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9 mai 2009 6 09 /05 /mai /2009 10:07

 

      VIDEO


Michel Bouquet et Charles Berling.  
   

Avec Comment j'ai tué mon père , Anne Fontaine, la réalisatrice de Nettoyage à sec, nous plonge dans l'histoire douloureuse de trois hommes (un père et deux frères) que la vie a séparés et qui vont être soudain confrontés, lors de retrouvailles inattendues, non seulement avec l'autre mais avec soi..

Maurice ( Michel Bouquet ), médecin généraliste, qui a disparu depuis de longues années pour avoir choisi d'aller exercer son art en Afrique, abandonnant femme et enfants, débarque sans avoir prévenu personne au cours d'une soirée d'anniversaire, chez son fils aîné, un brillant médecin qui dirige une clinique de gérontologie. Jean-Luc ( Charles Berling ) s'est installé dans une vie bourgeoise à Versailles. Entre sa clinique privée, sa femme, sa maîtresse et son frère cadet, qui lui sert de chauffeur, il a organisé, en apparence, son emploi du temps de façon à jouir au maximum des agréments de la vie. Quand son père ré-apparaît, c'est alors que la belle façade se fissure. Patrick, le frère, comédien raté, interprété par  Stéphane Guillon , est bouleversant dans un rôle de clown triste, adolescent prolongé que l'absence du père a contribué à déstructurer. L'un des meilleurs moments du film est sans conteste son monologue théâtral sur  les deux heures de sa vie passées avec son père. Notons que ce texte fut rédigé par Stéphane Guillon lui-même.

Après un début un peu lent, on se laisse gagner par cette histoire qui aborde avec intelligence et sensibilité les questions fondamentales de l'amour filial, de l'amour tout court et des valeurs de l'existence. Michel Bouquet est impressionnant de justesse dans le rôle du père démissionnaire, tandis que Charles Berling campe avec talent, sur une gamme d'émotions qu'il tente de maîtriser avec plus ou moins de succès, un adulte qui n'est pas parvenu à pallier à son propre vide existentiel.

 

C'est, en effet, de façon feutrée qu' Anne Fontaine  traite les rapports difficiles d'un père et de ses fils, ce père ayant abandonné son foyer sans donner d'explication, il y a de cela trente ans, pour gagner l'Afrique et y exercer sa profession de médecin...dans la brousse. Depuis lors Jean-Luc et son frère n'ont reçu que quelques cartes postales. Or voilà qu'il sort subitement de l'anonymat où il s'est complu,  sans que l'on sache pour quelles raisons et dans quel but. Est-ce pour empoisonner leurs vies, est-ce pour leur donner, sur le tard, un signe d'affection ? Toujours est-il qu'il va tisser avec la femme de Jean-Luc, la jolie Isa (  Natacha Régnier  ), une relation privilégiée et contribuer à résoudre un drame. La jeune femme souffre de ne pas avoir d'enfant, sans supposer un instant qui en est la cause. En effet, son médecin de mari lui a prescrit un traitement qui n'a d'autre fin que de la rendre stérile. Pourquoi ? Simplement parce qu'il redoute d'être père. Le film s'articule autour de cette interrogation : Peut-on être père si on n'a pas été fils ?  - et a le mérite de la poser avec justesse et pudeur, par touches successives. En encourageant sa bru à prendre un autre avis médical, le beau-père permet à la vérité de se révéler et à la relation du couple de s'orienter différemment.  

Michel Bouquet et Natacha Régnier.      

Car si Jean-Luc a réussi sa vie professionnelle, il n'est pas parvenu à prendre en charge son existence d'homme et d'époux, repoussant sans cesse l'échéance de donner la vie, autrement qu'en cachette et sans en assumer les pleines responsabilités. La fin du film laisse peser l'énigme de la mort du père, d'un père qui s'est contenté d'être un géniteur, oubliant d'y adjoindre la mission d'initiateur et de passeur de témoin. Est-il trop tard ? Non, un geste sera ébauché, capable de faire refleurir l'espérance dans ces vies somnambuliques, le père retournant dans la brousse sauver des vies, Jean-Luc, sur la voie de son  salut personnel, ouvrant la sienne au projet de devenir enfin père.

Dans le rôle de Maurice, Michel Bouquet est prodigieux. Sa présence donne au film sa densité, sa cohésion, son mystère. Ses silences - et c'est à cela que l'on reconnaît un acteur d'exception - sont plus explicites que les quelques paroles qu'il prononce ; ses regards glacent ou émeuvent et nous dévoilent les failles d'une douleur muette, peut-être d'un remords. Pour lui faire face, il fallait un acteur chevronné et d'une carrure indiscutable: c'est le cas de Charles Berling,  parfait dans le rôle de Jean-Luc, homme figé en lui-même, clos sur ses souffrances et ses révoltes, dévitalisé par l'absence d'amour.
Un beau moment de cinéma à voir ou revoir qui nous donne l'occasion de nous interroger sur nous-même et notre propre filiation. Peut-être le plus beau film d'Anne Fontaine. Très supérieur à Coco avant Chanel.

 

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7 mai 2009 4 07 /05 /mai /2009 10:50

SND           

 

Pourquoi ne pas le dire tout de go que ce film est un coup de coeur, parce qu'il est bien amené, pudique, délicat, charmant, sensible, qu'il fait honneur à la production française et se laisse regarder avec un vrai bonheur.
Il s'ouvre sur le désespoir d'une jeune femme Chloé ( Florence Loiret-Caille ), que son mari vient de plaquer pour une autre, sans qu'elle n'ait rien vu venir, et la laisse seule avec deux enfants. Son beau-père - qui ne prend nullement fait et cause pour son fils - va l'emmener passer le week-end à la campagne pour tenter de prendre la mesure des choses et, autour d'un bon feu de cheminée, se laisser aller à des confidences, espérant peut-être qu'en s'ouvrant à elle de ses propres souffrances, il atténuera les siennes. Ainsi lui raconte-t-il ce que fut pour lui la passion qui le consuma jadis pour une femme qui n'était pas la sienne et qu'il n'a pas osé vivre jusqu'au bout par souci du devoir ou, plus encore, par lâcheté, faisant deux victimes : Mathilde, cette jeune femme qu'il aimait et qu'il quitte, et sa propre épouse dont il a empoisonné la vie. 


Marie-Josée Croze et Daniel Auteuil. SND


Les regrets, la nostalgie pour ce qui aurait pu être et ne fut pas sont le ressort de ce joli film  Je l'aimais de  Zabou Breitman , tiré d'un roman d'Anna Gavalda, adaptation fine et fidèle des propos de l'écrivain, que l'on doit également à la scénariste Agnès de Sacy, sans oublier, au passage, un clin d'oeil au magnifique  In the mood for love  de Wong Kar-wai. Avec ce dernier opus, qui fait suite à  Se souvenir des belles choses  et  L'homme de sa vie, la cinéaste revisite son sujet de prédilection la mémoire et élargit l'horizon d'Anna Gavalda, en y ajoutant sa rhétorique toute personnelle de la mise en scène. Grâce à un montage, qui sait user du flash-back sans jamais égarer le spectateur, la réalisatrice surfe avec intelligence sur passé et présent et nous livre l'autopsie d'un renoncement sans pour autant tomber dans le pathos et en évitant les écueils d'un maniérisme qui semblait la guetter dans son précédent ouvrage.

 


Marie-Josée Croze et Daniel Auteuil. SND

 

Ainsi signe-t-elle avec élégance un requiem délicat sur les sentiments perdus, les amours renoncés, les passions mal éteintes. Dans le rôle de Mathilde, cette jeune femme rencontrée à Hong-Kong et pour laquelle Pierre éprouvera une passion immédiate,  Marie-Josée Croze  est pleine de charme et de spontanéité face à un Daniel Auteuil,  qui me paraît être le maillon faible du film. Il ne suffit pas d'écarquiller les yeux et de parler d'une voix sourde pour signifier l'émotion et susciter celle du spectateur. Face aux 3 actrices qui l'accompagnent et sont toutes trois excellentes, il m'a semblé bien pâle.

 

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Daniel Auteuil et Florence Loiret. SND

 

JE L'AIMAIS de ZABOU BREITMAN
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6 mai 2009 3 06 /05 /mai /2009 08:35
1912 - 2007

1912 - 2007

Cino del DucaAffiche française. Rezo Films Les Grands Films Classiques 


Né à Ferrare, dans le nord de l'Italie, le 29 septembre 1912,  Michelangelo Antonioni, après une licence à l'Université de Bologne, rédige des critiques de films et de pièces de théâtre pour un journal, avant de s'inscrire à une école de cinéma " Centro Sperimentale". Peu après, il commence à rédiger des scénarii pour Rossellini et Fellini avant d'être l'assistant de Marcel Carné dans Les visiteurs du soir. Ces expériences successives l'incitent bientôt à réaliser, pour son propre compte, des documentaires et des courts métrages comme  Les gens du Po  ( 1943 ) ou  Nettoyage urbain  ( 1948 ) avec quelques points communs inévitables avec le mouvement néo-réaliste mené par Rossellini, dont il s'éloignera très vite pour imposer sa propre vision des choses et son style particulier.


C'est en 1950 que le cinéaste signe son premier long métrage  Chronique d'un amour et dévoile son goût pour la psychologie des personnages. Suivront  Les vaincus  ( 1952 ),  La dame sans camélias  ( 1953 ),  Femmes entre elles ( 1955 )  et  Le cri  ( 1957 ), qu'il construit tous sur le même modèle, celui d'une narration presque exclusivement introspective qui lui permet d'évoquer la solitude des êtres, une récurrente angoisse et la dissection du malaise contemporain.

 

 Tamasa Distribution   

 

 

Mais Antonioni est avant tout l'homme d'une trilogie étonnante avec L'avventura (1960 ),  La Notte  ( 1961 )  et  L'éclipse  ( 1962 ), réflexions particulièrement fines et intelligentes sur la difficulté des rapports humains et la fragilité des sentiments. Avec sa muse et compagne Monica Vitti, il s'affirme dans un style psychanalitique qui démontre que l'être n'agit que pour se voir agir, afin de devenir le spectateur privilégié de lui-même. Si bien que pour traduire sa pensée, il a recours à des images volontairement objectives à la façon d'un constat et, ce, très différemment d'un Fellini qui privilégie le rêve et le fantasme. Mais la sobriété de sa mise en scène, le poids de ses images qui s'éternisent sur les visages comme sur des icônes ne cesseront jamais de m'émerveiller.

 


Monica Vitti et Gabriele Ferzetti. Collection Christophe L.


Par ailleurs, Antonioni ne va pas se contenter de tirer les conséquences d'une expérience qui pouvait être capitale pour ses personnages, il cherche à signifier de quelle manière elle l'a été et s'intéresse surtout à ce qui va se produire ensuite et si cette absence est l'absence de l'autre ou,  plus généralement, l'absence de soi. Ainsi se focalise, à travers des films comme Blow up  ( 1966 )  Le désert rouge  ( 1964 ), Zabriskie Point  ( 1970 ), une oeuvre singulière qui traite de notre inadaptation au monde, de notre séparation d'avec lui et de sa reconquête possible à travers une re-coloration créative de l'univers. Est-ce la raison pour laquelle, il se réfugiait volontiers, depuis son accident cérébral survenu en 1985, dans le monde coloré des collages et mobiles ? Aussi laisse-t-il une trace profonde par son approche biaisée de la réalité, sa façon allusive de ne montrer que des bribes de récits et d'accorder aux temps morts la priorité sur la dynamique narrative.

 

Cinéaste cérébral, sans aucun doute, ce qui faisait de lui un réalisateur assez marginal - il avait néanmoins accédé, grâce à son talent et à son originalité et malgré ce qu'il pouvait y avoir d'hermétique dans son oeuvre, à la consécration internationale : Lion d'or à Venise, Palme d'or à Cannes ; de même qu'il exercera et exerce toujours une influence indiscutable sur les jeunes générations.  Car, ce que ce cinéaste critiquait amèrement, ce n'était pas le monde en lui-même, mais nos incohérences, notre permanent mal-être, comme s'il y avait de notre part, pauvres humains, une inadéquation entre nos aspirations modernes et nos névroses chroniques qui nous rendent inaptes à réaliser les mutations nécessaires. Cette oeuvre se singularise aussi par son dualisme avec, d'une part, le poids incessant du passé, les fatigues du monde et la psychose moderne et, d'autre part, notre cerveau capable de créativité et le nouvel espace-temps dont les puissances sont multipliées par les cerveaux artificiels. Quoi qu'il en soit, grâce à lui, nous conserverons en mémoire quelques-unes des plus belles pages du 7e Art.



Pour lire les articles consacrés à Jeanne Moreau, aux acteurs et actrices du cinéma italien et aux Réalisateurs, cliquer sur leurs titres :

JEANNE MOREAU       LES ACTRICES DU CINEMA ITALIEN  

      

LES ACTEURS DU CINEMA ITALIEN

 


                                  LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART


Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA EUROPEEN & MEDITERRANEEN, dont "L'avventura", cliquer sur le lien ci-dessous :  

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN


 

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2 mai 2009 6 02 /05 /mai /2009 09:12



 

Susan Vance, jeune femme riche et frivole fait la connaissance fortuite de David Huxley, un paléontologue qui courtise le millionnaire qui l'aidera peut-être à reconstituer le squelette d'un brontosaure. Elle tombe sous le charme de David et lui fait croire qu'elle court un danger ; elle doit en effet ramener à sa tante un « adorable » léopard du doux nom de Baby. Lorsque David s'aperçoit que la tante n'est autre que le mécène convoité, le film se transforme en une folle course-poursuite.

 

L'impossible Monsieur Bébé ( 1938 ) est probablement l'une des comédies les plus loufoques de l'époque, une « screwball comedy », littéralement « comédie de cinglés ». En effet, si le ressort comique du film repose d'abord sur l'opposition entre deux univers,celui de la recherche pour David et celui du luxe pour Susan, il n'en reste pas moins que tous les personnages sont hors-norme, y compris les animaux ! Susan court après un léopard, David après la clavicule d'un brontosaure et tous deux après le chien de la tante qui a enterré l'os tant attendu ! Hawks n'est pas juge de ses personnages, il n'impose pas de morale sociale, chacun amène à l'autre la douce folie qu'il espérait sans se l'avouer. David était sur le point de se marier avec sa secrétaire qui n'y voit qu'une « union professionnelle » (Le devenir des dinosaures !) et Susan était enfermée dans sa prison dorée.

 

Une fois arrivés dans la maison de la tante, les quiproquos s'enchaînent à vive allure. Howard Hawks n'hésitait d'ailleurs pas à réécrire certaines scènes au cours d'un tournage. David est devenu M. Bonos (forcément !), afin de ne pas éveiller les soupçons et se présente comme un chasseur de fauves. Comment alors oublier la scène où, intimidé par le léopard, il ressort de la salle de bains en déshabillé féminin ? Et celle où le major de la maison, véritable chasseur, s'étonne, quant à lui, d'entendre les rugissements d'un léopard en plein Connecticut, le pauvre Baby s'étant volatilisé... A ce propos, on se demande comment l'équipe de tournage est parvenue à faire de ce fauve un adorable animal de compagnie ?

 

Outre son rythme infernal et ses dialogues savoureux, L'mpossible Monsieur Bébé impose également le personnage féminin comme le meneur de l'intrigue. Si Susan demeure maladroite, elle est avant tout intelligente et volontaire, elle parvient à embarquer David dans son périple et le séduit. Katharine Hepburn est alors l'incarnation de la femme émancipée, élégante et drôle. Elle montre toute la richesse de son jeu, elle qui deux ans auparavant jouait déjà avec Cary Grant, le rôle d'une femme se faisant passer pour un homme dans Sylvia Scarlett de Georges Cukor. Un parallèle qui permet d'apprécier autrement la prouesse du duo de Hawks. Dans L'impossible Monsieur Bébé, Hepburn domine un Cary Grant dépassé par les événements ; dans Sylvia Scarlett, Hepburn se fait lâchement manipuler par un Cary Grant, escroc à la petite semaine. Tous deux se révèlent des acteurs très complets, pouvant tout aussi bien susciter le rire que l'émotion et à l'aise dans les personnages les plus contrastés. La scène où Katharine Hepburn se fait passer pour une gourgandine pour tromper le shérif, qui l'a coffrée ainsi que son cher David, démontre son don d'ubiquité et son grand talent d'actrice. Elle est inénarrable.

 


Enfin, L'impossible Monsieur Bébé doit sa magie à un cinéaste unique, Howard Hawks. Celui-ci a réalisé au moins un chef-d'oeuvre dans chaque genre : la comédie (Chérie, je me sens rajeunir, Les hommes préfèrent les blondes), le film noir (Le grand sommeil, Le port de l'angoisse), et le western (Rio Bravo). Qui dit mieux ?



Son oeuvre a été saluée comme celle d'un précurseur qui sut devancer son temps et s'identifier pleinement à l'Amérique contemporaine qu'il peindra d'un trait ferme et sans complaisance. Dès 1932, son cinéma s'inspire des crimes d'Al Capone et surprend par la nervosité de sa mise en scène. Les films suivants enchaînent des sujets divers et des scénarii inventifs qui frappent par leur rythme et la vivacité des dialogues. En même temps, Hawks s'impose comme un remarquable directeur d'acteurs, révélant la jeune Carole Lombard et dirigeant nombre de vedettes de l'époque comme Gary Cooper, Joan Crawford, Edward G. Robinson et, dans L'impossible monsieur bébé, le couple Katharine Hepburn/ Cary Crant. Sobre, usant du moins de plans possibles et de peu d'effets de montage, ce cinéaste brillant placera toujours sa caméra à hauteur d'homme. Mais il saura contrecarrer sa sobriété par les plans majestueux d'une nature sauvage et la force intérieure de ses personnages peu enclins aux compromis, axant son objectif sur l'importance des conflits intérieurs. Avec cette comédie, il nous montre également que l'humour ne lui était pas étranger, bien au contraire, et combien étincelante est sa virtuosité à enchaîner des scènes rocambolesques sans jamais sombrer ni dans le ridicule, ni dans le vulgaire.

 

4-e-toiles

 

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29 avril 2009 3 29 /04 /avril /2009 08:42

 

Equation

 

                                                     VIDEO


Dans l'agitation de Kaboul, ville tout ensemble remuante et fantomatique, Khaled, chauffeur de taxi, prend en charge une femme vêtue de sa burka. D'elle, il ne remarque que deux choses : elle est grande et elle a un grain de beauté sur la cheville gauche. Lorsqu'elle descend de sa voiture et se perd dans la foule, elle laisse sur le siège arrière son bébé de quelques mois, enveloppé dans ses langes. Le film va nous conter alors les trois jours que Khaled va vivre pour tenter de retrouver la mère et l'évolution de ses sentiments qui vont, au fil des heures, osciller entre abandon et adoption. En effet, Khaled a cinq filles et pas de fils et comme le lui font remarquer ses amis : Khaled, dans quelques années, cet enfant sera une aide pour toi.

Le scénario, auquel a participé Jean-Claude Carrière, est mince et le film pourrait très vite tourner en rond, mais  Barmak Akram,  avec ce premier long métrage  L'enfant de Kaboul ( Kabuli Kid ), nous offre son oeil de cinéaste pour nous faire visiter sa ville natale et nous permettre de  la découvrir autrement qu'au journal télévisé de 20 heures. Après vingt-cinq années de guerre, le décor est brut de brut, tout en plaies et bosses, noyé en permanence dans un nuage de poussière blanche... ou grise, tandis que le fond sonore est assuré par les bruits de rues, les klaxons, les appels des passants, les invites des commerçants ambulants et la musique contemporaine qui a enfin, après les années de silence imposées par les talibans, droit de cité en Afghanistan.


Equation

Les spectateurs que nous sommes deviennent ainsi les témoins de ces existences rudes, de ces vies saisies sur le vif où règnent la débrouille mais également la misère quotidienne : ici des enfants orphelins, là des amputés et partout des femmes bleues, longues silhouettes qui avancent d'un pas rapide comme si elles avaient autant peur d'elles-mêmes que des autres. Grâce à Khaled nous entrons au sein d'une famille : dans une modeste cambuse vivent le vieux père, l'épouse et les cinq filles. Femme et filles soumises qui savent néanmoins jouer, rire, solliciter un petit présent, et servir les hommes avec grâce et discrétion. Incursion dans le quotidien de ces gens ruinés, en état de survie, dans un pays totalement désorganisé, un chaos indescriptible, l'amoncellement des ruines et où le statut de la femme est le pire qui soit. On se rend compte, à contempler cette immense misère, combien il est préférable d'avoir un fils en Afghanistan. Aussi l'arrivée incongrue de cet enfant mâle dans la famille de Khaled pourrait-elle changer la donne. Tous en sont conscients.


Equation


Le film permet également de côtoyer différentes institutions avec un regard amusé : l'orphelinat où le manque de moyens invite aux compromis, Radio-Kaboul et ses misérables locaux, enfin les ONG qui tentent, autant que faire se peut, d'apporter une aide aux familles et, principalement, aux enfants. Si bien que ce long métrage est peut-être davantage un documentaire qu'un film. Pas d'histoire émouvante mais un constat, une réalité qui est l'Histoire en elle-même, un voyage, un récit, un témoignage, rythmé par l'ordinaire des jours, une fatalité qui semble parfois esquisser un sourire.

Equation

 


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24 avril 2009 5 24 /04 /avril /2009 10:25

Warner Bros. France   Warner Bros. France    

 

 

Une petite fille du centre de la France, placée dans un orphelinat avec sa soeur, et qui attend en vain tous les dimanches que son père vienne les chercher. Une petite couturière destinée à refaire des ourlets dans l'arrière-boutique d'un tailleur de province. Une amoureuse qui sait qu'elle ne sera "la femme de personne", pas même celle de Boy Capel, l'homme qui pourtant l'aimait aussi. Une rebelle que les conventions de l'époque empêchent de respirer, et qui s'habille avec les chemises de ses amants. C'est l'histoire de Coco Chanel, qui incarna la femme moderne avant de l'inventer...

Voici ce qu' Anne Fontaine  a choisi de nous raconter dans son dernier opus, le plus classique, le plus amidonné de sa production, alors que le pari aurait exigé de l'audace et de l'impertinence. Si le film déçoit à maints égards, il n'en est pas moins agréable à regarder, élégant et raffiné, et nous révèle un  Benoît Poelvoorde  enfin  débarrassé de sa panoplie d'amuseur et de son goût prononcé pour le canular. Rendu à sa vraie nature d'acteur, le comédien belge campe un noceur désabusé, éleveur de chevaux et amateur de cocottes, faisant de Gabrielle sa petite geisha avant de se rendre compte que la diablesse l'a envoûté. Dans ce rôle d'Etienne Balsan, châtelain décadent, il est la vraie bonne surprise du film, et trouve là un rôle émouvant, plein d'une tendresse douce-amère, auprès d'une Audrey Tautou au charmant minois, certes, mais qui n'est pas aussi convaincante que lui dans son personnage de Coco avant Chanel. Si elle n'est pas Chanel, hormis l'habillement et la coupe de cheveux, elle n'est pas non plus Coco, pour la bonne raison qu'elle a trop de fossettes et pas assez d'angles pour représenter cette femme trempée, à la fois, dans l'acier et le vitriol, et qui ne fit jamais de concessions à qui que ce soit, dans le seul souci de son irrésistible ascension.


Audrey Tautou. Warner Bros. France

 


En définitive, ce biopic inspiré du livre d'Edmonde Charles-Roux n'est jamais qu'une version édulcorée de ce qui fit le sel, le poivre et le piment de cette existence de gagneuse et n'évoque que superficiellement le tempérament inflexible et la personnalité intraitable de la demoiselle de la rue Cambon. Si bien que l'on reste sur sa faim et que l'on se contente de voir défiler passivement des images léchées et habilement mises en scène ( Anne Fontaine a du métier ) sans être ému, sans vraiment entrer dans un sujet qui méritait mieux. Car, en y réfléchissant, ce destin est d'autant plus exceptionnel si l'on considère la condition de la femme à la fin du XIXe et au début du XXe siècle, et lorsque l'on sait que cette petite jeune fille, sans un sou, de condition plus que modeste et simple couseuse, est parvenue, malgré tout, à force de courage, de volonté et de talent, à créer l'empire Chanel. Oui, le défi fut considérable et la réussite exemplaire. Et notre déception d'autant plus grande que le long métrage gentillet, que lui a consacré la cinéaste, n'exhale rien de la senteur enivrante du N° 5 et si peu de la trajectoire passionnée de cette héroïne hors-norme. Le film reste un plaisant album de belles images précieuses et convenues, où l'on voit une femme tenter de se construire, mais où rien d'important ne nous est livré de ses combats intérieurs, de son évolution personnelle, de son époque même ; nous restons à la surface des choses, à leur apparence, à l'éphémère. Certes Audrey Tautou a une jolie frimousse ( qui fit merveille dans Amélie Poulain ), mais Mademoiselle Chanel, ce n'était pas une frimousse, plutôt un port altier,  un masque de souveraine. Et cela, Anne Fontaine l'a passablement oublié.


2-e-toiles
 

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22 avril 2009 3 22 /04 /avril /2009 10:26

EuropaCorp Distribution      VIDEO


Les héroïnes de  Benoît Jacquot  ont pour constance de prendre la fuite et de privilégier la rupture. Les unes faussent compagnie à leur famille pour suivre un braqueur de banque au Maroc ( A tout de suite ), d'autres s'évadent de Pont-à-Mousson avec l'espoir de rencontrer leur père sur le bord du Gange  ( L'intouchable ). Dans son dernier opus  Villa Amalia  - tiré d'un roman de Pascal Quignard - Ann (  Isabelle Huppert  )  quitte son mari, vend sa maison, brûle les photos de son passé et part dans une errance à la Antonioni qui la conduira jusqu'à la baie de Naples, après avoir surpris ce dernier dans les bras d'une autre. Jacquot filme, une fois encore mais avec un talent qui ne cesse de se décanter, l'itinéraire d'une solitude, une métamorphose physique et mentale, une quête d'un ailleurs intérieur ou plus simplement d'un " autrement ". Ann passe par la souffrance pour atteindre son noyau dur et espère que ce dépouillement la ramène au monde - analyse le cinéaste. Plonger vers autre chose en refusant de faire le tri, rompre définitivement et mêler ainsi la liberté à la nécessité. Tous ces modes de fonctionnement me ressemblent - dit-il encore. Dans "Villa Amalia", je m'identifie à mon personnage. Oui, je suis elle. Je suis Isabelle Huppert. Cela n'évoque-t-il pas le " Madame Bovary, c'est moi " - de Flaubert ?


Isabelle Huppert. EuropaCorp Distribution


Tenter de percer à jour quelqu'un comme Benoît Jacquot revient à refermer ses doigts sur le vide. Non qu'il cultive le secret pour le secret, mais il ne se livre qu'en creux et, à l'évidence, il ne déteste pas la psychanalyse ( n'a-t-il pas consacré un documentaire à Lacan ? ). Assistant de Marguerite Duras, cette expérience fut pour lui capitale. A la suite, il eut sa période Robert Bresson, puis celle où, sans se renoncer, il fit un chemin vers le public avec  La désenchantée

Mon histoire d'amour avec Dominique Sanda s'achevait. Judith Godrèche, une tornade, décida de façon téméraire et très amoureuse de me sauver. Elle m'a amené à réaliser un deuxième premier film. Elle a sauvé ma vie cinématographique en se proposant comme clé. Car, sachez-le, je ne peux filmer une comédienne que si j'en suis amoureux.

Le mot est lâché. Le regard du cinéaste Jacquot est d'abord un regard amoureux sur une femme qui est son double, sur ce qu'il y a en lui de féminin et d'interrogatif. D'où ses longs métrages intimistes qui ont tous des allures de mises à nu et sont d'abord des portraits de comédiennes : La fille seule, La désenchantée, L'école de la chair -  représentant des sortes de documentaires sur des jeunes femmes comme Judith Godrèche, Virginie Ledoyen, Isild Le Besco et Isabelle Huppert, qu'il fait tourner ici pour la cinquième fois. A son sujet, l'auteur précise :


Même si j'ai reconnu d'emblée une partition possible pour nous dans le roman de Pascal Quignard, je n'ai jamais été aussi sceptique quant à la réussite d'un film. Sur le tournage, Isabelle et moi avions pourtant l'impression que nous tracions ensemble quelque chose d'inédit, que nous touchions au coeur de la cible. Nous entendions résonner la note que nous cherchions depuis longtemps. Il faudra, désormais en traquer une autre.



Isabelle Huppert. EuropaCorp Distribution


Voilà un film étrange et réussi qui nous dépeint une existence en forme de désintégration de soi, un hymne à un narcissisme détaché ou résigné saisi avec une précision clinique et des images d'une beauté fascinante. Une oeuvre sur la primauté du moi, réalisée par un cinéaste au faîte de son talent et une actrice tout simplement exceptionnelle. Etonnant.

Actuellement, les cinéastes ont la caméra heureuse avec les femmes...

Pour lire l'article sur Isabelle Huppert, cliquer sur son titre :

 

ISABELLE HUPPERT - PORTRAIT

 

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20 avril 2009 1 20 /04 /avril /2009 09:43

Michelle Pfeiffer. Pathé Distribution

                                                     
                                                           

 

Elle est de ces rares femmes qui semblent avoir été créées pour faire rêver la pellicule. A peine apparaissent-elles sur l'écran que quelque chose se passe d'ineffable et de magique. Elles possèdent cette grâce particulière, ce charme incomparable de définir une féminité idéale, de transcender la nature humaine au point de la rendre immatérielle. Michelle Pfeiffer appartient à ce cercle restreint d'actrices qui, de Greta Garbo à elle, en passant par Danielle Darrieux ( rappelez-vous "La ronde" ou "Madame de"... ) Gene Tierney si fragile et évanescente dans "L'aventure de Mme Muir", Grace Kelly et Audrey Hepburn, ensorcellent les salles obscures.


Parce qu'elle semble intemporelle, Michelle Pfeiffer peut tout jouer et principalement les films en costumes, nous donnant à voir des femmes du passé qui finissent par nous paraître contemporaines, parce qu'elle leur apporte ce frémissement de vie, ce relief de tempérament et de caractère qui exaltent et ne figent pas. Car l'actrice est tout sauf fade. Terriblement vivante et présente, souvent drôle, fantasque, originale, inattendue, malicieuse, elle s'empare de la pellicule comme la lumière de l'ombre. Elle a le geste élégant mais vif, le visage fin mais mobile, la sensualité délicate mais intense. Excellente actrice, elle sait se couler dans la peau de personnages très différents, leur insuffler une énergie, leur conférer un relief, leur accorder une authenticité qui emportent l'adhésion.


Michelle Pfeiffer. Universal Pictures


Née en Californie le 29 avril 1958, son premier long métrage sera un téléfilm, suivi immédiatement par "Falling in love again" en 1979. Dès lors, elle n'arrêtera plus de tourner - sauf pendant quelques années où elle se retire pour élever ses enfants - avec les meilleurs réalisateurs et partenaires de la mecque hollywoodienne. La qualité de son jeu, l'émotion que suscite sa présence, sa capacité à rendre crédible n'importe quel personnage pour lequel elle éprouve des affinités auront vite fait d'elle l'une des stars les plus en vue du cinéma américain. Mais son exigence n'en est pas moins grande et l'incite à renoncer à ceux pour lesquels elle ne se sent pas en phase. C'est ainsi, qu'à la suite de ses refus, Sharon Stone récupérera à son profit les rôles titres dans  "Basic instinct"  et  "Casino" et se verra, à son tour, propulsée sur le devant de l'écran. 

 

Michelle Pfeiffer. Collection Christophe L.

 

Parmi les plus belles interprétations de Michelle Pfeiffer, il y a celle de Madame de Tourvel dans " Les liaisons dangereuses"  de Stephen Frears en 1988, qu'elle retrouve aujourd'hui avec "Chéri", et sa présence dans "Le temps de l'innocence"  ( 1993 ) de Martin Scorsese, où elle campe une Ellen Olenska bouleversante face à Daniel Day-Lewis. A son actif une trentaine de longs métrages qui en ont fait l'une des meilleures actrices de sa génération, capable de rebondir, de se renouveler à chacune de ses apparitions. Ainsi "Chéri", dernier opus de Stephen Frears, où elle nous surprend une fois encore par sa classe, sa présence, sa beauté et nous séduit dans le personnage d'une courtisane qui se vante de n'être jamais tombée amoureuse jusqu'au jour où une ancienne cocotte la charge de déniaiser son fils.
Et cependant l'actrice dit d'elle-même qu'elle est le contraire d'une éthérée. " Moi je me sens masculine dans ma façon d'être, et je suis toujours surprise de cette féminité exacerbée qu'on veut me prêter. Jeune, j'étais un garçon manqué, assez massive, du reste. Les sensations de l'enfance vous poursuivent toute votre vie : moi je me vois toujours comme ça, masculine ".

Pas nous !


Quant à Stephen Frears, qui la connaît pour l'avoir dirigée à deux reprises, il avoue :  "Le temps n'a pas de prise sur elle, mais comme c'est une actrice imaginative, elle use de son imagination."
Et il est bien qu'il en soit ainsi, que l'actrice puise dans son imaginaire les ressources nécessaire  pour nous restituer des êtres à jamais disparus ou simplement fictifs. Puisque l'âge n'a pas de prise sur elle, espérons que nombreux seront les metteurs en scène qui feront encore appel à son talent.

 

Pour consulter les critiques des films dont Le temps de l'innocence et Chéri, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

 

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Metropolitan FilmExport Universal Pictures Collection Christophe L. Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr

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14 avril 2009 2 14 /04 /avril /2009 09:24

 Océan Films   

 

 

Né à Shanghaï le 17 juillet 1958, Wong Kar-wai suit sa famille à Hong-Kong où son père est directeur d'hôtel et entreprend des études à l'école polytechnique de la ville avant de se tourner vers une carrière artistique et de devenir assistant de production à la télévision, puis assistant producteur et scénariste de téléfilms et de séries télévisées.
C'est en 1988 que, formé pendant quelques années dans le sérail, il réalise son premier film As Tears Go by et que celui-ci est présenté à la semaine de la Critique à Cannes, mais jugé trop violent par les Occidentaux.  Nos années sauvages ( 1990 ), son second opus, sera un échec commercial, malgré ses qualités évidentes, et la seconde partie ne parviendra jamais à être montée, faute de dividendes. Avec  Les cendres du temps( 1994 ), Wong Kar-wai s'attaque à une grande fresque historique qu'il ne lui demandera pas moins de deux années de travail et pour laquelle il usera de chorégraphies et de scènes de combats d'une extrême précision, en même temps qu'il affichera un casting prestigieux, ce qui lui méritera d'être présent à Venise et d'obtenir le prix de la Meilleure photo. Un grand pas est franchi.

 


18855461_jpg-r_760_x-f_jpg-q_x-20070907_051816.jpg  Wong Kar-wai


 

Epuisé par le tournage, le réalisateur décide de revenir à l'essence du cinéma et de filmer simplement des personnages dans le Hong Kong de son enfance, caméra à l'épaule. Le résultat en sera  Chungking Express,  un succès populaire qui le révèle enfin à un public international. Avec Happy Together( 1997 ),  tourné en Argentine, il remporte le Prix de la mise en scène à Cannes, mais crée le scandale en Asie où l'homosexualité est encore un sujet tabou.  In the mood for love  ( 2000 ), son septième film, touche à la magie. Le succès sera considérable et verra l'acteur principal - Tony Leung - couronné par le Prix d'interprétation masculine au Festival de Cannes de la même année. Sans rien dévoiler d'intime, le film dégage une sensualité intense et nous conte une histoire d'amour magnifiée comme rarement sur grand écran. Un chef-d'oeuvre absolu qui consacre son auteur comme l'un des maîtres du cinéma international et le plus grand du continent asiatique, capable de séduire le public dès ses premières images. Son romantisme désenchanté fait merveille et parait sans équivalent dans le 7e Art contemporain, un style qu'il développe avec son chef opérateur Christopher Doyle.

 


in-the-mood-for-love-00-09-g.jpg    In the mood for love


 

En prise directe avec la réalité, Wong Kar-wai  inaugure une sorte de romantisme urbain qui privilégie les personnages à l'histoire et se voit en quelque sorte dicté par les contraintes techniques qu'il rencontre. Il s'en explique :

" A Hong Kong, nous n'avons ni le temps, ni l'espace, ni les moyens de tourner autrement que la caméra à l'épaule ou en grand angle. Notre style n'a pas de considération esthétique. Notre style, ce sont les contraintes qui le créent. Peu d'argent, peu de temps pour filmer dans les lieux publics ".

 

Et, néanmoins, ce style fascine par la beauté nuitée des prises de vue, les éclairages qui rappellent ceux du peintre Le Nain et la passion de l'auteur pour le moindre détail et les toilettes féminines. Certains iront jusqu'à lui reprocher ce fétichisme ... Je ne m'en plaindrai pas, trouvant à chacun de ses films une puissance d'évocation rare, une virtuosité formelle et un goût de la séduction qui ne cessent de m'envoûter. Je crois ne pas être la seule.


Conforté par l'immense succès de In the mood for love, le cinéaste produit en 2004  "2046," qui reprend le même thème, sans parvenir à atteindre tout à fait  l'enchantement du précédent, mais où il renoue avec la quintessence de son art, véritable polyphonie amoureuse sur l'éclatement du temps à partir des souvenirs d'un séducteur qui recherche la femme dans toutes les femmes, ce, avec son acteur de prédilection Tony Leung et deux actrices magnifiques : Gong Li et Zhang Ziyi.


Océan Films     The-Grandmaster-Affiche-France


 

De même que l'on reprochera à son dernier opus  My blueberry nights ( 2007 ) d'être empreint de maniérisme et de laisser s'enliser une histoire trop convenue, comme s'il ne parvenait plus à sortir d'un exercice de style devenu vain car trop répétitif. Ce qui est aussi ridicule que si l'on reprochait à un grand écrivain d'écrire toujours le même livre. Alors qu'il faut considérer que le cinéaste indique ainsi, de façon elliptique, l'importance de la narration en images comme en mots, et interroge le cinéma sur ses capacités à jouer avec ses infinies possibilités expressives. Si bien que chacune de ses oeuvres n'est finalement qu'une nouvelle variation sur un sujet identique : une mélodie qui dessine avec le temps un tableau à chaque fois plus riche, plus complet et plus intemporel.

 

Wong Kar-wai présidera le jury du Festival de Cannes en 2006 et deviendra ainsi le premier réalisateur chinois à bénéficier de cet honneur. La même année lui sera remise par le ministre de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres la médaille de Chevalier dans l'ordre national de la légion d'honneur.

 

Aujourd'hui, il nous revient avec un film sublime The Grandmaster qui lui a demandé trois années de travail et qui, sans nul doute, l'installe définitivement sur les cimes du 7e Art.

 

 

Pour lire les articles consacrés à Gong Li, Tony Leung et aux Réalisateurs, cliquer sur leurs titres :


GONG LI - PORTRAIT        TONY LEUNG CHIU WAI       

 

LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA  ASIATIQUE, dont "In the mood for love", "Blueberry nights" et "The grandmaster" cliquer sur le lien ci-dessous :  

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA ASIATIQUE

 

 

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Norah Jones. Mars Distribution    My blueberry nights


 

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11 avril 2009 6 11 /04 /avril /2009 10:03

Pathé Distribution         

Stephen Frears  signe avec  Chéri,  son récent opus, un conte cruel et magnifique, qui séduit peut-être plus qu'il n'émeut, monde futile qui voit l'argent régner en maître et la férocité s'inviter en permanence dans le quotidien de ces femmes légères et vénales. Après  Les liaisons dangereuses  où Michelle Pfeiffer faisait déjà merveille, Frears nous livre, 20 ans après, une adaptation littéraire de Chéri d'après Colette. Fidèle au milieu dépeint par l'écrivain, il pose sa caméra au coeur du demi monde luxueux des courtisanes de la Belle Epoque et nous introduit au plus secret de la liaison entre Léa de Lonval, dans l'éclat de sa maturité, et le très jeune Fred Peloux, surnommé Chéri. Pour lui, c'est le premier amour ; pour elle, ce sera le dernier.
Frears, dont on connaît la sensibilité attentive et nuancée, mais également la verve satirique, n'a lésiné ni sur le raffinement des costumes de Consolata Boyle, ni sur la splendeur des décors signés Alan MacDonald, ni sur la musique très plaisante que nous dispense le compositeur Alexandre Desplat. Par ailleurs, le scénariste Christophe Hampton a su reproduire le style impressionniste de Colette et son tempo particulier, grâce à une écriture vive comme les battements de coeur des amants baignant ensemble dans les fastes de la fin du XIXe siècle, de même qu'il conduit au grand galop le récit de cette passion amoureuse qui sera lentement empoisonnée par un narcissisme envahissant.


Michelle Pfeiffer et Rupert Friend. Pathé Distribution


Frears dit à propos de ce film dont il ne cache pas qu'il fût le plus difficile à réaliser de sa carrière : Tout a l'air futile et spirituel chez Colette mais la tristesse se cache sous ce vernis, les sentiments sont suggérés. J'aime les écrans de fumée, ce qui n'est pas dit. Et il avoue qu'il lui a fallu sans cesse osciller entre le champagne, le brillant et le sombre, le tragique.
Ce qui en résulte est un film élégant qui unit avec subtilité la méditation sur le temps qui passe et la comédie de moeurs. S'y exhibe une panoplie de sentiments qui couvre un large spectre, allant de la perversité narquoise à la résignation digne. Dans ce duo qui pourrait très vite sombrer dans le ridicule, Frears, comme l'avait fait Colette, nous rend attachants et proches un jeune dandy creux et décadent et une cocotte délicieuse qui brûle en sa compagnie les derniers feux de sa beauté et nous montre, par là même, que ces gens apparemment frivoles souffrent autant, sinon plus que les autres, pour toutes sortes de raisons que nous n'avons pas de mal à deviner, puisqu'ils ont misé leur existence sur le superflu et l'éphémère.


Le réalisateur Stephen Frears et Michelle Pfeiffer. Pathé Distribution 

Michelle Pfeiffer et Stephen Frears


Si le film éblouit par ses qualités esthétiques et la rigueur de sa mise en scène, l'accent doit être mis également sur son interprétation et principalement sur la composition admirable que Michelle Pfeiffer  fait de son personnage de séductrice confrontée à son proche déclin. Alors que celui de Chéri, joué par  Rupert Friend,  manque de conviction et de charisme ( sans doute une erreur de casting ), elle est ni plus ni moins sensationnelle. Encore très belle, mais fragilisée par une fin de règne envisagée avec une fière résignation, elle en trahit la secrète douleur par un regard, un tremblement d'épaule ou, simplement, en se figeant pour mieux exprimer le désarroi des amours finissantes. Cousue sur elle comme la robe de l'ultime apparition, elle colle à son personnage, s'y fond avec une grâce émouvante, toute de retenue et de gravité, de nostalgie et de subite insouciance, et trouve dans ce rôle majeur sa vraie consécration d'actrice. Le film mériterait d'être vu, ne serait-ce que pour elle.

Une mention spéciale pour de  Kathy Bates  formidable dans celui haut en couleur de Madame Peloux.

Pour lire l'article sur Michelle Pfeiffer, cliquer sur son titre :

MICHELLE PFEIFFER - PORTRAIT

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA EUROPEEN & MEDITERRANEEN, cliquer sur le lien ci-dessous :  

LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 

 


Michelle Pfeiffer. Pathé Distribution

 

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LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

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