15 mai 2012 2 15 /05 /mai /2012 08:32

     Warner Bros. France  Zentropa Entertainments

                                              QUELQUES PALMES D'OR

 

Le Festival de Cannes n'est plus ce qu'il était - se plaignent de nombreux journalistes et festivaliers de la première heure qui eurent le privilège de connaître l'époque où l'on croisait Burt Lancaster en bras de chemise sur la Croisette et où l'on assistait, sur la terrasse de l'ancien palais, à l'interview de Luchino Visconti. Il y avait alors à Cannes une ambiance bon enfant, un air de fête villageoise où des stars sans lunettes noires, ni gardes du corps déambulaient joyeusement dans les rues comme n'importe quel quidam, sensibles au charme que distillait cette station balnéaire qui suspendait ses lampions et faisait retentir ses flonflons avec une délicieuse fierté provinciale. Et tandis que le soleil répandait sans réserve ses rayons printaniers sur les collines environnantes, on apercevait Brigitte Bardot et Jacques Charrier devisant sous la tonnelle de la "Maison des Pêcheurs", un restaurant d'Antibes remplacé de nos jours par un hôtel de luxe.

 

Il faut reconnaître que la ville de Cannes n'était pas ce qu'elle est aujourd'hui, soit, durant une douzaine de jours, le lieu le plus médiatisé et l'Olympe patentée des dieux et déesses du 7e Art. Nouveau palais, nouvelle équipe dirigeante, nouvelles générations, nouvelles techniques, nouveaux regards, le Festival n'a pas cessé de grandir et d'innover depuis les années 50, devenant la plus grande manifestation cinématographique du monde, mais c'est cette surdimension qui lui a fait perdre une grande part de son âme. Un vent de feuilles mortes, évoquant le temps d'un Festival champagne avec ses films classiques et ses batailles de fleurs, souffle avec nostalgie dans les vastes espaces où se déploie, derrière une sorte de cordon sanitaires, les riches heures des tractations. Qu'il parait lointain ce paradis perdu, désormais soluble dans la foule bruyante qui se presse avec ses cartes magnétiques et ses accréditations infalsifiables ! Grâce à l'achat et la vente des longs métrages, le Festival a engendré un marché officieux et lucratif et démontré en 1996, par exemple, avec plus de 400 films et 800 projections son incontestable dynamisme dans le négoce. Jadis, même aux pires moments d'accélération, Cannes conservait sa fraîcheur, celle des petites villes du sud qui semblent avoir été posées par des fées bienfaisantes au bord d'une mer indigo, dans le seul souci de faire rêver les peintres, les poètes, les cinéastes et les starlettes en mal de célébrité. Rien à voir avec la course au profit actuelle qui a transformé l'art cinématographique en un marché où s'opère une sélection draconienne très souvent influencée par des impératifs politiques, ce qui permet aux critiques de s'écharper par journaux et médias interposés. Quant au rêve, il n'a cessé de s'éloigner. Consignés derrière des barrières, découragés par un service d'ordre musclé, l'amateur, le fan, le badaud, ou plus simplement le vulgaire pékin n'a d'autre consolation que d'entrevoir fugacement ses vedettes préférées gravissant cérémonieusement les marches de l'Olympe ou cadenassées dans leurs limousines aux vitres fumées qui s'empressent de les conduire à leur club privé ou à leur palace.

 

Il fallait venir, il y a vingt-cinq ans - racontent les habitués. C'est simple, vers cinq heures, quand on avait fini de travailler, on appelait Kirk Douglas et on allait faire une pétanque sur la Croisette - se souvient une envoyée spéciale de Paris Match. Tandis qu'une de ses consoeurs renchérit en affirmant : L'argent ne coulait pas à flots, mais les rires, si ! 

 
Aujourd'hui on rit jaune ou on ne rit plus. Le business a tout envahi. On ne parle plus que chiffres et rentabilitéSi bien que se pose la question : ce Festival fait-il toujours rêver ?  Oui, sans aucun doute, les compagnies cinématographiques et les hommes d'affaires internationaux qui ont fait du cinéma l'art le plus populaire et, par conséquent, le plus médiatisé. On ne concentrera jamais autant de curiosité et d'intérêt autour d'un écrivain, d'un peintre ou d'un poète qu'auprès d'un réalisateur ou d'un acteur. C'est une évidence. D'autre part, le cinéma brassera nos rêves encore longtemps tant il est une fenêtre extraordinaire ouverte sur le monde, un guetteur et une sentinelle avancée. Ce qui prête moins au rêve est l'institution en elle-même, cette foire aux vanités que les images propagent. Dans une actualité de plus en plus difficile, Cannes se devrait de se montrer plus artistique que mondaine, plus vraie que factice, plus proche des cinéphiles que des magnats de l'argent et plus discrète que tapageuse.

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans MES BILANS
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commentaires

Thérèse 17/05/2012

Trop d'argent en jeu pour que ce soit une usine à rêve.

Alain 22/05/2012

Comme tout ça est vrai. Le temps où les acteurs étaient, avant tout, des comédiens L’époque à laquelle le talent primait sur la paraître et où la fête du cinéma méritait encore ce titre. Je fais
mon "vieux con" mais je viens de lire un article du Monde assez évocateur sur la déliquescence dans laquelle sombre cet évènement. Je vous envoie le lien ci-dessous. Bonne soirée chère Armelle, à
bientôt. http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2012/05/22/cannes-2012-combien-faut-il-debourser-pour-interviewer-brad-pitt/#xtor=RSS-3208

palilia 24/05/2012

bonsoir Armelle : sur toutes tes affichettes de film, il n'y en a que deux que je n'ai pas vus. J'ai fait des progrès... et puis je trouve que ton texte libre à droite des articles est très bien
fait entre écriture et photos. C'est nouveau ou je n'y avais pas prêté attention ?

Armelle 25/05/2012

Tu deviens une distinguée cinéphile tout simplement, Palilia !

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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
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