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8 juin 2009 1 08 /06 /juin /2009 09:23

Penélope Cruz. Future Films Ltd.    VIDEO

 

Penélope Cruz a déjà un joli palmarès à son actif : 4 films avec Almodovar, un avec Woody Allen, un Oscar du meilleur second rôle l'an dernier à Hollywood. Comment douter après cela  que sa carrière d'actrice ne s'affirme avec éclat et que la belle n'ait nullement l'intention d'en rester là ! A l'évidence, elle a du ressort et des atouts indiscutables, ne serait-ce qu'un tempérament de feu et un goût prononcé pour les rôles flamboyants. Si je la comparais à une actrice du passé, ce serait sans nul doute à Anna Magnani, dont elle a le charisme, la flamme, le panache, la ferveur latine. Elle doit ses rôles les plus étonnants à soeur Maria Rosa Sanz dans  Tout sur ma mère,  à Raimunda, la mère courage de Volver,  à Lena, la petite standardiste qui rêve d'un destin d'actrice dans  Etreintes brisées.  "Dans ce dernier film, il y a d'ailleurs trois personnages en cette Lena" - analyse-t-elle. "La vraie Lena, celle qui affronte la mort de son père et son amour pour le metteur en scène Mateo Blanco. La Lena comédienne de sa propre vie, capable de manipuler Ernesto Martel, son protecteur. Et Pina, le personnage qu'elle interprète dans Filles et valises, le film tourné par Mateo et produit par Martel. M'identifier à une héroïne ne m'intéresse pas. Il me suffit de comprendre son point de vue. La fatigue de Lena m'inspirait de la compassion. D'ailleurs, dès que nous avons commencé à répéter, une immense tristesse m'a envahie : la sienne. Elle m'a harcelée un bon bout de temps après que le film fut fini, et puis elle s'est évanouie".

 

Pour incarner la terrienne de Volver, Almodovar avait demandé à Penélope de déplacer le poids de son corps vers le bassin et de porter un faux-cul. Pour Etreintes brisées, il a contraint ses gestes. " Je suis très expressive, je parle avec les mains, je ne suis pas latine pour rien " - soupire Penélope. Pedro m'a donc poussée à un travail de contention : se tenir, se brider, ronger son frein. Je lui obéis. Il sait tout du jeu et de la vie. J'ai parfois pu faire valoir mon droit de voir les choses différemment sur d'autres plateaux. Pas avec lui. Entre nous, la confiance règne. L'Almodovar metteur en scène, qui me juge digne d'un quatrième rôle, ne me ment jamais. L'ami, auquel j'écris sans arrêt, encore moins. Pedro a donné de la voix dès les années movida. Il a contribué à changer la société espagnole. C'est un maître. Mon maître".

 


Penélope Cruz. Sony Pictures Classics


Penélope Cruz a fait ses classes sur le tas et appris les ficelles de la comédie en observant les clientes du salon de coiffure de sa maman Encarna : " J'y regardais les clientes défiler et conservais leur image dans un coin de ma tête. " Ensuite, elle étudia la danse, fut mannequin durant un temps et apparut dans un certain nombre de navets indigestes." J'apprenais " - dit-elle.  A 17 ans, en effet, Penélope, qui a assisté à la projection de   Attache-moi  dans une salle madrilène, décide de tenter sa chance au cinéma et postule pour un petit rôle auprès d'Alamodovar qui la trouve trop jeune mais lui promet de penser à elle. Et il tiendra promesse en lui offrant, en 1997, de tourner dans En chair et en os, une scène où elle accouche dans un autobus le jour où Franco déclare l'état d'exception. Ce rôle minuscule va lui ouvrir les portes du 7e Art et lui permettre d'enchaîner avec  Jambon Jambon, une farce de Bigas Luna. Sa carrière est lancée...

 
Le New York Times a clamé, non sans perfidie, qu'elle avait insufflé de la vitalité à Woody Allen en manque d'inspiration en jouant une artiste volcanique suicidaire dans Vicky Cristina Barcelona et en mettant le feu à la pellicule. Mais c'est ce qu'elle ne cesse jamais de faire, même si Almodovar lui propose des personnages plus nuancés, faisant appel à ses ressources de vraie comédienne. Ainsi dans Volver, en appelait-il à une Sophia Loren ou une Anna Magnani, dans Etreintes brisées à Catherine Deneuve et à la Séverine de Belle de jour. Et l'actrice se plie à ses exigences avec le désir, dit-elle, de s'améliorer. Il est vrai qu'elle est aujourd'hui une comédienne sur laquelle on peut compter, qui sait nous surprendre à chacune de ses prestations. Son prochain film sera un remake musical de Huit et demi signé Rob Marshall. Elle y jouera la maîtresse de Guido Contini ( Daniel Day-Lewis ), y chantera et y dansera, renouant avec ses premières amours. "Je me tiens constamment sur les montagnes russes qui sont miennes entre " peut mieux faire " et " tu vas y arriver "- confesse-t-elle. Cette quête de l'excellence l'honore et il semble qu'elle n'ait pas fini de nous étonner. Depuis la liste de ses films s'est encore allongée et Penélope peut s'honorer de faire une carrière internationale sans avoir rien perdu de son authenticité méditerranéenne.

 

Pour lire les critiques des films interprétés par Penélope Cruz, dont  VolverVicky, Cristina, Barcelona et  Etreintes brisées, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 

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Penélope Cruz. Lolafilms

   

Published by Armelle BARGUILLET - dans ACTEURS DU 7e ART
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5 juin 2009 5 05 /06 /juin /2009 11:47

Sony Pictures Classics    VIDEO   

 

Un homme écrit dans l'obscurité. Cet homme s'appelait Matéo Blanco et aujourd'hui a pris le pseudonyme de Harry Caine. Pourquoi ? Parce que sa vie quinze ans auparavant a été brisée par un accident de voiture qui l'a rendu veuf et aveugle. Après cette rupture tragique, l'homme ne pouvant plus exercer son métier de metteur en scène est devenu simple scénariste et, à travers les histoires qu'il propose, tente vainement de restituer sous forme d'un puzzle la sienne propre, présent déchiré par le passé, le secret et la mémoire tronquée. Comme l'évoque le titre, volontairement mis au pluriel, plusieurs histoires se mêlent et s'entremêlent avec fluidité et dans cet entrelacs  Pedro Almodovar se livre à une réflexion sur la création et la destruction, celle des oeuvres que l'on se doit d'achever, même la peur au ventre, même " à l'aveugle", comme le dit Matéo ( Lluis Homar ), le héros d'une passion interdite. N'est-ce pas le film qui commande ? La faute principale de Matéo n'est pas tant d'avoir séduit la femme d'un autre - celle d'un riche homme d'affaires qui avait accepté de financer son film à condition qu'il confie le rôle principal à sa maîtresse et dont il est devenu follement amoureux - que d'avoir préféré cette femme à son art ? Le destin l'a puni de façon exemplaire en le privant à la fois de la femme aimée, cette Léna somptueuse comme un crépuscule, morte dans l'accident de voiture, et de la possibilité de poursuivre son métier de metteur en scène.


Penélope Cruz. Sony Pictures Classics

 

 

Récit d'un amour dominé par la fatalité, le dernier opus d'Almodovar s'ancre en prenant pour métaphore le processus du montage d'un film comme symbole de la réalisation d'une vie. Riche en flash-back afin de nourrir le suspense autour du personnage central, Léna, campé par une  Penélope Cruz  plus glamour que jamais, actrice sensible, truculente, exaltée et exaltante, la caméra ne cesse de nous offrir des plans somptueux qui confirment la maîtrise et la virtuosité du cinéaste ibérique et nous ensorcelle une fois de plus par la beauté formelle de ses images
.
Certains ont reproché à Almodovar se s'être montré moins innovant que dans ses films précédents. Je ne suis pas d'accord.  Etreintes brisées  m'est apparu comme une oeuvre de plénitude, synthèse des acquis du passé, qui s'énonce de façon consensuelle en un abouti subtil et puissant, joue de la référence ainsi que du magnétisme bien connu de l'auteur, qui ne manque jamais de rendre hommage à ses maîtres, dont Rossellini auquel il adresse un clin d'oeil à travers l'évocation du  Voyage en Italie.

Malgré quelques imperfections et en partie grâce à elles, le film est parcouru par une émotion constante. Principalement par celle que provoque, même traitée au figuré, la conscience de l'artiste d'être un jour privé de la possibilité de poursuivre l'exercice de son métier. Almodovar l'a cristallisée dans la cécité de Matéo Blanco. Mais comme le dit l'un des héros, c'est le film qui reste au coeur du drame, drame personnel de l'amour fou qui, en fin de compte, ne parvient pas à se partager entre la femme adulée et l'art vénéré.
Lors d'une actualité cinématographique plutôt sinistre et décevante, Etreintes brisées sort du lot de manière éblouissante et signifie, si besoin est, que le talent reste une valeur sûre.


3-e-toiles

 

 Pour lire les articles consacrés à Pedro Almadovar et à Penélope Cruz, cliquer sur leurs titres :

 

PEDRO ALMODOVAR OU UN CINEMA ANTICONFORMISTE         PENELOPE CRUZ - PORTRAIT



Et pour prendre connaissance de la liste complète des articles de la rubrique CINEMA EUROPEEN & MEDITERRANEEN, cliquer sur le lien ci-dessous :



LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN  


Pedro Almodóvar et Penélope Cruz. Sony Pictures Classics 

Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA EUROPEEN & MEDITERRANEEN
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20 mai 2009 3 20 /05 /mai /2009 09:14

Metropolitan FilmExport       VIDEO

 

En 1958, l'île de Cuba est loin d'être un paradis. Le dictateur Batista oppresse le pays et asphyxie son peuple. Dans les champs de canne à sucre et les jungles perdues des montagnes de l'est du pays, les forces révolutionnaires M26 de Fidel Castro et d'Ernesto ''Che'' Guevara se préparent à marcher sur La Havane. Alors que les troubles agitent l'île, Fico Fellove dirige son club, El Tropico. Dans la tourmente, il se bat pour garder l'unité de son clan, et pour l'amour d'une femme interprétée par Inés Sastre. Fico ne voulait pas s'impliquer dans la lutte politique et idéologique, mais le destin ne va pas lui laisser le choix. Cuba est devenu un monde déchiré par les passions les plus contradictoires, les luttes intestines, les règlements de compte et les rêves brisés.

Un film qui a frisé le chef d'oeuvre à quelques erreurs près. Oui,  Adieu Cuba  ( Lost City ) aurait pu être pour l'île Caraïbe ce que  Docteur Jivago  a été pour la Russie. Mais voilà, il a manqué à l'oeuvre, infiniment respectable d'Andy Garcia - cubain d'origine et qui a quitté l'île à l'âge de cinq ans -  davantage de rigueur dans le narratif, de profondeur et d'inspiration dans le scénario. Ne lui faisons pas pour autant un mauvais procès, car ce dernier vibre, tout au long de sa pellicule, d'un lyrisme sincère, d'un vrai amour pour une île qui semblait avoir été désignée pour être le havre de la beauté et de la douceur de vivre. Cuba doit posséder un charme irrésistible pour que ses paysages, ses musiques, ses lumières, ses parfums restent à jamais gravés au plus vif de ceux qui l'ont connue. Je ne le sais que trop, ayant dans mon entourage des Cubains dont l'exil est une peine inguérissable. Alors, oui, ce film ne peut manquer d'émouvoir, en faisant défiler devant nos yeux la malchance et le malheur que furent pour ce pays, d'avoir eu, à la suite l'un de l'autre, deux dictateurs qui se sont chargés de le ruiner : Batista le mafieux et Castro le marxiste. Il est vrai aussi qu'il n'est pas simple de naviguer dans la complexité d'une époque qui a vu s'affronter les courants les plus contradictoires. D'autant que le budget de 20 millions de dollars nécessaire pour le tournage n'a pas été facile à trouver. Dès le début de son projet, Andy Garcia a dû se confronter à d'innombrables problèmes engendrés en partie par le fait que l'un des protagoniste - en l'occurrence Fidel Castro - était encore au pouvoir. Il fallut donc planter le décor ailleurs qu'à Cuba, et les paysages choisis, pour leur ressemblance, furent ceux de la République Dominicaine au moment de la récolte du tabac, une activité dominante dans la plantation de la famille Fellove. C'est donc dans la très fameuse plantation de Carlos Fuente qu'ont été tournées les scènes principales, où l'on voit soudain une famille composée des parents, de leurs trois fils et de leurs brus, traverser dans la douleur et la dignité les terribles convulsions de la révolution cubaine. Le seul souci du père ( remarquablement interprété par  Tomas Milian  ) sera de maintenir l'unité des siens, de sauver sa famille. Hélas, on verra peu à peu la table familiale se réduire, si bien que Fico, l'aîné, sera le seul, peu avant de quitter l'île, à recueillir les ultimes recommandations de ses parents et la bénédiction de son père.


Metropolitan FilmExport


Le film est tiré d'un roman de l'écrivain cubain Guillermo Cabrera Infante et retrace l'existence de cette saga qui se partage entre plantation de tabac ( l'oncle ) et l'université ( le père des trois fils Fellove étant professeur de droit constitutionnel à la Faculté de La Havane ). Entre ces deux formes de culture, le clan s'est épanoui, la maison et les terres agrandies et développées. Mais voilà que les rumeurs d'un coup d'état fomenté par le Che et Castro vont susciter passion et division. Alors que le fils aîné préfère se tenir à l'écart de la vie politique et poursuivre ses activités dans le club de musique et de danse qu'il anime, Luis mourra pour avoir participé au complot qui devait attenter à la vie de Batista ( qui finira par s'enfuir en emportant des sommes considérables d'argent volées au peuple cubain ) et le plus jeune Ricardo rejoindra les troupes castristes. Lorsqu'il comprendra trop tard les tenants et les aboutissants d'un régime qu'il a soutenu et qui commence son règne par une terrible épuration, il se suicidera. Ainsi les personnages vont-ils tour à tour ployer sous l'ouragan de l'Histoire et connaître les affres d'une tragédie contemporaine que trop de clichés décoratifs réduisent malheureusement à l'état de récit anecdotique, les scènes n'étant pas suffisamment reliées les unes aux autres.


Metropolitan FilmExport

Deux erreurs sont surtout à déplorer dans ce long métrage de près de 2h 30, tourné avec une incontestable passion et un accompagnement d'images et de musiques splendide : la présence peu convaincante de l'écrivain campé par  Bill Murray,  sorte de clown triste, d'artiste raté et désabusé qui est sensé représenter le désenchantement d'un monde en train de sombrer dans l'anarchie et n'apporte rien au film, et celle d'Aurora, la veuve de Luis, dont Fico est tombé follement amoureux, et à laquelle la belle  Inés Sastre  ne prête que sa plastique de mannequin sans parvenir à lui inculquer un semblant d'authenticité et d'émotion. C'est d'autant plus regrettable qu'elle occupe dans le film une place importante, détermine le présent et l'avenir de Fico, autour duquel le scénario se resserre et que, face à lui, c'est-à-dire face à  Andy Garcia  en personne, qui a tenu à être tout ensemble derrière et devant la caméra, elle ne parvient pas à situer sa partition féminine à la même hauteur que la sienne, comme c'était le cas dans Docteur Jivago avec le couple formé par Omar Sharif et Julie Christie.


La fin de film est néanmoins très belle et nous laisse sur une impression mitigée où alternent emballement et déception. Nous assistons au départ émouvant de Fico, s'arrachant à son île en même temps qu'à son amour et obligé d'accepter ( comme la plupart des Cubains de la diaspora )  un emploi de plongeur dans une boîte de nuit américaine, cela avec une fierté et une dignité admirable, tandis que la musique poursuit sa mélopée lancinante et nostalgique et que le film se clôt sur ces passions défuntes.

Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN & CANADIEN, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN


Andy Garcia et Inès Sastre. Metropolitan FilmExport

 

Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA AMERICAIN & CANADIEN
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16 mai 2009 6 16 /05 /mai /2009 11:26

Pyramide Distribution       


Stephan Elliot, après être resté longtemps éloigné des studios, nous revient avec une comédie savoureuse et acide à souhait  Un mariage de rêve , dans laquelle on retrouve le même humour décalé que dans un précédent opus  Priscilla, folle du désert  ( 1994 ), qui, lui aussi, pointait du doigt une petite société restée à l'écart des réalités contemporaines. Ce film respire par tous ses pores l'ironie et le piquant du cinéma britannique.
Dans les années 1930, Larita  ( Jessica Biel ), une aventurière américaine, est la première femme à remporter le Grand prix automobile de Monaco. Subjugué par son courage et son charme, John Whitaker, un jeune aristocrate anglais, lui avoue sa flamme et l'épouse. Mais lorsqu'il la présente à ses parents et à ses soeurs, l'accueil va être glacial et le jeune couple subir les aléas d'un climat des plus perturbé. La jeune mariée, habituée au rythme trépidant de Seattle, ne va pas parvenir à se faire à celui ralenti d'une vie seigneuriale figée dans son quant à soi et encombrée de rites ancestraux.


Colin Firth et Jessica Biel. Pyramide Distribution


En effet, si Mr Whitaker père semble apprécier la compagnie de l'étrangère qui rattrape sa petite naissance par sa jeunesse et sa beauté, il n'en est pas de même de sa femme, très attachée aux usages de la haute société britannique et qui va manifester, dès les présentations faites, une véritable aversion à l'égard de cette bru que son rejeton a eu la malencontreuse idée d'épouser et dont les manières sont si peu conventionnelles. Agrippée à ses moeurs victoriennes, Kristin Scott Thomas  - qui est une habituée de ce genre de rôle - nous campe avec talent et une austérité grandiloquente une belle-mère aux convictions d'un autre âge et se livre à un festival cynique de répliques cinglantes et de sarcasmes à l'intention de sa belle-fille qui ne reste pas coite évidemment. Si bien que s'instaure un jeu de massacre sans victimes à proprement parler, mais qui n'en est pas moins haut en couleur et corrosif en diable.

 


Kristin Scott Thomas. Pyramide Distribution


Le metteur en scène australien, que l'hypocrisie de la haute société britannique semble inspirer, réalise là un petit chef-d'oeuvre d'humour jubilatoire, servi par des dialogues brillants et des acteurs en parfaite adéquation avec leurs personnages, nous assurant un divertissement de qualité et une heure trente de réel plaisir. Ce qui ne se refuse pas...


3-e-toiles 

 

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LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

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9 mai 2009 6 09 /05 /mai /2009 10:07

 

      VIDEO


Michel Bouquet et Charles Berling.  
   

Avec Comment j'ai tué mon père , Anne Fontaine, la réalisatrice de Nettoyage à sec, nous plonge dans l'histoire douloureuse de trois hommes (un père et deux frères) que la vie a séparés et qui vont être soudain confrontés, lors de retrouvailles inattendues, non seulement avec l'autre mais avec soi..

Maurice ( Michel Bouquet ), médecin généraliste, qui a disparu depuis de longues années pour avoir choisi d'aller exercer son art en Afrique, abandonnant femme et enfants, débarque sans avoir prévenu personne au cours d'une soirée d'anniversaire, chez son fils aîné, un brillant médecin qui dirige une clinique de gérontologie. Jean-Luc ( Charles Berling ) s'est installé dans une vie bourgeoise à Versailles. Entre sa clinique privée, sa femme, sa maîtresse et son frère cadet, qui lui sert de chauffeur, il a organisé, en apparence, son emploi du temps de façon à jouir au maximum des agréments de la vie. Quand son père ré-apparaît, c'est alors que la belle façade se fissure. Patrick, le frère, comédien raté, interprété par  Stéphane Guillon , est bouleversant dans un rôle de clown triste, adolescent prolongé que l'absence du père a contribué à déstructurer. L'un des meilleurs moments du film est sans conteste son monologue théâtral sur  les deux heures de sa vie passées avec son père. Notons que ce texte fut rédigé par Stéphane Guillon lui-même.

Après un début un peu lent, on se laisse gagner par cette histoire qui aborde avec intelligence et sensibilité les questions fondamentales de l'amour filial, de l'amour tout court et des valeurs de l'existence. Michel Bouquet est impressionnant de justesse dans le rôle du père démissionnaire, tandis que Charles Berling campe avec talent, sur une gamme d'émotions qu'il tente de maîtriser avec plus ou moins de succès, un adulte qui n'est pas parvenu à pallier à son propre vide existentiel.

 

C'est, en effet, de façon feutrée qu' Anne Fontaine  traite les rapports difficiles d'un père et de ses fils, ce père ayant abandonné son foyer sans donner d'explication, il y a de cela trente ans, pour gagner l'Afrique et y exercer sa profession de médecin...dans la brousse. Depuis lors Jean-Luc et son frère n'ont reçu que quelques cartes postales. Or voilà qu'il sort subitement de l'anonymat où il s'est complu,  sans que l'on sache pour quelles raisons et dans quel but. Est-ce pour empoisonner leurs vies, est-ce pour leur donner, sur le tard, un signe d'affection ? Toujours est-il qu'il va tisser avec la femme de Jean-Luc, la jolie Isa (  Natacha Régnier  ), une relation privilégiée et contribuer à résoudre un drame. La jeune femme souffre de ne pas avoir d'enfant, sans supposer un instant qui en est la cause. En effet, son médecin de mari lui a prescrit un traitement qui n'a d'autre fin que de la rendre stérile. Pourquoi ? Simplement parce qu'il redoute d'être père. Le film s'articule autour de cette interrogation : Peut-on être père si on n'a pas été fils ?  - et a le mérite de la poser avec justesse et pudeur, par touches successives. En encourageant sa bru à prendre un autre avis médical, le beau-père permet à la vérité de se révéler et à la relation du couple de s'orienter différemment.  

Michel Bouquet et Natacha Régnier.      

Car si Jean-Luc a réussi sa vie professionnelle, il n'est pas parvenu à prendre en charge son existence d'homme et d'époux, repoussant sans cesse l'échéance de donner la vie, autrement qu'en cachette et sans en assumer les pleines responsabilités. La fin du film laisse peser l'énigme de la mort du père, d'un père qui s'est contenté d'être un géniteur, oubliant d'y adjoindre la mission d'initiateur et de passeur de témoin. Est-il trop tard ? Non, un geste sera ébauché, capable de faire refleurir l'espérance dans ces vies somnambuliques, le père retournant dans la brousse sauver des vies, Jean-Luc, sur la voie de son  salut personnel, ouvrant la sienne au projet de devenir enfin père.

Dans le rôle de Maurice, Michel Bouquet est prodigieux. Sa présence donne au film sa densité, sa cohésion, son mystère. Ses silences - et c'est à cela que l'on reconnaît un acteur d'exception - sont plus explicites que les quelques paroles qu'il prononce ; ses regards glacent ou émeuvent et nous dévoilent les failles d'une douleur muette, peut-être d'un remords. Pour lui faire face, il fallait un acteur chevronné et d'une carrure indiscutable: c'est le cas de Charles Berling,  parfait dans le rôle de Jean-Luc, homme figé en lui-même, clos sur ses souffrances et ses révoltes, dévitalisé par l'absence d'amour.
Un beau moment de cinéma à voir ou revoir qui nous donne l'occasion de nous interroger sur nous-même et notre propre filiation. Peut-être le plus beau film d'Anne Fontaine. Très supérieur à Coco avant Chanel.

 

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7 mai 2009 4 07 /05 /mai /2009 10:50

SND           

 

Pourquoi ne pas le dire tout de go que ce film est un coup de coeur, parce qu'il est bien amené, pudique, délicat, charmant, sensible, qu'il fait honneur à la production française et se laisse regarder avec un vrai bonheur.
Il s'ouvre sur le désespoir d'une jeune femme Chloé ( Florence Loiret-Caille ), que son mari vient de plaquer pour une autre, sans qu'elle n'ait rien vu venir, et la laisse seule avec deux enfants. Son beau-père - qui ne prend nullement fait et cause pour son fils - va l'emmener passer le week-end à la campagne pour tenter de prendre la mesure des choses et, autour d'un bon feu de cheminée, se laisser aller à des confidences, espérant peut-être qu'en s'ouvrant à elle de ses propres souffrances, il atténuera les siennes. Ainsi lui raconte-t-il ce que fut pour lui la passion qui le consuma jadis pour une femme qui n'était pas la sienne et qu'il n'a pas osé vivre jusqu'au bout par souci du devoir ou, plus encore, par lâcheté, faisant deux victimes : Mathilde, cette jeune femme qu'il aimait et qu'il quitte, et sa propre épouse dont il a empoisonné la vie. 


Marie-Josée Croze et Daniel Auteuil. SND


Les regrets, la nostalgie pour ce qui aurait pu être et ne fut pas sont le ressort de ce joli film  Je l'aimais de  Zabou Breitman , tiré d'un roman d'Anna Gavalda, adaptation fine et fidèle des propos de l'écrivain, que l'on doit également à la scénariste Agnès de Sacy, sans oublier, au passage, un clin d'oeil au magnifique  In the mood for love  de Wong Kar-wai. Avec ce dernier opus, qui fait suite à  Se souvenir des belles choses  et  L'homme de sa vie, la cinéaste revisite son sujet de prédilection la mémoire et élargit l'horizon d'Anna Gavalda, en y ajoutant sa rhétorique toute personnelle de la mise en scène. Grâce à un montage, qui sait user du flash-back sans jamais égarer le spectateur, la réalisatrice surfe avec intelligence sur passé et présent et nous livre l'autopsie d'un renoncement sans pour autant tomber dans le pathos et en évitant les écueils d'un maniérisme qui semblait la guetter dans son précédent ouvrage.

 


Marie-Josée Croze et Daniel Auteuil. SND

 

Ainsi signe-t-elle avec élégance un requiem délicat sur les sentiments perdus, les amours renoncés, les passions mal éteintes. Dans le rôle de Mathilde, cette jeune femme rencontrée à Hong-Kong et pour laquelle Pierre éprouvera une passion immédiate,  Marie-Josée Croze  est pleine de charme et de spontanéité face à un Daniel Auteuil,  qui me paraît être le maillon faible du film. Il ne suffit pas d'écarquiller les yeux et de parler d'une voix sourde pour signifier l'émotion et susciter celle du spectateur. Face aux 3 actrices qui l'accompagnent et sont toutes trois excellentes, il m'a semblé bien pâle.

 

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Daniel Auteuil et Florence Loiret. SND

 

JE L'AIMAIS de ZABOU BREITMAN
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6 mai 2009 3 06 /05 /mai /2009 08:35
1912 - 2007

1912 - 2007

Cino del DucaAffiche française. Rezo Films Les Grands Films Classiques 


Né à Ferrare, dans le nord de l'Italie, le 29 septembre 1912,  Michelangelo Antonioni, après une licence à l'Université de Bologne, rédige des critiques de films et de pièces de théâtre pour un journal, avant de s'inscrire à une école de cinéma " Centro Sperimentale". Peu après, il commence à rédiger des scénarii pour Rossellini et Fellini avant d'être l'assistant de Marcel Carné dans Les visiteurs du soir. Ces expériences successives l'incitent bientôt à réaliser, pour son propre compte, des documentaires et des courts métrages comme  Les gens du Po  ( 1943 ) ou  Nettoyage urbain  ( 1948 ) avec quelques points communs inévitables avec le mouvement néo-réaliste mené par Rossellini, dont il s'éloignera très vite pour imposer sa propre vision des choses et son style particulier.


C'est en 1950 que le cinéaste signe son premier long métrage  Chronique d'un amour et dévoile son goût pour la psychologie des personnages. Suivront  Les vaincus  ( 1952 ),  La dame sans camélias  ( 1953 ),  Femmes entre elles ( 1955 )  et  Le cri  ( 1957 ), qu'il construit tous sur le même modèle, celui d'une narration presque exclusivement introspective qui lui permet d'évoquer la solitude des êtres, une récurrente angoisse et la dissection du malaise contemporain.

 

 Tamasa Distribution   

 

 

Mais Antonioni est avant tout l'homme d'une trilogie étonnante avec L'avventura (1960 ),  La Notte  ( 1961 )  et  L'éclipse  ( 1962 ), réflexions particulièrement fines et intelligentes sur la difficulté des rapports humains et la fragilité des sentiments. Avec sa muse et compagne Monica Vitti, il s'affirme dans un style psychanalitique qui démontre que l'être n'agit que pour se voir agir, afin de devenir le spectateur privilégié de lui-même. Si bien que pour traduire sa pensée, il a recours à des images volontairement objectives à la façon d'un constat et, ce, très différemment d'un Fellini qui privilégie le rêve et le fantasme. Mais la sobriété de sa mise en scène, le poids de ses images qui s'éternisent sur les visages comme sur des icônes ne cesseront jamais de m'émerveiller.

 


Monica Vitti et Gabriele Ferzetti. Collection Christophe L.


Par ailleurs, Antonioni ne va pas se contenter de tirer les conséquences d'une expérience qui pouvait être capitale pour ses personnages, il cherche à signifier de quelle manière elle l'a été et s'intéresse surtout à ce qui va se produire ensuite et si cette absence est l'absence de l'autre ou,  plus généralement, l'absence de soi. Ainsi se focalise, à travers des films comme Blow up  ( 1966 )  Le désert rouge  ( 1964 ), Zabriskie Point  ( 1970 ), une oeuvre singulière qui traite de notre inadaptation au monde, de notre séparation d'avec lui et de sa reconquête possible à travers une re-coloration créative de l'univers. Est-ce la raison pour laquelle, il se réfugiait volontiers, depuis son accident cérébral survenu en 1985, dans le monde coloré des collages et mobiles ? Aussi laisse-t-il une trace profonde par son approche biaisée de la réalité, sa façon allusive de ne montrer que des bribes de récits et d'accorder aux temps morts la priorité sur la dynamique narrative.

 

Cinéaste cérébral, sans aucun doute, ce qui faisait de lui un réalisateur assez marginal - il avait néanmoins accédé, grâce à son talent et à son originalité et malgré ce qu'il pouvait y avoir d'hermétique dans son oeuvre, à la consécration internationale : Lion d'or à Venise, Palme d'or à Cannes ; de même qu'il exercera et exerce toujours une influence indiscutable sur les jeunes générations.  Car, ce que ce cinéaste critiquait amèrement, ce n'était pas le monde en lui-même, mais nos incohérences, notre permanent mal-être, comme s'il y avait de notre part, pauvres humains, une inadéquation entre nos aspirations modernes et nos névroses chroniques qui nous rendent inaptes à réaliser les mutations nécessaires. Cette oeuvre se singularise aussi par son dualisme avec, d'une part, le poids incessant du passé, les fatigues du monde et la psychose moderne et, d'autre part, notre cerveau capable de créativité et le nouvel espace-temps dont les puissances sont multipliées par les cerveaux artificiels. Quoi qu'il en soit, grâce à lui, nous conserverons en mémoire quelques-unes des plus belles pages du 7e Art.



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JEANNE MOREAU       LES ACTRICES DU CINEMA ITALIEN  

      

LES ACTEURS DU CINEMA ITALIEN

 


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2 mai 2009 6 02 /05 /mai /2009 09:12



 

Susan Vance, jeune femme riche et frivole fait la connaissance fortuite de David Huxley, un paléontologue qui courtise le millionnaire qui l'aidera peut-être à reconstituer le squelette d'un brontosaure. Elle tombe sous le charme de David et lui fait croire qu'elle court un danger ; elle doit en effet ramener à sa tante un « adorable » léopard du doux nom de Baby. Lorsque David s'aperçoit que la tante n'est autre que le mécène convoité, le film se transforme en une folle course-poursuite.

 

L'impossible Monsieur Bébé ( 1938 ) est probablement l'une des comédies les plus loufoques de l'époque, une « screwball comedy », littéralement « comédie de cinglés ». En effet, si le ressort comique du film repose d'abord sur l'opposition entre deux univers,celui de la recherche pour David et celui du luxe pour Susan, il n'en reste pas moins que tous les personnages sont hors-norme, y compris les animaux ! Susan court après un léopard, David après la clavicule d'un brontosaure et tous deux après le chien de la tante qui a enterré l'os tant attendu ! Hawks n'est pas juge de ses personnages, il n'impose pas de morale sociale, chacun amène à l'autre la douce folie qu'il espérait sans se l'avouer. David était sur le point de se marier avec sa secrétaire qui n'y voit qu'une « union professionnelle » (Le devenir des dinosaures !) et Susan était enfermée dans sa prison dorée.

 

Une fois arrivés dans la maison de la tante, les quiproquos s'enchaînent à vive allure. Howard Hawks n'hésitait d'ailleurs pas à réécrire certaines scènes au cours d'un tournage. David est devenu M. Bonos (forcément !), afin de ne pas éveiller les soupçons et se présente comme un chasseur de fauves. Comment alors oublier la scène où, intimidé par le léopard, il ressort de la salle de bains en déshabillé féminin ? Et celle où le major de la maison, véritable chasseur, s'étonne, quant à lui, d'entendre les rugissements d'un léopard en plein Connecticut, le pauvre Baby s'étant volatilisé... A ce propos, on se demande comment l'équipe de tournage est parvenue à faire de ce fauve un adorable animal de compagnie ?

 

Outre son rythme infernal et ses dialogues savoureux, L'mpossible Monsieur Bébé impose également le personnage féminin comme le meneur de l'intrigue. Si Susan demeure maladroite, elle est avant tout intelligente et volontaire, elle parvient à embarquer David dans son périple et le séduit. Katharine Hepburn est alors l'incarnation de la femme émancipée, élégante et drôle. Elle montre toute la richesse de son jeu, elle qui deux ans auparavant jouait déjà avec Cary Grant, le rôle d'une femme se faisant passer pour un homme dans Sylvia Scarlett de Georges Cukor. Un parallèle qui permet d'apprécier autrement la prouesse du duo de Hawks. Dans L'impossible Monsieur Bébé, Hepburn domine un Cary Grant dépassé par les événements ; dans Sylvia Scarlett, Hepburn se fait lâchement manipuler par un Cary Grant, escroc à la petite semaine. Tous deux se révèlent des acteurs très complets, pouvant tout aussi bien susciter le rire que l'émotion et à l'aise dans les personnages les plus contrastés. La scène où Katharine Hepburn se fait passer pour une gourgandine pour tromper le shérif, qui l'a coffrée ainsi que son cher David, démontre son don d'ubiquité et son grand talent d'actrice. Elle est inénarrable.

 


Enfin, L'impossible Monsieur Bébé doit sa magie à un cinéaste unique, Howard Hawks. Celui-ci a réalisé au moins un chef-d'oeuvre dans chaque genre : la comédie (Chérie, je me sens rajeunir, Les hommes préfèrent les blondes), le film noir (Le grand sommeil, Le port de l'angoisse), et le western (Rio Bravo). Qui dit mieux ?



Son oeuvre a été saluée comme celle d'un précurseur qui sut devancer son temps et s'identifier pleinement à l'Amérique contemporaine qu'il peindra d'un trait ferme et sans complaisance. Dès 1932, son cinéma s'inspire des crimes d'Al Capone et surprend par la nervosité de sa mise en scène. Les films suivants enchaînent des sujets divers et des scénarii inventifs qui frappent par leur rythme et la vivacité des dialogues. En même temps, Hawks s'impose comme un remarquable directeur d'acteurs, révélant la jeune Carole Lombard et dirigeant nombre de vedettes de l'époque comme Gary Cooper, Joan Crawford, Edward G. Robinson et, dans L'impossible monsieur bébé, le couple Katharine Hepburn/ Cary Crant. Sobre, usant du moins de plans possibles et de peu d'effets de montage, ce cinéaste brillant placera toujours sa caméra à hauteur d'homme. Mais il saura contrecarrer sa sobriété par les plans majestueux d'une nature sauvage et la force intérieure de ses personnages peu enclins aux compromis, axant son objectif sur l'importance des conflits intérieurs. Avec cette comédie, il nous montre également que l'humour ne lui était pas étranger, bien au contraire, et combien étincelante est sa virtuosité à enchaîner des scènes rocambolesques sans jamais sombrer ni dans le ridicule, ni dans le vulgaire.

 

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29 avril 2009 3 29 /04 /avril /2009 08:42

 

Equation

 

                                                     VIDEO


Dans l'agitation de Kaboul, ville tout ensemble remuante et fantomatique, Khaled, chauffeur de taxi, prend en charge une femme vêtue de sa burka. D'elle, il ne remarque que deux choses : elle est grande et elle a un grain de beauté sur la cheville gauche. Lorsqu'elle descend de sa voiture et se perd dans la foule, elle laisse sur le siège arrière son bébé de quelques mois, enveloppé dans ses langes. Le film va nous conter alors les trois jours que Khaled va vivre pour tenter de retrouver la mère et l'évolution de ses sentiments qui vont, au fil des heures, osciller entre abandon et adoption. En effet, Khaled a cinq filles et pas de fils et comme le lui font remarquer ses amis : Khaled, dans quelques années, cet enfant sera une aide pour toi.

Le scénario, auquel a participé Jean-Claude Carrière, est mince et le film pourrait très vite tourner en rond, mais  Barmak Akram,  avec ce premier long métrage  L'enfant de Kaboul ( Kabuli Kid ), nous offre son oeil de cinéaste pour nous faire visiter sa ville natale et nous permettre de  la découvrir autrement qu'au journal télévisé de 20 heures. Après vingt-cinq années de guerre, le décor est brut de brut, tout en plaies et bosses, noyé en permanence dans un nuage de poussière blanche... ou grise, tandis que le fond sonore est assuré par les bruits de rues, les klaxons, les appels des passants, les invites des commerçants ambulants et la musique contemporaine qui a enfin, après les années de silence imposées par les talibans, droit de cité en Afghanistan.


Equation

Les spectateurs que nous sommes deviennent ainsi les témoins de ces existences rudes, de ces vies saisies sur le vif où règnent la débrouille mais également la misère quotidienne : ici des enfants orphelins, là des amputés et partout des femmes bleues, longues silhouettes qui avancent d'un pas rapide comme si elles avaient autant peur d'elles-mêmes que des autres. Grâce à Khaled nous entrons au sein d'une famille : dans une modeste cambuse vivent le vieux père, l'épouse et les cinq filles. Femme et filles soumises qui savent néanmoins jouer, rire, solliciter un petit présent, et servir les hommes avec grâce et discrétion. Incursion dans le quotidien de ces gens ruinés, en état de survie, dans un pays totalement désorganisé, un chaos indescriptible, l'amoncellement des ruines et où le statut de la femme est le pire qui soit. On se rend compte, à contempler cette immense misère, combien il est préférable d'avoir un fils en Afghanistan. Aussi l'arrivée incongrue de cet enfant mâle dans la famille de Khaled pourrait-elle changer la donne. Tous en sont conscients.


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Le film permet également de côtoyer différentes institutions avec un regard amusé : l'orphelinat où le manque de moyens invite aux compromis, Radio-Kaboul et ses misérables locaux, enfin les ONG qui tentent, autant que faire se peut, d'apporter une aide aux familles et, principalement, aux enfants. Si bien que ce long métrage est peut-être davantage un documentaire qu'un film. Pas d'histoire émouvante mais un constat, une réalité qui est l'Histoire en elle-même, un voyage, un récit, un témoignage, rythmé par l'ordinaire des jours, une fatalité qui semble parfois esquisser un sourire.

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24 avril 2009 5 24 /04 /avril /2009 10:25

Warner Bros. France   Warner Bros. France    

 

 

Une petite fille du centre de la France, placée dans un orphelinat avec sa soeur, et qui attend en vain tous les dimanches que son père vienne les chercher. Une petite couturière destinée à refaire des ourlets dans l'arrière-boutique d'un tailleur de province. Une amoureuse qui sait qu'elle ne sera "la femme de personne", pas même celle de Boy Capel, l'homme qui pourtant l'aimait aussi. Une rebelle que les conventions de l'époque empêchent de respirer, et qui s'habille avec les chemises de ses amants. C'est l'histoire de Coco Chanel, qui incarna la femme moderne avant de l'inventer...

Voici ce qu' Anne Fontaine  a choisi de nous raconter dans son dernier opus, le plus classique, le plus amidonné de sa production, alors que le pari aurait exigé de l'audace et de l'impertinence. Si le film déçoit à maints égards, il n'en est pas moins agréable à regarder, élégant et raffiné, et nous révèle un  Benoît Poelvoorde  enfin  débarrassé de sa panoplie d'amuseur et de son goût prononcé pour le canular. Rendu à sa vraie nature d'acteur, le comédien belge campe un noceur désabusé, éleveur de chevaux et amateur de cocottes, faisant de Gabrielle sa petite geisha avant de se rendre compte que la diablesse l'a envoûté. Dans ce rôle d'Etienne Balsan, châtelain décadent, il est la vraie bonne surprise du film, et trouve là un rôle émouvant, plein d'une tendresse douce-amère, auprès d'une Audrey Tautou au charmant minois, certes, mais qui n'est pas aussi convaincante que lui dans son personnage de Coco avant Chanel. Si elle n'est pas Chanel, hormis l'habillement et la coupe de cheveux, elle n'est pas non plus Coco, pour la bonne raison qu'elle a trop de fossettes et pas assez d'angles pour représenter cette femme trempée, à la fois, dans l'acier et le vitriol, et qui ne fit jamais de concessions à qui que ce soit, dans le seul souci de son irrésistible ascension.


Audrey Tautou. Warner Bros. France

 


En définitive, ce biopic inspiré du livre d'Edmonde Charles-Roux n'est jamais qu'une version édulcorée de ce qui fit le sel, le poivre et le piment de cette existence de gagneuse et n'évoque que superficiellement le tempérament inflexible et la personnalité intraitable de la demoiselle de la rue Cambon. Si bien que l'on reste sur sa faim et que l'on se contente de voir défiler passivement des images léchées et habilement mises en scène ( Anne Fontaine a du métier ) sans être ému, sans vraiment entrer dans un sujet qui méritait mieux. Car, en y réfléchissant, ce destin est d'autant plus exceptionnel si l'on considère la condition de la femme à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, et lorsque l'on sait que cette petite jeune fille, sans un sou, de condition plus que modeste et simple couseuse, est parvenue, malgré tout, à force de courage, de volonté et de talent, à créer l'empire Chanel. Oui, le défi fut considérable et la réussite exemplaire. Et notre déception d'autant plus grande que le long métrage gentillet, que lui a consacré la cinéaste, n'exhale rien de la senteur enivrante du N° 5 et si peu de la trajectoire passionnée de cette héroïne hors-norme. Le film reste un plaisant album de belles images précieuses et convenues, où l'on voit une femme tenter de se construire, mais où rien d'important ne nous est livré de ses combats intérieurs, de son évolution personnelle, de son époque même ; nous restons à la surface des choses, à leur apparence, à l'éphémère. Certes Audrey Tautou a une jolie frimousse ( qui fit merveille dans Amélie Poulain ), mais Mademoiselle Chanel, ce n'était pas une frimousse, plutôt un port altier,  un masque de souveraine. Et cela, Anne Fontaine l'a passablement oublié.


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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

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