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19 octobre 2013 6 19 /10 /octobre /2013 08:33

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                           1927 - 1983

Durant toute sa vie, Maurice Ronet, acteur inclassable aura fait l'expérience de la mort. Ayant intériorisé dès son plus jeune âge la philosophie tragique et esthétique de Schopenhauer, au point de vouloir lui consacrer une étude, il traversa l'existence comme une épreuve du feu. Aujourd'hui deux ouvrages sortent qui relatent cette vie intense et trop brève : "Maurice Ronet, le splendide désenchanté" de José-Alain Fralon et un essai  biographique plus intimiste "Maurice Ronet, les vies du feu follet" de Jean-Pierre Montal qui cerne de près son être profond et sa vision du monde. 

 

Appartenant, selon sa propre expression, à une génération sacrifiée, celle qui avait dix-huit ans à la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'acteur rêvait néanmoins de grandeur éthique et d'aventure politique. Mais la réalité de l'époque ne correspondait pas à ses aspirations. A la guerre et à ses rudesses avait succédé une paix douce et émolliente dont les objectifs  s'avéraient chaque jour davantage ceux de la consommation et de la finance, d'où un mal de vivre engendré par un monde moderne partant à la dérive, en proie à un effrayant vide spirituel. A la mort de l'acteur, François Chalais rapportait dans un quotidien ces propos tenus par celui-ci : " Mon ambition est d'être quelqu'un, pas quelque chose... Pas commode. A mon âge, les hommes sont tous PDG ou anciens combattants. Quant à la jeunesse, elle ne sait plus que se réfugier dans la drogue ou dans le dynamisme à reculons. Je ne suis plus dans le coup. Et mes amis sont déjà morts."

 

Ce désespoir s'exprimait déjà dans "Ascenseur pour l'échafaud " de Louis Malle ( 1957 ), d'après un scénario de Roger Nimier. Le titre du film est évidemment une métaphore de l'existence et déjà d'une noirceur profonde qui atteindra son paroxysme dans "Le feu follet" ( 1963 ), du même metteur en scène d'après le roman de Pierre Drieu La Rochelle. Un pur chef-d'oeuvre qui se termine par le suicide du personnage principal. En Ronet, le cinéaste avait trouvé l'interprète idoine et l'acteur offrait dans cet opus une composition magistrale.  Ce rôle, à l'évidence le plus fort et le plus emblématique de sa personnalité, lui collera définitivement à la peau et il restera pour toujours, dans la mémoire des cinéphiles, ce feu follet magnifique et désenchanté.

 

Maurice Ronet s'est d'ailleurs toujours senti solidaire des causes perdues, cultivant le sens de l'honneur et de la fidélité et lui-même fut toujours choisi pour des rôles où il trouve la mort et où son destin est sacrifié d'avance. Ce sera le cas dans "Plein soleil" et dans "La Piscine", l'un et l'autre aux côtés d'Alain Delon. " Dans mes compositions, c'est au moment où je commence à dire la vérité qu'on me bousille - soulignera-t-il. Ajoutant : " On punit toujours le héros que je représente, dans sa claivoyance, son cynisme, sa lucidité. J'ai souvent incarné celui qui jette un défi à la morale, à la vie. Et ce personnage-là n'a pas sa place. Alors, il faut le flinguer."

 

En 1973, Maurice Ronet part avec son ami l'écrivain et éditeur Dominique de Roux tourner un reportage pour la télévision sur la guerre menée par le Portugal au Mozambique. Appel de l'aventure, défense à contre-courant, pour l'honneur, d'un des derniers lambeaux d'empire européen en Afrique... Les deux hommes prennent des risques insensés et échappent de peu à la mort. La même année, Ronet porte à l'écran "Vers l'île des dragons", un documentaire allégorique sur les lézards géants du Komodo, en Indonésie : " C'est une chronique sur la terre, l'eau, le feu et sur ces monstres qui n'existent que là, qui sont nos ancêtres - expliquait-il alors. " Il s'agit d'animaux qui sont à la fois à l'intérieur et à l'extérieur de nous-mêmes, et puis ils étaient là bien avant nous. C'est un peu le pèlerinage aux sources, ou un voyage en enfer, ou un film sur le début ou sur la fin du monde."

 

Trois ans plus tard, Maurice Ronet réalisera "Bartleby" ( 1976 ), un drame intimiste d'après la nouvelle éponyme d'Hermann Melville avec Michael Lonsdale et Maxence Mailfort. Il s'agit du récit d'un homme désespéré se conduisant comme un somnambule. Un mort en sursis, prostré dans une armure invisible, hermétique aux autres hommes, médiocres et parfois haineux à son endroit. Un seul se propose à l'aider, mais cela ne suffit pas. Un voyage au bout de la nuit que Ronet filme sous l'influence littéraire de Louis-Ferdinand Céline, une oeuvre déroutante et sans concession ou l'existence est envisagée sous son angle le plus tragique.

 

Maurice Ronet est mort d'une cancer le 14 mars 1983, à l'âge de 55 ans, en homme de l'ancienne France et de la vieille Europe. Son projet de l'adaptation télévisée de "Semmelweis" de Céline ne verra pas le jour. Il nous reste heureusement ses films, tous d'une grande qualité, où son interprétion sonne toujours juste et où sa beauté grave et son regard noyé dans une indicible mélancolie ne cessent de nous émouvoir. Et puis, coup sur coup, ces deux livres qui évoquent sa vie d'homme totalement décalé d'avec son temps et illustrent, à nos yeux, l'éternel chevalier des causes perdues.

 

Source : Arnaud Guyot-Jeannin

 

Pour consulter les articles consacrés à certains de ses films, cliquer sur leurs titres :

 

PLEIN SOLEIL de RENE CLEMENT         LA PISCINE de JACQUES DERAY

 

 

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14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 09:55

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Poète précieux et souvent hermétique, Cocteau fut très vite séduit par le potentiel d'images que lui offrait le 7e Art.  "Qu'est-ce qu'un poète ? C'est un homme qui change les règles du jeu" - se plaisait-il à dire. Toute image constituait pour lui un matériau concret, d'où l'appelation de "réalisme magique" qui qualifia, dès le début, sa création cinématographique, bien que la forme narrative ne cessa d'osciller du vérisme des "Parents terribles" au merveilleux de "La Belle et la Bête". 

Son premier essai "Le sang du poète" en 1931, financé par le mécène, le vicomte de Noailles - Cocteau savait emprunter, et tout particulièrement l'argent des autres, avec subtilité - révèle un goût prononcé pour le trucage et l'hybridation visuelle. Aussi les surréalistes ne manquèrent -ils pas de l'accuser d'emprunts illégitimes, ce qui ne semble pas l'avoir beaucoup ému, bien que ses films ne soient pas, à proprement parler, dominés par les tourments de l'inconscient. Il compose avec "Le testament d'Orphée", en 1960, son oeuvre ultime, où il se met lui-même en scène dans un festival de métaphores et d'autocitations comme une boucle englobant les objets et thèmes familiers, dans un flux d'images créatives et de rapprochements trop souvent abscons. 

Le goût de Cocteau pour les grands mythes ne se limite pas à celui d'Orphée. Une série de pièces de théâtre l'atteste, qui a conduit à deux films essentiels : "L'Aigle à deux têtes" en 1958, tragédie fondée sur le thème du double, et "La Belle et la Bête" en 1946, un conte dont les références picturales rehaussent un merveilleux éloigné de toute tradition cinématographique. Quel que soit le cadre de son récit, mythique, psychologique, théâtral, légendaire, Cocteau s'est appliqué à fuir le réalisme, trop banal à ses yeux, pour le remplacer par un réel constamment mystifié. Aussi a-t-il souvent commis le péché d'emphase et de préciosité, si bien qu'on ne parvient pas à entrer complètement dans un univers qu'il propose avec trop d'excès et de manièrisme. Il use néanmoins d'une science certaine de la beauté visuelle, privilégiant l'image au texte, ce qui est regrettable, et attachant une grande importance au montage, aux décors insolites qui servent parfaitement ses thèmes les plus chers : la drogue, les rituels d'initiés, l'homosexualité, tout cela dans une version quasi sacralisée et des images d'une indéniables poésie et d'une grande beauté esthétique.

Pour le cinquantenaire de sa mort à Milly-la-Forêt, en 1963, à quelques heures de celle de son amie Edith Piaf, des articles, des livres, des hommages, des rediffusions nous remettent en phase avec un créateur un peu oublié, dont la vie ne fut certes pas un long fleuve tranquille et qui a envoûté un large public par son originalité et sa légèreté, car rien de pesant chez cet artiste multiforme qui s'est sans doute laissé un peu égaré par la diversité de ses dons.

 

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12 octobre 2013 6 12 /10 /octobre /2013 09:33

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Né dans une plantation de coton en Virginie, le jeune Cecil voit son père mourir sous ses yeux alors qu'il tente de s'interposer auprès du responsable de la plantation qui abuse de sa femme. L'orphelin, remarqué par la propriétaire, va bénéficier jusqu'à son adolescence d'une formation, celle de l'apprentissage du service domestique. Mais le jeune homme ne désire qu'une chose, fuir cette plantation où l'accablent trop de souvenirs douloureux, gagner une grande ville et changer d'existence. Embauché pour ses qualités de service dans un palace de Washington, il sera bientôt engagé comme majordome à la Maison Blanche où il servira avec une parfaite aisance et un grand souci du devoir accompli, tandis que sa femme, Gloria, élève leurs deux fils. Grâce au poste de Cecil, la famille jouit d'une existence confortable. Pourtant, sa profession suscite des tensions dans son couple : Gloria s'éloigne de lui et les disputes avec l'un de ses fils, particulièrement engagé pour la cause des noirs américains, sont incessantes.

A travers le regard de Cecil Gaines, librement inspiré de la vie de Eugene Allen, le film retrace l'évolution de la vie politique américaine et des relations entre communautés. De l'assassinat du président Kennedy et de Martin Luther King au mouvement des "Black Panthers", de la guerre du Vietnam au scandale du Watergate, Cecil vit ces événements de l'intérieur, mais aussi en père de famille et en citoyen américain de couleur…

 

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Lee Daniels a réalisé avec Le Majordome un très beau film, dessinant à larges traits ce que fut le combat des noirs durant une grande partie du XXe siècle, afin d' obtenir les mêmes droits civiques que les blancs dans un pays qu'ils ne cessèrent de servir au prix de leur sang et de leur sueur. Soucieux d'user des symboles les plus éloquents, le réalisateur s'est octroyé, il est vrai, quelques libertés au sujet de la vie réelle de son héros, un certain Eugene Allen, qui fut  majordome à la Maison Blanche sous sept présidents, de Eisenhower à Reagan. Si l'on en croit Will Haygood, le premier à avoir raconté l'histoire d'Eugene Allen dans un article du "Washington Post" en 2008, celui-ci  est bien né dans une plantation de coton où ses parents travaillaient mais il n'a jamais fait état des monstruosités relatées à l'écran : la mère violée et le père assassiné sous les yeux de son fils. De même que la femme de Allen, avec laquelle ce dernier  vécut 65 ans, ne fut jamais alcoolique mais est bien décédée en 2008 et ne put assister à l'élection de Barak Obama. Enfin, il n'eut qu'un seul fils et celui-ci n'appartint pas aux "Black Panthers" mais servit comme militaire lors de la guerre du Vietnam où, heureusement, il n'a pas trouvé la mort. Néanmoins, sans ces symboles forts, le film aurait perdu de son intérêt historique et se serait limité au destin d'un homme, au lieu d'exposer celui d'un peuple tout entier avec ses combats les plus rudes et ses heures les plus tragiques. Ce que Lee Daniels réussit en surfant habilement sur la gamme complète de nos émotions.


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L'intérêt est d'avoir en permanence alterné les temps forts de l'existence du serviteur des présidents et la réalité sur le terrain à laquelle les noirs étaient confrontés quotidiennement : attaques, humiliations, servitudes, on se demande comment au XXe siècle, dans une nation aussi moderne que l'Amérique et toujours bien disposée à donner des leçons de morale à la planète entière, une telle ségrégation ait pu perdurer... Admirablement interprété par Forest Whitaker dans le rôle de Cecil Gaines, l'acteur  vous émeut aux larmes  tant il y met de retenue, de pudeur, de résignation, de sincérité, de respect. Un des moments les plus touchants est celui où Cecil revient chez lui avec la cravate de Kennedy que Jackie lui a offerte après l'attentat qui a coûté la vie au président le plus populaire des Etats-Unis, cravate qu'il noue à son cou pour se rendre à l'invitation du Président Obama. Le film s'achève alors qu'il entre dans le bureau ovale, occupé désormais par un président de couleur, et où s'est écrite, sous ses yeux, une grande page d'histoire.

 

4-e-toiles

 

Pour prendre connaissance des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN, cliquer sur le lien ci-dessous 

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

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10 octobre 2013 4 10 /10 /octobre /2013 17:46

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Alors qu’elle voit son existence voler en éclat, de même que son mariage avec Hal, un homme d’affaire peu scrupuleux qui l'a ruinée, Jasmine quitte son New York raffiné et mondain pour San Francisco et s’installe dans le modeste appartement de sa soeur Ginger pour tenter de remettre un peu d'ordre dans sa vie …

 

Ne sollicitant ni le rire, ni les larmes, pas même la dérision, tant les personnages sont en fin de compte plus pitoyables que caricaturaux, le dernier opus de Woody Allen, qu'une presse complaisante a porté aux nues, m'a laissé de marbre malgré l'admiration que je porte au réalisateur. J'avoue ne pas être entrée dans l'histoire de cette Jasmine, petite bourgeoise promptement enrichie par un époux escroc qui sut tromper son monde et sa femme avec la même désinvolture, finissant en taule et s'y suicidant, abandonnant cette dernière à son triste sort.

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Le film de Woody Allen nous brosse dans les moindres détails le tableau d'une société américaine en pleine déroute après la crise et l'affaire Madoff - comme l'européenne d'ailleurs - dont les seules références sont celles du sexe et de l'argent et dont l'égocentrisme, et surtout la vacuité, nous apparaissent tristement abyssales. Comment se prendre au jeu de personnages qui évoluent entre dépression, vanité, mal être, mensonge, hypocrisie, illusion, bêtise et déclassement social, alors que l'auteur ne nous gratifie même pas de son habituel humour dans la description de ces grands invalides du coeur et de l'esprit ? A mon avis, cette satire sociale n'est pas assez affûtée.

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On aurait pu s'attendre, au vu du sujet, à des phrases assassines, à des situations farfelues ou ubuesques mais rien de cela, un récit d'un réalisme clinique qui n'a même pas l'outrecuidance de vous hérisser le poil. Vous me rétorquerez qu'il y a Cate Blanchett qui donne à cette pauvre Jasmine un panache indiscutable malgré le marasme où elle se trouve, que sa silhouette est bien agréable à regarder avec sa petite veste Chanel, dernier vestige de l'époque où elle recevait le tout New-York dans sa villa cossue, que Sally Hawkins joue sa soeur prolo avec un naturel touchant, enfin qu'Alec Baldwin est un nouveau riche arrogant qui sent son faussaire à plein nez et ne craint nullement de chahuter le rêve américain avec cynisme. Ici, les illusions et les désillusions restent au ras des pâquerettes. Ce sont celles des deux soeurs Yasmine et Ginger qui ne jouent certes pas dans la même cour, mais parviennent l'une et l'autre au même résultat : l'échec fracassant de leurs misérables ambitions.

 

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Contrairement à la plupart des critiques, j'avais de beaucoup préféré "Minuit à Paris" pour sa nostalgie poétique, son charme discret, et "To Rome with love" où l'on revisitait la ville éternelle et où quelques scènes étaient inénarrables ; là, comment rire devant la chute inéluctable d'une femme belle, frivole et mondaine, subitement désargentée qui ne fonctionne que grâce au xanax ( anxiolytique ) et à la vodka-martini ? Oui, triste époque ! Le film ne vaut, en définitive, que pour l'élégance de Cate Blanchett et cette mort d'un cygne dans un monde déchu. Un Woody Allen dépressif.

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Pour consulter les articles que j'ai consacrés à Woody Allen et à Cate Blanchett, cliquer sur leurs titres :

WOODY ALLEN OU UN GENIE TOUCHE-A-TOUT          CATE BLANCHETT - PORTRAIT

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8 octobre 2013 2 08 /10 /octobre /2013 09:55

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Cate Blanchett, l'actrice aux 4 nominations aux Oscars, 5 nominations aux BAFTA, ainsi que 7 aux Golden Globe, qui dit mieux ? - est une actrice inclassable, d'une beauté hiératique, considérée par certains comme une nouvelle Meryl Streep - ce que je ne cautionne pas, car chaque actrice est unique - vient une nouvelle fois de séduire le public dans Blue Jasmine de Woody Allen, où elle interprète le rôle d'une femme en plein désarroi qui tente de se reconstruire. 

Née en 1969 d'une mère australienne et d'un père texan qui mourra alors qu'elle n'a que 10 ans, elle passe toute son enfance à Melbourne et se destine tout d'abord à des études d'art et d'économie avant d'obliquer vers des études théâtrales. Elle jouera dans La Mouette de Tchekhov en 1996, ses premiers pas sur une scène, puis à la télévision australienne, ce qui lui permet d'acquérir, sur ce continent, un début de notoriété.

 

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Mais ce n'est qu'en 1998, grâce à sa prestation dans le drame Paradise Road de Bruce Beresford auprès de Glenn Close, puis dans Elisabeth de Shekhar Kapur qu'elle accède à la consécration. Elle obtiendra son premier Golden Globe pour le personnage d'Elisabeth I d'Angleterre qu'elle campe avec un réalisme confondant et une intensité dramatique telle qu'elle se classe dès lors parmi les actrices de tout premier plan. Puis ce sera la trilogie fantastique de Le seigneur des anneaux dans laquelle elle interprète la reine des Elfes, Galadriel. Osant aborder tous les genres, elle ne peut manquer de convaincre le public de sa capacité à se renouveler et à oser les expériences les plus difficiles avec la même force et la même conviction, ce qui la rend inclassable comme je le soulignais au début de l'article et capable même d'une certaine excentricité. On la verra ainsi et successivement dans Heaven ( 2002 ), dans Terre Neuve de Lasse Hallström, dans le western Les disparues ( 2003 ), dans la freque Aviator ( 2004 ) de Scorsese qui lui vaut la reconnaissance de ses pairs et l'Oscar de la Meilleure actrice dans un second rôle en 2005.

 

Eclectique et sachant choisir ses metteurs en scène, elle tourne en 2006 dans un drame cosmopolite Babel avec Brad Pitt, dans Chronique d'un scandale qui lui vaut une nomination aux Oscars 2007, enfin dans Indiana Jones et le Royaume du Crâne de cristal de Steven Spielberg en 2008. Et n'oublions pas sa formidable performance dans le film de David Fincher L'étrange histoire de Benjamin Button, toujours au côté de Brad Pitt.

Très belle, d'une élégance jamais prise à défaut, l'actrice a illuminé récemment le 39ème Festival du film américain de Deauville, égérie et ambassadrice désormais incontournable du 7e Art et a reçu l'Oscar de la meilleure actrice pour Blue Jasmine lors de la remise des Oscars 2014. Une nouvelle consécration.

Pour consulter la liste des articles de la rubrique ACTEURS DU 7e ART, cliquer sur le lien ci-dessous :


LISTE DES ARTICLES - ACTEURS DU 7e ART

 

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7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 09:38

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Mrs. Edythe Van Hopper, respectable veuve déjà âgée, accompagnée de sa jeune fille de compagnie, est en villégiature à Monte-Carlo à l'hôtel « Côte-d'Azur », lorsque leur chemin croise celui de Maximilien de Winter, riche veuf, qui n'a aucun mal à séduire la jeune fille et, dans la foulée, à l'épouser et l'emmener dans sa demeure ancestrale de Manderley, quelque part sur la côte sud-est de l'Angleterre. Voici comment commence "Rebecca", le film qu’Alfred Hitchcock allait tourner à Hollywood en 1940.

 

Les premiers contacts avec le personnel du château, régenté par la peu amène gouvernante Mrs. Danvers, seront glacials. Cette dernière, en effet, attachée depuis toujours au service de la précédente Madame de Winter, Rebecca, et lui vouant une passion sans limite, même à titre posthume, n'accepte pas l'intrusion de l' usurpatrice. Aussi le souvenir de l'épouse disparue et vénérée continue-t-il de hanter le sombre château gothique ...au point que la nouvelle épouse croit qu’il lui faut peu à peu, selon les conseils de l’autoritaire duègne, tout faire pour lui ressembler.

 

Le film est de façon originale basé sur un personnage qui n’apparaîtra jamais, mais qui ne cesse de se faire obsédant, au point que le personnage central du film, la seconde épouse, délicatement interprétée par Joan Fontaine, semble comme écrasé par le poids de cette présence invisible. Cette dernière est l’incarnation contraire de la précédente, et pour la rendre encore plus évanescente, Daphné du Maurier, l’auteur du roman éponyme dont le film est tiré, ne lui a pas donné de prénom, en a fait une orpheline, un être sans passé, sorte de Cendrillon fragile et inexpérimentée d’une histoire conjugale qui ne parait jamais être la sienne, mais toujours celle de l’autre, cette précédente disparue dans des conditions restées mystérieuses.

 

Celle qui, en définitive, mène le jeu n’est autre que la gouvernante, la sévère et rigide Mme Danvers, admirablement campée par l’actrice Judith Anderson, qui, grâce à son machiavélisme redoutable, finit par pénétrer la tout jeune femme que son mari est inconsolable de la disparition de sa première épouse. Une série d’indices, de symboles, d’icônes défilent à l’écran pour rappeler cette omniprésence au point de conduire la jeune épousée au bord de la folie et de lui inspirer un comportement dont son mari sera le premier à s’affliger.

 

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Dirigé de main de maître par un Alfred Hitchcock dont c’était la première réalisation américaine depuis qu’il avait traversé l’Atlantique et avait signé un contrat de 10 films avec le producteur David 0’Selznick, ce film est davantage un drame psychologique qu’un thriller et sort un peu de ce que Hitchcock se plaisait à réaliser, mais, malgré les  directives sourcilleuses imposées par le producteur, le grand Alfred saura sauvegarder son inspiration et surtout créer une atmosphère étouffante  et conforme à son génie propre, dans un opus qui tient le spectateur en haleine de bout en bout.  J’avais vu ce film, il y a de cela bien des années, récompense que mon père m’avait accordée après mon premier bac, et avais été littéralement enthousiasmée par la finesse de la composition psychologique, l’atmosphère hallucinée, l’interprétation des trois principaux personnages : Joan Fontaine,  en proie gracile qui nous fait penser à une biche aux abois, Laurence Olivier en lord anglais de grand classe, assez impénétrable d’ailleurs, et Judith Anderson souvent filmée de dos ou de côté, ce qui n’est pas innocent car si elle occupe, de par sa condition, une situation secondaire, au final elle n’en est pas moins à l'origine du drame, persuasive, inquiétante, comme si elle exhalait en continu son venin mortifère. Revu  à la télévision, l’opus ne m'a pas déçue, bien au contraire, j’y ai trouvé de nouveaux motifs d’en apprécier la lente et inexorable progression dramatique. Fidèle au roman à succès de Daphné du Maurier, l’œuvre de Hitchcock ajoute à l’écrit un visuel revisité et tellement attractif que l’on peut presque dire que le film apporte un supplément d’intérêt à cet excellent roman.  Comme « Autant en emporte le vent », produit au cinéma par le même Selznick, le livre n’a rien perdu à être transposé à l’écran, ainsi arrive-t-il à la littérature de servir le 7e Art, sans qu’aucune de ces deux formes d’art ne soit desservie.

 

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Pour consulter l'article que j'ai consacré à Alfred Hitchcock,cliquer sur le lien ci-desssous :

 

ALFRED HITCHCOCK - UNE FILMOGRAPHIE DE L'ANXIETE
 

 

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REBECCA d'ALFRED HITCHCOCK
REBECCA d'ALFRED HITCHCOCK
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5 octobre 2013 6 05 /10 /octobre /2013 09:37

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"Le pont de la rivière Kwaï", le film aux 7 Oscars de David Lean relatant un épisode de la Deuxième Guerre mondiale, est également remarquable par le pont, le plus grand ouvrage réalisé à Ceylan, lieu du tournage, d'une longueur de 130 mètres sur près de 28 de hauteur. Il a nécessité 8 mois de travail, 1500 arbres abattus dans la jungle et transportés par 40 éléphants sur le site de construction. Selon Sam Spiegel, le producteur du film, ce pont était le plus grand décor jamais construit, dépassant même celui des portes de Tanis pour "Les dix commandements". On pouvait bien sûr utiliser des maquettes, ce qui aurait été moins coûteux, mais Spiegel, célèbre pour son perfectionnisme sans concession, entendait que soit pleinement respectée l'authenticité, quitte à risquer de rater l'unique prise de l'explosion et gâcher huit mois de travail. On devine la tension qui devait régner lors de cette scène...

 

 

A l'origine de ce film grandiose, un événement véridique : la construction d'un pont sur la rivière Kwaï en Thaïlande par les Japonais et surtout par leurs prisonniers. Un pont de chemin de fer stratégique entre la Birmanie et la péninsule du Siam qui sera bombardé et détruit par les alliés en 1943. Le fait militaire, qui servira de base au romancier français Pierre Boule en 1952, sera adapté à l'écran en 1957 par David Lean, séduit par le sujet, et premier succès commercial du réalisateur qui produira les années suivantes "Lawrence d'Arabie" et "Docteur Jivago", autres succès planétaires.

 

Classique parmi les classiques, cet opus s'avère être plus complexe et plus fin que la plupart des films évoquant cette triste période, car Lean s'est tout particulièrement attaché à rendre l'aspect psychologique et moral qui oppose les prisonniers et leurs geôliers, et la confrontation entre les deux colonels, l'anglais et le japonais, le premier se refusant de céder aux exigences du second et le second soucieux de réussir sa mission et prêt,  pour cela, à contrevenir aux codes et usages internationaux sur le droit des prisonniers.


 

Néanmoins, quand le colonel anglais ( Alec Guinness )  s'aperçoit des effets de la détention sur ses hommes, il convainc les malades et les blessés de participer à la construction du pont, considérant que c'est  là le meilleur moyen de remettre de l'ordre chez ses subordonnés et de leur rendre leur dignité et leur fierté, d'autant qu'un détenu américain ( William Holden ), parvenu à s'évader,  préviendra les alliés qui enverront un commando pour détruire le pont. Ainsi  l'honneur des détenus sera-t-il sauf...


 

Le film existe aujourd'hui en DVD, dans sa version restaurée sortie en avril 2013, et mérite de figurer dans la vidéothèque des cinéphiles les plus exigeants car cette oeuvre est une grande réussite. Ne serait-ce que par le scénario admirablement structuré avec, peut-être, quelques longueurs au début mais c'est là une restriction bien mince, par la beauté des images qui nous promènent dans des paysages d'une beauté toute exotique, la jungle siamoise, enfin par l'interprétation exemplaire des acteurs avec en tête un trio fameux  : Alec Guinness, William Holden et Sessue Hayakama terrifiant mais tellement juste dans le personnage du colonel japonais. Sans oublier la musique de Malcolm Arnold qui souligne les temps forts et a trotté longtemps dans la tête de la plupart des  spectateurs. Et puis ce film dénonce les absurdités de la guerre et démontre qu'il vaut encore mieux être un bon humain qu'un parfait soldat et  que ce qui compte le plus dans une existence, ce n'est pas de perdre mais de conserver, en toutes occasions, sa dignité et son humanité. Le personnage interprété par Alec Guinness l'illustre parfaitement. Un film exceptionnel que je considère comme le chef-d'oeuvre de David Lean.

 

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Pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN, cliquer sur le lien ci-dessous :


LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

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LE PONT de la RIVIERE KWAI de DAVID LEAN
LE PONT de la RIVIERE KWAI de DAVID LEAN
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1 octobre 2013 2 01 /10 /octobre /2013 09:13

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« Le Samouraï », film de Jean-Pierre Melville est sans doute le chef-d’œuvre du genre par sa sobriété, sa rigueur, son unité de temps, son économie de moyens et la remarquable interprétation d’Alain Delon, au sommet de son art, dont la présence magnétique donne à l’opus sa densité et son rayonnement. Aucune œuvre moins bavarde ; celle-ci ne repose que sur les éclairages, les expressions, les gestes les plus minutieux, le tempo d’une savante lenteur qui ne quitte pas un instant de vue le personnage ambigu de Jef Costello, tueur à gages solitaire et désenchanté. On comprend que le scénario ait d’emblée séduit l’acteur de 30 ans qui devait se reconnaître dans ce loup isolé qui préfère mourir à la façon du samouraï, en mettant sa mort en scène lui-même et en la provoquant, que de sombrer dans le déshonneur.

 

L'histoire est celle de ce Jef Costello qu’un clan du milieu parisien a chargé de l’exécution du patron d’une boîte de nuit huppée, ce qu'il fait dès le début du film. En sortant du bureau, où gît le cadavre de sa victime, il croise la pianiste du club, Valérie ( Cathy Rosier ). Malgré un alibi  bien construit, il est suspecté par le commissaire ( formidable François Périer ) chargé de l'enquête qui sera dans l’obligation de le relâcher, car la pianiste de la boîte  nie le reconnaître, ce qui est faux. Jef ne comprend pas pourquoi elle agit ainsi. Il se rend ensuite au point de rendez-vous convenu avec son employeur pour récupérer l'argent du contrat.

 

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Un homme blond, faisant office d'intermédiaire, s’acquitte de cette tâche en lui tirant une balle dans le cœur mais, grâce à ses bons réflexes, Jef s’en tire avec une égratignure au bras. Désormais, il va s’employer à remonter à la source et à démasquer ceux qui ont cherché à l’éliminer, tout en jouant au chat et à la souris avec la police qui guette le moindre de ses faits et gestes, le commissaire plus que jamais convaincu qu’il tient là son coupable. S'ensuit une traque dans le métro parisien et une perquisition chez la maîtresse de Jef, Jane Lagrange, que l’officier de police va tenter de déstabiliser, mais en vain. Le rôle est tenu par Nathalie Delon, alors l’épouse d’Alain, convaincante dans ce personnage courageux qui a vite fait de débusquer les intentions du policier.

De retour chez lui, Costello découvre, grâce au comportement anormalement agité de son bouvreuil, que quelqu’un a pénétré chez lui et y a posé des écoutes. Une seconde fois, intrigué à nouveau par l’agitation de l’oiseau, il se trouve en présence d’un émissaire du clan. Par chance, il parvient à le désarmer et à lui extorquer le nom et l’adresse de son commanditaire.

San plus tarder, il se rend à  cette adresse et constate qu'il s'agit de l'endroit où vit la pianiste. Il y retrouve celui qu'il cherchait et le tue avant de regagner la boîte de nuit, de sortir son revolver et de le pointer sur la pianiste  au vu et au su de l’assistance. La police, qui l’attend embusquée derrière une porte, l'abat sur place avant de découvrir que son revolver n'était pas chargé.

 

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Peu de rebondissements dans cette œuvre tirée d’un roman de Joan McLeod, mais un narratif linéaire sans flash-back, un récit concentré sur le personnage de Jef qui ne quitte pas l’écran, ne parle pas, mais jouit d’une présence grave et tragique car il se sait condamné à plus ou moins brève échéance. Delon tient  là l’un de ses plus grands rôles. Le moindre de ses gestes prend une énorme importance, ainsi la façon de mettre son chapeau, de relever le col de son imperméable, de fixer son regard sur un interlocuteur, oui, le moindre détail prend une force et une importance incroyable. C’est tout l’art de Melville qui disait à propos de ce film : «  La peinture d’un schizophrène par un paranoïaque ». On sait que lui-même était une personnalité complexe et solitaire. Le choix d’Alain Delon s’imposait ; Melville prend comme acteur son alter égo qui est dans la vie, comme il l’est lui-même, un loup solitaire, un homme sans concession ni dans sa vie, ni dans son métier. Le résultat est prodigieux. « Le Samouraï » est aujourd’hui encore une œuvre de référence, tant il est parfait dans sa composition et son déroulement, avec les éclairages gris-bleu de Henri Decaë et le chant nostalgique du bouvreuil,  symbole éloquent de l’emprisonnement intérieur.

 

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Pour consulter l'article consacré à Jean-Pierre Melville, cliquer sur son titre :

 

JEAN-PIERRE MELVILLE OU L'OEUVRE AU NOIR

 

Et pour prendre connaissance des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer sur le lien ci-dessous :


LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

 

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30 septembre 2013 1 30 /09 /septembre /2013 10:17

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L'Irlande pendant la 2ème guerre mondiale voue une haine tenace aussi bien à l'ennemi qu'à l'occupant anglais. Dans un village, Rosy Ryan, fille du tavernier, est amoureuse de Charles Schnaughessy, un instituteur quadragénaire. Le mariage a lieu, mais Rosy est vite déçue par la monotonie de son existence, jusqu'au jour où elle rencontre le commandant anglais Randolph Doryan qui, ayant été gravement blessé sur le front français, est en convalescence au village. Leur passion va susciter, au moment même où les opposants débarquent des armes sur la côte en pleine tempête, des réactions d’une rare violence...car le pays est en pleine insurrection et le major anglais représente  ce que la population exècre le plus.  Aussi la jeune femme va-t-elle concentrer sur elle et, à son insu, sa fureur aveugle, ce  qui l’obligera à fuir le pays avec son époux, alors que le major se donnera la mort …

 

Ce très beau film de Lean, après les succès que furent « Le pont de la rivière Kwaï »,  « Lawrence d’Arabie » et « Le docteur Jivago », va être quasiment assassiné par une presse déchaînée, en tête de laquelle figure la journaliste Pauline Kael, au point de décourager le réalisateur qui, jusqu’alors, avait été encensé par elle, de poursuivre sa carrière. Il lui faudra attendre 14 ans, soit 1984 pour ré -apparaître derrière une caméra lors du tournage de « La route des Indes ». Que s’était-il passé pour que la critique vire de bord à ce point et agisse comme l’aurait fait un tribunal en formulant contre l’auteur de tant de succès, sous forme d’un réquisitoire, une condamnation imméritée dont le malheureux sortira anéanti ?

 

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Difficile de le dire. Une certaine lenteur peut-être, un petit quelque chose avec le bovarysme qui ne correspondait plus à l’époque, une incontestable naïveté dans la narration, des personnages trop stéréotypés, difficile à dire car l’opus réserve de belles surprises et déroule devant nos yeux des scènes magnifiquement filmées, des paysages grandioses et une interprétation irréprochable. Seule la musique de Maurice Jarre peine un peu, elle n’a pas l’éclat, le romantisme des musiques qui restèrent si longtemps dans les mémoires, celles du docteur Jivago et de Lawrence d’Arabie. Là, à l’évidence, le musicien se montre moins inspiré. Mais les interprètes ne le sont pas. On découvre une Sarah Miles, femme du scénariste Robert Bolt, très juste dans son personnage de femme passionnée et insatisfaite, un Chistopher Jones – que l’on ne reverra plus jamais à l’écran après ce film –  tour à tour glacé et fou d’amour, hautain et vibrant et un John Mills saisissant dans le rôle difficile de l’idiot du village qui, en fin de compte, est le seul vrai témoin des événements et, enfin, un Trevor Howard plein d’humanité dans celui du curé de la paroisse qui tente désespérément de ramener les villageois à la raison.

 

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La variation bovarienne prend ici pour décor une falaise gigantesque dans la province irlandaise de Dingle, un bourg traditionnel entièrement construit pendant l'hiver 1968 pour être détruit à la fin du tournage, une plage immense où Lean et son équipe passeront des jours entiers à attendre que le soleil ou la pluie daignent se prêter aux besoins du tournage. Lequel durera 52 semaines, quand il était prévu de n'en prendre que dix.

Il faut ajouter à cela une variété extraordinaire de péripéties humaines et techniques. Lean et Mitchum ne s'entendaient guère et ne se parlaient que par l'intermédiaire de Sarah Miles, qui s'efforçait d'en rire. Quant à la grande scène de tempête, que Lean ne trouvait jamais assez spectaculaire, elle fut d’abord filmée en Irlande avant de finir par être tournée en Afrique du Sud.

 

Achevé au début de l'année 1970, ce tournage éreintant, même pour l'habitué des projets aventureux qu'était  David Lean, donna un fruit amer comme rarement un réalisateur eut l'occasion d'y goûter. Son nom s'estompa derrière ceux de Lawrence et de Jivago, que presque tous les spectateurs du monde connaissent sans toujours  pouvoir dire à qui ils les doivent.  « La Fille de Ryan », engeance maudite à tous points de vue, disparut plus encore, et même ses deux Oscars (meilleure photographie et meilleur acteur dans un second rôle pour John Mills) ne purent le sauver de ce naufrage programmé.

 

De nos jours, nous re-visionnons ce film avec plaisir, même ses défauts s’estompent car il y a une vraie beauté dans les images, une vraie authenticité dans les personnages, ainsi ce père qui a trahi son village mais, par orgueil et frousse, n’avouera jamais et laissera sa fille en porter l’opprobre. Enfin, comment oublier le rôle à contre-emploi de Robert Mitchum en mari cocu mais si bon, si épris, et tellement moins vulgaire et ridicule que le Monsieur Bovary de Flaubert. Il donne au film sa dimension déchirante et humaine, digne et fière qui ne peut manquer de toucher le plus récalcitrant des cinéphiles. « La fille de Ryan » mérite de sortir enfin de son purgatoire et de prendre toute sa place dans la filmographie de ce grand imagier.

 

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Pour consulter l'article consacré à David Lean, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

DAVID LEAN, L'IMAGIER PRESTIGIEUX

 

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27 septembre 2013 5 27 /09 /septembre /2013 09:50

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Toujours à la recherche de nouvelles inspirations, Hollywood dans les années 1920 n'hésite pas à s'emparer d'un genre qui fait les beaux jours du cinématographe italien : le péplum. Et les studios vont s'en donner très vite les moyens...

Parler de péplum au cinéma avant la fin des années 50 constitue un anachronisme, puisque c'est à cette date seulement que le terme est apparu en France, puis en Italie et, le plus souvent, dans un sens péjoratif. Jusqu'alors, les Anglo-Saxons parlaient "d'épic film" ou de "Sword and sandals" soit " épée et sandales", péplum signifiant "tunique", lorsqu'il s'agit des productions les plus kitsch du genre. Derrière ces termes assez vagues se cachent des films où il est question de l'Antiquité que ce soit d'un point de vue historique, mythologique ou simplement imaginaire, voire même les trois à la fois. Quoi qu'il en soit, le péplum est l'un des genres les plus anciens du 7e Art. Jusqu'en 1914, Hollywood ne s'y intéressait guère, mais en découvrant "Cabiria" de Giovanni Pastrone, le public et les producteurs américains vont progressivement se familiariser avec cet univers où l'histoire biblique croise celle des esclaves révoltés et autres valeureux gladiateurs et empereurs sanguinaires.

 

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En 1923, Cecil B. DeMille et ses "Dix commandements" met définitivement le feu à la machine hollywoodienne et enlève à l'Italie le flambeau de l'épopée populaire. Sa maestria et la puissance de la production américaine, qui ne mégote pas sur les moyens, donnent des oeuvres d'une dimension impressionnante qui, avec force figurants, décors et costumes remportent un succès planétaire à l'instar de "Le Roi des Rois" ( 1927 ) qui raconte la vie de Jésus, "Le signe de la Croix" (1932) sur les débuts du Christianisme ou bien encore "Cléopâtre" (1934) avec Claudette Colbert dans le rôle titre.Le péplum américain fait définitivement basculer Hollywood dans l'ère des superproductions et contribue, sous l'impulsion de DeMille, à l'élaboration de son mythe. D'autres réalisateurs s'essayent au genre comme Griffith, Niblo et également Lubitsch. Ce dernier réalise en 1922 "La femme du Pharaon", un film produit par Adolph Zukor avec des exigences et des moyens proprement hollywoodiens, mais la particularité de faire entrer un peu de comédie dans l'univers sérieux et codifié du péplum.

 


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Ce goût pour un genre venu d'Europe conservera sa puissance jusqu'au milieu des années 60. Régulièrement, de grands cinéastes apportent leur contribution et ce n'est pas un hasard si le premier film en CinémaScope n'est autre que "La Tunique" tourné en 1953 par Henry Koster, tandis qu'en 1954 Michael Curtiz déploie tous les charmes de ce même procédé technique pour conter "L'Egyptien", soit la vie tumultueuse d'un certain Sinouhé. L'année suivante, c'est au tour de Howard Hawks de retracer la construction de la pyramide de Chéops dans "La terre des Pharaons", sans oublier la "Cléopâtre" que Mankiewicz signe en 1963. Si le tournage demeure un véritable cauchemar, il n'en reste pas moins l'une des plus grandes réussites du genre. Citons encore "La chute de l'Empire romain" réalisé par Anthony Mann. Autrement dit, les empires romains ou égyptiens n'en finissent pas de fasciner l'empire américain. Et, c'est précisément lorsque celui-ci vacille au gré des soubresauts révolutionnaires et des guerres de libération des années 1960, que la mecque du cinéma d'Outre-Atlantique se détache du péplum pour se consacrer davantage aux épopées du présent. Néanmoins, "Gladiator" de Ridley Scott ( 2000) et "Troie" de Wolfgang Petersen (2004) prouvent que le genre n'a pas encore éteint ses derniers feux.

 

Sources : Laurent Delmas

 

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LISTE DE MES BILANS CINEMATOGRAPHIQUES

 

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LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

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