pierres précieuses devenir l'arme d'une tragédie. Le style original et poétique d'Ophüls convenait à merveille à ce tourbillon de vie mondaine et aux élans d'amour qui finissent par se briser au jeu des illusions. Aux côtés de Danielle Darrieux, délicieuse de grâce et de féminité, la rivalité masculine était assurée par deux grands acteurs : Charles Boyer et Vittorio de Sica et le miracle est que ce film ne semble pas avoir pris une ride dans sa légèreté désespérée.

   

"Lola Montès" en 1955, d'après Cécil Saint-Laurent, grand spectacle en couleurs, sera, malgré sa somptuosité et son ton halluciné proche du cauchemar, très mal reçu de la critique et subira un échec commercial cuisant. L'échec de son dernier opus affectera énormément l'auteur qui devait mourir à Hambourg en 1957. Venu du théâtre, c'est le cinéma qui, en définitive, aimantera sa vie. Sa brillante adaptation de "La fiancée vendue" (1932), d'après l'opéra de Smetana, porte surtout sur les rapports du spectacle et de la vie réelle et révèle sa fascination pour le cirque. Puis, il évoque la Vienne de 1900 avec "Libelei"  d'après Schnitzler, dont la grâce romantique n'évacue nullement la portée morale. C'est une grande réussite artistique et commerciale, ce qui n'empêchera nullement l'Allemagne nazie de retirer son nom du générique à la suite de son exil à Paris, où il profitera de son passage pour diriger lui-même la version française. (Une histoire d'amour) Curieusement, c'est lors de son exil, principalement en France, en deux périodes entrecoupées d'un séjour aux Etats-Unis, qu'il fera l'essentiel de sa carrière et réalisera trois chefs-d'oeuvre incontestés dans un style où il excelle, mélange subtil de frivolité et de désespoir. Il y aura "Le plaisir" (1952), qui est l'adaptation de trois contes de Maupassant où l'on remarque la vivacité de ses notations sur les ruptures entre réalité et apparences, "Madame de" (1953) dont j'ai parlé plus haut, peut-être le plus beau rôle de Danielle Darrieux, et enfin "Lola Montès" (1955), premier film français en cinémascope et seul film en couleurs d'Ophüls. A travers des mises en scène somptueuses, Ophüls n'aura pas moins montré à quel point la quête du bonheur est difficile. "En ce qui me concerne - a-t-il dit à la Radio bavaroise le 28 avril 1954 - je n'ai pas grand-chose à expliquer mais puisque vous me le demandez, des mots tels que « organisation des images » sont déjà des termes théoriques à propos desquels j'ai beaucoup de mal à m'exprimer. Je manie la caméra d'une manière peut-être un peu inconsciente, c'est un moyen parmi tant d'autres pour amener le comédien à exprimer ce que je désire de lui à l'écran. C'est la raison pour laquelle ma caméra, et on me l'a du reste assez souvent reproché, est en mouvement, car elle s'adapte simplement au rythme de la scène. Je ne travaille pas à l'avance, le plus souvent, mais j'attends de voir comment la scène évolue en studio et je ne lâche tout bonnement pas le comédien avec mon objectif. En anglais un film se dit « movie », qui vient de « se mouvoir » ; je suis seulement transporté par le mouvement qu'il y a dans un film, non par le mouvement externe, mais par le mouvement interne. Si la scène est d'une lenteur mélancolique, je la ressens comme mélancoliquement lente ; si j'étais chef d'orchestre, je dirigerais une musique mélancolique et lente de façon mélancolique et lente et par conséquent la caméra est, elle aussi, mélancolique et lente. Une image statique, conçue devant un bureau et bien encadrée, ne correspond pas à mon tempérament nerveux, elle m'est insupportable et c'est pourquoi tout s'aère autour de moi."



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14 février 2007 3 14 /02 /février /2007 13:53

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Plus retentissant encore que "La symphonie pastorale", l'événement de l'après-guerre fut "Le diable au corps" de Claude Autant-Lara, tourné fin 1946 et sorti l'année suivante. Le roman autobiographique de Raymond Radiguet, écrivain prodige découvert par Cocteau, mort à 20 ans en 1923, l'année de la parution de son livre, narrait en un style concis, d'une lucidité cruelle, les amours d'un adolescent et d'une femme de combattant, pendant la guerre de 14. Aurenche et Bost, qui avaient signé le livret et déjà travaillé avec Autant-Lara pour "Douce" (1943), chef-d'oeuvre noir d'après un roman d'une femme de lettres, qui signait d'un pseudonyme masculin Michel Davet, construisirent le scénario du "Diable au corps" avec une suite de play-back à partir de l'enterrement de Marthe, l'héroïne, faisant ainsi revivre les souvenirs de François, son amant, et permettant de rendre au film l'équivalence du roman écrit à la première personne par Radiguet. Gérard Philipe, qui avait l'âge du héros, acteur romantique par excellence, parvint à rendre dans toute sa complexité le personnage de ce jeune garçon cruel par inconscience, cynique sans le savoir, comme peuvent l'être de nombreux jeunes gens de dix-sept ans dans les circonstances éprouvantes de la guerre. Ce fut l'un de ses grands rôles et l'acteur reste à jamais François Jaubert, cet adolescent de l'arrière qui veut jouer l'homme sans se soucier du conflit  et des règles morales. De même que Micheline Presle fut une Marthe Grangier magnifique, emportée par sa passion et vivant cette liaison jusqu'à la mort. "Le diable au corps" a été un grand succès populaire et la jeunesse de 1947 y contribua grandement, trouvant dans cette histoire une correspondance avec ses propres problèmes. Le film n'avait pas pour sujet le désespoir, mais l'amour, et se voulait un plaidoyer virulent contre la guerre. Sa résonance s'accrut encore lorsque commencèrent à se faire sensibles les premières menaces de la guerre froide. Le film valut à son réalisateur le prix de la critique internationale et à Gérard Philipe celui du meilleur acteur au festival de Bruxelles 1947. Mais le scandale ne fut pas évité pour autant, car au sortir de la seconde guerre mondiale, on n'admettait pas davantage, qu'au temps de la première, la révolte adolescente qui s'exprimait non par le courage et l'engagement, mais par l'égoïsme et la sexualité. L'atteinte à l'institution du mariage et à la fidélité des femmes de combattants choquaient également. S'attaquant à la bourgeoisie et aux entraves mises à la liberté individuelle, Claude Autant-Lara se révélait, avec ce film, un cinéaste dérangeant et  fier de l'être. Il continua sur le même ton avec un film comme "Le Bon Dieu sans confession" (1953) d'après un roman de Paul Vialar et causa un nouveau scandale lorsqu'il adapta pour l'écran en 1954 "Le blé en herbe", d'après le roman de Colette, où un adolescent est initié à l'amour par une femme mûre (Edwige Feuillère), film très fidèle au livre et remarquablement mis en scène.

 

Comme Christian-Jaque, Claude Autant-Lara sera ensuite tenté par l'oeuvre de Stendhal et en 1954 s'attaquera au "Le Rouge et le Noir", film en couleurs en deux parties, avec de très beaux décors stylisés et, de nouveau, Gérard Philipe en héros stendhalien. Après s'être glissé dans la peau de Fabrice del Dongo, il sera un très convaincant Julien Sorel aux côtés de deux femmes : Danielle Darrieux en Madame de Rénal et la ravissante Antonella Lualdi en Mathilde de la Mole. Oeuvre de prestige, dont on peut dire qu'elle est l'un des sommets de cette conception du cinéma de qualité à la française inspiré par la littérature. Les critiques littéraires ne se privèrent pas, une fois encore, de marquer leur désapprobation pour un exercice qui, selon eux, dévalorisait l'oeuvre d'un de nos grands romanciers, mais les critiques cinématographiques ne leur emboîtèrent pas tous le pas, à l'exception de Truffaut, dont on sait que sa position intransigeante causa des ravages. Néanmoins, dès le prologue, le romantisme jacobin de Stendhal se manifestait, tandis que la couleur et les sobres décors de Max Douy apportaient beaucoup à la puissance expressive du film.

 

En 1955, le cinéaste réalise un vieux rêve : porter au cinéma "Marguerite de la nuit",  de Pierre Marc Orlan, où le mythe de Faust est transposé, dans le Paris de l'entre- deux- guerres, avec Yves Montand, diable au pied bot, Palau en vieux Faust, Jean-François Calvé en Faust jeune et Michèle Morgan en émouvante Marguerite. Décorateur et créateur de costumes pour Marcel L'Herbier dans sa jeunesse, Autant-Lara retrouvait avec ce film les enthousiasmes de l'avant-garde et se lançait dans une expérience esthétique "Art déco", trop esthétisante d'ailleurs, au point que ce film fut un véritable bide et resta quasiment méconnu. Par contre  "La traversée de Paris", en 1956, d'après une nouvelle de Marcel Aymé avec Gabin et Bourvil sera un immense succès et une chronique au vitriol du Paris occupé de 1943 avec ses profiteurs et ses gagne-petit. Ce film, étonnant par sa verve et sa noirceur, reste encore de nos jours un des longs métrages que la télévision se plait à nous passer régulièrement. Il faut dire que, dans ce film, Autant-Lara donne la pleine mesure de son talent et qu'il hausse jusqu'à l'épique la truculence, l'exagération, la hargne, l'outrance, voire même la vulgarité. Et puis il est servi par deux têtes d'affiche époustouflantes : Bourvil et Gabin, dont le duo est un régal de cocasserie et auquel se joint un Louis de Funès dont les qualités d'acteur pointent le nez avec gourmandise. On sait ce que fut la suite de sa carrière. 

 

En 1958, alors que la Nouvelle Vague s'apprête à déferler, écrasant tout sur son passage et reconduisant sans ménagement la vieille garde dans les coulisses, Claude Autant-Lara réalise une fidèle adaptation d'un roman de Georges Simenon (toujours avec Aurenche et Bost) "En cas de malheur", où Gabin, encore lui, aura pour partenaire Brigitte Bardot en femme fatale, pour laquelle un grand avocat parisien perd la tête. Autant-Lara parviendra à tirer le maximum d'une vedette plus réputée pour sa plastique irréprochable que pour ses dons de comédienne ; mais il faut reconnaître à Bardot d'être entrée, autant que faire se peut, dans son personnage avec beaucoup de bonne volonté et d'avoir affronté Gabin avec courage. Ce film sera la dernière grande réalisation d'Autant-Lara et ne dévalorise nullement l'ensemble de sa production. Ce film fut d'ailleurs bien accueilli, les deux vedettes jouissant d'une renommée suffisamment considérable pour attirer dans les salles un public nombreux. La stabilité relative du cinéma français, durant la période 1948-1960, avait permis à divers créateurs consacrés d'épanouir leur talent. Mais cela aboutissait, au fil des années, à une inévitable sclérose, car l'art - contrairement à l'industrie - ne saurait fabriquer en série des prototypes ; or le danger d'un cinéma, menacé par les stéréotypes, allait faire le succès incroyable de la Nouvelle Vague. Autant-Lara, comme Christian-Jaque et tous les grands auteurs de cette décennie, se retirerait, convaincu qu'il était victime d'une réelle injustice, après avoir signé une cinquantaine de films et marqué de son empreinte, de sa verve, de son insolence, de son talent, ce cinéma de l'après-guerre. Il mourut à Antibes le 5 février 2000.

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10 février 2007 6 10 /02 /février /2007 10:12
CHRISTIAN-JAQUE, UNE FILMOGRAPHIE ECLECTIQUE

                

Le coup d'envoi des adaptations littéraires ayant été donné, Christian-Jaque, né le 4 août 1904, après un début de carrière médiocre, qui l'avait vu produire en abondance des films quelconques, à l'exception des "Disparus de Saint-Agil" (1938), allait réaliser en 1945 un film de qualité "Boule de suif", excellente adaptation de deux nouvelles de Maupassant, selon le scénario établi par Louis d'Hée et Henri Jeanson, sous forme d'un récit continu, fidèle à l'esprit du conteur, interprété de façon magistrale par Micheline Presle et Louis Salou. Dans cette peinture réaliste, l'atmosphère de la guerre de 1870  était parfaitement reconstituée et, à partir de cette évocation, il est certain que le réalisateur avait établi un parallèle avec la situation qui venait d'être celle de la France occupée de 1940. Ce film, salué unanimement par la critique, avait su toucher le public aux lendemains de la guerre et démontrait de façon éclatante que l'oeuvre d'un romancier pouvait être reprise par un cinéaste, d'autant mieux si celui-ci l'oblitérait avec talent, en l'adaptant aux circonstances de l'actualité. Après "Le revenant" (1946), sombre et admirable étude de moeurs écrite pour l'écran par Henri Jeanson et Louis Chavance, Christian-Jacque tourne en 1947, en co-production franco-italienne, une adaptation de "La Charteuse de Parme" de Stendhal. Le film long, fastueux, soigné se compose de deux parties. Gérard Philipe est Fabrice del Dongo, Maria Casarès la Sanseverina et Renée Faure, Clélia Conti. Selon le principe avancé pour "La symphonie pastorale", il y avait là une incitation à la lecture, mais les stendhaliens ne l'entendirent pas ainsi et crièrent au  sacrilège. Stendhal était selon eux, inadaptable et intouchable. Voilà qu'il échappait aux spécialistes et intellectuels et que l'on osait le réduire à n'être plus qu'un vulgaire  brouet cinématographique destiné à un large public ! Il faut certes reconnaître que, malgré le talent de Christian-Jaque, le style propre de l'écrivain - que l'on ne peut goûter et savourer qu'à la lecture - n'est pas au rendez-vous. Mais on ne peut nier que le charme romanesque, la beauté des décors italiens, la fougue de Fabrice del Dongo, les personnages féminins contrastés, sont bien là et font de cette Chartreuse une oeuvre cinématographique attachante. Bien des années plus tard, l'admirable roman fera l'objet d'un feuilleton télévisé de Mauro Bolognini qui sera un vrai désastre artistique. Ce qui n'était pas le cas du film estimable de Christian-Jaque.

 

"Fanfan la Tulipe", cinq ans après la Chartreuse, sera une exceptionnelle réussite. Le film fut mené sur un rythme trépidant, avec un irrésistible entrain dans les amours, les chevauchées, les poursuites. L'époque était celle de Louis XV et de " la guerre en dentelle". Mais les scénaristes René Wheeler, René Fallet et Henri Jeanson s'en prirent moins au roi bien-aimé qu'aux stratèges de 1940 et 1950. Ils firent ainsi la nique à toutes les guerres et notamment à la guerre froide que le monde était en train de vivre et qui glaçait l'Europe entière. La réussite n'aurait sans doute pas été si grande sans Gérard Philipe. Il prêtait au héros son impétuosité, sa gaieté, son insolence, son extraordinaire faculté à donner à chacun de ses personnages - sur scène ou à l'écran - une qualité humaine et une authenticité rarement égalées. Intrépide, courageux et effronté, Fanfan s'engage comme soldat dans l'armée du roi afin d'échapper au mariage que l'on tente de lui imposer. C'est alors que les circonstances vont l'amener à sauver la vie de la princesse Henriette, fille du monarque. Quand il cherche à la rejoindre et à entrer clandestinement dans le palais, il est arrêté et condamné à la pendaison. Adeline (Gina Lollobrigida), une jolie bohémienne qui l'aime, intervient pour obtenir sa grâce, mais plait tellement au roi (Marcel Herrand) qu'il l'a fait enlever. Fanfan s'élance à sa poursuite et, par la même occasion, provoque la défaite des Autrichiens. Tout finira bien : la guerre sera gagnée, Adeline épousera Fanfan ... avec la bénédiction du roi. Christian-Jaque, dont c'est là le chef-d'oeuvre, raconte à propos de son film :  Fanfan la Tulipe est avant tout un personnage populaire issu de cette légende française du XVIIIe qui s'exprimait par des chansons. Il est sain, joyeux, brave, son humour n'est jamais en défaut contre les puissants. C'est la pureté et la santé morale de ce héros qui me l'ont rendu attachant  - Tandis que Le Canard enchaîné écrivait lors de sa sortie  en salles : " De la dynamite en bouquet. Gérard Philipe vit, il chante, il aime, il ferraille, il étripe, il cliquette, il chevauche, il attaque, il défend. A lui tout seul, il remplace les trois Mousquetaires". Ce film est considéré de nos jours comme le chef-d'oeuvre du film de cape et d'épée et, preuve de son extraordinaire renommée, fut le premier long métrage français de l'histoire à avoir été doublé en langue chinoise.

 

Avec une filmographie qui ne compte pas moins de 70 réalisations, Christian-Jaque, auteur éclectique et prolifique, tient une place importante dans le paysage cinématographique français. Réputé pour son humanisme à la limite de l'utopie, mais également pour sa truculence et son sens de l'humour, il s'est plu à peindre à l'écran des situations où s'affrontaient les innocents et les monstres froids. Marié à l'actrice Martine Carol, il lui offrira des rôles taillés sur mesure dont "Adorables créatures" (1952), "Lucrèce Borgia" (1953), "Madame du Barry" (1954), "Nana" (1954). Mais son testament n'en reste pas moins "Si tous les gars du monde"  (1955) qui lui permit d'adresser aux spectateurs un message d'espoir et de fraternité et fut tourné avec un casting modeste, sans tête d'affiche. On y assiste aux débuts prometteurs de Jean-Louis Trintignant et on y retrouve Georges Poujouly, le petit garçon de "Jeux interdits". Dans la mer du Nord, un capitaine de pêche voit mourir l'un après l'autre, terrassés par un mystérieux virus, ses marins. La radio de bord étant inutilisable, c'est grâce à un poste à ondes courtes que le patron de ce chalutier parvient à établir une liaison avec un amateur du Togo. Grâce à cela, un médecin colonial  établit le diagnostic. Il s'agit d'un empoisonnement, et l'urgence est telle qu'il faut être en mesure d'acheminer le vaccin en moins de douze heures. Pour ce faire, une chaîne de solidarité se constitue entre Allemands, Américains, Russes, Français et Norvégiens et le précieux médicament sera parachuté en temps et en heure. "Si tous les gars du monde" ... reprend les mots du poème célèbre de Paul Fort et est illustré par la belle musique de Georges Van Parys. Henri-Georges Clouzot avait envisagé de tourner ce film et dut y renoncer, mais participa néanmoins à l'élaboration du scénario et des dialogues avec Christian-Jaque. La carrière de ce dernier sera couronnée de plusieurs prix  : le Prix du meilleur réalisateur à Cannes en 1952 pour "Fanfan la Tulipe", ainsi qu'un Ours d'argent au Festival de Berlin la même année et un César d'honneur en 1985. Il faut ajouter cette précision que cette oeuvre aura su adhérer de manière immédiate, puis peu à peu permanente, et finalement intemporelle, aux goûts instinctifs du public. Si, à une certaine époque, Truffaut refusa aux réalisateurs de "la tradition de la qualité" le titre d'auteur, la plupart le méritaient grandement, car cette tradition a été l'honneur d'un cinéma trop souvent encombré de sous-produits commerciaux. Les choses se sont arrangées depuis... afin qu'accèdent au paradis des Créateurs, ces hommes qui sont la mémoire enchantée de notre cinéma. Christian-Jaque devait mourir à Paris le 8 juillet 1994.

 

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CHRISTIAN-JAQUE, UNE FILMOGRAPHIE ECLECTIQUE
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  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
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  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


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