Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
13 décembre 2008 6 13 /12 /décembre /2008 10:05

Jean-Claude Brialy, Bernadette Lafont et Gérard Blain. Collection Christophe L.    VIDEO

 

Grâce à un petit héritage personnel, Claude Chabrol, alors jeune critique aux Cahiers du cinéma, produit lui-même son premier film, réalisé avec le concours efficace d'une bande de copains réunie dans un village de la Creuse, Sardant, au cours de l'hiver 1957-58. Il ne coûtera que 42 millions de francs et symbolisera, dans le monde vieillissant du 7e Art, l'irruption  de la jeunesse.
En novembre 1957, Françoise Giroud, qui avait le sens des formules, écrivait dans l'Express : -  " la Nouvelle Vague arrive !" - L'image était lancée. L'année suivante, la France, pays conservateur, allait se doter d'une nouvelle Constitution et placer à la tête d'une société, prospère mais vétuste, un vieux militaire qui savait dire non à la fatalité : Charles de Gaulle.
La Nouvelle Vague fut au cinéma un mouvement d'une ampleur exceptionnelle comme le sera la Ve République et cette vague secouera vigoureusement un art qui avait pris l'habitude de ronronner paisiblement à l'abri des grandes convulsions innovantes. Et Le beau Serge sera considéré comme le manifeste de cette Nouvelle Vague cinématographique. " Confrontation, dans le cadre très minutieusement décrit d'une campagne pauvre, de deux types de jeunes hommes, fort opposés et néanmoins amis " - dira de son film le réalisateur lors de sa présentation au public. Il ajoutait qu'il s'agissait là " d'une traversée des apparences". En effet - poursuivait-il - au-delà des apparences, une vérité doit peu à peu de dégager pour le spectateur : l'instable, le complexé, le fou, ce n'est pas Serge mais François. (...) En somme dans "Le beau Serge" se juxtaposent deux films : l'un dans lequel Serge est le sujet et François l'objet, l'autre dans lequel François est le sujet et Serge l'objet. Par définition, c'est le premier de ces films qui apparaît tout d'abord. L'idéal pour moi est que l'on soit sensible à l'autre".

 Jean-Claude Brialy et Bernadette Lafont. Collection Christophe L.

 

Le beau Serge est, naturellement, un titre ironique. Serge ( Gérard Blain ) s'avère être tout sauf beau, lorsque François ( Jean-Claude Brialy ), son vieil ami, débarque dans sa ville natale.

 


François est revenu dans son village natal pour une convalescence. Il avait souffert d'une maladie grave et vient y chercher le repos et la tranquillité. Mais il ne trouve rien de tout cela. La vie de son ami s'est dégradée fortement. Serge est marié à Yvonne, qui l'adore, mais qu'il méprise injustement en raison de leur premier enfant, mort-né.

Il boit presque sans arrêt en compagnie d'un homme plus âgé appelé Glomaud, qui peut ou peut ne pas être le père de Marie, la sirène locale. La propriétaire de la pension de François lui indique que Marie se " fiance" avec un homme différent chaque jour. Marie est joué par Bernadette Lafont qui réussit, malgré ses 19 ans au moment du tournage, à rendre crédible ce rôle de bombe sexuelle.

Chaque événement ajoute à l'incompréhension entre François et les villageois. Lors d'un bal, il s'oppose soudainement au traitement qu'inflige Serge à Yvonne. Il suit Serge dans la rue et ils se battent. Obstinément, François reste dans le village pour exécuter ce qu'il croit être une action rédemptrice.

Il commence à neiger. Une nuit, avec Serge presque ivre-mort, François est au chevet d'Yvonne qui est en train d'accoucher de son deuxième enfant. Il se dépense sans compter pour faire venir le docteur, puis pour retrouver Serge qui s'est sauvé.

Le docteur est pessimiste sur la survie de l'enfant. Apparemment affaibli par le froid, François sort une fois de plus pour se mettre en quête de Serge. Il le trouve dans une grange et doit le traîner dans la neige. Une fois arrivé, il  le réveille avec une poignée de neige, au moment où les cris de son fils brisent le silence. 

Rien de gratuit dans ce long métrage où tout se réfère à une symbolique. En cela se reconnaît la fascination qu'exerce sur Chabrol son maître Hitchcock. Le psychanaliste et l'ésotériste ont ceci de commun que, cerbères du domaine des songes, ils sont les détenteurs de son trousseau de clefs. Le beau Serge présente une suite de scènes subjectives qui nous plongent dans le monde du désir immédiat. Et bien qu'il n'y ait pas de réel conflit dramatique, il y a du Tennessee Williams dans cet opus où l'on plonge dans le même ennui prégnant, la même infinie tristesse. Chacun dans ce village cherche un refuge : Serge et son beau-père dans l'alcoolisme, Marie dans la nymphomanie, le prêtre dans le réconfort sans doute illusoire des belles paroles. Jusqu'au bal, moment privilégié pour s'affronter. Au milieu de cette petite société, la femme de Serge est la seule qui conserve intact son amour de la vie. Elle est l'élément positif, celle qui refuse de fuir, de se fuir.
Quant au film, il se déroule à la manière d'un ballet où les êtres tour à tour se cherchent, s'évitent, s'épient, se quittent, selon des affinités le plus souvent illusoires. S'il fallait le définir d'une phrase, on pourrait dire qu'il s'agit d'une ré-animation dans le sens de " rendre le souffle", de rendre à la vie à des personnages enkystés dans leur morosité. A ce village qui se meurt, François vient apporter une bouffée d'oxygène, redonner un second souffle à une micro-sociéré fantomatique. Par ailleurs, Chabrol a su donner à chacune des scènes le tempo de l'halètement et le photographe l'impression d'un enfermement dans un espace où l'air ne cesse de se raréfier jusqu'à l'oppression. Aussi le premier cri de l'enfant qui vient de naître correspondra-t-il au retour à la vie et à l'espérance.

 

Pour lire l'article consacré à Claude Chabrol, cliquer sur son titre :    

 

 CLAUDE CHABROL OU UNE PEINTURE AU VITRIOL DE NOTRE SOCIETE

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, dont les films de Chabrol, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

 

 

Partager cet article

Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA FRANCAIS
commenter cet article
30 novembre 2008 7 30 /11 /novembre /2008 23:42

 

 

 

MARCEL CARNE OU L'ALCHIMIE DU REALISME POETIQUE

 

VINCENTE MINNELLI, LE FLAMBOYANT

 

JAMES CAMERON OU LE CINEMA AUTREMENT

 

PIER PAOLO PASOLINI OU UN CINEMA METAPHORIQUE

 

KIYOSHI KUROSAWA OU UN CINEMA DE LA DETRESSE 

 

Jean Renoir - portrait 

 

KENJI MIZOGUCHI OU LA FINALITE INEXORABLE DE L'ART 

 

BILLY WILDER, LE FAUX CYNIQUE 

 

COCTEAU ET LE CINEMA 

 

STEPHEN FREARS OU LA DIVERSITE DES GENRES 


JERRY LEWIS, LE DERNIER CLOWN 

 

JEAN VIGO OU LE COMBAT SOCIAL 

 

ALAIN RESNAIS OU UN CINEMA DE LA MEMOIRE 

 

STEVEN SPIELBERG OU LA LEGENDE EN MARCHE 

 

JEAN-PIERRE MELVILLE OU L'OEUVRE AU NOIR   

 

MICHAEL HANEKE   

 

CLAUDE MILLER VU PAR DEUX ECRIVAINS   

 

ROMAN POLANSKI OU UN CINEMA MARQUE PAR L'HOLOCAUSTE 

 

NANNI MORETTI OU UN CINEMA GENERATIONNEL 

  

THEO ANGELOPOULOS OU L'ODYSSEE DU QUOTIDIEN   

 

HOWARD HAWKS, L'HOMME PRESSE 

 

LOUIS MALLE ou UN CINEMA BUISSONNIER 


ABBAS KIAROSTAMI OU LE LABYRINTHE des SOURCES 

 

FRANCIS FORD COPPOLA - PORTRAIT           

 

MARTIN SCORSESE - PORTRAIT   

 

LUIS BUNUEL OU LE DETACHEMENT VOLONTAIRE    

 

ALAIN CAVALIER, CAVALIER SEUL DU 7e ART  

 

TERRENCE MALICK, POETE PANTHEISTE DU 7e ART      

 

ORSON WELLES OU LA DEMESURE   

 

SERGIO LEONE OU LE CINEMA COMME OPERA BAROQUE 

 

MARIO MONICELLI OU LE CINEMA DE L'ANTI HEROS 

 

JAMES IVORY OU GRANDEUR ET DECADENCE DES CIVILISATIONS 

 

WOODY ALLEN OU UN GENIE TOUCHE-A-TOUT 

 

ALAIN CORNEAU          NIKITA MIKHALKOV OU LE PASSE REANIME 

 

JANE CAMPION , UN CINEMA AU FEMININ          

 

CLAUDE CHABROL OU UNE PEINTURE AU VITRIOL DE NOTRE SOCIETE 

 

ZHANG YIMOU - PORTRAIT            

 

AKIRA KUROSAWA OU UN ART PICTURAL EXTREME 

 

JACQUES PERRIN OU UN PARCOURS D'EXCELLENCE 

 

STANLEY KUBRICK OU LE REGARD CAMERA         


CHARLIE CHAPLIN OU LE VAGABOND DE GENIE

 

DAVID LEAN, L'IMAGIER PRESTIGIEUX          

 

JEAN-LUC GODARD OU UN CINEMA IMPERTINENT 

 

GERARD OURY, LE MAGICIEN DU RIRE      

 

PEDRO ALMODOVAR OU UN CINEMA ANTICONFORMISTE 


MICHELANGELO ANTONIONI OU UN CINEMA SUR L'INCOMMUNICABILITE 

 

LUCHINO VISCONTI OU LA TRAVERSEE DU MIROIR 

 

LEE CHANG-DONG, L'AUTEUR PHARE DU CINEMA COREEN 

 

CLAUDE SAUTET OU LES CHOSES DE LA VIE        

 

LA NOUVELLE VAGUE ET SES JEUNES TURCS 

 

RENE CLAIR OU L'ESPRIT FRANCAIS          

 

LES GRANDS MAITRES DU WESTERN 

 

INGMAR BERGMAN OU UN CINEMA METAPHYSIQUE 

 

ERIC ROHMER OU UN CINEMA DE LA PAROLE        

 

FRITZ LANG, UN CINEMA DU DESENCHANTEMENT      

 

JACQUES DEMY, L'ENCHANTEUR 

 

FRANCOIS TRUFFAUT OU LE CINEMA AU COEUR               

 

DAVID LYNCH          DINO RISI         SYDNEY POLLACK          

 

CLINT EASTWOOD - PORTRAIT 

 

FEDERICO FELLINI        JACQUES TATI OU LE BURLESQUE REVISITE 

 

ANDRE CAYATTE,UN CINEMA PLAIDOYER       

 

JEAN-PAUL LE CHANOIS ET LE REALISME SOCIAL 

 

JACQUES BECKER, UN CINEMA DU DESTIN           

 

ROBERT BRESSON OU UN CINEMA DE LA PERSONNE      

 

MAX OPHULS ET LE CINEMA BAROQUE 

 

CLAUDE AUTANT-LARA, UN CINEASTE DERANGEANT         

 

CHRISTIAN-JAQUE, UNE FILMOGRAPHIE ECLECTIQUE 

 

JEAN DELANNOY ET LE CINEMA LITTERAIRE          

 

JULIEN DUVIVIER ET LE REALISME PSYCHOLOGIQUE 

 
HENRI-GEORGES CLOUZOT ET LE SUSPENSE DIABOLIQUE

 

RENE CLEMENT ET LE CINEMA D'APRES-GUERRE 

 

ALFRED HITCHCOCK - UNE FILMOGRAPHIE DE L'ANXIETE 

 

 

Collection Christophe L.  Collection Christophe L.   Collection Christophe L.  MK2 Diffusion

 

  Collection Christophe L. Moune Jamet TFM Distribution


 

Partager cet article

Published by Armelle BARGUILLET - dans LES REALISATEURS DU 7e ART
commenter cet article
26 novembre 2008 3 26 /11 /novembre /2008 11:33

        


Comme le disait Pascal, il n'y a qu'une chose qui intéresse l'homme, c'est l'homme. Tout ce qui entoure l'acteur doit être subordonné à ce but : mettre le public en contact avec un être humain.

                                              Jean Renoir   ( Ma vie et mes films )

 

A propos de Jean Renoir qu'il admirait, François Truffaut disait : Jean Renoir ne filme pas des situations mais des personnages. Effectivement, le cinéaste a toujours considéré le scénario comme quelque chose de relativement accessoire, un instrument parmi d'autres de la mise en scène. Pour lui, l'idéal eut été un film sans sujet, axé prioritairement sur l'acteur auquel il revient d'exprimer la vérité intérieure d'un personnage. C'est la raison pour laquelle il a utilisé fréquemment de longs plans filmés en continu, soit des plans-séquences, afin d'éviter d'avoir à couper une scène en une multitude de plans courts, ce qui aurait pour conséquence de troubler l'inspiration du comédien.
Ne filmant pas des idées- comme le disait encore Truffaut - mais des hommes et des femmes qui ont des idées, Renoir assigne au 7e Art un seul but, apparemment modeste, en réalité infiniment complexe et incertain : mettre le public en contact avec des individus que le dialogue, l'image, la situation, le décor, les éclairages contribuent à révéler.

 


La fonction que Renoir donne à la caméra et à l'art cinématographique est résumée de manière claire dans l'un de ses plus admirables chefs-d'oeuvre La règle du jeu ( 1939 ), où l'auteur devient entomologiste et réussit à constituer, à partir de ses divers personnages, un documentaire aussi fouillé qu'il le ferait dans la nature avec des animaux. Dans un film dramatique, avouait-il - l'acteur ne s'enfuit pas, mais c'est son naturel qui s'enfuit, et c'est pis. Ainsi Renoir sera-t-il toujours en quête de cet homme tout court, démuni, tour à tour ridicule, prétentieux, mégalomane, menteur, parfois criminel, mais si souvent émouvant dans sa recherche obstinée du bonheur. Et c'est cet homme-là, qu'à travers une filmographie exceptionnelle, il tente de saisir. A partir d'un jeu d'associations, d'idées libres, l'auteur donnera corps à un vieux projet, celui de mettre en scène une société riche et complexe et un ensemble de personnages dans un milieu extrêmement élégant et mondain. Le lieu qu'il choisit pour que les acteurs trouvent la vérité de leurs personnages sera la Sologne, région marécageuse entièrement dédiée à la chasse. N'ayant de compte à rendre à personne, puisqu'il vient de fonder sa propre société de production la NEF, Renoir a les mains libres et peut travailler à son rythme, en laissant mûrir ce qui est au départ une idée générale, abstraite et difficilement communicable. Peu à peu, il parviendra à atteindre une sorte d'idéal : un film sans sujet, basé sur les sensations du metteur en scène, traduites à l'usage du public par les acteurs. Bazin écrivait à propos de ce film d'un raffinement rarement égalé : que Renoir était parvenu à se passer totalement de structure dramatique et avait réalisé une oeuvre qui n'est qu'un entrelacs de rappels, d'allusions, de correspondances, un carrousel de thèmes où la réalité et l'idée morale se répondent sans défaillance de signification et de rythme, de tonalité et de mélodie ; mais cependant merveilleusement construite dont nulle image n'est inutile ni placée à contre temps. C'est une oeuvre qu'il faut revoir comme on ré-écoute une symphonie, comme on médite devant un tableau, car on en perçoit mieux chaque fois les harmonies intérieures.


Paulette Dubost et Nora Gregor.  

 

La situation de départ, basée sur une série d'imbroglios amoureux, peut apparaître comme vaudevillesque. Mais de ce point de vue, elle se distingue de la production française de l'époque parce que la trame est totalement problématique et qu'elle ne décrit que des personnages sympathiques et sincères, non misérables ou tarés, si bien que nous assistons à un vaudeville en quelque sorte inversé, à l'histoire la plus anti-dramatiques qui soit, où des gens sincères, honnêtes et généreux n'ont d'autre souci que de devenir encore plus sincères, honnêtes et généreux...Mais ils n'en dansent pas moins sur un volcan. Dans cette atmosphère de fin de règne pour ne pas dire de fin du monde, Renoir dresse le portrait extrêmement précis et détaillé de ces grands bourgeois d'avant-guerre, dé-synchronisés de leur époque, communauté isolée, coupée de tout, où la règle du jeu n'est fondée que sur une seule obligation qui ne souffre aucune dérogation : tenir son rang. Tout est donc permis à la seule condition que chacun puisse feindre de ne rien voir et de ne rien entendre et ne se livre que très discrètement à son petit jeu d'intrigues et de pouvoir.


Nora Gregor et Jean Renoir.


Leur drame réside dans le fait qu'ils se sont abandonnés, par confort ou paresse, à un courant irréversible qui ne cesse plus de les entraîner dans des marais, eaux stagnantes, eaux mourantes où ils s'enseveliront et disparaîtront corps et biens. Nous ne sommes- dit Renoir - que des jouets, des automates dans la main des dieux qui nous mystifient et que nous cherchons, en retour, à mystifier. La sincérité démontre qu'elle provoque parfois autant de catastrophes que le mensonge. Toute vérité est sans doute bonne à dire, mais encore faut-il qu'elle soit dite au bon moment. Pour vivre ensemble, nous supporter, nous sommes ainsi faits que nous avons besoin d'un ensemble de lois, de codes, de ce que le cinéaste appelle la règle du jeu. Cette règle nous assigne nécessairement des rôles et par là même des costumes que l'on se doit d'endosser. Lorsque l'habit est trop étroit ou trop lourd à porter, il en résulte toutes sortes d'ennuis, de complications, de malentendus, voire de catastrophes. Retrouver l'innocence perdue, vivre sans se travestir est un rêve romantique impossible à atteindre et c'est cette vision prophétique qui fait de La règle du jeu une tragédie sur les limites de toute liberté, de la mort une invitée au bal, du désespoir l'envers fatal des sentiments.

Et que se passe-t-il donc dans cette règle du jeu, sinon des chassés-croisés amoureux, celui de Christine et de Jurieu l'aviateur qui croient s'aimer ; celui de Geneviève et du marquis de la Chesnaye qui s'aperçoivent qu'ils ne s'aiment plus ? Par ailleurs, chez les domestiques, les intrigues vont également bon train entre Marceau le braconnier et Lisette mariée au garde-chasse Schumacher. Tout cela aboutira à des pugilats qui seront brusquement interrompus, lors d'une partie de chasse, par des coups de feu. A l'issue d'épisodes mouvementés et trompés par l'obscurité, les protagonistes finiront par tuer l'aviateur mais la règle du jeu, qui régissait ce petit clan, sera sauve et chacun, déçu et blessé, reprendra le cours habituel de sa vie.

Le film, mal reçu à sa sortie, provoquera un déchaînement de haine et une confusion indescriptible aussi bien dans les milieux populaires que bourgeois. Très affecté, Renoir tentera de sauver son film en supprimant de nombreuses scènes, si bien qu'aucune version intégrale ne subsistera après la guerre et qu'il faudra attendre les années cinquante pour reconstituer, à partir des négatifs, les copies que nous pouvons visionner aujourd'hui avec bonheur.

 

5-etoiles

 

Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

Et pour prendre connaissance de l'article consacré au cinéaste cliquer sur son titre: 

 

Jean Renoir - portrait

 

Retour à la page d'accueil
 

 


Roland Toutain et Nora Gregor.

 

Partager cet article

Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA FRANCAIS
commenter cet article
19 novembre 2008 3 19 /11 /novembre /2008 18:47

Angelina Jolie. Universal Pictures  

      

 

Filmée par une caméra sobre, d'un classicisme rigoureux, cette histoire vraie, qui se produisit à Los Angelès dans les années 1920, aurait pu sombrer dans le mélodrame le plus pompier si elle n'avait pas été mise entre des mains expérimentées, alors que, servie par le style économe et sans emphase d'un Clint Eastwood, elle donne lieu à un film sombre et limpide, traversé d'une violence contenue qui s'empare de vous sans plus vous quitter.
Car, certes, l'histoire est à peine crédible. Pensez donc : une jeune femme se fait enlever son bambin de 9 ans lors d'une courte absence. Lorsque la police le lui rend quelques semaines plus tard devant la presse rassemblée, la mère s'aperçoit avec effroi que l'enfant n'est pas son fils Walter. Embarras du policier qui s'est chargé de l'enquête, désespoir de la mère qui, dorénavant, va devoir ferrailler sans faiblir contre une coalition d'incompétents qui la fera d'abord passer pour fabulatrice, puis pour folle. Et lorsque la malheureuse produira enfin preuves et témoignages irréfutables, on la fera interner dans un hôpital psychiatrique pour délire paranoïaque.

" Nous n'avons rien inventé -dira Eastwood - une grande partie des dialogues est la retranscription mot à mot des minutes du procès. Ce que dit le médecin, le chef de la police, même les propos de l'accusé principal sont ceux que les témoins ont rapportés ".

Ce récit abracadabrantesque a été rendu plausible non seulement par la précision documentaire de son scénario, mais par une mise en images qui s'est voulue discrète. " J'avais une bonne histoire et de bons acteurs " - confiera le cinéaste aux journalistes - aussi ai-je fait ce qu'il y avait à faire. Je n'avais aucune envie de m'agiter ou de faire les pieds au mur avec ma caméra. Comme spectateur, je n'aime pas qu'on exhibe la réalisation. Dans Million Dollar Baby, la caméra se déplace beaucoup, mais très lentement, on ne se rend pas compte des mouvements. Je n'aime pas que les prises de vues soient telles que les gens pensent au réalisateur qui la dirige et à l'opérateur qui tient la caméra ".

 

On connaît la modestie de Clint qui s'applique ici, comme dans ses oeuvres précédentes, à concentrer l'action sur le sujet lui-même, sujet qui n'est autre que le combat solitaire d'une femme pour la reconnaissance de ses droits et que rien, ni personne, ne pourront détourner de son objectif qui est de faire triompher la vérité et la justice. Petite soeur de Josey Wales, hors-la-loi ou de L'homme des hautes plaines, elle lutte certes avec d'autres armes que les leurs, mais la même détermination face aux machinations perverses d'une police corrompue. Seul le pasteur, le Révérend Briegleb ( John Malkovich parfait ) osera prendre fait et cause pour cette mère douloureuse qu'aucun obstacle ne parvient à décourager : ni les menaces, ni la prison, ni la mort...


Angelina Jolie. Universal Pictures


Angelina Jolie, dans le rôle de Lara Croft, alias Christine Collins, irradie sous sa cloche en feutre qu'elle ne quitte presque jamais et qui met en valeur ce qu'il y a de plus touchant dans son visage : ce petit quelque chose de désabusé dans la bouche, de pathétique dans le regard. Nul doute - et nous nous en étions déjà aperçus dans Un coeur invaincu ( 2006 ), cette actrice est une tragédienne. Elle en a l'étoffe, l'inquiétude, l'indignation, l'émotion constante, ce feu souterrain qui brûle en elle et que le cinéaste - par souci de sobriété - a su atténuer par un jeu de photographie et de lumière qui tend vers le noir et blanc. Tout est mis en oeuvre pour que l'offense faite à l'enfant et à sa mère reste dans une dramaturgie maîtrisée, celle d'un auteur qui a toujours préféré le laconisme à la grandiloquence. Ce film confirme, si besoin était, que l'inspiration de Eastwood se plaît à exalter le courage des figures obstinées que les tragédies les plus noires ne parviennent pas à abattre. Mythe de l'héroïne seule contre tous qui re-dessine les contours d'un archétype familier, dont les hommes ont besoin pour éclairer leurs fantasmes. On se demande, après avoir vu L'échange, comment Sean Penn au dernier Festival de Cannes a pu bouder ce mets de choix ...

 

Pour lire l'article consacré à Clint Eastwood, cliquer sur le titre :    CLINT EASTWOOD - PORTRAIT

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN & CANADIEN, dont la plupart des films de Eastwood, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN



Partager cet article

Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA AMERICAIN & CANADIEN
commenter cet article
12 novembre 2008 3 12 /11 /novembre /2008 12:26

Isabelle Adjani. Collection Christophe L.


Adèle H est l'histoire romancée de la fille cadette de Victor Hugo qui, courtisée par l'officier britannique Pinson ( Bruce Robinson ), va le suivre jusqu'à Halifax et le harceler de son amour exalté dans ses diverses affectations. La première idée de Truffaut était de faire un film sur l'amour à sens unique, total, absolu, définitif, qu'une jeune femme peut éprouver pour un homme qui ne l'aime pas. La seconde était de faire une oeuvre avec le maximum de violence intérieure, de violence émotionnelle s'entend. Ces deux intentions seront rendues possibles grâce au jeu exceptionnel d'Isabelle Adjani dans le rôle d'Adèle et de la musique tout aussi persuasive de Maurice Jaubert, bien que cette dernière ait été composée bien avant les premières prises de vue.
Maurice Jaubert, connu des cinéphiles pour ses illustrations musicales des films de Vigo et de Carné, devait mourir en 1940 et fut, par conséquent, le compositeur posthume de 4 films de Truffaut : L'histoire d'Adèle H.  L'argent de poche, L'homme qui aimait les femmes et La chambre verte. Si bien que le film ne fut pas seulement écrit à partir d'un canevas littéraire inspiré du journal d'Adèle Hugo mais du schéma musical qui prend sa source dans la bande-son de la Suite française de Jaubert, rédigée entre 1932 et 1933.
On comprend aisément pourquoi François Truffaut a pu être séduit par cette musique. En dehors de la violence émotionnelle de la dernière partie du film, le saxophone assourdi fait entendre la voix d'un instrument qui correspond absolument aux vibrations du coeur déchiré d'Adèle et devient en quelque sorte sa voix, l'expression de sa solitude et de son absolue et passionnée dévotion pour le lieutenant français. Car cet amour non partagé est devenu obsessionnel au point que la jeune femme se ment à elle-même, qu'elle vit une sorte de dédoublement permanent, une quête folle qui, après l'avoir menée à Halifax, la conduira jusqu'à l'île de la Barbade avant qu'elle ne passe les quarante années restantes de son existence dans un asile d'aliénés ( comme Camille Claudel qu'Adjani interprétera également à l'écran ).


Isabelle Adjani. Collection Christophe L.


Musicalement le film recrée les ambiances des années 30, de ces harmonies auditives qui, à l'époque, marquèrent profondément Truffaut. Selon Adjani, ce qui intéressait presque exclusivement le cinéaste, était la peinture d'un caractère solitaire. Avec un certain nombre d'autres thèmes récurrents de sa déjà importante filmographie, dont celui d'écrire une fiction à partir de la réalité. Pour lui, Adèle Hugo se considérait comme orpheline et rejetée par les autres parce que son père avait toujours préféré Léopoldine dont la mort l'avait brisé. Truffaut a très bien su faire le lien entre la noyade de Léopoldine et la symbolique de l'eau qui marque le film dès la première scène où l'on assiste à l'arrivée d'Adèle à Halifax à bord d'un navire et la dernière qui se clôt sur un plan où elle est à nouveau debout devant les vagues. Adèle est ainsi associée à l'eau à travers ses cauchemars répétés. Il apparaît que la mort de sa soeur a intronisé son propre drame d'avoir été cette autre fille que son père n'a pas su ou voulu aimer.
La vie d'Adèle sera donc un naufrage annoncé, dominé par les bruns et les teintes assourdies et par la musique qui amplifie ce qu'il y a de sombre dans cette passion sans issue et ce désir inassouvi. Les plans et le cadrage sont eux aussi très soignés. Par ailleurs, le film étant consigné sur le visage d'Adjani, il fallait - écrira Nestor Almandros - un décor presque monochrome. Au cinéma, nous voyons les images dans l'obscurité, notre vision est de ce fait intensifiée. Si l'on souhaite obtenir des tonalités vraies, il faut baisser les tons du décor et des costumes. Ici la composition et l'éclairage rappellent le XIXe siècle des lettres et des journaux intimes. Et que fait Adèle H sinon de consigner d'une plume fièvreuse ses souvenirs comme pour nous convaincre que sa pasion malheureuse est d'abord une quête intérieure romantique.


Isabelle Adjani. Collection Christophe L. 


Le succès d'Adèle H aux Etats-Unis fut immense et le film couronné de nombreux prix. Quant à Adjani, elle est dans ce rôle absolument bouleversante. Son metteur en scène disait d'elle : " Je ne peux la comparer à personne et, à cause de cela, elle me maintient dans une grande tension, car elle me demande beaucoup d'explications qui m'obligent à m'interroger moi-même sur la fonction d'acteur ".
Ce qui me donne le courage de faire des films -
disait-il encore - c'est qu'au cinéma on ne se sent pas solitaire. le drame des peintres abstraits et des musiciens actuels, c'est la solitude. Mais quand je tourne un film et que j'ai le trac, je sens que les acteurs sont plus fragiles que moi, je sens qu'ils sont perdus dès le premier jour de tournage et qu'ils me font confiance. Je sais aussi que je peux les aider à progresser dans leur carrière, que nous allons faire un travail très concret qui va peut-être nous réchauffer le coeur".

 

Pour lire l'article consacré à François Truffaut, cliquer sur son titre :  

 

FRANCOIS TRUFFAUT OU LE CINEMA AU COEUR


Et pour consulter la lsite complète des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, dont La nuit américaine et Le dernier métro, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

 

Partager cet article

Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA FRANCAIS
commenter cet article
8 novembre 2008 6 08 /11 /novembre /2008 15:29

 Beta Film GmbH  


                                      1932 - 1984

 

Le cinéma m'a sauvé la vie - écrivait François Truffaut, avant d'ajouter : si je me suis jeté dans le cinéma, c'est probablement parce que ma vie n'était pas satisfaisante pour moi dans les années de première jeunesse, à savoir les années d'occupation. De dix à dix-neuf ans, je me suis jeté sur les films : je n'ai pas de recul là-dessus.
Et il est vrai qu'avant de devenir cinéaste, Truffaut fut cinéphile, puis critique, métier qu'il pratiquera avec passion. Il fut d'ailleurs un critique redouté et le plus souvent perspicace quant à ses jugements sur le talent des autres.


Le sien, il commencera à l'exercer dans Les mistons ( 1957 ) où apparaît une configuration qui se perpétue à travers toute son oeuvre : un garçon troublé par une belle femme lui fait une déclaration d'amour écrite. Dans ce premier long métrage, nous voyons une bande de jeunes gens tombant sous le charme de Bernadette Lafont. Les petits voyeurs l'épient, interrompant les baisers qu'elle échange avec Gérard Blain.


L'enfance sera pour Truffaut une source inépuisable d'inspiration qu'il inaugurera avec  Les quatre cents coups ( 1959 ). Tout comme Antoine Doinel, son héros, Truffaut fit de la salle de cinéma un chez lui de substitution. Son regard sur son art s'aiguise avec Tirez sur le pianiste ( 1960 ), film noir, jouant sur un registre tragi-comique, où l'on découvre un Charles Aznavour déchiré entre deux femme qu'il ne parvient pas à sauver. Truffaut avait adapté son film d'un roman de David Goodis, transformant un ensemble de rues sombres en un terrain fertile pour gangsters comiques et amants maudits.

 

François Truffaut derrière la caméra. Collection Christophe L.


On retrouve le mélange des tons dans Jules et Jim ( 1961 ), adapté lui aussi d'un roman, celui auto-biographique d'Henri-Pierre Roché qui traite de l'amitié, de l'amour et de la vénération de deux amis inséparables pour une déesse qui se révélera trop humaine sous les traits de Jeanne Moreau ( Catherine ) qui incarne à leurs yeux la sublime statue. Grâce à une caméra mobile, Truffaut suscite notre intérêt pour des personnages qui, de prime abord, ne semblent pas sympathiques et, par ce subterfuge, ni ne condamne, ni n'approuve cette relation triangulaire, laissant à la responsabilité du public la spéculation morale. La caméra s'autorise de grandes libertés, additionne travellings, panoramiques et ouvertures de champ, ce qui est encore amplifié par la musique. Le Tourbillon entonné à mi-film par Catherine évoque ce qu'il y a d'éphémère dans cette rencontre qui ne sera rien d'autre qu'une brève aventure, une séparation, puis une réunion post mortem, comme si la fin du film suggérait un cycle perpétuel de recommencements.

 


Si Truffaut s'est affirmé comme le cinéaste le plus " littéraire " de la Nouvelle Vague, s'il a montré un penchant pour le commentaire en voix off, c'est parce que ses personnages et sa mise en scène sont particulièrement concernés par le langage. Ses héros ont souvent à voir avec l'écriture, il arrive qu'eux-mêmes rédigent des romans comme dans L'homme qui aimait les femmes. Il n'est pas rare non plus que le cinéaste glisse ici et là des citations puisées dans ses films préférés. Toujours pénétré de la fibre critique et historienne du temps où il écrivait aux Cahiers du cinéma, Truffaut aimait à témoigner dans ses films de sa conscience aiguë d'une continuité cinématographique et à établir une relation avec ses prédécesseurs.

 

Mais ce sont les incertitude de l'amour qui composent la clé de voûte de l'oeuvre, que ce soit dans les années Léaud ( Baisers volés, Domicile conjugal, L'amour en fuite, Les deux anglaises et le continent ), plus tard dans La nuit américaine, L'enfant sauvage, Une belle fille comme moi, où l'on voit constamment des êtres emprisonnés en eux-mêmes, marginalisés par une société qui ne peut pas les accueillir et qui entretiennent avec l'amour, dont ils ont tant besoin, une relation difficile et angoissante. En ayant souvent recours à la voix off, Truffaut annonce clairement qu'il se considère comme un conteur et ne craint pas d'user d'une narration sophistiquée, ce que beaucoup lui reprocheront.

 


Avec Adèle H, l'histoire d'amour va se décliner sous le mode du JE. Le caractère autonome de cette sombre passion prend un relief particulier lié à la symbolique de l'eau figurant d'abord la noyade de Léopoldine, la fille préférée du père ( Victor Hugo ), l'évocation de l'île, celles de Guernesey et Jersey où l'écrivain vécut en exil et, enfin, le naufrage d'Adèle dans la folie. Et cela sur fond de musique, saxophone qui devient en quelque sorte la voix d'Adèle, comme "Le Tourbillon" avait lié ensemble, dans une sorte de tournoiement, un amour à 3 visages.

 

 

Ce contrepoint entre le littéraire et le cinématographique, le visuel et le sonore, le texte pré-existant et l'image animée est au centre de cette filmographie ; nous sommes là en présence d'un réalisateur pour qui les livres et les films ont toujours été plus " réels" que la vie, aux yeux de qui le passé semble plus vivant - ou tout au moins plus riche esthétiquement - que le présent.

 

Isabelle Adjani. Collection Christophe L.


Après viendront des films comme L'amour en fuite, La chambre verte, Le dernier métro et La femme d'à côté. Le réalisateur renoue avec les thèmes de la douleur de la passion romantique et de la violence émotionnelle de l'amour empêché. Curieusement Vivement dimanche, son dernier opus se conclut par une balle dans la tête, alors qu'un an plus tard, le 21 octobre 1984,  l'auteur s'éteindra d'une tumeur au cerveau, laissant derrière lui une oeuvre majeure née sous le signe de la révolte et devenue, au fil du temps, classique. Son itinéraire dit tout ensemble sa passion de la littérature, son goût pour le policier, son amour des femmes, enfin son inaltérable regard d'enfant sur la vie contemplée depuis l'objectif d'une caméra ultra sensible.

 

Pour lire les articles consacrés "Aux acteurs et actrices de la N.V." et "La N.V. et ses jeunes turcs", cliquer sur les titres :

 
LES ACTRICES ET ACTEURS DE LA NOUVELLE VAGUE    

 

LA NOUVELLE VAGUE ET SES JEUNES TURCS

 

Et pour consulter les critiques que j'ai consacrées à des films de Truffaut, comme Jules et JimAdèle H., La nuit américaine et Le dernier métro, cliquer sur le lien ci-dessous :  

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS  

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

   

 

FRANCOIS TRUFFAUT OU LE CINEMA AU COEUR

Partager cet article

Published by Armelle BARGUILLET - dans LES REALISATEURS DU 7e ART
commenter cet article
1 novembre 2008 6 01 /11 /novembre /2008 11:59

Sony Pictures Releasing France     VIDEO


La salle était pleine hier soir pour assister à la sortie très attendue du 22ème épisode de la série fameuse des James Bond, film haletant et spectaculaire d'un style un peu différent des précédents ( mais je ne les ai pas tous vus ), et qui fait suite à Casino Royale où l'on voyait mourir Vesper ( Eva Green ) la compagne de Daniel Craig, dont la motivation principale va être désormais de rechercher les vrais coupables. Cet opus nous présente donc un héros en proie, pour la première fois, à des sentiments personnels qui vont le mettre en porte à faux avec sa haute direction et faire de lui un fauve solitaire froidement déterminé à satisfaire sa vengeance. Faisant fi des aventures amoureuses, le James Bond d'aujourd'hui travaille pour lui et voit les dangers se multiplier et le cerner de toutes parts : de la CIA comme du M 16 Britannique, son propre service qui lui reproche avec véhémence de se laisser aveugler par ses ressentiments. Ce thème donne lieu à des séries de poursuites plus spectaculaires les unes que les autres avec des effets spéciaux époustouflants, que ce soit en bateau, en avion ou en voiture, elles sont la grande réussite de ce film.


Daniel Craig. Sony Pictures Releasing France


Le principal ennemi de Bond va être un méchant à l'apparence ordinaire, psychopathe de surcroît, homme d'affaires impitoyable et puissamment riche, admirablement campé par Mathieu Amalric, qui tente de mettre la main sur les ressources quasi inépuisables de la matière première qui, bientôt, sera plus précieuse que l'or : l'eau. S'en suivent des actions qui vont les opposer et nous balader à une vitesse hallucinante aux quatre coins de la planète pour finir, après de multiples rebondissements, dans un désert où l'homme riche nous apparaîtra soudain plus vulnérable que son justicier, l'un ayant peut-être son compte en banque mais l'autre son incorruptible force de caractère.


                 Daniel Craig. Sony Pictures Releasing France Anatole Taubman et Mathieu Amalric. Sony Pictures Releasing France


Daniel Craig se révèle une fois encore très convaincant, froid, robuste, violent, dont le regard d'un bleu d'acier n'est pas sans rappeler celui de Poutine. Mais oui ! et je ne crois pas être la seule de cet avis...
Dire que ce film ne m'a pas déçue serait faux. Car le scénario m'a semblé assez plat, alignant les unes à la suite des autres des séquences d'action, des slaloms en hors-bord, voire des explosions pyrotechniques impressionnantes, mais sans causes apparentes, tant la psychologie des personnages est reléguée au second plan. Nous sommes totalement immergés dans un monde de brutes et cernés par des comploteurs machiavéliques proches de la trilogie vengeresses de Jason Bourne que, personnellement,  je préfère.

 
Alors James Bond dans tout cela ? Il est bien là mais changé et assez différent du héros incarné autrefois avec panache par Sean Connery, l'invulnérable. Le héros de ce dernier opus ne l'ait plus ; il semble avoir pris du plomb dans l'aile et, malgré sa forme physique impressionnante, être en proie à des sentiments confus et victime d'une blessure intérieure secrète qui, certes, l'humanise. A ses côtés, une femme ravissante, Camille (Olga Kurylenko ), son double féminin, elle aussi assoiffée de vengeance et chaste amie d'une réalité passagèrement partagée. Tous deux sont aux prises avec des personnages inquiétants qui cherchent à asservir les nations sous le faux prétexte de préserver l'environnement, au point de préparer des coups d'Etat ( ici en Bolivie ) pour parvenir à leurs fins et satisfaire leurs appétits mercantiles. Cependant, malgré ses qualités indéniables, ce long métrage n'est pas parvenu à me séduire autant que Casino Royale. Une bande sonore trop agressive, une accélération de l'action trop hachée et brouillonne finissent par dissoudre toute annexe psychologique, faisant de ce film un spectacle purement visuel, qui m'est resté extérieur.

 

2-e-toiles



Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN & CANADIEN, cliquer sur le lien ci-dessous :



LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN


 Olga Kurylenko. Sony Pictures Releasing France


 

Partager cet article

Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA AMERICAIN & CANADIEN
commenter cet article
23 octobre 2008 4 23 /10 /octobre /2008 09:59


                                                            VIDEO

 

Voici un Woody Allen, version Marivaux remis au goût du jour et qu'on a saupoudré, pour faire actuel, d'une pincée d'homosexualité, aux prises avec les affres de l'amour de trois femmes et d'un homme dans les décors baroques d'une Barcelone estivale. Film plaisant, même si le metteur en scène ne peut échapper totalement aux clichés inévitables que le sujet traîne à ses basques. Mais c'est enlevé, bien rythmé, joliment interprété et ce libertinage ne cède à aucune vulgarité, malgré  l'ambiance barcelonesque torride.
Un soir, deux jeunes américaines venues passer leurs vacances dans la ville espagnole, l'une poursuivant une thèse sur la Catalogne, l'autre cherchant une vocation improbable de photographe dans le domaine de l'art, croisent dans une galerie, lors d'un vernissage, un peintre en vogue, du genre viril et maudit ( Javier Bardem ), qui leur propose avec effronterie de les emmener passer le week-end à Orviedo, sans leur cacher qu'il a envie de les mettre toutes les deux dans son lit. L'invitation est sans ambages, bien que prononcée selon les usages. L'une est prête à oser la transgression, c'est Cristina la blonde jouée par Scarlett Johansson, tandis que la brune Vicky ( Rebecca Hall ) d'un naturel raisonnable, s'élève vigoureusement contre cette suggestion qui la choque, bien qu'elle succombera la première.


Penélope Cruz, Javier Bardem et Scarlett Johansson. Warner Bros. France


Déboule un peu plus tard la femme légitime du don juan, incendiaire et suicidaire, qui va ajouter un peu de piment aux chassés-croisés d'un trio qui risquait de se scléroser. Superbe dans ce personnage de passionaria ibérique, Penélope Cruz enflamme la pellicule et ravive des amourettes un peu trop consensuelles, dans un décor idéalement catalan.
Il semble que Woody Allen, après une période anglaise plus sombre, retrouve avec cet opus inattendu une jeunesse dissipée et que, sur le tard, il se délivre enfin d'une vie entière d'angoisse existentielle. Vicky Cristina Barcelona est un film pétillant, léger et glamour, où l'on boit beaucoup, où la vie apparaît douce et soft, les femmes belles et insouciantes, l'homme satisfait et désoeuvré. On est là dans l'ivresse d'un immédiat taillé sur mesure pour la détente, le plaisir de l'oeil, le divertissement de qualité... made in Woody Allen. A n'en pas douter de l'ouvrage cousu de main.

 
3-e-toiles



Pour lire les articles consacrés à Woody Allen et à Penélope Cruz, cliquer sur leurs titres :  

 

WOODY ALLEN OU UN GENIE TOUCHE-A-TOUT        PENELOPE CRUZ - PORTRAIT



Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN & CANADIEN, cliquer sur le lien ci-dessous :



LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN


Javier Bardem et Rebecca Hall. Warner Bros. France

Partager cet article

Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA AMERICAIN & CANADIEN
commenter cet article
20 octobre 2008 1 20 /10 /octobre /2008 10:16

StudioCanal     VIDEO


Prudence et Balisaire Beresford se reposent dans leur propriété au-dessus du lac du Bourget, mais cette vie au ralenti n'est pas du goût de Prudence qui s'ennuie et rêve que quelque chose d'excitant survienne pour rompre cette douce monotonie. Ce voeu va se réaliser avec l'irruption de tante Babeth ( Annie Cordy ), spécialiste de papillons qui, en route pour l'Afrique, fait escale chez ses neveux et leur raconte comment elle vient d'être témoin d'un crime affreux, au cours duquel elle a aperçu, de la fenêtre de son compartiment, un homme étrangler une femme aux gants rouges dans le train qui venait en sens inverse. Cette histoire, à laquelle Balisaire ne croit guère, va déclencher chez Prudence la furieuse envie d'en apprendre davantage. Elle va profiter d'une absence de son mari pour se faire embaucher comme domestique dans un château baroque habité par une famille pour le moins surprenante, cette demeure se trouvant être placée en bordure de la voie empruntée par le chemin de fer et où Prudence s'imagine que le cadavre de la malheureuse victime a pu être balancé par l'auteur du crime. Et, en effet, elle va découvrir dans une annexe de la propriété, là où le châtelain, pingre et râleur, interprété par un Claude Rich un peu trop caricatural à mon goût, a réuni ses collections qui comportent, entre autres choses de grande valeur, plusieurs sarcophages authentiques. Je ne vous révèlerai pas la suite de l'intrigue, certes un peu longuette et alambiquée, mais qui vaut  pour la façon dont elle est traitée par un cinéaste qui se plaît à faire de ses films policiers ( celui-ci est la troisième adaptation d'une oeuvre d'Agatha Christie ) des comédies légères et impertinentes mais que l'on oublient vite.


André Dussollier et Catherine Frot. StudioCanal


Dans des paysages, la plupart du temps neigeux et assez gris, se déroule une action pleine de rebondissements et d'amusants clins d'oeil à des films anciens comme la scène où l'on voit Dussolier passer en kilt au-dessus d'une bouche d'aération, ainsi que le faisait Marylin dans Sept ans de réflexion , ou bien  d'autres qui ne sont pas sans une pointe de piment hitchcockien, mais le génie du maître en moins. Cependant, sans qu'il se renouvelle beaucoup par rapport à ses opus précédents Mon petit doigt m'a dit  ou L'heure zéro, eux aussi adaptés d'oeuvres d'Agatha Christie, ce dernier-né se laisse regarder avec plaisir, principalement pour le flegme d'André Dussollier, la pétulance et la cocasserie de Catherine Frot, tous deux excellents comme à leur habitude. Décidément Catherine Frot peut tout se permettre ; du drame à la comédie, jusqu'à la loufoquerie, elle sait doser son humour, son charme et son efficacité. Actrice très complète, elle forme avec André Dussolier le couple idéal de cette comédie divertissante et un peu surannée, où  leurs réparties font mouche jusqu'à cette dernière scène où le couple, prenant la poudre d'escampette devant leur maison envahie par leur progéniture, se retrouve à camper à la belle étoile.


2-e-toiles

 

 

Pour lire l'article consacré à Catherine Frot, cliquer sur son titre :    CATHERINE FROT



Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer sur le lien ci-dessous :



LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 


André Dussollier. StudioCanal

Partager cet article

Published by Armelle BARGUILLET - dans CINEMA FRANCAIS
commenter cet article
17 octobre 2008 5 17 /10 /octobre /2008 11:39

 000000000000000000000000000000000000000.jpg

                    
                                         VIDEO


Une de nos actrices les plus talentueuses, Stéphane Audran, discrète et pudique, n'a jamais fait parler d'elle, sinon pour nous convaincre par son jeu sensible qu'elle était la digne continuatrice des grandes comédiennes d'avant-guerre.

Née le  8 novembre 1932 à Versailles d'un père médecin et d'une mère enseignante, Stéphane Audran, qui s'appelait encore Colette Suzanne Dacheville, une fois ses études secondaires achevées, devient l'élève de Charles Dullin, de Tania Balachova et de Michel Vitold, avant d'être découverte par Claude Chabrol qu'elle épousera en secondes noces, après son divorce d'avec Jean-Louis Trintignant. Sa carrière débute par un petit rôle dans Les Cousins (1959) que Chabrol, en découvreur de talent averti, lui confie avant de la révéler dans Les Bonnes Femmes (1960), puis de l'imposer en vedette dans une quinzaine de ses films ; on retiendra, tout particulièrement, ses prestations dans Les Biches (1968), La Femme infidèle (1969), Le Boucher (1969), Les Noces rouges (1973), Violette Nozière (1978), Le Sang des autres (1983), Poulet au vinaigre (1984) ou Betty (1992) où, grâce à la qualité de son jeu fait d'intelligence, d'une séduction un peu froide et d'une classe évidente, elle séduit  le public et devient une comédienne incontournable des années 60/80.  Elle obtiendra le César de la meilleure actrice en 1978 pour Violette Nozière où, curieusement, apparaît la nouvelle égérie de Chabrol : Isabelle Huppert. Le couple va se séparer en 1980 et la carrière de Stéphane Audran en souffrira fatalement. On la verra encore dans Le soleil en face ( 1980 ) de Kast, Coup de torchon ( 1981 ) de Tavernier,  dans l'inoubliable rôle de Babette dans Le Festin de Babette ( 1987 ) de Gabriel Axel qui est sans nul doute sa prestation la plus éblouissante, et, dernièrement,  dans La fille de Monaco ( 2008 ) auprès de Fabrice Lucchini.


Michel Bouquet et Stéphane Audran. Collection Christophe L.

 

Dans La femme infidèle face à Michel Bouquet, dans Le boucher  face à Jean Yanne, dans Coup de torchon, et, davantage encore, dans son rôle de Babette, on se rappelle de la finesse, de l'élégance, de la subtilité de ses interprétations qui, toutes,  frappent par l'intensité des expressions et une silencieuse et indiscutable présence. Pas d'effets, mais une interrogation permanente, quelque chose d'indicible et de pathétique dans le regard, une délicatesse dans les gestes, une économie étonnement efficace. Je compte cette merveilleuse actrice, qui a su se retirer sans faire de vagues,  parmi mes préférées.

 

Pour consulter les critiques de films intérprétés par l'actrice, dont La femme infidèle et Le festin de Babette, cliquer sur les liens ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS         LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN



Jean Yanne et Stéphane Audran. Collection Christophe L.

    

    

 

Partager cet article

Published by ABARGUILLET - dans ACTEURS DU 7e ART
commenter cet article

Présentation

  • : LA PLUME ET L'IMAGE
  • LA PLUME ET L'IMAGE
  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
  • Contact

Profil

  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.

Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

ET SI VOUS PREFEREZ L'EVASION PAR LES MOTS, LA LITTERATURE ET LES VOYAGES, RENDEZ-VOUS SUR MON AUTRE BLOG :  INTERLIGNE

 

poesie-est-lendroit-silence-michel-camus-L-1 

 

Les derniers films vus et critiqués : 
 
  yves-saint-laurent-le-film-de-jalil-lespert (1) PHILOMENA UK POSTER STEVE COOGAN JUDI DENCH (1) un-max-boublil-pret-a-tout-dans-la-comedie-romantique-de-ni

Mes coups de coeur    

 

4-e-toiles


affiche-I-Wish-225x300

   

 

The-Artist-MIchel-Hazanavicius

 

Million Dollar Baby French front 

 

5-etoiles

 

critique-la-grande-illusion-renoir4

 

claudiaotguepard 

 

affiche-pouses-et-concubines 

 

 

MES FESTIVALS

 


12e-festival-film-asiatique-deauville-L-1

 

 13e-FFA-20111

 

deauville-copie-1 


15-festival-du-film-asiatique-de-deauville

 

 

Recherche