3 juin 2008 2 03 /06 /juin /2008 09:05

                     Jean Yanne. Collection Christophe L.


                                                                                        VIDEO


Que la bête meure
  ( 1969 ), l'un des grands Chabrol  avec La femme infidèle et  Le boucher, est l'adaptation d'un roman policier de Nicholas Blake par le scénariste complice du metteur en scène, Paul Gegauff. Le cinéaste en profite pour se livrer à quelques exercices hitchcockiens, mais très vite trace son trait d'une cruauté rare et développe une atmosphère très chabrolienne. L'histoire est la suivante : sur la place d'un village breton, un petit garçon, qui s'en revient de la pêche à la crevette, se fait renverser et tuer par un automobiliste qui, pris de panique, s'enfuit. Le père de la victime jure de se venger et de retrouver le chauffard. Dès lors, Charles Thénier ne vit plus que dans l'espoir de recueillir les indices nécessaires qui le conduiront jusqu'à l'homme qu'il entend abattre sans pitié. Le hasard aidant, il découvre une piste, et va s'approcher de Paul Decourt à pas de loup, d'abord en séduisant Hélène sa compagne, puis en entrant peu à peu au sein de la famille, savourant le plaisir qu'il aura bientôt à anéantir le monstre. Car Paul est selon lui un monstre abominable : un jouisseur, un profiteur, imbu de sa personne, implacable dans ses jugements, cynique dans ses propos, sachant tirer profit de cette société de consommation où il s'ébroue à l'aise. D'ailleurs ses attitudes ont fini par lui valoir la haine de son propre fils Philippe, qui le déteste en silence et va, bien entendu, faire de Charles son ami.

 

                      Michel Duchaussoy et Jean Yanne. Collection Christophe L.


Interprété par un Jean Yanne fantastique ( comme il le sera dans Le boucher), Paul, garagiste de Quimper, est filmé par la caméra de Chabrol comme un insecte malfaisant qu'il étudie à la loupe ( un peu grossissante, il est vrai ), tellement le cinéaste semble fasciné par cet individu sinistre ; il en surprend les conversations qui trahissent les sentiments les plus vulgaires et en souligne les attitudes qui transpirent l'auto-suffisance la plus médiocre. Or le portrait de cet individu méprisable a curieusement pour toile de fond la douceur des paysages de la Dordogne que baigne une lumière dorée et où se trouvent les grottes sur les parois desquelles figurent les signes d'une préhistoire encore mystérieuse. Le choix de ces lieux n'est pas un hasard, mais bien la volonté du cinéaste qui semble chercher, jusque dans les profondeurs de la terre, l'explication d'une humanité aussi rustre et primitive. Car, malgré les apparences, il y a dans chaque être de bien étranges zones d'ombre, où les malheurs du plein jour peuvent se tapir, avant de surgir à nouveau lors d'un événement imprévisible. A partir de ce thème, Chabrol emprunte à Hitchcock certains mouvements de caméra, ainsi qu'une manière d'insinuer la peur sous les cieux les plus cléments. L'art de peindre les vallons verdoyants ou le calme des sous-bois selon  Mais, qui a tué Harry ?

 

                     Caroline Cellier et Michel Duchaussoy.


Avec cette oeuvre cruelle et poignante, Chabrol confirme la maîtrise de son art au service d'un narratif incisif et précis et pose, à la manière de Fritz Lang, à qui il est fait référence, une interrogation provocante et anxieuse sur la culpabilité.

 

Pour lire mon article consacré à Claude Chabrol, cliquer sur son titre :

 

CLAUDE CHABROL OU UNE PEINTURE AU VITRIOL DE NOTRE SOCIETE

 

Et pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA FRANCAIS, dont Le beau Serge, La femme infidèle et La fille coupée en deux, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

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31 mai 2008 6 31 /05 /mai /2008 09:07

                         Meryl Streep. Twentieth Century Fox France

 


                 Anne Hathaway et Meryl Streep. Twentieth Century Fox France

 

                                                               VIDEO HOMMAGE    LA

 

Bientôt sur les écrans ( 15 février )  dans son interprétation très attendue de Margaret Thatcher


Meryl Streep est certainement l'une des tout première actrice actuelle par la diversité et la qualité de son jeu, qui lui permet d'aborder des personnages très différents et de transmettre l'émotion avec la même maîtrise et la même sensibilité. Née le 22 juin 1949 dans une famille aisée - son père était pharmacien - elle étudie à Dartmouth l'écriture scénariste, la décoration et la création de costumes et entre ensuite à la Yale Drama School. Elle est si douée qu'elle figure dans les six des sept pièces présentées annuellement par la Yale Repertory Company et obtient sa maîtrise en 1975. Alors qu'elle est encore étudiante à Vassar, dont elle est diplômée, elle obtient le rôle-titre du spectacle dès sa première édition.
Durant sa première saison à New-York, où elle est venue faire carrière, elle joue de nouveau dans sept pièces, parfois deux rôles aux antipodes l'un de l'autre dans la même journée, avant de devenir la vedette d'une comédie musicale à Broadway Happy End et de remporter un Obie Award pour sa performance dans la production off-Broadway de Alice at the palace
Elle doit ses débuts dans le 7e Art à Fred Zinnemann, qui la dirige dans Julia, puis tourne dans Voyage au bout de l'enfer auprès de Robert de Niro et, après un retour à la scène dans La mégère apprivoisée, joue l'épouse bisexuelle de Woody Allen dans Manhattan et la maîtresse d'Alan Alda dans La vie privée d'un sénateur. Elle sera également  l'épouse de Dustin Hoffman dans Kramer contre Kramer pour lequel elle recevra son premier Oscar.


                        Meryl Streep et Liam Neeson. Les Films du Losange


Meryl Streep sera citée trois fois à l'Oscar, une seconde fois en 1981 pour La maîtressedu lieutenant français où je l'ai découverte personnellement avec autant de curiosité que d'enthousiasme, tant elle interprétait finement cette femme abandonnée dans un décor de falaises romantiques, au temps du puritanisme victorien et l'obtient l'année suivante pour sa formidable prestation dans Le choix de Sophie de Alan J. Pakula, d'après le roman de William Stiron. Puis elle retrouve Robert de Niro dans Falling in love ( 1984 ) et remporte, pour ce film, l'équivalent italien de l'Oscar, le prix David Di Donatello, ce qui confirme le retentissement de sa carrière internationale.


                        Meryl Streep et Dennis Quaid. Sony Pictures

 


En 1985, elle est dirigée par Sydney Pollack dans un film qui cristallise davantage encore son aura d'actrice : Out of Africa. C'est avec Le choix de Sophie et La route deMadison, l'interprétation, où elle apparaît la plus émouvante, la plus intériorisée. Elle y est dans tout l'éclat de sa féminité, humaine et néanmoins évanescente et inaccessible à cause de cette magie qu'elle dégage, ce charme puissant, celui qui devait habiter le personnage qu'elle est chargée de représenter : la femme de lettres Karen Blixen. Viendront La brûlure avec Jack Nicholson et Un cri dans la nuit où elle est gratifiée du Prix d'interprétation féminine au Festival de Cannes 1989.

En 1992, Meryl Streep est de nouveau nominée au Golden Globe dans la comédie noire La mort vous va si bien de Robert Zemeckis qui n'est qu'un aimable divertissement et enchaîne en 1993 avec La maison aux esprits de Bille August, tiré du roman d'Isabelle Allende, une de ses seules erreurs - le film se révélant être un navet -dans une carrière conduite avec beaucoup de discernement. La suite sera éblouissante avec Sur la route de Madison de et avec Clint Eastwood, où elle triomphe dans le rôle de Francesca, une femme qui découvre tardivement le grand amour dans les bras d'un photographe-reporter venu prendre des clichés des vieux ponts  couverts de l'Iowa, avant qu'on ne l'apprécie en 2001 dans l'adaptation de The Hours de Michael Cunningham. Pour elle, pas de temps mort, un film chasse l'autre, et dans chacun d'eux, elle se montre parfaite, en osmose avec les personnages qu'elle a à charge de faire vivre pour nous. Récemment, on l'a vue dans Le diable s'habille en Prada, qu'elle présenta en personne au Festival du film américain de Deauville en 2006 et dans Lions et agneaux de Robert Redford, son partenaire dans Out of Africa, avant de se glisser dans la peau de Martha Mitchell, celle qui alerta la presse lors du scandale du Watergate dans Dirty tricks. Lorsqu'elle ne tourne pas, l'actrice habite dans sa propriété du Connecticut auprès de son mari Don Gummer et de ses quatre enfants. Elle se plait à vivre une existence paisible loin de la vie agitée et de la presse à scandale de Hollywood. Ce qui ne peut étonner de la part d'une personnalité qui n'a jamais défrayé la chronique, ni galvaudé son image.

 

Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN, dont Out of Africa, Sur la route de Madison, Lions et Agneaux, Julia & Julia, cliquer sur le lien ci-dessous : 


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28 mai 2008 3 28 /05 /mai /2008 08:12

 

                     Le réalisateur James C. Strouse. TFM Distribution

 

 

Grace is gone de James C. Strouse est un film d'auteur qui frappe par sa sobriété et son dépouillement, son écriture épurée et sa gravité. Aucun recours à des effets spéciaux ou à des impacts racoleurs, mais une retenue dans le narratif et l'interprétation du formidable acteur que se révèle être John Cusack dans le rôle de Stanley Philipps. Ce monsieur tout le monde, au physique désespérément banal, surprend par son jeu nuancé et sensible. Nous plongeons avec lui au plus profond d'une Amérique moyenne, sans paillette, l'Amérique des milieux modestes confrontée chaque jour aux problèmes qui sont, à peu de chose près, les mêmes que les nôtres. 

L'histoire est simple : le père de deux petites filles apprend que sa femme Grace, engagée en Irak, vient d'être tuée. Submergé par la douleur, il ne sait comment apprendre la nouvelle à ses enfants et lui-même se demande comment il va faire face à un tel événement et envisager son avenir. Sa vie lui parait laminée. Aussi, en désespoir de cause, a-t-il l'idée de prendre sa voiture et de s'en aller - on a toujours envie de partir quand on souffre beaucoup - et de mener ses fillettes dans le parc d'attraction qu'elles préfèrent, en Floride. Ce road-movie fera office de voyage initiatique, presque silencieux, pesant comme un ensevelissement, mais où l'on partage les états d'âme de ce père en proie aux sentiments les plus contradictoires. Cela, sans complaisance, avec beaucoup de pudeur. En effet, John Cusack est remarquable de sobriété et de justesse, nous gratifiant de moments rares d'émotion. Cela donne au film sa tonalité et le transcende bien au-delà d'une trame politique sous-jacente mais discrète.

 

 

                    


Ce n'est pas non plus un film sur la guerre en Irak ou sur la politique de Bush, mais la peinture d'une Amérique en proie à un dilemne entre son patriotisme profond et son oppposition à une guerre qu'elle ne comprend pas. Le héros du film, patriote convaincu, syncrétise parfaitement cette dualité. Son seul recours, pour ne pas perdre pied et garder une certaine verticalité, sera de se raccrocher à ses valeurs et à celles de sa patrie conquérante. C'est là la subtilité de l'oeuvre : nous rendre sensible l'Amérique des gens ordinaires, l'Amérique d'une classe sociale modeste et besogneuse dans un quotidien difficile à vivre en ce temps de guerre en Irak qui, après celle du Vietnam, la dépasse et la perturbe. Il est certain que nous sommes en présence d'un être fragile, vulnérable, qui se culpabilise facilement et à tout propos, mais cette faiblesse n'est-elle pas la nôtre à bien des égards, d'autant qu'elle est rendue plus poignante d'être vécue à travers un acteur qui semble se l'être attribuée personnellement ? Tout le film, malgré certaines facilités, a cette lecture fondamentalement vraie et émouvante d'une population qui s'interroge, se remet en cause, cherche à comprendre et à se comprendre et nous invite à entrer dans cette interrogation d'un XXI siècle rongé par ses doutes.

En conclusion, un long métrage juste, sans prétention, dont les maladresses ne parviennent pas à ternir l'intérêt et qui, sans être à proprement parler une première oeuvre engagée, pointe du doigt, sans outrance, le barrage médiatique du gouvernement Bush autour de la mort des soldats américains en Irak.

 

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27 mai 2008 2 27 /05 /mai /2008 12:43

     Affiche du film.    


Sydney Pollack, qui s'est éteint le 26 mai 2008 des suites d'un cancer, fut l'un des cinéastes les plus marquants de l'après-guerre, avec des films comme  On achève bien les chevauxLes trois jours du Condor. Amoureux des acteurs, des actrices, du jeu, le cinéma était sa vie et il sut l'aimer aussi bien devant que derrière la caméra, ne se contentant pas d'endosser la casquette de metteur en scène, mais y associant une carrière d'acteur et de producteur.


Né aux Etats-Unis en 1934 de parents immigrés juifs, il s'était fait connaître du grand public grâce à son interprétation aux côtés de  Robert Redford  dans  La guerre est aussi une chasse  en 1962. Trois ans plus tard, il était devenu metteur en scène et signait  Trente minutes de sursis, drame intimiste, avant de trouver définitivement son style avec  Propriété interdite  ( 1966 ), élégie romantique inspirée d'une pièce de Tennessee Williams. Recherche du temps perdu et quête d'une Amérique disparue s'y confondent dans une égale nostalgie de l'innocence. Thème magnifique que l'on retrouvera dans  Jeremiah Johnson ( 1971 ), où l'on voit un homme quitter la civilisation et tenter de revenir à la vie sauvage sans que son expérience soit concluante, car on ne fuit pas impunément la réalité.


Ce sera ensuite On achève bien les chevaux, tiré d'un ouvrage de  Horace McCoy  où l'on assiste, durant la terrible dépression de 1932, à un marathon de danse mis sur pied par des organisateurs peu scrupuleux, à l'intention d'un public avide de voir des couples, en mal d'argent, entrer en compétition jusqu'à l'épuisement Optant pour l'unité de lieu, Pollack choisit de circonscrire l'action sur la piste de danse et les vestiaires, afin de créer une atmosphère d'enfermement, particulièrement efficace. Par ailleurs, il enrichit son narratif d'un aspect métaphorique en ayant recours à des images pleines de symboles, comme ce cheval qui galope dans la plaine avant de s'abattre dans l'herbe. Enfin, il réussit parfaitement à rendre palpable l'épuisement des malheureux danseurs, les mâchoires crispées, ivres de fatigue et luttant désespérément contre le sommeil. Admirablement interprété par Jane Fonda et Michael Sarrazin, ce film eut un grand retentissement et prouve combien l'auteur sut jouer sur des registres divers et varier les thèmes de ses réalisations.

 

 

                          Le réalisateur Sydney Pollack. Pathé Distribution


C'est à l'âge d'or du cinéma romanesque que Pollack se réfère lorsqu'il constate que peu de choses expriment la vérité autant que les mensonges. Entendons-là, par mensonge : vérité seconde de l'artifice et de la stylisation, vérité supérieure de la métaphore et du symbole. Et il est vrai que la sympathie du cinéaste va spontanément à l'amateur qui méconnaît les règles du jeu, à l'ingénu pris au piège de machinations ténébreuses, à l'individu arraché à sa quiétude de rêveur. Humaniste libéral, il s'est attaché aux êtres plus qu'aux idées et aux sentiments davantage qu'aux idéologies. Dans Tootsie ( 1982 ), par exemple, il introduit une réflexion lucide sur l'identité et ses avatars dans les relations affectives et sociales. Dustin Hoffman y campe, de façon irrésistible, un comédien trop exigeant qui ne rencontre la gloire que grâce à la supercherie : il se travestit en femme et obtient aussitôt le rôle principal dans une série télévisée.
Aussi ne peut-on reprocher à Pollack, en prenant connaissance de sa filmographie, d'avoir dévié de sa trajectoire, empreinte de mélancolie et d'un profond humanisme, faisant en sorte d'allier harmonieusement conscience et romanesque. Ce sera le cas avec  Havana, où il se livre à une véritable réflexion politique sur la révolution cubaine. Plus tard,  il connaîtra la gloire avec  Out of Africa,  le film aux sept Oscars, où il nous dépeint magnifiquement les paysages du Kenya. On retrouve dans cette oeuvre accomplie le charme suranné des vieux films africains, mais le cinéaste sut déjouer les pièges et introduire une incontestable modernité dans son histoire. En nous quittant, il laisse derrière lui une filmographie exemplaire, qui pose sur les hommes un regard aigu mais toujours empreint de compassion et de tendresse. Sans nul doute, il ne fut pas dupe des dangers et erreurs qui menacent notre époque, mais a contribué à hisser le 7e Art vers l'excellence.

 

Pour lire les articles de la rubrique consacrée aux réalisateurs, cliquer sur son titre :

 


LISTE DES ARTICLES - REALISATEURS du 7e ART

 

Et pour accéder aux critiques que j'ai consacrées aux films de Sydney Pollack, comme Jeremiah Johnson, Out of Africa et On achève bien les chevaux,cliquer sur le lien ci-dessous :  


LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

 

 

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24 mai 2008 6 24 /05 /mai /2008 10:58

Swashbuckler Films            VIDEO    

                 

 

En 1973, après "Une belle fille comme moi",  François Truffaut avait besoin de se ressaisir. Ce dernier film avait été un semi échec et il lui fallait absolument frapper  les esprits par une production forte, une oeuvre magistrale. Ce sera "La nuit américaine". Selon moi son plus beau film avec "Le dernier métro", celui d'où émane un charme envoûtant et qui a cette particularité d'être sans doute l'oeuvre la mieux construite du cinéaste et celle qui donne étrangement l'impression d'une improvisation permanente. Car qu'est-ce que La nuit américaine, sinon le récit d'un film dans le film, l'immersion dans l'intimité d'un tournage, en quelque sorte un documentaire sur une profession qui suscite curiosité et fascination et, pour finir, une chronique non dénuée d'humour d'une entreprise ensorcelante qui sait mieux qu'aucune autre inspirer petites et grandes passions et se révéler être un jeu de balancier entre fabrication d'un spectacle et confession secrète. 

En effet, "La nuit américaine" est une célébration lyrique de la création d'un film et s'élabore à partir de "Je vous présente Pamela", astuce habile qui permet à Truffaut de nous instruire sur l'art cinématographique et de nous montrer ce qui sépare la réalité fictive de la réalité vécue et, mieux encore, de nous apprendre comment l'une se nourrit de l'autre, tant la ligne de démarcation entre les deux est peu étanche. Nous sommes ainsi les témoins des constants aléas rencontrés par l'équipe et les situations rocambolesques qui en découlent : caprices de star, retards, contre-temps, surprise après surprise qui se vivent en général dans une louable bonne humeur, un zeste de flegme et de fatalisme, les intervenants étant conscients qu'ils ont embarqué sur le même navire pour se rendre à même destination.
Au coeur de cette équipe domine la star, celle qui est chargée du rôle principal et dont chacun, c'est-à-dire le metteur en scène, les autres comédiens, la scripte, l'habilleuse, le preneur de son, dépendent plus ou moins. Aussi pour tenir tout son monde sous son charme et se faire accepter comme l'incomparable idole, lui faut-il faire preuve de magnétisme et de séduction, d'où ses angoisses perpétuelles. Le monstre sacré de La nuit américaine est Jacqueline Bisset au regard d'émeraude et à la beauté délicate, dont la vulnérabilité est évidente et les caprices fréquents.

Dès l'ouverture, Truffaut dédie le film aux grandes actrices du cinéma muet : Lilian et Dorothy Gish. Plus loin, il rend hommage à une autre grande actrice, française quant à elle, Jeanne Moreau, l'héroïne de Jules et Jim et, ce, au travers d'un jeu radiophonique. On saisit à quel point ce metteur en scène était sans cesse à l'écoute de ses acteurs et la sympathie fondamentale qu'il leur vouait. D'ailleurs Truffaut ne se cachait pas d'avoir réalisé La nuit américaine comme un documentaire. L'origine de ce film remonte à une observation de Hitchcock lors de son interview avec Truffaut : Toute l'action se déroulerait dans un studio, non pas sur le plateau devant la caméra, mais hors du plateau entre les prises de vue ; les vedettes du film seraient des personnages secondaires et les personnages principaux seraient certains figurants. On pourrait faire un contrepoint merveilleux entre l'histoire banale du film que l'on tourne et le drame qui se déroule à côté du travail.

Et Truffaut, des années plus tard, devait se souvenir de cette suggestion géniale du maître du suspense. Je me suis imposé des limites très précises  - avait-il dit à ce propos - j'ai respecté l'unité de lieu, de temps et d'action. (...) Je n'ai pas cherché à détruire la mythologie du cinéma. Le cinéma français étant très peu mythologique, j'ai voulu que ce film porte l'empreinte d'Hollywood.


                  Jean-Pierre Léaud, Jacqueline Bisset et François Truffaut. Swashbuckler Films

                    

 

Il est exact qu'en dehors de l'aspect anecdotique du tournage du film, auquel nous assistons en spectateurs privilégiés qui ont accès aux coulisses fascinantes du 7e Art, le cinéaste s'est surtout intéressé à la psychologie des personnages. Depuis le metteur en scène Ferrand qu'il interprète avec brio, en proie lui aussi à ses doutes et à ses appréhensions, poursuivi par l'image d'un petit garçon descendant une rue déserte, appuyé sur une canne. Il arrive dans un cinéma et vole des photogrpahies publicitaires : ce sont des clichés de "Citizen Kane", que Truffaut visionna trente fois et dont il disait que c'était le film qui avait poussé le plus grand nombre de gens à devenir cinéastes. Cette référence oedipienne n'est donc pas anodine et laisse entendre que tous les réalisateurs, un jour ou l'autre, ont volé leur père Orson Welles. Par ailleurs, au cours de cet opus, Truffaut brosse un tableau finement ciselé de la vie privée des uns et des autres en proie à leurs difficultés personnelles, insistant sur la complexité des rapports humains dans une création artistique où chacun a sa pierre à apporter, et pose habilement l'interrogation qui n'a cessé de le tarauder : le cinéma est-il plus important que la vie, rejoignant l'interrogation de Marcel Proust en littérature : le roman est-il plus vrai que la vie ? Ce film est donc rendu plus passionnant qu'il est l'oeuvre d'un passionné, une oeuvre où l'auteur lui-même se met en cause, cherchant des diversions à ses propres phobies. La nuit américaine fut un immense succès et contribua à asseoir la notoriété internationale de Truffaut qui  vit avec bonheur son long métrage couronné de l'Oscar du meilleur film étranger. 

 

Pour lire l'article consacré à François Truffaut, cliquer sur son titre :

 

FRANCOIS TRUFFAUT OU LE CINEMA AU COEUR

 

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                       Jean-Pierre Léaud et Dani. Swashbuckler Films

                 

 

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18 mai 2008 7 18 /05 /mai /2008 08:28

                     

                                                                VIDEO


Veronoka et son amoureux Boris tardent à se séparer. Au-dessus d'eux, dans la ville de Moscou, passe un vol de cigognes. La guerre est déclarée. Contre l'avis des siens, et malgré  la peine qu'il inflige à celle qu'il aime, Boris a décidé d'être volontaire et de rejoindre le front. Il mourra sans que ses proches en soient informés. Ayant perdu ses parents, au cours d'un bombardement, Veronika s'est installée dans la famille de Boris où elle finit par céder aux avances pressantes de Mark, le frère de ce dernier. Elle l'épouse, mais en conçoit immédiatement le plus vif remords. Arrive la victoire. Veronika est sur la quai avec un bouquet, mais Boris ne descendra pas du train, et la jeune femme, le coeur brisé, distribuera les fleurs destinées à son bien-aimé aux soldats de retour.

Echevelé, pathétique, douloureux, Quand passent les cigognes ( 1957 ) est peut-être le film le plus romantique jamais tourné. Chose d'autant plus étonnante que cette merveille de sensibilité nous vient d'URSS, dont le cinéma d'alors était au service du pouvoir, niant l'individu, en tant que tel, au profit du groupe. Un film, comme celui-ci, rompait par conséquent avec l'art de la propagande qui avait été imposé par le régime et, bien entendu, le point de vue officiel était loin de concorder avec le vécu du peuple russe. Les metteurs en scène se voyaient dans l'obligation d'insister sur le rôle positif de la révolution d'octobre, de la collectivisation des terres et de la planification économique. Si bien que les scénarios avaient tous pour point commun de chanter les louanges du camarade Staline.

 

                    Alexei Batalov et Tatiana Samoilova.   Tatiana Samoilova.


Le tour de force de Mikhail Kalatozov sera de ne pas céder à ce chantage et de décrire le destin d'une femme complexe, renouant avec le concept de la personne humaine. Un souffle épique traverse son long métrage qui est d'autant plus exceptionnel que réalisé dans une période troublée et un contexte difficile pour les artistes. Mais le petit père Khrouchtchev était passé par là et ce film est le symbole du dégel qui régna un moment de l'autre côté du rideau de fer...L'auteur nous conte ainsi, et avec quel talent ! l'histoire d'une tragédie individuelle vécue sur  fond de convulsions historiques, histoire banale à prime abord, puisque celle d'un jeune soldat qui ne reviendra jamais au bercail, mais comme transfigurée par un mouvement de caméra irrésistible et une mise en scène efficace et dépouillée. On n'en finirait pas de citer les scènes marquantes qui rythment ce film et ne nous laissent pas un instant inattentifs ou distraits : les adieux manqués, les bombardements, la mort de Boris qui, dans une dernière vision, aperçoit Veronika en robe de mariée et, surtout, la poignante scène finale d'un lyrisme rarement égalé.

 

                   Tatiana Samoilova.  



Pour parvenir à cette perfection, Kalatozov a pris soin de réunir autour de lui une équipe performante : tout d'abord, un directeur de la photographie virtuose S. Ouroussevsky et une actrice idéale dans le rôle de Veronika, l'adorable et délicate Tatiana Samoïlova, d'un naturel plein de grâce et de sensibilité. Pour l'époque, les prouesses techniques laissent pantois. La caméra virevolte en des travellings inattendus, des cadrages savants, des profondeurs de champ subtils et ce déluge de technique, loin de nuire à l'émotion, ne fait que la renforcer. Un film qui fut salué à Cannes par la Palme d'Or en 1958 et que l'on ne peut oublier, parce qu'il a réussi ce petit miracle de savoir toucher et surprendre. On le revoit avec le même plaisir et le même pincement au coeur, tellement tout y vrai, universel, finement exprimé, et l'on se dit que, décidément, les chefs-d'oeuvre ont cela de particulier : d'inspirer, en permanence,  la surprise et l'étonnement.

 

 

Pour consulter la liste complète des articles de la rubrique CINEMA EUROPEEN, cliquer sur le lien ci-dessous :

 


                    Tatiana Samoilova.

 

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15 mai 2008 4 15 /05 /mai /2008 13:50

            Gaumont Columbia Tristar Films UFD UFD 

             ARP Sélection Affiche française. Mars Distribution Warner Bros. France


                                                            
Auteur du film Into the wild, ( 2006 ), ce comédien-réalisateur, fort en gueule, est de ceux qui ne cachent pas leurs convictions, au point que leur nom sonne moins comme l'incarnation du 7e Art que comme le symbole obligé d'un engagement politique. Son action contre la guerre en Irak a fait de lui une figure majeure des mouvements anti-Bush. Il s'est même rendu à plusieurs reprises à Bagdad, afin de dénoncer l'ingérence illégitime des Etats-Unis, qui, selon lui, a contribué à mettre à mal les libertés civiles et à plonger le pays dans le chaos.
En-dehors de cela, Sean Penn , né le 17 août 1960, fils de l'acteur Léo Penn, frère de l'acteur Chris Penn et du compositeur Michael Penn, quelle famille ! est un comédien qui ne peut laisser personne indifférent, tant ses compositions sont fortes, comme celle de la  Dernière marche  ( 1995 ), où il jouait de façon bouleversante, à côté de Susan Sarandon, le rôle d'un condamné à mort, rôle qui lui vaudra d'être nommé pour l'Oscar du meilleur acteur. Dans  She's so lovely  de  Nick Cassavetes, il incarne un déséquilibré violent et se verra honoré par le prix d'interprétation au Festival de Cannes en 1997. Dans  Sam, je suis Sam  de Jessie Nelson, il campe un attardé mental tout aussi convaincant et semble abonné aux rôles difficiles qu'il intériorise avec sobriété et conviction. En 2003, il reçoit, pour la seconde fois, la coupe Volpi pour son rôle de cardiaque dans le film d'Alejandro Gonzalez Inarrita  21 Grammes  et, la même année, se voit récompensé par l'Oscar du meilleur acteur pour sa formidable interprétation dans  Mystic River  ( 2002 ) de Clint Eastwood.

                       Sean Penn, Laura Linney et Kevin Bacon. Warner Bros. France


Etre acteur ne suffisant pas à cette personnalité riche et remuante, Sean Penn passe très vite derrière la caméra pour des réalisations de qualité, où il peut s'abandonner à son inspiration, comme  Into the Wild,  dont le projet a mûri pendant plusieurs années à la suite de la lecture du roman éponyme de  Jon Krakauer. Ce film réussi a valu à son auteur et à son équipe des mois de galères, tant l'acteur-metteur en scène avait tenu, par souci d'authenticité, à respecter, dans les moindres détails, le parcours quasi initiatique que son héros effectue à travers l'Amérique. Il fallut, par conséquent, affronter les rivières glacées, la neige, le verglas et des températures de 48°C. Des conditions certes contraignantes, mais qui ont participé à la beauté esthétique du film, tourné dans des décors naturels et dans les conditions météorologiques correspondantes. Les photos sont dues à l'objectif d'Eric Gautier ; quant à l'acteur principal, il perdra 18 kilos et apprendra à descendre les rapides du Colorado. Le résultat est un film hommage aux grands espaces américains et une mise en accusation  du capitalisme outrancier qui plombe les valeurs essentielles d'amitié et de respect de la nature. Ce dernier long métrage est le quatrième opus de l'acteur-réalisateur après Indian Runner  ( 1990 ), Crossing Guard  ( 1995 ),  The Pledge (  2001 ) et marque certainement l'accession à la maturité d'un homme déchiré entre ses aspirations et ses contradictions, dont la jeunesse a été faite de frasques et d'engagements passionnels.

 

                             


Son mariage avec Madonna en 1985 a défrayé la chronique de l'époque par son caractère violemment conflictuel. L'enfant terrible d'Hollywood a paru s'assagir depuis et présida même en 2007 le jury du 61e Festival de Cannes. Le talent et l'anticonformisme étaient à l'honneur...


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                       Sean Penn. Bac Films

 

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9 mai 2008 5 09 /05 /mai /2008 18:10

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                           VIDEO 

 

En 1967, Truffaut reçoit de deux scénaristes, David Newman et Robert Benton, un sujet de film qu'il refuse simplement parce qu'il s'est, à l'époque, entièrement investi dans Fahrenheit, si bien que ceux-ci se tournent vers Godard mais, entre-temps, l'acteur américain Warren Beatty, alerté par Truffaut, s'est porté acquéreur des droits du scénario. En effet, le frère de Shirley McLaine a des ambitions de producteur et entreprend aussitôt le siège de Jack Warner pour tenter d'associer la firme à son projet. Il emporte l'adhésion du bonhomme et choisira Arthur Penn comme réalisateur.

Dès que ce dernier s'attaque au traitement du scénario, il l'infléchit vers ses thèmes de prédilection : la juvénilité, la recherche d'identité, la maturité violente, l'initiation douloureuse ( et symboliquement mortelle ) à la vie sociale. Bonnie and Clyde est une saga, composée autour de la fameuse dépression des années 30, qui raconte le destin singulier de deux jeunes truands célèbres. Bien entendu, ce long métrage véhicule des éléments de réflexion liés à la nature des personnages, dont il nous relate la carrière criminelle, tout en faisant la part belle au contexte social de l'Amérique d'alors, plongée dans cette dépression qui nous est décrite par touches indirectes, plus explicites que de longs discours.

 

Comme à son habitude, Arthur Penn ne se veut pas démonstratif dans son rapport avec l'histoire. L'air du temps l'intéresse plus que les paraphrases sur les événements en cours. S'il est vrai qu'un film comme celui-ci s'est construit autour de l'argent ( élément de subsistance, puis de discorde, enfin de luxe relatif chez des êtres plus naïfs que vénaux ), autour des lieux où on le trouve ( les banques ), il est, selon moi, davantage une réflexion sur la pauvreté qui lui donne un ton et une tonalité sombre, bien que la relation entre ces trois éléments ne soit jamais établie. Son illustration se veut primaire, au strict niveau des apparences, comme est primaire la conscience que peuvent en avoir  Bonnie et Clyde, qui, au fil de l'aventure dans laquelle ils se sont engagés avec une totale insouciance, seront obligés de devenir ce qu'ils ont affirmé être. Et ce qui participe à la recherche de leur identité frôlera sans cesse le pathétique.

 

                  Faye Dunaway. Collection Christophe L.


Au moment de la sortie du film, on a pu s'étonner de l'impact qu'il a eu sur la jeunesse, ce que certains déplorèrent, considérant que son influence ne pouvait être que néfaste. Mais il serait injuste de voir dans Bonnie and Clyde une apologie de la violence. Penn n'a jamais abondé dans cette problématique simpliste. Au contraire, ce qui frappe, c'est à quel point les protagonistes sont dépourvus de volonté de puissance. Ils ne partent pas en guerre contre la société, n'affirment aucun choix idéologique, pas plus qu'ils ne s'inscrivent dans un combat social ou politique quelconque. Ce sont des personnages qui évoluent selon les circonstances et les événements, suivent les voies que leur propose le hasard et leur dicte leur instinct, d'autant qu'Arthur Penn atténue sans cesse le tragique de la situation par un humour roboratif. L'incapacité de la bande à Burrow de contrôler le destin dans lequel les uns et les autres s'enlisent, par immaturité et imprévoyance, les rend plus pitoyables que condamnables. Il est probant que le metteur en scène les désigne davantage comme les victimes d'une époque, d'un contexte, d'un système, que comme totalement responsables de leurs actes.
Dans cette oeuvre, les individus découvrent l'humiliation économique, sociale, morale que leur fait subir une société implacable. Et n'est-ce pas afin de trouver leur identité qu'ils font la guerre à cet état de fait ? Le réalisateur s'en est clairement expliqué :
" Je ne veux pas du tout psychanaliser les Etats-Unis, mais disons qu'il y a l'aspect sociologique de cette époque de la dépression et que je montre deux jeunes gens qui en sont le produit. Je ne les approuve pas, ni ne les condamne. J'ai suivi leur histoire jusqu'à la fin où la police les a attirés dans un piège pour les massacrer. (...) Je crois que le succès du film, son audience auprès de la jeunesse américaine, provient de ce que les jeunes se retrouvent dans ce qui est, pour eux, peut-être, un retour à l'anarchie, mais surtout un film contre la guerre".

 

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La fin est connue, spectaculaire, et transforme cette matinée ensoleillées du 23 mai 1934 en un ballet macabre qui atteint une sorte de sur-réalité. Mille balles tirées en une minute dont 94 atteignirent leur cible - précision historiquement prouvée - n'était-ce pas une sorte de délire que rien ne justifiait sinon la peur du mythe et de sa force ? Faye Dunaway trouve là son plus grand rôle. Belle, tendue comme un arc, elle épouse au plus près ce riche personnage en traduisant, de façon aiguë, ses contradictions, auprès de Warren Beatty qui, à la suite de La fièvre dans le sang, a tout mis en oeuvre ( achat des droits du scénario ) pour s'attribuer cet autre rôle phare. Ce long métrage contribuera à asseoir sa notoriété et obtiendra en France un succès tel qu'il inspirera à Serge Gainsbourg une célèbre chanson.

 

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LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

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3 mai 2008 6 03 /05 /mai /2008 11:48

                    Collection Christophe L.

 


Pourvoyeur d'images de génie, Ingmar Bergman tient aujourd'hui, dans l'univers cinématographique, une des tout première place. La force de son oeuvre, ses réflexions graves mais d'une portée universelle, son originalité, son style, qui est celui d'un créateur à part entière, son écriture si personnelle ont fait de chacun de ses films un événement justifié. Aussi comment entrer dans cette vaste filmographie sans être désorienté ? Il me semble que Les fraises sauvages peuvent être une introduction valable à une oeuvre dense et difficile qui se nourrit d'humanité, mais qui a souvent intimidé le néophyte.
Bergman est le chantre de la solitude et ce long métrage aborde le sujet à travers le personnage d'un vieil homme qui vient de recevoir une distinction honorifique, couronnant sa carrière de médecin. A la suite d'un rêve, il bouscule ses plans et décide de se rendre en voiture à Lund avec sa belle-fille, ce qui lui permettra de revoir des lieux chargés d'évocations et de souvenirs.


                    Collection Christophe L.


Ce sera également l'occasion de revivre certains d'entre eux et de faire le bilan de sa longue existence. Mais, heureusement, des personnes rencontrées vont l'aider à se réconcilier avec un passé chargé d'échecs sentimentaux et d'éclairer ses vieux jours d'une lueur de tendresse.

En effet, une fois arrivé à Lund pour y recevoir sa récompense, le professeur Isaak Borg, ébranlé dans ses convictions, prend la résolution de tenter d'agir de façon à entretenir désormais des rapports moins formels avec son entourage. Un arrêt à la maison de son enfance le replonge d'un coup au coeur de son passé, à la différence qu'il devient le témoin de scènes auxquelles il n'avait pas assisté à l'époque. C'est ainsi qu'il revoit sa fiancée d'alors, Sara, en train de se laisser séduire par son propre frère et qu'il la surprend plus tard se lamentant de ce que sa cour, érudite et compassée, l'avait contrainte à aller chercher ailleurs un peu plus de volupté. Se révèlent à lui l'étendue de son incompréhension à son égard et sa coupable négligence. Sa remise en cause, si elle est tardive, n'en est pas moins sincère. Si bien qu'au lieu d'une lente marche funèbre, Les fraises sauvages s'ouvre sur une allégorie qui n'est pas seulement pour le héros une sorte de politesse du désespoir, mais tend à conclure que l'existence se poursuit sous un éclairage autre, que le rêve est aussi une forme de vie, une vie transposée en une perspective réconciliante, où la fiancée de jadis se remet en route avec vous vers un horizon apaisé. L'auteur parvient avec virtuosité à doser rêve et réalité sans jamais leur attribuer de frontières trop précises, cela en une orchestration d'une poignante beauté. On sait également que Bergman était très musicien et qu'il se dégage de ses oeuvres une musicalité étrange qui m'a toujours frappée. Dans Les fraises sauvages, on voit Sara jeune suspendre le temps à l'aide d'un prélude, lent et nostalgique, du clavier bien tempéré. Bergman a toujours privilégié deux types dans le répertoire musical : celui des spiritualistes comme Bach et Mozart et celui des romantiques avec Chopin, Schumann, Schubert et Bruckner. Il a consacré un film à l'opéra de Mozart : La flûte enchantée qui est une réussite.

Par ailleurs, Les fraises sauvages, comme l'ensemble de l'oeuvre bergmanienne, bénéficie d'une grande rigueur esthétique, rendue peut-être plus captivante que le film a été tourné en noir et blanc, de même qu'il jouit d'une interprétation hors pair - il n'est pas besoin de souligner que le réalisateur était un formidable et très exigeant directeur d'acteurs - avec une Ingrid Thulin et une Bibi Andersen merveilleuses et un Victor Sjöström d'un puritanisme et d'une misanthropie douloureuse qui n'étaient pas éloignés de ceux de son metteur en scène. Restent les souvenirs et la nostalgie d'un passé heureux que le metteur en scène sait si bien traiter avec l'austérité grandiose qui le caractérise. Si bien que ce film majeur porte à son sommet une inspiration jamais démentie par la poésie : la nature ne fait qu'un avec le vertige des sens et des souvenirs qui s'empare de cet homme sans repères temporels. Chacun, au final, trouvera ce qu'il cherche, car ici rien n'est imposé. Il y est moins question de la mort, des échecs ou des désillusions que de la continuation possible de la vie alors même qu'elle arrive à son terme.

 

                     Collection Christophe L.

 

Ne nous y trompons pas, Bergman s'est profondément mis en scène dans cet opus pour la raison suivante : à l'âge de 15 ans, il avait assisté à la projection de La charrette fantôme, le grand film réalisé par Victor Sjöström, dont il reconnut, par la suite, l'immense influence. Trente ans plus tard, en réalisant Les fraises sauvages, Bergman, voulant interroger la figure de son père, fit appel, tout naturellement au grand cinéaste pour l'interpréter. Mais il finit par se rendre compte que ce qu'il cherchait derrière la figure paternelle était son propre passé, sa propre enfance. De cette quête, de cet examen sans complaisance de lui-même, est né ce film lumineux, où la convocation des souvenirs et des rêves mêlés à la réalité produit une atmosphère inoubliable. " La vérité, c'est que je vis sans cesse dans mon enfance. Dans Les fraises sauvages,  je me meus sans effort et assez naturellement entre des plans différents temps-espace, rêve-réalité - a  confié à un journaliste le cinéaste suédois. C'est probablement cette recherche du temps perdu qui a marqué d'un sceau inaltérable cette oeuvre prodigieuse.

 

5-etoiles.jpg

 

Pour lire l'article consacré à Bergman, cliquer sur son titre :    
INGMAR BERGMAN OU UN CINEMA METAPHYSIQUE



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LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 

 

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27 avril 2008 7 27 /04 /avril /2008 09:03

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Année 1973. Las Vegas, temple de l'argent, est gouverné de manière occulte par le tout puissant syndicat des camionneurs. Sous leur autorité, Ace Rothstein ( Robert de Niro ), homme impitoyable avec les tricheurs, règne sur l'hôtel-casino Tangiers et va se laisser séduire, pour son malheur, par une virtuose de l'arnaque d'une saisissante beauté, Ginger ( Sharon Stone ), que, très épris, il épouse sans tarder. Nicky Santoro ( Joe Pesci ), son ami d'enfance, est devenu son homme de main et sait avec brutalité s'acquitter des basses tâches. Une série de trahisons douloureuses vont cependant ruiner l'entente du couple et les dérapages ne vont plus cesser de se multiplier. Se sachant incomprise de son mari, Ginger sombre dans la drogue et cherche l'appui de Nicky, si bien que les affrontements de ce trio infernal vont bientôt leur nuire, d'autant qu'ils sont de plus en plus étroitement surveillés par la police et le FBI. Un terrible et ultime affrontement sera à l'origine de l'effondrement de l'empire...

Casino est une de ces oeuvres phares qui, à un moment donné, nous offre la somme de ce que, périodiquement, une civilisation engendre pour le meilleur et le pire, avec une force et une précision étourdissantes. A la fois lyrique et intimiste, ce film, l'un des plus aboutis de Martin Scorsese, bénéficie d'une parfaite adéquation entre un metteur en scène surdoué et des interprètes qui ont su pleinement et magnifiquement assumer leurs rôles. C'est le cas de Sharon Stone, qui obtiendra le Golden Globe de la meilleure actrice pour son admirable composition, où elle allie l'intensité et la fragilité à la façon des personnages chers à Tolstoï, ainsi que de ses partenaires, excellentissimes eux aussi : Robert de Niro et Joe Pesci. La richesse et la perfection de Casino en font une oeuvre dense et essentielle de par la réflexion qu'elle instaure sur les grandeurs et misères du pouvoir. On pourrait à ce propos la rapprocher d'un film comme  Ivan le Terrible, tourné par un Eisenstein alors au sommet de son art. Scorsese, qui est également au sommet du sien, y fait montre d'une science prodigieuse du rythme qui est l'un des éléments remarquable du film, en permanence sous tension, mais une tension  concentrée qui ne se disperse pas, se ramasse pour devenir l'oeil du cyclone ; tout cela servi par un contrepoint visuel et sonore d'une grande qualité ( une mention spéciale pour la très belle musique de Georges Delerue ). Tragédie- parodie d'une ampleur et d'une cruauté inouïes, ce long métrage s'apparente à une parabole d'une décadence à la romaine, lorsque les hommes se croient suffisamment maîtres de leur destin pour oser affronter les dieux, le final a de ce fait quelque chose d'infiniment tragique, comme si une malédiction en avait précipité l'embrasement. Il nous fait assister également à une triple désagrégation : celle d'un couple, d'une amitié et d'un empire.

                                Sharon Stone. United International Pictures (UIP)


Le cinéaste a pénétré cet univers du jeu avec une curiosité qui ne laisse aucun détail au hasard. Tout est montré avec virtuosité des plus secrets rouages de la machine Las Vegas. Les trucs des tricheurs, les magouilles nous sont présentés par une caméra acérée et percutante, non sans drôlerie, non sans férocité, en une série de séquences qui relèvent de l'anthologie. Sous nos yeux captivés se déploie un festival d'images qui, presque toutes, sont diaboliquement expressives et rendent compte des moindres ramifications de ce monde très particulier et incroyablement hiérarchisé dans la violence. Du cinéma de haut vol qui exerce sur le spectateur une fascination durable.

 

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Pour lire l'article consacré à Scorsese et à Robert de Niro, cliquer sur leurs titres : 

 

MARTIN SCORSESE - PORTRAIT          ROBERT de NIRO - PORTRAIT

 

Et pour consulter la lsite complète des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 


                    Robert De Niro et Sharon Stone. United International Pictures (UIP)   Robert De Niro et Don Rickles. United International Pictures (UIP)

 



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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


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