27 avril 2008 7 27 /04 /avril /2008 09:03

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Année 1973. Las Vegas, temple de l'argent, est gouverné de manière occulte par le tout puissant syndicat des camionneurs. Sous leur autorité, Ace Rothstein ( Robert de Niro ), homme impitoyable avec les tricheurs, règne sur l'hôtel-casino Tangiers et va se laisser séduire, pour son malheur, par une virtuose de l'arnaque d'une saisissante beauté, Ginger ( Sharon Stone ), que, très épris, il épouse sans tarder. Nicky Santoro ( Joe Pesci ), son ami d'enfance, est devenu son homme de main et sait avec brutalité s'acquitter des basses tâches. Une série de trahisons douloureuses vont cependant ruiner l'entente du couple et les dérapages ne vont plus cesser de se multiplier. Se sachant incomprise de son mari, Ginger sombre dans la drogue et cherche l'appui de Nicky, si bien que les affrontements de ce trio infernal vont bientôt leur nuire, d'autant qu'ils sont de plus en plus étroitement surveillés par la police et le FBI. Un terrible et ultime affrontement sera à l'origine de l'effondrement de l'empire...

Casino est une de ces oeuvres phares qui, à un moment donné, nous offre la somme de ce que, périodiquement, une civilisation engendre pour le meilleur et le pire, avec une force et une précision étourdissantes. A la fois lyrique et intimiste, ce film, l'un des plus aboutis de Martin Scorsese, bénéficie d'une parfaite adéquation entre un metteur en scène surdoué et des interprètes qui ont su pleinement et magnifiquement assumer leurs rôles. C'est le cas de Sharon Stone, qui obtiendra le Golden Globe de la meilleure actrice pour son admirable composition, où elle allie l'intensité et la fragilité à la façon des personnages chers à Tolstoï, ainsi que de ses partenaires, excellentissimes eux aussi : Robert de Niro et Joe Pesci. La richesse et la perfection de Casino en font une oeuvre dense et essentielle de par la réflexion qu'elle instaure sur les grandeurs et misères du pouvoir. On pourrait à ce propos la rapprocher d'un film comme  Ivan le Terrible, tourné par un Eisenstein alors au sommet de son art. Scorsese, qui est également au sommet du sien, y fait montre d'une science prodigieuse du rythme qui est l'un des éléments remarquable du film, en permanence sous tension, mais une tension  concentrée qui ne se disperse pas, se ramasse pour devenir l'oeil du cyclone ; tout cela servi par un contrepoint visuel et sonore d'une grande qualité ( une mention spéciale pour la très belle musique de Georges Delerue ). Tragédie- parodie d'une ampleur et d'une cruauté inouïes, ce long métrage s'apparente à une parabole d'une décadence à la romaine, lorsque les hommes se croient suffisamment maîtres de leur destin pour oser affronter les dieux, le final a de ce fait quelque chose d'infiniment tragique, comme si une malédiction en avait précipité l'embrasement. Il nous fait assister également à une triple désagrégation : celle d'un couple, d'une amitié et d'un empire.

                                Sharon Stone. United International Pictures (UIP)


Le cinéaste a pénétré cet univers du jeu avec une curiosité qui ne laisse aucun détail au hasard. Tout est montré avec virtuosité des plus secrets rouages de la machine Las Vegas. Les trucs des tricheurs, les magouilles nous sont présentés par une caméra acérée et percutante, non sans drôlerie, non sans férocité, en une série de séquences qui relèvent de l'anthologie. Sous nos yeux captivés se déploie un festival d'images qui, presque toutes, sont diaboliquement expressives et rendent compte des moindres ramifications de ce monde très particulier et incroyablement hiérarchisé dans la violence. Du cinéma de haut vol qui exerce sur le spectateur une fascination durable.

 

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MARTIN SCORSESE - PORTRAIT          ROBERT de NIRO - PORTRAIT

 

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LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 


                    Robert De Niro et Sharon Stone. United International Pictures (UIP)   Robert De Niro et Don Rickles. United International Pictures (UIP)

 



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24 avril 2008 4 24 /04 /avril /2008 09:48

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Aussi terrifiant que réussi dans son genre, (Rec.) à sa sortie en 2008 sut enflammer les festivals internationaux et le box-office espagnol. Un film d'horreur produit pour à peine 800.000 euros qui propose de suivre subjectivement un caméraman et une présentatrice de télé tournant un reportage sur des pompiers appelés à la rescousse d'une vieille dame dans un immeuble de Barcelone. Si ce film sort du lot des films d'horreur, c'est par l'intelligence de sa mise en scène et le fait que ses réalisateurs Jaume Balaguero et Paco Plaza ont tout fait pour préserver l'indispensable immersion du spectateur dans un tel projet. Balaguero s'en explique : " On voulait raconter une histoire typique d'horreur, mais d'une manière particulière, en direct, comme un reportage télé ". Et Plaza d'ajouter : " C'est la réalisation qui fait sa spécificité. Notre parti pris formel, qui impliquait de ne pas utiliser la musique ou le découpage, nous a poussés à être inventifs afin de suggérer le suspense, la tension et la peur, qui sont des émotions habituellement véhiculées par ces artifices-là. C'est pourquoi nous avons particulièrement travaillé les cadrages et le son, par exemple".

Au-delà de sa singularité, (Rec.) est représentatif de la vitalité du cinéma  fantastique espagnol qui s'est vu consacré en février dernier à Gérardmer du Grand prix pour L'orphelinat de Juan Antonio Bayona, prix du jury et prix du public pour (Rec.). Quelques semaines plus tôt, ces deux films avaient attiré respectivement 4,5 et 1,5 millions de spectateurs dans les salles hispaniques. Beaux succès quand on compare aux films français du même genre qui plafonnent habituellement autour de 100.000 entrées. Les fantômes ne sont guère prisés au pays de Descartes.

 

 

                    Doug Jones. Wild Bunch Distribution  Wild Bunch Distribution


L'origine de cette nouvelle vague typiquement espagnole remonte à plusieurs années. Juan Antonio Bayona précise à ce propos que le déclic a eu lieu au milieu des années 90, avec les premiers films d'Alejandro Amenabar et  Alex de la Iglesia.  Ouvre les yeux et Le jour de la bête furent effectivement de gros succès. De même, lorsque l'académie des goyas récompensa Tesis, quelque chose avait bougé et le cinéma de genre s'était vu légitimer, en quelque sorte. Pour eux, tout s'est joué à Sitgès, une station balnéaire catalane qui accueille chaque année un Festival du cinéma fantastique, l'un des plus courus au monde. Et Bayona d'ajouter : " Il y a ce que l'on peut appeler la génération Sitgès. Jaume Balaguero, Paco Plaza, Nacho Cerda, moi-même et bien d'autres nous sommes connus lors des différentes éditions de ce festival. Nous sommes d'abord venus en tant que spectateurs, puis comme journalistes, et désormais avec nos casquettes de réalisateurs !

 
Quant à l'auteur du  Labyrinthe de Pan,  il confirme l'importance de ce festival  : - " Je crois vraiment que Sitgès a été un lieu important pour le renouveau du cinéma de genre espagnol. Je me souviens que l'année où j'y ai présenté mon premier film Cronos, j'ai été interviewé par deux journalistes : Juan antonio Bayona et Jaume Balaguero ! La plupart des cinéastes viennent de la presse spécialisée dans le cinéma de genre, ils étaient journalistes avant de passer derrière la caméra, un peu comme la Nouvelle Vague française dans les années 60".

Mais il est probable, comme le suggère  Guillermo del Toro  que le succès de cette génération Sitgès ait des racines beaucoup plus anciennes, car les Espagnols ont toujours apprécié les choses de l'imaginaire et les ont prises au sérieux. " Pour eux, ce n'est pas un truc réservé aux ados - poursuit -il - mais quelque chose qui reflète ce que nous sommes au plus profond de nous". Ainsi le cinéma fantastique espagnol a-t-il de beaux lendemains en perspective, tant la critique comme le public l'ont plébiscité avec enthousiasme. En sera-t-il un jour de même en France.

 

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LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 

                         Belen Rueda. Wild Bunch Distribution

 

 

 

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22 avril 2008 2 22 /04 /avril /2008 18:03

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Nous sommes en Chine du Nord dans les années 20 : Songlian ( Gong Li ) âgée de 19 ans devient la quatrième épouse du riche maître Chen Zaoquian ( Ma Jingwu ). Elle va dorénavant vivre cloîtrée auprès des trois autres épouses qu'elle ne verra que lors des repas pris en commun. La première épouse Yuru ( Jin Shuyuan ), qui a dépassé l'âge de plaire, ne lui cause aucun souci. Mais il n'en est pas de même des deux autres avec lesquelles elle se heurte, parce que celles-ci, dévorées de jalousie, s'emploient, autant que faire se peut, à comploter les intrigues les plus fallacieuses ; la seconde épouse Zhuoyun ( Caoo Quifen ) se révélant véritablement machiavélique sous des dehors aimables. C'est elle qui provoquera indirectement la mort de Yan'er, la servante-concubine, puis de Meishan, la troisième épouse, ex-chanteuse d'opéra, qu'elle accuse d'adultère avec le docteur Gao. L'époux bafoué la fera exécuter par ses serviteurs dans la chambre des tortures et la vie reprendra son cours comme si de rien  n'était. Sauf pour Songlian qui, horrifiée par cet abominable assassinat, sombre dans la folie. C'est alors qu'une cinquième épouse vient enrichir la maison de ce maître qui jouit du droit de vie et de mort sur ses femmes.


SND   


Après Le Sorgho rouge et Ju Du, Epouses et concubines est le troisième volet que Zhang Yimou a consacré à la condition féminine dans la Chine d'avant-guerre, époque où l'épouse était totalement soumise à l'autorité maritale et ne pouvait s'affranchir que par la mort ou la folie. Bien qu'il soit constamment question des hommes, ceux-ci n'apparaissent que furtivement dans le film,  mais l'autorité dont ils bénéficient et qu'ils exercent sur leurs épouses captives, se révèle obsédante. Dans cet univers quasi carcéral, ce huit-clos oppressant gouverné par des rites immuables, le seul élément de vie est constitué par l'éclairage des lanternes rouges qui signale la visite du seigneur dans l'appartement de l'épouse qu'il est venu honorer pour quelques heures et qui doit se plier à ses exigences. Comme dans ses films précédents, Yimou fait appel à la même interprète féminine, Gong Li, avec laquelle il vivait alors. Remarquable Songlian, elle ne peut se résigner à n'être qu'un objet sexuel. Epouses et concubines se distingue comme un film d'une rare beauté esthétique avec des plans et des lumières raffinés à l'extrême, des images flamboyantes où l'unité de lieu est respectée et qui constitue par sa qualité, la rigueur de sa narration, un véritable joyau du 7e Art. N'oublions pas que ce long métrage contribua grandement à l'essor du cinéma asiatique, peu connu alors en France et même en Europe, et qu'il est une réflexion sur l'insoutenable condition féminine dans bien des pays encore. Yimou est de ceux qui ont donné à l'art cinématographique de leur pays ses lettres de noblesse. Un film que l'on revoit avec la même émotion parce qu'il semble défier le temps.

 

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ZHANG YIMOU - PORTRAIT       GONG LI - PORTRAIT


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                  Gong Li. Océan Films

 

 

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17 avril 2008 4 17 /04 /avril /2008 08:34

                          

 

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Entre rêve et réalité, le sixième opus du réalisateur Thaïlandais Ratanaruang, âgé de 46 ans, nous conte l'histoire de Wit et  Dang qui débarquent à Bangkok, en provenance des Etats-Unis, pour assister à des funérailles. Ils s'installent dans un grand hôtel, chambre 6003, reclus de fatigue. Ce couple, encore jeune, vit à New-York depuis plusieurs années et semble traverser une période difficile sur le plan conjugal. Tandis que la jeune femme s'écroule sur le lit, son époux descend au bar pour y acheter des cigarettes et engage la conversation avec une ravissante adolescente qui lui dit attendre sa mère venue de Suède. Pour lui permettre de se reposer avant son arrivée, il lui propose de monter dans la chambre, ce qui  a aussitôt le don de mettre sa femme hors d'elle. A partir de là, les délires de la jalousie et du désir vont s'emparer du récit et le couple se déchirer dans un huit-clos proprement hypnotique, car l'on voit se succéder des scènes érotiques dont on ne sait pas vraiment si elles ressortent du sommeil ou de la veille. Ensuite l'épouse, afin de se désaltérer, descend à son tour au bar et croise un ancien acteur qui l'invite à venir chez lui et qu'elle suit comme en un état second. Or il se révèle que l'homme est un maniaque sexuel. Le film s'achève au petit matin pour notre soulagement, car ce long métrage, exagérément maniéré et confus, accumule les facilités et souffre surtout d'une intrigue faible, qui, au final, ne tient pas la route et ne nous convainc à aucun moment, le cinéaste s'étant ingénié à nous désorienter sans parvenir à nous captiver. Dommage, car il ne manque pas de goût dans la mise en scène, les cadrages, la fluidité et l'esthétique des torrides scènes érotiques. Si, on admet volontiers que le cinéma asiatique est, sur ce plan-là, beaucoup plus libre que le nôtre, il n'en reste pas moins que l'on éprouve un certain malaise à jouer les voyeurs...

 

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                          Wild Side

                          Wild Side



 

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14 avril 2008 1 14 /04 /avril /2008 17:28

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Parce qu'il en avait assez des clichés autour du personnage légendaire de Genghis Khan, Sergei Bodrov a choisi de raconter, dans un premier temps, car une suite est prévue - l'enfance et l'adolescence tumultueuse de celui qui n'était encore que Temoudjin. Une incroyable destinée à laquelle le cinéaste du Prisonnier du Caucase s'est consacrée avec détermination, car il fallait oser porter à l'écran cette figure de l'Histoire qui hante encore les consciences asiatiques et européennes. Il fut sans nul doute l'un des plus grands conquérants que l'humanité ait connu, puisqu'il parvint à créer un empire colossal, comparable en taille à celui d'Alexandre.

Cette fresque épique, parfois un peu redondante, co-produite par l'Allemagne, la Russie et le Kazakhstan bénéficie de nombreux atouts : des décors naturels grandioses ( les steppes mongoles et chinoises ), le souffle puissant de ce personnage mythique qui saura unir pour conquérir, enfin le traitement musclé des combats à la manière de Zhang Yimou ou du Riddley Scott de Gladiator. Mais il est vrai que dès que le cinéaste passe à l'image numérique, les choses se gâtent et que les combats prennent une coloration artificielle et virtuelle regrettable. Heureusement, Bodrov n'en abuse pas et la plupart de ceux-ci sont des cavalcades superbes et impressionnantes de virtuosité. L'auteur sait rendre compte de ce qui est la marque indiscutable du génie mongol : la maîtrise de l'espace et l'art de guerroyer, cela grâce à l'alliance charnelle entre le nomade et sa monture. N'est-ce pas les Mongols qui ont inventé  la guerre éclair ? Leur avancée, au cours de leurs conquêtes, se firent plus promptement que celle des Panzer d'Hitler, lesquels eurent bien de la peine à venir à bout des grandes plaines russes et finirent, comme les armées napoléoniennes, par s'y enliser. Alors que le Mongol galope, détruit, se retire, revient, dévaste et disparaît. Pour bien rendre cet effet-là, Bodrov a particulièrement veillé aux assauts équestres par la restitution sonore du fracas des sabots et le piétinement sur le sol steppique d'une horde d'étalons. On s'y croit, même si cela est parfois un peu pénible pour notre ouie de spectateur...Il n'empêche qu'on se laisse prendre par ces reconstitutions tournées le mors aux dents à la gloire de la cavalerie légère et des charges héroïques.

D'autre part, en bon Russe, le cinéaste nous rend sensible la dimension spirituelle de son héros. Alors que l'Occident le considère comme l'un des plus sanguinaires guerriers de tous les temps, Bodrov réussit l'exploit d'en faire, certes un loup, mais un loup obsédé par la loi, un individu indiscutablement complexe mais dépourvu de haine comme le notait déjà René Grousset. Un solitaire entouré d'amis, un prince de sang qui reconnaissait ses bâtards, un prédateur qui n'aima jamais qu'une seule femme, un homme devenu fabuleusement riche mais qui ne quitta jamais sa yourte traditionnelle.
               


D'autre part, l'effort historique est louable et nous plonge dans le genèse d'une nation qui naît du chaos, nous décrivant les loi des clans, les divers rites, tout cela que le conquérant aura à charge d'unifier pour parvenir à rassembler les tribus égarées dans cet immense territoire. Aussi la destinée de ce grand guerrier est-elle fascinante, même si le film souffre de quelques répétitions dans son cheminement narratif. Cette réserve faite, Sergei Bodrov a su tirer le meilleur parti de cette dimension fantastique et nous décrire un destin qui tient de la légende à l'égal de ceux de Charlemagne et d'Alexandre le Grand. Il n'est pas de scène qui ne baigne dans l'atmosphère d'un temps où toute chose de ce monde possédait sa raison céleste. Jusqu'à la dernière, où le Khan triomphe de son dernier rival grâce à la survenue d'un orage, la nature s'étant faite la complice des desseins des dieux.

Que le cinéaste ait choisi Tadanobu Asano, un Japonais, pour incarner à l'écran Genghis Khan peut surprendre, mais l'acteur éclabousse le film d'une telle présence, d'une telle force et d'un tel mystère que l'on ne peut qu'entériner ce choix et s'en féliciter. Le casting est impeccable. Une mention spéciale à l'actrice Khulan Chuluun qui est  touchante de dignité et de beauté dans le rôle de Börte. En nous décrivant la marche irrésistible de ce souverain de l'univers, le film allie force et sensualité dans des décors à couper le souffle.

 

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13 avril 2008 7 13 /04 /avril /2008 08:54

                      

 

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Séverine, jeune épouse d'un chirurgien fortuné ( Jean Sorel ), semble vivre avec difficulté sa vie sexuelle et est assaillie par des phantasme confinant au sado-masochisme. Conseillée par un ami, elle se rend dans une maison close  et propose timidement ses services.. C'est là qu'elle trouvera, dans l'avilissement et la servitude, son épanouissement intime, tout en poursuivant, auprès de son mari, sa vie respectable et bourgeoise.

 

Tiré d'un médiocre roman de Joseph Kessel, Belle de jour  ( 1966 ) est sans doute, avec Viridiana, le chef-d'oeuvre de Luis Bunuel. Film érotique mais d'un érotisme suggéré, phantasmé, quasi irréel, il est troublant a plus d'un titre : principalement la co-existence, chez une même personne, de deux mondes, le réel et l'onirique, et la démonstration faite par le cinéaste que le chimérique est, chez certains, mieux éprouvé que le vécu. Le film apparaît ainsi comme un songe éveillé où l'illusion semble plus vraie que la réalité et où les tabous sont franchis plus aisément par l'esprit que par le corps. L'héroïne transgresse en pensée ses perversions mieux qu'elle ne s'en affranchit, car elle reste, dans l'existence, prisonnière de ses sentiments, de son milieu, de son couple. Ainsi Bunuel parvient-il à composer un puzzle, afin de rendre compréhensible un langage totalement irrationnel, et à nous brosser le portrait inégalable d'un personnage en proie à ses propres contradictions et à un vertige intérieur qui donne un goût désespéré à cette liberté supposée, acquise dans les dédales de la corruption.

Catherine Deneuve n'a pas caché les difficultés qui furent les siennes lors du tournage :


" Connaissez-vous un acteur ou une actrice qui n'aurait pas envie de travailler avec Bunuel ? (... ) Or, curieusement, notre relation dans " Belle de jour " a été très difficile. Sur le plateau, Bunuel ne voulait pas de quelqu'un aussi farouchement réservé que moi. Il m'a utilisé, j'ai suivi, c'est tout.
Séverine ressemble aux obsessions de Bunuel, pas à moi. De plus, je n'ai pu mettre que peu de moi-même dans ce personnage masochiste. Bunuel ne veut que l'obéissance des acteurs. De moi, il n'a exigé qu'une extrême lenteur ; le mouvement du corps féminin l'intéresse beaucoup plus que l'expression du visage ou que les paroles ".
Ciné- revue 1967

" Je ne suis pas sûre que Bunuel ait fait le film qu'il voulait. Il pensait à quelque chose de plus audacieux, et que ma réserve, ma froideur... il aurait voulu faire un film un peu plus cru ".  Actuel 1987

 
belle_de_jour.jpg                 


En effet, ce qui est important dans ce long métrage, et que Bunuel a su très bien exploiter, ce n'est pas ce que l'actrice montre mais ce qu'elle dissimule, c'est cette incarnation du vice qui se cache sous l'aura idéalisée de la pureté. Le cinéaste nous prend ainsi à contre-pied, nous offre à voir à contre-champ, et nous entraîne irrésistiblement dans l'engrenage fascinant de la supposition, dans le décalage instauré volontairement pour nous troubler entre illusion et réalité, suscitant un embarras et nous invitant à nous poser la question suivante sur le 7e Art : a-t-il vocation à démontrer ou à suggérer ? Se doit-il d'être ambigu, ambivalent pour attiser notre curiosité et nous emmener, à sa suite, dans le labyrinthe où notre propre système moral est remis en cause ?
On sait que Bunuel s'est toujours complu dans cette dualité du bien et du mal, qu'il est un cinéaste ténébreux et génial qui explore les abîmes, en dévoilant sans juger, mais sans se priver d'insinuer habilement. Lui-même avouait une fascination certaine pour tout ce qui avait trait à la religion, sans y croire bien entendu, puisqu'il se revendiquait athée. On le voit ici, comme on le verra dans Tristana ( 1969 ), qu'il tourna également avec Catherine Deneuve, et où la jeune femme est - disait Bunuel - aussi froide et belle que la vertu. Ainsi nous mène-t-il, en un voyage intemporel, au coeur des frustrations et des phantasmes avec une irrévérence et une puissance onirique insurpassables.

Formidable professionnel, il a toujours su tirer de ses acteurs le meilleur d'eux-mêmes. C'est le cas ici où tous les protagonistes sont excellents de Françoise Fabian à Geneviève Page, l'inoubliable Chimène de Gérard Philipe au TNP, de Michel Piccoli, cynique à souhait, à Catherine Deneuve dans le rôle de Séverine qui, grâce à cette interprétation, accéda à la notoriété internationale.
Malgré les ans, l'esthétisme du film n'a pas pris une ride, tant l'oeuvre est, par ses audaces, annonciatrice de la décadence de notre civilisation, prise entre rêve et cauchemar, illusion et révélation, exhibitionnisme et indifférence.

 

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LUIS BUNUEL OU LE DETACHEMENT VOLONTAIRE        

 

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11 avril 2008 5 11 /04 /avril /2008 12:02

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Je dois avouer tout d'abord que Catherine Deneuve n'est pas mon actrice française préférée, mais je lui reconnais d'avoir su mener sa carrière avec beaucoup d'intelligence et d'avoir été, de par son élégance et sa beauté, une merveilleuse ambassadrice de la femme française à travers le monde. Je l'ai beaucoup aimée  dans  Benjamin ou les mémoires d'un puceau et  Peau d'âne  où elle figurait la jeune femme idéale par sa blondeur et la délicatesse de ses traits. Plus tard, je l'ai appréciée dans les Bunuel, sans doute parce que le génie du cinéaste avait été en mesure de révéler ce que la  réserve naturelle de l'actrice l'empêchait d'exprimer. Il lui a permis de nous toucher dans un registre difficile, où nous ne l'attendions pas. Ce metteur en scène obsessionnel était un diable d'homme ; il avait l'art de manipuler les êtres et avec Catherine Deneuve le résultat fut tout simplement stupéfiant. Mais l'actrice admit bien volontiers que cela avait failli aller jusqu'au clash, car il y avait certaines choses qu'elle se refusait à faire. Et elle tint tête.

 

         Collection Christophe L.    


Ne disait-elle pas : " Je suis aussi d'une lucidité épouvantable, effrayante. (...) La lucidité, pour une actrice, c'est terrible. Parce qu'il faudrait pouvoir réellement s'isoler. Parce qu'il ne faudrait pas toujours sentir certaines choses. Parce qu'il ne faudrait pas toujours voir. Il y a des moments où l'on aurait besoin de se laisser entraîner par un certain élan mais cette lucidité le rend impossible. Elle paralyse, elle empêche la spontanéité. Les gens lucides ont souvent du mal à décoller. J'ai toujours ressenti l'exigence, l'anxiété... En revanche, j'ai l'impression que la lucidité s'aggrave avec le temps ".

Réservée, pudique, introvertie, Deneuve a toujours aimé travailler avec des metteurs en scène qu'elle connaissait, si bien que cette confiance réciproque la libérait de ses blocages. Si ce climat ne parvenait pas à s'établir, elle pouvait se refermer comme une huître. C'est sans doute cette part d'elle-même jalousement préservée, qui lui confère une distance imperceptible, un non-dit, non révélé, qui a séduit de nombreux réalisateurs. Avec elle- disent-ils - il y a toujours quelque chose qui reste secret et permet au public d'avoir de sa personne des approches multiples. C'était aussi le cas d'une actrice comme Grace Kelly.

 

             


Catherine Deneuve, de son vrai nom Catherine Dorléac, est née à Paris, le 22 octobre 1943, dans une famille de comédiens : son père était doubleur à la Paramount et sa grand-mère souffleuse à l'Odéon. C'est Roger Vadim, avec lequel elle vivra et aura un fils Christian, qui lui donne sa chance dans  Le vice et la vertu,  mais ce sont, la même année,  Les Parapluies de Cherbourg de Jacques Demy qui amorce réellement sa carrière. Elle y campe avec grâce une jeune fille amoureuse d'un soldat, contrainte d'en épouser un autre. L'année suivante, au côté de sa soeur Françoise Dorléac  morte peu de temps après dans un accident de la route,  Les demoiselles de Rochefort  la propulse dans l'Olympe des acteurs qu'elle ne quittera plus, tant sa carrière sera  menée de main de maître, avec un remarquable discernement. Après ces deux comédies charmantes, la jeune femme enchaîne avec  Répulsion  de Roman Polanski, où elle interprète une tueuse schizophrène avant d'être dans  Belle de jour  ( 1966 ) de Bunuel, une femme mariée insatisfaite qui se prostitue à mi-temps. Selon moi, l'un de ses rôles les plus marquants avec  Tristana , qu'elle tournera, toujours avec Bunuel, trois ans plus tard. Suivront  La sirène du Mississippi,  Mayerling,  Fort Saganne, Le Sauvage avant qu'elle n'aborde les films de l'âge mûr comme IndochineLe dernier métroEst-OuestPlace Vendôme8 femmes,  jusqu'au tout dernier  Après lui,  où elle est une mère qui a perdu son enfant. 

 

                  Catherine Deneuve et Daniel Mesguich. SND  Gilbert Melki et Catherine Deneuve. Pyramide Distribution


Ainsi a-t-elle abordé les personnages les plus divers, tour à tour costumée dans des films dits d'époque, où elle nous est apparue en princesse, reine, aristocrate - ce fut le cas dans Le temps retrouvé  inspiré de A la recherche du temps perdu de Marcel Proust, dans  Peau d'âne  d'après le conte de Perrault ou dans Palais-Royal d'une facture plus contestable - ainsi que dans des comédies légères ou des oeuvres dramatiques. Elle reste aujourd'hui  une actrice convoitée qui a, à son actif, plus de 70 longs métrages. Il est vrai que le mystère demeure entre l'image publique, trop figée, et certains films où elle n'est pas simplement décorative ou ornementale. Si  La chamade  apparaît comme le sommet du film frivole, il est évident que Le dernier métro, Tristana,  Les prédateurs,  Dancer in the dark  déplacent les lignes où l'on voudrait la retenir et que la période de simple splendeur passée, une femme affirmée et plus humaine est apparue. Elle ne se contente plus d'enchanter et de séduire, elle émeut. Peut-être moins facilement, moins complètement qu'une Sandrine Bonnaire ou une Isabelle Huppert, mais elle a pris le pouvoir et, désormais, ne se laisse plus manipuler. Elle s'est investie sans perdre son côté flânerie qui lui va si bien. Aussi la regarde-t-on, de nos jours, non seulement avec plaisir mais avec intérêt. 

                 Catherine Deneuve et Elodie Bouchez. Philippe Quaisse  Catherine Deneuve. Philippe Quaisse


Cependant la grande actrice, qu'elle est, ne se cache pas d'être avant tout famille, famille. Elle avoue :  Ma vie personnelle  a toujours été plus importante que mon métier. Non que je sous-estime mon métier, mais j'ai toujours senti que cela ne pouvait pas être l'essentiel de ma vie, que cela n'en serait jamais le moteur. J'ai besoin de travailler, de m'exprimer professionnellement mais ma famille, mes enfants, ce n'est pas seulement un sens des valeurs, c'est primordial pour moi. J'ai des amis, les mêmes depuis vingt ans. Ce sont eux à qui je tiens vraiment. Mon métier est complémentaire.

Après avoir vécu avec Vadim, Catherine Deneuve a épousé le photographe de mode David Bailey, puis a été la compagne de François Truffaut, de Marcello Mastroïanni dont elle a eu une fille Chiara, actrice elle aussi, comme son demi-frère Christian Vadim. La famille reste immergée dans le monde du spectacle. Catherine a reçu le César de la Meilleure Actrice pour Le dernier métro en 1981, un autre César pour Indochine, la coupe Volpi de la Meilleure Actrice à Venise en 1998,  le Prix d'honneur du Festival du film de Bruxelles et l'Ours d'Or pour l'ensemble de sa carrière à Berlin.

                                  

Pour lire les articles consacrés à certains de ses films, dont :

Benjamin  -  Les demoiselles de Rochefort  -   Peau d'âne - Le temps retrouvé - Belle de jour

Dancer in the dark  -  Le dernier métro  -  Indochine  -  Ma saison préférée -  Potiche

cliquer sur les liens ci-dessous :


LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS    et   LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 

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7 avril 2008 1 07 /04 /avril /2008 09:50

                         Catherine Deneuve.

 


                                                    VIDEO     et     VIDEO

 

Le film  Peau d'âne ( 1970 ) est un bijou qui mérite tous les éloges tant le charme du récit de Perrault a été respecté et mis en images de la façon la plus exquise par Jacques Demy. Une réussite absolue et un vrai enchantement pour le spectateur, le metteur en scène ayant su harmoniser à la perfection la féerie du conte tout en le saupoudrant d'un zeste d'humour contemporain. Décors splendides, costumes somptueux, chansons ravissantes sur une musique de Michel Legrand, anachronismes savoureux, rien ne manque à ce long métrage qui apparaît comme un petit miracle. Il arrive que le cinéma nous offre ce genre de divine surprise...

L'histoire est celle d'une jeune princesse dont le père a fait le serment à son épouse bien-aimée, juste avant qu'elle ne meure, qu'il ne se remarierait qu'avec une femme plus belle qu'elle. Or il ne découvre qu'une seule prétendante qui puisse rivaliser avec la défunte reine : sa propre fille. Pour ne pas se marier avec son père et, sur les conseils de sa marraine la fée Lilas ( Delphine Seyrig ), la jeune fille s'enfuit dans la forêt, cachée sous la dépouille d'un âne, et va vivre là comme une pauvresse, loin des fastes d'antan. Mais le prince charmant l'a surprise  dans  sa splendeur et, désormais, le souvenir de sa grâce ne cesse de le hanter. Il n'a plus qu'un souhait, la revoir, et fera en sorte de tout tenter pour la rejoindre. Un anneau d'or glissé dans une galette par Peau d'âne le mettra sur le chemin de sa belle et, bien entendu, ils se marieront et auront beaucoup d'enfants.

                                                                                         Catherine Deneuve. Collection Christophe L.


La présence de Jean Marais dans le rôle du père est là pour rappeler l'hommage que Demy rend à Cocteau à travers ce film qui évoque, bien sûr, La belle et la bête, mais plus spécifiquement ce surréalisme qui frise l'onirisme et plaisait tant au poète-dramaturge. Aussi se laisse-t-on séduire par cette féerie, le symbolisme parfois un peu trop insistant, les robes couleur de temps ou de lune et cette imaginaire qui fait fi de la raison. Car dans les contes, la raison est l'usage des fées, c'est dire que c'est une raison délicieusement déraisonnable, enchâssée de rêve et de fantaisie. Et n'en doutons pas, la morale sera sauve. L'inceste sera évité et  remplacé par la fraîcheur d'un amour adolescent, tandis que le plaisir, comme le labeur, finira en chansons et que l'humour fera en sorte d'être présent au bon moment.

                       Catherine Deneuve et Jacques Perrin. Collection Christophe L.

 

Catherine Deneuve, dont c'était là le troisième film avec Demy, après Les parapluies de Cherbourg et Les demoiselles de Rochefort,  nous séduit davantage par sa présence évanescente, son profil de camée et sa blondeur idéale, que par son jeu qui n'était pas encore affirmé ; Jacques Perrin est un prince charmant assez pâlichon, mais Delphine Seyrig en fée Lilas est absolument adorable et Micheline Presle magnifique en Reine rouge. Ce film enchanteur dispense un plaisir extrême et nous assure durant 1h30 une immersion totale dans le monde féerique de l'enfance.

 

Pour lire les articles que j'ai consacrés à Jacques Demy et catherine Deneuve, cliquer sur leurs titres :

 

JACQUES DEMY, L'ENCHANTEUR             CATHERINE DENEUVE - PORTRAIT

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, dont Lola et Les demoiselles de Rochefort, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

 
LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

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Jean Marais et Catherine Deneuve. Collection Christophe L.

Catherine Deneuve et Delphine Seyrig. Collection Christophe L.

 

 


 

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4 avril 2008 5 04 /04 /avril /2008 10:46

                 Ciné Classic

                                                                             VIDEO
 

 

 

Dixième long métrage de Jean-Luc Godard, Pierrot le fou  ( 1965 ) est peut-être son film le plus célèbre - celui que personnellement je préfère  - car le cinéaste y maîtrise plus que jamais son art et se livre à un véritable feu d'artifice narratif et visuel où éclatent, en un patchwork de couleurs, le bleu/liberté, le rouge/violence, le blanc/pureté. Ce film est tout ensemble un poème dédié à Anna Karina, son épouse d'alors, et une sorte de voyage dans la lune. "Un film est comme une fusée à plusieurs étages - disait Godard. Là, le dernier étage est monté très haut. Je n'en suis pas encore revenu".


Sur le thème éternel de l'amour et de la mort, le metteur en scène signe une oeuvre éclatante, colorée et poétique. Il y fustige la société de consommation et revendique le droit au rêve au travers d'une cavale entre Paris et la Méditerranée. A propos de ce film, il n'est pas déplacé de parler d'un souffle libertaire, voire existentialiste, souffle dans la conception et dans le fond. Les deux sont liés en une symbiose rarement atteinte dans un projet cinématographique de ce genre. Nous sommes en 1965 et Godard n'hésite pas à expérimenter les cadrages et les plans pour les sortir de leur conformisme. D'extravagance en extravagance, il joue avec le spectateur, puisqu'il filme l'homme par des moyens techniques surréalistes dans le but de mieux donner prise à l'illusion d'une réalité informelle. Ainsi invente-t-il un langage qui s'affranchit des règles de ses prédécesseurs et entend jouer du champ et du contre-champ à sa guise, s'attribuant ainsi toutes les audaces. Il y a donc, de sa part, une construction organisée selon de nouveaux critères, afin d'instaurer un sens, une signification autonome, dans le souci constant d'échapper à une narration trop homogène. En quelque sorte, il désarticule le narratif pour le transformer en un interrogatif et transgresse sans vergogne les valeurs établies. Selon lui, le 7e Art est une création dont l'objectif est de tout réinventer et réactualiser, de manière à l'inscrire en lettres capitales dans le paysage intellectuel contemporain.


                 Anna Karina et Jean-Paul Belmondo. Ciné Classic




Ferdinand quitte sa femme pour suivre Marianne. Délaissant la réception que celle-ci a organisée, il passe la nuit avec la jeune fille et, au matin, tous deux découvrent un cadavre dans l'appartement qu'ils viennent d'occuper. Une sombre histoire de gangsters va les obliger à fuir. Après diverses aventures, ils arrivent au bord de la mer. Marianne s'ennuie et finit par le trahir avec le chef des gangsters. Ferdinand la tue, puis il se peint le visage en bleu, s'entoure la tête d'explosifs, allume la mèche avant de se raviser. Mais trop tard, il explose face à la mer.
Qu'est-ce, en comparaison de cette intrigue plutôt mince, que le cinéma aux yeux de Godard ? Le cinéma, c'est d'abord et avant tout l'émotion et Pierrot le fou est à cet effet une réussite cousue des sentiments les plus vifs, où il apparaît que nous sommes faits de rêves et que les rêves sont faits de nous. Dès lors, c'est un cinéma qui prend ouvertement ses distances avec la logique et procède par intuition, au hasard d'une pensée créatrice. A ces fins, le film utilise les ruptures de rythme, les faux raccords, les citations, les collages...  inaugurant la forme de liberté à laquelle il aspire. Nullement provocatrice, cette oeuvre est celle d'une sincérité qui s'emploie à se manifester avec une éloquence généreuse, servie par la caméra de Raoul Coutard et l'originalité d'un montage heurté, en parfaite adéquation avec la bande-son. Anna Karina et Jean-Paul Belmondo prêtent à leurs personnages respectifs le charme de leur jeunesse et leur naturel et nous touchent par un jeu nuancé et fantasque, s'offrant à la caméra du maître avec un total abandon. Inoubliable.

 

Pour lire les articles consacrés à Jean-Luc Godard et Belmondo, cliquer sur leurs titres :

 

JEAN-LUC GODARD OU UN CINEMA IMPERTINENT        JEAN-PAUL BELMONDO

 

 Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer sur le lien ci-dessous :

 
LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

 

                   Anna Karina. Ciné Classic  Jean-Paul Belmondo. Ciné Classic

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31 mars 2008 1 31 /03 /mars /2008 10:17

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                                               VIDEO 


A la fin des années cinquante, ils s'étaient fiancés puis s'étaient quittés, jusqu'à ce que le cinéste Jacques Deray ait l'idée géniale de les réunir à nouveau sur l'écran pour des étreintes torrides sous le soleil de Saint- Tropez. Ce sera La piscine, un film qui nous remet en présence d'une actrice merveilleuse qui s'était un peu effacée derrière le masque trop conventionnel de la célèbre impératrice Sissi et explose littéralement dans ce long métrage, au côté de deux acteurs de premier plan : Alain Delon et Maurice Ronet. Le film fera un triomphe et amorcera la seconde partie brillantissime de la carrière de Romy Schneider.

 

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Pour Jacques Deray, ancien acteur, puis assistant, qui avait abordé la réalisation en 1960 avec Le gigolo, drame psychologique interprété par Alida Valli et Jean-Claude Brialy, avait poursuivi avec Du rififi à Tokyo en 1961, La piscine ( 1968 ) débute sa longue collaboration avec Alain Delon ( pas moins de 9 films ) et lui ouvre également les portes du succès international. Cette production, très bien reçue par la critique et le public, l'installe définitivement dans le cercle fermé des cinéastes qui comptent. Borsalino sera, quelques années plus tard, un autre grand succès qui fera de lui, aux yeux de certains, le digne successeur d'un Jean-Pierre Melville. Par contre la fin de sa carrière décevra.

Tourné sur la côte d'azur, La piscine distille avec subtilité une tension croissante, appuyée sur un scénario fort bien élaboré par Jean-Emmanuel Conil et une distribution irréprochable des quatre principaux acteurs dont Jane Birkin à ses débuts dans le rôle de Pénélope. Alors qu'ils passent des vacances tranquilles dans leur villa de Saint-Tropez, Jean-Paul et Marianne voient débarquer à l'improviste Harry accompagné de sa fille. Dans une atmosphère faussement sereine, l'hôte indésirable, qui a été autrefois l'amant de Marianne, prendra un malin plaisir à remuer les souvenirs d'antan et a lentement, inexorablement, susciter la jalousie de Jean-Paul jusqu'au dénouement final...


Remarquablement conduite et maîtrisée, l'intrigue tient le spectateur en haleine jusqu'au bout, sous la forme d'une tragédie divisée en cinq actes avec, pour point d'ancrage, la piscine, théâtre aquatique de l'amour et de la mort. Si l'on a prêté au couple re-formé pour la circonstance Schneider/Delon, sublime de beauté, le mérite de constituer l'intérêt principal et d'apporter cet aura singulière dans lequel baigne ce long métrage, si l'on apprécie la présence gracieuse et éthérée de Jane Birkin dans son premier rôle significatif, il faut attribuer une mention spéciale à Maurice Ronet dans celui de Harry qui, par sa seule présence, parvient à donner à l'histoire sa vraisemblance et son intensité face à un Delon soudain vulnérable. Une réussite.


Le film existe en DVD

Pour lire l'article consacré à Romy, cliquer sur son titre :     ROMY SCHNEIDER - PORTRAIT

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

 

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  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

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