Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
19 décembre 2013 4 19 /12 /décembre /2013 10:21
TITANIC de JAMES CAMERON

82c1c100cb3d645aa908c6ab8eb31357 large citation titanic1

                                                         

Le 19 décembre 1997, un vendredi,  "Titanic", le film le plus attendu de la décennie, sort enfin sur les écrans américains, après moult péripéties raillées par la presse depuis des mois. Ce week-end là, le film rapporte 28,6 millions de dollars au box-office: c'est encourageant, mais pas spectaculaire. "Jurassic park - le monde perdu" a empoché 72 millions en trois jours cette même année. Mais quelque chose de miraculeux se passe : la majorité des critiques est subjuguée par la vision de Cameron et les premiers spectateurs sortent bouleversés des projections. Le bouche à oreille fonctionne et Leonardo DiCaprio devient une idole du jour au lendemain. Balayant  les lugubres prophéties, "Titanic" prend la tête du box-office pendant quinze semaines consécutives, devient un phénomène de société, conquiert le monde entier et s'impose en 1998 comme le plus gros succès commercial de tous les temps, encaissant 1,8 milliard de dollars de recettes. À la fois romance épique dans la tradition établie par "Autant en emporte le vent", film-catastrophe qui métamorphose un naufrage réel en spectacle jamais vu et accomplissement technologique sans précédent, "Titanic" a acquis, dès son lancement, le statut de classique. 

 

 

La tragédie du navire anglais a inspiré plusieurs films, dont une curieuse production nazie en 1943, un mélo en 1953 avec Barbara Stanwyck et un très applaudi drame anglais en 1959. Mais James Cameron, obsédé par la catastrophe, tenait absolument à en donner sa propre version. "C'est très personnel, expliquait-il. J'ai fait ce film parce que je voulais aller visiter l'épave. En 1995, j'ai fait douze expéditions sous-marines sur les lieux avant de commencer à tourner. Au total, j'y suis allé trente-trois fois. Extérieurement, le bateau est très abîmé, mais quand on y pénètre, on en découvre l'incroyable élégance et la grandeur, qui ont été protégées. J'ai ainsi trouvé un miroir intact dans une chambre. De telles choses créent une connexion. Explorer cette épave reste mon plus beau souvenir du film."

 

 

Pour Cameron, "si le récit du naufrage n'en finit pas de fasciner, c'est qu'il contient de multiples paraboles qui résonnent dans nos existences contemporaines. Les métaphores liées au Titanic se répètent à travers l'histoire. Ce que le film a rajouté, c'est une histoire d'amour sur fond de mort qui a parlé à tout le monde, qui a transcendé les barrières linguistiques, culturelles, et sociales". Il n'a pas tort : l'amour fou qui, dans son scénario, unit l'héritière, Rose (Kate Winslet), et l'émigrant sans le sou, Jack (Leonardo DiCaprio), est le coeur battant du film, auquel se sont identifiés tant de spectateurs. 

 

 

L'aventure commença néanmoins dans le doute, ainsi que le rappelle Jim Gianopulos, coprésident de la Fox, qui finança le film avec Paramount: "Tout le monde, au studio, était perplexe. Tout particulièrement quand ils nous ont dit qu'ils allaient reconstruire le Titanic, grandeur nature, sur un plateau et qu'ils allaient aussi avoir besoin d'un réservoir gigantesque pour les scènes d'eau. Et, comme aucun studio n'était assez grand pour le contenir, qu'il faudrait construire un studio, et comme nous n'avions pas le terrain pour ça, qu'il faudrait en acquérir un... Nous voilà donc à acheter un plateau, à bâtir un bateau de 274 mètres de long et un réservoir pour le remplir avec des millions de litres d'eau... De quoi avoir peur ! "Titanic" n'a pu voir le jour que grâce à l'incroyable énergie et à la passion de James Cameron." 

 

 

1488 4bc909a2017a3c57fe003504 1293130615

 

 

Passion, ego ou folie ? Le tournage éreintant, qui passe de cent trente-huit jours à cent soixante, est à la hauteur de la personnalité un peu mégalo de Cameron. Des techniciens sont littéralement épuisés, certains sont victimes d'accidents, au point que leur syndicat mène une enquête. Le réalisateur est perçu comme un impitoyable tyran: "Par moments, j'avais vraiment peur de lui" - avoua ensuite Kate Winslet. Un membre de l'équipe se venge en empoisonnant la nourriture et cinquante personnes se retrouvent à l'hôpital. Le budget atteint la somme inimaginable de 200 millions de dollars. La sortie en août est annulée. La Fox panique et tente d'imposer des coupes. Tout cela, bien sûr, sous le regard narquois des médias. "Mon pire souvenir, c'est quand nous étions en postproduction - raconte le metteur en scène. Tout le monde était contre nous, nous passions pour les plus grands nigauds de l'histoire, nous ne savions pas encore ce que nous avions entre les mains. J'ai accroché un rasoir au-dessus de ma table de montage pour me rappeler quoi faire si le film était raté. Mais la pression m'a poussé à ne pas faire de compromis  et à rendre le meilleur film possible." 

 

 

Parmi les éléments les plus iconiques du film, il y a, bien sûr, le couple Leonardo DiCaprio/Kate Winslet. James Cameron se souvient du casting : - "Je voulais une Audrey Hepburn et on a regardé toutes les jeunes actrices du moment - dit-il. Kate était sur la liste. J'ai visionné certains de ses films. Elle était surnommée "corset Kate" car elle semblait spécialisée dans les films en costumes. Je me suis dit: c'est un peu paresseux de la prendre juste pour ça. Nous avons filmé une audition, à l'ancienne, en 35 mm, dans un décor conçu pour. Et elle nous a complètement soufflés. On l'a engagée quasi immédiatement : nous avions notre ancre. Maintenant, il fallait trouver Jack. DiCaprio était sur la liste des finalistes. Baz Luhrmann m'a envoyé des scènes de Roméo+Juliette, qui n'était pas encore sorti et je l'ai trouvé très impressionnant. J'ai rencontré Leo pour un entretien dans mes bureaux, j'étais entouré de personnel féminin. Ces femmes ne voulaient pas quitter la pièce, je me demandais ce qui se passait : c'était le début de la Leomania ! Kate est venue pour faire une lecture avec lui, mais lorsque j'ai donné des pages de script à Leo, il a dit qu'il ne travaillait pas comme ça. Quand je lui ai dit que c'était ça ou rien, il a rechigné mais il l'a fait et il a été sensationnel. J'ai pensé : il me le faut absolument. Lui a alors décidé qu'il n'avait plus envie de faire le film ! Il voulait incarner un personnage torturé, ce que Jack n'était pas. J'ai passé deux mois à le persuader. À la fin, je lui ai dit que s'il pouvait jouer comme l'aurait fait un James Stewart trompeusement simple, il serait un grand acteur: il a alors compris le défi que représentait le personnage." 

 

 

Le 23 mars 1998, Titanic remporte onze Oscars. James Cameron a gagné son pari. Quand il brandit son trophée et s'écrie, à l'instar de son héros : "Je suis le roi du monde ! » - il est taxé d'arrogance. Oui, Cameron est arrogant. Mais il est aussi, cette année-là, le vrai roi du monde. En tout cas d'Hollywood. Et son "Titanic", oeuvre démesurée, adorée des uns et détestée des autres, n’en demeure pas moins  un monumental témoignage. 

 

 

4-e-toiles

 

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

 

TITANIC de JAMES CAMERON
TITANIC de JAMES CAMERON
Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE - dans CINEMA AMERICAIN & CANADIEN
commenter cet article
17 décembre 2013 2 17 /12 /décembre /2013 10:22

laura--1-.jpg

 

 

Laura est l'adaptation sur grand écran du roman policier éponyme rédigé par Vera Caspary en 1942, c'est-à-dire deux ans avant son adaptation cinématographique. 

La genèse de Laura fut particulièrement mouvementée. Après une longue mise au ban d'Hollywood, conséquence d'un profond conflit avec le producteur Darryl F. Zanuck, Otto Preminger décide d'adapter le roman de Vera Caspary. Le temps est venu pour lui de mettre en œuvre son projet : Zanuck parti à l'armée, il est en effet revenu à la Fox avec l'accord de William Goetz, l'assistant du producteur. Mais le retour de Zanuck change la donne : celui-ci accuse Goetz de trahison et n'autorise la production de Laura qu'à la condition que Preminger officie derrière la caméra.

Otto Preminger débute l'écriture du scénario de Laura qui, surprise, plaît énormément à Zanuck. Nanti d'un budget amélioré, le long métrage se cherche maintenant un réalisateur : John Brahm (Jack l'Eventreur) et Lewis Milestone (L'Inconnu de Las Vegas) refusent l'offre, et c'est finalement Rouben Mamoulian qui est choisi par Zanuck. Les rushes sont catastrophiques aux yeux de ce dernier. Au pied du mur, presque à contrecœur, il se résout à confier les rênes du projet à Preminger, qui impose ses idées, reprenant le tournage à zéro et éliminant tous les plans tournés par Mamoulian. Un scénario rocambolesque qui allait révéler un cinéaste et donner naissance à un chef d’œuvre du septième art...
 

Le conflit ouvert entre le producteur Darryl F. Zanuck et le réalisateur Otto Preminger faillit faire une victime : l'acteur Clifton Webb. Zanuck était en effet fortement opposé à sa présence au casting de Laura en raison de son homosexualité, connue de tous. Mais Preminger eut le dernier mot et donna l'occasion à Clifton Webb de faire sa première apparition parlée à l'écran après dix-neuf ans d'absence et un début de carrière dans le cinéma muet.

 

Le choix original d'Otto Preminger pour incarner le personnage de Laura était l'actrice Jennifer Jones. Celle-ci refusa l'offre, tout comme Hedy Lamarr un peu plus tard, et le rôle fut finalement dévolu à Gene Tierney qui s’y révéla absolument sublime.

 

critique-laura-preminger12.jpg 

 

Le film s'ouvre sur la phrase : « I shall never forget the week-end Laura died » (« Je n'oublierai jamais le week-end où Laura est morte »). Laura, qui travaillait dans la publicité, a été découverte abattue d'une décharge de chevrotine en plein visage dans le hall de son appartement. Le lieutenant McPherson enquête auprès de ses proches, principalement Waldo Lydecker, un journaliste et critique à la plume acide, qui a fait de Laura une femme du monde, et Shelby, un Adonis sans le sou qu'elle devait épouser. Au fil de ses recherches, où il apprend à la connaître, au travers des témoignages, de la lecture de ses lettres et de son journal intime, et subjugué par un tableau qui la représente, l'inspecteur tombe sous le charme de la défunte Laura.

 

Laura se nourrit donc de deux traditions de littérature policière, très en vogue dans les années quarante. Cette confrontation se trouve d’emblée incarnée dans le duel qui oppose Waldo Lydecker à Mark McPherson. Dans sa rhétorique et ses manières distinguées, Waldo évoque un certain type de roman policier anglais, dans lequel le mystère est résolu en huis clos grâce à la perspicacité du détective. L’enquête de Laura se déroule presque exclusivement en intérieurs, dans de luxueux appartements décorés avec faste. Cette omniprésence des intérieurs, conjuguée à une concentration du temps et à un nombre limité de personnages, montre l’influence directe du théâtre dans lequel Otto Preminger a fait ses débuts à Vienne et aux Etats-Unis. Par ailleurs, Clifton Webb est un acteur qui a connu la gloire sur les planches de Broadway avant de commencer une carrière à Hollywood. C’est l’écrivain et poète Samuel Hoffenstein qui a façonné le personnage de Waldo Lydecker, dont les répliques savoureuses se heurtent à la rudesse de celles de Mark McPherson.
 

Ce policier dur à cuir, le chapeau vissé sur le crâne, la mâchoire serrée, la cigarette au bec et vêtu d’un long imper beige à la Humphrey Bogart se caractérise  par ses manières grossières et ses propos machistes. Cependant, le lieutenant se révèle bien plus complexe qu’il n’y parait : il passe d’une posture d’enquêteur à celui d’amant passionné. A l’inverse, Waldo cache ses pulsions meurtrières envers les femmes derrière une galanterie de façade. Le journaliste est d’ailleurs un personnage ambivalent à plus d’un titre. Sa jalousie dissimule une identité sexuelle ambigüe. S’il veut mettre hors-jeu les amants de Laura, c’est parce qu’ils sont « beaux » et « musclés ». Son manque de virilité, qui l’empêche de posséder totalement Laura, le conduit en définitive à la tuer. A la fin, il lui avoue qu’elle est la meilleure partie de lui-même. En appuyant sur la gâchette du fusil, il chercherait donc à prendre définitivement possession de celle qu’il considère comme sa création, en plus de s’affirmer en tant qu’homme. Troisième protagoniste masculin, Shelby Carpenter se distingue par sa faiblesse de caractère et ses mensonges à répétition. Ce personnage à la forte carrure sert avant tout à brouiller les cartes dans le triangle amoureux qui se forme autour de Laura et à rendre plus complexe l’intrigue policière.

 

A l’image de la personnalité ambivalente de Mark McPherson, tous  les codes  sont déréglés : les scènes attendues du genre - la course poursuite sous une pluie battante, l’interrogatoire musclé avec une lampe aveuglante - sont seulement esquissées, voire détournées. En fait, l’intrigue tient bien plus du huis clos policier cher à Agatha Christie. Otto Preminger se montre très habile dans l’utilisation d’espaces souvent surchargés d’objets. Comme dans les enquêtes d’Hercule Poirot, ceux-ci possèdent une signification particulière et aident à la résolution du crime. Dès le premier et impressionnant plan séquence, qui plante le décor avec brio, la voix off met l’accent sur la pendule. Celle-ci est mentionnée à deux autres reprises par Waldo qui, comme dans un jeu, aiguillonne le détective et le spectateur vers la solution de l’énigme. La pendule a d’ailleurs une symbolique intéressante. Elle met en valeur deux thématiques essentielles du film noir : le timing, donnée déterminante dans la réussite d’un meurtre, et la fatalité, centrale dans les tragédies mettant en scène des relations amoureuses à sens unique. Avec sa dernière tirade très théâtrale, Waldo Lydecker se transforme en effet en héros tragique qui a échoué dans sa quête d’amour éternel avec Laura. Quant à Mark McPherson, son attrait quasi-fétichiste pour les objets appartenant à la défunte est révélateur de son désir obsessionnel pour la jeune femme. Ceux-ci ne sont donc pas dotés d’une unique fonction explicative, mais permettent également de tisser des liens fort entre les diverses séquences narratives.

 

Les relations entre les êtres sont dominées par le mensonge et la manipulation. Journaliste de profession, Waldo Lydecker est un expert dans la déformation des faits. L’histoire est introduite à travers son point de vue au moyen d’une voix-off subjective. En tant que puissance omnisciente qui cherche à tout contrôler, Waldo apparaît comme un double fictif du cinéaste. Il bouge ses pions, modèle Laura comme une star, anticipe le déroulement des événements, met en scène les coups de théâtre, notamment celui à l’origine de la première rupture entre Laura et Carpenter. Le premier tiers du film nous est conté à travers son regard. Au cours du flashback relatant l’ascension de Laura dans la société, les rapports de force entre les personnages, signifiés à travers leur disposition précise dans chaque plan, permettent d’interpréter ce qui aurait pu pousser les deux principaux suspect à tuer Laura : la jalousie dévorante pour Waldo et la honte du rejet pour Shelby. Après le récit de Waldo à Mark, le point de vue glisse de l’un à l’autre grâce à un léger zoom sur le visage du lieutenant. Le spectateur suit alors Mark McPherson dans son enquête, qui se transforme en quête de la femme désirée. Se placer du point de vue des personnages permet au scénariste de ne pas révéler plus d’informations que ce que savent déjà Waldo Lydecker et le détective. Otto Preminger peut alors manipuler à sa guise le spectateur, en ménageant un coup de théâtre de taille : la résurrection de Laura, celle-là même dont on annonçait la mort dès la première phrase du film. 
 

Avant ce mystérieux retour, elle n’existait qu’à travers le regard des trois hommes qui la convoitaient. La beauté photographique du portrait qui orne le salon de son appartement et le charme romantique du thème musical qui lui est associé font d’elle une véritable icône cinématographique, toujours désirée après sa mort. Dans la manière de représenter le corps et le visage de la femme, le film noir a participé à forger la dimension iconique des actrices d’Hollywood. Ici, Laura Hunt n’est même pas encore apparue en chair et en os qu’elle est déjà une source de fantasmes pour les hommes. L’éternel leitmotiv d’Eros et Thanatos transperce alors irrémédiablement l’écran. Son appartement est comme un mausolée où viennent se recueillir ses anciens et futurs amants, qui ne trouvent pas meilleur endroit pour converser que sa chambre à coucher. Dès le début du film, Mark s’étend mine de rien sur le lit de Laura : il ne l’a encore jamais vue mais succombe déjà au vent de passion qui souffle autour de la jeune femme. Peu à peu, il pénètre son intimité en s’appropriant par le toucher et le regard les objets qui témoignent de sa beauté et de sa sensualité. La séquence où il entre de nuit dans l’appartement de la victime est matinée d’onirisme : la frontière entre le rêve éveillé et la réalité est mince lorsque Laura Hunt, fantomatique dans son imperméable gris pâle, le surprend en train de dormir. Cette fragile frontière est symbolisée par le portrait de Laura qui trône entre les deux personnages. De femme rêvée, elle devient une femme réelle et humaine.

critique-laura-preminger14.jpg

 

Laura est un pôle magnétique qui relègue les autres femmes au second plan. Dans sa carrière de publiciste, elle a connu l’ascension fulgurante, si bien que Laura est un film qui questionne sur la place de la femme dans une société traditionnellement dominée par les hommes. Dénigrée par Waldo au cours de leur première rencontre, elle parvient à inverser la situation et prend le dessus sur ce personnage hautain, qui en retour la façonne selon son bon goût, tel Pygmalion et sa Galatée. Admirée pour sa beauté mais aussi pour son intelligence, elle s’impose vite comme une figure indépendante et transgressive, qui n’hésite pas à désobéir. « Je n’aime pas qu’on me donne des ordres », rétorque-t-elle à Mark McPherson qui s’étonne qu’elle ne se soit pas pliée à sa volonté. Bien que séductrice et manipulatrice, Laura ne correspond pas totalement au prototype de la femme fatale. Si elle ment au lieutenant, c’est à des fins vertueuses, puisqu’elle croit Carpenter innocent. Mais pour la conquérir, le détective est obligé de l’amener sur son propre terrain, l’interrogeant dans une salle dont le dépouillement contraste avec le luxe de son appartement où les nombreux miroirs ne renvoient qu’une image édulcorée de la réalité. Lorsque le lieutenant consent à éteindre les projecteurs braqués sur son visage, aveuglé comme celui d’une femme qui n’assume plus son statut d’icône, la vérité peut enfin surgir et les masques tombent. Dans la manière de confronter ses personnages, Otto Preminger active certains leviers du huis clos. Très mobile, la caméra élimine progressivement dans chaque scène les distances entre les personnages, au fur et à mesure que la tension monte, à l’image des petites billes du jeu de Mark qui finissent par s’entrechoquer au moindre déséquilibre.

 

Laura est une pièce maîtresse dans l’œuvre d’Otto Preminger, non seulement parce que le film lance pour de bon sa carrière à Hollywood, mais aussi parce que le cinéaste réutilisera à plusieurs reprises le leitmotiv du crime passionnel. Par son dispositif narratif innovant et la représentation de la femme qu’elle véhicule, Laura est une pierre angulaire du film noir. La manipulation des points de vue, l’onirisme et les nombreux coups de théâtre s’accompagnent d’une mise en scène dont toute l’intelligence se manifeste dès le plan-séquence introductif. Mais l’influence de Laura dépasse le simple cadre du film noir.  On en retrouve de nombreux motifs dans la filmographie de Joseph L. Mankiewicz  par exemple : l’utilisation du portrait dans L'Aventure de Mme Muir, la manière de dépeindre la femme dans Eve et  La comtesse aux pieds nus. A plus d’un titre, Laura est une œuvre incontournable dans le cinéma américain, car Otto Preminger a su dépasser les modèles dont il s’est inspiré pour réaliser un film d’une puissante modernité. 

 

5-etoiles

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

critique-laura-preminger16.jpg

 

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE - dans CINEMA AMERICAIN & CANADIEN
commenter cet article
12 décembre 2013 4 12 /12 /décembre /2013 11:13
La corde d'Alfred Hitchcock

Féroce et implacable, le premier film en couleurs d’Hitchcock est une véritable prouesse dans tout le sens du terme. Les sous-entendus et la perfection technique sont si évidents que cet opus compte parmi les chefs-d’œuvre incontournables du maître. L’histoire est celle de deux  étudiants qui en suppriment un troisième, pour la seule beauté du geste. Défi suprême, le meurtre précède de peu une soirée où ils reçoivent les parents de la victime et leur ancien professeur, ce qui est cynique à souhait.

 

 

«  La corde » (1948) est tout d’abord une œuvre spéciale, inattendue, corrosive, dont le réalisateur semblait peu satisfait. Il l’aurait souhaitée plus efficace, ce qui me semble difficile. Dans cet opus apparaît pour la première fois l’acteur James Stewart qui bénificiera, par la suite, d’une longue collaboration avec Hitchcock et, d’ores et déjà, fait preuve d’une présence remarquable de persuasion. Pour donner plus de mordant à la pièce d’origine, signée Patrick Hamilton, Hitchcock a mis l’accent sur l’homosexualité des deux meurtriers. Le code Hays, alors en vigueur, empêche les auteurs de le déclarer ouvertement, mais de nombreux indices nous mettent sur la piste de cette appartenance sexuelle. Avec un sens de l’humour noir décapant, Hitchcock, en subtil démiurge, manipule ses acteurs comme de véritables marionnettes, avec une audace diabolique, invitant les spectateurs à se faire ses complices. Pervertissant l’adage selon lequel les élèves cherchent toujours à surpasser le maître, il montre les dangers d’un enseignement philosophique mal interprété. Faisant de la violence et du meurtre un jeu, l’auteur pointe du doigt toute forme de dogmatisme, sans jamais s’appesantir sur un message qu’il estimerait trop  moralisateur.




Ironique et subversif, « La corde » est aussi d’une inventivité incroyable qui se joue de l’unité de temps et de lieu et ne perd aucun de ses atouts à être tourné en vase clos. Composé de  onze plans séquences enchaînés de façon à donner une impression de totale continuité, le film surprend  par son brio technique et ses joutes oratoires. Effectivement, le procédé contraint chaque acteur à être parfaitement synchronisé à ses collègues. Un exploit technique qui a inspiré bon nombre de cinéastes dont Brian De Palma ou Alex de la Iglesia. Si James Stewart impose sans problème son personnage de professeur aux théories douteuses, il ne faut pas oublier le couple Farley Granger - John Dall. Ce dernier est implacable dans sa démonstration cynique et ajoute encore à la montée en puissance du climat de suspense qui s’établit dès les premières scènes. Ludique et souvent jubilatoire, « La corde » peut être considéré comme un condensé de l’oeuvre hitchcockienne, mêlant avec une habilité exemplaire l’humour le plus sombre et l’habileté la plus caustique. Epoustoufflant.

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN, cliquer  ICI

 

 

RETOUR A LA PAGE d'ACCUEIL

 

La corde d'Alfred Hitchcock
La corde d'Alfred Hitchcock
La corde d'Alfred Hitchcock
La corde d'Alfred Hitchcock
Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE - dans CINEMA AMERICAIN & CANADIEN
commenter cet article
9 décembre 2013 1 09 /12 /décembre /2013 10:39

venus-in-fur-poster_portrait_w532.jpg

 

                                   

 

Thomas, un metteur en scène, se lamente dans un théâtre parisien vide. Sa journée passée à auditionner des comédiennes pour son adaptation de «La Vénus à la fourrure» a été un échec et l’a mis hors de lui. Désespéré par le niveau des aspirantes, il voit soudain débarquer Wanda, trempée par la pluie et en retard pour l'audition. Le metteur en scène est d'abord rebuté par l'arrogance et la vulgarité de la jeune femme et la jette dehors. Mais, celle-ci insiste, se déguise en Vanda, l’héroïne de la pièce qu’elle a visiblement lue, et plus l'audition avance, plus la jeune femme fait preuve de subtilité, parvenant régulièrement à surprendre Thomas, qui, peu à peu, se laisse séduire par la comédienne. Un étrange jeu va dès lors s'installer entre les deux artistes...

 

Voilà, le décor est planté, les personnages en place et ce huit-clos commence entre deux êtres que tout sépare et qui s'apprêtent à confronter leur vécu et leur fantasmé dans un climat tendu comme ceux qu'affectionne de plus en plus, au fil du temps, Roman Polanski, homme complexe et metteur en scène habile et provoquant. On retrouve, dès les premières images, son goût pour les travestissements, l'érotisation des situations, le burlesque et l'intellectualisme sulfureux et surtout l'enfermement de soi et des autres. Il semble bien que, mal remis de certains drames, le réalisateur polonais se plaise à gratter ses plaies et à se polariser sur les situations les plus extravagantes et surtout les plus confinées, dans une claustration  inquiétante. Je dois l'avouer, j'ai eu du mal à entrer dans ce film parce que la claustration n'est pas mon fort, que j'aime trop l'espace, l'air, la lumière pour prendre plaisir à une mise en abîme aussi castratrice, dans un décor composite fait de bric et de broc, car c'est de cela qu'il s'agit : deux personnages pris dans les rets du sado-masochisme qui se confrontent  pour mieux tenter de se détruire, grande scène des genres redistribués. 

 

Et qui est ce metteur en scène officiant dans le film ? Un homme visiblement insatisfait qui se cherche dans les textes des autres, comme dans celui-ci qu'il s'applique à adapter de Léopold von Sacher-Masoch et revisite sans en connaître vraiment les  tenants et les aboutissements, enclin à le modifier au cours de ce face à face avec une comédienne qui elle-même a besoin de s'affirmer, de donner un sens à sa vie et de dominée devenir dominante. Qui l'emportera ? Personne, au final,  sinon  Polanski qui nous propose un cheminement dans l'inconscient où chacun ne voit que ce qu'il veut bien voir... On sort de la projection dans un état de perplexité et de confusion tant on devine qu'il s'agit en tout premier lieu d'une introspection personnelle, où le metteur en scène nous livre ses sentiments les plus secrets en ce qui concerne ses rapports avec les femmes et tout d'abord avec la sienne. Car Emmanuelle Seigner est  ici au centre de l'écran : elle est la femme fatale qui éblouit et fait perdre pied, séduit et captive, inspire et désespère. Elle est magnifique de beauté et d'assurance, tellement forte face à un Mathieu Almaric qui est véritablement le double de Roman, émouvant à force d'être terrassé, constamment en position de faiblesse, victime de ses appréhensions, de son physique ingrat,  de ses propres leurres. Leur duo est déséquilibré dès le départ parce que l'on sent tout de suite que la femme est la plus forte, la plus acharnée à vivre,  à lutter, à survivre. Alors que son partenaire est déjà engagé sur la pente du déclin et que son intelligence est laminée par trop de  doutes. 

 


venus-c3a0-la-fourrure.jpg

 

Souligné par la musique aigre et parfois hurlante d'Alexandre Desplat, le film vaut surtout par la formidable interprétation du duo Seigner/Almaric, tous deux maîtrisant leur texte et leur jeu de façon  remarquable, elle s'imposant, lui se cherchant et s'interrogeant jusqu'à s'annihiler. Emmanuelle Seigner donne ici la mesure de son talent et surfe sur un vaste registre où elle passe de la femme vulgaire à l'intellectuelle inspirée et finaude, de la femme objet à la femme déesse, extase d'un homme aux prises avec ses démons les plus récurrents, ses rêves les plus improbables. Ce n'est certes pas un film que j'aime pour la raison que j'ai donnée un peu plus haut, mais qui éclaire de ses lueurs sauvages l'oeuvre complexe et ambiguë de Polanski. 

 

3-e-toiles

 

Pour consulter l'article que j'ai consacré à Roman Polanski, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

ROMAN POLANSKI OU UN CINEMA MARQUE PAR L'HOLOCAUSTE

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

21044241_20130926103628088.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q.jpg

 EMMA.jpeg

 

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE - dans CINEMA FRANCAIS
commenter cet article
30 novembre 2013 6 30 /11 /novembre /2013 23:42

 

 

 

ANDRZEJ WAJDA

 

ETTORE SCOLA OU LA NOSTALGIE DE L'HISTOIRE

 

MARCEL CARNE OU L'ALCHIMIE DU REALISME POETIQUE

 

VINCENTE MINNELLI, LE FLAMBOYANT

 

JAMES CAMERON OU LE CINEMA AUTREMENT

 

PIER PAOLO PASOLINI OU UN CINEMA METAPHORIQUE

 

KIYOSHI KUROSAWA OU UN CINEMA DE LA DETRESSE 

 

Jean Renoir - portrait 

 

KENJI MIZOGUCHI OU LA FINALITE INEXORABLE DE L'ART 

 

BILLY WILDER, LE FAUX CYNIQUE 

 

COCTEAU ET LE CINEMA 

 

STEPHEN FREARS OU LA DIVERSITE DES GENRES 


JERRY LEWIS, LE DERNIER CLOWN 

 

JEAN VIGO OU LE COMBAT SOCIAL 

 

ALAIN RESNAIS OU UN CINEMA DE LA MEMOIRE 

 

STEVEN SPIELBERG OU LA LEGENDE EN MARCHE 

 

JEAN-PIERRE MELVILLE OU L'OEUVRE AU NOIR   

 

MICHAEL HANEKE   

 

CLAUDE MILLER VU PAR DEUX ECRIVAINS   

 

ROMAN POLANSKI OU UN CINEMA MARQUE PAR L'HOLOCAUSTE 

 

NANNI MORETTI OU UN CINEMA GENERATIONNEL 

  

THEO ANGELOPOULOS OU L'ODYSSEE DU QUOTIDIEN   

 

HOWARD HAWKS, L'HOMME PRESSE 

 

LOUIS MALLE ou UN CINEMA BUISSONNIER 


ABBAS KIAROSTAMI OU LE LABYRINTHE des SOURCES 

 

FRANCIS FORD COPPOLA - PORTRAIT           

 

MARTIN SCORSESE - PORTRAIT   

 

LUIS BUNUEL OU LE DETACHEMENT VOLONTAIRE    

 

ALAIN CAVALIER, CAVALIER SEUL DU 7e ART  

 

TERRENCE MALICK, POETE PANTHEISTE DU 7e ART      

 

ORSON WELLES OU LA DEMESURE   

 

SERGIO LEONE OU LE CINEMA COMME OPERA BAROQUE 

 

MARIO MONICELLI OU LE CINEMA DE L'ANTI HEROS 

 

JAMES IVORY OU GRANDEUR ET DECADENCE DES CIVILISATIONS 

 

WOODY ALLEN OU UN GENIE TOUCHE-A-TOUT 

 

ALAIN CORNEAU          NIKITA MIKHALKOV OU LE PASSE REANIME 

 

JANE CAMPION , UN CINEMA AU FEMININ          

 

CLAUDE CHABROL OU UNE PEINTURE AU VITRIOL DE NOTRE SOCIETE 

 

ZHANG YIMOU - PORTRAIT            

 

AKIRA KUROSAWA OU UN ART PICTURAL EXTREME 

 

JACQUES PERRIN OU UN PARCOURS D'EXCELLENCE 

 

STANLEY KUBRICK OU LE REGARD CAMERA         


CHARLIE CHAPLIN OU LE VAGABOND DE GENIE

 

DAVID LEAN,L'IMAGIER PRESTIGIEUX         

 

JEAN-LUC GODARD OU UN CINEMA IMPERTINENT 

 

GERARD OURY, LE MAGICIEN DU RIRE      

 

PEDRO ALMODOVAR OU UN CINEMA ANTICONFORMISTE 


MICHELANGELO ANTONIONI OU UN CINEMA SUR L'INCOMMUNICABILITE 

 

LUCHINO VISCONTI OU LA TRAVERSEE DU MIROIR 

 

LEE CHANG-DONG, L'AUTEUR PHARE DU CINEMA COREEN 

 

CLAUDE SAUTET OU LES CHOSES DE LA VIE        

 

LA NOUVELLE VAGUE ET SES JEUNES TURCS 

 

RENE CLAIR OU L'ESPRIT FRANCAIS          

 

LES GRANDS MAITRES DU WESTERN 

 

INGMAR BERGMAN OU UN CINEMA METAPHYSIQUE 

 

ERIC ROHMER OU UN CINEMA DE LA PAROLE        

 

FRITZ LANG, UN CINEMA DU DESENCHANTEMENT      

 

JACQUES DEMY, L'ENCHANTEUR 

 

FRANCOIS TRUFFAUT OU LE CINEMA AU COEUR               

 

DAVID LYNCH          DINO RISI         SYDNEY POLLACK          

 

CLINT EASTWOOD - PORTRAIT 

 

FEDERICO FELLINI        JACQUES TATI OU LE BURLESQUE REVISITE 

 

ANDRE CAYATTE,UN CINEMA PLAIDOYER       

 

JEAN-PAUL LE CHANOIS ET LE REALISME SOCIAL 

 

JACQUES BECKER, UN CINEMA DU DESTIN           

 

ROBERT BRESSON OU UN CINEMA DE LA PERSONNE      

 

MAX OPHULS ET LE CINEMA BAROQUE 

 

CLAUDE AUTANT-LARA, UN CINEASTE DERANGEANT         

 

CHRISTIAN-JAQUE, UNE FILMOGRAPHIE ECLECTIQUE 

 

JEAN DELANNOY ET LE CINEMA LITTERAIRE          

 
HENRI-GEORGES CLOUZOT ET LE SUSPENSE DIABOLIQUE

 

RENE CLEMENT ET LE CINEMA D'APRES-GUERRE 

 

ALFRED HITCHCOCK - UNE FILMOGRAPHIE DE L'ANXIETE 

 

 

Collection Christophe L.  Collection Christophe L.   Collection Christophe L.  MK2 Diffusion

 

  Collection Christophe L. Moune Jamet TFM Distribution


 

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET - dans LES REALISATEURS DU 7e ART
commenter cet article
21 novembre 2013 4 21 /11 /novembre /2013 09:53

les-garcons-et-guillaume-a-table-affiche-525bd336b7c2d.jpg

                                      

 

Prenez un  clown génial et excellent acteur, un sujet scabreux mais traité avec la finesse de celui qui a vécu ce drame de l’identité dans sa chair et vous obtenez un film qui, malgré ses clichés et un narratif en dents de scie, ne peut laisser  indifférent le spectateur pour plusieurs raisons. La première est l’acteur et réalisateur lui-même qui vous ferait avaler des couleuvres tant il est sincère et qu’il parle d’un drame intime qui a déjà fait l’objet d’un one man show ; la seconde est qu’il fallait oser aborder le thème de l’homosexualité à l’envers, en montrant non un homo refoulé mais un hétéro incompris. Car Guillaume, le petit dernier d’une famille de trois enfants, dont deux frères aînés du genre hyper viril, est l’objet d’une attention malsaine de la part de sa chère maman qui aurait tant voulu une fille. Voilà les dès jetés : Guillaume est la victime constante d’un malentendu de la part de son entourage qui ne peut l’imaginer qu’homo pour la bonne raison que sa maman en est convaincue et qu’il ne sait rien lui refuser, alors se croyant homo, il la joue homo. Cette matrone, élégante mais baroque, interprétée par Gallienne, se révèle une castratrice de première grandeur et Guillaume une proie d’autant plus facile qu’il ne s’aime pas et se sent pris dans un engrenage inéluctable jusqu’à ce qu’il rencontre enfin la jeune fille de ses rêves … D'autant qu'avec sa tête de petit mouton, on le sent destiné à être tondu. Ici, la « théorie du genre » est mise à mal et vole en éclats dans cet opus qui prouve, avec une redoutable efficacité, que l’on naît bien dans l’un ou l’autre des genres masculin ou féminin, quoique que l’on tente d’insinuer…

 

les-garcons-et-guillaume-a-table-11014813hjihy_1713.jpg

 

Bien entendu, l’opus n’échappe pas à la caricature et certaines scènes sont particulièrement lourdes et inconsistantes, telle celle avec Diane Kruger où le malheureux Guillaume, fan des cures et des spas, se voit infliger un lavement. D’autres sont vraiment très drôles, ainsi lorsque le jeune homme, qui tente d’échapper au service militaire, ne sachant que trop bien, pour avoir été dans les collèges anglais, ce  qui risque de lui arriver dans un contexte exclusivement masculin, se ridiculise à l’envi face à un malheureux psy de l’armée qui finira par perdre le fil de son discours.  Car Guillaume aime les femmes : sa mère à la folie, sa grand-mère, ses tantes et toutes les femmes qu’il cajole du regard et ne se lasse pas de côtoyer et d’écouter. C’est d’ailleurs lui qui joue le rôle de sa maman parce que personne ne pouvait mieux rendre leur incroyable proximité :

« J’étais le seul à pouvoir jouer ma mère. Je connais mieux que quiconque sa violence, mais aussi sa pudeur. Au tout départ, je pensais confier le rôle à une actrice, mais je lui aurais indiqué de façon si directive comment la jouer que cela aurait été insupportable pour elle. Du coup, l’idée de l’incarner moi-même s’est rapidement imposée. Il s’agissait pour moi de mieux la défendre... »

Il poursuit :

« Interpréter simultanément mon propre cas et celui de ma mère relève de l’évidence. Primo, j’illustre ainsi concrètement la confusion schizophrène de ma jeunesse. Secundo, je montre que je n’ai toujours pas réglé mon problème puisque aujourd’hui, à 41 ans, j’éprouve encore le besoin de jouer maman ! De toute façon, je ne crois pas que l’on règle ses problèmes. Au mieux on apprend à les apprivoiser, à ne plus les subir et à les poétiser. »

Et c’est ce qu’il fait avec autant de maladresse que de sincérité et si naturellement qu'on les lui pardonne volontiers pour la simple raison que le réalisateur a su, de façon délicate et sensible, pointer du doigt les malentendus redoutables que la société ne cesse de propager entre l’être et le paraître.

3-e-toiles

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer sur le lien ci-dessous :

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS


RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL


 

Guillaume-Gallienne-dans-Les-garcons-et-Guillaume-a-table--.jpg les_garcons_et_guillaume_photo_1-b2f64.jpg

 

 

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE - dans CINEMA FRANCAIS
commenter cet article
19 novembre 2013 2 19 /11 /novembre /2013 10:09

18464994.jpg Spider-Man-3-661.jpg

 

C'est durant les années 1980 que l'Amérique inaugure l'ère du blockbuster. Et pour en assurer la rentabilité, les studios n'ont qu'une solution : l'expansion.

 

La guerre des étoiles provoque, dès sa sortie en 1977, un véritable raz-de-marée et bien que le film ait coûté 11,5 millions de dollars il en rapporte 215 rien que sur le territoire américain. Son succès est symtomatique des évolutions en cours, parmi lesquelles un rajeunissement du public. Selon une enquête de la MPAA réalisée en 1979, 90% des spectateurs américains ont entre 12 et 19 ans ! Les studios enregistrent la leçon et généralisent la politique des blockbusters : Superman ( 1978 ), L'Empire contre-attaque ( 1980 ), Les aventuriers de l'arche perdue ( 1981 ) etc.

 

Le but affiché est de battre de nouveaux records au box-office, rien de plus. Dans ce nouveau contexte, la prise de risque devient difficile. Afin de la minimiser, les majors exploitent leurs succès jusqu'au bout, en misant sur des formules ou des suites qui s'enchaînent jusqu'à l'épuisement du filon...


Ces productions donnent lieu à un marché intérieur florissant et les salles obscures sont assurées d'être constamment remplies. La tendance se renforce avec l'arrivée des multiplexes. Aujourd'hui, l'Amérique est l'une des nations qui se déplace le plus pour se rendre au cinéma avec un taux de fréquentation moyen de 5,3 films par personne et par an. Le développement de la vidéo dans les années 80 et du DVD, dans la décennie suivante, ouvre de nouvelles perspectives et devient une source de revenus substantiels. Autant de facteurs qui favorisent une reprise de la production. En 1980, 125 projets étaient réalisés aux Etats-Unis. En 2003, on en comptait plus de 600.

 

En 1982, c'était l'année de tous les super-héros : Rambo d'un côté, Conan de l'autre ont fait exploser le box-office de la toute puissance de leur musculature. Cette dernière rassure manifestement une nation qui doute d'elle-même sur fond de traumatisme post-viêtnamien et de récession économique. Tout comme Conan le barbare, Rambo est un être solitaire, abandonné par les siens et qui lutte pour sa survie dans un monde hostile.

 

Afin de rentabiliser les blockbusters, dont les coûts ne cessent d'augmenter, les studios planifient des sorties en salle massives, soutenues par des campagnes de promotions quasi agressives. Le but est d'attiser la curiosité du public et de faire de cette projection un incontournable dans la vie d'un citoyen normal. Avec une durée de vie de plus en plus courte, le destin des films est scellé dès le premier week-end d'exploitation. Dès lors, le marché intérieur ne suffit plus à amortir les frais engagés, l'expansion est une nécessité. 

 

Aujourd'hui, le marché international représente 43% des revenus des studios. Les stratégies commerciales sont conçues de manière globale afin de valoriser au mieux le merchandising et les investissements promotionnels engagés. Les marchés extérieurs permettent également d'alimenter la machine hollywoodienne en fournissant des idées de remake. Les droits des films étrangers les plus créatifs sont achetés par les studios de manière à les adapter aux codes américains. Car au coeur de la puissance américaine se trouve une capacité de renouvellement permanente, nourrie par les talents étrangers. Aujourd'hui, comme hier, Hollywood continue d'attirer cinéastes et acteurs du monde entier. Le succès d'Antonio Banderas, de John Woo ou de Roberto Rodriguez en témoigne. Par leur présence, ces étrangers facilitent l'accès à certains marchés.

 

Si cette politique assure la domination du cinéma d'Outre-Atlantique sur le reste du monde, il n'en reste pas moins des poches de résistance. L'Inde fait figure d'anomalie avec ses 95% de parts de marché au profit d'un cinéma national. Dans ce pays, les productions hollywoodiennes doivent faire l'objet de remakes indiens afin d'atteindre les cimes du box-office.  Partout ailleurs, le cinéma américain s'arroge entre 50 et 83% du marché...


Les territoires anglo-saxons sont évidemment les plus perméables à cette influence. En revanche, les pays qui résistent le mieux à la vague américaine sont ceux dotés d'un système d'aides et de subventions, comme c'est le cas en France qui parvient à maintenir, vaille que vaille, un marché national de 33% contre 23% en Italie et 12,5% en Espagne. En Asie, la Corée du Sud se distingue également de ses voisins par une production locale importante, protégée par les pouvoirs publics. Privées de soutien, la plupart des autres industries cinématographiques restent fragiles face au géant américain.

 

Sources :  Laurent Delmas

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique MES BILANS, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DE MES BILANS CINEMATOGRAPHIQUES  

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

L'ERE DES BLOCKBUSTERS
L'ERE DES BLOCKBUSTERS
Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE - dans MES BILANS
commenter cet article
19 novembre 2013 2 19 /11 /novembre /2013 10:02

mizoguchi_0.jpg

 


Né en 1898 dans une famille qui sera ruinée par la crise économique de 1904, Kenji Mizoguchi eut une enfance difficile et très pauvre auprès d'un père violent qui vendra sa fille comme geisha et frappera sa femme. Devenu apprenti peintre sur tissu, le jeune kenji se passionne bientôt pour la peinture et obtient un diplôme de l'académie des arts plastiques, puis travaille dans la publicité. En 1918, alors qu'il participe à des émeutes, il perd son emploi. C'est alors qu'il entre dans l'industrie cinématographqiue comme acteur et, en 1942, réalise son premier film "Le jour où l'amour revint", tellement imprégné de ses convictions socialistes qu'il sera censuré par le gouvernement. 

Après le drame de sa soeur vendue par son père à un riche protecteur, une nouvelle épreuve le frappe. Une de ses anciennes maîtresses le blesse d'un coup de couteau peu après son mariage, si bien que la femme comme victime, cumulant sur ses épaules toutes les épreuves du monde, deviendra l'un des thèmes récurrents de son oeuvre. Le courage des femmes, leur détermination et également leur violence vont illustrer nombre de ses productions dont "Cinq femmes autour de Utamaro" ( 1946 ), où l'on voit une femme jalouse s'attaquer à la rivale qui lui a pris son amant. Malheureusement, la plupart des opus de sa féconde période des années 1920 ont disparu mais on sait qu'il se passionna pour le plan-séqeunce et qu'il a usé le plus souvent comme dans "Les contes des chrysanthèmes tardifs" ( 1939 ), de longs tarvellings accompagnant la marche des personnages, figures de mise en scène qui rappellent la peinture sur rouleau japonaise ( emaki ), où la latéralité se substitue à la profondeur du champ. Mizoguchi a toujours privilégié la rigueur du cadre à une trop grande mobilité de la caméra.

 

22891_UWASA-NO-ON-3.jpg 23425_Ugetsu-Monoga-5.jpg

 

Epris de littérature, le cinéaste s'est plu à adapter à l'écran les oeuvres des auteurs japonais comme Junichiro Tanizaki dans "Mademoiselle Oyu" ( 1951 ) ou Monzaemon Chikamatsu dans "Les amants crucifiés" (1054 ) et même Guy de Maupassant, un auteur français parmi ses préférés dont il adaptera "Boule de suif" devenu "Oyuki la vierge" en 1935. Par ailleurs, il posera un regard sans complaisance sur la bourgeoisie commerçante du XVIIe siècle, obsédée par l'argent et le sexe,  ainsi ce thème apparaîtra-t-il dans l'une de ses oeuvres majeures "La vie d'Ohara, femme galante" en 1952. Après la guerre de 39/45, Muzoguchi va se consacrer à montrer le désastre des conditions de vie, ainsi dans "Femmes de la nuit" (1948 ) inspiré du néoréalisme rossellinien. Son souci de l'introspection va nourrir l'histoire de son temps et se manifestera par un esthétisme raffiné que ce soit dans les grandes fresques historiques comme "L'intendant Sansko" ( 1954 ) ou dans les drames plus intimes comme "La femme d'Osaka" ou "Cinq  femmes autour d'Utamaro" ( 1948 ) qui restitue un peu de l'existence du célèbre peintre d'estampes.

 

18799304.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx.jpg

 

Son actrice de prédilection sera Kimuyo Tanaka, capable de par sa complexion fragile et la détermination de son caractère, de tout jouer. On la découvrira tour à tour en jeune fille, en actrice de théâtre, en mère accablée par l'enlèvement de ses enfants, en  vieille prostituée, riche incarnation de la femme confrontée en permanence à la lâcheté et à la trahison des hommes. Ce portrait de la femme trouvera son plein accomplissement dans "La rue de la honte" (1956), le film le plus sombre du réalisateur où des prostituées, après avoir quitté leur maison close, préfèrent y retourner, découragées par la condition féminine dans la société. 

Chez Mizoguchi, le quotidien frustrant et désespérant n'en reste pas moins transfiguré par l'intensité des sentiments qui s'allie à une quête sacrificielle du sublime. Rares sont ceux qui auront porté à ce degré d'élévation leur exigence de vérité et de beauté. Mizoguchi meurt à Tokyo le 24 août 1956 à l'âge  de 58 ans. Il reste, pour la plupart des cinéphiles, le plus grand des cinéastes japonais.

 

Pour consulter les articles des films de Mizoguchi que j'ai critiqués, cliquer sur leurs titres :

 

LES CONTES DE LA LUNE VAGUE APRES LA PLUIE de MIZOGUCHI

 

LA VIE D'OHARU, FEMME GALANTE de KENJI MIZOGUCHI

 

a Kenji Mizoguchi Ugetsu monogatari DVD Review 2133

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE - dans CINEMA ASIATIQUE
commenter cet article
14 novembre 2013 4 14 /11 /novembre /2013 11:52

9-mois-ferme-affiche-albert-dupontel-le-bric-a-brac-de-potz.jpg

 

                                 

Ariane Felder est enceinte ! C'est d'autant plus surprenant que c'est une jeune juge aux mœurs strictes et une célibataire endurcie. Mais ce qui est encore plus surprenant, c'est que d'après les tests de paternité, le père de l'enfant n'est autre que Bob Nolan, un criminel poursuivi pour une atroce agression. Ariane, qui ne se souvient de rien tant elle était ivre cette nuit-là, tente alors de comprendre ce qui a bien pu se passer et ce qui l'attend...

 

«Je préfère parler de drame rigolo que de comédie - confie le cinéaste-auteur-acteur. Je n’écris jamais de choses drôles. Mes histoires sont toujours une tragédie. Là, il s’agit d’une juge imbue d’elle-même, carriériste, austère, et qui descend en enfer quand elle comprend qui elle est!» Cette vieille fille aigrie, fière de ne s’être jamais abaissée à devenir mère, va se retrouver, après une cuite, engrossée par un tueur, un psychopathe qui croque les yeux de ses victimes… «Une fois que j’ai écrit un drame, qu’en faire? Je le traiterais comme un Ken Loach si j’avais son talent. Alors, par pudeur, je travestis la tragédie en Grand-Guignol»  - ajoute notre réalisateur.

 

21041351_20130918124107913.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q.jpg

 

Comédie totalement déjantée, "9 mois ferme" a l'avantage de ne jamais se prendre au sérieux. Nous sommes dans l'absurde et le burlesque du début à la fin. Rien n'est vrai et tout est permis à ce cinéaste qui jongle avec les formules, invente le mot globophage et ne cherche même pas à nous faire prendre les vessies pour des lanternes. Si on n'entre pas dans sa loufoquerie, autant quitter la salle, c'est sans espoir... Si on aime le burlesque, il y a de bons moments et surtout une interprétation de qualité, autant de la part de Sandrine Kiberlain qui parvient à nous effarer, autant qu'elle l'est elle-même,  que de celle d'Albert Dupontel révulsant  en permanence et attendrissant sur la fin, enfin par Nicolas Marié qui, en avocat bègue, nous fait une démonstration fort éloquente de ce que peut être une plaidoirie lorsque la bande sonore se détraque. Je ne vous parlerai pas des scènes gore, il y en a, par exemple celle d'un médecin légiste en train de découper son cadavre à la tronçonneuse - mais à ce moment j'ai fermé les yeux et ne peux tout vous décrire, alors remboursez ! -  où les scènes interdites au moins de 14 ans qui sont floues au final, alors ?

 

Ai-je apprécié ce film ? Pas vraiment, c'est un peu trop absurde, trop saugrenu, trop extravagant, pour, en fin de compte, être très moral. Mais oui ! Comment une psycho-rigide peut arriver à assouplir sa rigidité et comment un dangereux psychopathe parvient à retrouver un comportement quasi sociable. Le pire engendre parfois le meilleur...au mieux le moins mauvais. Et puis Sandrine Kiberlain parvient à rester crédible, même dans les moments les plus insensés.

 

2-e-toiles

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer sur le lien ci-dessous :

 


LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL
 

 

21022955_20130726170742682.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q.jpg

21022956_20130726170742963.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q.jpg

 

 

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE - dans CINEMA FRANCAIS
commenter cet article
11 novembre 2013 1 11 /11 /novembre /2013 11:18

21040497_20130917180148438--1-.jpg

 

                                    

Prenez une bande dessinée pleine d’humour et  d’insolence, un metteur en scène de talent, des acteurs bien dirigés, un rythme ébouriffant et vous obtenez un film désopilant, conduit à cent à l’heure dans les lieux qui ont vu s’écrire des pages d’histoire d’où le ridicule, le trivial, le surabondant, l’énorme n’ont jamais été absents. Oui, il fallait oser entrer dans les ors de la République, saupoudrer ce moment de la vie politique française de très bons acteurs, en faire un festival de la parole drue et ajouter une cadence folle au rythme des négociations qui se tramaient alors entre l’Oubanga et la France. Tavernier l’a osé et a eu grandement raison car il nous livre une excellente comédie politique comme nous n’en voyons que trop rarement avec le brio, la justesse de ton et les envolées lyriques qui font mouche.

 

Nous sommes en 2003 et le ministre des affaires étrangères Alexandre Taillard de Worms, lecteur d'Héraclite et mégalo, est un homme plein de panache. Il opère sur la scène mondiale et y apostrophe les puissants de ce monde en invoquant les plus grands esprits afin de ramener la paix, calmer les agités et les nerveux ( lui qui l’est cependant ) et justifier son aura de futur prix Nobel de la paix. Alexandre Taillard de Worms est un esprit brillant qui attribue à la puissance du langage la primauté diplomatique : légitimité, lucidité et efficacité ne cesse-t-il de proclamer à son équipe. Il pourfend par ailleurs les néoconservateurs américains, les russes corrompus et les chinois cupides. Le monde a beau ne pas mériter la grandeur d’âme de la France, son art se sent à l’étroit enfermé dans l’hexagone. Le jeune Arthur Vlaminck, récemment diplômé de l’ENA, est embauché en tant que chargé du “langage” sous son haut ministère. En clair, il doit écrire ses discours ! Encore faut-il apprendre à composer avec l’entourage du prince, se faire une place entre le directeur de cabinet et les conseillers qui gravitent dans un Quai d’Orsay où le stress, l’ambition et les coups fourrés ne sont pas rares, trouver les mots qu’il faut placer dans la bouche de ce mentor exigeant et manœuvrer malgré l’inertie des technocrates. La tâche est écrasante mais le jeune homme s’y attelle avec bonne volonté…

 

9090215a-5a7a-11e2-922f-0c1a40f503f3-800x532.jpg

 

En 2003, les fonctionnaires fumaient comme des pompiers dans les bureaux du Quai d'Orsay. Surtout, la France avait une voix dans le concert des nations: « Et c'est un vieux pays, la France, d'un vieux continent comme le mien, l'Europe (…), qui a connu les guerres, l'occupation, la barbarie, un pays qui n'oublie pas et qui sait tout ce qu'il doit aux combattants de la liberté venus d'Amérique et d'ailleurs et qui pourtant n'a cessé de se tenir debout face à l'Histoire et devant les hommes ». Tel sera le discours de l’ONU prononcé par Villepin, auquel le personnage d’Alexandre Taillard de Worms ressemble comme un gant et qui nous restitue une page de notre passé non dénué de nostalgie. Car malgré le  désordre apparent, les coups bas, les excès de tous ordres régnaient encore une élégance, un faste, qui ne sont nullement balayés par le rythme haletant, les effets de manche et les ridicules des divers protagonistes. Les dessous du pouvoir sont restitués avec un humour salutaire mais jamais déshonorant car, à l’évidence, ce petit monde fonctionne et travaille et si le chaos menace, le ministre tente de garder son équilibre même au cœur des situations les plus burlesques.

 

 

Thierry Lhermitte est un Alexandre Taillard éblouissant – il se livre ici à un festival de grande classe et colle parfaitement à son personnage pétri de suffisance, d’audace et de séduction ; Niels Arestrup, en directeur de cabinet impavide, est absolument parfait et nous fait toucher du doigt la vacuité des mots quand ils sont utilisés à des fins de manipulation et apparaît comme le seul personnage calme au cœur d’une véritable tornade logorrhéique ; enfin  Raphaël Personnaz, en Candide qui a la charge redoutable de composer avec le prince, est très convaincant dans celui du jeune énarque à qui le ministre vient de confier la responsabilité du … langage. Tous les rouages fonctionnent et le film est une véritable réussite, même si quelques longueurs auraient pu être évitées.

 

3-e-toiles

 

Pour consulter la liste des films de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

21045363_20130930181848774.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q.jpg

20131029103300_19504.jpg

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE - dans CINEMA FRANCAIS
commenter cet article

Présentation

  • : LA PLUME ET L'IMAGE
  • LA PLUME ET L'IMAGE
  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
  • Contact

Profil

  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.

Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

ET SI VOUS PREFEREZ L'EVASION PAR LES MOTS, LA LITTERATURE ET LES VOYAGES, RENDEZ-VOUS SUR MON AUTRE BLOG :  INTERLIGNE

 

poesie-est-lendroit-silence-michel-camus-L-1 

 

Les derniers films vus et critiqués : 
 
  yves-saint-laurent-le-film-de-jalil-lespert (1) PHILOMENA UK POSTER STEVE COOGAN JUDI DENCH (1) un-max-boublil-pret-a-tout-dans-la-comedie-romantique-de-ni

Mes coups de coeur    

 

4-e-toiles


affiche-I-Wish-225x300

   

 

The-Artist-MIchel-Hazanavicius

 

Million Dollar Baby French front 

 

5-etoiles

 

critique-la-grande-illusion-renoir4

 

claudiaotguepard 

 

affiche-pouses-et-concubines 

 

 

MES FESTIVALS

 


12e-festival-film-asiatique-deauville-L-1

 

 13e-FFA-20111

 

deauville-copie-1 


15-festival-du-film-asiatique-de-deauville

 

 

Recherche