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20 août 2006 7 20 /08 /août /2006 10:43

LE_FESTIN_DE_BABETTE.jpg      VIDEO

                                                          

Une nuit d'orage de l'an 1871, Babette, fuyant les troubles de la Commune, débarque sur la côte danoise, dans un petit port du Jutland. Recommandée par un ami commun, elle frappe à la porte de la maison de deux vieilles demoiselles, Martine et Filippa, filles de pasteur, qui acceptent de la prendre à leur service. Elle, qui connut la renommée en tant que cuisinière au " Café de France " à Paris, va s'accommoder de ce rôle discret de servante au sein d'une famille luthérienne austère. En effet, le père des deux demoiselles était un pasteur autoritaire et rigide qui avait fondé une congrégation dont ses filles perpétuent la tradition en réunissant régulièrement ses derniers disciples. Ces rencontres ont lieu autour d'un goûter sobre et frugal et sont l'occasion d'échanges d'idées et de réflexions et de temps de prière, mais il y manque l'allégresse. L'âpreté de la vie dans cette contrée battue par les vents inspire une rigueur morale et spirituelle qui relègue aux oubliettes les plaisirs de la chair. Confinée dans sa cuisine, Babette y mange sa soupe au pain et s'arrange avec bonne humeur de cette existence si éloignée de celle qu'elle a connue à Paris. Ce, jusqu'au jour où un billet de loterie gagnant lui permet de disposer d'une somme importante, qu'elle va consacrer à la réalisation d'un vrai repas français. Tout d'abord l'idée de ce repas va provoquer la suspicion. D'autant plus, lorsqu'on livre des denrées inconnues et des vins au domicile du pasteur. Babette s'active derrière ses fourneaux, toute au bonheur de ce don de son argent et de son labeur qu'elle fait à cette petite communauté qui sut l'accueillir. Dans la salle à manger, la rude table en bois est habillée pour l'occasion. La fête commence. Mais les invités y arrivent avec méfiance, dans un silence presque hostile. La cuisinière a donné le meilleur d'elle-même, tant dans l'élaboration des plats que dans leur présentation, afin que tous les sens soient conviés à ce banquet. Ce n'est ni plus, ni moins, l'oeuvre d'une artiste, le festin qui doit délivrer les coeurs de leur sévérité, l'invitation à la table de partage d'où chaque convive ressortira transformé.

 

festin-de-babette-1987-07-g.jpg


Comme dans un conte, on entre dans Le festin de Babette  ( 1987 ) par la voix de Michel Bouquet. Impression d'une petite communauté qui vit hors du temps, dans un pays d'exil, avec ses chaumes humides, ses maisons basses, ses brumes fréquentes. Gabriel Axel est resté proche du beau texte de Karen Blixen  respectant sa construction et se montrant fidèle à son esprit. Film intimiste, s'il en est, dans la tradition des maîtres de la peinture flamande et du cinéma en clair-obscur de Carl Dreyer, dont Axel se veut le successeur.
Au cours de ce repas, les langues se délient enfin, tant il est vrai que la fête délivre des soucis médiocres. Chacun raconte un moment important de sa vie. Ce festin n'est pas sans rappeler le repas eucharistique et les noces de Cana. Le discours du vieux général, qui clôt le banquet, annonce la réconciliation de la chair et de l'esprit, du renoncé et de l'offert. La gratuité du don dénoue les coeurs et invite à la louange, à la libération, à la joie, au dessaisissement de soi par amour, l'amour comme exercice du coeur.

 

festin-de-babette-1987-03-g

 

Gabriel Axel a fait en sorte de placer Babette au centre de son film et s'est appliqué à faire d'elle un personnage lumineux, proprement évangélique, interprété à la perfection par Stéphane Audran qui trouve là son plus beau rôle. Sa retenue, son sourire, son regard énigmatique rendent tangibles le pouvoir rayonnant qu'elle exerce sur cette société dévote et puritaine. Plus tard, penchée au-dessus de ses marmites, tandis que la caméra suit le moindre de ses gestes, elle réussit le miracle de la réconciliation entre les deux mondes et exalte l'artiste et l'art comme principes fondateurs du plaisir et de sa satisfaction. Ce film est en quelque sorte un hymne au pouvoir créateur que résume très bien le général Löwenhielm par cette simple phrase : " Transformer un repas en une espèce d'affaire d'amour qui ne fait plus la distinction entre appétit physique et appétit spirituel".

 

festin-de-babette-1987-01-g.jpg


C'est donc sur tous les plans une réussite absolue, non seulement parce que l'histoire est belle mais parce qu'elle prouve que par des actes simples, humbles même, les esprits peuvent se libérer et les coeurs s'épancher davantage. On entre dans une vraie communion dont la gratuité est la clé de voûte. D'ailleurs la chaleur qui émane de la cuisine, où Babette s'active à la préparation de ses mets, tranche avec l'austérité des paysages environnants, bien qu'admirablement mis en valeur, comme dans les toiles des peintres flamands, par le chef opérateur Henning Kristiansen. C'est d'autre part une célébration du don de soi et du bonheur de vivre qui réunit en un festin somptueux tous les sens en un grand moment de plaisir et de volupté.

 

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Le film a été couronné en 1988 par l'Oscar du meilleur film étranger.

 

Pour lire l'article que j'ai consacré à Stéphane Audra, cliquer sur son titre :   STEPHANE AUDRAN - PORTRAIT

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA EUROPEEN, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 

festin-de-babette-1987-06-g.jpg

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Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA EUROPEEN & MEDITERRANEEN
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commentaires

Armelle 09/07/2012 09:55

Merci Monique. Comme vous j'aime énormément Karen Blixen, un auteur magnifique qui méritait le prix Nobel qu'elle failli recevoir. Mais finalement, c'est Hemingway, un écrivain que j'aime moins
mais qui avait le sens de la mise en scène, qui l'a emporté.Par chance, les deux films inspirés de son oeuvre , que ce soit "Out of Africa" ou "Le festin de Babette" sont des réussites.

monique 09/07/2012 09:37

comme le temps passe vite, j'ai vu ce film et je ne pensais pas que tant d'années étaient déjà passées. c'est un petit joyau ce film dont on se souvient longtemps. c'est un tableau, un don du coeur
et comme dans out of Africa Stephan Audran autant que Meryl Streep ajoute une veracité au film, une sorte d'aura, en sortant on se demande si nous avons vraiment assisté à une séance, à un film où
si c'était une histoire que nous venions de vivre, de partager. j'ai lu le livre, il dort dans ma bibliothèque et je vais le sortir à nouveau. j'aime Karen Bleexen, j'ai lu quelques poêmes,
j'aimerai tant un jour aller visiter sa maison au Kenya. Merci Armelle merci. Monique

Frizlangueur 17/10/2008 17:13

Merci mille fois ! Ce film mérite une telle critique ! Vu la première fois au cinéma il y a 20 ans, c'est l'un des rares films que je me repasse régulièrement ! Somptueux d'intelligence !

sensørie 12/08/2006 21:17

l'esprit des motsMerci pour cette mise en lumière du film et au-delà, du sens de la vie.
J'ai été amenée ici par l'expression "cuisine spirituelle", je suis une femme d'images et vibre souvent difficilement à l'écriture (le style est souvent trop présent pour ma sensibilité !) or, ce texte, en un seul souffle, offre à ma recherche un bonheur, celui de l'esprit des mots.
Ah ben ça alors, c'est bien la première fois ! Quelle belle découverte :-)

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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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