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25 mai 2015 1 25 /05 /mai /2015 10:16
LA MAISON AU TOIT ROUGE de YOJI YAMADA

Nous sommes au Japon en 1936. Taki quitte sa campagne natale pour travailler comme bonne dans une petite maison bourgeoise en banlieue de Tokyo. C’est le paisible foyer de Tokiko, son mari Masaki et leur fils de 6 ans. Mais quand Ikatura, le nouveau collègue de Masaki qui travaille dans l'industrie du jouet, entre dans leurs vies, Tokiko est irrésistiblement attirée par ce jeune homme beau, sentimental et délicat, et Taki devient le témoin de leur amour clandestin. Alors que la guerre éclate, elle devra prendre une terrible décision. Soixante ans plus tard, à la mort de Taki, son petit neveu Takeshi, qui l'a incitée à rédiger ses mémoires,  trouve dans ses affaires une enveloppe scellée qui contient une lettre. Il découvre alors la vérité sur ce secret si longtemps gardé. 


 

Avec son style épuré, principalement composé de plans fixes et de flash-backs, « La Maison au toit rouge » dépeint avec intelligence et sensibilité une tranche de vie au travers des affres de l’Histoire avec un grand H et instaure une merveilleuse atmosphère intimiste. Le choix de la couleur rouge n’est pas neutre pour la simple raison qu’elle tranche volontairement sur le décor monochrome si courant dans les années 1930 et symbolise la transgression que s’apprête à vivre une famille classique dans le Japon d’alors. D’autre part, au cœur de cette société figée dans ses codes sociaux et familiaux immuables, le rouge écarlate se démarque par sa connotation de richesse, d’abondance et exprime la passion soudaine qui s’empare d’une jeune femme d’une grande beauté tenue dans les étroites frontières du domicile conjugal et de la vie domestique. Enfin le rouge est là pour marquer les effroyables événements qui se préparent : la guerre et les bombes d’Hiroshima et de Nagasaki, enfin les bombardements de Tokyo durant lesquels la famille disparaîtra. C’est donc la couleur du sang et de  la mort après celle de la passion.

 


Le réalisateur, Yoji Yamada (La Servante et le samouraï),  filme cette vie familiale discrète d’une caméra délicate et avec une grande justesse de ton, privilégiant le hors champ afin de souligner l’adultère et l’expression physique des sentiments. Grâce à ce procédé, le voyeurisme de la servante s’exprime avec la pudeur nécessaire sans que rien ne soit gommé de son intensité de témoin confiné dans l’ombre. Cette construction narrative est en parfaite adéquation avec le sujet : une vie close sur elle-même et déjà ouverte aux affres d’un monde en pleine mutation, à la croisée des chemins entre passé et avenir. Et ce n’est pas tellement l’histoire d’amour d’un artiste en sursis de guerre et d’une jeune épouse insatisfaite que nous conte le réalisateur, mais tout autant celle d’une servante qui devient adulte et de témoin passif s’immisce dans l’histoire interdite qui se déroule sous ses yeux, au point de s’opposer à sa conclusion.


 

Il y a aussi le rôle de l’enfant qui tient une place importante dans cette construction, puisqu’à la fin il sera le dépositaire d’un secret qui a hanté toute la vie de la servante Taki. Je n’en dirai pas plus, mais ce film est un chant douloureux et pudique d’une tranche d’histoire très joliment traduite en images, cela avec sobriété et une lenteur qui fixe les traits de chacun des personnages de façon captivante.

 

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LA MAISON AU TOIT ROUGE de YOJI YAMADA
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Published by Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE - dans CINEMA ASIATIQUE
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commentaires

voyance par mail 01/09/2016 13:27

Un grand merci pour cet article très clair !! Belle journée

Alain 29/05/2015 18:02

Bonjour Armelle. J'étais à peu près certain que ce film vous plairait. Heureux que vous ayez pu le voir. Si vous me permettez je vous conseille "Une femme iranienne". J'ai fait une critique qui ne veut rien dire tant l'émotion ressentie me bouleverse encore. Vraiment, si vous en avez la possibilité, laissez-vous tenter. Très bon week-end à vous tous.

Edmée De Xhavée 25/05/2015 13:26

Et bien entendu... je suis très attirée. Finalement, ce thème "horrible" de l'attraction (fatale?) pour un homme qui apporte avec lui un vent d'ailleurs est un thème universel: Charulata, Madame Bovary, et toutes ces histoires d'une infidélité que l'on comprend, l'infidélité de femmes "normales" et humbles, bonnes...

armelle 26/05/2015 09:04

Je pense que le film vous plairait beaucoup. il est traité avec finesse et délicatesse et puis c'est une immersion dans la vie quotidienne d'une famille japonaise dans les années qui ont précédé la guerre.

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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

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