20 juin 2008 5 20 /06 /juin /2008 08:42

 

                          Emma Thompson (à droite). Merchant-Ivory Productions


James Ivory a pour particularité d'être un américain très britannique, si bien que les qualités même de son cinéma découlent de cette particularité : étranger partout, le cinéaste semble contempler d'autres mondes, partagé entre l'émerveillement et l'humour. La distance qu'il entend préserver à l'égard de ses sujets étant essentielle à ses yeux, il a toujours fui le conformisme. Ce qu'il souhaite est de poser sur les êtres et les choses un regard dénué de tout à-priori et enclin à un détachement qui n'est pas dépourvu de tendresse et de complicité. Cette dualité donne son sel à ses films et principalement à Retour à Howards End ( 1991 ), l'un de ses grands chefs-d'oeuvre qui, comme Chambre avec vue et Maurice  est inspiré d'un roman de E.M. Forster.

Margaret Schlegel ( Emma Thompson ), une jeune femme émancipée aux idées avancées, se lie d'amitié avec Ruth Wilcox ( Vanessa Redgrave ), la femme du riche proriétaire de l'Impérial Caoutchoux, un homme traditionnaliste s'il en est. Or, Ruth qui sent sa fin prochaine, décide de céder sa demeure de Howards End à son amie Meg, dont elle a décelé le nature profondément artiste et sensible. Furieux d'être ainsi dépossédés de leur bien au profit d'une inconnue, les Wilcox s'arrangent de façon à dépouiller la jeune femme de cet héritage et de se le ré-approprier. Le destin, par de curieuses circonvolutions, en décidera autrement.


                          Anthony Hopkins et Emma Thompson. Merchant-Ivory Productions


Cette troisième adaptation d'un roman de Forster réunit la même équipe, le même scénariste et le même producteur et prend comme cadre de référence la société britannique de l'époque, sans pour autant que l'auteur se répète, car ce film est une réussite absolue, une petite merveille dans l'univers cinématographique. Il est vrai que c'est en creusant sans cesse le même sillon que l'on donne le meilleur de soi-même et que l'on édifie une oeuvre d'une qualité aussi remarquable. Sans nul doute, celle de James Ivory l'est pour toutes sortes de raisons : l'allégresse communicative avec laquelle il mène son récit, le regard gentiment ironique qu'il pose sur ses personnages, la grâce de sa mise en scène, la splendeur de ses décors, le côté très aquarellé de ses images, sa direction d'acteurs irréprochable et le soin extrême apporté à la narration. Tout est parfait et d'une rare élégance. Fantaisie, charme caractérisent ce long métrage délicieux qui, maintes fois vu et revu, ne perd rien de sa saveur, tant elle est agréable à l'oeil et à l'oreille et, parce que le sujet traité est en fin de compte inusable, indémmodable, simplement parce qu'il relève d'une permanence de la nature humaine. Amour et amitié, confiance et trahison, arrogance et humilité, cloisonnement des classes sociales, tout cela, qui perdurera aussi longtemps que l'homme, est abordé avec finesse et impartialité. L'être est ainsi fait et Ivory l'évoque d'une facture déliée, plaisamment ciselée, pour notre plus grand bonheur. Orfèvre en la matière, il a su choisir ses acteurs. Rarement Emma Thompson n'a été aussi convaincante, drôle et vive, charmante et émouvante, délicate et futile, face à un Anthony Hopkins, glaçant en décideur autoritaire et chef de famille soucieux de ses prérogatives. Un rien de tendresse viendra cependant atténuer la froideur de son regard et lui conférera un sursaut d'humanité. Ce sont ces petits détails-là que James Ivory s'attache à montrer, sans jamais appuyer le trait, en glissant, en feutrant, en jouant de toute la gamme des sentiments et de leur complexité. Quel régal !



Pour lire les articles consacrés à James Ivory et à l'actrice  Emma Thompson, cliquer sur leurs titres :   


JAMES IVORY OU GRANDEUR ET DECADENCE DES CIVILISATIONS         EMMA THOMPSON    



Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA EUROPEEN & MEDITERRANEEN, cliquer sur le lien ci-dessous :



LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 


                           Jemma Redgrave, James Wilby, Anthony Hopkins et Vanessa Redgrave. Merchant-Ivory Productions

 

Partager cet article

Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA EUROPEEN & MEDITERRANEEN
commenter cet article
14 juin 2008 6 14 /06 /juin /2008 08:03

                    Rupert Graves et James Wilby.

                                                                  VIDEO    
                                                          
 

Cambridge 1910. Maurice, un jeune bourgeois, ressent une profonde attirance pour Clive, un aristocrate qui étudie le droit. Plus tard, devenu agent de change, il continue à fréquenter le jeune homme mais tous deux décident d'en rester à une amitié tout platonique. Requis pour défendre Risley, un de leurs camarades de promotion accusé de corruption, Clive refuse, mais est bientôt taraudé par un double remords et tombe malade, au point de partir pour la Grèce se refaire une santé au soleil. A son retour, il se marie et repousse l'amitié de Maurice et la tentation de céder à un penchant qui ne l'a pas quitté. Ce dernier, désespéré, prend d'abord son état en horreur, puis choisit, avec le jeune garde-chasse, de l'assumer pleinement, se doutant bien qu'il en paiera lourdement les conséquences.

Je crois que ce film magnifique est l'oeuvre la plus belle que j'ai vue sur l'homosexualité, traitée par le cinéaste avec autant de tact, de délicatesse que d'intelligence. Inspiré comme Chambre avec vue ( 1986 )  d'un roman de E.M. Forster, les héros de Maurice ( 1987 ) sont eux aussi la proie de conflits intérieurs. Doivent-ils se soumettre aux exigences de la morale commune en cette ère victorienne très répressive à l'égard des moeurs ou laisser libre cours à leurs penchants ? La réponse commune de Forster et Ivory est sans équivoque : on peut trouver l'équilibre comme Lucy ou Maurice en assumant sa sexualité ou se dessécher comme Cecil, Charlotte ou Clive en refusant  de passer outre aux diktats de l'ordre social. Mais une différence de taille sépare les deux films : alors que les héros de Chambre avec vue sont hétérosexuels, ceux de Maurice sont homosexuels et le combat qui s'annonce entre leur nature et la société n'en est que plus douloureux. James Ivory, très à l'aise dans ce genre d'atmosphère tout ensemble sophistiquée et subversive, excelle à créer un climat pesant et feutré, où les gestes, les regards, les silences sont plus éloquents que les mots. Son style est particulièrement bien adapté à une époque finissante, sertie dans son luxe raffiné et ses manières courtoises, dont la rétention des sentiments avait été érigée en un véritable art de vivre.

                       Rupert Graves, James Wilby et Hugh Grant.


Par ailleurs, il faut reconnaître au cinéaste américain une justesse de ton jamais prise à défaut. James Ivory sait déployer les fastes de l'époque avec un constant souci esthétique : demeures ancestrales, robes à corsets, objets précieux, lourdes tentures, intérieurs cossus, aidé en cela par des directeurs de la photo comme Tony Pierce Roberts pour Chambre avec vue et Pierre Lhomme pour Maurice. Ce monde est animé par des comédiens attentivement sélectionnés, de façon à ce qu'ils coïncident au plus près à leurs personnages. Il est vrai que Forster, lui-même professeur à Cambridge et homosexuel clandestin, connaissait mieux que quiconque ces êtres épris de liberté qui se heurtent à la norme et que Ivory, lui emboîtant le pas, a parfaitement transposé le climat du roman dans son film. Cet orfèvre en sentiments réprimés a trouvé, pour couronner le tout, déjà excellentissime, en James Wilby et Hugh Grant des interprètes idoines qui évoluent avec subtilité entre hardiesse, gêne et vulnérabilité. Un chef-d'oeuvre.

 

 Pour lire l'article consacré à James Ivory, cliquer sur son titre :

 

JAMES IVORY OU GRANDEUR ET DECADENCE DES CIVILISATIONS

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA EUROPEEN & MEDITERRANEEN, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

Partager cet article

Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA EUROPEEN & MEDITERRANEEN
commenter cet article
10 juin 2008 2 10 /06 /juin /2008 17:40

                     

                                                                                      VIDEO


Avec ce film-hommage, qui sort dix ans après sa disparition, nous découvrons un Tabarly d'une incroyable présence physique, rédacteur de sa propre histoire, dont la voix, surgie soudain d'outre-tombe, nous conte son aventure, grâce à des archives radiophoniques et audiovisuelles, françaises et étrangères, inédites pour la plupart. Le résultat est prodigieux, d'une grande poésie et, ce, jusqu'à la bande-son épurée qui, le plus souvent, ne laisse filtrer que le bruissement de l'eau, l'écho de la brise, le vacarme des vagues lors des tempêtes. Aussi faut-il accepter d'avoir parfois le mal de mer, de tanguer allégrement pour suivre de port en port cet albatros qui n'était heureux qu'en mer et vola de victoire en victoire, redonnant à la course au large française ses lettres de noblesse.

Homme magnifique que celui-là, dont il fallait écouter les silences, les seuls capables de transmettre cette intimité avec la beauté des océans, le vol des oiseaux, le souffle des vents et l'expérience que l'on acquiert à fixer l'horizon, à sans cesse se dépasser pour ne point être dépassé par les éléments. C'est pourquoi l'on suit avec plaisir les péripéties de ce héros discret qui a navigué sur toutes les mers du globe, nourri nos rêves d'images tempétueuses, de vagues furibondes, d'ailleurs toujours reculés, de voiles gonflées par les vents marins, se forgeant un destin hors norme, à sa ressemblance.

 Pierre Marcel nous livre ainsi une oeuvre grandiose dont la force réside dans les commentaires d'Eric Tabarly lui-même qui, avec des mots simples et un humour pudique, nous dévoile par bribes une histoire, la sienne, véritable épopée tracée par un homme authentique. Au final, un portrait saisissant d'une personnalité qui a marqué son temps, contribué à l'évolution de la technique des bateaux de compétition et redonné à la jeunesse, par son exemple, l'envie de se mesurer aux éléments. 

                      Pathé Distribution


Car Eric Tabarly fut autant un nouveau Surcouf  battant les Anglais qu'un nouveau Jules Verne dessinant l'avenir. Pionnier des futures pratiques de la voile - le sponsoring, les multicoques, les ultralégers, les records - il a communiqué aux Français l'amour de la course au large et de la navigation au meilleur sens du terme. Tous les grands noms de la voile d'aujourd'hui ont appris de ce concepteur ingénieux, fou de bateaux, maître patient et éclairé qui les a formés avec exigence : les Kersauzon, Lamazou, Poupon, Parlier, Desjoyaux. Ainsi Tabarly est-il devenu pour des génération un guide et une référence. Marin hors pair, il a écrit d'une voile sûre une nouvelle page des légendes de la mer et  laissé une image faite de courage et d'humilité, dont la France peut être fière.

"On souhaite s'approcher de ceux que l'on admire pour les écouter, les connaître. Mais ces hommes-là ne racontent pas leur histoire, ils la vivent. Rencontrer Eric est déconcertant. Une présence imposante. Tabarly : la symbiose parfaite entre un homme, un bateau et la mer".  (Jacques Perrin )

 

Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

                        Eric Tabarly. Pathé Distribution

Partager cet article

Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA FRANCAIS
commenter cet article
9 juin 2008 1 09 /06 /juin /2008 11:48

 

                         Vittorio Gassman et Agostina Belli. Dean Film

 

Dino Risi, le cinéaste de la comédie italienne par excellence, s'en est allé à l'âge de 91 ans, sans tambour, ni trompette, nous laissant le souvenir d'une filmographie hilarante et de qualité, allant du magnifique Parfum de Femme ( 1975 ) à  Le Fou de guerre ( 1985 ). Auteur d'une oeuvre savoureuse, ce fils de médecin, qui se destinait dans un premier temps à une carrière de psychiatre, a géré le genre avec un immense talent et une fine intelligence. C'est lui qui, après la vague du néo-réalisme, fit revenir le sourire dans les salles obscures. Après avoir été l'assistant de Soldati et de Lattuada, Dino Risi sauta le pas et devint réalisateur avec un premier long métrage en 1952. Il y évoque alors les classes défavorisées dans Pauvres mais beaux ( 1956 ) avant de signer les troisième volet de Pain, amour et..., où il révélait la sculpturale Sophia Loren qui prenait le relais de Gina Lollobrigida.  Ainsi s'est-il plu à brosser des portraits jubilatoires des personnages de la vie quotidienne italienne, sans oublier de pointer du doigt avec ironie et férocité les vestiges toujours sombres du fascisme.

 

 

 

 

 

                       Fair Films 

 

Cela avant de tourner ce que certains considèrent comme son chef-d'oeuvre  Le Fanfaron ( 1962 ), où les ressorts conventionnels de la comédie s'effritent dans une confrontation cruelle entre Vittorio Gassman et  Jean-Louis Trintignant, le quadragénaire hâbleur et le jeune homme timoré, symboles d'une société que le metteur en scène pointait du doigt sans complaisance. Il excelle également dans un film à sketchs comme Les Poupées et réussit une prodigieuse satire avec Les Monstres ( 1963 ), où il épingle, non sans délectation, la sottise de ses contemporains.


Ce metteur en scène avait choisi de traiter les tragédies de l'histoire en jetant sur le faciès des montres de notre époque ou des laissés-pour-compte un masque bouffon, abordant le terrorisme par le biais de l'ambiguïté ou le mariage des prêtres par celui de l'émotion. Artisan moraliste, pudique et lucide, il le prouve encore dans Parfum de femme qui valut à Gassman un prix d'interprétation au Festival de Cannes 1975 et osa s'approcher d'un sujet difficile - celui d'un aveugle coureur de jupons - sans hypocrisie, où il apparaît que le désespoir peut se déguiser et s'étourdir afin que le drame vire à la farce et que le cynisme finisse par déposer les armes devant le sentiment.
Avec Parfum de femme ( 1974 ) commence sa période pessimiste : de l'aveugle exubérant de ce film au fou dédoublé d'Ames perdues ( 1976 )  et jusqu'au vieil acteur déchu de  Dernier amour ( 1978 ),  tous représentent les facettes révélatrices de leur auteur de plus en plus obsédé par un monde qui semble fasciné par ses abîmes.

 

Pour lire les articles de la rubrique consacrée aux réalisateurs, cliquer sur son titre :
LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART

 

Et pour consulter les critiques que j'ai faites des films de  Risi dont Parfum de femme et Le fanfaron, cliquer sur le lien ci-dessous :

LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN 



  


                     Vittorio Gassman. Dean Film

 

 

Partager cet article

Published by Armelle BARGUILLET - dans LES REALISATEURS DU 7e ART
commenter cet article
7 juin 2008 6 07 /06 /juin /2008 09:56

                   


                                                                            VIDEO

Tom Ripley ( Alain Delon ) a été chargé par un riche industriel américain, Greanleaf, d'aller chercher son fils Philippe ( Maurice Ronet ) en Italie, où il mène une vie oisive en compagnie de Marge ( Marie Laforêt )  sa maîtresse et de quelques fêtards richissimes. Ripley se joint à eux, mais ne peut s'empêcher d'éprouver une profonde jalousie et envie à leur égard. Philippe, qui commence à deviner les véritables sentiments de Tom, l'humilie devant Marge. Au cours d'une croisière en Méditerranée où Tom et Philippe sont seuls, Tom le tue et jette son corps à la mer. Revenu sur la terre ferme, ce dernier imite partout la signature de Philippe et contrefait sa voix au téléphone, afin de se faire passer pour lui et obtenir de l'argent. Cependant un ami devine le stratagème, tant et si bien que Tom l'assassine en laissant croire que c'est Philippe l'auteur du crime. Puis il retrouve Marge et devient son amant après l'avoir persuadée que Philippe l'a oubliée. Il est prêt de triompher en s'étant approprié la fortune et la considération, lorsque la mer rejette le corps de Philippe et, qu'à la suite de cet événement, il est démasqué et confondu... 

Plein soleil réalisé en 1959 a fait l'objet d'une nouvelle version en 1999 et s'impose aujourd'hui encore comme l'une des oeuvres majeures du cinéma français, proche du Psychose d'Alfred Hitchcock de par sa structure qui se partage en deux parties séparées par un meurtre et par sa thématique générale où l'on voit le centre d'intérêt se porter sur l'un des personnages, puis sur l'autre, et montre comment un homme condamné en arrive à bâtir lui-même sa propre prison. Thème de l'enfermement qui multiplie les correspondances visuelles de la boucle au cercle et dresse une dimension véritablement poétique à cette oeuvre maîtresse de René Clément. En effet, l'intérêt de ce film réside dans son pouvoir de suggestion, cela grâce à des images savamment allusives qui retentissent fortement et ouvrent une dimension symbolique complexe et enrichissante. C'est que le réalisateur entend révéler les contradictions de ses personnages et la gémellité qui existe entre eux, l'un vivant au crochet de l'autre, au point que l'on assiste ensuite, de la part de Tom Ripley, à un véritable dédoublement, voire même à une usurpation, de la personnalité. Faire exister un mort et exister à la place de ce mort, c'est ce que Ripley parvient à réaliser dans un premier temps jusqu'à ce que le piège de la fatalité se referme sur lui, car le destin n'oublie jamais.


                       


Les épithètes les plus laudatifs n'exprimeraient qu'incomplètement ce que cette oeuvre a de parfait dans sa composition, la beauté de ses images dues à la caméra d' Henri Decaë, qui a utilisé le procédé Eastmancolor de façon prodigieuse, la musique de Nino Rota ( dont le nom reste associé aux films de Fellini ) excellente comme toujours, et au jeu des acteurs, tous remarquables. Alain Delon, alors âgé de 24 ans, trouve là l'un de ces plus beaux rôles, tant il a su s'incarner dans le personnage de Tom Ripley et lui donner consistance ; Marie Laforêt, aux yeux d'aigue-marine, y faisait, quant à elle, des débuts prometteurs et Maurice Ronet, que l'on retrouvera auprès d'Alain  et de Romy dans  La Piscine, est, comme à son habitude, très juste et d'une froideur calculée dans cet homme gâché par l'argent et la vie facile. Un chef-d'oeuvre qu'on ne se lasse pas de revoir et qui prouve combien le cinéma français a imprimé une marque profonde dans le 7e Art.

 Pour lire l'article que j'ai consacré à René Clément, cliquer  sur son titre :

RENE CLEMENT ET LE CINEMA D'APRES-GUERRE

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer sur le lien ci-dessous :

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 


                     

 

 

Partager cet article

Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA FRANCAIS
commenter cet article
3 juin 2008 2 03 /06 /juin /2008 09:05

                     Jean Yanne. Collection Christophe L.


                                                                                        VIDEO


Que la bête meure
  ( 1969 ), l'un des grands Chabrol  avec La femme infidèle et  Le boucher, est l'adaptation d'un roman policier de Nicholas Blake par le scénariste complice du metteur en scène, Paul Gegauff. Le cinéaste en profite pour se livrer à quelques exercices hitchcockiens, mais très vite trace son trait d'une cruauté rare et développe une atmosphère très chabrolienne. L'histoire est la suivante : sur la place d'un village breton, un petit garçon, qui s'en revient de la pêche à la crevette, se fait renverser et tuer par un automobiliste qui, pris de panique, s'enfuit. Le père de la victime jure de se venger et de retrouver le chauffard. Dès lors, Charles Thénier ne vit plus que dans l'espoir de recueillir les indices nécessaires qui le conduiront jusqu'à l'homme qu'il entend abattre sans pitié. Le hasard aidant, il découvre une piste, et va s'approcher de Paul Decourt à pas de loup, d'abord en séduisant Hélène sa compagne, puis en entrant peu à peu au sein de la famille, savourant le plaisir qu'il aura bientôt à anéantir le monstre. Car Paul est selon lui un monstre abominable : un jouisseur, un profiteur, imbu de sa personne, implacable dans ses jugements, cynique dans ses propos, sachant tirer profit de cette société de consommation où il s'ébroue à l'aise. D'ailleurs ses attitudes ont fini par lui valoir la haine de son propre fils Philippe, qui le déteste en silence et va, bien entendu, faire de Charles son ami.

 

                      Michel Duchaussoy et Jean Yanne. Collection Christophe L.


Interprété par un Jean Yanne fantastique ( comme il le sera dans Le boucher), Paul, garagiste de Quimper, est filmé par la caméra de Chabrol comme un insecte malfaisant qu'il étudie à la loupe ( un peu grossissante, il est vrai ), tellement le cinéaste semble fasciné par cet individu sinistre ; il en surprend les conversations qui trahissent les sentiments les plus vulgaires et en souligne les attitudes qui transpirent l'auto-suffisance la plus médiocre. Or le portrait de cet individu méprisable a curieusement pour toile de fond la douceur des paysages de la Dordogne que baigne une lumière dorée et où se trouvent les grottes sur les parois desquelles figurent les signes d'une préhistoire encore mystérieuse. Le choix de ces lieux n'est pas un hasard, mais bien la volonté du cinéaste qui semble chercher, jusque dans les profondeurs de la terre, l'explication d'une humanité aussi rustre et primitive. Car, malgré les apparences, il y a dans chaque être de bien étranges zones d'ombre, où les malheurs du plein jour peuvent se tapir, avant de surgir à nouveau lors d'un événement imprévisible. A partir de ce thème, Chabrol emprunte à Hitchcock certains mouvements de caméra, ainsi qu'une manière d'insinuer la peur sous les cieux les plus cléments. L'art de peindre les vallons verdoyants ou le calme des sous-bois selon  Mais, qui a tué Harry ?

 

                     Caroline Cellier et Michel Duchaussoy.


Avec cette oeuvre cruelle et poignante, Chabrol confirme la maîtrise de son art au service d'un narratif incisif et précis et pose, à la manière de Fritz Lang, à qui il est fait référence, une interrogation provocante et anxieuse sur la culpabilité.

 

Pour lire mon article consacré à Claude Chabrol, cliquer sur son titre :

 

CLAUDE CHABROL OU UNE PEINTURE AU VITRIOL DE NOTRE SOCIETE

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, dont Le beau Serge, La femme infidèle et La fille coupée en deux, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

Partager cet article

Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA FRANCAIS
commenter cet article
31 mai 2008 6 31 /05 /mai /2008 09:07

                         Meryl Streep. Twentieth Century Fox France

 


                 Anne Hathaway et Meryl Streep. Twentieth Century Fox France

 

                                                               VIDEO HOMMAGE    LA

 

Bientôt sur les écrans ( 15 février )  dans son interprétation très attendue de Margaret Thatcher


Meryl Streep est certainement l'une des tout première actrice actuelle par la diversité et la qualité de son jeu, qui lui permet d'aborder des personnages très différents et de transmettre l'émotion avec la même maîtrise et la même sensibilité. Née le 22 juin 1949 dans une famille aisée - son père était pharmacien - elle étudie à Dartmouth l'écriture scénariste, la décoration et la création de costumes et entre ensuite à la Yale Drama School. Elle est si douée qu'elle figure dans les six des sept pièces présentées annuellement par la Yale Repertory Company et obtient sa maîtrise en 1975. Alors qu'elle est encore étudiante à Vassar, dont elle est diplômée, elle obtient le rôle-titre du spectacle dès sa première édition.
Durant sa première saison à New-York, où elle est venue faire carrière, elle joue de nouveau dans sept pièces, parfois deux rôles aux antipodes l'un de l'autre dans la même journée, avant de devenir la vedette d'une comédie musicale à Broadway Happy End et de remporter un Obie Award pour sa performance dans la production off-Broadway de Alice at the palace
Elle doit ses débuts dans le 7e Art à Fred Zinnemann, qui la dirige dans Julia, puis tourne dans Voyage au bout de l'enfer auprès de Robert de Niro et, après un retour à la scène dans La mégère apprivoisée, joue l'épouse bisexuelle de Woody Allen dans Manhattan et la maîtresse d'Alan Alda dans La vie privée d'un sénateur. Elle sera également  l'épouse de Dustin Hoffman dans Kramer contre Kramer pour lequel elle recevra son premier Oscar.


                        Meryl Streep et Liam Neeson. Les Films du Losange


Meryl Streep sera citée trois fois à l'Oscar, une seconde fois en 1981 pour La maîtressedu lieutenant français où je l'ai découverte personnellement avec autant de curiosité que d'enthousiasme, tant elle interprétait finement cette femme abandonnée dans un décor de falaises romantiques, au temps du puritanisme victorien et l'obtient l'année suivante pour sa formidable prestation dans Le choix de Sophie de Alan J. Pakula, d'après le roman de William Stiron. Puis elle retrouve Robert de Niro dans Falling in love ( 1984 ) et remporte, pour ce film, l'équivalent italien de l'Oscar, le prix David Di Donatello, ce qui confirme le retentissement de sa carrière internationale.


                        Meryl Streep et Dennis Quaid. Sony Pictures

 


En 1985, elle est dirigée par Sydney Pollack dans un film qui cristallise davantage encore son aura d'actrice : Out of Africa. C'est avec Le choix de Sophie et La route deMadison, l'interprétation, où elle apparaît la plus émouvante, la plus intériorisée. Elle y est dans tout l'éclat de sa féminité, humaine et néanmoins évanescente et inaccessible à cause de cette magie qu'elle dégage, ce charme puissant, celui qui devait habiter le personnage qu'elle est chargée de représenter : la femme de lettres Karen Blixen. Viendront La brûlure avec Jack Nicholson et Un cri dans la nuit où elle est gratifiée du Prix d'interprétation féminine au Festival de Cannes 1989.

En 1992, Meryl Streep est de nouveau nominée au Golden Globe dans la comédie noire La mort vous va si bien de Robert Zemeckis qui n'est qu'un aimable divertissement et enchaîne en 1993 avec La maison aux esprits de Bille August, tiré du roman d'Isabelle Allende, une de ses seules erreurs - le film se révélant être un navet -dans une carrière conduite avec beaucoup de discernement. La suite sera éblouissante avec Sur la route de Madison de et avec Clint Eastwood, où elle triomphe dans le rôle de Francesca, une femme qui découvre tardivement le grand amour dans les bras d'un photographe-reporter venu prendre des clichés des vieux ponts  couverts de l'Iowa, avant qu'on ne l'apprécie en 2001 dans l'adaptation de The Hours de Michael Cunningham. Pour elle, pas de temps mort, un film chasse l'autre, et dans chacun d'eux, elle se montre parfaite, en osmose avec les personnages qu'elle a à charge de faire vivre pour nous. Récemment, on l'a vue dans Le diable s'habille en Prada, qu'elle présenta en personne au Festival du film américain de Deauville en 2006 et dans Lions et agneaux de Robert Redford, son partenaire dans Out of Africa, avant de se glisser dans la peau de Martha Mitchell, celle qui alerta la presse lors du scandale du Watergate dans Dirty tricks. Lorsqu'elle ne tourne pas, l'actrice habite dans sa propriété du Connecticut auprès de son mari Don Gummer et de ses quatre enfants. Elle se plait à vivre une existence paisible loin de la vie agitée et de la presse à scandale de Hollywood. Ce qui ne peut étonner de la part d'une personnalité qui n'a jamais défrayé la chronique, ni galvaudé son image.

 

Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN, dont Out of Africa, Sur la route de Madison, Lions et Agneaux, Julia & Julia, cliquer sur le lien ci-dessous : 


LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN  

 

Et pour prendre connaissance des articles de la rubrique ACTEURS DU 7e ART, cliquer sur son titre :

 

LISTE DES ARTICLES - acteurs du 7e Art

 

 

 

Partager cet article

Published by Armelle BARGUILLET - dans ACTEURS DU 7e ART
commenter cet article
28 mai 2008 3 28 /05 /mai /2008 08:12

 

                     Le réalisateur James C. Strouse. TFM Distribution

 

 

Grace is gone de James C. Strouse est un film d'auteur qui frappe par sa sobriété et son dépouillement, son écriture épurée et sa gravité. Aucun recours à des effets spéciaux ou à des impacts racoleurs, mais une retenue dans le narratif et l'interprétation du formidable acteur que se révèle être John Cusack dans le rôle de Stanley Philipps. Ce monsieur tout le monde, au physique désespérément banal, surprend par son jeu nuancé et sensible. Nous plongeons avec lui au plus profond d'une Amérique moyenne, sans paillette, l'Amérique des milieux modestes confrontée chaque jour aux problèmes qui sont, à peu de chose près, les mêmes que les nôtres. 

L'histoire est simple : le père de deux petites filles apprend que sa femme Grace, engagée en Irak, vient d'être tuée. Submergé par la douleur, il ne sait comment apprendre la nouvelle à ses enfants et lui-même se demande comment il va faire face à un tel événement et envisager son avenir. Sa vie lui parait laminée. Aussi, en désespoir de cause, a-t-il l'idée de prendre sa voiture et de s'en aller - on a toujours envie de partir quand on souffre beaucoup - et de mener ses fillettes dans le parc d'attraction qu'elles préfèrent, en Floride. Ce road-movie fera office de voyage initiatique, presque silencieux, pesant comme un ensevelissement, mais où l'on partage les états d'âme de ce père en proie aux sentiments les plus contradictoires. Cela, sans complaisance, avec beaucoup de pudeur. En effet, John Cusack est remarquable de sobriété et de justesse, nous gratifiant de moments rares d'émotion. Cela donne au film sa tonalité et le transcende bien au-delà d'une trame politique sous-jacente mais discrète.

 

 

                    


Ce n'est pas non plus un film sur la guerre en Irak ou sur la politique de Bush, mais la peinture d'une Amérique en proie à un dilemne entre son patriotisme profond et son oppposition à une guerre qu'elle ne comprend pas. Le héros du film, patriote convaincu, syncrétise parfaitement cette dualité. Son seul recours, pour ne pas perdre pied et garder une certaine verticalité, sera de se raccrocher à ses valeurs et à celles de sa patrie conquérante. C'est là la subtilité de l'oeuvre : nous rendre sensible l'Amérique des gens ordinaires, l'Amérique d'une classe sociale modeste et besogneuse dans un quotidien difficile à vivre en ce temps de guerre en Irak qui, après celle du Vietnam, la dépasse et la perturbe. Il est certain que nous sommes en présence d'un être fragile, vulnérable, qui se culpabilise facilement et à tout propos, mais cette faiblesse n'est-elle pas la nôtre à bien des égards, d'autant qu'elle est rendue plus poignante d'être vécue à travers un acteur qui semble se l'être attribuée personnellement ? Tout le film, malgré certaines facilités, a cette lecture fondamentalement vraie et émouvante d'une population qui s'interroge, se remet en cause, cherche à comprendre et à se comprendre et nous invite à entrer dans cette interrogation d'un XXI siècle rongé par ses doutes.

En conclusion, un long métrage juste, sans prétention, dont les maladresses ne parviennent pas à ternir l'intérêt et qui, sans être à proprement parler une première oeuvre engagée, pointe du doigt, sans outrance, le barrage médiatique du gouvernement Bush autour de la mort des soldats américains en Irak.

 

Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN & CANADIEN, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

 

                    



Partager cet article

Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA AMERICAIN & CANADIEN
commenter cet article
27 mai 2008 2 27 /05 /mai /2008 12:43

     Affiche du film.    


Sydney Pollack, qui s'est éteint le 26 mai 2008 des suites d'un cancer, fut l'un des cinéastes les plus marquants de l'après-guerre, avec des films comme  On achève bien les chevauxLes trois jours du Condor. Amoureux des acteurs, des actrices, du jeu, le cinéma était sa vie et il sut l'aimer aussi bien devant que derrière la caméra, ne se contentant pas d'endosser la casquette de metteur en scène, mais y associant une carrière d'acteur et de producteur.


Né aux Etats-Unis en 1934 de parents immigrés juifs, il s'était fait connaître du grand public grâce à son interprétation aux côtés de  Robert Redford  dans  La guerre est aussi une chasse  en 1962. Trois ans plus tard, il était devenu metteur en scène et signait  Trente minutes de sursis, drame intimiste, avant de trouver définitivement son style avec  Propriété interdite  ( 1966 ), élégie romantique inspirée d'une pièce de Tennessee Williams. Recherche du temps perdu et quête d'une Amérique disparue s'y confondent dans une égale nostalgie de l'innocence. Thème magnifique que l'on retrouvera dans  Jeremiah Johnson ( 1971 ), où l'on voit un homme quitter la civilisation et tenter de revenir à la vie sauvage sans que son expérience soit concluante, car on ne fuit pas impunément la réalité.


Ce sera ensuite On achève bien les chevaux, tiré d'un ouvrage de  Horace McCoy  où l'on assiste, durant la terrible dépression de 1932, à un marathon de danse mis sur pied par des organisateurs peu scrupuleux, à l'intention d'un public avide de voir des couples, en mal d'argent, entrer en compétition jusqu'à l'épuisement Optant pour l'unité de lieu, Pollack choisit de circonscrire l'action sur la piste de danse et les vestiaires, afin de créer une atmosphère d'enfermement, particulièrement efficace. Par ailleurs, il enrichit son narratif d'un aspect métaphorique en ayant recours à des images pleines de symboles, comme ce cheval qui galope dans la plaine avant de s'abattre dans l'herbe. Enfin, il réussit parfaitement à rendre palpable l'épuisement des malheureux danseurs, les mâchoires crispées, ivres de fatigue et luttant désespérément contre le sommeil. Admirablement interprété par Jane Fonda et Michael Sarrazin, ce film eut un grand retentissement et prouve combien l'auteur sut jouer sur des registres divers et varier les thèmes de ses réalisations.

 

 

                          Le réalisateur Sydney Pollack. Pathé Distribution


C'est à l'âge d'or du cinéma romanesque que Pollack se réfère lorsqu'il constate que peu de choses expriment la vérité autant que les mensonges. Entendons-là, par mensonge : vérité seconde de l'artifice et de la stylisation, vérité supérieure de la métaphore et du symbole. Et il est vrai que la sympathie du cinéaste va spontanément à l'amateur qui méconnaît les règles du jeu, à l'ingénu pris au piège de machinations ténébreuses, à l'individu arraché à sa quiétude de rêveur. Humaniste libéral, il s'est attaché aux êtres plus qu'aux idées et aux sentiments davantage qu'aux idéologies. Dans Tootsie ( 1982 ), par exemple, il introduit une réflexion lucide sur l'identité et ses avatars dans les relations affectives et sociales. Dustin Hoffman y campe, de façon irrésistible, un comédien trop exigeant qui ne rencontre la gloire que grâce à la supercherie : il se travestit en femme et obtient aussitôt le rôle principal dans une série télévisée.
Aussi ne peut-on reprocher à Pollack, en prenant connaissance de sa filmographie, d'avoir dévié de sa trajectoire, empreinte de mélancolie et d'un profond humanisme, faisant en sorte d'allier harmonieusement conscience et romanesque. Ce sera le cas avec  Havana, où il se livre à une véritable réflexion politique sur la révolution cubaine. Plus tard,  il connaîtra la gloire avec  Out of Africa,  le film aux sept Oscars, où il nous dépeint magnifiquement les paysages du Kenya. On retrouve dans cette oeuvre accomplie le charme suranné des vieux films africains, mais le cinéaste sut déjouer les pièges et introduire une incontestable modernité dans son histoire. En nous quittant, il laisse derrière lui une filmographie exemplaire, qui pose sur les hommes un regard aigu mais toujours empreint de compassion et de tendresse. Sans nul doute, il ne fut pas dupe des dangers et erreurs qui menacent notre époque, mais a contribué à hisser le 7e Art vers l'excellence.

 

Pour lire les articles de la rubrique consacrée aux réalisateurs, cliquer sur son titre :

 


LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART

 

Et pour accéder aux critiques que j'ai consacrées aux films de Sydney Pollack, comme Jeremiah Johnson, Out of Africa et On achève bien les chevaux,cliquer sur le lien ci-dessous :  


LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

 

 

Partager cet article

Published by Armelle BARGUILLET - dans LES REALISATEURS DU 7e ART
commenter cet article
24 mai 2008 6 24 /05 /mai /2008 10:58

Swashbuckler Films            VIDEO    

                 

 

En 1973, après "Une belle fille comme moi",  François Truffaut avait besoin de se ressaisir. Ce dernier film avait été un semi échec et il lui fallait absolument frapper  les esprits par une production forte, une oeuvre magistrale. Ce sera "La nuit américaine". Selon moi son plus beau film avec "Le dernier métro", celui d'où émane un charme envoûtant et qui a cette particularité d'être sans doute l'oeuvre la mieux construite du cinéaste et celle qui donne étrangement l'impression d'une improvisation permanente. Car qu'est-ce que La nuit américaine, sinon le récit d'un film dans le film, l'immersion dans l'intimité d'un tournage, en quelque sorte un documentaire sur une profession qui suscite curiosité et fascination et, pour finir, une chronique non dénuée d'humour d'une entreprise ensorcelante qui sait mieux qu'aucune autre inspirer petites et grandes passions et se révéler être un jeu de balancier entre fabrication d'un spectacle et confession secrète. 

En effet, "La nuit américaine" est une célébration lyrique de la création d'un film et s'élabore à partir de "Je vous présente Pamela", astuce habile qui permet à Truffaut de nous instruire sur l'art cinématographique et de nous montrer ce qui sépare la réalité fictive de la réalité vécue et, mieux encore, de nous apprendre comment l'une se nourrit de l'autre, tant la ligne de démarcation entre les deux est peu étanche. Nous sommes ainsi les témoins des constants aléas rencontrés par l'équipe et les situations rocambolesques qui en découlent : caprices de star, retards, contre-temps, surprise après surprise qui se vivent en général dans une louable bonne humeur, un zeste de flegme et de fatalisme, les intervenants étant conscients qu'ils ont embarqué sur le même navire pour se rendre à même destination.
Au coeur de cette équipe domine la star, celle qui est chargée du rôle principal et dont chacun, c'est-à-dire le metteur en scène, les autres comédiens, la scripte, l'habilleuse, le preneur de son, dépendent plus ou moins. Aussi pour tenir tout son monde sous son charme et se faire accepter comme l'incomparable idole, lui faut-il faire preuve de magnétisme et de séduction, d'où ses angoisses perpétuelles. Le monstre sacré de La nuit américaine est Jacqueline Bisset au regard d'émeraude et à la beauté délicate, dont la vulnérabilité est évidente et les caprices fréquents.

Dès l'ouverture, Truffaut dédie le film aux grandes actrices du cinéma muet : Lilian et Dorothy Gish. Plus loin, il rend hommage à une autre grande actrice, française quant à elle, Jeanne Moreau, l'héroïne de Jules et Jim et, ce, au travers d'un jeu radiophonique. On saisit à quel point ce metteur en scène était sans cesse à l'écoute de ses acteurs et la sympathie fondamentale qu'il leur vouait. D'ailleurs Truffaut ne se cachait pas d'avoir réalisé La nuit américaine comme un documentaire. L'origine de ce film remonte à une observation de Hitchcock lors de son interview avec Truffaut : Toute l'action se déroulerait dans un studio, non pas sur le plateau devant la caméra, mais hors du plateau entre les prises de vue ; les vedettes du film seraient des personnages secondaires et les personnages principaux seraient certains figurants. On pourrait faire un contrepoint merveilleux entre l'histoire banale du film que l'on tourne et le drame qui se déroule à côté du travail.

Et Truffaut, des années plus tard, devait se souvenir de cette suggestion géniale du maître du suspense. Je me suis imposé des limites très précises  - avait-il dit à ce propos - j'ai respecté l'unité de lieu, de temps et d'action. (...) Je n'ai pas cherché à détruire la mythologie du cinéma. Le cinéma français étant très peu mythologique, j'ai voulu que ce film porte l'empreinte d'Hollywood.


                  Jean-Pierre Léaud, Jacqueline Bisset et François Truffaut. Swashbuckler Films

                    

 

Il est exact qu'en dehors de l'aspect anecdotique du tournage du film, auquel nous assistons en spectateurs privilégiés qui ont accès aux coulisses fascinantes du 7e Art, le cinéaste s'est surtout intéressé à la psychologie des personnages. Depuis le metteur en scène Ferrand qu'il interprète avec brio, en proie lui aussi à ses doutes et à ses appréhensions, poursuivi par l'image d'un petit garçon descendant une rue déserte, appuyé sur une canne. Il arrive dans un cinéma et vole des photogrpahies publicitaires : ce sont des clichés de "Citizen Kane", que Truffaut visionna trente fois et dont il disait que c'était le film qui avait poussé le plus grand nombre de gens à devenir cinéastes. Cette référence oedipienne n'est donc pas anodine et laisse entendre que tous les réalisateurs, un jour ou l'autre, ont volé leur père Orson Welles. Par ailleurs, au cours de cet opus, Truffaut brosse un tableau finement ciselé de la vie privée des uns et des autres en proie à leurs difficultés personnelles, insistant sur la complexité des rapports humains dans une création artistique où chacun a sa pierre à apporter, et pose habilement l'interrogation qui n'a cessé de le tarauder : le cinéma est-il plus important que la vie, rejoignant l'interrogation de Marcel Proust en littérature : le roman est-il plus vrai que la vie ? Ce film est donc rendu plus passionnant qu'il est l'oeuvre d'un passionné, une oeuvre où l'auteur lui-même se met en cause, cherchant des diversions à ses propres phobies. La nuit américaine fut un immense succès et contribua à asseoir la notoriété internationale de Truffaut qui  vit avec bonheur son long métrage couronné de l'Oscar du meilleur film étranger. 

 

Pour lire l'article consacré à François Truffaut, cliquer sur son titre :

 

FRANCOIS TRUFFAUT OU LE CINEMA AU COEUR

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, dont les oeuvres de Truffaut, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

  

 

 

 

                       Jean-Pierre Léaud et Dani. Swashbuckler Films

                 

 

Partager cet article

Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA FRANCAIS
commenter cet article

Présentation

  • : LA PLUME ET L'IMAGE
  • LA PLUME ET L'IMAGE
  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
  • Contact

Profil

  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.

Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

ET SI VOUS PREFEREZ L'EVASION PAR LES MOTS, LA LITTERATURE ET LES VOYAGES, RENDEZ-VOUS SUR MON AUTRE BLOG :  INTERLIGNE

 

poesie-est-lendroit-silence-michel-camus-L-1 

 

Les derniers films vus et critiqués : 
 
  yves-saint-laurent-le-film-de-jalil-lespert (1) PHILOMENA UK POSTER STEVE COOGAN JUDI DENCH (1) un-max-boublil-pret-a-tout-dans-la-comedie-romantique-de-ni

Mes coups de coeur    

 

4-e-toiles


affiche-I-Wish-225x300

   

 

The-Artist-MIchel-Hazanavicius

 

Million Dollar Baby French front 

 

5-etoiles

 

critique-la-grande-illusion-renoir4

 

claudiaotguepard 

 

affiche-pouses-et-concubines 

 

 

MES FESTIVALS

 


12e-festival-film-asiatique-deauville-L-1

 

 13e-FFA-20111

 

deauville-copie-1 


15-festival-du-film-asiatique-de-deauville

 

 

Recherche

Partager cette page Facebook Twitter Google+ Pinterest
Suivre ce blog