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1 novembre 2008 6 01 /11 /novembre /2008 11:59

Sony Pictures Releasing France     VIDEO


La salle était pleine hier soir pour assister à la sortie très attendue du 22ème épisode de la série fameuse des James Bond, film haletant et spectaculaire d'un style un peu différent des précédents ( mais je ne les ai pas tous vus ), et qui fait suite à Casino Royale où l'on voyait mourir Vesper ( Eva Green ) la compagne de Daniel Craig, dont la motivation principale va être désormais de rechercher les vrais coupables. Cet opus nous présente donc un héros en proie, pour la première fois, à des sentiments personnels qui vont le mettre en porte à faux avec sa haute direction et faire de lui un fauve solitaire froidement déterminé à satisfaire sa vengeance. Faisant fi des aventures amoureuses, le James Bond d'aujourd'hui travaille pour lui et voit les dangers se multiplier et le cerner de toutes parts : de la CIA comme du M 16 Britannique, son propre service qui lui reproche avec véhémence de se laisser aveugler par ses ressentiments. Ce thème donne lieu à des séries de poursuites plus spectaculaires les unes que les autres avec des effets spéciaux époustouflants, que ce soit en bateau, en avion ou en voiture, elles sont la grande réussite de ce film.


Daniel Craig. Sony Pictures Releasing France


Le principal ennemi de Bond va être un méchant à l'apparence ordinaire, psychopathe de surcroît, homme d'affaires impitoyable et puissamment riche, admirablement campé par Mathieu Amalric, qui tente de mettre la main sur les ressources quasi inépuisables de la matière première qui, bientôt, sera plus précieuse que l'or : l'eau. S'en suivent des actions qui vont les opposer et nous balader à une vitesse hallucinante aux quatre coins de la planète pour finir, après de multiples rebondissements, dans un désert où l'homme riche nous apparaîtra soudain plus vulnérable que son justicier, l'un ayant peut-être son compte en banque mais l'autre son incorruptible force de caractère.


                 Daniel Craig. Sony Pictures Releasing France Anatole Taubman et Mathieu Amalric. Sony Pictures Releasing France


Daniel Craig se révèle une fois encore très convaincant, froid, robuste, violent, dont le regard d'un bleu d'acier n'est pas sans rappeler celui de Poutine. Mais oui ! et je ne crois pas être la seule de cet avis...
Dire que ce film ne m'a pas déçue serait faux. Car le scénario m'a semblé assez plat, alignant les unes à la suite des autres des séquences d'action, des slaloms en hors-bord, voire des explosions pyrotechniques impressionnantes, mais sans causes apparentes, tant la psychologie des personnages est reléguée au second plan. Nous sommes totalement immergés dans un monde de brutes et cernés par des comploteurs machiavéliques proches de la trilogie vengeresses de Jason Bourne que, personnellement,  je préfère.

 
Alors James Bond dans tout cela ? Il est bien là mais changé et assez différent du héros incarné autrefois avec panache par Sean Connery, l'invulnérable. Le héros de ce dernier opus ne l'ait plus ; il semble avoir pris du plomb dans l'aile et, malgré sa forme physique impressionnante, être en proie à des sentiments confus et victime d'une blessure intérieure secrète qui, certes, l'humanise. A ses côtés, une femme ravissante, Camille (Olga Kurylenko ), son double féminin, elle aussi assoiffée de vengeance et chaste amie d'une réalité passagèrement partagée. Tous deux sont aux prises avec des personnages inquiétants qui cherchent à asservir les nations sous le faux prétexte de préserver l'environnement, au point de préparer des coups d'Etat ( ici en Bolivie ) pour parvenir à leurs fins et satisfaire leurs appétits mercantiles. Cependant, malgré ses qualités indéniables, ce long métrage n'est pas parvenu à me séduire autant que Casino Royale. Une bande sonore trop agressive, une accélération de l'action trop hachée et brouillonne finissent par dissoudre toute annexe psychologique, faisant de ce film un spectacle purement visuel, qui m'est resté extérieur.

 

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Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN & CANADIEN, cliquer sur le lien ci-dessous :



LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN


 Olga Kurylenko. Sony Pictures Releasing France


 

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23 octobre 2008 4 23 /10 /octobre /2008 09:59


                                                            VIDEO

 

Voici un Woody Allen, version Marivaux remis au goût du jour et qu'on a saupoudré, pour faire actuel, d'une pincée d'homosexualité, aux prises avec les affres de l'amour de trois femmes et d'un homme dans les décors baroques d'une Barcelone estivale. Film plaisant, même si le metteur en scène ne peut échapper totalement aux clichés inévitables que le sujet traîne à ses basques. Mais c'est enlevé, bien rythmé, joliment interprété et ce libertinage ne cède à aucune vulgarité, malgré  l'ambiance barcelonesque torride.
Un soir, deux jeunes américaines venues passer leurs vacances dans la ville espagnole, l'une poursuivant une thèse sur la Catalogne, l'autre cherchant une vocation improbable de photographe dans le domaine de l'art, croisent dans une galerie, lors d'un vernissage, un peintre en vogue, du genre viril et maudit ( Javier Bardem ), qui leur propose avec effronterie de les emmener passer le week-end à Orviedo, sans leur cacher qu'il a envie de les mettre toutes les deux dans son lit. L'invitation est sans ambages, bien que prononcée selon les usages. L'une est prête à oser la transgression, c'est Cristina la blonde jouée par Scarlett Johansson, tandis que la brune Vicky ( Rebecca Hall ) d'un naturel raisonnable, s'élève vigoureusement contre cette suggestion qui la choque, bien qu'elle succombera la première.


Penélope Cruz, Javier Bardem et Scarlett Johansson. Warner Bros. France


Déboule un peu plus tard la femme légitime du don juan, incendiaire et suicidaire, qui va ajouter un peu de piment aux chassés-croisés d'un trio qui risquait de se scléroser. Superbe dans ce personnage de passionaria ibérique, Penélope Cruz enflamme la pellicule et ravive des amourettes un peu trop consensuelles, dans un décor idéalement catalan.
Il semble que Woody Allen, après une période anglaise plus sombre, retrouve avec cet opus inattendu une jeunesse dissipée et que, sur le tard, il se délivre enfin d'une vie entière d'angoisse existentielle. Vicky Cristina Barcelona est un film pétillant, léger et glamour, où l'on boit beaucoup, où la vie apparaît douce et soft, les femmes belles et insouciantes, l'homme satisfait et désoeuvré. On est là dans l'ivresse d'un immédiat taillé sur mesure pour la détente, le plaisir de l'oeil, le divertissement de qualité... made in Woody Allen. A n'en pas douter de l'ouvrage cousu de main.

 
3-e-toiles



Pour lire les articles consacrés à Woody Allen et à Penélope Cruz, cliquer sur leurs titres :  

 

WOODY ALLEN OU UN GENIE TOUCHE-A-TOUT        PENELOPE CRUZ - PORTRAIT



Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN & CANADIEN, cliquer sur le lien ci-dessous :



LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN


Javier Bardem et Rebecca Hall. Warner Bros. France

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20 octobre 2008 1 20 /10 /octobre /2008 10:16

StudioCanal     VIDEO


Prudence et Balisaire Beresford se reposent dans leur propriété au-dessus du lac du Bourget, mais cette vie au ralenti n'est pas du goût de Prudence qui s'ennuie et rêve que quelque chose d'excitant survienne pour rompre cette douce monotonie. Ce voeu va se réaliser avec l'irruption de tante Babeth ( Annie Cordy ), spécialiste de papillons qui, en route pour l'Afrique, fait escale chez ses neveux et leur raconte comment elle vient d'être témoin d'un crime affreux, au cours duquel elle a aperçu, de la fenêtre de son compartiment, un homme étrangler une femme aux gants rouges dans le train qui venait en sens inverse. Cette histoire, à laquelle Balisaire ne croit guère, va déclencher chez Prudence la furieuse envie d'en apprendre davantage. Elle va profiter d'une absence de son mari pour se faire embaucher comme domestique dans un château baroque habité par une famille pour le moins surprenante, cette demeure se trouvant être placée en bordure de la voie empruntée par le chemin de fer et où Prudence s'imagine que le cadavre de la malheureuse victime a pu être balancé par l'auteur du crime. Et, en effet, elle va découvrir dans une annexe de la propriété, là où le châtelain, pingre et râleur, interprété par un Claude Rich un peu trop caricatural à mon goût, a réuni ses collections qui comportent, entre autres choses de grande valeur, plusieurs sarcophages authentiques. Je ne vous révèlerai pas la suite de l'intrigue, certes un peu longuette et alambiquée, mais qui vaut  pour la façon dont elle est traitée par un cinéaste qui se plaît à faire de ses films policiers ( celui-ci est la troisième adaptation d'une oeuvre d'Agatha Christie ) des comédies légères et impertinentes mais que l'on oublient vite.


André Dussollier et Catherine Frot. StudioCanal


Dans des paysages, la plupart du temps neigeux et assez gris, se déroule une action pleine de rebondissements et d'amusants clins d'oeil à des films anciens comme la scène où l'on voit Dussolier passer en kilt au-dessus d'une bouche d'aération, ainsi que le faisait Marylin dans Sept ans de réflexion , ou bien  d'autres qui ne sont pas sans une pointe de piment hitchcockien, mais le génie du maître en moins. Cependant, sans qu'il se renouvelle beaucoup par rapport à ses opus précédents Mon petit doigt m'a dit  ou L'heure zéro, eux aussi adaptés d'oeuvres d'Agatha Christie, ce dernier-né se laisse regarder avec plaisir, principalement pour le flegme d'André Dussollier, la pétulance et la cocasserie de Catherine Frot, tous deux excellents comme à leur habitude. Décidément Catherine Frot peut tout se permettre ; du drame à la comédie, jusqu'à la loufoquerie, elle sait doser son humour, son charme et son efficacité. Actrice très complète, elle forme avec André Dussolier le couple idéal de cette comédie divertissante et un peu surannée, où  leurs réparties font mouche jusqu'à cette dernière scène où le couple, prenant la poudre d'escampette devant leur maison envahie par leur progéniture, se retrouve à camper à la belle étoile.


2-e-toiles

 

 

Pour lire l'article consacré à Catherine Frot, cliquer sur son titre :    CATHERINE FROT



Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer sur le lien ci-dessous :



LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 


André Dussollier. StudioCanal

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17 octobre 2008 5 17 /10 /octobre /2008 11:39

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Une de nos actrices les plus talentueuses, Stéphane Audran, discrète et pudique, n'a jamais fait parler d'elle, sinon pour nous convaincre par son jeu sensible qu'elle était la digne continuatrice des grandes comédiennes d'avant-guerre.

Née le  8 novembre 1932 à Versailles d'un père médecin et d'une mère enseignante, Stéphane Audran, qui s'appelait encore Colette Suzanne Dacheville, une fois ses études secondaires achevées, devient l'élève de Charles Dullin, de Tania Balachova et de Michel Vitold, avant d'être découverte par Claude Chabrol qu'elle épousera en secondes noces, après son divorce d'avec Jean-Louis Trintignant. Sa carrière débute par un petit rôle dans Les Cousins (1959) que Chabrol, en découvreur de talent averti, lui confie avant de la révéler dans Les Bonnes Femmes (1960), puis de l'imposer en vedette dans une quinzaine de ses films ; on retiendra, tout particulièrement, ses prestations dans Les Biches (1968), La Femme infidèle (1969), Le Boucher (1969), Les Noces rouges (1973), Violette Nozière (1978), Le Sang des autres (1983), Poulet au vinaigre (1984) ou Betty (1992) où, grâce à la qualité de son jeu fait d'intelligence, d'une séduction un peu froide et d'une classe évidente, elle séduit  le public et devient une comédienne incontournable des années 60/80.  Elle obtiendra le César de la meilleure actrice en 1978 pour Violette Nozière où, curieusement, apparaît la nouvelle égérie de Chabrol : Isabelle Huppert. Le couple va se séparer en 1980 et la carrière de Stéphane Audran en souffrira fatalement. On la verra encore dans Le soleil en face ( 1980 ) de Kast, Coup de torchon ( 1981 ) de Tavernier,  dans l'inoubliable rôle de Babette dans Le Festin de Babette ( 1987 ) de Gabriel Axel qui est sans nul doute sa prestation la plus éblouissante, et, dernièrement,  dans La fille de Monaco ( 2008 ) auprès de Fabrice Lucchini.


Michel Bouquet et Stéphane Audran. Collection Christophe L.

 

Dans La femme infidèle face à Michel Bouquet, dans Le boucher  face à Jean Yanne, dans Coup de torchon, et, davantage encore, dans son rôle de Babette, on se rappelle de la finesse, de l'élégance, de la subtilité de ses interprétations qui, toutes,  frappent par l'intensité des expressions et une silencieuse et indiscutable présence. Pas d'effets, mais une interrogation permanente, quelque chose d'indicible et de pathétique dans le regard, une délicatesse dans les gestes, une économie étonnement efficace. Je compte cette merveilleuse actrice, qui a su se retirer sans faire de vagues,  parmi mes préférées.

 

Pour consulter les critiques de films intérprétés par l'actrice, dont La femme infidèle et Le festin de Babette, cliquer sur les liens ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS         LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN



Jean Yanne et Stéphane Audran. Collection Christophe L.

    

    

 

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13 octobre 2008 1 13 /10 /octobre /2008 09:43

       


Deux voyageurs se trouvent dans un train en Angleterre. L'un dit à l'autre : " Excusez- moi, monsieur, mais qu'est-ce que ce paquet à l'aspect bizarre qui se trouve au-dessus de votre tête ? - Oh, c'est un macgguffin. - A quoi cela sert-il ? - Cela sert à pièger les lions dans les montagnes d'Ecosse. - Mais il n'y a pas de lions dans les montagnes d'Ecosse. - Alors il n'y a pas de macguffin."

 

Hitchcock aimait à raconter cette histoire pour se moquer des exégètes de ses films qui exigeaient une explication rationnelle de chacun d'eux. Lui, ce qui l'intéressait, était de manipuler le spectateur, de le mener là où il le voulait, et de le soumettre au rythme imprimé à l'histoire. Il souhaitait plus que tout que la peur du héros ou de l'héroïne soit partagée par le public. Aussi faisait-il en sorte que le processus d'identification fonctionne à merveille. Et  pour comble d'habileté, il parvenait souvent à ce que le spectateur s'identifie successivement à plusieurs personnages. C'est le cas dans Psychose, où le public est d'abord avec Janet Leigh, puis enclin à soutenir Anthony Perkins, mais comme il n'est pas au bout de ses surprises, il aura vite oublié la raison initiale qui a poussé l'héroïne à dérober de l'argent, ce qui revient à dire, qu'en quelque sorte, il n'y avait pas vraiment de macguffin...


Janet Leigh. Collection Christophe L.

Une employée de banque nommée Marion  ( Janet Leigh ), dans un moment d'égarement, s'enfuit en voiture avec quarante mille dollars que son patron lui avait demandé de remettre à la banque. Un soir, elle s'arrête dans un motel dirigé par un certain Norman Bates  ( Anthony Perkins ), qui vit seul en compagnie de sa mère, une femme dont il laisse entendre à Marion qu'elle est difficile à vivre et d'ailleurs la jeune femme l'a entendue, à un certain moment, crier sur son fils.


Tandis que Marion prend sa douche avant de se coucher, elle est brutalement agressée par une vieille femme qui la frappe de plusieurs coups de couteau. Norman découvre le corps avec horreur et s'emploie aussitôt à faire disparaître les traces du meurtre, puis il place le corps de Marion, ses vêtements et ses bagages dans le coffre arrière d'une voiture, et se débarrasse de celle-ci en la laissant s'enliser dans la vase noirâtre d'un étang. Peu de temps après, Marion est recherchée par Lila  ( Vera Miles ), sa soeur, par Sam  ( John Gavin ) son amant, et par un détective d'assurances chargé de récupérer l'argent : Arbogast ( Martin Balsam ). Arbogast, conscient du trouble dans lequel ses questions ont plongé Norman, revient subrepticement dans la maison pour tenter d'interroger la vieille dame. Il monte à l'étage et là est poignardé par une femme visiblement âgée. Norman s'emploie de nouveau à faire disparaître le cadavre dans l'étang voisin. C'est alors que Sam et Lila interviennent. Ayant appris que la mère de Norman était morte depuis huit ans, ils se rendent à leur tour dans la maison et, dans la cave, Lila aperçoit le cadavre momifié de la mère et surprend le fils coiffé et habillé avec les vêtements de celle-ci. Se sachant découvert, le coupable se jette sur Lila, couteau en main, mais Sam réussit à le désarmer. En définitive, Norman est un malade qui accomplit ses abominables crimes en se servant d'une autre personnalité que la sienne, celle de sa mère à laquelle il s'identifie lorsqu'il est en proie à ses pulsions meurtrières.


Janet Leigh et John Gavin. Collection Christophe L.

 

 

Hitchcock considérait que Psychose était son film le plus intéressant pour la raison que la construction du scénario permettait de s'engager sur plusieurs pistes à la fois. " Vous savez que le public cherche toujours à anticiper - disait-il - et qu'il aime pouvoir dire : Ah ! moi je sais ce qui va se passer maintenant. Alors il faut non seulement tenir compte de cela mais diriger complètement les pensées du spectateur. Plus je donne de détails sur le voyage en automobile de Marion, plus le spectateur est absorbé par sa fugue et c'est pour cela que je donne autant d'importance au policier motocycliste aux lunettes noires, image de terreur pour la jeune voleuse". En effet un policier se penche vers elle - alors que celle-ci dort dans sa voiture rangée sur le bas-côté - et quand le policier l'interpelle, à la place des yeux, elle voit deux ronds noirs formés par ses lunettes miroirs. C'est le même regard mort que celui de la mère de Norman, momie aux yeux desséchés. Même chose encore, quand Norman observe Marion en train de se déshabiller dans sa chambre, par le trou de la serrure. L'oeil devient énorme au point d'envahir l'écran. Ce thème du regard mort, opaque, creux, vide est omniprésent dans le film et trouve son explication dans l'une des phrases que prononce Norman, ancien hôte d'un asile de fous : " Il y a des yeux cruels qui vous étudient". Il y a également le symbole des oiseaux empaillés qu'il collectionne - lui-même n'a-t-il pas empaillé sa mère ? - Ainsi sa propre culpabilité se reflète-t-elle en permanence dans le regard de ces oiseaux. D'autant qu'il y a parmi eux des hiboux, oiseaux qui appartiennent au domaine de la nuit, inquiétants guetteurs qui participent du masochisme de ce héros pitoyable.
 

"Ma principale satisfaction, disait encore Sir Alfred, est que le film a agi sur le public et c'est la chose à laquelle je tenais beaucoup. Dans Psychose, le sujet m'importait peu, les personnages m'importaient peu, ce qui m'importait, c'est l'assemblage des morceaux du film, la photographie, la bande-sonore et que tout ce qui est purement technique pouvait faire hurler le public. Je crois que c'est une grande satisfaction d'utiliser l'art cinématographique pour créer une émotion de masse. Et avec Psychose, j'ai accompli cela. Ce n'est pas un message qui a intrigué le public. Ce n'est pas une grande interprétation qui a bouleversé le public. Ce n'était pas un roman très apprécié qui a captivé le public. Ce qui l'a ému, c'est le film pur. Car la façon de construire cette histoire et de la raconter a amené le public à réagir d'une façon émotionnelle. Avec Psychose, j'ai fait de la direction de spectateurs, exactement comme si je jouais de l'orgue".

 


Janet Leigh. Collection Christophe L. Janet Leigh. Collection Christophe L.

 

Ce film fut à l'évidence l'un des plus grands succès du metteur en scène. Alors qu'il avait été peu onéreux - il était quasi muet et facile à doubler, il se déroulait en grande partie dans une maison gothique de la Californie du Nord et les trucages étaient relativement simples - il en a rapporté beaucoup, ce qui eut un effet salutaire sur son réalisateur que l'échec commercial n'avait pas épargné. Il est vrai aussi qu'il a bénéficié d'une campagne promotionnelle particulièrement réussie. Le cinéaste avait enregistré un message qui interdisait aux spectateurs de révéler le contenu des dernières séquences. Et les directeurs de salles avaient ordre de refuser l'entrée aux retardataires.


Anthony Perkins. Universal Pictures

 

Tourné en noir et blanc, ce film, oppressant comme il en est peu, est une suite d'images épurées qui sont autant de chocs pour le spectateur. Comme d'habitude, les acteurs, bien dirigés, donnent le meilleur d'eux-mêmes. Son interprétation de Norman Bates valut à Anthony Perkins de remporter un triomphe personnel. Il est idéalement ce héros qui porte en lui une effroyable double personnalité qui, tour à tour, en fait un homme soumis et un tueur abominable, comme si, à l'intérieur de lui-même, le bien et le mal se livraient un combat sans merci. Perkins donnera une suite à ce film qu'il réalisera lui-même.

 

Pour lire l'article que j'ai consacré à Alfred Hitchcock, cliquer sur son titre : 

 

ALFRED HITCHCOCK - UNE FILMOGRAPHIE DE L'ANXIETE

 

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN & CANADIEN, dont la plupart des films de Hitchcock, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

 

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12 octobre 2008 7 12 /10 /octobre /2008 08:05

                  Collection Christophe L.  Ciné Tamaris 

 

LA CINEMATHEQUE REND ACTUELLEMENT HOMMAGE A CE REALISATEUR. "LA PLUMET ET L'IMAGE" S'Y ASSOCIE.

 

Après avoir été l'auteur de plusieurs courts métrages, Jacques Demy, qui avait reçu une formation de technicien et était passé par l'école des Beaux-Arts, réalise son premier long métrage en 1960. Tourné à Nantes et dédié à Max Ophüls, Lola  est l'un des films les plus beaux de la Nouvelle Vague, grâce à la photographie lumineuse de Raoul Coutard et à la musique radieuse de Michel Legrand, film où s'enlacent les destins de plusieurs personnages autour de la séduisante Lola ( Anouk Aimée ). L'année suivante, Demy s'attaque à  La baie des anges, descente dans l'enfer du jeu autour de la personnalité ambiguë et volontiers perverse de Jeanne Moreau qui ne connaîtra pas le même succès que le précédent. En 1964,  Les parapluies de Cherbourg, dont les dialogues sont chantés, surprend et enthousiasme par son harmonie et son efficacité émotionnelle. Demy y traite des choses sur lesquelles le temps a le plus de prise : les sentiments et les gens fragiles. Aucun autre de ses films n'obtiendra un accueil aussi chaleureux et autant de récompenses ( Prix Louis Delluc, Palme d'or à Cannes, nomination aux Oscars ). L'enchantement tenait pour une grande part à la musique de Michel Legrand, à la beauté d'une débutante délicieuse Catherine Deneuve, à l'irréversibilité des événements. Et la chance voulut que cet enchantement soit encore présent dans Les demoiselle de Rochefort,  film où Demy réalise son rêve d'une vraie comédie musicale à l'américaine avec tous les ingrédients : scènes chantées et dansées, comédie, romance, couleurs chatoyantes et distribution éclatante avec, aux côtés de Catherine Deneuve et Françoise Dorléac, deux danseurs américains de renommée internationale : George Chakiris  l'un des héros de West Side Story et Gene Kelly, l'inoubliable vedette de Chantons sous la pluie et d' Un américain à Paris. Avec ce dernier opus, Demy poursuivait un thème qui lui était cher : le couple idéal réuni par le hasard.

 

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Désormais, au sommet de sa réputation, le cinéaste peut augurer d'une suite de carrière confortable. Or, il n'en sera rien.  Model shop  ( 1968 ), réalisé aux Etats-Unis, semble préfigurer une suite à Lola, avec quelque chose d'une réflexion plus amère, dans la lignée de La baie des anges. Mais le film, mal distribué, sera un échec. Revenu en France, Demy tourne  Peau d'âne  ( 1970 ) avec son actrice fétiche Catherine Deneuve, un conte plein de charme et de poésie qui, à la façon de Cocteau, joue sur deux tableaux : d'un côté fable pour enfants, de l'autre variation polissonne, qui saura captiver le public.

 
L'année suivante, il entreprend un nouvel opus avec  Le joueur de flûte  ( 1972 ), beau film inspiré par la légende d'un charmeur de rats, interprété par le chanteur Donovan, où il cerne métaphoriquement le rôle de l'artiste face aux compromissions des hommes. Mais, pour des raisons obscures, ce film ne bénéficiera que d'une diffusion confidentielle et les années 60 se révèleront très difficiles pour le réalisateur.

 
Après l'insuccès d'une comédie à demi réussie L'événement le plus important depuis que l'homme a marché sur la lune, Demy doit accepter de travailler à deux oeuvres de commande, dont le résultat, sans être indigne de son talent, ne recueillera pas l'audience souhaitée : Lady Oscar ( 1978 ), adaptation raffinée d'un roman feuilleton historique qui se déroule dans le décor naturel du château de Versailles et La naissance du jour ( 1980 ) d'après Colette, destiné à la télévision.

En 1982, il revient à Nantes et se consacre à un ancien projet Une chambre en ville ( 1982 ). Cette histoire d'amour tragique sur fond de lutte des classes intégralement chantée ( musique de Michel Colombien ) sera un terrible échec commercial, malgré le soutien unanime de la critique. Parking ( 1985 ), variation sur le mythe d'Orphée souffrira, quant à lui, d'un casting contestable et, le vent ayant tourné, le public versatile se détachera de celui qui l'avait tant de fois enchanté. Avec Trois places pour le 26 ( 1988 ), il met en scène son dernier long métrage auprès d'un Yves Montand au faîte de sa carrière et ce film, malgré ses qualités musicales, ne suscitera qu'un succès d'estime. Sachant sa mort prochaine, sa femme Agnès Varda lui consacre un émouvant hommage avec Jacquot de Nantes, histoire de sa jeunesse et de sa passion pour le cinéma et la musique. Il décédera quinze jours après la fin du tournage le 27 octobre 1990 du sida, à l'âge de 59 ans.


Pour consulter les critiques des films du cinéaste, cliquer sur leurs titres :

 

PEAU D'ANE de JACQUES DEMY             LOLA de Jacques DEMY      

 

LES DEMOISELLES DE ROCHEFORT de JACQUES DEMY

 

 

                                       TF1 Films Production  

         00002190_lrg.jpg FA_image_00014947.jpg

 

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11 octobre 2008 6 11 /10 /octobre /2008 11:58

Affiche américaine. Groundswell Productions

                                                         VIDEO

 

Je me rendais à cette projection sans à priori mais sans grand enthousiasme et je n'ai pas été déçue. Voilà une agréable surprise en des temps où le chef-d'oeuvre ne court pas les rues. Ne parlons pas de chef-d'oeuvre ici, bien sûr, mais d'un film bien fait, bien joué et qui tient en éveil par une action rondement menée. Ce n'est déjà pas si mal...

Au Nouveau-Mexique, dans les années 1882, la ville minière d'Appaloosa vit sous la domination d'un redoutable hors-la-loi Randall Bragg ( Jeremy Irons ) qui n'a pas hésité à en éliminer le shérif, afin de perpétrer ses forfaits en toute impunité. Pour mettre fin à ce régime de terreur, les habitants font appel à deux gâchettes Virgil Cole ( Ed. Harris ) et son adjoint Everett Hitch ( Viggo Mortensen ), bien connues pour avoir su ramener la paix et le calme dans des cités plus importantes. Si l'acteur n'avait pas convaincu avec sa première réalisation Pollock, sage biographie du peintre, il fait mouche avec celui-ci qui, sans rien innover dans l'art du western, fait preuve de nerf et offre quelques variations inédites sur des thèmes pourtant mille fois rabâchés depuis que le genre existe. D'autant que la qualité de l'interprétation est irréprochable, servie par une mise en scène élégante et de superbes panoramiques. Un peu décalée dans sa forme, l'oeuvre explore un territoire fictif inhabituel dans la mesure où, malgré les faits, la conscience morale n'a pas déserté ses héros. On pense, bien entendu, à Gary Cooper dans Le train sifflera trois fois, où ce dernier regardait également le hors-la-loi sans ciller, en idéaliste politique et sentimental, prêt à affronter le diable en personne, seul contre tous.


Ed Harris. Metropolitan FilmExport


Soulignons aussi que l'humour n'a pas déserté le film. Comment ne pas sourire lors des nombreuses scènes qui éveillent en nous des souvenirs impérissables et montrent des personnages coulés dans leurs convictions opposées ainsi que des blocs de granit ? Un humour noir dans un univers dangereux en intimité constante avec la mort.  Bien qu'assez misogyne, ce qui risque d'agacer plus d'une spectatrice, ce long métrage présente néanmoins une intéressante figure de femme moderne à travers la personne excentrique et séduisante de Allison French ( Renée Zellweger ) qui va être le talon d'Achille insoupçonné de Virgil Cole. Si le schéma est archi classique, la variation est intelligente et bien conduite dans un climat qui captive.


Viggo Mortensen et Ed Harris. Metropolitan FilmExport


Décidément le western ne cesse pas de renaître de ses cendres après qu'on l'eût enterré à jamais ( croyait-on ! ) à la suite de son fastueux chant du cygne dans Impitoyable de Clint Eastwood. Il y avait eu encore récemment L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford  d'Andrew Dominik, formidablement interprété par le duo Brad Pitt/Casey Affleck qui cédait à une vision crépusculaire. Chez Harris, rien de tel, les héros sont de nouveau parés de la magie des dieux de l'Olympe - n'oublions pas que ceux-ci avaient leurs faiblesses, surtout amoureuses - et finissent par avoir raison des causes les plus désespérées, ce qui renoue avec l'optique du western traditionnel et se révèle conforme aux impératifs du genre. A voir pour retrouver les émotions d'antan et pour les connaître, si on vient de naître au 7e Art.

 



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LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 


Jeremy Irons. Metropolitan FilmExport

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9 octobre 2008 4 09 /10 /octobre /2008 11:38

 Kyle MacLachlan.  Brooksfilms Collection Christophe L.

                                                          

Difficile de brosser en quelques lignes le portrait d'un homme qui est encore en pleine activité créatrice, sinon de l'écouter parler de lui-même, de ses projets, de ses aspirations, de ses doutes, de ses enthousiasmes, de ses craintes aussi. Comment se voit-il, comment évolue-t-il ? Ce qui est intéressant d'ailleurs avec les films de David Lynch, c'est que contrairement aux Ch'tis, ils ne font pas l'unanimité. Alors comment vit-il ces contestations permanentes ? Certains, après avoir vu Inland Empire ( 2006 ) se sont inquiétés du taux de drogue que ce dernier avait dû absorber pour avoir une semblable écriture cinématographique ; des cyniques ont proposé que ses oeuvres soient sponsorisées par l'Institut national du sommeil et de la vigilance, alors que les inconditionnels - et ils sont tout de même nombreux - ne manquent pas de tomber en pâmoison à la simple évocation du maître. C'est dire à quel point ce cinéaste est contesté. Du surréaliste Eraserhead ( 1977 ), son premier long métrage en noir et blanc oppressant, à l'envoûtant Lost Highway ( 1997 ) ou à l'incantatoire Mulholland Drive ( 2001 ), en passant par ses productions musicales Blue Bob ( 2002 ) et Elephant Man ( 1980 ) où il se confirme comme le peintre des marginaux et des "monstres", David Lynch ne cesse de surprendre,  de dérouter, fasciner et troubler par son oeuvre fantasmée, volontiers construite sur des énigme et qui donnent au moins une idée de la subtilité et de la sensibilité de leur auteur. Et il déroute d'autant plus qu'il privilégie la force de mystère et l'abstraction et montre peu d'empressement dès qu'il s'agit de répondre aux interviews et d'apporter quelques éclaircissements sur son travail.  

 

David Lynch. Bac Films

 

Aussi est-il impératif de l'écouter lorsqu'exceptionnellement il lève un coin du voile à travers un livre qui oscille entre autobiographie et recueil de pensées : Mon histoire vraie aux éditions Sonatine.
De cet ouvrage, il ressort que l'auteur de Twin Peaks est un homme ( presque ) normal, certainement peu banal qui a étudié aux Beaux-Arts et est resté marqué par cette formation. La preuve en est que, malgré ses oeuvres hantées de meurtres et peuplées de schizophrènes délirants, Lynch ne se considère ni comme un psychopathe, ni comme un maniaco-dépressif. Il est équilibré, écrit-il, ne se drogue que de café et reste émerveillé par les innombrables surprises que la vie ne cesse de nous réserver. S'il nous conte, à travers ses longs métrages, des histoires sombres, c'est simplement parce qu'elles reflètent notre monde qui, contrairement à l'enfer, n'est pas toujours pavé de bonnes intentions...D'ailleurs lui-même pratique assidûment la méditation transcendantale, afin de conserver sa sérénité et sa créativité. En définitive, il n'est jamais qu'un observateur sans concession d'un monde passionnant mais un peu fou.


Laura Dern. Mars Distribution


On apprend aussi, en poursuivant la lecture de ce livre, que ses idées poétiques et dérangeantes ne lui sont pas inspirées par ses cauchemars  mais, et je le cite : qu'elles sont comme des poissons. Les petits sont proches de la surface de l'eau, et les gros...plus beaux, plus purs - nagent en profondeur. Plus votre conscience s'élargit, plus vous plongez loin et trouvez de gros poissons. Vous l'aurez compris, la méditation transcendantale a encore frappé. Moi - poursuit-il - j'utilise cette technique pour attraper des poissons-idées de cinéma, mais il existe toutes sortes de poissons-idées : pour le design, l'informatique, le commerce. Je n'ai pratiquement jamais tiré d'idées de mes rêves. Les poissons, pensez aux poissons ".
Nous voilà avertis et désillusionnés, tant nous aspirions à un créateur un peu plus déjanté. Il n'en est rien. Remisons notre mythe au grenier.

Par contre Lynch admet être un rock'n'roller amoureux de la musique, mais pas un vrai musicien :  Je tiens avant tout à être libre de faire un film comme je l'entends, de A à Z. Si d'autres personnes s'en mêlent, le projet n'est pas cohérent et devient un échec, comme de fut le cas pour Dune. Lui-même est attristé par les formules qui régissent le cinéma aujourd'hui :  Si vous voulez faire quelque chose, faites-le ! Conservez votre propre voix, et cassez les codes ! Il n'y a pas de règles en art.

 

Contrairement à ce qui avait été dit ici et là, David Lynch ne travaille pas à une suite de Twin Peaks, ni à une adaptation de La métamorphose de Kafka ou du Lolita de Nabokov, même si ces derniers projets lui trottent dans la tête. Pour le moment, il se concentre sur la peinture, de nouvelles photos et sa musique. Ainsi que sur un documentaire de la tournée mondiale qu'il a effectuée pour promouvoir la méditation transcendantale. Quant à sa prochaine réalisation, soyons patients, Lynch n'est pas homme à se séparer longtemps de sa caméra. Grand créateur de sortilèges visuels et sonores, il réussit toujours à fasciner son public grâce à une oeuvre  fluide et souvent émouvante, avec une imagerie à double face qui ne dédaigne pas de débusquer les nuances de l'ombre et renvoie en permanence à une réflexion sur le cinéma et ses possibles et l'exhibition des apparences.

 

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LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART

 

 

 

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8 octobre 2008 3 08 /10 /octobre /2008 10:53

         Collection Christophe L.   Les Acacias  Théâtre du Temple  Columbia Pictures Corporation

                                                                      

                                                                    VIDEO

 

En 1962, alors qu'il était au faîte de sa gloire, Hitchcock ne cachait pas sa nostalgie : il regrettait la disparition des stars. James Stewart était devenu trop âgé pour être à nouveau la vedette d'un de ses films, Cary Grant se retirait après le succès de  La mort aux trousses,  afin de quitter le public sur une image séduisante. Mais plus grave encore était le problème féminin, puisque derrière l'oeuvre de Hitchcock personne n'ignore le slogan qui coure :  cherchez la femme .
S'il avait eu beaucoup de peine à pardonner à Ingrid Bergman de l'avoir quitté pour Rossellini, Hitchcock espérait encore récupérer sa chère Grace Kelly, désormais princesse de Monaco, pour tenir le rôle de Marnie dans Pas de printemps pour Marnie, adaptation d'un roman de Winston Graham, dont il avait acheté les droits spécialement pour elle. L'arrangement était à deux doigts de se conclure, lorsque le général de Gaulle, irrité des avantages fiscaux consentis à la Principauté, lança une attaque afin de remettre en cause ce statut privilégié. Le prince Rainier - pour ne pas briser ses liens avec la France - se vit dans l'obligation de composer et Grace renonça définitivement au cinéma pour rester aux côtés de son mari dans cette période difficile.

 

                     Théâtre du Temple   Cine-Classic   

Un film amoureusement conçu pour une actrice et tourné par une autre, cela ne nous évoque-t-il pas quelque chose ? Oui, bien sûr et la coïncidence ne parait pas fortuite. Dans Sueurs froides, l'actrice que nous voyons sur l'écran est une remplaçante. Alors que le rôle avait été taillé sur mesure pour Vera Miles, c'est Kim Novak qui se voyait chargée de l'interpréter après que la star, enceinte, se soit désistée et, curieusement, le thème de la substitution constitue le sujet du film : un homme toujours épris d'une femme qu'il croit morte, s'efforce, lorsque le hasard le remet en présence de son sosie, de recréer la première image. N'est-ce pas comparable au metteur en scène qui, par personnage interposé, oblige une actrice de remplacement à imiter l'actrice initialement choisie ? Il y a de cela ...

 

 

       James Stewart et Kim Novak. Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr  Stewart et Kim Novak

    Collection Christophe L.  tippi_hedrenBW.jpg   Cary Grant & Tippi Hedren

 

Oui, les stars manquaient cruellement à Hitchcock en ces années 60/70. Il les avait côtoyées jusqu'alors avec amour, leur avait confié des rôles magnifiques, leur avait permis d'exprimer les nuances les plus subtiles et contibué à magnifier leur talent. Pratiquant un cinéma de situations qui nécessitait, pour être crédible, des natures fortes, le maître, plus qu'aucun autre metteur en scène, avait besoin d'elles. Il avait en horreur les scènes inutiles, les surcharges. Il n'était pas l'homme des digressions et des petits détails ; il entendait que la personnalité de l'acteur soit suffisamment convaincante pour qu'il n'ait pas l'obligation d'alourdir sa narration de gestes superflus.

Pour autant, il ne parvint pas toujours à avoir les interprètes qu'il souhaitait. En Angleterre, le rôle titre  de son film Agent secret, ayant été refusé par Robert Donat, il  dut se rabattre sur John Loder. A Hollywood, il se vit imposer des comédiennes assez médiocres comme Priscilla Lane. Mais il sut également renverser la vapeur et tirer profit de certaines défections. Pour Le procès Paradine, quand Alida Valli remplaça Greta Garbo, qui ne tenait nullement à faire son come-back sous les traits d'une meurtrière, il employa au mieux la beauté et l'intelligence de la vedette italienne. Pour Marnie, après le refus de la princesse Grace, il donna sa chance à Tippi Hedren. Il l'avait remarquée dans un spot publicitaire et il entreprit de faire de ce mannequin une véritable actrice. Il en fut assez satisfait pour lui confier, à deux reprises,  le rôle principal dans  Les Oiseaux  ( 1963 ) et  Pas de printemps pour Marnie  ( 1964 ) . Si bien qu'à la fin de sa carrière, il réalisa pleinement sa vocation de Pygmalion.

 

        Corbis Sygma  Columbia TriStar Films  Gaumont Buena Vista International (GBVI)  Action Gitanes

Ce qui intéressait Hitchcock dans ses personnages féminins était en tout premier lieu la métamorphose. L'héroïne hitchcockienne, tout au long d'un film, avait le devoir de se révéler à elle-même, à son partenaire, aux spectateurs. Le metteur en scène attendait de son interprète qu'elle lui montre des émotions qu'elle possédait sans le savoir, mais qu'il avait su discerner avant elle. Dans le cas de Joan Fontaine, qu'il avait choisie pour être Mme de Winter auprès de Laurence Olivier dans Rebecca, il cherchait à utiliser le charme maladroit de la débutante de 21 ans qu'elle était alors. Il avait le souci que l'être coïncide au plus près à son modèle. Il aspirait à ce que l'interprète projette sur l'écran un type humain, réunissant à un haut degré des caractères distinctifs, que l'être et l'image ne fassent qu'un.

Pour conclure, j'ajouterai que de 1925 à 1976, les films de Sir Alfred ne furent pas seulement des oeuvres de pur divertissement qui échapperaient aux turbulences et aux drames de leur époque, comme pourrait le laisser penser une approche trop succinte. Les positions politiques du cinéaste se sont manifestées au long de cette filmographie remarquable, celui-ci n'ayant jamais dissimulé ses convictions personnelles. Anti-nazi dès les années trente, interventionniste pendant la guerre, anti-communiste dans les années soixante/soixante-dix, Hitchcock, anglais naturalisé américain, était un libéral humaniste dont les certitudes ne varièrent point. A travers ses films, c'est le jeu des appartenances indécises, des exclusions sociales qui apparait sous les masques successifs de ces familles déchues, de ces espions mondains évoluant dans des pays totalitaires, où il se plaisait à situer l'action, et pour cause ! C'était là des lieux privilégiés où s'entrechoquaient les influences et les perversions les plus  séditieuses. Avant de se livrer sur le terrain métaphysique, l'aventure hitchcockienne s'enracine d'abord dans l'histoire de son temps et comme les personnages ambigus et complexes sont ceux qui retinrent en priorité l'attention du réalisateur, il arriva que Sir Alfred souffrit de l'incompréhension de ses contemporains. Il en est presque toujours ainsi des novateurs.

 

Pour accéder à mon article consacré à Alfred Hitchcock, cliquer  sur le lien ci-dessous :

 

ALFRED HITCHCOCK - UNE FILMOGRAPHIE DE L'ANXIETE

 


  Ingrid Bergman92 images-copie-1

 

 

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6 septembre 2008 6 06 /09 /septembre /2008 08:56

Jean-Louis-Trintignant.jpg    

                                               

Jean-Louis Trintignant fait parti de notre paysage cinématographique depuis si longtemps qu'on a l'impression de le bien connaître, alors qu'il est un homme timide et pudique dont nous ne savons que peu de choses, sinon que ses prestations au théâtre, comme au cinéma, ont toujours été de qualité et qu'il a mené sa carrière avec une étonnante lucidité. Né le 11 décembre 1930 à Piolenc ( Vaucluse ) dans un milieu aisé d'industriels du Sud de la France, neveu du pilote de course Maurice Trintignant, le jeune Jean-Louis fut très tôt sensible aux beaux textes en découvrant la poésie d'Apollinaire, d'Aragon et de Prévert. A 19 ans, sans doute pour plaire à sa famille, il entre à la Faculté de droit d'Aix-en-Provence, mais n'y reste pas car, entre-temps, est intervenu un événement qui va l'orienter différemment : il assiste à la représentation de l'Avare de Molière dans une mise en scène de Charles Dullin. Ce choc est si déterminant que le jeune homme n'attend pas plus longtemps pour s'inscrire aux cours du célèbre acteur avec un second objectif, celui de vaincre sa terrible timidité. En 1951, la thérapie est si positive qu'il débute au théâtre dans la Compagnie Raymond Hermantier et la pièce A chacun selon sa faim. Ses débuts au cinéma seront moins heureux avec deux films Une journée bien remplie et Le maître-nageur qui seront deux échecs. Cela ne se reproduira plus.


En 1956, après quelques figurations, il fait ses vrais débuts à l'écran dans un film de Christian-Jaque Si tous les gars du monde, ensuite dans le sulfureux long métrage de Roger Vadim  Et Dieu..créa la femme. Celui-ci misait alors sur l'affolante plastique de sa femme Brigitte Bardot.  Ce film, assez médiocre, aura du moins le mérite d'assurer au jeune acteur la notoriété internationale et de lui valoir une idylle tapageuse avec la star, dont les conséquences seront de faire exploser le couple qu'elle formait très bourgeoisement avec le metteur en scène.

 Mais il lui faut faire son service militaire, d'abord en Allemagne, puis en Algérie durant trois longues années, ce qui le marquera à jamais et l'éloigne de la scène et de l'écran, alors même qu'il venait de réaliser des débuts prometteurs. A son retour, par chance on ne l'a pas totalement oublié et il retrouve la scène avec Hamlet de Shakespeare et l'écran avec ... Roger Vadim ( qui n'est guère rancunier ) et s'apprête à tourner un nouveau film, tout aussi sulfureux que le précédent, inspiré du roman de Pierre Choderlos de Laclos, Les liaisons dangereuses, avec Gérard Philipe, Jeanne Moreau et sa nouvelle épouse Annette Vadim. En 1962, il est le partenaire de Vittorio Gassman dans Le fanfaron de Risi, une réussite éclatante. En 1966, ce sera la gloire internationale avec un film culte sur les amours romantiques de deux veufs : Un homme et une femme de Claude Lelouch qui obtiendra la Palme d'or à Cannes la même année et l'Oscar du meilleur film étranger aux Etats-Unis. On le voit également, toujours en cette année faste, dans un film politique, à l'opposé du précédent, Z de Costa-Gravas au côté d'Yves Montand, film qui aura un incontestable retentissement et lui méritera le Prix d'interprétation masculine au Festival de Cannes 1967.

 


Les Films 13 


Désormais, il mènera sa carrière en se partageant entre la scène et l'écran et, après avoir divorcé de Stéphane Audran, épousera l'actrice, scénariste et réalisatrice Nadine Marquand avec laquelle il tournera de nombreux films et aura trois enfants, un fils et deux filles, dont Pauline qui mourra subitement en 1966 et dont la disparition inspirera à sa mère le film Ca n'arrive qu'aux autres ( 1971 ), où Jean-Louis devait tenir son propre rôle auprès de Catherine Deneuve, mais il y renoncera et sera remplacé par Marcello Mastroïanni qui, lors de ce tournage, tombera amoureux de sa partenaire. Et puis, il y a Marie qui sera actrice comme lui et jouera très souvent avec son père, avant de trouver une mort tragique à la suite d'une dispute avec son compagnon. Jean-Louis sortira brisé de cette épreuve. Il disait :

 
Il ne peut y avoir que des moments de bonheur et certains peuvent être exceptionnels. Moi, je n'ai jamais été aussi heureux que quand j'étais avec Marie. Notre relation était unique.
Ma fille Marie, j'éprouve un tel bonheur quand je la vois. C'est ainsi depuis qu'elle est toute petite. Un cadeau du ciel. C'est un peu injuste, cette passion, mais l'amour vient de nous deux. Nous nous sommes connus au bon moment. Le moment où j'avais envie d'être père.

La filmographie de Jean-Louis Trintignant est impressionnante et prouve son discernement, car il y en a peu d'oeuvres médiocres. On le verra dans Ma nuit chez Maud, le meilleur Eric Rohmer selon moi, dans Le train  de Granier-Deferre en 1973 auprès de Romy Schneider, dans Les violons du bal  de Michel Drach en 1973,  La terrasse  d'Ettore Scola en 1980 et dans Passion d'amour  toujours de Scola en 1981, dans Vivement dimanche de Truffaut en 1983, dans L'été prochain de Nadine Trintignant en 1985, dans Merci la vie  de Bertrand Blier en 1990 et on l'appréciera d'autre part sur scène, lors de ses récitals de poésie qui sont pour lui l'occasion de renouer avec ses amours de jeunesse.

 
Depuis 1996, il s'est retiré à Uzès et lancé dans une nouvelle aventure en achetant le domaine vinicole Rouge Garance ( un hommage à Arletty ). Il y produit 20.000 bouteilles de côtes du Rhône chaque année. Je passe mon temps dans les vignes, je veille aux assemblages - dit-il. Après une carrière exemplaire, conduite avec intelligence, et des épreuves très douloureuses, l'acteur a retrouvé la paix dans ce tête à tête avec la nature, le seul poème qui les surpasse tous. Néanmoins, il sort de cette réserve pour des récitals de poésie et, récemment, pour le film Amour de Michael Haneke au côté d'Emmanuelle Riva qui a obtenu la Palme d'or du Festival de Cannes  2012. Décidément cet homme a du nez...


Pour prendre connaissance de mes critiques sur certains films où apparaît Jean-Louis Trintignant, dont  MA NUIT CHEZ MAUD, UN HOMME ET UNE FEMME et  Le FANFARON cliquer sur les liens ci-dessous :



LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS    et   LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 


  48989_521122074_197_n.jpg  images-copie-2.jpg

 

                                         entre les deux  :  une carrière

 

 

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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


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