Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
5 novembre 2021 5 05 /11 /novembre /2021 14:02
Les illusions perdues de Xavier Giannoli

Les siècles se succèdent sans que les choses changent autant que nous le supposerions. Sous Louis XVIII, il était tout aussi difficile de concilier les Français que cela ne l'est aujourd'hui. Au XIXe siècle, il y avait les royalistes et les autres, comme il y a de nos jours la droite et la gauche, et ce monde ne marche nullement du même pas. Lorsque Lucien de Rubempré quitte sa province et l'imprimerie familiale au bras de sa protégée la belle Louise de Bargeton (Cécile de France), l'expérience se révèle cruelle à ce jeune homme de 20 ans. Paris n'est pas la province et n'entend pas accueillir ce poète désargenté, et dont la particule n'est nullement celle de son père, avec l'enthousiasme qu'il supposait. De même ses vers, aussi charmants soient-ils, ne susciteront pas l'enthousiasme. Dans ce Paris où se font et se défont les réputations, celle de Lucien sera très vite mise à l'épreuve. Sa poésie fait sourire par sa trop tendre fraicheur et ses ambitions ne sont pas portées, hélas ! par un nom de famille à la consonance irréprochable, ce Rubempré n'est jamais que celui de sa mère qui a perdu son aura en épousant un roturier sans panache, dirigeant une modeste imprimerie d'Angoulème.

 

Benjamin Voisin et Cécile de France

Benjamin Voisin et Cécile de France

Adaptant la seule partie centrale du roman de Balzac, le réalisateur privilégie une mise en scène superbe de la vie parisienne sous Louis XVIII, constellée par une galerie de personnages hauts en couleur et fort représentatifs d'un temps où l'existence semblait partager les mêmes faiblesses qu'aujourd'hui. Soit les tentations sociales et les extravagances comme la corruption, la polémique, la rumeur, les fausses informations, nous ne sommes pas loin des titres de nos journaux contemporains et il est visible que Giannoli se plaît à les souligner et à les mettre en images, nous offrant une ample fresque qui disséque les principales faiblesses de cette époque. Mais il est vrai aussi que la démonstration est trop constante et les clins d'oeil trop excessifs sur les fautes et compromissions contemporaines. Cela prive le film d'une légèreté qui nous aurions probablement appréciée et charge le tempo d'un exposé à bien des égards alourdi  par ces rappels. Mais nous devons admettre que Xavier Giannoli a le sens de la mise en scène. Je l'avais remarqué dans son précédent opus "Marguerite" et, à nouveau, il nous emporte par la nervosité de son rythme et un sujet d'une implacable cruauté. Quant aux acteurs, ils savent proférer avec éclat des répliques provocantes et cinglantes. Une mention spéciale pour le jeune Benjamin Voisin qui prête à son personnage une sensibilité encore embrumée de naïveté. Film plus spectaculaire qu'émouvant, il n'en est pas moins une adaptation réussie d'une page chargée d'incroyables intuitions de la part d'un des nos écrivains phares, Honoré de Balzac, qui avait la nostalgie de la bienveillance et d'un reste de pureté originelle.
 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer   ICI 


RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

Les illusions perdues de Xavier Giannoli
Les illusions perdues de Xavier Giannoli
Partager cet article
Repost0
21 octobre 2021 4 21 /10 /octobre /2021 13:48
Eugénie Grandet de Marc Dugain

Filmé par une caméra qui sait s'attarder sur les visages et les lenteurs de la vie provinciale, Marc Dugain, s'inspirant du remarquable roman d'Honoré de Balzac auquel il reste fidèle pour l'essentiel, nous met en images la vie austère d'un négociant en vins  Monsieur Grandet, qui demeure près de Saumur. Ce dernier fait vivre sa femme et sa fille Eugénie dans une austérité qu'elles croient toutes deux due à la pauvreté familiale, ne soupçonnant pas un instant qu'elle est le fruit d'une avarice incroyable, alors même qu'elles dorment sur des réserves d'or. Félix Grandet envisage, bien entendu, pour sa ravissante fille, un mariage d'argent avec un notable de la région, mariage qui n'inspire qu'inquiétude à cette jeune fille tendre et imaginative. C'est alors qu'un cousin parisien est envoyé à Saumur par son père qui a décidé de se suicider à la suite de mauvaises affaires et que Félix Grandet va s'empresser d'éloigner, ayant deviné les sentiments qui se sont emparés des jeunes gens. 

 

C'est à la mort de son père qu'Eugénie se trouvera  à la tête d'une fortune considérable qu'elle ne soupçonnait pas mais, n'ayant pu unir sa vie à celle de son cousin, elle envisage d'abord de rembourser les dettes de son oncle, ce que son fils, revenu des îles et sur le point d'épouser une noble héritière, a omis de faire. Ensuite, elle verra, sans doute voyagera-t-elle. Sur ce canevas proche du roman, le cinéaste a su créer une atmosphère provinciale remarquable d'authenticité, et consacrer l'essentiel de l'histoire à deux acteurs de talent : Olivier Gourmet dans celui de Monsieur Grandet qui, chargé d'exprimer  la monstruosité du personnage, s'en empare avec force et conviction, et Joséphine Japy dans celui d'Eugénie, qui rassemble sur son visage délicat le feu intérieur, marque indélébile de sa résistance aux événements. Voilà un opus qui séduit par la qualité de l'interprétation, la modestie d'une chaumière campagnarde centralisant autour de la table familiale et de la cheminée le drame en train de s'accomplir, enfin la détermination des trois femmes, la mère, la fille et la servante qui acceptent l'inéluctable, confrontées qu'elles sont à la violence abrupte d'un homme qui sacrifie tout à sa terrifiante ladrerie.  


Pour consulter la liste des articles de la rubrique "CINEMA FRANCAIS", cliquer  ICI


RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Eugénie Grandet de Marc Dugain
Eugénie Grandet de Marc Dugain
Eugénie Grandet de Marc Dugain
Partager cet article
Repost0
11 février 2021 4 11 /02 /février /2021 18:09
Mademoiselle de Jonquières d'Emmanuel Mouret

Je ne l'avais pas vu au moment de sa sortie en salles, aussi quel plaisir de le visionner hier soir sur Arte. Ce film est d'un bout à l'autre un enchantement de par son récit, ses propos ciselés qui nous immergent dans le siècle des lumières et assurent la musique des dialogues, enfin par l'élégance des images et le jeu des acteurs. Par ailleurs, la dialectique du langage ne cesse de jongler entre mensonge et vérité à travers des scènes où les résultats ne sont jamais assurés et qui pimente l'action sans faiblir.

Qu'en est-il de ce scénario où le bonheur amoureux chemine par des voies inattendues, travestissant sans cesse la vérité avec désinvolture et qui finira par s'épanouir après avoir traversé la lente maturation d'un sentiment enfoui ? La très jeune femme qui devait être l'instrument d'une vengeance sera, après maints détours, l'objet d'un sentiment enfin révélé à un partenaire volage. 

En effet, le marquis des Arcis (Edouard Baer) est un amant frivole qui a fini par gagner le coeur de la séduisante Madame de la Pommeraye (Cécile de France), mais qui se détournera d'elle très vite, repris par son goût des conquêtes excitantes et hâtives. Ainsi l'opus épouse-t-il le cours sinueux des sentiments et la lutte permanente qu'il suscite. Le siècle des Lumières (nous sommes dans un scénario inspiré par Diderot) offre, il est vrai, à ces joutes amoureuses le piment d'une langue subtile et précise, des jardins qui semblent sortis d'une toile de Watteau, une mode qui met en valeur la grâce féminine et dont le cinéaste sait tirer tous les profits, enfin la distance qui s'établit entre les paroles et les geste, ce que l'on pense et ce que l'on cache, en une dialectique de la vérité et du mensonge habilement dosée. 

Si bien que la joute amoureuse s'immerge ainsi dans un combat d'idées à travers les postures et les apparences qu'empruntent les personnages. Bien que le thème soit différent et s'achève mieux sur le plan sentimental, on retrouve le climat des "Liaisons dangereuses" et leur tournure sulfureuse mais, il y a  dans le film de Mouret, davantage de bienveillance. Pourquoi ? Parce qu'à travers une mise en orbite soignée d'amant volage, le marquis des Arcis devient, à la suite d'habiles manoeuvres, un homme véritablement épris, éperdu d'être éconduit par la ravissante jeune fille qu'il poursuit de ses assiduités (Alice Isaaz), ce qui l'ouvre enfin à la douleur d'aimer.  Le complot, ourdi par madame de la Pommeraye, ne parviendra pas à assurer sa vengeance, puisque celui-ci s'oriente vers une toute autre destination : celle d'un coeur frivole gagné par les réalités de l'amour.

 

Pour consulter la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer   ICI


RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Cécile de France et Edouard Baer. La jeune Alice Isaaz dans le rôle de mademoiselle de Jonquières
Cécile de France et Edouard Baer. La jeune Alice Isaaz dans le rôle de mademoiselle de Jonquières

Cécile de France et Edouard Baer. La jeune Alice Isaaz dans le rôle de mademoiselle de Jonquières

Mademoiselle de Jonquières d'Emmanuel Mouret
Partager cet article
Repost0
3 septembre 2020 4 03 /09 /septembre /2020 09:26
Sur le chemin de l'école de Pascal Plisson

 

« Sur le chemin de l’école » de Pascal Plisson est un film merveilleux par sa simplicité et la formidable leçon de courage qu’il propose avec pédagogie : cinq enfants de 9 à 12 ans dont l’itinéraire, pour rejoindre leurs écoles respectives, est un véritable parcours du combattant au travers de lieux désertiques et pauvres. Il y a Carlos et Micalea qui vivent sur les plateaux de Patagonie en Argentine, Samuel et ses deux frères en Inde, Jackson et sa sœur Salomé au fin fond de la savane kényane, enfin Zahira dans les montagnes du Haut-Atlas au Maroc. Chacun d’eux a cependant la chance d’aller à l’école. Mais à quel prix ! 15 kilomètres à pied à travers la brousse pour Jackson et sa sœur Salomé, 22 kilomètres pour Zahira et ses amies dans les montagnes, 18 kilomètres à cheval dans la lande pour Carlos et sa sœur Micalea. Enfin, Samuel, jeune paraplégique, est tiré et poussé sur son fauteuil roulant fait de bric et de broc par ses deux frères sur 4 kilomètres de chemins terreux, parsemés de ruisseaux. Alors pour quelles raisons vont-ils à l’école ? L’un pour devenir médecin et soigner les enfants paralysés comme lui, l’autre pour être pilote et survoler le monde, une troisième pour enseigner et permettre à tous les enfants du monde d’accéder au savoir, enfin un autre encore pour devenir vétérinaire. 

SUR-LE-CHEMIN-DE-L-ECOLE-photo.jpg 

 

Mais l’originalité du film consiste à nous faire partager le trajet de chacun de ces écoliers au coeur de paysages sauvages et la plupart du temps déserts. Comme si le trajet comptait autant, voire plus, que l’objectif final. Le réalisateur nous invite ainsi à nous rendre à la rencontre de ces enfants-marcheurs et nous convainc, par la même occasion, que le véritable apprentissage commence par la marche, que  l’important n’est peut-être pas l’école mais  de s’y rendre, tant il est vrai que l’on apprend d'autant mieux et d'autant plus d’un effort et d’un cheminement avec d’autres, au sein d’une communauté. A contrario, on n’apprend moins en consultant son smartphone. Rimbaud écrivait : « Je suis un piéton, rien de plus. »  Dans le mot piéton ou mieux passager, il y a le symbole d’un lieu où l’on se rend, d’un désir vers lequel on tend, d’un choix que l’on aspire à réaliser. Il y a donc ce passage à effectuer pour devenir autre, pour grandir, apprendre et se réaliser et entrer dans le monde de la connaissance. Mais, avant l'étape du parcours, il y a certains rites à respecter : ainsi Jackson lave-t-il son uniforme dans un trou qu’il creuse dans le sable afin d’atteindre l’eau rare et précieuse ; Carlos se coiffe-t-il avec soin ; Zahira trimbale-t-elle une poule dans un sac qu’elle échangera au marché contre de la nourriture et Samuel enfile-t-il, avec l’aide de ses deux frères, sa chemise d’uniforme afin d’être présentable au moment d’entrer au collège, car la plupart de ces enfants portent un uniforme, une façon d’être tous semblables.

 

 

image-docu-chemin-ecole.jpg

 

Oui,  l’effort, la peur sont sans cesse présents, façonnant leur volonté, structurant leur mental : il faut à chacun de ces enfants vaincre et résister. Très tôt, ils sont mis en présence d’un monde qui n’est pas bienveillant et qu’ils devront leur vie durant surmonter. A aucun moment, nous ne les voyons faiblir, moins encore renoncer. La rivière, les éléphants, la cheville endolorie, la roue du fauteuil roulant qui ne tourne plus, à ces écueils ils trouvent des  solutions, souvent grâce à l’entraide des gens du pays. Ces petits écoliers sont une fierté pour eux, l’avenir en marche. Aussi rares sont ceux qui ne se montrent pas coopérants. Au bout de ces parcours difficiles que nous partageons avec eux, il y a l’école, les copains, le maître que l’on aime et respecte, les cours que l’on écoute avec une attention joyeuse et l’avenir dont on rêve. Le rêve existe encore pour ces enfants qui n’ont autour d’eux que des exemples simples mais solides : la famille, la nature dans sa beauté inchangée, la sérénité des cœurs simples. J’avoue que ce film m’a infiniment émue parce qu’il est comme un long poème, un retour aux sources, à la pureté des choses originelles. Certains penseront qu’il ne nous apprend rien, alors qu’il nous apprend tout, ne serait-ce qu’à poser un regard neuf sur ce qui nous entoure, à écouter la voix du monde quand elle chante aussi juste. 

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Sur le chemin de l'école de Pascal Plisson
Sur le chemin de l'école de Pascal Plisson
Partager cet article
Repost0
17 octobre 2019 4 17 /10 /octobre /2019 09:58
DONNE-MOI DES AILES de NICOLAS VANIER

Voilà un film qui, dans la grisaille automnale, est une véritable bouffée de fraîcheur. Que nous propose-t-il : un  joli conte initiatique inspiré d’un fait réel, l'expérience de Christian Moullec, pionnier du vol en ULM avec des oiseaux sauvages, et sans doute du film "L'envolée sauvage" (1996) qui narrait une histoire similaire.  Nicolas Vanier a ce talent de choisir des sujets où les grâces de l’enfance sont encore présentes et de nous amener à considérer la vie sous un autre angle : celui de la réalisation d’un rêve. Dans ce dernier opus «Donne-moi des ailes», il nous propose l'histoire d’un ado de 14 ans, Thomas (Louis Vazquez), qui renoue avec son père grâce à des vacances scolaires et découvre la vie sauvage qui, en quelques semaines, va faire de lui une personne et lui ouvrir des horizons nouveaux.

 


Ado typique, Thomas n’a nul envie d’aller passer ses vacances en Camargue, loin des plaisirs qui sont les siens, en pleine nature et auprès d’un père qui étudie une espèce menacée d’oies sauvages. Mais, peu à peu, le garçon se prend de passion pour le projet fou de ce père (Jean-Paul Rouve) : accompagner les volatiles en ULM pour leur ouvrir une route de migration moins dangereuse. Bien qu’il ne parvienne pas à obtenir les autorisations, Christian s’entête, mais l’expédition est finalement interdite par les autorités norvégiennes. C’est alors que Thomas va leur fausser compagnie et s’envoler avec les oiseaux à bord de l’ULM afin de les ramener au pays, soit en Camargue, par cette nouvelle piste. Cela donne lieu à des paysages magnifiques et des images superbes du vol des oiseaux. Bientôt relayée par des vidéos, l’aventure de l’adolescent prend une tournure nationale et c’est une foule qui le guette et l’attend quelques jours plus tard sur les plages de Camargue. Belle histoire un peu féerique étant donné l’âge de l’ado, mais que l’on se plaît à croire tant elle est bien contée et nous offre un panel de beaux sentiments et de belles images : le sauvetage des oiseaux et la réconciliation de ses parents. Oui, un film qui nous donne des ailes pour envisager des lendemains moins embrumés…  

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer   ICI

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL


 

DONNE-MOI DES AILES de NICOLAS VANIER
Partager cet article
Repost0
7 mai 2019 2 07 /05 /mai /2019 09:04
Buffet froid de Bertrand Blier

« Buffet froid » nous conte la cavale de trois individus déjantés et paumés. Cette fable jubilatoire est peut-être le meilleur film de Bertrand Blier. Un chef-d’œuvre d’humour absurde et de mélancolie désabusée où trois acteurs exceptionnels nous entraînent dans leur délire et leur mal-être grâce à des dialogues coulés dans le vitriol, faisant  d'eux  des êtres pitoyables et caricaturaux. Cette farce pouvait tomber très vite dans l’absurde et faire chou blanc mais, interprétée par des acteurs d’une présence et d’une efficacité redoutables, c’est un petit chef-d’œuvre de drôlerie, une suite de scènes cocasses qui s’achèvera, comme il se doit, de façon plutôt morale puisque les trois compères trouveront la mort qu’ils méritaient. Aucun détail n’a été oublié pour que les scènes soient en permanence justes et inattendues et que les mots des uns et des autres fassent mouche.


Par ailleurs, le film tient d’autant mieux la route que la performance des comédiens, tous habités par des rôles écrits sur mesure, est indiscutable. En effet, Jean Carmet, Bernard Blier et Gérard Depardieu forment un trio tragi-comique qui se débat pour empêcher que les événements ne prennent le dessus. Si on pense, dans un premier temps, que les protagonistes sont soudés les uns aux autres, ils ne sont au fond que des inconnus, étant prêts à se tirer dans les pattes et à se trahir si la situation l'exige. Les grands espaces n’offrent pas plus de liberté que la campagne, ce qui vaut à Bernard Blier de se livrer à une tirade cinglante sur sa vision quelque peu archaïque et bougonne du monde rural. Un décalage qui souligne à la fois l’humour noir et la vacherie intrinsèque de cet inspecteur de police haïssant la musique. Sans compter sur une mise en scène parfaite dans des décors adaptés aux circonstances et où le clair-obscur est traité avec subtilité pour mieux cerner le climat ambiant.  Bien conduit, original et percutant, l'opus se regarde avec un réel plaisir, loufoque et néanmoins précis dans chacun de ses détails, suite ininterrompue de scènes désopilantes menées avec une implacable logique.

 

Pour consulter la liste de la rubrique  CINEMA FRANCAIS, cliquer    ICI

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL
 

Buffet froid de Bertrand Blier
Buffet froid de Bertrand Blier
Partager cet article
Repost0
13 mars 2019 3 13 /03 /mars /2019 09:58
Le mystère Henri Pick de Rémi Bezançon

Adapté du roman éponyme de David Foenkinos, le film de Rémi Bezançon ne vaudrait pas pipette sans la présence de Fabrice Luchini qui anime l'opus de sa malice, de son entêtement à plonger au coeur de cette invraisemblable histoire de manuscrit. L'idée de départ est excellente, celle d'une bibliothèque consacrée aux manuscrits refusés, sise en pays breton dans la presqu'île de Crozon, ce qui nous vaut des paysages superbes et, qu'un jour, une éditrice décide de visiter avec un jeune romancier en quête de reconnaissance dont elle vient de publier le premier roman. Elle est attirée alors par l'un de ces dossiers oubliés, comme le serait une bouteille à la mer, s'emballe pour son contenu et décide de le publier avec l'aura toute particulière dont cet ouvrage remarquable jouit  du seul fait d'avoir été un laisser pour compte de l'univers littéraire.


Si bien que, paré de cette légende, le roman fait mouche auprès du public et devient du jour au lendemain un best-seller, mais Jean-Michel Rouche (Fabrice Luchini), vedette d'une émission littéraire flaire d'emblée l'entourloupe et s'en prend à la veuve de ce Monsieur Pick, un brave pizzaïolo décédé deux années plus tôt qui n'a jamais écrit plus de quelques lignes sur des cartes postales destinées à sa famille, ce qui ne manque pas de susciter un scandale à l'antenne : voilà Rouche viré de la télévision et du lit conjugal, l'un allant souvent de pair avec l'autre. Bien écrits, les dialogues permettent à Luchini de donner toute sa mesure avec une savoureuse drôlerie et un cynique entêtement et, ce, en présence de la fille du supposé auteur qui s'affiche dans la contradiction avec panache : Camille Cottin. 


Cette partie de ping-pong oral focalise tout l'attrait du film dont le final ne nous surprend guère tant il est prévu dès les premières scènes, dommage ! - mais ce polar sans cadavre a du moins le mérite de pointer de la pellicule l'univers littéraire qui, pas davantage que les autres, n'échappe aux tentations du marketing  et aux paradoxes des faux-semblants.


Pour consulter la liste des articles de la rubrique  CINEMA FRANCAIS, cliquer  ICI


RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Le mystère Henri Pick de Rémi Bezançon
Le mystère Henri Pick de Rémi Bezançon
Partager cet article
Repost0
4 février 2019 1 04 /02 /février /2019 10:02
Qu'est-ce qu'on a encore fait au Bon Dieu ? de Philippe de Chauveron

Je l’avoue, je n’ai pas boudé mon plaisir hier soir à la projection du second volet d’un film qui avait cartonné en 2014  « Qu’est qu’on a encore fait au bon Dieu ?» Alors que les critiques des journaux s’opposent sur le plan purement politique, j’encourage mes lecteurs à aller passer une heure trente de détente sur un sujet empli d’une sympathique vision des choses, celle d’un monde qui s’est ouvert depuis longtemps à nos différences. Oui, voilà un retour réussi des familles Verneuil et Koffi que leurs racines civilisationnelles séparent à bien des égards mais que tout rapproche à propos des sentiments et de l’amour qu’ils éprouvent pour leurs enfants et petits-enfants. Plus finement traité que le premier volet, plus subtil dans ses dialogues, ce film aborde les sujets qui fâchent avec humour, si bien que nous voyons à quel point nos à priori sont le plus souvent ridicules et néfastes. Comme dans le précédent opus, Chantal Lauby et Christian Clavier sont une Marie et un Claude Verneuil épatants, ce qui n’enlève rien aux autres acteurs tous excellents et d’une joyeuse diversité dans leurs oppositions de façade et leur côté bobos des banlieues chics.

 

 

 

Derrière ses ressorts comiques efficaces, la comédie de Philippe de Chauveron n’est ni niaise, ni superficielle et touche juste. Elle évoque notre temps sans lourdeur avec un humour qui aère et fait du bien, renouant avec une mise en orbite savoureuse et efficace des divers et nombreux désagréments de notre époque. Et cela, à travers la planète entière, puisque la famille est une composition représentative de nos divers continents. Les thèmes les plus délicats sont abordés de façon si jubilatoire que nous pouvons enfin rire de bon cœur sans nous sentir pris en faute par le « politiquement correct »  et une police de la pensée étouffante. Certes, un film qui a le culot d’aborder les thèmes qui fâchent avec tant de bonne humeur que les spectateurs sont invités à rire sans se sentir pris en faute. Quel talent pour ce second volet de la part de Philippe de Chauveron qui a le mérite d’amuser son public sans le culpabiliser. 

 

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer  ICI
 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL


 

Qu'est-ce qu'on a encore fait au Bon Dieu ? de Philippe de Chauveron
Qu'est-ce qu'on a encore fait au Bon Dieu ? de Philippe de Chauveron
Partager cet article
Repost0
29 janvier 2019 2 29 /01 /janvier /2019 11:36
Les parapluies de Cherbourg de Jacques Demy et Michel Legrand

Je n’avais jamais eu l’occasion de voir le film de Michel Legrand « Les parapluies de Cherbourg » en entier, aussi est-ce avec plaisir que je l’ai visionné en entier  hier soir à la télévision. Bien que je trouve la réalisation moins réussie  que celle des « Demoiselles de Rochefort »,  plus rythmée, plus enlevée, je n’ai pas résisté au charme de cette histoire d’amour chantée, à la grâce de Catherine Deneuve et au romantisme des images, bien que ce ne soit en définitive qu’une bluette désuète et sans grande envergure. Mais le charme opère dès les premières images tant la musique est délicate, les prises de vue  poétiques et tant  l’ensemble dégage un attrait irrésistible.

 

Nous sommes à Cherbourg en novembre 1957. Geneviève Emery, dont la mère tient un commerce de parapluies, aime Guy Foucher ( Nino Castelnuo), un jeune garagiste. La mère de Geneviève n'envisage pas d'un bon oeil cette idylle et préférerait voir sa fille épouser Roland Cassard, un diamantaire. C’est alors que Guy est appelé sous les drapeaux pour participer à la guerre d'Algérie. Geneviève se donne à lui avant son départ. Enceinte, elle finira par céder aux instances de sa mère et épousera Roland, cet homme riche qui accepte son enfant.

 

Oui, aucune audace dans cette histoire si ce n’est celle d’avoir osé faire chanter la totalité  des dialogues sur la musique de Michel Legrand et, ainsi, d'avoir transformé le scénario simplet en comédie musicale d’un style inédit qui a peu à voir alors avec les comédies américaines de l’époque. C’est d’ailleurs ce qui a fait le succès et l’originalité de cette production qui ne peut être comparée à » West Side Story » mais conserve sa fraîcheur et son attrait en grande partie grâce aux mélodies ravissantes de Michel Legrand.

 

Les acteurs ont eu le mérite de se glisser avec tact dans leurs personnages, de jouer avec un naturel et une spontanéité qui procurent à l’histoire sa saveur particulière. Coiffée par les sœurs Carita, Catherine Deneuve est au sommet de sa beauté gracile, Anne Vernon, qui interprète le rôle de sa mère, est fort jolie elle aussi et l’ensemble suscite une indicible émotion. Le pari du metteur en scène et du musicien a parfaitement fonctionné et nous touche à l’heure de la science-fiction, des effets spéciaux et du numérique comme une bouffée d’oxygène.

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer  ICI

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Catherine Deneuve et Anne Vernon

Catherine Deneuve et Anne Vernon

Les parapluies de Cherbourg de Jacques Demy et Michel Legrand
Partager cet article
Repost0
23 janvier 2019 3 23 /01 /janvier /2019 11:00
Edmond d'Alexis Michalik

Je me rendais à cette projection avec un a priori d'autant plus favorable que la critique, dans l’ensemble, s’était montrée élogieuse. D’où ma désillusion à la vue de cette farce outrancière et brouillonne qui m’a davantage agacée que séduite. Nous sommes là à un niveau très scolaire et en présence d’un scénario qui ne relate en rien les affres de l’inspiration poétique et ne correspond absolument pas à la réalité. Ayant sous la main  la biographie d’Edmond Rostand, il n’y a quasi pas un seul point commun avec  l’écriture de cette pièce à succès et ce que nous propose cet opus qui cède à tous les clichés de la facilité. Dommage, car les acteurs méritaient un texte mieux inspiré et une direction plus sobre et plus fine,  en accord avec les prises de vue d’un Paris de l’époque joliment reconstitué. On m'a assuré que la pièce de théâtre était meilleure et plus subtile. Je veux bien le croire ...


Pour consulter les articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer  ICI


RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

Edmond d'Alexis Michalik
Les acteurs Thomas Solivérès et Tom Leeb

Les acteurs Thomas Solivérès et Tom Leeb

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : LA PLUME ET L'IMAGE
  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
  • Contact

Profil

  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.

Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

ET SI VOUS PREFEREZ L'EVASION PAR LES MOTS, LA LITTERATURE ET LES VOYAGES, RENDEZ-VOUS SUR MON AUTRE BLOG :  INTERLIGNE

 

poesie-est-lendroit-silence-michel-camus-L-1 

 

Les derniers films vus et critiqués : 
 
  yves-saint-laurent-le-film-de-jalil-lespert (1) PHILOMENA UK POSTER STEVE COOGAN JUDI DENCH (1) un-max-boublil-pret-a-tout-dans-la-comedie-romantique-de-ni

Mes coups de coeur    

 

4-e-toiles


affiche-I-Wish-225x300

   

 

The-Artist-MIchel-Hazanavicius

 

Million Dollar Baby French front 

 

5-etoiles

 

critique-la-grande-illusion-renoir4

 

claudiaotguepard 

 

affiche-pouses-et-concubines 

 

 

MES FESTIVALS

 


12e-festival-film-asiatique-deauville-L-1

 

 13e-FFA-20111

 

deauville-copie-1 


15-festival-du-film-asiatique-de-deauville

 

 

Recherche