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16 septembre 2013 1 16 /09 /septembre /2013 13:20
ARIANE de BILLY WILDER

Ariane (Audrey Hepburn) vit à Paris dans l'appartement de son père, Claude Chavasse (Maurice Chevalier). Ce dernier est détective privé et consacre la quasi totalité de son temps à des affaires d'adultère. Jusqu'au jour où l'un de ses clients trompés profère des menaces de mort à l'encontre de l'amant de sa femme, le richissime Flanagan (Gary Cooper). Témoin de la scène, Ariane décide de le prévenir afin d'éviter le drame. L'hôtel Ritz est le théâtre de leur rencontre et deviendra celui de la relation passionnelle qu'ils ne tarderont pas à partager.

 

Le 30 juin 1957, Ariane (Love in the Afternoon) sort sur les écrans américains. Construite comme un hommage à Ernst Lubitsch, cette comédie marque une étape importante dans la carrière de Billy Wilder. Une étape au cours de laquelle le cinéaste se sépare de son compère Charles Brackett pour entamer une relation de près de trente ans avec I.A.L. Diamond. Mais avant d’évoquer cette collaboration fructueuse, voici un court aperçu du parcours de Billy Wilder ...

Natif d’une petite ville de Pologne, Wilder suit d’abord une formation de juriste qu'il abandonne rapidement pour devenir journaliste. Il se consacre ensuite à l'écriture de scénarios et travaille pour le célèbre studio allemand U.F.A. jusqu'à la prise de pouvoir du régime nazi. Wilder fuit alors son pays et, après un court séjour en France (où il réalise Mauvaise Graine en 1933 avec Danièle Darrieux), s'installe à Hollywood et vend son premier script. Son talent est rapidement reconnu, ce qui lui vaut d’être associé à Charles Brackett pour l’écriture de La huitième femme de Barbe-Bleue  (Ernst Lubitsch, 1938). Les deux hommes s'entendent à merveille, poursuivent leur collaboration et deviennent bientôt les scénaristes les mieux payés d'Hollywood. Adorés des studios et de la profession en général, ils sont nominés à trois reprises aux Oscars pour les scénarios de Ninotchka (1939), La Porte d'or (1941) et Boule de feu (1941). Toutefois, Billy Wilder fait preuve de mécontentement à l’égard du traitement accordé à ses scripts et développe rapidement des velléités de cinéaste. Toujours associé à Brackett dans les phases d’écriture, il démarre sa carrière de metteur en scène en 1942 avec Uniformes et jupons courts. Les deux artistes donnent ensuite naissance à douze films tant sur le registre de la comédie que sur celui du film noir (Assurance sur la mort, La Garçonnière). Puis vient le projet  Ariane et la rencontre avec I.A.L. Diamond : de 14 ans son cadet, Diamond est un jeune écrivain dont Wilder a apprécié le travail dans des magazines. Il est également auteur de sketchs dans lesquels sa plume acerbe fait régulièrement mouche. Définitivement séduit par ce talent, Wilder lui propose de devenir son nouveau collaborateur. Les deux hommes s’entendent immédiatement, et tandis que le cinéaste se concentre sur la dramaturgie de son récit, Diamond prend en charge les dialogues. A ses côtés, Wilder orientera son style vers la comédie douce amère et, sans jamais perdre sa causticité, peu à peu se laissera aller vers une certaine forme de romantisme. Le duo signera quelques œuvres souvent jugées irrévérencieuses mais devenues au fil des ans de véritables mètres étalon de la comédie moderne. Parmi ces œuvres, on pense notamment à Certains l’aiment chaud, La GarçonnièreEmbrasse-moi, idiot et donc... Ariane.

 

Ariane est l’adaptation d’un roman de Claude Anet (Ariane, jeune fille russe) dans lequel la jeune héroïne entretient une relation passionnelle avec un homme d’âge mûr. Ce pitch est l’occasion pour Wilder et Diamond de dresser un portrait au vitriol du mâle américain et de dénoncer l’aliénation de l’individu dans la société moderne. Ici, l’individu en question n’est autre qu’Ariane, à la fois soumise à l’autorité paternelle et à celle de son amant. Afin de se défaire de cette double emprise, elle utilisera le mensonge, jouera sur les apparences et devra faire preuve de beaucoup de malice. La voir ainsi manipuler Flanagan, ce riche industriel blasé des histoires d’amour, est un véritable plaisir pour le spectateur. Peu à peu, le récit montre comment les rôles s’inversent (la jeune innocente devient manipulatrice, tandis que le vieux séducteur retrouve des émotions d’adolescent) jusqu’à trouver un équilibre qui les verra finalement se dévoiler avec franchise. Doté d’un charme de tous les instants, ce scénario diffuse un discours délicieusement acerbe et ponctué de dialogues absolument exquis. Citons par exemple Monsieur Chavasse, révélant une nouvelle affaire à sa fille : « A client from Brussels. His wife ran away to Paris with the chauffeur. I have to find them ; the husband wants his car back. » Ou encore la fameuse introduction du film pendant laquelle le narrateur explique : « In Paris people eat better, and in Paris people make love, well, perhaps not better, but certainly more often. » Enfin, terminons par cette petite pique de Wilder à l’encontre des Américains lorsqu’Ariane les décrit à son ami : « They're very odd people, you know. When they're young, they have their teeth straightened, their tonsils taken out and gallons of vitamins pumped into them. Something happens to their insides ! They become immunized, mechanized, air-conditioned and hydromatic. I'm not even sure whether he has a heart. »

 

Mais dramaturgie et dialogues ne suffisent évidemment pas à expliquer le charme envoûtant d’Ariane. Un film qui, tel d’un bon vin, se bonifie au fur à mesure des dégustations. Car pour l’apprécier pleinement, il faut procéder à l'instar de son héroïne avec son amant : après une première rencontre pleine de charme, il est conseillé de répéter l'expérience. Une première fois, une deuxième, une troisième puis encore et encore jusqu'à tomber éperdument amoureux de cette œuvre intelligente et aux multiples facettes. Nul doute que certains critiques de l’époque n’ont pas pris ce temps et ont rédigé leurs papiers assassins à l’emporte-pièce.

 

Avec Ariane, Billy Wilder fait pourtant preuve d'ambition et de maîtrise en adoptant un style marqué par les années 30/40, un style proche de celui d'Ernst Lubitsch. Il choisit notamment de tourner en noir et blanc et s'attache les services de William C. Mellor, directeur photo couronné d'un Oscar en 1952 pour Une place au soleil (George Stevens). Le regard empreint de douceur qu’il pose sur les décors imaginés par Alexandre Trauner, combiné à la simplicité des mouvements d’appareil de Wilder, concourent à donner au spectateur l’impression d’un film tourné en plein âge d’or.

Mais l’hommage à Lubitsch ne se limite pas à une mise en image nostalgique de cette période faste. Il instille dans son écriture et sa mise en scène un comique de répétition parfaitement orchestré : dans l'hôtel, Flanagan reçoit régulièrement ses conquêtes selon un protocole réglé au millimètre. Et si les situations se répètent, elles ne provoquent jamais le moindre ennui car toujours rythmées par des gags récurrents et souvent hilarants. Citons, par exemple, ceux provoqués par ce petit chien sans cesse puni pour des bêtises qu’il n’a pas commises ou encore les allers et venues d'un orchestre de Gitans muets. Cet orchestre dont tous les amoureux d’Ariane se souviennent avec nostalgie, donne au film un ton résolument musical et marqué par quelques belles compositions. Comment ne pas évoquer l’excellente utilisation de Fascination, thème amoureux devenu depuis un véritable standard. Une mélodie simple et entrainante dont le spectateur a bien du mal à se détacher après la projection...

 

Continuons, car la filiation entre Ariane et les films de Lubitsch ne s'arrête pas là ! En choisissant Gary Cooper pour interpréter Flanagan, Billy Wilder fait un pas de plus vers le cinéma de son mentor. Néanmoins, rappelons que Cooper n'était pas le premier choix de Wilder. Le cinéaste rêvait depuis longtemps de diriger Cary Grant. Il lui avait notamment proposé le premier rôle de Sabrina que Grant avait refusé au profit de Bogart. Tenace, Wilder revient donc à la charge pour Ariane et lui offre d’interpréter Flanagan. Dans un premier temps, Grant accepte mais lorsqu'il apprend qu'il devra donner la réplique à Audrey Hepburn, il abandonne le projet. La différence d'âge lui paraît trop exagérée, il ne croit pas à cette histoire d'amour. Wilder accuse le coup et se tourne vers Yul Brynner. C'est à nouveau un refus et vient alors l'idée de Cooper : âgé de 56 ans, Cooper est l'incarnation même du mâle américain des années 30/40. Et de surcroit, il est l'acteur "lubitschien" par excellence ! Dans Ariane, il incarne un riche industriel. Séducteur de tous les instants, son personnage évoque celui de Linus Larrabee (Humphrey Bogart) dans Sabrina. Mais il fait également référence au héros de La huitaine femme de Barbe-Bleue. Sous l'œil de Wilder, Cooper endosse le rôle d'un séducteur pris à son propre piège. On le voit aux bras de nombreuses jeunes femmes, les journaux ne cessent de relater ses aventures amoureuses jusqu’à sa rencontre avec Ariane. Pour donner corps à ce rôle, Gary Cooper use de son charme légendaire et impose une sorte de force tranquille. Certains critiques reprocheront sa présence en tête d’affiche, le jugeant trop âgé et non crédible dans son rôle de tombeur. Mais il paraît bien mesquin de réduire la critique d’un film à un tel argument. Comme le montre le récit, l'histoire d'Ariane et sa passion pour les potins mondains ont forgé en elle une fascination pour des personnalités comme celle de Flanagan. Dès lors, il n'est guère surprenant de la voir tomber dans les bras de cet Américain au regard ravageur et bâti comme un cow-boy !

 

Aux côtés de Gary Cooper, Billy Wilder offre le rôle de Monsieur Chavasse à Maurice Chevalier. Ici encore, il est évident qu'un tel choix n'est pas uniquement le fruit d'une réflexion sur les qualités d'acteur de Chevalier ! Digne représentant de Lubitsch, qui l'a dirigé dans Parade d'amour (1929) ou La Veuve joyeuse (1934), le comédien était l'archétype même du "French Lover". Devant la caméra de Wilder, il incarne le père d'Ariane : un homme affable, doux et malin, qui donne son tempo au film. Narrateur, il est celui dont la voix introduit le récit. Sur ce point, il est d'ailleurs amusant de comparer Ariane avec Gigi. Tourné un an plus tard, le film de Minnelli démarre exactement comme Ariane. Au cours d'un long monologue, Maurice Chevalier évoque Paris et ceux qui s'aiment avec le charme désuet de son accent français. Difficile de dire si Vincente Minnelli s'est inspiré de la mise en scène de Wilder mais l'analogie est  frappante...

 

Enfin le triangle des personnages ne saurait être complet sans la présence d'Audrey Hepburn. Habillée par Givenchy, elle promène sa silhouette légendaire sous le regard amusé de Billy Wilder. Totalement sous son charme, le cinéaste semble avoir façonné son film comme un écrin pour l'y accueillir. Peu de temps après le tournage, Wilder jouera au prophète en affirmant : «Le culte du néné a envahi le pays. Audrey Hepburn peut d'un revers de main envoyer les grosses poitrines au grenier. Plus jamais un réalisateur ne devra inventer des plans où la fille se penche en avant pour prendre un scotch ou un soda. » Si la déclaration est jolie, rappelons tout de même que, deux ans plus tard, Wilder retournera au "grenier" pour y retrouver Marylin Monroe avec qui il tournera Certains l'aiment chaud !!

 

Audrey Hepburn, Gary Cooper et Maurice Chevalier forment donc le trio d'Ariane. Trois comédiens qui, sous l'œil acéré de Wilder, donnent vie à un scénario cousu main. Avec ce film, Billy Wilder réalise certainement son œuvre la plus "lubitschienne". Une manière pour lui de rendre hommage à son mentor tout en offrant à son public une comédie à la fois douce et impertinente avec des acteurs inoubliables.

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16 septembre 2013 1 16 /09 /septembre /2013 08:50

Joe (Clint Eastwood), un tireur d'élite, arrive dans une bourgade mexicaine proche de la frontière : San Miguel. Deux bandes rivales, les Baxter et les Rodos, se disputent le contrôle de la région. Joe, qui assiste à un massacre de soldats mexicains par les Rodos, décide de tirer profit de la situation pour gagner quelques dollars. Il incite les bandits à se battre entre eux dans l'espoir de récupérer l'or que détient Ramon, le chef des Rodos. Un premier affrontement entre les bandits élimine une bonne partie des Baxter. Joe se charge de tuer lui-même les Rodos survivants. Une opération d'autant plus facile à imaginer que Joe a découvert le point faible du plus farouche des fils Rodos, son amour pour Marisol (Marianne Koch), une belle Mexicaine...

 

 

Judicieux mélange de violence et de baroque, ce film nous révèle un Clint Eastwood admirable dans son rôle de perturbateur, anti-héros jouant du colt avec maestria et crevant l’écran littéralement. Et puis il y a la musique enivrante d’Ennio Morricone, une imagerie grandiose et les mélanges audacieux, propre à Sergio Leone.  «  Pour une poignée de dollars » annonce déjà ses œuvres futures par leur style qui unit avec virtuosité la verve et l’outrance, l’ambiguïté des héros qui ne reculent devant rien pour imposer leur loi. Du grand art.

 

 

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POUR UNE POIGNEE DE DOLLARS de SERGIO LEONE
POUR UNE POIGNEE DE DOLLARS de SERGIO LEONEPOUR UNE POIGNEE DE DOLLARS de SERGIO LEONE
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1 septembre 2013 7 01 /09 /septembre /2013 12:53

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Un Américain, Lewis, vient d'acheter la riche et vaste demeure de Darlington Hall. A peine installé, il prie James Stevens, majordome dans la maison depuis plus de trente ans, de prendre des vacances bien méritées. Stevens décide d'en profiter pour rendre visite à madame Benn, qu'il connut et aima sans jamais le lui avouer, lorsqu'elle n'était encore que miss Sarah Kenton et oeuvrait comme gouvernante à Darlington Hall. Pendant le trajet, le vieux majordome se souvient. Il revoit son maître, lord Darlington, un inépuisable partisan du rapprochement entre l'Allemagne nazie et l'Angleterre, éprouvant encore l'espèce de fidélité qui le liait à cet homme controversé...mais se demandant si l’exercice de son devoir ne l’a pas fait passer à côté de l’essentiel : l’amour.


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Admirable réflexion sur l’exercice du devoir porté à son paroxysme, le film de James Ivory, inspiré du roman de Kazuo Ishiguro, est une réflexion approfondie sur la domesticité envisagée comme une caste à part entière, peut-être plus noble que les nobles, un groupe social qui obéit à un code de l’honneur implacable. James Stevens, interprété par Anthony Hopkins dont c’est certainement le plus grand rôle, inoubliable dans ce personnage corseté par son souci constant de la perfection, va ainsi tout sacrifier à son emploi, délaisser son père mourant et laisser la femme qu’il aime, Sarah Kenton magnifiquement campée par la merveilleuse Emma Thompson, en épouser un autre. Quand ils se revoient à la suite de ce congé providentiel, il est trop tard, la vie a passé et Stevens ne récolte plus que les fruits amers d’une fierté qui l’a rendue plus rigide encore que son maître.

 

 

Filmé d’une caméra sobre et scrupuleuse, cet opus est un chef-d’œuvre de par la densité du sujet où l’on assiste à l’application pointilleuse d’un service domestique qui se veut hors de toute comparaison et s’emploie à exercer  sa mission à son degré ultime d’excellence, cela au prix de toute autre considération. La dignité de James Stevens est à la fois émouvante et tragique, tant il met de rigueur à évacuer de sa vie, ne serait-ce que l'ombre d'un sentiment qui risquerait de le détourner de son but. Quant à  Sarah Kenton, gouvernante irréprochable que Stevens admire pour sa probité professionnelle, elle saura quitter son emploi pour vivre une existence plus en phase avec les réalités du cœur. Le film doit beaucoup aux deux interprètes qui portent leurs personnages jusqu’à l’incandescence, servis par un scénario parfaitement maîtrisé et des dialogues justes et économes. Magnifique.

 

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Pour consulter l'article que j'ai consacré à James Ivory, cliquer sur son titre :

 

JAMES IVORY OU GRANDEUR ET DECADENCE DES CIVILISATIONS

 

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28 août 2013 3 28 /08 /août /2013 09:15
Affiche du 42e Festival du film américain de Deauville ( 2016 )

Affiche du 42e Festival du film américain de Deauville ( 2016 )

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Deauville, comme Vénus, est née de la mer. Avant les années 1850, les lieux n'étaient qu'une étendue de sable et de marais où paissaient des moutons. C'est grâce à l'invitation du docteur Oliffe, en l'été 1858, que Charles Auguste Louis Joseph, duc de Morny, frère adultérin de l'empereur Napoléon III, fît la connaissance du port de Trouville et de ses environs. Découvrant lors de ses promenades, à la sortie du petit port, 160 hectares de terrains vierges et de plage de sable fin, ce visionnaire épris de luxe et de beauté, à une époque où les bains de mer commençaient à être à la mode, eut l'idée de faire sortir des marais, au bord du flot et des sables, à à peine 200 km de la capitale, cette station balnéaire qu'il voulait élégante et prestigieuse.



L'ensemble des plans fut établi par Berney, architecte parisien, amoureux de ce littoral. Il n'y manquait ni la gare, ni le casino, ni l'hippodrome, ni même le pont sur la Touques, trait d'union avec Trouville, cette aînée qui voyait grandir jour après jour une cadette déjà prête à rivaliser avec elle. L'affaire fut donc rondement menée et, dès 1866, le boulevard Cornuché voyait s'élever de luxueuses villas, alors que le Grand Hôtel s'apprêtait à recevoir une clientèle avide de distractions et de plaisirs. Malheureusement le duc de Morny n'eut guère le temps de profiter de la ville née à la fois de l'eau, des sables et de son imagination. Il mourut brutalement en 1865, laissant à ses successeurs le soin de poursuivre son oeuvre et de parer de séduction l'enfant chérie qui se préparait à devenir l'une des stars les plus convoitées de la côte. D'autant que Deauville ne se contentait pas d'offrir les loisirs habituels des stations balnéaires, son ambition était autre : elle désirait être le site des innovations que cette fin de XIXe ne cessait de promouvoir, préfigurant la modernité du siècle suivant, si bien que la ville devint, dès 1910, le lieu privilégié des courses automobiles, équestres et même d'aviation et d'hydravion. En août 1913, la course Paris-Deauville en hydro-aéroplane suivie, deux semaines plus tard, du concours des avions marins marqueront les mémoires. Ce dernier avait pour objectif la sélection d'appareils susceptibles de répondre aux besoins de la marine française. Quinze pilotes seront présents sur des monoplaces et des biplans et la meilleure vitesse sur base sera atteinte par Molla qui couvrait la distance de 555 km en 5h24m.

 


Les nombreux spectateurs et les badauds présents sur les lieux s'enthousiasmèrent autant des performances que du passage, sur les planches, de personnalités comme Mistinguet, Maurice Chevalier et Roland Garros. Régates nautiques, courses diverses, hôtels et boutiques de luxe, casino, golf, Deauville avait tout pour séduire. Il ne lui manquait qu'un festival ... elle l'aura, après que deux guerres, et surtout celle de 39/45, aient affligé la Normandie de dommages dont elle sera longue à se relever et donné à l'Amérique le redoutable privilège de jouer dans son histoire un rôle déterminant. En 1945, la province est exsangue, les villes ravagées, les populations meurtries, mais le débarquement a eu lieu et la France est libérée ou sur le point de l'être. Le littoral a vu mourir sur ses plages des milliers de jeunes soldats américains, canadiens, anglais et français bien entendu, au point que les cimetières ont remplacé les champs d'épeautre où fleurissaient les coquelicots.   

                    

Il est indispensable que le trait d'union entre la France et l'Amérique subsiste, mais de la façon la plus réconfortante, la plus artistique et innovante qui soit. Ce sera un festival du cinéma que vont patiemment envisager le groupe Barrière, le maire Michel d'Ornano et sa femme, Lionel Chouchan et André Halimi, pour rester fidèle à l'esprit novateur de la station. Ils le porteront sur les fonds baptismaux en septembre 1975, au cours d'une fête modeste, mais qui ne cessera plus, au fil des années, de recueillir les suffrages, d'attirer le public et d'apparaître comme l'un des événements incontournable du 7e Art. D'autant que Deauville met en avant la diversité cinématographique des Etats-Unis et n'a de cesse de faire découvrir au public français les nouveaux talents.


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                                     Affiche du Festival 2013

 

On se rend à Deauville comme à Cannes ou à Venise ; ce Festival est l'un des rendez-vous les plus courus par les professionnels et les amateurs. Ils savent qu'ils seront bien reçus, que la ville dispose d'un ensemble hôtelier et de salles de spectacle dignes d'une telle manifestation. Pas moins de 50.000 spectateurs et 200.000 visiteurs en 2007 ; il est vrai que les organisateurs s'en sont donnés les moyens. Chaque année, en septembre, la ville resplendit de fleurs, les drapeaux claquent au vent, les restaurants ont affiné leurs menus, le ciel voit revenir les lumières aquarellées d'un début d'arrière-saison généralement agréable en cette région. Après les hommages institués en 1977 pour honorer des personnalités remarquables du 7e Art, la compétition des avant-premières sera inaugurée en 1995. Avant cela, le Festival se contentait d'être une rampe de lancement pour les grosses productions d'Outre-Atlantique ; désormais, à travers ses divers Grands Prix, Deauville se plaît à récompenser des oeuvres indépendantes et de qualité. Et, récemment, une toute nouvelle innovation a donné satisfaction à la plupart des cinéphiles :  Les nuits américaines qui projettent dans les salles des cinémas de la station les classiques, mémoire d'un cinéma qui a largement contribué à l'aura dont bénéficie l'art cinématographique. Ne devons-nous pas à l'Amérique des films inoubliables que ce Festival nous propose de revoir avec plaisir ?  Ainsi, dans un décor de rêve, le long d'un littoral que les plus grands peintres se sont plus à évoquer, en cette fin d'été si propice aux lumières douces et à peine voilées, le Festival de Deauville attire les amoureux, non seulement du cinéma, mais peut-être aussi de la lumière particulière que l'art pose sur les choses. Les célèbres planches ne cessent plus de voir défiler, se promener, s'attarder ces gens dont on parle. Après l'Aga Khan, Churchill, le roi d'Espagne, André Citroën, Coco Chanel, ce sont George Clooney, Harrison Ford, Tom Cruise, Matt Damon, Sharon Stone, Julia Roberts, Angela Joly ou Meryl Streep. Les badauds se bousculent, rêvent un moment, sommes-nous en France, en Normandie, à Deauville ou simplement ailleurs...

 

autres articles concernant Deauville et ses Festivals  :

 

Francis Ford Coppola, à l'honneur à Deauville    

13e FESTIVAL DU FILM ASIATIQUE de DEAUVILLE 

14e FESTIVAL DU FILM ASIATIQUE de DEAUVILLE

15e FESTIVAL DU FILM ASIATIQUE de DEAUVILLE 

16e FESTIVAL DU FILM ASIATIQUE de DEAUVILLE

 

 

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       20th Century Fox  20th Century Fox Paramount Pictures France  Bac Films

       United International Pictures (UIP)  AlloCiné United International Pictures (UIP)  Warner Bros.

                          

                                 


 

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26 août 2013 1 26 /08 /août /2013 13:09

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Isabelle, une jolie jeune fille qui vient de fêter ses dix-sept ans, a apparemment tout pour être heureuse, malgré le divorce de ses parents et un père qui vit en Italie sans se préoccuper de sa progéniture. Mais le beau-père  (Frédéric Pierrot) est sympathique, joue son rôle sans en faire trop ni pas assez, la mère  (Géraldine Pailhas) est jeune, belle et dans le coup, le petit frère, qui aborde la puberté, en admiration devant sa soeur aînée, est un complice bienveillant, aussi tout se présente-t-il sous les meilleurs auspices à l'aurore de ces dix-sept printemps pour une adolescente fondue dans le moule de la jeunesse contemporaine. Le film commence alors que s'achèvent les vacances d'été. La jeune fille s'est liée d'amitié estivale avec un allemand et un soir, sur la plage, après une virée dans les boîtes de nuit de la station,  perd dans ses bras sa virginité de la façon la plus décevante qui soit.

 

Est-ce cette déception qui va l'inciter, dès son retour à Paris et la reprise de ses études de lycéenne, à se prostituer avec des hommes qui tous ont l'âge d'être son père, voire même son grand-père, on ne le saura jamais vraiment ? Ce sera le cas de Georges, le premier d'entre eux, un homme  de plus de soixante ans, qui la reçoit dans la suite d'un grand hôtel et, attendri par sa jeunesse et sa beauté, se révélera un client délicat et presque tendre et mourra lors d'une étreinte, son coeur fragile n'ayant pas résisté à ces assauts extra-conjugaux. Démasquée par la police, Isabelle, qui se faisait appeler Léa par sa clientèle, va devoir affronter sa mère et rendre des comptes. Et, c'est sans doute à ce moment-là que le film prend son ampleur. Oui, pour quelles raisons cette jeune fille de bonne famille, élève au lycée Henri IV, qui pourrait prétendre à un brillant avenir, est-elle habitée par une si tenace mélancolie et transgresse-t-elle tous les tabous apparemment sans désir et sans souci d'argent, puisque celui gagné, elle ne le dépensera même pas ? Il semble que François Ozon nous invite, grâce à un canevas assez lâche, à composer notre propre scénario à partir du sien, à nous livrer aux suppositions que suscite immanquablement son personnage admirablement campé par la mystérieuse et hypnotisante Marine Vacth, dont on ne connaîtra jamais la motivation profonde, sinon celle d'exercer sur des êtres qu'elle méprise un pouvoir éphémère. 

 

C'est ce côté éphémère, insaisissable, transgressif qui donne à l'opus une fascination particulière, malgré la faiblesse des dialogues, l'inconsistance des protagonistes et certaines scènes inutilement racoleuses. Mais rarement l'imagerie d'Ozon - qui n'est certes pas un de mes cinéastes préférés -  n'a été plus affinée, précise et poétique au fil des saisons et des chansons qui mêlent le passé et le présent et que murmure, de sa voix éternellement nostalgique, Françoise Hardy. Bien que le réalisateur ne célèbre ici que les plus basses réalités - celles du sexe et de l'argent, du vice et de l'oisiveté - il émane de "Jeune et jolie" une sorte d'incandescence que l'on doit en grande partie à la façon douce et inspirée dont Ozon filme son héroïne. Cette dernière, qui ne quitte pas l'écran, s'y profile étonnement par son absence psychologique, par ce regard tourné vers l'intérieur d'elle-même, ne cédant jamais à ses émotions, déesse d'une jeunesse sacrifiée sur l'autel des illusions perdues. Je ne suis pas "mauvaise", dit-elle à une amie de sa mère. Et, en effet, elle a raison, c'est le monde qui l'est... Aussi, est-ce sa part la moins incarnée qui nous retient le plus.

 

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19 août 2013 1 19 /08 /août /2013 10:35

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En Californie, à l'époque de la ruée vers l'or, Lahood Corporation, puissante société d'orpailleurs entend contrôler la ville et ses habitants. Coy Lahood est fermement décidé à expulser les quelques mineurs isolés qui tentent de lui résister et à s'approprier leurs terres. Pour Hull Barret, sa fiancée et la fille de cette dernière, une ravissante adolescente, la situation devient chaque jour plus difficile. Surgit, alors que leur camp vient d'être sauvagement attaqué par les hommes de Lahood, un mystérieux cavalier solitaire.


 

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Il semble sortir de nulle part et se dit Pasteur. Eastwood reprend ici le thème déjà traité dans L'homme des hautes plaines avec un côté biblique qui fait entrer un peu de surnaturel dans un western où la violence reste très présente. Tout y est : la musique d'ambiance, les paysages âpres et sauvages, la petite ville écrasée de poussière et de chaleur, les gueules patibulaires, la jeune fille exaltée et, enfin, le cavalier mystérieux qui entend rétablir l'ordre au prix d'une violence toute biblique.

 

Une action assez lente, des acteurs parfaitement bien ciblés et une interprétation impériale d'un Clint Eastwood, qui semble prolonger le personnage qu'il campait autrefois dans les films de Sergio Leone, font de cet opus une réalisation sobre et convaincante. Le rôle de la jeune fille amoureuse du bel inconnu est quelque peu superflu et aurait pu être évité, tant le film vaut par la rigueur des scènes où s'affrontent, sans concession et avec une sauvagerie inouïe, l'homme chargé de rétablir la justice à n'importe quel prix et ces cavaliers de l'apocalypse uniformisés comme les forces du mal sortant de l'enfer du profit malhonnête et se livrant à une lutte sans merci. Une scène d'une froideur implacable qui donne au film sa force et prouve l'indéniable talent de Clint à traiter un scénario sous forme de parabole.  


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Pour consulter l'article consacré à Clint Eastwood, cliquer sur le lien ci-dessous 


CLINT EASTWOOD - PORTRAIT

 

 

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27 juillet 2013 6 27 /07 /juillet /2013 10:39

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Avec son sourire malicieux, son naturel inaltérable et sa voix gouailleuse,  Bernadette Lafont,  morte  à l'âge de 74 ans, incarnait l'insolence et la liberté du cinéma de la Nouvelle Vague. Chaque femme pouvait se reconnaître en elle tant elle était désarmante de naturel et pouvait se glisser dans n’importe quel personnage. "Je n'ai jamais voulu être cataloguée, ni avoir d'étiquette" - disait cette brune méditerranéenne aux traits généreux, citant Cocteau : "Les premières places ne m'intéressent pas spécialement. Ce que j'aime, c'est les places à part."

Celle qui a tourné plus de 120 films et adoré le théâtre, découvert à 40 ans, restera à jamais "La Fiancée du pirate" (1969), qui se venge de tout un village en couchant avec ses habitants sur l'air de "Moi, je m'balance" chanté par Barbara, et révèle par haut-parleur les médisances recueillies sur l'oreiller.

 

Le cinéma, elle le découvre à 17 ans. Fille de protestants qui voulaient un garçon - sa mère l'appellera toujours Bernard, elle naît le 26 octobre 1938 à Nîmes (Gard) où son père est pharmacien. Elle pratique assidûment la danse classique lorsqu'elle épouse le comédien Gérard Blain, rêvant d'être actrice à son tour. Lui s'y oppose, mais ils rencontrent l'équipe des Cahiers du cinéma. Claude Chabrol et François Truffaut veulent faire leur premier film. "Il n'y avait pas de producteur, pas d'argent. Donc, comme acteurs et actrices ils ont choisi Gérard et moi, entre autres." Ce sera "Les Mistons" (1957), tourné à Nîmes, où Truffaut la filme juchée sur sa bicyclette puis "Le Beau Serge" (1958) avec Chabrol qu'elle retrouvera à plusieurs reprises, entre autres pour "Les Bonnes femmes" (1960), "Les Godelureaux" (1961) ou "Inspecteur Lavardin" (1986). On la surnomme "la vamp villageoise". Truffaut la compare à Michel Simon pour son côté "voyou femelle" et parce qu'elle a l'air de "savoir vraiment la vérité de la vie". Il lui offrira "Une belle fille comme moi" en 1972.

 

 

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Séparée de Gérard Blain - ils resteront amis -, elle épouse à 20 ans un sculpteur hongrois, Diourka Medvecsky. Ils ont trois enfants dont Pauline, qui deviendra également actrice et mourra accidentellement en 1988 lors d'une balade en solitaire dans les Cévennes. Son corps ne sera découvert que trois mois après sa disparition. Bernadette Lafont se réfugiera dans le travail : "Le cinéma et le théâtre m'ont sauvée."

 

Elle connaît sa période "expérimentale" au début des années 1970 avec Bulle Ogier ou Jean-Pierre Kalfon dans des films dirigés par son mari, par Jacques Baratier ou Lazlo Szabo. En 1973, elle joue pour Jean Eustache dans "La maman et la putain", puis, en 1978, c'est la rencontre avec le théâtre. "Je veux bien ne jamais faire de cinéma si je peux toujours faire du théâtre", dit alors cette autodidacte. Elle joue Copi en 1981 puis Guitry, Pagnol ou "Les monologues du vagin" d'Eve Ensler (2002).

 

Parallèlement, elle continue de tourner, avec Juliet Berto ("Cap Canaille", 1983), Jean-Pierre Mocky ou Raoul Ruiz, mais également Yves Boisset ou Claude Miller ("L'Effrontée" - 1985), grâce auquel elle décroche le César de la meilleure actrice dans un second rôle. Récemment encore, elle incarnait une grand-mère dealeuse de hasch dans "Paulette" de Jérôme Enrico. Le film sorti en janvier a attiré plus d'un million de spectateurs.

 

Femme à ne pas cacher son âge, elle célébrera crânement en 2007, à 68 ans, ses cinquante ans d'une carrière menée également à la télévision où elle a joué dans de nombreux téléfilms. Cette longévité ne l'a pas empêchée d'aimer les jeunes artistes et de soutenir leurs créations : "J'ai besoin que ça bouge, que ça grouille autour de moi." Un César d'honneur la récompense en 2003 pour l’ensemble de sa carrière, tandis qu'elle  est faite officier de la Légion d'honneur en 2009. Elle reçoit en 2010 la médaille de l'Ordre du mérite et de l'Ordre des arts et lettres et nous quitte le 25 juillet, sans faire de bruit, avec cette discrétion qui, finalement, la caractérisait. Adieu Bernadette.

Pour consulter l'article consacré aux acteurs du la Nouvelle Vague, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LES ACTRICES ET ACTEURS DE LA NOUVELLE VAGUE

 

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7 juillet 2013 7 07 /07 /juillet /2013 08:41

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Le film commence par la découverte d'une photo jaunie que  deux sœurs exhument d’une boîte à souvenirs à la mort de leur mère ( Mélanie Thierry ). Sur le cliché figure un oncle mystérieux qui va bientôt amener Anne (Sylvie Testud) à s'interroger sur la véritable identité de son père ( Benoît Magimel ). Est-ce celui adoré, qui fut un petit patron sans éclat, ou bien cet aventurier héroïque (Nicolas Duvauchelle), tueur de nazis, qui vécut un temps avec ses parents avant de se brouiller avec eux pour d'obscures raisons ? Anne va dès lors enquêter en revenant à Lyon où elle a passé une partie de son enfance, de même que Diane y vécut sa jeunesse. Aussi, cette dernière brouille-t-elle volontairement les pistes afin de mélanger fiction et autobiographie. Le résultat ? Une autofiction brodée autour de l'histoire familiale qui alterne flash-back et retours au présent, tout en couvrant plus de quarante ans de vie politique. Situé en 1947, au moment où le parti communiste compte le plus de partisans, Pour une femme se conclut dans les années 80 avec l'avènement de François Mitterrand.

 

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La première scène ouvre cette remontée du temps qu’Anne va entreprendre afin de connaître la vérité sur sa naissance. Cette photo de sa mère avec sa sœur et un étranger  sera le déclic qui va non seulement éveiller sa curiosité mais ouvrir la piste qui lui révèlera, au fil de ses découvertes, ce secret familial : l’amour éperdu de sa mère pour son beau-frère Jean avec qui elle ne connaîtra qu’une rapide étreinte alors que celui-ci s’apprête à quitter la France pour toujours. Ce maillage romanesque donne au film sa résonnance sensible, mais l’intérêt de celui-ci réside principalement dans la reconstitution des années d’après-guerre marquées par l’importance croissante du parti communiste au cœur de la vie politique. Non sans humour, la cinéaste nous montre l’aveuglement de ces hommes et femmes qui croyaient pouvoir changer la société en adhérant  à cette idéologie marxiste qui n’était autre que la robotisation de l’humanité au prix d’affreux compromis, et qui n’en démordront pas, même lorsque la vérité éclatera sans concession.  D’ailleurs l’un des protagonistes du film aura cette phrase : « le totalitarisme n’a fait que changer de moustache ». Cet homme plus éclairé n’est autre que Jean qui a vu de ses yeux évoluer la Russie soviétique et  tente désespérément de  raisonner son frère, de le déciller, en vain. Ce dernier mourra communiste, si bien que ses filles, dans un dernier geste de tendresse et d’amour filial, lui glisseront à l’oreille que l’on a reconstruit le mur de Berlin.

 

Les acteurs sont tous très convaincants, rôles principaux et secondaires à égalité. Les silhouettes se détachent bien, la reconstitution de l’époque replonge dans une ville de Lyon des années 50 avec ses quartiers populaires, ses fêtes, ses boutiques, le début du confort domestique et le charme désuet des intérieurs ou de la mode féminine. Léna, la mère d’Anne, est interprétée par une Mélanie Thierry délicieuse de fraîcheur et de naturel qui éclaire ce film par sa grâce face aux deux hommes de sa vie, Michel, celui qui l’a sauvée du camp de la mort en Allemagne en la faisant passer pour sa fiancée et qui l'épousera ensuite, et Jean, le beau-frère, qu’elle aime en secret parce qu’il représente l’aventure, une forme de justice implacable pour ces juifs émigrés qui ont tant soufferts. N'oublions pas Sylvie Testud qui est une Anne toute en finesse, aux prises avec un passé qui ne cesse de l'habiter. Un seul bémol pour une fin un peu longuette où Magimel peine à nous convaincre du passage des ans, mais c'est là une faiblesse qui ne nuit pas vraiment à l'ensemble. Diane Kurys, avec ce nouvel opus, nous offre une reconstitution passionnante et prouve qu’elle tient désormais une place importante dans l’univers du 7e Art après "Diabolo menthe" et "Coup de foudre".

 

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LISTE DES FILMS DU CINEMA FRANCAIS

 

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6 juillet 2013 6 06 /07 /juillet /2013 09:15

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Uggie est mort d'un cancer en août 2015

 

C'est comment de participer à un film multirécompensé comme The Artist 

 
Je dois dire que, depuis le jour où un cinéaste français est venu frapper à la porte de ma niche en 2010, j'ai vécu une aventure qui a vraiment du chien. Michel Hazanavicius (un nom qui sonne comme un éternuement !), le cinéaste, cherchait un Jack Russell pour son film muet en noir et blanc. Le reste, comme disent les humains, appartient à l'histoire.

 

Comment le succès a-t-il changé votre vie ? 

 
Omar, mon professeur d'art dramatique, m'a aidé à rester humble et en bien des aspects ma vie n'a pas changé d'un iota. Bien sûr, je voyage désormais en business, j'ai goûté au champagne, au caviar et au boeuf de Kobé (je préfère les saucisses), mais lorsque je ne me promène pas en limousine, je reste à la maison avec ma meute, à me lécher les bijoux de famille là où ils ont toujours eu coutume de l'être.

 

Parlez-nous de votre ascension vers le succès ? 

 

Comme tant d'autres acteurs, il ne s'est pas fait en un jour. Abandonné dès l'enfance, c'est Omar qui m'a secouru et enseigné les rudiments de l'art dramatique canin. (Qui va du skateboard au surf ou apprendre à faire le mort.) Après un début de carrière précoce en tant qu'artiste de rue, j'ai commencé la valse des auditions. Le rejet est une chose queconnaissent tous les acteurs sans travail, et il n'était pas facile d'entendre que j'étais trop court sur pattes, inadéquat ou trop poilu. J'ai par la suite décroché quelques seconds rôles dans des films commerciaux et des séries B, avant ma véritable percée, alors que j'allais sur mes cinq ans, en années de chien. 

 

 

Et George Cloney, en vrai, comment est-il ? 
 

Mister C. Est mon idole, mais il est aussi malheureusement très attractif physiquement... Mon moi intime désespère d'être aussi "Clooney cool" que Clooney. Je veux être aussi beau que lui quand ma fourrure grisonnera. Et je voudrais qu'hommes et femmes me fassent la fête et soient suspendus à tous mes aboiements !
 

Avez-vous un flirt à Hollywood ? 

 

J'ai eu quelques liaisons fugaces, avec une charmante petite carlin appelée Chata et une caniche répondant au nom de Greta. Mais lorsque nous avons commencé ensemble le tournage du film  De l'eau pour les éléphants, ma vie n'a plus connu qu'un seul amour : Reese Witherspoon. Mademoiselle W. et moi-même sommes au-dessus de toute contingence, mais notre relation a dû être réévaluée dès lors qu'elle m'a laissé lui rouler un patin lors du dîner de gala de la Maison-Blanche à Washington.

 

Alors, êtes-vous plutôt un chien ou plutôt un acteur ? 

 
Les deux. Il n'y a rien dans les carnets du savoir-vivre à d'Hollywood qui dise qu'il me faille choisir. Ce choix peut trahir les gènes, mais mon travail trahit mon talent. Comme Elizabeth Taylor l'a admis naguère, "certains de (ses) meilleurs partenaires de scène furent des chiens ou des chevaux".

 

Quel est le secret pour être un bon acteur canin ? 

Les saucisses.

 

Quelle a été votre meilleure expérience professionnelle ? 

À part tomber queue par-dessus tête pour mademoiselle W., je dirais travailler auprès de Jean Dujardin. Bien qu'il parle assez peu l'américain-chien, il s'est montré très docile et enthousiaste à mon apprentissage. Particulièrement dans l'art de jouer sans parole. Comme il l'a dit plus tard : "Uggie est un chic type ! C'est un super acteur, travailler avec lui était vraiment facile... Le seul problème était qu'il me prenait certains jours pour une grosse saucisse." Comme si c'était quelque chose de mal !

 

Votre santé vous a contraint à vous retirer au faîte de votre gloire. Comment vivez-vous cela ? 

 
Si c'est ça, la retraite, alors à quoi ressemble le travail  ! Je voyage sans cesse de par le monde, j'ai été invité aux 90 ans de la grande actrice Betty White, je tiens un petit rôle dans le dernier film de Will Ferrell,  "Moi, député". Je suis la voix du jeu  "Nintendogs+cats" et je pose pour l'affiche de la campagne d'adoption de la SPA américaine. En juin dernier, j'ai été le premier chien de l'histoire appelé à immortaliser mon empreinte de coussinets sur Hollywood Boulevard. La ville de Los Angeles a même décrété ce 26 juin le "Uggie Day ". De surcroît, je viens de rencontrer mon public français lors d'une séance de dédicaces au Drugstore Publicis, sur les Champs-Élysées ! Alors, j'ai peut-être la tremblote, mais j'ai encore du chien au corps.

 

Quels sont vos projets d'avenir ? 

 
Hormis la publication de mes mémoires, Ma vie, mon oeuvre  chez Jean-Claude Lattès, je sors une appli qui m'est dédiée, "Uggie The Artist", et je prépare quelques bricoles à l'arrière de ma niche dont je ne peux pas encore parler.

 

Comment voudriez-vous que l'on se souvienne de vous ? 

Comme un petit artiste, mais avec un grand coeur.

 


Uggie, The Artist, ma vie, mon oeuvre de Wendy Holden, traduit de l'anglais par Perrine Chambon (éditions JC Lattès, 320 pages, 15 euros).

 

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2 juillet 2013 2 02 /07 /juillet /2013 08:40
LES BEAUX JOURS de MARION VERNOUX
LES BEAUX JOURS de MARION VERNOUX

 

             

Poussée un peu tôt vers la retraite, Caroline (Fanny Ardant, blonde pour la circonstance) se voit offrir par ses filles un abonnement à un club d'activités pour personnes du troisième âge. L’intention est bonne mais le cadeau n'est pas du goût de cette bourgeoise très digne, égocentrique et précieuse. Offusquée par la familiarité de la prof de théâtre, elle part en claquant la porte, pour ne jamais revenir, pense-t-elle. C'est compter sans Julien (Laurent Lafitte), le prof d'informatique qui, prétextant une rage de dents, se lance dans un numéro de charme qui terminera le jour-même à l'horizontale dans sa voiture.

 

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Bâti sur un scénario très mince, Marion Vernoux nous présente un film sans saveur, ni odeur, qui se contente d’accumuler les poncifs et de nous faire assister à un numéro d’actrice, Fanny Ardant en l’occurrence, d’une affligeante mièvrerie et trivialité. Je ne comprends pas comment une actrice, qui a  eu la chance d’avoir de beaux rôles au cinéma comme au théâtre, ait pu accepter celui-ci où elle minaude pendant 1 heure 30 sans nous convaincre un instant de la réalité de son personnage. Pas une phrase, pas une image où ne transpirent quelque sincérité, quelque émotion ; nous sommes là dans une fiction sans intérêt, mal filmée en dehors de quelques belles photos de mer et de plage, sans conviction, sans pertinence, où les acteurs ne parviennent à nous assurer que d’une chose : le cinéma est pire que le roman lorsqu’il est mauvais, car au dialogue s’ajoutent les images qui dévident leur accablante pauvreté. Un film que l’on oublie dès la sortie et qui ne réussit qu'à vous agacer les nerfs par sa vacuité. 

 

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LES BEAUX JOURS de MARION VERNOUX
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  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
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  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
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Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

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