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21 mai 2006 7 21 /05 /mai /2006 08:19

Carlotta Films



Comencini connut la notoriété avec des films comme "Pain, amour et fantaisie",  "Pain, amour et jalousie", "La Storia", où il décrivait la vie ordinaire du peuple italien et fut donc classé aussitôt comme un artisan qui donne à rêver, non comme un auteur. " On ne peut pas avoir une attitude publique contre la société de consommation " confiait-il   en 1979,  et en même temps, contribuer, avec des films publicitaires, à maintenir cet état de chose ". 

 

 

Né le 8 juin 1916, il fit ses études secondaires en France, avant de regagner Milan et d'y obtenir un diplôme d'architecte en 1939. Il dit avoir été marqué principalement par deux livres : "Les Faux-Monnayeurs" de Gide et "L'Evangile". En rencontrant Alberto Lattuada, il prend goût au cinéma, se familiarise avec la technique et fonde une cinémathèque privée. Elle est à l'origine de l'actuelle cinémathèque de Milan. Durant la guerre, il sera assistant-réalisateur et en 1946 travaille à la rubrique culturelle d'un quotidien socialiste Avanti. Son premier documentaire "Bambini in città" est consacré à des enfants des quartiers dévastés de Milan qui tentent de se créer un monde imaginaire supportable pour survivre. Présenté à Cannes et à Venise, il est remarqué par Carlo Ponti qui propose à son auteur un remake d'un film américain à succès "Boy's Town", dont l'histoire est celle d'un prêtre qui s'essaie avec succès à récupérer des enfants en perdition. Plus tard, dans "Proibito rubare", Comencini oppose l'idéalisme d'un jeune prêtre à la violence des quartiers difficiles, film qui sera un échec commercial, si bien que, pour se remettre à flot financièrement, le cinéaste se voit dans l'obligation de commettre une comédie assez médiocre qui n'a d'autre ambition que de tailler un costume sur mesure au comique italien Toto.

 

 

Son premier vrai succès, Comencini l'obtient avec  "Pain, amour et fantaisie". Dans le rôle d'un maréchal des logis qui préfère courir les filles que de s'acquitter de ses tâches, Vittorio de Sica est inénarrable et Gina Lollobrigida, dont ce sont là les débuts, pulpeuse à souhait. Le film sera bien accueilli par la critique et Alberto Moravia y verra même : "le passage du film néoréaliste à la comédie de dialecte. D'une authenticité de contenu et de documentation à une authenticité d'art et de langage".

 

 

"La Grande Pagaille", en 1960, reçoit également un bon accueil, alors que le film précédent "Fenêtre sur Luna Park" ( 1956 ), film personnel où Comencini poursuit sa réflexion sur l'enfance, est un cruel échec. " Le film est émouvant, mais à quoi bon s'attarder sur la misère dans les taudis ? " aurait déclaré un ministre italien de l'époque. L'incompris, qu'il tourne en 1967, est lui aussi très mal accueilli à Cannes, mais sera réhabilité dix ans plus tard, au point d'être considéré, aujourd'hui, comme le chef-d'oeuvre du mélodrame sur l'enfance, la critique s'étant aperçue, mais un peu tard, que le cinéma italien ne se réduisait pas aux seuls Rosselini, Visconti et Fellini. Par la suite, Comencini se consacrera à des oeuvres majeures plus connues : "Casanova", "Un adolescent à Venise" ( 1969 ), "Les aventures de Pinocchio" (1972 ), "L'argent de la vieille" ( 1972 ), "Un vrai crime d'amour" ( 1973 ), "Mon Dieu, comment suis-je tombé si bas ?" ( 1974 ). Ce grand cinéaste ne compte pas moins de 48 films à son actif. Moraliste, il pose sur la condition humaine un regard sans complaisance et peu de cinéastes ont aussi vigoureusement souligné le désarroi de notre société contemporaine. Comencini avait pour souci constant de réaliser des oeuvres capables de faire réfléchir sur les sujets les plus graves sans perdre de vue les règles du spectacle. 

 


Carlotta Films   


Avec "L'Incompris" il traite d'un des sujets qui lui tient le plus à coeur : l'enfance. L'histoire est celle d'un Consul de Grande-Bretagne en poste à Florence, Sir Duncombe, qui vient de perdre sa jeune femme. Le film commence alors que le père désemparé annonce à son fils Andréa, âgé de dix ans, la terrible nouvelle, lui demandant de garder le secret pour protéger son jeune frère de cinq ans, qu'il juge trop vulnérable pour apprendre la vérité. Il est donc convenu entre le père et son aîné que l'on fera croire à Milo que leur maman s'est absentée pour un long voyage... Andréa, conscient de ses responsabilités, accepte de jouer le jeu et s'y emploie si bien que Sir Duncombe finit par penser que l'aîné est insensible et indifférent. Bien sûr, il n'en est rien, mais pour mieux donner le change, le jeune Andréa affiche une attitude distante, s'isolant dans son chagrin et affichant  un visage impénétrable.

 

 

Arrive alors, dans la belle demeure florentine, un oncle qui a vite fait de percer le mystère et de comprendre que l'aîné est sans doute plus vulnérable que le benjamin, sa réserve n'ayant d'autre raison que de cacher un immense désarroi. Il en parle à Sir Duncombe, qui prend ses propos au sérieux, et décide de se rendre à Rome pour faire découvrir la ville éternelle à Andréa. A l'annonce de ce départ, Milo, jaloux, déploie tout son charme, use de cajoleries, afin de faire échouer le projet. D'autant qu'une opération des amygdales, à la suite d'un gros rhume, tombe fort à propos. Le voyage est annulé. Andréa se sent plus seul que jamais et imagine que son père ne l'aime pas, réservant tout son amour et son attention à son frère. 

 

 

Un jour, pour se lancer un défi et se prouver à lui-même qu'il est un homme, Andréa s'aventure sur une branche au-dessus d'un étang, tombe et se brise la colonne vertébrale. Le film s'achève sur la mort de l'enfant que son père, désespéré, veille, ayant enfin compris que ce défi n'était autre qu'un appel au secours. Mais le drame s'accomplit et le père ne peut plus que murmurer : Tu es vraiment le fils que tout père voudrait avoir.

 

 

Ce long métrage, de facture serrée, est servi par un scénario sobre et implacable, des images belles, une interprétation admirable ( particulièrement celle des deux enfants ) et assez de distance pour que le film ne sombre jamais dans le mélo. Tout est suggéré avec tact et délicatesse, sans aucune insistance malencontreuse ou trop appuyée. Pourtant ce très beau film fut littéralement massacré par la critique officielle. Yvonne Baby osa écrire dans Le Monde :
"Luigi Comencini a exploité les pires effets mélodramatiques pour spéculer sur la sensibilité des spectateurs faciles à attendrir. Deux enfants de cinq et dix ans ont été les principales victimes de cette spéculation bassement sentimentale ; pendant près de deux heures, ils nous ont fait assister à un incroyable numéro de cabotinage et de niaiserie. (...) Voilà ce qu'on peut arriver à faire quand on trahit l'enfance et qu'on méprise à la fois le cinéma et le public".
Il est vrai que les années 60 marquent l'apogée du mépris que les intellectuels nourrissent alors pour ce qu'il est convenu d'appeler " la culture populaire". Pour qu'un film soit considéré comme une réussite, il faut qu'il brasse des idées, non de viles émotions.

 

 

Or, celui-ci, est d'une vérité que nous sommes en mesure, hélas ! de vérifier chaque jour. Connaissons-nous nos proches ? Nous connaissons-nous nous-même ? "L'incompris" nous alerte sur la difficulté quotidienne que nous éprouvons à communiquer. L'autre n'est-il pas trop souvent l'inconnu que l'on ne peut, que l'on ne sait ni accueillir, ni comprendre ? Et cela au sein de nos familles, de nos couples ! Quel père, quelle mère ne se sont pas trouvés démunis face au silence de leur enfant ? Quel est celui qui ne s'est pas trompé en croyant bien faire ? Car Sir  Duncombe ne veut, ne cherche qu'à bien faire. Mais il se trompe, se méprend avec la meilleure volonté du monde. Un tel film nous remet en cause sur la façon dont nous gérons nos sentiments.  Il nous rappelle que nous n'avons jamais assez - chevillé au coeur - le goût de l'autre. Ce seul rappel suffit à faire de "L'incompris" une belle oeuvre. 

 

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Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA EUROPEEN & MEDITERRANEEN
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commentaires

Edmée De Xhavée 22/08/2016 22:27

Je ne sais plus si je l'ai vu ou non... Le titre m'est très familier et certains angles de "l'histoire" aussi, mais ce soir... de retour de Normandie où j'ai eu le plaisir de vous revoir, Armelle, j'ai au trop à faire pour regarder la télévision. Zut...

Edmée 15/01/2011 17:01

J'aime beaucoup le cinéma italien, Comencini compris. Et je suis ravie de lire cet article, car lors de mon retour en Belgique, j'ai bien dans l'idée de revisiter tous ces films bien au chaud chez moi!

Merci!

alain-92 15/01/2011 12:51

Bonjour Armelle, ce nouvel article est, une fois de plus, magnifique. Je viens de le lire à deux reprises et dans "vos mots" les images de ce remarquable film reviennent en mémoire. Par dessus-tout, je retiens votre dernier paragraphe. Bravo et merci.

Desiderio 03/12/2008 18:18

Merci et bravo (je devrais dire brava!) pour cet hommage appuyé et tout à fait mérité à "L'Incompris", film "difficile" sans doute, mais assurément l'un des meilleurs consacrés à l'enfance et à la difficulté, voire à l'impossibilité de communiquer...
La critique du "Monde" permet de relativiser, s'il en était besoin, l'importance et la qualité d'une certaine intelligentsia parisienne; à cet égard, on peut penser que Comencini l'a tout de même échappé belle: "Télérama" n'existait pas encore! Signalons toutefois, au sujet de la critique évoquée, qu'une petite erreur (de frappe probablement) s'est glissée quant au nom de la journaliste. Son prénom était bien Yvonne mais son patronyme n'était pas Raby mais Baby - ce qui explique peut-être l'immaturité de son propos...

Dieu merci! Luigi Comencini n'a pas été "massacré" par ce coup-là, et il a continué à réaliser d'autres films remarquables, dont certains avaient pour thème l'enfance, comme "Eugenio", ou " Un enfant de Calabre". Mais ce détail désagréable a dû le toucher, lui qui était si francophile et parfaitement bilingue. Plus exactement, il parlait parfaitement le français avec un accent toulousain très marqué, l'accent toulousain des hommes de sa génération et qui est hélas (?) en voie de disparition, comme l'Occitan qui en est le substrat. De passage à Toulouse pour la présentation de son film "Eugenio", Comencini répondit à un journaliste de la télévision locale, lequel s'étonnait de son accent toulousain, que ce dernier n'avait rien d'étonnant puisqu'il avait vécu et étudié à la Faculté des Lettres de Toulouse où il avait encore de nombreux amis. Je profite de l'occasion qui m'est offerte de préciser ce détail qui ne figure jamais dans ses biographies. On évoque toujours les études secondaires en France mais jamais ses études supérieures à Toulouse avant de partir définitivement pour l'Italie afin d' entreprendre des études d'architecte avant de devenir l'un des représentants les plus éminents du meilleur cinéma qu'il y eût en Europe au vingtième siècle. A noter pour terminer que Comencini a eu deux filles, Francesca et Christina qui ont hérité de leur père, outre la francophilie, la passion pour la littérature et le cinéma. Je ne connais malheureusement pas l'oeuvre de Francesca, mais je sais que Christina est une très grande romancière et une cinéaste qui n'a rien a envier à son padre Luigi. Son film " La bestia nel cuore" est tout à fait dans la lignée de cet immense film qu'est "L'Incompris".

Merci encore, grazie di cuore

dasola 10/04/2007 20:16

Merci pour votre commantaire sur Ne touchez pas la hache et votre billet sur l'Incompris me rappelle bien l'histoire déchirante de ce jeune garçon. C'est la première fois que je pleurais autant au cinéma.

kleinhase 08/04/2007 12:56

Bonjour !

Tout d'abord, merci pour vos petits commentaires sur mon blog, ça m'a fait très plaisir ;-) Je viens de lire votre critique sur "L'Incompris" et j'en suis tout simplement bluffée ! Votre analyse sur ce film est tout à fait juste et elle traduit parfaitement la société dans laquelle nous vivons, une société où, hélas, nous nous intéressons peu aux autres personnes qui nous entourent...

Je vous mets dans mes favoris. A bientôt !

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