18 mai 2008 7 18 /05 /mai /2008 08:28

                     

                                                                VIDEO


Veronoka et son amoureux Boris tardent à se séparer. Au-dessus d'eux, dans la ville de Moscou, passe un vol de cigognes. La guerre est déclarée. Contre l'avis des siens, et malgré  la peine qu'il inflige à celle qu'il aime, Boris a décidé d'être volontaire et de rejoindre le front. Il mourra sans que ses proches en soient informés. Ayant perdu ses parents, au cours d'un bombardement, Veronika s'est installée dans la famille de Boris où elle finit par céder aux avances pressantes de Mark, le frère de ce dernier. Elle l'épouse, mais en conçoit immédiatement le plus vif remords. Arrive la victoire. Veronika est sur la quai avec un bouquet, mais Boris ne descendra pas du train, et la jeune femme, le coeur brisé, distribuera les fleurs destinées à son bien-aimé aux soldats de retour.

Echevelé, pathétique, douloureux, Quand passent les cigognes ( 1957 ) est peut-être le film le plus romantique jamais tourné. Chose d'autant plus étonnante que cette merveille de sensibilité nous vient d'URSS, dont le cinéma d'alors était au service du pouvoir, niant l'individu, en tant que tel, au profit du groupe. Un film, comme celui-ci, rompait par conséquent avec l'art de la propagande qui avait été imposé par le régime et, bien entendu, le point de vue officiel était loin de concorder avec le vécu du peuple russe. Les metteurs en scène se voyaient dans l'obligation d'insister sur le rôle positif de la révolution d'octobre, de la collectivisation des terres et de la planification économique. Si bien que les scénarios avaient tous pour point commun de chanter les louanges du camarade Staline.

 

                    Alexei Batalov et Tatiana Samoilova.   Tatiana Samoilova.


Le tour de force de Mikhail Kalatozov sera de ne pas céder à ce chantage et de décrire le destin d'une femme complexe, renouant avec le concept de la personne humaine. Un souffle épique traverse son long métrage qui est d'autant plus exceptionnel que réalisé dans une période troublée et un contexte difficile pour les artistes. Mais le petit père Khrouchtchev était passé par là et ce film est le symbole du dégel qui régna un moment de l'autre côté du rideau de fer...L'auteur nous conte ainsi, et avec quel talent ! l'histoire d'une tragédie individuelle vécue sur  fond de convulsions historiques, histoire banale à prime abord, puisque celle d'un jeune soldat qui ne reviendra jamais au bercail, mais comme transfigurée par un mouvement de caméra irrésistible et une mise en scène efficace et dépouillée. On n'en finirait pas de citer les scènes marquantes qui rythment ce film et ne nous laissent pas un instant inattentifs ou distraits : les adieux manqués, les bombardements, la mort de Boris qui, dans une dernière vision, aperçoit Veronika en robe de mariée et, surtout, la poignante scène finale d'un lyrisme rarement égalé.

 

                   Tatiana Samoilova.  



Pour parvenir à cette perfection, Kalatozov a pris soin de réunir autour de lui une équipe performante : tout d'abord, un directeur de la photographie virtuose S. Ouroussevsky et une actrice idéale dans le rôle de Veronika, l'adorable et délicate Tatiana Samoïlova, d'un naturel plein de grâce et de sensibilité. Pour l'époque, les prouesses techniques laissent pantois. La caméra virevolte en des travellings inattendus, des cadrages savants, des profondeurs de champ subtils et ce déluge de technique, loin de nuire à l'émotion, ne fait que la renforcer. Un film qui fut salué à Cannes par la Palme d'Or en 1958 et que l'on ne peut oublier, parce qu'il a réussi ce petit miracle de savoir toucher et surprendre. On le revoit avec le même plaisir et le même pincement au coeur, tellement tout y vrai, universel, finement exprimé, et l'on se dit que, décidément, les chefs-d'oeuvre ont cela de particulier : d'inspirer, en permanence,  la surprise et l'étonnement.

 

 

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                    Tatiana Samoilova.

 

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15 mai 2008 4 15 /05 /mai /2008 13:50

            Gaumont Columbia Tristar Films UFD UFD 

             ARP Sélection Affiche française. Mars Distribution Warner Bros. France


                                                            
Auteur du film Into the wild, ( 2006 ), ce comédien-réalisateur, fort en gueule, est de ceux qui ne cachent pas leurs convictions, au point que leur nom sonne moins comme l'incarnation du 7e Art que comme le symbole obligé d'un engagement politique. Son action contre la guerre en Irak a fait de lui une figure majeure des mouvements anti-Bush. Il s'est même rendu à plusieurs reprises à Bagdad, afin de dénoncer l'ingérence illégitime des Etats-Unis, qui, selon lui, a contribué à mettre à mal les libertés civiles et à plonger le pays dans le chaos.
En-dehors de cela, Sean Penn , né le 17 août 1960, fils de l'acteur Léo Penn, frère de l'acteur Chris Penn et du compositeur Michael Penn, quelle famille ! est un comédien qui ne peut laisser personne indifférent, tant ses compositions sont fortes, comme celle de la  Dernière marche  ( 1995 ), où il jouait de façon bouleversante, à côté de Susan Sarandon, le rôle d'un condamné à mort, rôle qui lui vaudra d'être nommé pour l'Oscar du meilleur acteur. Dans  She's so lovely  de  Nick Cassavetes, il incarne un déséquilibré violent et se verra honoré par le prix d'interprétation au Festival de Cannes en 1997. Dans  Sam, je suis Sam  de Jessie Nelson, il campe un attardé mental tout aussi convaincant et semble abonné aux rôles difficiles qu'il intériorise avec sobriété et conviction. En 2003, il reçoit, pour la seconde fois, la coupe Volpi pour son rôle de cardiaque dans le film d'Alejandro Gonzalez Inarrita  21 Grammes  et, la même année, se voit récompensé par l'Oscar du meilleur acteur pour sa formidable interprétation dans  Mystic River  ( 2002 ) de Clint Eastwood.

                       Sean Penn, Laura Linney et Kevin Bacon. Warner Bros. France


Etre acteur ne suffisant pas à cette personnalité riche et remuante, Sean Penn passe très vite derrière la caméra pour des réalisations de qualité, où il peut s'abandonner à son inspiration, comme  Into the Wild,  dont le projet a mûri pendant plusieurs années à la suite de la lecture du roman éponyme de  Jon Krakauer. Ce film réussi a valu à son auteur et à son équipe des mois de galères, tant l'acteur-metteur en scène avait tenu, par souci d'authenticité, à respecter, dans les moindres détails, le parcours quasi initiatique que son héros effectue à travers l'Amérique. Il fallut, par conséquent, affronter les rivières glacées, la neige, le verglas et des températures de 48°C. Des conditions certes contraignantes, mais qui ont participé à la beauté esthétique du film, tourné dans des décors naturels et dans les conditions météorologiques correspondantes. Les photos sont dues à l'objectif d'Eric Gautier ; quant à l'acteur principal, il perdra 18 kilos et apprendra à descendre les rapides du Colorado. Le résultat est un film hommage aux grands espaces américains et une mise en accusation  du capitalisme outrancier qui plombe les valeurs essentielles d'amitié et de respect de la nature. Ce dernier long métrage est le quatrième opus de l'acteur-réalisateur après Indian Runner  ( 1990 ), Crossing Guard  ( 1995 ),  The Pledge (  2001 ) et marque certainement l'accession à la maturité d'un homme déchiré entre ses aspirations et ses contradictions, dont la jeunesse a été faite de frasques et d'engagements passionnels.

 

                             


Son mariage avec Madonna en 1985 a défrayé la chronique de l'époque par son caractère violemment conflictuel. L'enfant terrible d'Hollywood a paru s'assagir depuis et présida même en 2007 le jury du 61e Festival de Cannes. Le talent et l'anticonformisme étaient à l'honneur...


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                       Sean Penn. Bac Films

 

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9 mai 2008 5 09 /05 /mai /2008 18:10

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                           VIDEO 

 

En 1967, Truffaut reçoit de deux scénaristes, David Newman et Robert Benton, un sujet de film qu'il refuse simplement parce qu'il s'est, à l'époque, entièrement investi dans Fahrenheit, si bien que ceux-ci se tournent vers Godard mais, entre-temps, l'acteur américain Warren Beatty, alerté par Truffaut, s'est porté acquéreur des droits du scénario. En effet, le frère de Shirley McLaine a des ambitions de producteur et entreprend aussitôt le siège de Jack Warner pour tenter d'associer la firme à son projet. Il emporte l'adhésion du bonhomme et choisira Arthur Penn comme réalisateur.

Dès que ce dernier s'attaque au traitement du scénario, il l'infléchit vers ses thèmes de prédilection : la juvénilité, la recherche d'identité, la maturité violente, l'initiation douloureuse ( et symboliquement mortelle ) à la vie sociale. Bonnie and Clyde est une saga, composée autour de la fameuse dépression des années 30, qui raconte le destin singulier de deux jeunes truands célèbres. Bien entendu, ce long métrage véhicule des éléments de réflexion liés à la nature des personnages, dont il nous relate la carrière criminelle, tout en faisant la part belle au contexte social de l'Amérique d'alors, plongée dans cette dépression qui nous est décrite par touches indirectes, plus explicites que de longs discours.

 

Comme à son habitude, Arthur Penn ne se veut pas démonstratif dans son rapport avec l'histoire. L'air du temps l'intéresse plus que les paraphrases sur les événements en cours. S'il est vrai qu'un film comme celui-ci s'est construit autour de l'argent ( élément de subsistance, puis de discorde, enfin de luxe relatif chez des êtres plus naïfs que vénaux ), autour des lieux où on le trouve ( les banques ), il est, selon moi, davantage une réflexion sur la pauvreté qui lui donne un ton et une tonalité sombre, bien que la relation entre ces trois éléments ne soit jamais établie. Son illustration se veut primaire, au strict niveau des apparences, comme est primaire la conscience que peuvent en avoir  Bonnie et Clyde, qui, au fil de l'aventure dans laquelle ils se sont engagés avec une totale insouciance, seront obligés de devenir ce qu'ils ont affirmé être. Et ce qui participe à la recherche de leur identité frôlera sans cesse le pathétique.

 

                  Faye Dunaway. Collection Christophe L.


Au moment de la sortie du film, on a pu s'étonner de l'impact qu'il a eu sur la jeunesse, ce que certains déplorèrent, considérant que son influence ne pouvait être que néfaste. Mais il serait injuste de voir dans Bonnie and Clyde une apologie de la violence. Penn n'a jamais abondé dans cette problématique simpliste. Au contraire, ce qui frappe, c'est à quel point les protagonistes sont dépourvus de volonté de puissance. Ils ne partent pas en guerre contre la société, n'affirment aucun choix idéologique, pas plus qu'ils ne s'inscrivent dans un combat social ou politique quelconque. Ce sont des personnages qui évoluent selon les circonstances et les événements, suivent les voies que leur propose le hasard et leur dicte leur instinct, d'autant qu'Arthur Penn atténue sans cesse le tragique de la situation par un humour roboratif. L'incapacité de la bande à Burrow de contrôler le destin dans lequel les uns et les autres s'enlisent, par immaturité et imprévoyance, les rend plus pitoyables que condamnables. Il est probant que le metteur en scène les désigne davantage comme les victimes d'une époque, d'un contexte, d'un système, que comme totalement responsables de leurs actes.
Dans cette oeuvre, les individus découvrent l'humiliation économique, sociale, morale que leur fait subir une société implacable. Et n'est-ce pas afin de trouver leur identité qu'ils font la guerre à cet état de fait ? Le réalisateur s'en est clairement expliqué :
" Je ne veux pas du tout psychanaliser les Etats-Unis, mais disons qu'il y a l'aspect sociologique de cette époque de la dépression et que je montre deux jeunes gens qui en sont le produit. Je ne les approuve pas, ni ne les condamne. J'ai suivi leur histoire jusqu'à la fin où la police les a attirés dans un piège pour les massacrer. (...) Je crois que le succès du film, son audience auprès de la jeunesse américaine, provient de ce que les jeunes se retrouvent dans ce qui est, pour eux, peut-être, un retour à l'anarchie, mais surtout un film contre la guerre".

 

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La fin est connue, spectaculaire, et transforme cette matinée ensoleillées du 23 mai 1934 en un ballet macabre qui atteint une sorte de sur-réalité. Mille balles tirées en une minute dont 94 atteignirent leur cible - précision historiquement prouvée - n'était-ce pas une sorte de délire que rien ne justifiait sinon la peur du mythe et de sa force ? Faye Dunaway trouve là son plus grand rôle. Belle, tendue comme un arc, elle épouse au plus près ce riche personnage en traduisant, de façon aiguë, ses contradictions, auprès de Warren Beatty qui, à la suite de La fièvre dans le sang, a tout mis en oeuvre ( achat des droits du scénario ) pour s'attribuer cet autre rôle phare. Ce long métrage contribuera à asseoir sa notoriété et obtiendra en France un succès tel qu'il inspirera à Serge Gainsbourg une célèbre chanson.

 

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3 mai 2008 6 03 /05 /mai /2008 11:48

                    Collection Christophe L.

 


Pourvoyeur d'images de génie, Ingmar Bergman tient aujourd'hui, dans l'univers cinématographique, une des tout première place. La force de son oeuvre, ses réflexions graves mais d'une portée universelle, son originalité, son style, qui est celui d'un créateur à part entière, son écriture si personnelle ont fait de chacun de ses films un événement justifié. Aussi comment entrer dans cette vaste filmographie sans être désorienté ? Il me semble que Les fraises sauvages peuvent être une introduction valable à une oeuvre dense et difficile qui se nourrit d'humanité, mais qui a souvent intimidé le néophyte.
Bergman est le chantre de la solitude et ce long métrage aborde le sujet à travers le personnage d'un vieil homme qui vient de recevoir une distinction honorifique, couronnant sa carrière de médecin. A la suite d'un rêve, il bouscule ses plans et décide de se rendre en voiture à Lund avec sa belle-fille, ce qui lui permettra de revoir des lieux chargés d'évocations et de souvenirs.


                    Collection Christophe L.


Ce sera également l'occasion de revivre certains d'entre eux et de faire le bilan de sa longue existence. Mais, heureusement, des personnes rencontrées vont l'aider à se réconcilier avec un passé chargé d'échecs sentimentaux et d'éclairer ses vieux jours d'une lueur de tendresse.

En effet, une fois arrivé à Lund pour y recevoir sa récompense, le professeur Isaak Borg, ébranlé dans ses convictions, prend la résolution de tenter d'agir de façon à entretenir désormais des rapports moins formels avec son entourage. Un arrêt à la maison de son enfance le replonge d'un coup au coeur de son passé, à la différence qu'il devient le témoin de scènes auxquelles il n'avait pas assisté à l'époque. C'est ainsi qu'il revoit sa fiancée d'alors, Sara, en train de se laisser séduire par son propre frère et qu'il la surprend plus tard se lamentant de ce que sa cour, érudite et compassée, l'avait contrainte à aller chercher ailleurs un peu plus de volupté. Se révèlent à lui l'étendue de son incompréhension à son égard et sa coupable négligence. Sa remise en cause, si elle est tardive, n'en est pas moins sincère. Si bien qu'au lieu d'une lente marche funèbre, Les fraises sauvages s'ouvre sur une allégorie qui n'est pas seulement pour le héros une sorte de politesse du désespoir, mais tend à conclure que l'existence se poursuit sous un éclairage autre, que le rêve est aussi une forme de vie, une vie transposée en une perspective réconciliante, où la fiancée de jadis se remet en route avec vous vers un horizon apaisé. L'auteur parvient avec virtuosité à doser rêve et réalité sans jamais leur attribuer de frontières trop précises, cela en une orchestration d'une poignante beauté. On sait également que Bergman était très musicien et qu'il se dégage de ses oeuvres une musicalité étrange qui m'a toujours frappée. Dans Les fraises sauvages, on voit Sara jeune suspendre le temps à l'aide d'un prélude, lent et nostalgique, du clavier bien tempéré. Bergman a toujours privilégié deux types dans le répertoire musical : celui des spiritualistes comme Bach et Mozart et celui des romantiques avec Chopin, Schumann, Schubert et Bruckner. Il a consacré un film à l'opéra de Mozart : La flûte enchantée qui est une réussite.

Par ailleurs, Les fraises sauvages, comme l'ensemble de l'oeuvre bergmanienne, bénéficie d'une grande rigueur esthétique, rendue peut-être plus captivante que le film a été tourné en noir et blanc, de même qu'il jouit d'une interprétation hors pair - il n'est pas besoin de souligner que le réalisateur était un formidable et très exigeant directeur d'acteurs - avec une Ingrid Thulin et une Bibi Andersen merveilleuses et un Victor Sjöström d'un puritanisme et d'une misanthropie douloureuse qui n'étaient pas éloignés de ceux de son metteur en scène. Restent les souvenirs et la nostalgie d'un passé heureux que le metteur en scène sait si bien traiter avec l'austérité grandiose qui le caractérise. Si bien que ce film majeur porte à son sommet une inspiration jamais démentie par la poésie : la nature ne fait qu'un avec le vertige des sens et des souvenirs qui s'empare de cet homme sans repères temporels. Chacun, au final, trouvera ce qu'il cherche, car ici rien n'est imposé. Il y est moins question de la mort, des échecs ou des désillusions que de la continuation possible de la vie alors même qu'elle arrive à son terme.

 

                     Collection Christophe L.

 

Ne nous y trompons pas, Bergman s'est profondément mis en scène dans cet opus pour la raison suivante : à l'âge de 15 ans, il avait assisté à la projection de La charrette fantôme, le grand film réalisé par Victor Sjöström, dont il reconnut, par la suite, l'immense influence. Trente ans plus tard, en réalisant Les fraises sauvages, Bergman, voulant interroger la figure de son père, fit appel, tout naturellement au grand cinéaste pour l'interpréter. Mais il finit par se rendre compte que ce qu'il cherchait derrière la figure paternelle était son propre passé, sa propre enfance. De cette quête, de cet examen sans complaisance de lui-même, est né ce film lumineux, où la convocation des souvenirs et des rêves mêlés à la réalité produit une atmosphère inoubliable. " La vérité, c'est que je vis sans cesse dans mon enfance. Dans Les fraises sauvages,  je me meus sans effort et assez naturellement entre des plans différents temps-espace, rêve-réalité - a  confié à un journaliste le cinéaste suédois. C'est probablement cette recherche du temps perdu qui a marqué d'un sceau inaltérable cette oeuvre prodigieuse.

 

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Pour lire l'article consacré à Bergman, cliquer sur son titre :    
INGMAR BERGMAN OU UN CINEMA METAPHYSIQUE



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27 avril 2008 7 27 /04 /avril /2008 09:03

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Année 1973. Las Vegas, temple de l'argent, est gouverné de manière occulte par le tout puissant syndicat des camionneurs. Sous leur autorité, Ace Rothstein ( Robert de Niro ), homme impitoyable avec les tricheurs, règne sur l'hôtel-casino Tangiers et va se laisser séduire, pour son malheur, par une virtuose de l'arnaque d'une saisissante beauté, Ginger ( Sharon Stone ), que, très épris, il épouse sans tarder. Nicky Santoro ( Joe Pesci ), son ami d'enfance, est devenu son homme de main et sait avec brutalité s'acquitter des basses tâches. Une série de trahisons douloureuses vont cependant ruiner l'entente du couple et les dérapages ne vont plus cesser de se multiplier. Se sachant incomprise de son mari, Ginger sombre dans la drogue et cherche l'appui de Nicky, si bien que les affrontements de ce trio infernal vont bientôt leur nuire, d'autant qu'ils sont de plus en plus étroitement surveillés par la police et le FBI. Un terrible et ultime affrontement sera à l'origine de l'effondrement de l'empire...

Casino est une de ces oeuvres phares qui, à un moment donné, nous offre la somme de ce que, périodiquement, une civilisation engendre pour le meilleur et le pire, avec une force et une précision étourdissantes. A la fois lyrique et intimiste, ce film, l'un des plus aboutis de Martin Scorsese, bénéficie d'une parfaite adéquation entre un metteur en scène surdoué et des interprètes qui ont su pleinement et magnifiquement assumer leurs rôles. C'est le cas de Sharon Stone, qui obtiendra le Golden Globe de la meilleure actrice pour son admirable composition, où elle allie l'intensité et la fragilité à la façon des personnages chers à Tolstoï, ainsi que de ses partenaires, excellentissimes eux aussi : Robert de Niro et Joe Pesci. La richesse et la perfection de Casino en font une oeuvre dense et essentielle de par la réflexion qu'elle instaure sur les grandeurs et misères du pouvoir. On pourrait à ce propos la rapprocher d'un film comme  Ivan le Terrible, tourné par un Eisenstein alors au sommet de son art. Scorsese, qui est également au sommet du sien, y fait montre d'une science prodigieuse du rythme qui est l'un des éléments remarquable du film, en permanence sous tension, mais une tension  concentrée qui ne se disperse pas, se ramasse pour devenir l'oeil du cyclone ; tout cela servi par un contrepoint visuel et sonore d'une grande qualité ( une mention spéciale pour la très belle musique de Georges Delerue ). Tragédie- parodie d'une ampleur et d'une cruauté inouïes, ce long métrage s'apparente à une parabole d'une décadence à la romaine, lorsque les hommes se croient suffisamment maîtres de leur destin pour oser affronter les dieux, le final a de ce fait quelque chose d'infiniment tragique, comme si une malédiction en avait précipité l'embrasement. Il nous fait assister également à une triple désagrégation : celle d'un couple, d'une amitié et d'un empire.

                                Sharon Stone. United International Pictures (UIP)


Le cinéaste a pénétré cet univers du jeu avec une curiosité qui ne laisse aucun détail au hasard. Tout est montré avec virtuosité des plus secrets rouages de la machine Las Vegas. Les trucs des tricheurs, les magouilles nous sont présentés par une caméra acérée et percutante, non sans drôlerie, non sans férocité, en une série de séquences qui relèvent de l'anthologie. Sous nos yeux captivés se déploie un festival d'images qui, presque toutes, sont diaboliquement expressives et rendent compte des moindres ramifications de ce monde très particulier et incroyablement hiérarchisé dans la violence. Du cinéma de haut vol qui exerce sur le spectateur une fascination durable.

 

4-e-toiles

 

Pour lire l'article consacré à Scorsese et à Robert de Niro, cliquer sur leurs titres : 

 

MARTIN SCORSESE - PORTRAIT          ROBERT de NIRO - PORTRAIT

 

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                    Robert De Niro et Sharon Stone. United International Pictures (UIP)   Robert De Niro et Don Rickles. United International Pictures (UIP)

 



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24 avril 2008 4 24 /04 /avril /2008 09:48

28506-affiche-de-rec-film-d-horreur-auteur-637x0-1.jpg                                                                                                                                                    

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Aussi terrifiant que réussi dans son genre, (Rec.) à sa sortie en 2008 sut enflammer les festivals internationaux et le box-office espagnol. Un film d'horreur produit pour à peine 800.000 euros qui propose de suivre subjectivement un caméraman et une présentatrice de télé tournant un reportage sur des pompiers appelés à la rescousse d'une vieille dame dans un immeuble de Barcelone. Si ce film sort du lot des films d'horreur, c'est par l'intelligence de sa mise en scène et le fait que ses réalisateurs Jaume Balaguero et Paco Plaza ont tout fait pour préserver l'indispensable immersion du spectateur dans un tel projet. Balaguero s'en explique : " On voulait raconter une histoire typique d'horreur, mais d'une manière particulière, en direct, comme un reportage télé ". Et Plaza d'ajouter : " C'est la réalisation qui fait sa spécificité. Notre parti pris formel, qui impliquait de ne pas utiliser la musique ou le découpage, nous a poussés à être inventifs afin de suggérer le suspense, la tension et la peur, qui sont des émotions habituellement véhiculées par ces artifices-là. C'est pourquoi nous avons particulièrement travaillé les cadrages et le son, par exemple".

Au-delà de sa singularité, (Rec.) est représentatif de la vitalité du cinéma  fantastique espagnol qui s'est vu consacré en février dernier à Gérardmer du Grand prix pour L'orphelinat de Juan Antonio Bayona, prix du jury et prix du public pour (Rec.). Quelques semaines plus tôt, ces deux films avaient attiré respectivement 4,5 et 1,5 millions de spectateurs dans les salles hispaniques. Beaux succès quand on compare aux films français du même genre qui plafonnent habituellement autour de 100.000 entrées. Les fantômes ne sont guère prisés au pays de Descartes.

 

 

                    Doug Jones. Wild Bunch Distribution  Wild Bunch Distribution


L'origine de cette nouvelle vague typiquement espagnole remonte à plusieurs années. Juan Antonio Bayona précise à ce propos que le déclic a eu lieu au milieu des années 90, avec les premiers films d'Alejandro Amenabar et  Alex de la Iglesia.  Ouvre les yeux et Le jour de la bête furent effectivement de gros succès. De même, lorsque l'académie des goyas récompensa Tesis, quelque chose avait bougé et le cinéma de genre s'était vu légitimer, en quelque sorte. Pour eux, tout s'est joué à Sitgès, une station balnéaire catalane qui accueille chaque année un Festival du cinéma fantastique, l'un des plus courus au monde. Et Bayona d'ajouter : " Il y a ce que l'on peut appeler la génération Sitgès. Jaume Balaguero, Paco Plaza, Nacho Cerda, moi-même et bien d'autres nous sommes connus lors des différentes éditions de ce festival. Nous sommes d'abord venus en tant que spectateurs, puis comme journalistes, et désormais avec nos casquettes de réalisateurs !

 
Quant à l'auteur du  Labyrinthe de Pan,  il confirme l'importance de ce festival  : - " Je crois vraiment que Sitgès a été un lieu important pour le renouveau du cinéma de genre espagnol. Je me souviens que l'année où j'y ai présenté mon premier film Cronos, j'ai été interviewé par deux journalistes : Juan antonio Bayona et Jaume Balaguero ! La plupart des cinéastes viennent de la presse spécialisée dans le cinéma de genre, ils étaient journalistes avant de passer derrière la caméra, un peu comme la Nouvelle Vague française dans les années 60".

Mais il est probable, comme le suggère  Guillermo del Toro  que le succès de cette génération Sitgès ait des racines beaucoup plus anciennes, car les Espagnols ont toujours apprécié les choses de l'imaginaire et les ont prises au sérieux. " Pour eux, ce n'est pas un truc réservé aux ados - poursuit -il - mais quelque chose qui reflète ce que nous sommes au plus profond de nous". Ainsi le cinéma fantastique espagnol a-t-il de beaux lendemains en perspective, tant la critique comme le public l'ont plébiscité avec enthousiasme. En sera-t-il un jour de même en France.

 

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                         Belen Rueda. Wild Bunch Distribution

 

 

 

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22 avril 2008 2 22 /04 /avril /2008 18:03

 affiche-pouses-et-concubines                      

 

Nous sommes en Chine du Nord dans les années 20 : Songlian ( Gong Li ) âgée de 19 ans devient la quatrième épouse du riche maître Chen Zaoquian ( Ma Jingwu ). Elle va dorénavant vivre cloîtrée auprès des trois autres épouses qu'elle ne verra que lors des repas pris en commun. La première épouse Yuru ( Jin Shuyuan ), qui a dépassé l'âge de plaire, ne lui cause aucun souci. Mais il n'en est pas de même des deux autres avec lesquelles elle se heurte, parce que celles-ci, dévorées de jalousie, s'emploient, autant que faire se peut, à comploter les intrigues les plus fallacieuses ; la seconde épouse Zhuoyun ( Caoo Quifen ) se révélant véritablement machiavélique sous des dehors aimables. C'est elle qui provoquera indirectement la mort de Yan'er, la servante-concubine, puis de Meishan, la troisième épouse, ex-chanteuse d'opéra, qu'elle accuse d'adultère avec le docteur Gao. L'époux bafoué la fera exécuter par ses serviteurs dans la chambre des tortures et la vie reprendra son cours comme si de rien  n'était. Sauf pour Songlian qui, horrifiée par cet abominable assassinat, sombre dans la folie. C'est alors qu'une cinquième épouse vient enrichir la maison de ce maître qui jouit du droit de vie et de mort sur ses femmes.


SND   


Après Le Sorgho rouge et Ju Du, Epouses et concubines est le troisième volet que Zhang Yimou a consacré à la condition féminine dans la Chine d'avant-guerre, époque où l'épouse était totalement soumise à l'autorité maritale et ne pouvait s'affranchir que par la mort ou la folie. Bien qu'il soit constamment question des hommes, ceux-ci n'apparaissent que furtivement dans le film,  mais l'autorité dont ils bénéficient et qu'ils exercent sur leurs épouses captives, se révèle obsédante. Dans cet univers quasi carcéral, ce huit-clos oppressant gouverné par des rites immuables, le seul élément de vie est constitué par l'éclairage des lanternes rouges qui signale la visite du seigneur dans l'appartement de l'épouse qu'il est venu honorer pour quelques heures et qui doit se plier à ses exigences. Comme dans ses films précédents, Yimou fait appel à la même interprète féminine, Gong Li, avec laquelle il vivait alors. Remarquable Songlian, elle ne peut se résigner à n'être qu'un objet sexuel. Epouses et concubines se distingue comme un film d'une rare beauté esthétique avec des plans et des lumières raffinés à l'extrême, des images flamboyantes où l'unité de lieu est respectée et qui constitue par sa qualité, la rigueur de sa narration, un véritable joyau du 7e Art. N'oublions pas que ce long métrage contribua grandement à l'essor du cinéma asiatique, peu connu alors en France et même en Europe, et qu'il est une réflexion sur l'insoutenable condition féminine dans bien des pays encore. Yimou est de ceux qui ont donné à l'art cinématographique de leur pays ses lettres de noblesse. Un film que l'on revoit avec la même émotion parce qu'il semble défier le temps.

 

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ZHANG YIMOU - PORTRAIT       GONG LI - PORTRAIT


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                  Gong Li. Océan Films

 

 

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17 avril 2008 4 17 /04 /avril /2008 08:34

                          

 

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Entre rêve et réalité, le sixième opus du réalisateur Thaïlandais Ratanaruang, âgé de 46 ans, nous conte l'histoire de Wit et  Dang qui débarquent à Bangkok, en provenance des Etats-Unis, pour assister à des funérailles. Ils s'installent dans un grand hôtel, chambre 6003, reclus de fatigue. Ce couple, encore jeune, vit à New-York depuis plusieurs années et semble traverser une période difficile sur le plan conjugal. Tandis que la jeune femme s'écroule sur le lit, son époux descend au bar pour y acheter des cigarettes et engage la conversation avec une ravissante adolescente qui lui dit attendre sa mère venue de Suède. Pour lui permettre de se reposer avant son arrivée, il lui propose de monter dans la chambre, ce qui  a aussitôt le don de mettre sa femme hors d'elle. A partir de là, les délires de la jalousie et du désir vont s'emparer du récit et le couple se déchirer dans un huit-clos proprement hypnotique, car l'on voit se succéder des scènes érotiques dont on ne sait pas vraiment si elles ressortent du sommeil ou de la veille. Ensuite l'épouse, afin de se désaltérer, descend à son tour au bar et croise un ancien acteur qui l'invite à venir chez lui et qu'elle suit comme en un état second. Or il se révèle que l'homme est un maniaque sexuel. Le film s'achève au petit matin pour notre soulagement, car ce long métrage, exagérément maniéré et confus, accumule les facilités et souffre surtout d'une intrigue faible, qui, au final, ne tient pas la route et ne nous convainc à aucun moment, le cinéaste s'étant ingénié à nous désorienter sans parvenir à nous captiver. Dommage, car il ne manque pas de goût dans la mise en scène, les cadrages, la fluidité et l'esthétique des torrides scènes érotiques. Si, on admet volontiers que le cinéma asiatique est, sur ce plan-là, beaucoup plus libre que le nôtre, il n'en reste pas moins que l'on éprouve un certain malaise à jouer les voyeurs...

 

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                          Wild Side

                          Wild Side



 

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14 avril 2008 1 14 /04 /avril /2008 17:28

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Parce qu'il en avait assez des clichés autour du personnage légendaire de Genghis Khan, Sergei Bodrov a choisi de raconter, dans un premier temps, car une suite est prévue - l'enfance et l'adolescence tumultueuse de celui qui n'était encore que Temoudjin. Une incroyable destinée à laquelle le cinéaste du Prisonnier du Caucase s'est consacrée avec détermination, car il fallait oser porter à l'écran cette figure de l'Histoire qui hante encore les consciences asiatiques et européennes. Il fut sans nul doute l'un des plus grands conquérants que l'humanité ait connu, puisqu'il parvint à créer un empire colossal, comparable en taille à celui d'Alexandre.

Cette fresque épique, parfois un peu redondante, co-produite par l'Allemagne, la Russie et le Kazakhstan bénéficie de nombreux atouts : des décors naturels grandioses ( les steppes mongoles et chinoises ), le souffle puissant de ce personnage mythique qui saura unir pour conquérir, enfin le traitement musclé des combats à la manière de Zhang Yimou ou du Riddley Scott de Gladiator. Mais il est vrai que dès que le cinéaste passe à l'image numérique, les choses se gâtent et que les combats prennent une coloration artificielle et virtuelle regrettable. Heureusement, Bodrov n'en abuse pas et la plupart de ceux-ci sont des cavalcades superbes et impressionnantes de virtuosité. L'auteur sait rendre compte de ce qui est la marque indiscutable du génie mongol : la maîtrise de l'espace et l'art de guerroyer, cela grâce à l'alliance charnelle entre le nomade et sa monture. N'est-ce pas les Mongols qui ont inventé  la guerre éclair ? Leur avancée, au cours de leurs conquêtes, se firent plus promptement que celle des Panzer d'Hitler, lesquels eurent bien de la peine à venir à bout des grandes plaines russes et finirent, comme les armées napoléoniennes, par s'y enliser. Alors que le Mongol galope, détruit, se retire, revient, dévaste et disparaît. Pour bien rendre cet effet-là, Bodrov a particulièrement veillé aux assauts équestres par la restitution sonore du fracas des sabots et le piétinement sur le sol steppique d'une horde d'étalons. On s'y croit, même si cela est parfois un peu pénible pour notre ouie de spectateur...Il n'empêche qu'on se laisse prendre par ces reconstitutions tournées le mors aux dents à la gloire de la cavalerie légère et des charges héroïques.

D'autre part, en bon Russe, le cinéaste nous rend sensible la dimension spirituelle de son héros. Alors que l'Occident le considère comme l'un des plus sanguinaires guerriers de tous les temps, Bodrov réussit l'exploit d'en faire, certes un loup, mais un loup obsédé par la loi, un individu indiscutablement complexe mais dépourvu de haine comme le notait déjà René Grousset. Un solitaire entouré d'amis, un prince de sang qui reconnaissait ses bâtards, un prédateur qui n'aima jamais qu'une seule femme, un homme devenu fabuleusement riche mais qui ne quitta jamais sa yourte traditionnelle.
               


D'autre part, l'effort historique est louable et nous plonge dans le genèse d'une nation qui naît du chaos, nous décrivant les loi des clans, les divers rites, tout cela que le conquérant aura à charge d'unifier pour parvenir à rassembler les tribus égarées dans cet immense territoire. Aussi la destinée de ce grand guerrier est-elle fascinante, même si le film souffre de quelques répétitions dans son cheminement narratif. Cette réserve faite, Sergei Bodrov a su tirer le meilleur parti de cette dimension fantastique et nous décrire un destin qui tient de la légende à l'égal de ceux de Charlemagne et d'Alexandre le Grand. Il n'est pas de scène qui ne baigne dans l'atmosphère d'un temps où toute chose de ce monde possédait sa raison céleste. Jusqu'à la dernière, où le Khan triomphe de son dernier rival grâce à la survenue d'un orage, la nature s'étant faite la complice des desseins des dieux.

Que le cinéaste ait choisi Tadanobu Asano, un Japonais, pour incarner à l'écran Genghis Khan peut surprendre, mais l'acteur éclabousse le film d'une telle présence, d'une telle force et d'un tel mystère que l'on ne peut qu'entériner ce choix et s'en féliciter. Le casting est impeccable. Une mention spéciale à l'actrice Khulan Chuluun qui est  touchante de dignité et de beauté dans le rôle de Börte. En nous décrivant la marche irrésistible de ce souverain de l'univers, le film allie force et sensualité dans des décors à couper le souffle.

 

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13 avril 2008 7 13 /04 /avril /2008 08:54

                      

 

                                                             VIDEO


Séverine, jeune épouse d'un chirurgien fortuné ( Jean Sorel ), semble vivre avec difficulté sa vie sexuelle et est assaillie par des phantasme confinant au sado-masochisme. Conseillée par un ami, elle se rend dans une maison close  et propose timidement ses services.. C'est là qu'elle trouvera, dans l'avilissement et la servitude, son épanouissement intime, tout en poursuivant, auprès de son mari, sa vie respectable et bourgeoise.

 

Tiré d'un médiocre roman de Joseph Kessel, Belle de jour  ( 1966 ) est sans doute, avec Viridiana, le chef-d'oeuvre de Luis Bunuel. Film érotique mais d'un érotisme suggéré, phantasmé, quasi irréel, il est troublant a plus d'un titre : principalement la co-existence, chez une même personne, de deux mondes, le réel et l'onirique, et la démonstration faite par le cinéaste que le chimérique est, chez certains, mieux éprouvé que le vécu. Le film apparaît ainsi comme un songe éveillé où l'illusion semble plus vraie que la réalité et où les tabous sont franchis plus aisément par l'esprit que par le corps. L'héroïne transgresse en pensée ses perversions mieux qu'elle ne s'en affranchit, car elle reste, dans l'existence, prisonnière de ses sentiments, de son milieu, de son couple. Ainsi Bunuel parvient-il à composer un puzzle, afin de rendre compréhensible un langage totalement irrationnel, et à nous brosser le portrait inégalable d'un personnage en proie à ses propres contradictions et à un vertige intérieur qui donne un goût désespéré à cette liberté supposée, acquise dans les dédales de la corruption.

Catherine Deneuve n'a pas caché les difficultés qui furent les siennes lors du tournage :


" Connaissez-vous un acteur ou une actrice qui n'aurait pas envie de travailler avec Bunuel ? (... ) Or, curieusement, notre relation dans " Belle de jour " a été très difficile. Sur le plateau, Bunuel ne voulait pas de quelqu'un aussi farouchement réservé que moi. Il m'a utilisé, j'ai suivi, c'est tout.
Séverine ressemble aux obsessions de Bunuel, pas à moi. De plus, je n'ai pu mettre que peu de moi-même dans ce personnage masochiste. Bunuel ne veut que l'obéissance des acteurs. De moi, il n'a exigé qu'une extrême lenteur ; le mouvement du corps féminin l'intéresse beaucoup plus que l'expression du visage ou que les paroles ".
Ciné- revue 1967

" Je ne suis pas sûre que Bunuel ait fait le film qu'il voulait. Il pensait à quelque chose de plus audacieux, et que ma réserve, ma froideur... il aurait voulu faire un film un peu plus cru ".  Actuel 1987

 
belle_de_jour.jpg                 


En effet, ce qui est important dans ce long métrage, et que Bunuel a su très bien exploiter, ce n'est pas ce que l'actrice montre mais ce qu'elle dissimule, c'est cette incarnation du vice qui se cache sous l'aura idéalisée de la pureté. Le cinéaste nous prend ainsi à contre-pied, nous offre à voir à contre-champ, et nous entraîne irrésistiblement dans l'engrenage fascinant de la supposition, dans le décalage instauré volontairement pour nous troubler entre illusion et réalité, suscitant un embarras et nous invitant à nous poser la question suivante sur le 7e Art : a-t-il vocation à démontrer ou à suggérer ? Se doit-il d'être ambigu, ambivalent pour attiser notre curiosité et nous emmener, à sa suite, dans le labyrinthe où notre propre système moral est remis en cause ?
On sait que Bunuel s'est toujours complu dans cette dualité du bien et du mal, qu'il est un cinéaste ténébreux et génial qui explore les abîmes, en dévoilant sans juger, mais sans se priver d'insinuer habilement. Lui-même avouait une fascination certaine pour tout ce qui avait trait à la religion, sans y croire bien entendu, puisqu'il se revendiquait athée. On le voit ici, comme on le verra dans Tristana ( 1969 ), qu'il tourna également avec Catherine Deneuve, et où la jeune femme est - disait Bunuel - aussi froide et belle que la vertu. Ainsi nous mène-t-il, en un voyage intemporel, au coeur des frustrations et des phantasmes avec une irrévérence et une puissance onirique insurpassables.

Formidable professionnel, il a toujours su tirer de ses acteurs le meilleur d'eux-mêmes. C'est le cas ici où tous les protagonistes sont excellents de Françoise Fabian à Geneviève Page, l'inoubliable Chimène de Gérard Philipe au TNP, de Michel Piccoli, cynique à souhait, à Catherine Deneuve dans le rôle de Séverine qui, grâce à cette interprétation, accéda à la notoriété internationale.
Malgré les ans, l'esthétisme du film n'a pas pris une ride, tant l'oeuvre est, par ses audaces, annonciatrice de la décadence de notre civilisation, prise entre rêve et cauchemar, illusion et révélation, exhibitionnisme et indifférence.

 

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LUIS BUNUEL OU LE DETACHEMENT VOLONTAIRE        

 

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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


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