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2 février 2022 3 02 /02 /février /2022 09:48
LA FILLE COUPEE EN DEUX de CLAUDE CHABROL

   

Inspiré d'un fait divers américain, l'assassinat en 1906 d'un célèbre architecte Stanford White par l'époux de son ex-maîtresse, une jeune actrice de music-hall, et de  "La fille sur la balançoire " (1955), l'excellent film de  Richard Fleischer,   La fille coupée en deux  de  Claude Chabrol  décrit l'ambition d'une jeune femme, présentatrice météo sur une chaîne de télévision locale, d'abord éprise d'un écrivain en vogue égotique et pervers, puis d'un jeune héritier déjanté et suicidaire, dont les amours partagées aboutiront à un drame trop bien annoncé pour surprendre aucun des spectateurs, et nous immerge dans le microcosme médiato-culturel de la télévision et de l'édition.


Chabrol, qui se considère volontiers comme "l'impitoyable anatomiste des passions humaines",  ne nous fait grâce d'aucune des perversions de ce milieu restreint et nous le dépeint avec une sombre férocité qui, malheureusement, n'échappe pas au trait excessif et caricatural, au point de gâter notre plaisir et de nuire à la cohérence psychologique des personnages. Ce maître du trompe-l'oeil, qui se plait depuis  Le beau Serge  à dénoncer les faux-semblants et les tares de notre société, nous livre ici un scénario trop outrancier, une intrigue qui dégénère assez vite en une farce dans laquelle le fils à papa, dandy de sous-préfecture, campé par un  Benoît Magimel  auquel on en demande trop et qui surcharge son rôle de façon à ce qu'il ne soit plus crédible, coopèrent pour rendre peu vraisemblable cette histoire de séduction et de vengeance. Je suis sortie déçue de cette projection, alors que je m'y rendais sans aucun à-priori, étant une admiratrice du cinéaste dont je considère certains de ses films comme d'incontestables chefs-d'oeuvre.

 

Là, le savoir-faire de Chabrol, son rythme de découpage incisif et percutant, l'atmosphère qu'il sait créer dès les premières images, moment où le décor, les personnages, les situations se mettent en place, ce talent où se mêlent dérision et subtilité ne fonctionne pas à plein et nous laisse sur une amère déception. On ne retrouve pas le grand Chabrol que nous avons apprécié et dont chacun des films était une leçon du style le plus décapant qui soit. Là, on subit un échantillonnage d'êtres en rupture avec eux-mêmes, figés dans des compositions paroxysmiques dont on ne peut croire qu'elles sont l'ordinaire de notre temps. Seule Ludivine Sagnier  nous touche, lors des premières scènes, quand la jeune fille, qu'elle est sensée représenter, découvre le monde corrompu dans lequel son amant tente de l'entraîner... un moment de grâce.

 

Pour prendre connaissance de l'article consacré à Claude Chabrol, cliquer sur son titre :

 

CLAUDE CHABROL OU UNE PEINTURE AU VITRIOL DE NOTRE SOCIETE

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, dont La femme infidèle, Le beau Serge et Que la bête meure, cliquer sur le lien ci-dessous :
 

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 


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LA FILLE COUPEE EN DEUX de CLAUDE CHABROL
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26 janvier 2022 3 26 /01 /janvier /2022 11:30
Adieu Monsieur Haffmann de Fred Cavayé

Paris 1941. Inquiet de la tournure que prennent les événements, le juif Joseph Haffmann (Daniel Auteuil), joaillier installé dans la capitale avec sa femme et ses trois enfants, pense que le temps est venu de se réfugier en France libre tant l’étau se resserre dangereusement et que les persécutions nazies se précisent. Sa femme et ses enfants sont déjà partis lorsque celui-ci, ayant négocié son affaire auprès de son employé, peut lui confier la boutique et l’appartement le temps que durera cette sinistre guerre. Malheureusement, depuis le départ de sa femme et de ses enfants, l’étau s’est resserré au point que Joseph Haffmann est obligé de rester sur place, dans la cave de sa propre boutique, nourri et caché par son employé et son épouse. Cohabitation d’autant plus compliquée que ce dernier n’hésite pas à satisfaire les exigences et les caprices d’une clientèle allemande qui se rend de plus en plus souvent dans la boutique dont l'enseigne a bien évidemment changé. En effet, François Mercier (Gilles Lellouche) voit ici l’occasion de connaitre davantage de confort et surtout de permettre à sa femme de quitter son emploi et de vivre plus bourgeoisement auprès de son mari claudiquant qui ne parvient même pas à lui faire un enfant et bénéficie ainsi et, momentanément, d’une forme de revanche sur le mauvais sort.

 

Cette revanche incite Mercier à se compromettre auprès des allemands qui lui réclament des bijoux originaux que seul Haffmann, enclos solitaire dans la cave, est en mesure d’exécuter. Cette cohabitation douloureuse est admirablement rendue par le jeu des acteurs et, particulièrement, la jeune Sara Giraudeau, l’épouse de François Mercier, vibrante de délicatesse dans une interprétation toute en nuances et en interrogations face à une actualité qui s'emploie à la dérouter. Bien construit en une unité de lieu quasi constante,  le spectateur est tenu en haleine de bout en bout par ce drame sombre qui montre la dépendance de chacun à l’égard de chacun et la domination inquiétante que fait régner sur eux la dépendance morale et physique qu'exige l’envahisseur. Un drame que Fred Cavayé nous conte avec autant de précision que de finesse dans une actualité qui conserve son insupportable empreinte.

 

Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE

 

Pour consulter la liste des films de la rubrique CINEMA  FRANCAIS, cliquer  ICI


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Adieu Monsieur Haffmann de Fred Cavayé
Adieu Monsieur Haffmann de Fred Cavayé
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14 janvier 2022 5 14 /01 /janvier /2022 10:24
MA NUIT CHEZ MAUD d'ERIC ROHMER

                                                                                                 

Plus âgé que Truffaut et Godard auxquels on le rattache volontiers, Eric Rohmer, de son vrai nom Maurice Schérer, est né à Nancy en 1920. Il débute sa carrière, au lendemain de la guerre, dans la critique de cinéma, écrivant dans La revue du cinéma, Les temps modernes, La gazette du cinéma et Les cahiers du cinéma dont il sera le rédacteur en chef à la mort d'André Bazin de 1958 à 1963. Son oeuvre critique, réunie en un volume sous le titre" Le goût de la beauté", est l'une de celle qui a eu le plus d'influence pour définir la pensée cinématographique à partir des années 50. Plus profond et moins tapageur que Godard, il eut à coeur de défendre Renoir et Rossellini alors très attaqués, et sut se battre pour l'émergence d'un cinéma méritant pleinement sa place de 7e Art.  Il commença par réaliser des courts métrages dont "Véronique et son cancre" en 1958, où l'on trouve déjà l'essentiel des qualités d'humour, d'intelligence, d'ironie qui le distingueront et auquel s'ajoute un savoir-faire indiscutable. Ce fut en 1963 qu'il signe son premier long métrage "Le signe du lion", produit par son ami Chabrol. Ce film n'eut hélas aucun succès auprès du public, d'autant qu'il avait été tourné avec des acteurs peu connus ; néanmoins quelques connaisseurs le considéreront d'emblée comme une promesse d'avenir. Ennemi de la provocation et de la facilité, Rohmer amorce avec ce premier film une démarche personnelle, faite de rigueur et d'un souci évident d'esthétique, ce qui n'était pas toujours le fait des débutants de l'époque. Cet échec l'obligea à travailler un certain temps pour la télévision. Après cette période, où il se consacre à des films scolaires et, dans un ensemble d'émissions sur les cinéastes de notre temps, à une étude sur Carl Dreyer, il reprend le long métrage avec un projet ambitieux, celui des "Six contes moraux".



C'est avec "La collectionneuse" en 1967 que l'on découvre enfin l'ampleur de son talent, sa qualité d'écriture, la beauté de ses images, avant qu'il ne s'impose de façon éclatante avec ce que je considère comme son chef-d'oeuvre : "Ma nuit chez Maud". Ce film ralliera à Rohmer les derniers hésitants, désorientés un moment par  la diversité brouillonne de ses propos. Avec "Ma nuit chez Maud", il impose un ton, un dépouillement quasi janséniste. Bien qu'appartenant à la série des "Six contes moraux", ce film s'en détache par sa gravité particulière. Elle réside dans le sujet lui-même et un grand nombre de dialogues. Bien que non dénué d'humour et même de drôlerie, principalement lors du tête à tête embarrassé de Maud et du narrateur, le film, de par sa structure, relève davantage du récit classique que de la comédie et ceci davantage encore qu'il est raconté à la première personne et au présent, ce qui est une prouesse qui n'avait jamais été tentée à l'écran et démontre l'audace et l'esprit d'innovation du cinéaste. C'est ainsi dans une sorte de présent-passé que se déroule le film et l'effet de décalage, qui en résulte, contribue à créer un climat d'étrangeté ; de même que l'histoire s'accompagne de son propre commentaire, initiative supplémentaire de la part de Rohmer. 
Les héros sont des intellectuels et, d'ailleurs, s'expriment comme tels. Les entretiens sur Pascal et son défi, sur la probabilité et la grâce sont ceux d'un auteur à part entière. Rohmer n'élude aucune difficulté et va jusqu'au bout de sa démonstration comme un artiste complet, associant la valeur du texte à celle de l'image, sans être jamais ni ennuyeux, ni pédant. Pour une fois, un cinéaste intellectuel ose faire un film qui lui ressemble et l'on découvre que le résultat est tout simplement passionnant. En cela, Rohmer se rappoche d'un Renoir et d'un Rossellini qui avaient tenté l'expérience sans aller aussi loin, car Ma nuit chez Maud réussit une synthèse encore plus aboutie que celle envisagée dans Le Fleuve (195O) et Le voyage en Italie (1954). Comme chez ces deux cinéastes auxquels il se rallie avec cette oeuvre, Rohmer soigne sa mise en scène qui, à force de maîtrise, devient transparente et toute entière consacrée au contenu, car ce qui compte est l'écriture serrée du scénario, la pertinence des dialogues et le caractère des personnages. A ces derniers, le cinéaste confère un degré d'existence rare, que le choix des interprètes porte à un paroxysme d'excellence. Jamais Trintignant n'a été meilleur que dans le rôle de l'ingénieur catholique qui cache ses tourments sous une assurance factice, plus convaincante Marie-Christine Barrault dont le visage rayonnant dissimule ses secrets et ses ombre, plus séduisante Françoise Fabian en femme épanouie, maîtresse d'elle-même et d'une classe folle et, plus efficace et horripilant un Antoine Vitez en parfait intellectuel, dialecticien agile et passablement verbeux. Film très "milieu du siècle" comme Rohmer le dit lui-même, qui utilise pleinement les ressources du noir et blanc, "Ma nuit chez Maud"  illustre à la perfection le monde poétique de son auteur. " Quand je filme - a confié Rohmer lors d'un entretien avec Les Cahiers du cinéma - je réfléchis sur l'histoire, sur le sujet, sur la façon d'être des personnages. Mais la technique du cinéma, les moyens employés me sont dictés par le désir de montrer quelque chose." Sur ce plan, il a parfaitement atteint son but, réalisant en un seul film une impressionnante synthèse sur les questions essentielles qui se posent à l'homme d'aujourd'hui. Mauriac n'est pas si loin.

  

Pour prendre connaissance des articles consacrés à Eric Rohmer et Jean-Louis Trintignant, cliquer sur leurs titres :

 

ERIC ROHMER OU UN CINEMA DE LA PAROLE               JEAN-LOUIS TRINTIGNANT

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, dont "Le genou de Claire", cliquer sur le lien ci-dessous :
 

 
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MA NUIT CHEZ MAUD d'ERIC ROHMER
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5 novembre 2021 5 05 /11 /novembre /2021 14:02
Les illusions perdues de Xavier Giannoli

Les siècles se succèdent sans que les choses changent autant que nous le supposerions. Sous Louis XVIII, il était tout aussi difficile de concilier les Français que cela ne l'est aujourd'hui. Au XIXe siècle, il y avait les royalistes et les autres, comme il y a de nos jours la droite et la gauche, et ce monde ne marche nullement du même pas. Lorsque Lucien de Rubempré quitte sa province et l'imprimerie familiale au bras de sa protégée la belle Louise de Bargeton (Cécile de France), l'expérience se révèle cruelle à ce jeune homme de 20 ans. Paris n'est pas la province et n'entend pas accueillir ce poète désargenté, et dont la particule n'est nullement celle de son père, avec l'enthousiasme qu'il supposait. De même ses vers, aussi charmants soient-ils, ne susciteront pas l'enthousiasme. Dans ce Paris où se font et se défont les réputations, celle de Lucien sera très vite mise à l'épreuve. Sa poésie fait sourire par sa trop tendre fraicheur et ses ambitions ne sont pas portées, hélas ! par un nom de famille à la consonance irréprochable, ce Rubempré n'est jamais que celui de sa mère qui a perdu son aura en épousant un roturier sans panache, dirigeant une modeste imprimerie d'Angoulème.

 

Benjamin Voisin et Cécile de France

Benjamin Voisin et Cécile de France

Adaptant la seule partie centrale du roman de Balzac, le réalisateur privilégie une mise en scène superbe de la vie parisienne sous Louis XVIII, constellée par une galerie de personnages hauts en couleur et fort représentatifs d'un temps où l'existence semblait partager les mêmes faiblesses qu'aujourd'hui. Soit les tentations sociales et les extravagances comme la corruption, la polémique, la rumeur, les fausses informations, nous ne sommes pas loin des titres de nos journaux contemporains et il est visible que Giannoli se plaît à les souligner et à les mettre en images, nous offrant une ample fresque qui disséque les principales faiblesses de cette époque. Mais il est vrai aussi que la démonstration est trop constante et les clins d'oeil trop excessifs sur les fautes et compromissions contemporaines. Cela prive le film d'une légèreté qui nous aurions probablement appréciée et charge le tempo d'un exposé à bien des égards alourdi  par ces rappels. Mais nous devons admettre que Xavier Giannoli a le sens de la mise en scène. Je l'avais remarqué dans son précédent opus "Marguerite" et, à nouveau, il nous emporte par la nervosité de son rythme et un sujet d'une implacable cruauté. Quant aux acteurs, ils savent proférer avec éclat des répliques provocantes et cinglantes. Une mention spéciale pour le jeune Benjamin Voisin qui prête à son personnage une sensibilité encore embrumée de naïveté. Film plus spectaculaire qu'émouvant, il n'en est pas moins une adaptation réussie d'une page chargée d'incroyables intuitions de la part d'un des nos écrivains phares, Honoré de Balzac, qui avait la nostalgie de la bienveillance et d'un reste de pureté originelle.
 

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Les illusions perdues de Xavier Giannoli
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21 octobre 2021 4 21 /10 /octobre /2021 13:48
Eugénie Grandet de Marc Dugain

Filmé par une caméra qui sait s'attarder sur les visages et les lenteurs de la vie provinciale, Marc Dugain, s'inspirant du roman d'Honoré de Balzac auquel il reste fidèle pour l'essentiel, nous met en images la vie austère d'un négociant en vins  Monsieur Grandet, qui demeure près de Saumur. Ce dernier fait vivre sa femme et sa fille Eugénie dans une austérité qu'elles croient toutes deux due à la pauvreté familiale, ne soupçonnant pas un instant qu'elle est le fruit d'une avarice incroyable, alors même qu'elles dorment sur des réserves d'or. Félix Grandet envisage, bien entendu, pour sa ravissante fille, un mariage d'argent avec un notable de la région, mariage qui n'inspire qu'inquiétude à cette jeune fille tendre et imaginative. C'est alors qu'un cousin parisien est envoyé à Saumur par son père qui a décidé de se suicider à la suite de mauvaises affaires et que Félix Grandet va s'empresser d'éloigner, ayant deviné les sentiments qui se sont emparés des jeunes gens. 

 

C'est à la mort de son père qu'Eugénie se trouvera  à la tête d'une fortune considérable qu'elle ne soupçonnait pas mais, n'ayant pu unir sa vie à celle de son cousin, elle envisage d'abord de rembourser les dettes de son oncle, ce que son fils, revenu des îles et sur le point d'épouser une noble héritière, a omis de faire. Ensuite, elle laissera vagabonder son imagination et sans doute voyagera-t-elle. Sur ce canevas proche du roman, le cinéaste a su créer une atmosphère provinciale remarquable d'authenticité et consacrer l'essentiel de l'histoire à deux acteurs de talent : Olivier Gourmet dans celui de Monsieur Grandet qui, chargé d'exprimer  la monstruosité du personnage, s'en empare avec force et conviction, et Joséphine Japy dans celui d'Eugénie, qui rassemble sur son visage délicat le feu intérieur, marque indélébile de sa résistance aux événements. Voilà un opus qui séduit par la qualité de l'interprétation, la modestie d'une chaumière campagnarde centralisant autour de la table familiale et de la cheminée le drame en train de s'accomplir, enfin la détermination des trois femmes, la mère, la fille et la servante qui acceptent l'inéluctable, confrontées à la violence abrupte d'un homme qui sacrifie tout à sa terrifiante ladrerie.  


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Eugénie Grandet de Marc Dugain
Eugénie Grandet de Marc Dugain
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11 février 2021 4 11 /02 /février /2021 18:09
Mademoiselle de Jonquières d'Emmanuel Mouret

Je ne l'avais pas vu au moment de sa sortie en salles, aussi quel plaisir de le visionner hier soir sur Arte. Ce film est d'un bout à l'autre un enchantement de par son récit, ses propos ciselés qui nous immergent dans le siècle des lumières et assurent la musique des dialogues, enfin par l'élégance des images et le jeu des acteurs. Par ailleurs, la dialectique du langage ne cesse de jongler entre mensonge et vérité à travers des scènes où les résultats ne sont jamais assurés et qui pimente l'action sans faiblir.

Qu'en est-il de ce scénario où le bonheur amoureux chemine par des voies inattendues, travestissant sans cesse la vérité avec désinvolture et qui finira par s'épanouir après avoir traversé la lente maturation d'un sentiment enfoui ? La très jeune femme qui devait être l'instrument d'une vengeance sera, après maints détours, l'objet d'un sentiment enfin révélé à un partenaire volage. 

En effet, le marquis des Arcis (Edouard Baer) est un amant frivole qui a fini par gagner le coeur de la séduisante Madame de la Pommeraye (Cécile de France), mais qui se détournera d'elle très vite, repris par son goût des conquêtes excitantes et hâtives. Ainsi l'opus épouse-t-il le cours sinueux des sentiments et la lutte permanente qu'il suscite. Le siècle des Lumières (nous sommes dans un scénario inspiré par Diderot) offre, il est vrai, à ces joutes amoureuses le piment d'une langue subtile et précise, des jardins qui semblent sortis d'une toile de Watteau, une mode qui met en valeur la grâce féminine et dont le cinéaste sait tirer tous les profits, enfin la distance qui s'établit entre les paroles et les geste, ce que l'on pense et ce que l'on cache, en une dialectique de la vérité et du mensonge habilement dosée. 

Si bien que la joute amoureuse s'immerge ainsi dans un combat d'idées à travers les postures et les apparences qu'empruntent les personnages. Bien que le thème soit différent et s'achève mieux sur le plan sentimental, on retrouve le climat des "Liaisons dangereuses" et leur tournure sulfureuse mais, il y a  dans le film de Mouret, davantage de bienveillance. Pourquoi ? Parce qu'à travers une mise en orbite soignée d'amant volage, le marquis des Arcis devient, à la suite d'habiles manoeuvres, un homme véritablement épris, éperdu d'être éconduit par la ravissante jeune fille qu'il poursuit de ses assiduités (Alice Isaaz), ce qui l'ouvre enfin à la douleur d'aimer.  Le complot, ourdi par madame de la Pommeraye, ne parviendra pas à assurer sa vengeance, puisque celui-ci s'oriente vers une toute autre destination : celle d'un coeur frivole gagné par les réalités de l'amour.

 

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Cécile de France et Edouard Baer. La jeune Alice Isaaz dans le rôle de mademoiselle de Jonquières
Cécile de France et Edouard Baer. La jeune Alice Isaaz dans le rôle de mademoiselle de Jonquières

Cécile de France et Edouard Baer. La jeune Alice Isaaz dans le rôle de mademoiselle de Jonquières

Mademoiselle de Jonquières d'Emmanuel Mouret
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3 septembre 2020 4 03 /09 /septembre /2020 09:26
Sur le chemin de l'école de Pascal Plisson

 

« Sur le chemin de l’école » de Pascal Plisson est un film merveilleux par sa simplicité et la formidable leçon de courage qu’il propose avec pédagogie : cinq enfants de 9 à 12 ans dont l’itinéraire, pour rejoindre leurs écoles respectives, est un véritable parcours du combattant au travers de lieux désertiques et pauvres. Il y a Carlos et Micalea qui vivent sur les plateaux de Patagonie en Argentine, Samuel et ses deux frères en Inde, Jackson et sa sœur Salomé au fin fond de la savane kényane, enfin Zahira dans les montagnes du Haut-Atlas au Maroc. Chacun d’eux a cependant la chance d’aller à l’école. Mais à quel prix ! 15 kilomètres à pied à travers la brousse pour Jackson et sa sœur Salomé, 22 kilomètres pour Zahira et ses amies dans les montagnes, 18 kilomètres à cheval dans la lande pour Carlos et sa sœur Micalea. Enfin, Samuel, jeune paraplégique, est tiré et poussé sur son fauteuil roulant fait de bric et de broc par ses deux frères sur 4 kilomètres de chemins terreux, parsemés de ruisseaux. Alors pour quelles raisons vont-ils à l’école ? L’un pour devenir médecin et soigner les enfants paralysés comme lui, l’autre pour être pilote et survoler le monde, une troisième pour enseigner et permettre à tous les enfants du monde d’accéder au savoir, enfin un autre encore pour devenir vétérinaire. 

Mais l’originalité du film consiste à nous faire partager le trajet de chacun de ces écoliers au coeur de paysages sauvages et la plupart du temps déserts. Comme si le trajet comptait autant, voire plus, que l’objectif final. Le réalisateur nous invite ainsi à nous rendre à la rencontre de ces enfants-marcheurs et nous convainc, par la même occasion, que le véritable apprentissage commence par la marche, que  l’important n’est peut-être pas l’école mais  de s’y rendre, tant il est vrai que l’on apprend d'autant mieux et d'autant plus d’un effort et d’un cheminement avec d’autres, au sein d’une communauté. A contrario, on n’apprend moins en consultant son smartphone. Rimbaud écrivait : « Je suis un piéton, rien de plus. »  Dans le mot piéton ou mieux passager, il y a le symbole d’un lieu où l’on se rend, d’un désir vers lequel on tend, d’un choix que l’on aspire à réaliser. Il y a donc ce passage à effectuer pour devenir autre, pour grandir, apprendre et se réaliser et entrer dans le monde de la connaissance. Mais, avant l'étape du parcours, il y a certains rites à respecter : ainsi Jackson lave-t-il son uniforme dans un trou qu’il creuse dans le sable afin d’atteindre l’eau rare et précieuse ; Carlos se coiffe-t-il avec soin ; Zahira trimbale-t-elle une poule dans un sac qu’elle échangera au marché contre de la nourriture et Samuel enfile-t-il, avec l’aide de ses deux frères, sa chemise d’uniforme afin d’être présentable au moment d’entrer au collège, car la plupart de ces enfants portent un uniforme, une façon d’être tous semblables.

 

 

image-docu-chemin-ecole.jpg

 

Oui,  l’effort, la peur sont sans cesse présents, façonnant leur volonté, structurant leur mental : il faut à chacun de ces enfants vaincre et résister. Très tôt, ils sont mis en présence d’un monde qui n’est pas bienveillant et qu’ils devront leur vie durant surmonter. A aucun moment, nous ne les voyons faiblir, moins encore renoncer. La rivière, les éléphants, la cheville endolorie, la roue du fauteuil roulant qui ne tourne plus, à ces écueils ils trouvent des  solutions, souvent grâce à l’entraide des gens du pays. Ces petits écoliers sont une fierté pour eux, l’avenir en marche. Aussi rares sont ceux qui ne se montrent pas coopérants. Au bout de ces parcours difficiles que nous partageons avec eux, il y a l’école, les copains, le maître que l’on aime et respecte, les cours que l’on écoute avec une attention joyeuse et l’avenir dont on rêve. Le rêve existe encore pour ces enfants qui n’ont autour d’eux que des exemples simples mais solides : la famille, la nature dans sa beauté inchangée, la sérénité des cœurs simples. J’avoue que ce film m’a infiniment émue parce qu’il est comme un long poème, un retour aux sources, à la pureté des choses originelles. Certains penseront qu’il ne nous apprend rien, alors qu’il nous apprend tout, ne serait-ce qu’à poser un regard neuf sur ce qui nous entoure, à écouter la voix du monde quand elle chante aussi juste. 

 

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17 octobre 2019 4 17 /10 /octobre /2019 09:58
DONNE-MOI DES AILES de NICOLAS VANIER

Voilà un film qui, dans la grisaille automnale, est une véritable bouffée de fraîcheur. Que nous propose-t-il : un  joli conte initiatique inspiré d’un fait réel, l'expérience de Christian Moullec, pionnier du vol en ULM avec des oiseaux sauvages, et sans doute du film "L'envolée sauvage" (1996) qui narrait une histoire similaire.  Nicolas Vanier a ce talent de choisir des sujets où les grâces de l’enfance sont encore présentes et de nous amener à considérer la vie sous un autre angle : celui de la réalisation d’un rêve. Dans ce dernier opus «Donne-moi des ailes», il nous propose l'histoire d’un ado de 14 ans, Thomas (Louis Vazquez), qui renoue avec son père grâce à des vacances scolaires et découvre la vie sauvage qui, en quelques semaines, va faire de lui une personne et lui ouvrir des horizons nouveaux.

 


Ado typique, Thomas n’a nul envie d’aller passer ses vacances en Camargue, loin des plaisirs qui sont les siens, en pleine nature et auprès d’un père qui étudie une espèce menacée d’oies sauvages. Mais, peu à peu, le garçon se prend de passion pour le projet fou de ce père (Jean-Paul Rouve) : accompagner les volatiles en ULM pour leur ouvrir une route de migration moins dangereuse. Bien qu’il ne parvienne pas à obtenir les autorisations, Christian s’entête, mais l’expédition est finalement interdite par les autorités norvégiennes. C’est alors que Thomas va leur fausser compagnie et s’envoler avec les oiseaux à bord de l’ULM afin de les ramener au pays, soit en Camargue, par cette nouvelle piste. Cela donne lieu à des paysages magnifiques et des images superbes du vol des oiseaux. Bientôt relayée par des vidéos, l’aventure de l’adolescent prend une tournure nationale et c’est une foule qui le guette et l’attend quelques jours plus tard sur les plages de Camargue. Belle histoire un peu féerique étant donné l’âge de l’ado, mais que l’on se plaît à croire tant elle est bien contée et nous offre un panel de beaux sentiments et de belles images : le sauvetage des oiseaux et la réconciliation de ses parents. Oui, un film qui nous donne des ailes pour envisager des lendemains moins embrumés…  

 

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7 mai 2019 2 07 /05 /mai /2019 09:04
Buffet froid de Bertrand Blier

« Buffet froid » nous conte la cavale de trois individus déjantés et paumés. Cette fable jubilatoire est peut-être le meilleur film de Bertrand Blier. Un chef-d’œuvre d’humour absurde et de mélancolie désabusée où trois acteurs exceptionnels nous entraînent dans leur délire et leur mal-être grâce à des dialogues coulés dans le vitriol, faisant  d'eux  des êtres pitoyables et caricaturaux. Cette farce pouvait tomber très vite dans l’absurde et faire chou blanc mais, interprétée par des acteurs d’une présence et d’une efficacité redoutables, c’est un petit chef-d’œuvre de drôlerie, une suite de scènes cocasses qui s’achèvera, comme il se doit, de façon plutôt morale puisque les trois compères trouveront la mort qu’ils méritaient. Aucun détail n’a été oublié pour que les scènes soient en permanence justes et inattendues et que les mots des uns et des autres fassent mouche.


Par ailleurs, le film tient d’autant mieux la route que la performance des comédiens, tous habités par des rôles écrits sur mesure, est indiscutable. En effet, Jean Carmet, Bernard Blier et Gérard Depardieu forment un trio tragi-comique qui se débat pour empêcher que les événements ne prennent le dessus. Si on pense, dans un premier temps, que les protagonistes sont soudés les uns aux autres, ils ne sont au fond que des inconnus, étant prêts à se tirer dans les pattes et à se trahir si la situation l'exige. Les grands espaces n’offrent pas plus de liberté que la campagne, ce qui vaut à Bernard Blier de se livrer à une tirade cinglante sur sa vision quelque peu archaïque et bougonne du monde rural. Un décalage qui souligne à la fois l’humour noir et la vacherie intrinsèque de cet inspecteur de police haïssant la musique. Sans compter sur une mise en scène parfaite dans des décors adaptés aux circonstances et où le clair-obscur est traité avec subtilité pour mieux cerner le climat ambiant.  Bien conduit, original et percutant, l'opus se regarde avec un réel plaisir, loufoque et néanmoins précis dans chacun de ses détails, suite ininterrompue de scènes désopilantes menées avec une implacable logique.

 

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13 mars 2019 3 13 /03 /mars /2019 09:58
Le mystère Henri Pick de Rémi Bezançon

Adapté du roman éponyme de David Foenkinos, le film de Rémi Bezançon ne vaudrait pas pipette sans la présence de Fabrice Luchini qui anime l'opus de sa malice, de son entêtement à plonger au coeur de cette invraisemblable histoire de manuscrit. L'idée de départ est excellente, celle d'une bibliothèque consacrée aux manuscrits refusés, sise en pays breton dans la presqu'île de Crozon, ce qui nous vaut des paysages superbes et, qu'un jour, une éditrice décide de visiter avec un jeune romancier en quête de reconnaissance dont elle vient de publier le premier roman. Elle est attirée alors par l'un de ces dossiers oubliés, comme le serait une bouteille à la mer, s'emballe pour son contenu et décide de le publier avec l'aura toute particulière dont cet ouvrage remarquable jouit  du seul fait d'avoir été un laisser pour compte de l'univers littéraire.


Si bien que, paré de cette légende, le roman fait mouche auprès du public et devient du jour au lendemain un best-seller, mais Jean-Michel Rouche (Fabrice Luchini), vedette d'une émission littéraire flaire d'emblée l'entourloupe et s'en prend à la veuve de ce Monsieur Pick, un brave pizzaïolo décédé deux années plus tôt qui n'a jamais écrit plus de quelques lignes sur des cartes postales destinées à sa famille, ce qui ne manque pas de susciter un scandale à l'antenne : voilà Rouche viré de la télévision et du lit conjugal, l'un allant souvent de pair avec l'autre. Bien écrits, les dialogues permettent à Luchini de donner toute sa mesure avec une savoureuse drôlerie et un cynique entêtement et, ce, en présence de la fille du supposé auteur qui s'affiche dans la contradiction avec panache : Camille Cottin. 


Cette partie de ping-pong oral focalise tout l'attrait du film dont le final ne nous surprend guère tant il est prévu dès les premières scènes, dommage ! - mais ce polar sans cadavre a du moins le mérite de pointer de la pellicule l'univers littéraire qui, pas davantage que les autres, n'échappe aux tentations du marketing  et aux paradoxes des faux-semblants.


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  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
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  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

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