Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
18 juin 2017 7 18 /06 /juin /2017 10:50
Shutter Island de Martin Scorsese

En 1954, une femme placée dans le centre de détention psychiatrique de Shutter Island disparaît. Elle s'appelle Rachel Solando et est une meurtrière extrêmement dangereuse. Deux officiers du corps fédéral des marshals, Teddy Daniels et Chuck Aule, quittent alors Seattle pour enquêter sur place. Ils découvrent l'île humide et brumeuse où se trouve cet hôpital-prison d'un genre très particulier. Très vite, Teddy Daniels comprend que le personnel de l'établissement cache quelque chose. Seul indice dont il dispose : un bout de papier sur lequel est griffonnée une suite de chiffres entrecoupée de lettres...

 

Un scénario qui va mettre d’emblée en cause l’équilibre même de l’enquêteur  (admirablement interprété par Léonardo Di Caprio) dans un labyrinthe de la folie et de la douleur où de misérables personnages achèvent leur existence au cœur d’un délire hallucinatoire habilement provoqué, afin que ceux-ci disparaissent du monde des vivants et soient  à jamais irrécupérables. Inspiré du roman à succès de Dennis Lehane, cet opus brillant joue sur les nerfs en permanence, grâce à un climat fort bien entretenu entre faux-semblants et réalités ténébreuses qui ne cessent de déstabiliser le spectateur. Du grand art développé par une mise en scène habilement élaborée où les rebondissements psychologiques sont à la fois crédibles et intelligents.

 

A défaut de faire jaillir la vérité dans son enquête, Teddy Daniels plonge dans ses propres abîmes et découvre l’ambiguïté des siennes. Servi par l’imagerie soignée de Robert Richardson où l’ombre et la lumière stimulent l’imaginaire et soulignent les symboles de cette fiction à plusieurs paliers, « Shutter Island » est un polar mental d’une efficacité redoutable qui brise les codes de l’espace et du temps, du vrai et du faux grâce à une fiction habile qui repose sur une constante perte de repères. Un film, dont l’irréalité est devenue le noyau dur de la réalité. Etonnant.

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN, cliquer  ICI

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

Shutter Island de Martin Scorsese
Shutter Island de Martin Scorsese
Shutter Island de Martin Scorsese
Shutter Island de Martin Scorsese
Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE - dans CINEMA AMERICAIN & CANADIEN
commenter cet article
4 juin 2017 7 04 /06 /juin /2017 09:48
Erin Brockovich de Steven Soderbergh

Pour son dixième long-métrage, Steven Soderbergh est tombé par hasard sur un sujet en or. L’histoire réelle d’Erin Brockovich, une Américaine moyenne, élevant seule ses trois enfants, qui n’a jamais fait d’étude en droit quand elle découvre par hasard, lors d’un accident de voiture, un énorme scandale environnemental et de santé publique. Son acharnement sur ce dossier condamnera finalement la société en cause à payer plus de 300 millions de dollars aux victimes, une histoire si incroyable qu’elle aurait été jugée peu crédible si elle n’était pas vraie. On découvre alors toutes les implications du scandale au fur et à mesure de son évolution. Il ne s’agit d’abord que d’une famille ou deux, puis une dizaine et finalement ce seront plus de 600 personnes qui porteront plainte, grâce à l’opiniâtreté d’Erin Brockovitch. Le film ne s’intéresse pas vraiment au procès mais davantage aux longues préparations qui ont permis à cette jeune femme, sans qualification particulière, de mettre une ville à ses pieds et une multinationale à genoux, selon le slogan  choisi par l’affiche française qui résume les faits en quelques mots.

 

« Erin Brockovich, seule contre tous » commence avec un entretien d’embauche raté et c’est encore peu dire. Divorcée de fraîche date, elle a absolument besoin d’un travail, quitte à postuler n’importe où. En l’occurrence, un cabinet de médecins alors qu’elle n’a jamais fait d’étude de médecine : on comprend vite le malaise du praticien qu’elle rencontre. Avec cette première scène, Steven Soderbergh pose déjà son personnage principal : cette jolie blonde semble n’avoir jamais eu de chance dans sa vie et d’ailleurs elle ne sort de son entretien que pour avoir immédiatement un accident de voiture. Un modeste avocat est assigné automatiquement pour la défendre et c’est à cette occasion qu’elle pose un pied dans l’univers des avocats. Après avoir perdu son procès, elle parvient à obtenir un travail dans le cabinet. Au début, il ne s’agit que d’un petit boulot de tri et de rangement de papiers, mais c’est justement en rangeant un dossier qu’elle tombe par hasard sur une affaire étrange. En effet, Erin est étonnée de trouver dans un même dossier un bilan de santé et une proposition immobilière et c’est en allant vérifier sur place qu’elle découvre un énorme scandale. Une entreprise utilise depuis une trentaine d’années un produit toxique en le cachant aux habitants et ce produit a empoisonné les nappes phréatiques et les habitants à des kilomètres à la ronde, étant donné que les responsables sont parvenus jusque-là à cacher, puis à étouffer l’affaire. On suit ainsi au jour le jour la persévérance d’Erin à mettre tout en œuvre pour parvenir à dénoncer le scandale et à faire éclater la vérité.
 

Steven Soderbergh a eu la bonne idée de confier le rôle à Julia Roberts. Dix ans après «Pretty Woman », qui lui avait apporté la gloire, l’actrice est parfaitement convaincante dans ce personnage fort qu’elle porte sur ses épaules avec une formidable énergie et qui lui a valu un Oscar bien mérité. Belle et offensive, elle ne lâche rien et nous émeut par sa détermination sans faille. Un beau rôle pour une Julia Roberts au mieux de son talent et un film que l’on suit avec un intérêt qui ne se relâche pas. Une réalisation passionnante.

 

Pour consulter la liste des films de la rubrique CINEMA AMERICAIN, cliquer  ICI

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Erin Brockovich de Steven Soderbergh
Erin Brockovich de Steven Soderbergh
Erin Brockovich de Steven Soderbergh
Erin Brockovich de Steven Soderbergh
Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE - dans CINEMA AMERICAIN & CANADIEN
commenter cet article
8 mai 2017 1 08 /05 /mai /2017 09:47
Orgueil et préjugés de Joe Wright

Dans un petit village d’Angleterre, sous le règne de George III, Mrs Bennet veut marier ses filles afin de leur assurer un avenir serein. L’arrivée de nouveaux voisins, Mr Bingley et son ami Mr Darcy, plonge Jane et Elisabeth dans des affaires de cœur tumultueuses. Cette dernière découvre l’amour en rencontrant le bel et aristocratique Darcy. Pourtant, tous deux devront passer outre leur orgueil et les mauvaises interprétations qui s’ensuivent avant de tomber dans les bras l’un de l’autre, à la grande surprise des Bennet.

 

 

Qui aurait parié que cette histoire vieille de plus de deux siècles, écrite par une toute jeune fille, Jane Austen, au fond de sa campagne anglaise, puisse traverser les âges et devenir un modèle de peinture sociale, une histoire d’amour indémodable, un miroir de nos passions ? Joe Wright, en adaptant ce roman au grand écran, a su braver  les a priori et affronter un public très divers avec une romance destinée à l’origine à un lectorat féminin.

 

 

 

 

 

 

Les premières images suffisent à balayer les réticences et à entraîner le spectateur, pendant plus de deux heures, dans le courant d’une histoire qui ne cesse de nous rendre les complices des rebondissements du cœur des deux protagonistes. Des images au bord de la perfection, des comédiens dont le jeu nuancé nous révèle les affres de leurs doutes, de leurs inquiétudes, de leurs émotions au long d’un récit qui casse les codes habituels, voilà de quoi retenir sur son siège le spectateur le plus hésitant. La caméra sait interroger les regards, baigner dans de savants clairs-obscurs les scènes d’intimité familiale, nous promener dans les paysages bucoliques de la belle campagne anglaise, nous mêler à l’effervescence des cinq sœurs, enfin nous convier à être les témoins de la difficulté d’être femme à une époque où elles étaient contraintes, pour ne point connaître la misère, de faire un mariage de raison.

 

 


Joe Wright a su rendre la finesse et la complexité du roman dans une réalisation délicate, s’appuyant sur son sens de l’image qui utilise le moindre détail, le moindre changement de plan, les situations les plus complexes afin de captiver le spectateur. En signant cette seconde adaptation du roman de Jane Austen, il nous offre une fresque somptueuse où l’esthétique n’étouffe jamais le sentiment, restituant à l’œuvre sa densité, sa fraîcheur, sa richesse psychologique et assurant ainsi la victoire de cet amour  transgressif.

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN, cliquer  ICI

 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Orgueil et préjugés de Joe Wright
Orgueil et préjugés de Joe Wright
Orgueil et préjugés de Joe Wright
Orgueil et préjugés de Joe Wright
Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE - dans CINEMA AMERICAIN & CANADIEN
commenter cet article
30 janvier 2017 1 30 /01 /janvier /2017 12:14
La La Land de Damien Chazelle

Comme on aimerait que, soudain, dans les embouteillages quotidiens de Paris, les gens sortent spontanément de leurs voitures pour se mettre à chanter et danser sur les airs de jazz que diffuseraient leurs radios et que la cauchemar devienne rêve … C’est ainsi que débute le très plaisant film de Damien Chazelle « La La Land » qui est en train de rafler toutes les récompenses de ce début d’année, dont 7 Golden Globes et déjà 14 citations pour les prochains Oscars. Après "Whiplash », le cinéaste nous propose aujourd’hui une comédie musicale pleine de fraîcheur, un brin nostalgique lorsqu’elle évoque les charmes d’antan et leurs sonorités auxquels l’opus fait abondamment références et la réalité d’aujoud’hui liée davantage au spectaculaire et  à l’éphémère.

 

Sébastien (Ryan Gosling) et Mia (Emma Stone) habitent Los Angeles et attendent que leur vie prenne enfin une tournure professionnelle. Elle est serveuse dans la cafétéria d’un grand studio d’Hollywood et multiplie les auditions pour tenter de devenir comédienne ; lui est pianiste de jazz mais sa carrière stagne car on ne le trouve pas assez moderne, trop attaché à un jazz jugé classique et démodé. Ils se rencontrent  et bientôt comprennent qu’ils sont faits l’un pour l’autre, que leurs dons et leurs aspirations ne peuvent que les mener à une réussite justifiée. Ce qu’ils feront aux dépens de leur bonheur.

 

Oui, ce film évoque avec subtilité la difficulté qu’il y a à mener de front  l’amour et la réussite professionnelle, l’art et la vie quotidienne, tant il est vrai que l’on sert difficilement deux maîtres et que le succès de l’un joue trop souvent de façon négative sur les aspirations de l’autre. Si cet opus n’est pas sans rappeler le « Café Society » de Woody Allen, film plein de charme lui aussi, il s’en démarque pour la simple raison que la façon de raconter de Damien Chazelle sait se faire personnelle et use d’une énergie positive qui marquait déjà son premier opus « Whiplash ». Oui, Chazelle a un ton, un narratif qui lui est personnel et enchante le spectateur car il s’exprime dans l’élégance des images, le jeu d’acteurs parfaitement dirigés, le savoureux mélange des genres entre fantaisie et réalité. Il y a là un tourbillon éloquent de sons, de couleurs, de sentiments, d’actualité et de retours vers le passé parfaitement dosé.  De plus, la bande sonore est de grande qualité et les acteurs époustouflants de grâce, de charme et de fantaisie. Emma Stone, que je n’appréciais guère à ses débuts, est ici transformée, délicieuse de spontanéité, d’émotion face à un Ryan Gosling délicat, élégant, tous deux chantant et dansant avec enthousiasme. On peut sans doute regretter qu’il  n’y ait  pas davantage de numéros de danse, mais je pense que cela n’aurait pas apporté grand-chose de plus au film et n’oublions pas que Emma Stone et Ryan Gosling ne sont ni Fred Astaire, ni Cyd Charisse. Mais ainsi conçu et réalisé, l’ouvrage est une réussite, ne serait-ce que parce qu’il est euphorisant, dénué de toute vulgarité, qu’il charme le spectateur par son contenu et ne cède jamais à la mièvrerie. Aussi, apprécie-t-on de passer deux heures aussi plaisantes à contempler autant d’images belles et à entendre autant de musique envoûtante.

 

pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA  AMERICAIN, cliquer  ICI

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

La La Land de Damien Chazelle
La La Land de Damien Chazelle
La La Land de Damien Chazelle
La La Land de Damien Chazelle
La La Land de Damien Chazelle
Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE - dans CINEMA AMERICAIN & CANADIEN
commenter cet article
1 décembre 2016 4 01 /12 /décembre /2016 10:57
Sully de Clint Eastwood

Le 15 janvier 2009, deux minutes après avoir décollé de l’aéroport de LaGuardia, à New York, l’Airbus A320 du vol 1549 de la US Airways est percuté par une formation de bernaches du Canada, bêtes semblables aux oies, qui met ses deux réacteurs hors d’usage. Aux commandes de l’appareil, le commandant Chesley Burnett Sullenberger, 59 ans, assisté de son copilote Jeffrey Skiles. Chesley dispose de très peu de temps pour réagir. Renonçant à se diriger vers un des aéroports de proximité alors que son avion perd de la vitesse et survole la ville, il choisit l’option, réputée très dangereuse, de l’amerrissage sur le fleuve Hudson. Bien lui en prend : cette décision d’expérience et d’instinct sauve les cent cinquante passagers, les cinq membres de l’équipage, ainsi qu’un nombre inconnu d’habitants d’une mort certaine si l’avion s’était abîmé sur un immeuble, renouvelant le cauchemar, encore très prégnant dans les mémoires, des attentats de septembre 2001.

 

 

Les médias et le grand public ont immédiatement célébré le ­héros mais on sait moins, en revanche, que le commandant Sullenberg a été soupçonné de n’avoir pas pris la bonne décision, celle de revenir à l’un des aéroports les plus proches. De ce fait, il  a été un moment soupçonné d’être  inapte à poursuivre sa carrière par la commission d’enquête du Conseil National de la Sécurité des Transports. Nous assistons ainsi aux auditions qui ont eu lieu à plusieurs reprises à l’issue du sauvetage. C’est à cette procédure, en tant qu’elle est dialectiquement liée à l’héroïsme du personnage, que s’est intéressé Clint Eastwood dans "Sully", procédure qui confère à son film tout son intérêt et donne à l’acte héroïque de ce pilote une dimension légendaire. En effet, US Airways cherche un responsable pour rembourser les frais matériels d'un Airbus irrécupérable et le réalisateur pointe ainsi du doigt la primauté universelle qui place l'argent au-dessus de la vie, faisant de son film une réflexion sur la valeur humaine lorsqu'elle défie les basses contingences matérielles. 

 

Admirable reconstituée, cette page extraordinaire de l’aviation américaine nous est contée sans rien omettre de la tension du commandant de bord et de son co-pilote, de la rapidité de réaction des divers sauveteurs, du sang-froid du personnel naviguant et de la miraculeuse présence d’esprit de tous ceux qui ont participé à ce sauvetage hors normes. Nous avons l’impression de vivre en direct cette épopée qui a stupéfié, à l’époque, la planète entière. Qui ne se souvient des toutes premières photos des rescapés attendant les secours, groupés, grelottants et terrifiés sur les ailes  de l’avion à demi immergé dans l’eau glaciale de l’Hudson ? Car cet accident a eu lieu en janvier par des températures avoisinants les moins 20°, ce qui a fait dire au copilote que s’il devait le revivre, il choisirait le mois de juillet. Trait d’humour qui clôt cette aventure incroyable, admirablement remise en image par la caméra de Clint Eastwood. Une nouvelle fois, l’acteur-réalisateur nous offre un opus enthousiasmant que l’on suit avec une attention et un intérêt qui ne se relâchent jamais. Une réussite totale autant sur le plan de la reconstitution que sur celle de l’interprétation. Un Tom Hanks très à l’aise dans son habit de pilote. Une seule réserve : il est préférable de ne pas voir ce film à la veille d'un embarquement.

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN, cliquer  ICI

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

Sully de Clint Eastwood
Sully de Clint EastwoodSully de Clint Eastwood
Sully de Clint EastwoodSully de Clint Eastwood
Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE - dans CINEMA AMERICAIN & CANADIEN
commenter cet article
9 août 2016 2 09 /08 /août /2016 08:54
Genius de Michael Grandage

Maxwell Perkins (Colin Firth), éditeur à New-York, a le don pour flairer les grands auteurs. Il publie Francis Scott Fitzgerald, puis Ernest Hemingway. Un jour, le jeune Thomas Wolfe (Jude Law) franchit sa porte avec un imposant roman qui a été refusé par tous mais qui semble bien marqué du signe du génie. Une amitié inattendue va naître entre ces deux hommes qu’une seule chose rassemble : l’amour des mots.

 

 

Une histoire vraie que Michael Grandage conte sans innover mais avec une sensibilité de bon aloi. Si Jude Law a tendance à cabotiner en interprétant cet écrivain torrentiel et insupportable, histrion non dénué de génie qui stigmatise les écrivains tourmentés, Colin Firth est, comme à son habitude, d’une grande sobriété et joue avec beaucoup de naturel un homme déchiré entre sa vie privée et son métier d’éditeur qu’il assume comme un sacerdoce. Ce film est en quelque sorte un hommage à l’art littéraire, à la puissance poétique des mots qui transfigure le réel et nous donne à voir un monde où l’exigence est toute entière focalisée sur la transmission et la transposition. Un régal. 

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN, cliquer  ICI

 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

Genius de Michael Grandage
Genius de Michael Grandage
Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE - dans CINEMA AMERICAIN & CANADIEN
commenter cet article
13 juillet 2016 3 13 /07 /juillet /2016 10:00
Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick

William et Alice forment un couple idéal : beaux, riches, ils s’aiment et vivent à Manhattan où ils fréquentent la haute société. Mais cédant à la jalousie, le couple glisse progressivement dans une errance initiatique et inquiétante et va se laisser happer par un milieu ambigu, un univers social tissé de faux-semblants et traversé de scènes ésotériques où se dilue progressivement la réalité des choses et permet au metteur en scène de  créer un climat d’une étrange intemporalité. Tout l’intérêt de l’opus est de placer le spectateur dans une constante et progressive expectative.

 


Kubrick s’accorde une grande liberté de ton et d’images comme dans les écrits freudiens et laisse la part belle à l’imagination et à l’interprétation de chacun des spectateurs. « Eyes Wide Shut » développe moins une intrigue qu’une ouverture sur un univers des possibles : nous voyons défiler dans un mélange souvent inextricable les séquences réelles et celles fantasmées de perversions diverses, sans que l’un des niveaux vienne prendre l’avantage sur l’autre. L’intrigue est conçue de telle façon qu’elle ne s’oriente jamais dans une direction précise et se contente de suggérer des possibilités d’interprétation : une silhouette inquiétante apparue au coin d’une rue fait écho au polar, tandis qu’une étrange cérémonie de masques s’imprègne de tons fantastiques. Cette composition « en arc-en-ciel » - est rendue possible grâce à la sobriété délibérée de l’esthétique : qu’il s’agisse du code chromatique ou de l’éclairage, généralement intégré au décor, aucun effet ne tombe dans l’outrance et nous autorise d’autant plus aisément  à pénétrer dans l’intimité d’un couple, de mieux comprendre les ressorts intimes de ses actes et de partager l’étrangeté d’un désir ou d’un fantasme, en ayant à l’esprit l’idée que le cinéma est bien l’univers de l’illusion et des mirages et que tous les possibles peuvent y être convoqués.


 

Dans des rôles, où ils sont constamment  - et crescendo -  les proies de l’épouvante, Nicole Kidman et Tom Cruise sont très convaincants.

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN, cliquer  ICI

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick
Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick
Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick
Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick
Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE - dans CINEMA AMERICAIN & CANADIEN
commenter cet article
12 mai 2016 4 12 /05 /mai /2016 10:11
CAFE SOCIETY de WOODY ALLEN
CAFE SOCIETY de WOODY ALLEN

 

Avec ce nouveau film, qui ouvre le Festival de Cannes 2016, Woody Allen nous prouve, si besoin était, qu’il n’a perdu ni l’inspiration, ni l’élégance, ni l’humour, ni la nostalgie qui ont baigné la quasi-totalité de son œuvre. Une fois encore, le cinéaste traite avec légèreté des choses graves et le charme puissant qui traverse sa filmographie ne cesse de l'enluminer avec bonheur. Est-ce la raison qui fait dire à certains grincheux qu'il réalise toujours le même film ? Mais tout grand artiste, qu’il soit écrivain, musicien ou peintre, ne fait jamais que creuser en permanence le même sillon. Ainsi est-il facile de trouver des points communs avec certaines de ses oeuvres précédentes : "Radio Days", "Manhattan", "Celebrity" ou "Stardust Memories", clins d’œil habiles adressés au passé. Et comment envisager l'avenir sans convoquer le passé ? Woody le sait mieux que personne.


 

New York, dans les années 30. Coincé entre des parents conflictuels, un frère gangster et la bijouterie familiale, Bobby Dorfman a le sentiment d’étouffer. Il décide donc de tenter sa chance à Hollywood où son oncle Phil, puissant agent de stars, accepte de l’engager comme coursier. À Hollywood, Bobby ( excellent Jessie Eisenberg ) ne tarde pas à tomber amoureux de la jeune et ravissante secrètaire de son oncle ( Kristen Stewart ). Malheureusement, la belle n’est pas libre et il doit se contenter de son amitié. Jusqu’au jour où elle débarque chez lui pour lui annoncer que son petit ami vient de rompre. Soudain, l’horizon s’éclaire pour Bobby et l’amour semble à portée de … coeur. Mais de nouvelles difficultés vont subvenir pour contrarier ses espérances et décider de sa vie…autrement.
 

 

Outre les années 30, décennie sacrée pour le réalisateur, et le jazz New-Orléans dont on sait combien il l'apprécie, Woody reprend  nombre de ses thèmes favoris : le juif new-yorkais, la sculpturale et tendre californienne, la délicieuse atmosphère d’un passé révolu. Chacun des personnages est conscient qu’il ne laissera pas de trace dans ce beau monde clinquant, aussi s’en remet-il à ses rêves qui expriment sans doute le meilleur de lui-même. "Dreams are dreams" se répète Bobby comme pour mieux s’en convaincre. N’est-ce pas Woody lui-même qui, méditant sur sa fin prochaine, est conscient que la poésie de l’inaccessible est ce qu’il y a en nous de plus persistant et de plus vrai. Soulignons à ce propos combien la photographie de Vittorio Storaro est pour beaucoup dans la réussite de « Café Society », oeuvre d'un magicien de l'image. Chaque plan est une merveille, d’une richesse époustouflante en matière de lumière, de couleur et de contraste. Et la même poésie se dégage de chaque scène, comme si les protagonistes baignaient dans un univers fantasmagorique. Et je n'oublierai pas la musique jazzy merveilleuse et les acteurs : la formidable prestation de Jessie Eisenberg toute en nuance et en finesse, la grâce délicate de la très jolie et charismatique Kristen Stewart qui illumine la pellicule, et les silhouettes hautes en couleur des personnages secondaires qui parcourent le film et lui confèrent sa réalité tangible, dont Ben, le beau-frère de Bobby, ce mauvais garçon qui a la gâchette facile et tue sans atermoiement, l'autre beau-frère qui se sent en permanence responsable de son prochain, enfin le père qui bougonne constamment contre le silence de Dieu - (mais pas de réponse, c'est déjà une réponse). Pour toutes ces raisons, et pour bien d’autres encore, « Café Society » ne peut être réduit à un simple prolongement de l’œuvre de Woody Allen, mais bien à une forme de renaissance, conduite de main de maître  par un expert du 7e Art et un homme aux nostalgies d’une incontestable poésie. Cela, pour notre plus grand bonheur. Courez voir ce petit bijou. Vous ne serez pas déçu.

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN où figurent bon nombre des films de Woody, cliquer  ICI

 

Et pour prendre connaissance de l'article consacré à ce réalisateur, cliquer sur son titre 

 

"Woody Allen, un génie touche à tout"

 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

CAFE SOCIETY de WOODY ALLEN
Jessie Eisenberg, Kristen Stewart et Woody Allen
Jessie Eisenberg, Kristen Stewart et Woody Allen

Jessie Eisenberg, Kristen Stewart et Woody Allen

l'actrice Blake Lively avec Jessie Eisenberg et Steve Carrel
l'actrice Blake Lively avec Jessie Eisenberg et Steve Carrel

l'actrice Blake Lively avec Jessie Eisenberg et Steve Carrel

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE - dans CINEMA AMERICAIN & CANADIEN
commenter cet article
13 avril 2016 3 13 /04 /avril /2016 08:57
La liste de Schindler de Steven Spielberg

«La liste de Shindler»  est l’histoire authentique d’Oskar Schindler, homme d’affaire autrichien, qui profita, dans un premier temps, de la guerre et de la main-d’œuvre juive à bon marché pour en tirer profit. Mais prenant conscience du génocide qui se préparait et de la barbarie nazie, il va changer son fusil d’épaule et mettre tout en œuvre pour sauver le maximum de personnes ( plus de mille ) condamnées à l’extermination dans le camp de Treblinka.

 

 

A partir de cette bouleversante histoire, Steven Spielberg a bâti un film inoubliable, le plus beau sans doute sur la shoah, son chef-d’œuvre, film qui ne reçut pas moins de 12 nominations aux Oscars dont celui du Meilleur film et du Meilleur réalisateur et qui nous pétrifie d’émotion tellement il touche juste et profond... Conscient de réaliser le film de sa vie, Spielberg oublie l’insouciance de son cinéma habituel (Jurassic Park par exemple) pour livrer un constat implacable sur l’une des périodes les plus noires de l’humanité. A travers le destin d’Oskar Schindler, Spielberg filme le travail souterrain d’un homme touché par la bienfaisance au milieu de la cruauté et de la brutalité absolues de l’Allemagne nazie, en évitant judicieusement les pièges du pathos. Servi par un noir et blanc brumeux, presque fantomatique, tout en contraste, qui convient particulièrement à la dramaturgie du sujet, le réalisateur a opté pour un narratif quasi documentaire qui sait  doser une violence à la fois latente et insoutenable. Oui, Spielberg cesse d’improviser avec sa caméra, comme il se plaît si souvent à le faire, et ne retient, en l’occurrence, que la grammaire cinématographique qu’il maîtrise à la perfection. A cette (rare) occasion, il laisse les événements  parler d’eux-mêmes, se contentant d’une rigoureuse mise en images, cela avec une austérité dont on ne peut que le féliciter. Il en résulte un témoignage d’un réalisme poignant, servi par une musique belle et des acteurs remarquables de vérité et de tempérance. Saluons au passage la performance de Liam Neeson en tout point admirable. Un film à voir et revoir car il est une leçon d’humanité face à la barbarie, barbarie qui est, hélas !, toujours d'actualité. Une palpitante lumière au plus profond des ténèbres.

 

 

Pour accéder à la liste des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN, cliquer  ICI

 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

La liste de Schindler de Steven Spielberg
La liste de Schindler de Steven Spielberg
La liste de Schindler de Steven Spielberg
La liste de Schindler de Steven Spielberg
Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE - dans CINEMA AMERICAIN & CANADIEN
commenter cet article
24 mars 2016 4 24 /03 /mars /2016 09:42
Coup de foudre à Notting Hill de Roger Michell

"Coup de foudre à Notting Hill" (  1999 ) se présente comme un habile brassage de style entre "Quatre mariages et un enterrement" et "Pretty Woman". Du premier, il reprend le producteur, le scénariste, le directeur de la photographie, l'acteur principal Hugh Grant, l'humour très british pratiquant l'autodérision et le fait de mettre en avant toute une série de personnages secondaires dont on nous présente les traits de caractère les plus marqués. Du second, il s’approprie l'actrice principale, Julia Roberts, et la trame de l'histoire, sorte de conte de fée pour grandes personnes où un couple improbable se forme, constitué de deux personnes situées à l'opposé l'une de l'autre sur l'axe de l'échelle sociale. Mélangeant rires et émotions, ce film à l’eau de rose n’a d’autre ambition que d’être  un divertissement léger et sans prétention, susceptible de satisfaire la plupart de ceux qui avaient apprécié les deux films précédents et, en effet, le succès n’a pas manqué d’être au rendez-vous, attirant autant de spectateurs en France qu'un James Bond de la haute époque.



L’un des éléments de ce succès est d'avoir été tourné au sein même d'un des quartiers les plus pittoresques de Londres, le réalisateur Roger Michell restituant parfaitement l'atmosphère si particulière de la capitale britannique et plus précisément le quartier de Notting Hill. Cela ressort d'autant plus que dans le monde d'aujourd'hui la plupart des villes d'Europe se fondent dans un moule de plus en plus stéréotypé concernant leur ambiance, leurs boutiques et les spectacles qu'elles proposent. Le film se cristallise, par ailleurs, sur l’évolution irrésistible des amours de William Thacker ( Hugh Grant ) et d’Anna Scott ( Julia Roberts ), contrariée par la célébrité de l'actrice, célébrité qui l’expose en permanence à être la cible des paparazzi. Le scénario est à la fois une satire de la presse à scandale et une charmante bluette où l'on se demande, sans vraiment s'inquiéter pour eux, comment les deux tourtereaux vont parvenir à vaincre les forces qui les éloignent continûment l'un de l'autre. La peinture aigre-douce et la mise en avant de nombreux personnages secondaires est typique du style du scénariste Richard Curtis. Chaque figure a ses côtés attachants et irritants, à l'image de Spike (Rhys Ifans), le colocataire de William, doté d'un humour plus que douteux. La sœur de William, Honey (Emma Chambers) est une godiche empruntée à souhait, tandis que la personne la plus sensée de l’entourage, Bella (Gina McKee) est clouée dans un fauteuil roulant, mais sait faire preuve d'une vraie joie de vivre. Si l'on ajoute à l'entourage de William, Martin, son employé à la librairie (James Dreyfus), et Bernie, un agent de change gaffeur (Hugh Bonneville), on obtient une joyeuse bande de citoyens ordinaires avec leur vie de tous les jours, leurs travers, leurs émotions et leurs rêves. Tous souhaitent le bonheur de William et ont immédiatement adopté Anna qui force la sympathie par son charme et sa simplicité.


 

Mais le mérite principal de l’opus revient indiscutablement à la présence de deux acteurs qui rivalisent de charme : la délicieuse Julia Roberts qui est alors au faîte de sa grâce et à Hugh Grant, véritablement irrésistible en Roméo de quartier. Devenue culte, cette comédie romantique, aussi convenue qu’elle soit, leur doit l’essentiel de sa séduction.

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN, cliquer  ICI

 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL


 

Coup de foudre à Notting Hill de Roger Michell
Coup de foudre à Notting Hill de Roger Michell
Coup de foudre à Notting Hill de Roger Michell
Coup de foudre à Notting Hill de Roger Michell
Coup de foudre à Notting Hill de Roger Michell
Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE - dans CINEMA AMERICAIN & CANADIEN
commenter cet article

Présentation

  • : LA PLUME ET L'IMAGE
  • LA PLUME ET L'IMAGE
  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
  • Contact

Profil

  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.

Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

ET SI VOUS PREFEREZ L'EVASION PAR LES MOTS, LA LITTERATURE ET LES VOYAGES, RENDEZ-VOUS SUR MON AUTRE BLOG :  INTERLIGNE

 

poesie-est-lendroit-silence-michel-camus-L-1 

 

Les derniers films vus et critiqués : 
 
  yves-saint-laurent-le-film-de-jalil-lespert (1) PHILOMENA UK POSTER STEVE COOGAN JUDI DENCH (1) un-max-boublil-pret-a-tout-dans-la-comedie-romantique-de-ni

Mes coups de coeur    

 

4-e-toiles


affiche-I-Wish-225x300

   

 

The-Artist-MIchel-Hazanavicius

 

Million Dollar Baby French front 

 

5-etoiles

 

critique-la-grande-illusion-renoir4

 

claudiaotguepard 

 

affiche-pouses-et-concubines 

 

 

MES FESTIVALS

 


12e-festival-film-asiatique-deauville-L-1

 

 13e-FFA-20111

 

deauville-copie-1 


15-festival-du-film-asiatique-de-deauville

 

 

Recherche