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11 octobre 2008 6 11 /10 /octobre /2008 11:58

Affiche américaine. Groundswell Productions

                                                         VIDEO

 

Je me rendais à cette projection sans à priori mais sans grand enthousiasme et je n'ai pas été déçue. Voilà une agréable surprise en des temps où le chef-d'oeuvre ne court pas les rues. Ne parlons pas de chef-d'oeuvre ici, bien sûr, mais d'un film bien fait, bien joué et qui tient en éveil par une action rondement menée. Ce n'est déjà pas si mal...

Au Nouveau-Mexique, dans les années 1882, la ville minière d'Appaloosa vit sous la domination d'un redoutable hors-la-loi Randall Bragg ( Jeremy Irons ) qui n'a pas hésité à en éliminer le shérif, afin de perpétrer ses forfaits en toute impunité. Pour mettre fin à ce régime de terreur, les habitants font appel à deux gâchettes Virgil Cole ( Ed. Harris ) et son adjoint Everett Hitch ( Viggo Mortensen ), bien connues pour avoir su ramener la paix et le calme dans des cités plus importantes. Si l'acteur n'avait pas convaincu avec sa première réalisation Pollock, sage biographie du peintre, il fait mouche avec celui-ci qui, sans rien innover dans l'art du western, fait preuve de nerf et offre quelques variations inédites sur des thèmes pourtant mille fois rabâchés depuis que le genre existe. D'autant que la qualité de l'interprétation est irréprochable, servie par une mise en scène élégante et de superbes panoramiques. Un peu décalée dans sa forme, l'oeuvre explore un territoire fictif inhabituel dans la mesure où, malgré les faits, la conscience morale n'a pas déserté ses héros. On pense, bien entendu, à Gary Cooper dans Le train sifflera trois fois, où ce dernier regardait également le hors-la-loi sans ciller, en idéaliste politique et sentimental, prêt à affronter le diable en personne, seul contre tous.


Ed Harris. Metropolitan FilmExport


Soulignons aussi que l'humour n'a pas déserté le film. Comment ne pas sourire lors des nombreuses scènes qui éveillent en nous des souvenirs impérissables et montrent des personnages coulés dans leurs convictions opposées ainsi que des blocs de granit ? Un humour noir dans un univers dangereux en intimité constante avec la mort.  Bien qu'assez misogyne, ce qui risque d'agacer plus d'une spectatrice, ce long métrage présente néanmoins une intéressante figure de femme moderne à travers la personne excentrique et séduisante de Allison French ( Renée Zellweger ) qui va être le talon d'Achille insoupçonné de Virgil Cole. Si le schéma est archi classique, la variation est intelligente et bien conduite dans un climat qui captive.


Viggo Mortensen et Ed Harris. Metropolitan FilmExport


Décidément le western ne cesse pas de renaître de ses cendres après qu'on l'eût enterré à jamais ( croyait-on ! ) à la suite de son fastueux chant du cygne dans Impitoyable de Clint Eastwood. Il y avait eu encore récemment L'assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford  d'Andrew Dominik, formidablement interprété par le duo Brad Pitt/Casey Affleck qui cédait à une vision crépusculaire. Chez Harris, rien de tel, les héros sont de nouveau parés de la magie des dieux de l'Olympe - n'oublions pas que ceux-ci avaient leurs faiblesses, surtout amoureuses - et finissent par avoir raison des causes les plus désespérées, ce qui renoue avec l'optique du western traditionnel et se révèle conforme aux impératifs du genre. A voir pour retrouver les émotions d'antan et pour les connaître, si on vient de naître au 7e Art.

 



Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN & CANADIEN, cliquer sur le lien ci-dessous :



LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 


Jeremy Irons. Metropolitan FilmExport

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9 octobre 2008 4 09 /10 /octobre /2008 11:38

 Kyle MacLachlan.  Brooksfilms Collection Christophe L.

                                                          

Difficile de brosser en quelques lignes le portrait d'un homme qui est encore en pleine activité créatrice, sinon de l'écouter parler de lui-même, de ses projets, de ses aspirations, de ses doutes, de ses enthousiasmes, de ses craintes aussi. Comment se voit-il, comment évolue-t-il ? Ce qui est intéressant d'ailleurs avec les films de David Lynch, c'est que contrairement aux Ch'tis, ils ne font pas l'unanimité. Alors comment vit-il ces contestations permanentes ? Certains, après avoir vu Inland Empire ( 2006 ) se sont inquiétés du taux de drogue que ce dernier avait dû absorber pour avoir une semblable écriture cinématographique ; des cyniques ont proposé que ses oeuvres soient sponsorisées par l'Institut national du sommeil et de la vigilance, alors que les inconditionnels - et ils sont tout de même nombreux - ne manquent pas de tomber en pâmoison à la simple évocation du maître. C'est dire à quel point ce cinéaste est contesté. Du surréaliste Eraserhead ( 1977 ), son premier long métrage en noir et blanc oppressant, à l'envoûtant Lost Highway ( 1997 ) ou à l'incantatoire Mulholland Drive ( 2001 ), en passant par ses productions musicales Blue Bob ( 2002 ) et Elephant Man ( 1980 ) où il se confirme comme le peintre des marginaux et des "monstres", David Lynch ne cesse de surprendre,  de dérouter, fasciner et troubler par son oeuvre fantasmée, volontiers construite sur des énigme et qui donnent au moins une idée de la subtilité et de la sensibilité de leur auteur. Et il déroute d'autant plus qu'il privilégie la force de mystère et l'abstraction et montre peu d'empressement dès qu'il s'agit de répondre aux interviews et d'apporter quelques éclaircissements sur son travail.  

 

David Lynch. Bac Films

 

Aussi est-il impératif de l'écouter lorsqu'exceptionnellement il lève un coin du voile à travers un livre qui oscille entre autobiographie et recueil de pensées : Mon histoire vraie aux éditions Sonatine.
De cet ouvrage, il ressort que l'auteur de Twin Peaks est un homme ( presque ) normal, certainement peu banal qui a étudié aux Beaux-Arts et est resté marqué par cette formation. La preuve en est que, malgré ses oeuvres hantées de meurtres et peuplées de schizophrènes délirants, Lynch ne se considère ni comme un psychopathe, ni comme un maniaco-dépressif. Il est équilibré, écrit-il, ne se drogue que de café et reste émerveillé par les innombrables surprises que la vie ne cesse de nous réserver. S'il nous conte, à travers ses longs métrages, des histoires sombres, c'est simplement parce qu'elles reflètent notre monde qui, contrairement à l'enfer, n'est pas toujours pavé de bonnes intentions...D'ailleurs lui-même pratique assidûment la méditation transcendantale, afin de conserver sa sérénité et sa créativité. En définitive, il n'est jamais qu'un observateur sans concession d'un monde passionnant mais un peu fou.


Laura Dern. Mars Distribution


On apprend aussi, en poursuivant la lecture de ce livre, que ses idées poétiques et dérangeantes ne lui sont pas inspirées par ses cauchemars  mais, et je le cite : qu'elles sont comme des poissons. Les petits sont proches de la surface de l'eau, et les gros...plus beaux, plus purs - nagent en profondeur. Plus votre conscience s'élargit, plus vous plongez loin et trouvez de gros poissons. Vous l'aurez compris, la méditation transcendantale a encore frappé. Moi - poursuit-il - j'utilise cette technique pour attraper des poissons-idées de cinéma, mais il existe toutes sortes de poissons-idées : pour le design, l'informatique, le commerce. Je n'ai pratiquement jamais tiré d'idées de mes rêves. Les poissons, pensez aux poissons ".
Nous voilà avertis et désillusionnés, tant nous aspirions à un créateur un peu plus déjanté. Il n'en est rien. Remisons notre mythe au grenier.

Par contre Lynch admet être un rock'n'roller amoureux de la musique, mais pas un vrai musicien :  Je tiens avant tout à être libre de faire un film comme je l'entends, de A à Z. Si d'autres personnes s'en mêlent, le projet n'est pas cohérent et devient un échec, comme de fut le cas pour Dune. Lui-même est attristé par les formules qui régissent le cinéma aujourd'hui :  Si vous voulez faire quelque chose, faites-le ! Conservez votre propre voix, et cassez les codes ! Il n'y a pas de règles en art.

 

Contrairement à ce qui avait été dit ici et là, David Lynch ne travaille pas à une suite de Twin Peaks, ni à une adaptation de La métamorphose de Kafka ou du Lolita de Nabokov, même si ces derniers projets lui trottent dans la tête. Pour le moment, il se concentre sur la peinture, de nouvelles photos et sa musique. Ainsi que sur un documentaire de la tournée mondiale qu'il a effectuée pour promouvoir la méditation transcendantale. Quant à sa prochaine réalisation, soyons patients, Lynch n'est pas homme à se séparer longtemps de sa caméra. Grand créateur de sortilèges visuels et sonores, il réussit toujours à fasciner son public grâce à une oeuvre  fluide et souvent émouvante, avec une imagerie à double face qui ne dédaigne pas de débusquer les nuances de l'ombre et renvoie en permanence à une réflexion sur le cinéma et ses possibles et l'exhibition des apparences.

 

Pour lire les articles consacrés aux Réalisateurs, cliquer sur le titre :
LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART

 

 

 

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8 octobre 2008 3 08 /10 /octobre /2008 10:53

         Collection Christophe L.   Les Acacias  Théâtre du Temple  Columbia Pictures Corporation

                                                                      

                                                                    VIDEO

 

En 1962, alors qu'il était au faîte de sa gloire, Hitchcock ne cachait pas sa nostalgie : il regrettait la disparition des stars. James Stewart était devenu trop âgé pour être à nouveau la vedette d'un de ses films, Cary Grant se retirait après le succès de  La mort aux trousses,  afin de quitter le public sur une image séduisante. Mais plus grave encore était le problème féminin, puisque derrière l'oeuvre de Hitchcock personne n'ignore le slogan qui coure :  cherchez la femme .
S'il avait eu beaucoup de peine à pardonner à Ingrid Bergman de l'avoir quitté pour Rossellini, Hitchcock espérait encore récupérer sa chère Grace Kelly, désormais princesse de Monaco, pour tenir le rôle de Marnie dans Pas de printemps pour Marnie, adaptation d'un roman de Winston Graham, dont il avait acheté les droits spécialement pour elle. L'arrangement était à deux doigts de se conclure, lorsque le général de Gaulle, irrité des avantages fiscaux consentis à la Principauté, lança une attaque afin de remettre en cause ce statut privilégié. Le prince Rainier - pour ne pas briser ses liens avec la France - se vit dans l'obligation de composer et Grace renonça définitivement au cinéma pour rester aux côtés de son mari dans cette période difficile.

 

                     Théâtre du Temple   Cine-Classic   

Un film amoureusement conçu pour une actrice et tourné par une autre, cela ne nous évoque-t-il pas quelque chose ? Oui, bien sûr et la coïncidence ne parait pas fortuite. Dans Sueurs froides, l'actrice que nous voyons sur l'écran est une remplaçante. Alors que le rôle avait été taillé sur mesure pour Vera Miles, c'est Kim Novak qui se voyait chargée de l'interpréter après que la star, enceinte, se soit désistée et, curieusement, le thème de la substitution constitue le sujet du film : un homme toujours épris d'une femme qu'il croit morte, s'efforce, lorsque le hasard le remet en présence de son sosie, de recréer la première image. N'est-ce pas comparable au metteur en scène qui, par personnage interposé, oblige une actrice de remplacement à imiter l'actrice initialement choisie ? Il y a de cela ...

 

 

       James Stewart et Kim Novak. Collection AlloCiné / www.collectionchristophel.fr  Stewart et Kim Novak

    Collection Christophe L.  tippi_hedrenBW.jpg   Cary Grant & Tippi Hedren

 

Oui, les stars manquaient cruellement à Hitchcock en ces années 60/70. Il les avait côtoyées jusqu'alors avec amour, leur avait confié des rôles magnifiques, leur avait permis d'exprimer les nuances les plus subtiles et contibué à magnifier leur talent. Pratiquant un cinéma de situations qui nécessitait, pour être crédible, des natures fortes, le maître, plus qu'aucun autre metteur en scène, avait besoin d'elles. Il avait en horreur les scènes inutiles, les surcharges. Il n'était pas l'homme des digressions et des petits détails ; il entendait que la personnalité de l'acteur soit suffisamment convaincante pour qu'il n'ait pas l'obligation d'alourdir sa narration de gestes superflus.

Pour autant, il ne parvint pas toujours à avoir les interprètes qu'il souhaitait. En Angleterre, le rôle titre  de son film Agent secret, ayant été refusé par Robert Donat, il  dut se rabattre sur John Loder. A Hollywood, il se vit imposer des comédiennes assez médiocres comme Priscilla Lane. Mais il sut également renverser la vapeur et tirer profit de certaines défections. Pour Le procès Paradine, quand Alida Valli remplaça Greta Garbo, qui ne tenait nullement à faire son come-back sous les traits d'une meurtrière, il employa au mieux la beauté et l'intelligence de la vedette italienne. Pour Marnie, après le refus de la princesse Grace, il donna sa chance à Tippi Hedren. Il l'avait remarquée dans un spot publicitaire et il entreprit de faire de ce mannequin une véritable actrice. Il en fut assez satisfait pour lui confier, à deux reprises,  le rôle principal dans  Les Oiseaux  ( 1963 ) et  Pas de printemps pour Marnie  ( 1964 ) . Si bien qu'à la fin de sa carrière, il réalisa pleinement sa vocation de Pygmalion.

 

        Corbis Sygma  Columbia TriStar Films  Gaumont Buena Vista International (GBVI)  Action Gitanes

Ce qui intéressait Hitchcock dans ses personnages féminins était en tout premier lieu la métamorphose. L'héroïne hitchcockienne, tout au long d'un film, avait le devoir de se révéler à elle-même, à son partenaire, aux spectateurs. Le metteur en scène attendait de son interprète qu'elle lui montre des émotions qu'elle possédait sans le savoir, mais qu'il avait su discerner avant elle. Dans le cas de Joan Fontaine, qu'il avait choisie pour être Mme de Winter auprès de Laurence Olivier dans Rebecca, il cherchait à utiliser le charme maladroit de la débutante de 21 ans qu'elle était alors. Il avait le souci que l'être coïncide au plus près à son modèle. Il aspirait à ce que l'interprète projette sur l'écran un type humain, réunissant à un haut degré des caractères distinctifs, que l'être et l'image ne fassent qu'un.

Pour conclure, j'ajouterai que de 1925 à 1976, les films de Sir Alfred ne furent pas seulement des oeuvres de pur divertissement qui échapperaient aux turbulences et aux drames de leur époque, comme pourrait le laisser penser une approche trop succinte. Les positions politiques du cinéaste se sont manifestées au long de cette filmographie remarquable, celui-ci n'ayant jamais dissimulé ses convictions personnelles. Anti-nazi dès les années trente, interventionniste pendant la guerre, anti-communiste dans les années soixante/soixante-dix, Hitchcock, anglais naturalisé américain, était un libéral humaniste dont les certitudes ne varièrent point. A travers ses films, c'est le jeu des appartenances indécises, des exclusions sociales qui apparait sous les masques successifs de ces familles déchues, de ces espions mondains évoluant dans des pays totalitaires, où il se plaisait à situer l'action, et pour cause ! C'était là des lieux privilégiés où s'entrechoquaient les influences et les perversions les plus  séditieuses. Avant de se livrer sur le terrain métaphysique, l'aventure hitchcockienne s'enracine d'abord dans l'histoire de son temps et comme les personnages ambigus et complexes sont ceux qui retinrent en priorité l'attention du réalisateur, il arriva que Sir Alfred souffrit de l'incompréhension de ses contemporains. Il en est presque toujours ainsi des novateurs.

 

Pour accéder à mon article consacré à Alfred Hitchcock, cliquer  sur le lien ci-dessous :

 

ALFRED HITCHCOCK - UNE FILMOGRAPHIE DE L'ANXIETE

 


  Ingrid Bergman92 images-copie-1

 

 

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6 septembre 2008 6 06 /09 /septembre /2008 08:56

Jean-Louis-Trintignant.jpg    

                                               

Jean-Louis Trintignant fait parti de notre paysage cinématographique depuis si longtemps qu'on a l'impression de le bien connaître, alors qu'il est un homme timide et pudique dont nous ne savons que peu de choses, sinon que ses prestations au théâtre, comme au cinéma, ont toujours été de qualité et qu'il a mené sa carrière avec une étonnante lucidité. Né le 11 décembre 1930 à Piolenc ( Vaucluse ) dans un milieu aisé d'industriels du Sud de la France, neveu du pilote de course Maurice Trintignant, le jeune Jean-Louis fut très tôt sensible aux beaux textes en découvrant la poésie d'Apollinaire, d'Aragon et de Prévert. A 19 ans, sans doute pour plaire à sa famille, il entre à la Faculté de droit d'Aix-en-Provence, mais n'y reste pas car, entre-temps, est intervenu un événement qui va l'orienter différemment : il assiste à la représentation de l'Avare de Molière dans une mise en scène de Charles Dullin. Ce choc est si déterminant que le jeune homme n'attend pas plus longtemps pour s'inscrire aux cours du célèbre acteur avec un second objectif, celui de vaincre sa terrible timidité. En 1951, la thérapie est si positive qu'il débute au théâtre dans la Compagnie Raymond Hermantier et la pièce A chacun selon sa faim. Ses débuts au cinéma seront moins heureux avec deux films Une journée bien remplie et Le maître-nageur qui seront deux échecs. Cela ne se reproduira plus.


En 1956, après quelques figurations, il fait ses vrais débuts à l'écran dans un film de Christian-Jaque Si tous les gars du monde, ensuite dans le sulfureux long métrage de Roger Vadim  Et Dieu..créa la femme. Celui-ci misait alors sur l'affolante plastique de sa femme Brigitte Bardot.  Ce film, assez médiocre, aura du moins le mérite d'assurer au jeune acteur la notoriété internationale et de lui valoir une idylle tapageuse avec la star, dont les conséquences seront de faire exploser le couple qu'elle formait très bourgeoisement avec le metteur en scène.

 Mais il lui faut faire son service militaire, d'abord en Allemagne, puis en Algérie durant trois longues années, ce qui le marquera à jamais et l'éloigne de la scène et de l'écran, alors même qu'il venait de réaliser des débuts prometteurs. A son retour, par chance on ne l'a pas totalement oublié et il retrouve la scène avec Hamlet de Shakespeare et l'écran avec ... Roger Vadim ( qui n'est guère rancunier ) et s'apprête à tourner un nouveau film, tout aussi sulfureux que le précédent, inspiré du roman de Pierre Choderlos de Laclos, Les liaisons dangereuses, avec Gérard Philipe, Jeanne Moreau et sa nouvelle épouse Annette Vadim. En 1962, il est le partenaire de Vittorio Gassman dans Le fanfaron de Risi, une réussite éclatante. En 1966, ce sera la gloire internationale avec un film culte sur les amours romantiques de deux veufs : Un homme et une femme de Claude Lelouch qui obtiendra la Palme d'or à Cannes la même année et l'Oscar du meilleur film étranger aux Etats-Unis. On le voit également, toujours en cette année faste, dans un film politique, à l'opposé du précédent, Z de Costa-Gravas au côté d'Yves Montand, film qui aura un incontestable retentissement et lui méritera le Prix d'interprétation masculine au Festival de Cannes 1967.

 


Les Films 13 


Désormais, il mènera sa carrière en se partageant entre la scène et l'écran et, après avoir divorcé de Stéphane Audran, épousera l'actrice, scénariste et réalisatrice Nadine Marquand avec laquelle il tournera de nombreux films et aura trois enfants, un fils et deux filles, dont Pauline qui mourra subitement en 1966 et dont la disparition inspirera à sa mère le film Ca n'arrive qu'aux autres ( 1971 ), où Jean-Louis devait tenir son propre rôle auprès de Catherine Deneuve, mais il y renoncera et sera remplacé par Marcello Mastroïanni qui, lors de ce tournage, tombera amoureux de sa partenaire. Et puis, il y a Marie qui sera actrice comme lui et jouera très souvent avec son père, avant de trouver une mort tragique à la suite d'une dispute avec son compagnon. Jean-Louis sortira brisé de cette épreuve. Il disait :

 
Il ne peut y avoir que des moments de bonheur et certains peuvent être exceptionnels. Moi, je n'ai jamais été aussi heureux que quand j'étais avec Marie. Notre relation était unique.
Ma fille Marie, j'éprouve un tel bonheur quand je la vois. C'est ainsi depuis qu'elle est toute petite. Un cadeau du ciel. C'est un peu injuste, cette passion, mais l'amour vient de nous deux. Nous nous sommes connus au bon moment. Le moment où j'avais envie d'être père.

La filmographie de Jean-Louis Trintignant est impressionnante et prouve son discernement, car il y en a peu d'oeuvres médiocres. On le verra dans Ma nuit chez Maud, le meilleur Eric Rohmer selon moi, dans Le train  de Granier-Deferre en 1973 auprès de Romy Schneider, dans Les violons du bal  de Michel Drach en 1973,  La terrasse  d'Ettore Scola en 1980 et dans Passion d'amour  toujours de Scola en 1981, dans Vivement dimanche de Truffaut en 1983, dans L'été prochain de Nadine Trintignant en 1985, dans Merci la vie  de Bertrand Blier en 1990 et on l'appréciera d'autre part sur scène, lors de ses récitals de poésie qui sont pour lui l'occasion de renouer avec ses amours de jeunesse.

 
Depuis 1996, il s'est retiré à Uzès et lancé dans une nouvelle aventure en achetant le domaine vinicole Rouge Garance ( un hommage à Arletty ). Il y produit 20.000 bouteilles de côtes du Rhône chaque année. Je passe mon temps dans les vignes, je veille aux assemblages - dit-il. Après une carrière exemplaire, conduite avec intelligence, et des épreuves très douloureuses, l'acteur a retrouvé la paix dans ce tête à tête avec la nature, le seul poème qui les surpasse tous. Néanmoins, il sort de cette réserve pour des récitals de poésie et, récemment, pour le film Amour de Michael Haneke au côté d'Emmanuelle Riva qui a obtenu la Palme d'or du Festival de Cannes  2012. Décidément cet homme a du nez...


Pour prendre connaissance de mes critiques sur certains films où apparaît Jean-Louis Trintignant, dont  MA NUIT CHEZ MAUD, UN HOMME ET UNE FEMME et  Le FANFARON cliquer sur les liens ci-dessous :



LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS    et   LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 


  48989_521122074_197_n.jpg  images-copie-2.jpg

 

                                         entre les deux  :  une carrière

 

 

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3 septembre 2008 3 03 /09 /septembre /2008 08:47

 

                                                      VIDEO


La restitution de la version originale de Ludwig ou le crépuscule des dieux de Luchino Visconti, film testament tourné trois ans avant sa mort, est une initiative heureuse. A l'époque, le cinéate travaillait à une adaptation de  A la recherche du temps perdu de Marcel Proust et, dans l'attente du financement qui finalement ne se concrétisera jamais, avait décidé de tourner Ludwig. Mais ce nouveau projet rencontrera à son tour des difficultés économiques et nécessitera une coproduction entre l'Italie, la France et l'Allemagne. Le tournage aura lieu du 31 janvier au 15 juin 1972 avec le soutien de la famille Wittelsbach et des autorités bavaroises, l'une prêtant de nombreux souvenirs familiaux, l'autre accordant l'autorisation de tourner en décor naturel. A l'époque, une biographie sur un roi protecteur des arts, rêveur et hostile à la guerre, semblait un excellent moyen de contribuer à l'effacement des mauvais souvenirs nazis.

Au moment du tournage, Visconti, âgé de 64 ans, est victime d'une attaque. Malgré tout, à force de volonté, il terminera le montage d'une oeuvre qui dure plus de 4 heures. Bien entendu, les producteurs refuseront de distribuer un film aussi long. Visconti propose alors de le diviser en deux époques de deux heures chacune, mais le film finit par sortir en une version tronquée en 1973. En Allemagne, la version sera réduite à deux heures dix et on coupe volontairement toutes les scènes qui font allusion à l'homosexualité du souverain, tandis qu'en Grande-Bretagne et en France, c'est une version de deux  heures qui est diffusée. L'accueil de la critique sera excellent et Claude Mauriac n'hésitera pas à parler du génie de Visconti et Jean-Louis Tallenay, apprenant les problèmes de santé du cinéaste, écrira : " Le crépuscule des dieux ressemble à un testament tragique d'un auteur hanté par la mort qui dénonce toutes les raisons de vivre, tout amour, toute foi en l'avenir et même ce dernier refuge : l'art, la musique, le théâtre auxquels il a voué sa vie, tous parlent de tragédie."


Visconti disparaît trois ans plus tard sans avoir revu Ludwig et sans avoir pu y retoucher. Le film est vendu aux enchères par les producteurs en faillite et est adjugé pour 68 millions de lires à des proches du cinéaste qui se cotisent, avec le soutien de la RAI, afin de récupérer l'intégralité des bobines. C'est grâce à eux que nous pouvons le revoir dans sa version originale et non amputée d'une part de ses scènes ; oeuvre d'une beauté stupéfiante et riche d'une dramaturgie magistralement interprétée par Helmut Berger, saisissant dans le rôle de Louis II de Bavière, et par une Romy Schneider absolument impériale.

Helmut Berger.

 

Ce long métrage immergé dans des paysages et des décors d'une splendeur incroyable est parcouru par les musiques de Schubert et Wagner comme une symphonie tragique et puissante, où l'on voit un roi changer sa vie en légende et poser à la face d'un monde, entré en agonie ( ce sera celle de 1914 ), l'énigme d'une mort annoncée et sublimée.
Pas un seul plan qui ne soit un tableau, pas une seule image qui n'exerce sur nous son irrésistible séduction. Fascination aussi d'un personnage que la réalité des choses ne peut combler et qui s'évade du quotidien dans un songe exaltant et désespéré et s'invente un univers où les arts sont présents, principalement l'architecture, la poésie et la musique. Et quelle poésie, quelle musique ?  Celle de Wagner bien sûr, le maître incontesté qui offre au roi un autre royaume, celui des sons. A eux deux, ils vont transformer la Bavière en un pays qui, aujourd'hui encore, fascine les touristes, lieu mythique et quasi imaginaire où l'on se rend pour retrouver tout ensemble le magicien de Bayreuth et les châteaux hantés par le roi fou. Mais fou, l'était-il ce prince qui aspirait à régénérer la culture allemande et rêvait d'un monde idéal et pacifié, gouverné par les arts ? Ce rêve ne pouvant se réaliser, Louis II assiste impuissant à l'éloignement de ses proches et de sa cousine bien aimée Elisabeth qu'agace l'influence de plus en plus grande que le musicien exerce sur lui, et se réfugie chaque jour davantage dans la solitude et bientôt la démence, devenant un étranger pour lui-même et les autres. Itinéraire déchirant d'un être hyper sensible et vulnérable qui cherche son épanouissement dans l'inaccessible et se refuse à obéir aux impératifs de sa fonction.


Helmut Berger.


Helmut Berger campe ce héros avec une force impressionnante. Il est Louis II tout autant dans sa démesure que dans ses faiblesses, dans sa folie que dans sa clairvoyance, lorsqu'il envisage un monde meilleur qui saurait placer la beauté au-dessus des rivalités de cour et des soucis mercantiles. Il nous apparaît tour à tour insupportable et bouleversant, hautain et timoré, indifférent et passionné, et imprègne la pellicule de sa présence obsédante, de même qu'il nous hante de sa complexité grandiose, de ses regards, de ses attitudes, tandis que Romy Schneider traverse le film, inaccessible et déjà happée par son implacable destin.



Pour lire les articles que j'ai consacrés à Visconti et Romy Schneider, cliquer sur leurs titres : 

LUCHINO VISCONTI OU LA TRAVERSEE DU MIROIR           ROMY SCHNEIDER - PORTRAIT

 


Et pour consulter la liste complète de la rubrique CINEMA EUROPEEN & MEDITERRANEEN, dont les films de Visconti, cliquer sur le lien ci-dessous :  

LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN


Helmut Berger et Silvana Mangano.

 

 

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20 août 2008 3 20 /08 /août /2008 10:03

                 Emma Thompson. Merchant-Ivory Productions

 

                                                                               VIDEO


Cette actrice inclassable, parmi les interprètes les plus douées et les plus subtiles de sa génération, est née à Londres le 15 avril 1959 d'un père producteur et metteur en scène et d'une mère actrice de théâtre. Enfant de la balle, bercée dès son plus jeune âge dans le monde du spectacle, elle fait preuve d'une vocation précoce et suit l'exemple parental en jouant à l'université dans la troupe de théâtre de Cambridge Footligts. Sa première expérience à la télévision se fait aux côtés de deux membres de sa troupe : Stephen Fry et Hugh Laurie, ce dernier ayant été l'un de ses " boy friend ".
Emma enchaîne ensuite sur les planches avec la comédie musicale Me an My girl, où elle donne la réplique à Robert Lindsay. En 1988, son travail dans Tutti Frutti et Fortunes of war est récompensé par un British Academy Award et lui offre l'occasion de renconter le réalisateur Kenneth Branagh. En 1989, ce dernier lui propose d'être la reine Catherine de France dans une adaptation de Shakespeare et peu après le couple se marie. Emma, désormais, participe plus activement aux tournages de son mari ( 3 films en 3 ans ) et apparaît en parallèle à la télévision dans la série Cheers auprès de Ted Danson. C'est dans Retour à Howards End ( 1991 ) - qui lui vaudra l'Oscar de la meilleure actrice -  et Les vestiges du jour ( 1994 ), deux longs métrages de James Ivory avec pour partenaire Anthony Hopkins, qu'elle peut montrer toute l'étendue de son talent. Elle s'y impose comme l'actrice phare du cinéma britannique.

               Anthony Hopkins et Emma Thompson. Merchant-Ivory Productions


En 1995, Ang Lee lui demande d'incarner le personnage d'Elénor Dashwood dans la comédie romantique Raison et sentiments, adaptée d'un roman de Jane Austeen avec pour partenaire Hugh Grant, où elle campe une fois encore une femme amoureuse et fière avec justesse et sensibilité. Rôle très différent en 1998 dans Primary Colors, où elle est l'épouse d'un candidat aux dents longues auprès de John Travolta  et affiche un caractère bien trempé, à l'opposé de son interprétation précédente.


    


Séparée de son mari Kenneth Branagh, elle épouse en secondes noces l'acteur Greg Wise avec lequel elle aura une fille Gaia Romilly, née le 4 décembre 1999. On la verra en 2003 dans une nouvelle comédie romantique Love Actually de Richard Curtis auprès de Hugh Grant, puis la même année dans la série de Mike Nichols Angels in America qui relate le difficile "coming out" des homosexuels atteints du sida durant les années 80, série de 6 épisodes à laquelle participent également Al Pacino et Meryl Streep. En 2007, on la verra dans le rôle de l'excentrique professeur Trelawney de Harry Potter et l'ordre du phénix et en 2007 dans Je suis une légende, film de science fiction où elle est le Dr Alice Kriffin, une spécialiste de la santé, rescapée du cancer.

Cette filmographie variée, qui bientôt va s'enrichir d'une comédie charmante au côté de Dustin Hoffman - Last chance for love  - prouve, si besoin était, les ressources d'une actrice aussi complète qu' Emma Thompson qui peut, tour à tour, jouer comédie ou tragédie  avec un égal pouvoir de conviction et une semblable aisance. Avec Meryl Streep et Catherine Frot, l'une des mes préférées parmi les actrices d'aujourd'hui.

 

Pour prendre connaissance des films où apparaît l'actrice, dont    Retour à Howards End,      Last chance for love,        Raison et sentiments,  Les vestiges du jour, cliquer sur le lien ci-dessous :

LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 


             Emma Thompson. Merchant-Ivory Productions



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19 août 2008 2 19 /08 /août /2008 12:10

                    Action Cinémas / Théâtre du Temple

 

 


Qui n'a pas rêvé un jour ou l'autre de remonter le temps et de replonger dans l'univers toujours idéalisé de l'enfance ? C'est sans doute le moteur de toute création. Pour s'en tenir au seul 7e Art, nous citerons Zéro de conduite de Vigo, Les quatre cents coups de Truffaut, Mes petites amoureuses de Jean Eustache, sans oublier Rêves de Kurosawa. Mais Federico Fellini a poussé plus loin encore cette introspection dont il était le familier. Chacun de mes films se rapporte à une saison de ma vie - avait-il l'habitude de dire et, il est vrai, que son oeuvre n'est autre que le miroir d'événements vécus par lui-même ou ses proches, volontiers sublimés ou remaniés en vue d'un impact spectaculaire, ce qui ira grandissant depuis Courrier du coeur  ( 1952 ), rappel de ses débuts dans le journalisme, à Investita ( 1987 ), en passant par Huit et demi ( 1962 ), l'acte d'introspection à l'état pur. Je me borne à liquider mes stocks accumulés dans mes magasins - avouait-il par ailleurs, un rien provocateur car très conscient qu'il cédait souvent à une certaine complaisance narcissique.


Amarcord ( 1974 ) constitue le point fort de cet inventaire. Nous sommes dans une ville imaginaire au bord de l'Adriatique qui n'est pas sans rappeler Rimini, lieu de naissance de Fellini, autour des années 30. Un enfant du pays, Titta, va faire l'apprentissage de la vie, d'une vie jalonnée d'épisodes cocasses, entre scènes familiales et train-train scolaire, spectacle imposant et dérisoire de parades fascistes et éveil de la sexualité. Ainsi l'auteur se livre-t-il à une chronique de la province italienne d'avant-guerre et à un croquis pittoresque, en faisant de son petit héros en pèlerine le fil conducteur de l'ouvrage, glissant vers la nostalgie d'un "bon vieux temps" qui fut tout de même le vivier du fascisme. On ne manquera pas de le lui reprocher. Aucune attitude réactionnaire ou conservatrice de ma part - rétorqua-t-il. Je reste sur le plan humain et poétique

 

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Amacord signifie " je me souviens" en patois d'Emilie-Romagne. Mais il existe quelques fantaisies lexicales. Des exégètes ont fait remarquer que le terme peut se décomposer en amare ( aimer ) amaro ( amer ) ou cuore ( coeur ). Disons qu'il s'agit d'un mot gigogne, d'un sésame en mesure d'ouvrir la caverne enchantée du cinéaste. Le but final n'étant pas comme à l'habitude de métamorphoser la réalité et de l'enrichir des apports fructueux de l'imaginaire ?  Et il faut bien convenir que sur ce plan-là nous sommes servis, tant le petit monde d'Amarcord est un capharnaüm qui tient de l'opéra bouffe et de la commedia dell'arte, de la salade fortement assaisonnée de dialectes divers - ce qui a nécessité un sous-titrage même pour les Italiens -  et du maelström d'images et de bavardages où l'irréel n'en finit pas de se mêler au réel. Selon le critique Jean-Louis Bory : le déchaînement d'un carnaval sinistre, où s'agitent des pantins aussi funèbres que minables, qui risquerait, à la longue, d'être affligeant si le souffle poétique ne venait pas sans cesse le vivifier.


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Poétique mais politique également, grâce à la virulence qui stigmatise un fascisme au quotidien, non point son idéologie triomphante mais son aspect boursouflé, ses grotesques floralies, évocations qui se révèlent être plus efficaces que le procès le mieux argumenté. Film baroque par excellence, ce dernier doit beaucoup au talent du chef-opérateur Giuseppe Rottuno, collaborateur attitré de Fellini depuis Histoires extraordinaires ( 1968 ) et qui a travaillé également pour Visconti et Monicelli, ainsi qu'au compositeur Nino Rota dont la ligne mélodique s'accorde parfaitement à l'inventivité débridée du réalisateur. Un film à voir et à revoir tant le génie du cinéaste italien s'y exprime en toute liberté avec une vigueur et un lyrisme que n'auront pas toujours ses films ultérieurs, mélange détonnant de satire sociale et de fantasmagorie.

 

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Pour lire l'article que j'ai consacré à Fellini, cliquer sur son titre :  FEDERICO FELLINI

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA EUROPEEN & MEDITERRANEEN, cliquer sur le lien ci-dessous :  

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 

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17 août 2008 7 17 /08 /août /2008 12:27

 Corbis Sygma                    


Tony Leung Chiu Wai, né à Hong Kong le 27 septembre 1962, débuta sa carrière d'acteur à TVB, chaîne de télévision hongkongaise pour laquelle il jouera de nombreux téléfilms au début des années 80. C'est en 1986 qu'il se fait remarquer aux côtés de Chow Yun-Fat dans Love unto waste de Stanley Kwan, puis dans Seven Warriors de Samo Hung. L'acteur quitte alors Hong Kong pour se rendre en Taïwan tourner La cité des douleurs ( 1989 ) de Hou Hsiao Hsien qui obtiendra le Lion d'Or au Festival de Venise. Sa carrière est lancée et, désormais, il ne va plus cesser de travailler avec les plus grands metteurs en scène. Parmi ses collaborations les plus marquantes, retenons celle avec John Woo pour Une balle dans la tête ( 1990 ) et A toute épreuve ( 1992 ).

Mais, c'est sa rencontre avec Wong Kar-Wai, devenu son mentor, qui va lui mériter la reconnaissance internationale. Entamée en 1990 avec Nos années sauvages, la relation des deux hommes se poursuit avec Les cendres du temps ( 1994 ), Chungking Express ( 1994 ), Happy Together ( 1997 ) et l'inoubliable chef-d'oeuvre  In the mood for love  qui lui vaudra le Prix d'interprétation masculine du Festival de Cannes 2000.


                      ARP Sélection


En 2003, on retrouve Tony Leung dans Hero de Zhang Yimou où il donne la réplique à Maggie Cheung, déjà sa partenaire à cinq reprises, et, quelques mois plus tard, le trio se reformera pour 2046,  film étrange dont le titre n'est autre que le numéro d'une chambre d'hôtel, sorte de point clé de la mémoire, d'un espace temps imaginaire, très proustien, où les souvenirs seraient figés pour l'éternité. 2046 se présente comme une oeuvre écho qui ne cesse de renvoyer au monde de son auteur et semble en réaliser la synthèse. Echo encore des lumières, des décors, des ambiances, de la musique qui agit en symbiose, afin que le temps devienne la question centrale. Un temps traversé par des personnages en quasi apesanteur, où celui, incarné par Tony Leung, se livre à une rumination permanente et nostalgique.


                     Océan Films 


Cette carrière exemplaire, menée avec autant de maturité que de discernement, a fait de cet acteur l'un des plus populaires de Chine et des plus reconnus dans le monde du cinéma. On l'a vu récemment dans Lust Caution de Ang Lee, où il affirme une fois encore son immense talent et sa capacité à nous étonner et à se renouveler à chacune de ses apparitions, se plaçant à côté d'un Simon Yam ou d'un Andy Lau,  et ayant su, de main de maître, en deux décennies, gagner l'estime des plus grands cinéastes et l'assentiment du public et des critiques de l'Occident, au point d'être placé au plus haut de l'affiche, parmi les acteurs en vogue, dans le contexte d'intense mondialisation que connaît le 7e Art à l'heure actuelle. Belle performance qu'il faut saluer avec admiration.

 

                     Tony Leung Chiu Wai et Tang Wei. Focus Features


Le nouveau millénaire s'est ainsi ouvert pour un comédien au sommet de son art que l'on retrouve dans des oeuvres très diverses et dont les prestations ont d'autant plus d'impact que le cinéma asiatique a conquis nos salles et notre estime par ses évidentes qualités et ses innovations. Ainsi l'a-t-on apprécié dans Infernal Affairs ( 2003 ) et Seoul Raiders ( 2005 ), avant le magnifique Lust Caution ( 2007 ), qui a récemment empli les salles et subjugué les cinéphiles. Aussi souhaitons un long avenir à cet acteur à l'incontestable magnétisme. Pari tenu, lorsque l'on vient de voir sa performance dans The Grandmaster  ( 2012 ) de Wong Kar-wai avec lequel il poursuit une collaboration exemplaire.

Pour prendre connaissance des articles où figure l'acteur, cliquer sur le lien ci-dessous :

LISTE DES FILMS DU CINEMA ASIATIQUE

 

                  The-Grandmaster-Affiche-France

 

 

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15 août 2008 5 15 /08 /août /2008 18:58

             

                                                                   VIDEO


Après son divorce, une jeune femme chinoise nommée Yilan s'installe dans une petite ville des Etats-Unis. Son père, supposant qu'après cette épreuve elle a besoin de réconfort, annonce sa visite. C'est alors que Monsieur Shi découvre que sa fille n'a nul besoin de lui, qu'elle s'est totalement adaptée à son nouveau pays et a rompu, semble-t-il définitivement, ses attaches avec sa terre natale. Elle refuse en quelque sorte le soutien paternel et l'héritage de sa culture chinoise. Cette constatation affecte profondément le père qui, soudain, se sent de trop et inutile, d'autant que sa fille a une nouvelle liaison en dents de scie et ne lui prête qu'une attention distraite. Malgré tout, il fait son possible pour tenter de rétablir la confiance perdue et rétablir un dialogue avec cette enfant devenue inaccessible et lointaine.


             Henry O. Diaphana Films
 


Avec ce second film, Wayne Wang nous livre une magnifique confrontation entre deux générations qui n'ont plus les moyens de se comprendre et de communiquer. Le cinéaste revient sur son sujet de prédilection : l'immigration en terre inconnue et la transmission du patrimoine culturel et social. Il s'adonne également, dans cet ouvrage, à une réflexion sur une identité pénible à assumer, héritage d'un passé qui ne s'accorde plus avec les moeurs de la société dans laquelle on vit et travaille ; ce qui conduira peu à peu ce père à accepter l'autonomie de sa fille, qui a rompu avec la morale des anciens et ses racines familiales. On surprend avec émotion ce vieil homme observant dubitatif un monde qui se libère et s'organise sans lui. Avec des moyens modestes, Wang crée une atmosphère intime et provinciale, inscrivant son oeuvre dans un paysage parfaitement neutre, qui n'est ni la ville, ni la campagne ; de même qu'il joue des silences, des non-dits avec finesse et s'approche à pas délicats, dans des teintes volontairement automnales, de ses personnages, afin d'en  mieux percer le mystère. Par sa brièveté et sa concision, l'auteur délivre un message émouvant et laisse entrevoir un mode de communication où chacun éviterait d'agresser l'autre, si bien que grâce à ce ton juste, à cette sobriété, au jeu concentré et expressif des acteurs, le présent s'habille de petits signes discrets d'une possible espérance. Un joli film épuré comme une estampe.

 

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LISTE DES FILMS DU CINEMA ASIATIQUE


             Henry O. Diaphana Films

 

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30 juillet 2008 3 30 /07 /juillet /2008 11:10

Walt Disney Studios Motion Pictures France    VIDEO


ou l'art d'émouvoir avec des images de synthèse.

 

Nous sommes en 2800 et un robot, un peu rouillé, est la dernière créature vivant sur une terre désertée par les humains, pour la simple raison que ceux-ci l'ont rendue invivable et irrespirable à force d'y avoir accumulé des déchets non recyclés. Aussi cette planète est-elle dans un état indescriptible depuis que, 700 ans plus tôt, les derniers habitant sont allés chercher refuge sur une plate-forme spatiale. C'est donc dans ce désert de poussière et de saleté que Wall.E ( prononcer Wally ), sorte de Sisyphe électronique, s'emploie - avec un cafard pour seul compagnon d'infortune - à nettoyer les déchets laissés par la gente humaine et en profite pour récupérer ici et là les objets qui l'intriguent avec l'espoir qu'ils pourront servir à nouveau. Car Wall.E est animé d'un sentiment qui paraît avoir abandonné les hommes : il espère. Et il espère même, avec une folle témérité, rencontrer un jour l'amour. Comment cette idée d'une soeur à son image et à sa ressemblance lui est-elle venue : simplement en visionnant la bande d'une comédie musicale au charme désuet Hello Dolly de Gene Kelly, retrouvée par hasard parmi les décombres ? Et cette attente sera comblée, quand une de ses congénères débarquera un beau matin sur la planète inhabitée. D'une blancheur immaculée, cette nouvelle Eve a tout pour séduire Wall.E et lui inspirer les sentiments les plus vifs. Mais voilà qu'un vaisseau spatial vient la récupérer au grand dam de ce dernier.

                       Walt Disney Studios Motion Pictures France


La force de ce film réside principalement dans l'économie de dialogue. Imaginés par Ben Burtt, les effets sonores procèdent par touches, composant une véritable musique, un langage neuf qui accentue la force émotionnelle de l'ouvrage et renforce l'impact de l'animation visuelle, bien que tout soit fait subtilement et artistiquement pour rester en adéquation avec le réel. Il n'en est pas moins vrai que les studios Pixar et le réalisateur Andrew Stanton, qui ont produit cette oeuvre pleine de délicatesse et d'humour, ont l'art de manier l'oxymore, en l'occurrence de nous présenter une humanité déshumanisée et des robots pleinement humains. A travers cette antinomie habilement utilisée afin de mieux frapper les esprits, ils nous adressent un message, peut-être un peu trop manichéen, qui se double d'une leçon d'espérance. Et c'est en cela que le film touche sa cible. Laquelle ? Bien entendu cette société de consommation à outrance que les multi-nationales encouragent, sans en évaluer les conséquences dramatiques sur le long terme, et en faisant de ce rêve américain, et désormais planétaire, un épouvantable cauchemar. Les humains, qu'ils nous montrent, réfugiés sur leur plate-forme spatiale, sont affligeants à plus d'un titre : humanité dégradée et caricaturale, obèse de surcroit, et seulement préoccupée de la satisfaction immédiate de ses plaisirs matériels. Dénonciation d'un monde qui a perdu tout repère moral et spirituel et se goinfre sans vergogne.

WALL.E, réussite artistique indéniable, est sans aucun doute un film polémique et politique, qui pointe du doigt notre société de sur-consommation et affiche sans complexe son engagement écologique, sans doute excessif dans son pessimisme. Aussi le message risque-t-il d'être davantage compris et apprécié des adultes que des enfants, qui seront déroutés par cette sombre mélancolie et l'absence de dialogues, surtout dans la première partie. Une sorte de passion contemplative naît sous nos yeux grâce à ce petit robot, auquel est dévolu la sensibilité qui a déserté le coeur des humains. Mais l'échappée spatiale de Wall.E, parti rechercher sa bien-aimée jusqu'au fond de l'univers, redonne rythme à cette  belle méditation poétique.

 

Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN & CANADIEN, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN


                      Walt Disney Studios Motion Pictures France

 

 

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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

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