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23 janvier 2008 3 23 /01 /janvier /2008 10:04

Equation

                                              
                                                  BANDE ANNONCE

 

Au début du XVIe siècle, alors que la dynastie Chosun est en place et règne avec autorité, une troupe de comédiens, pour s'attirer les faveurs du public, se prête à des bouffonneries cocasses qui mettent en scène les relations du roi et de sa favorite, ainsi que les ministres de la cour. Arrêtée sur ordre d'un conseiller royal, celle-ci est amenée au palais et obligation lui est faite de provoquer l'hilarité de sa majesté, si elle veut assurer sa survie. Grâce à l'habileté de Jang Seng et au charme ambigu de l'eunuque Gong Gil, qui a toutes les grâces d'une jeune fille, le roi rit et la troupe est épargnée et invitée à résider  sur place, afin que, dorénavant, elle s'emploie à tromper l'ennui du souverain. 


King and the Clown, du cinéaste Sud- Coréen  Lee Jun-Ik, est l'adaptation cinématographique d'une comédie musicale et le film ne fait que reprendre, mais de quelle façon ample et fastueuse, le genre de la comédie musicale ( le fond sonore est d'ailleurs très agréable ), tout en adoptant un style plus grave, voire dramatique, de façon à proposer un message circonstancié sur le pouvoir institutionnel ( nous ne sommes pas loin de la Corée du Nord et de son effrayante dictature )  et le contre-pouvoir de l'imaginaire, sur la violence du vécu et la puissance fictive de l'espéré... Dès l'épilogue, le réalisateur se réfère aux chroniques royales de la dynastie Chosun qui relataient fidèlement les faits et gestes de chacun des rois qui se succédèrent pendant plusieurs siècles ( on  parle de 24 suzerains de la même lignée). Le roi ,qui est dépeint dans le film, a la triste réputation d'être cruel, violent et immoral. En définitive, il m'est apparu davantage comme un immature, un grand enfant capricieux, égocentrique et tyrannique, un personnage trouble et troublant, marqué, dès l'enfance, par la mort de sa mère empoisonnée par un haut dignitaire sur ordre de son époux, que comme un tout-puissant suzerain. A la suite de ces drames familiaux, il est resté un être éternellement  insatisfait, jouisseur, inconscient, donc incapable de se gouverner lui-même et, à plus forte raison, de gouverner son pays de manière responsable. Il est le jouet de son entourage et donc un homme sous influence, qui sera détrôné en 1502, à la suite d'une subversion aristocratique, pour ses brutalités et ses erreurs. Cet événement est d'ailleurs suggéré dans le final, où une image met en scène les comédiens s'élevant dans le ciel grâce à des pirouettes acrobatiques, tandis que le palais est envahi par une foule déchaînée.

 

Ce film, d'un esthétisme raffiné, qui se présente comme une réflexion sur le pouvoir politique et le pouvoir de l'art, l'un et l'autre mis en concurrence de façon habile et pertinente, joue magnifiquement de la couleur, des paysages, des ciels, des visages, mêle la farce et le drame, la comédie et la tragédie, sans aucune fausse note, tandis que se jouent mutuellement et, comme sous l'effet d'un double miroir réfléchissant, les tenants du pouvoir et les acteurs de cette commedia dell'arte. Il est, par ailleurs, intéressant à plus d'un titre : tout d'abord parce qu'il nous permet de découvrir le théâtre burlesque coréen dans lequel s'associent harmonieusement le mime, le chant, les marionnettes, les numéros d'équilibriste, les acrobaties diverses et qu'il nous fait entrer dans le vif de l'existence d'une petite troupe de saltimbanques trop souvent victime des exigences d'un directeur autoritaire qui n'hésite pas à prostituer certains de ses acteurs et à oser des insolences audacieuses pour de l'argent. Ensuite, parce qu'il nous peint de façon minutieuse, et idéalement chamarrée, la vie de la cour dans la Corée du début du XVIe, où le faste est grand, la vie réglée au détail près et où le souverain n'est, en fin de compte, qu'un être soumis, non seulement aux lois édictées par ses ancêtres, mais aux intrigues et malveillances manigancées par ses ministres corrompus. Enfin, parce qu'il aborde avec pudeur le thème de l'homosexualité masculine ( ce qui n'est pas courant en Corée du Sud ) à travers le personnage émouvant, tendre et faible de Gong Gil, être asservi doublement par sa nature physique et sa position sociale. Il semble d'ailleurs que sa destinée ne cesse de lui échapper et qu'il est le jouet, tout ensemble, du roi qu'il charme et envoûte et de Jang Seng qui l'aime et entend le protéger des fantasmes royaux. Alors que cette troupe parcourait tranquillement les villes du pays en interprétant des pièces et en se livrant à des pitreries et acrobaties,  leur sort bascule dangereusement lorsqu' ils sont repérés par un dignitaire et où, pour sauver leur peau, ils se voient dans l'obligation de devenir les amuseurs du palais et sont exposés aux foucades et aux imprévisibles caprices du souverain.


                    Equation

King and the clown s'affiche aujourd'hui comme un succès sans précédent au box-office coréen. On ne s'en étonnera pas si l'on sait l'engouement, respectable ô combien ! de la Corée du Sud pour son passé et sa culture, d'autant  que ce film procède à une reconstitution magnifique de la Corée moyenâgeuse avec ses costumes, ses décors, ses fastes et aussi ses bouges, ses moeurs ; monde tantôt bigarré et grouillant, tantôt somptueux et figé et, ce, grâce à une photographie maîtrisée et une direction d'acteurs ( ils sont tous éblouissants ) magistrale. King and the clown est une fresque grandiose qui ajoute à sa réussite esthétique un message sur les ambiguïtés du pouvoir et  le sens de nos vies : est-il possible d'échapper aux règles qui régissent les sociétés ? Il semblerait que Lee Jun-ik n'en soit pas convaincu,  mais qu'il reconnaisse à l'homme en mesure d'assumer sa différence comme le cap'taine, tour à tour grossier, jovial mais loyal et responsable de ses choix et de ses engagements, une supériorité indiscutable en comparaison d'un serviteur de l'Etat contraint et soumis aux impératifs de sa charge. A la fin le cap'taine, devenu aveugle, dira qu'il voit désormais mieux qu'avant, parce qu'il n'est plus ébloui par l'or et les apparences.

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Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA ASIATIQUE
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commentaires

disertation writing services 08/12/2010 15:01

Quite informative blog.My friends would definitely appreciate knowing these facts.
As being a student such blogs help me a lot.It is rather interesting for me to read this blog. Thanks for it. I like such topics and anything that is connected to this matter.
I definitely want to read more on that blog soon.

vierasouto 15/02/2008 05:57

Bonjour! Je viens en contrée coréenne pour vous dire que la conférence de presse du festival du film asiatique 2008 aura lieu le 29 février 11h au CID! Je ne pense pas pouvoir y aller pour un seul jour mais le 12 mars, ça approche!!! @bientôt!

Naëlle 04/05/2007 09:35

Bonjour.
Merci pour ce commentaire complet. Personnellement, j'ai vu le film en sous-titré anglais et j'attends avec une certaine impatience de pouvoir le redécouvrir en français. Cette article m'a beaucoup plu. Il disait tout sans partir dans tous les sens. Excellente critique !

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LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

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