Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
20 mars 2012 2 20 /03 /mars /2012 11:03

ivre-de-femmes-et-de-peinture-chihwaseon-27-11-2002-10-05-2.jpg 986945_3_9460_lim-soo-jung-dans-le-film-sud-coreen-de-park.jpg

 

Longtemps ignoré sur la carte du cinéma asiatique au détriment de la Chine et du Japon, le cinéma coréen  n'en affiche pas moins une insolente santé économique et offre des films de qualité et un cinéma grand public qui n'a rien à envier au 7e Art européen ou hollywoodien.

 

A  la fin du XXe siècle, depuis le succès de L'île ( 1999 ) de Kim Ki-duk d'une troublante cruauté érotique et celui du Chant de la fidèle Chunhyang (2000) du vétéran Im Kwon-taek, adapté d'un pansori, un intérêt significatif pour le cinéma coréen n'a plus cessé de se manifester de la part d'un public séduit et demandeur. Aujourd'hui, la Corée du Sud est le seul pays asiatique doté d'une cinématographie nationale forte, puisque les films coréens font plus de 50% des entrées et dépassent au box-office les blockbusters hollywoodiens. Dans un pays très dépendant des Etats-Unis sur le plan économique, cette résistance a quelque chose d'exceptionnel. Plusieurs facteurs expliquent cela. Tout d'abord et principalement une loi d'encadrement, celle des quotas, qui oblige les exploitants à montrer des films coréens 146 jours par an. Depuis quelques années, la profession, très unie, se bat contre la pression américaine qui, au nom du libre-échange, veut l' abolir. Ensuite, une jeune génération de cinéastes d'une trentaine d'années, ayant étudié aux Etats-Unis, est apparue au milieu des années 1990, avec pour modèle les films de gangsters japonais et le néo-polar hong-kongais à la manière John Woo. D'autre part, le savoir-faire des effets spéciaux et des nouvelles techniques de cette génération "Matrix" ne suffisant pas, les films populaires ou de guerre, mettant en scène les drames de la Corée, ont vu le jour. Des films comme Silmido, récit d'une unité d'élite chargée d'infiltrer les services secrets du Nord, ont fait de la Corée du Sud un territoire de fiction idéal et une entité à part entière. La fiction coréenne à l'américaine a trouvé ainsi une façon de s'adresser à son public et de le toucher dans ses blessures secrètes.

 

Pourtant, le cinéma coréen revient de loin. De l'occupation japonaise jusqu'en 1945, de la guerre civile ensuite au début des années 1950, et de la dictature militaire de 1960 à 70, époque où on tourne des mélodrames confucéens au sentimentalisme vertueux ( L'invité de la chambre d'hôte ou Ma mère de Shin Sang-ok - 1961 ) ou de grandes fresques historiques en couleur. Le lent retour vers la démocratie à partir de 1986, après la répression de la révolte étudiante dans le sang, verra éclore de façon discrète une nouvelle vague adepte d'un certain réalisme social représenté par les films de Jang Sun-woo ( Lovers in Woomuk-Baemi, 1989 )  et de Park Kwang-su ( Chilsu et Mansu, 1988 et La République noire, 1990 ).

 

Aujourd'hui, autour du chef de file Im Kwon-taek, auteur de près de 100 films et de fresques historiques somptueuses qui interrogent la place de l'art et de l'artiste dans la société, une nouvelle génération de cinéastes a émergé, à l'écart d'un cinéma industriel de qualité. Outre Kim Ki-duk et Lee Chang-dong ( voir l'aticle que je lui ai consacré en cliquant  ICI ) dont Peppermint Candy  en  2000 constitue un rigoureux portrait de la Corée depuis la dictature militaire jusqu'à la crise économique de 1997, c'est également Hong Sang-soo, en l'espace de quelques opus ( Le pouvoir de la province de Kangwoon, 1998 et La vierge mise à nu par ses prétendants, 2000 ), qui est parvenu à charmer les spectateurs par ses récits déroutants, chroniques d'une vie sentimentale et sexuelle noyée dans l'alcool. A Deauville, chaque année, la Corée est présente et n'a aucune peine à persuader l'assistance de sa puissance évocatrice et  de son inventivité.

 

Sources : Laurent Delmas et Jean-Claude Lamy

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA ASIATIQUE, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA ASIATIQUE

 

 

 

 

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE - dans MES BILANS
commenter cet article
17 mars 2012 6 17 /03 /mars /2012 11:46

Ulysse-affiche-6892.jpg    VIDEO

 

 


Péplum et mise en scène hollywoodienne, l'Ulysse  de Mario Camerini n'échappe pas aux défauts du genre, mais n'en est pas moins de ces films que l'on aime à revoir car ils marquent un temps où l'on ne lésinait pas sur les moyens, ni sur le casting, ni sur les compétences associées de deux continents afin d'adapter, autant que faire se pouvait, le plus ancien texte littéraire de l'humanité. Produit à l'initiative de la société Lux Films dont les producteurs n'étaient autres que Carlo Ponti et Dino de Laurentis, Ulysse n'en est pas moins une commande américaine destinée à contrer l'influence grandissante du petit écran aux Etats-Unis et le début de désaffection des salles obscures. Côté américain, le scénario est confié à Ben Hecht et c'est une star américaine qui sera la tête d'affiche : Kirk Douglas. Ce film va d'ailleurs marquer un tournant pour l'acteur, lequel, la même année, créera sa propre société de production et contrôlera désormais la plupart des films dans lesquels il jouera.

   

 

Galate1_galate01129241296044_art.jpg

 

                                 Kirk Douglas et  Rossana Podesta

 

Par contre, les seconds rôles seront issus de la péninsule. Ainsi celui de Pénélope sera confié à Silvana Mangano, l'épouse de Laurentis, qui endossera également celui de Circé. Agée de 23 ans à l'époque, la très belle Silvana sera aussi à l'aise dans ces deux rôles qui est l'une des trouvailles de la production. En effet, le pouvoir de séduction de Circé sur Ulysse est d'autant plus fort qu'elle a les traits de son épouse et que l'actrice a ainsi l'occasion unique de jouer les deux faces d'un même personnage : Pénélope la tendre et fidèle et Circé la séductrice maléfique.

 

ulysse13.jpg

 

                                                Kirk Douglas et Silvana Mangano

 

Collaboration financière et technique, le film est également une collaboration artistique exemplaire. Le sujet : une légende grecque typiquement européenne qui permet des décors fastueux et quelques belles scènes d'action. L'histoire - que tout le monde connaît - est celle d'Ulysse, conquérant de Troie, qui regagne Ithaque, sa mère patrie. Mais ce retour va être l'occasion de péripéties multiples et de confrontations périlleuses, la plus grave étant peut-être celle qui l'attend à Ithaque où le trône laissé vacant fait l'objet de nombreuses convoitises, les prétendants briguant tout ensemble la main de la belle Pénélope et la couronne. Pressée de toutes parts, Pénélope a réussi à refuser les demandes des prétendants grâce à un subterfuge : une tapisserie qu'elle entend terminer comme elle l'a promis jadis à son époux, mais qu'elle défait chaque nuit pour en retarder l'achèvement. C'est seulement lorsqu'elle sera finie que Pénélope considérera qu'elle est désormais libérée du lien qui l'unit à Ulysse, et sera donc en mesure de choisir celui auquel elle unira son destin parmi les hommes qui aspirent à faire d'elle leur femme. Bien que soutenue par son fils Télémaque, Pénélope se sent faiblir et le doute l'envahit, surtout face à l'impétueux Antinoüs interprété par Anthony Quinn. Sur les conseils de Télémaque, elle annonce alors qu'elle ne se donnera qu'au vainqueur des jeux d'Apollon qui doivent bientôt se dérouler dans la ville.

Pendant ce temps, non loin de là, Ulysse a échoué sur l'île de Corfou, à la suite du naufrage de son bateau pulvérisé par la colère du dieu de la mer Poséidon. Recueilli par la gracieuse Nausicaa ( Rossana Podesta ), Ulysse, devenu amnésique, ne sait plus ni d'où il vient, ni où il va et ignore jusqu'à son nom. Mais par chance, la mémoire lui reviendra pour enfin regagner Ithaque après 10 années d'absence et les innombrables péripéties qui auront jalonné son parcours.

 

Cette histoire, qui finit bien, se laisse regarder sans déplaisir, d'autant que le metteur en scène n'a lésiné ni sur la beauté de ses actrices et acteurs, ni sur les effets spéciaux à l'ancienne. Les puristes trouveront, non sans raison, que cela est kitch, très kitch même, et difficile à digérer, les autres se laisseront séduire par ce fastueux album d'images comme savait les composer l'Amérique des années 50.

En le re-visionnant à la télévision, la plupart des décors carton-pâte et la laideur des costumes féminins, dont ceux de la pauvre Rossana Podesta, apparaissent ridicules. Certes, le film a vraiment beaucoup vieilli. Mais Silvana Mangano et Kirk Douglas tirent leur épingle du jeu  Et puis on peut relire l'Odyssée et là nul danger d'être déçu....

 

Pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

67032.jpg

 

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE - dans CINEMA AMERICAIN & CANADIEN
commenter cet article
12 mars 2012 1 12 /03 /mars /2012 19:43

tumblr_lt5iliDdEz1qjlzc2.jpg    VIDEO

 


Né en 1979 à Bangkok, Tongpong Chantarangkul est un jeune cinéaste qui a débuté sa carrière en travaillant chez Soho Asia, la plus importante société de production thaïlandaise. Après deux années passées à être coloriste, il obtient une maîtrise de la London Film School et son film de fin d'études Wings of Blue Angels rencontre tout de suite un succès critique international. Avec ce second opus, présenté en compétition au 14e Festival du Film Asiatique de Deauville, il semble bien que Chantarangkul, avec de très petits moyens, trace son sillon dans la production cinématographique avec des effets tout en nuances et délicatesse.

 

Le thème abordé l'est d'autant plus qu'il traite de la disparition brutale d'une femme d'une cinquantaine d'années, chanteuse à ses heures perdues dans des centres d'accueil, dont les deux filles se sont éloignées et que ce deuil va tout à coup réunir et confronter à l'inexorable. La plus jeune Pann est lycéenne et vit à Bangkok chez sa tante. Un jour, elle reçoit un appel éploré de celle-ci lui annonçant que sa mère est dans le coma. Cet événement dramatique va être l'occasion de la remettre en présence de sa soeur aînée Pinn qui s'est enfuie de chez elle pour échapper au mariage imposé par les siens et vit désormais à Singapour. Il y a donc eu rupture avec les traditions que sa cadette Pann lui reproche, bien qu'elle-même ait déjà pris des libertés avec les dicktats familiaux.

 

Ce face à face des deux jeunes femmes est donc au coeur de ce long métrage qui sonde les coeurs et les visages et donne à ce retour du corps de la défunte à son domicile dans le sud de la Thaïlande l'allure d'une douce et émouvante traversée du miroir, un voyage au centre de soi-même, l'une des soeurs étant dans le déni, l'autre dans une quête d'identité. Tout se déroule dans le silence avec des gestes simples, ceux que les soeurs accomplissent pour qu'aucun rite ne soit oublié ; ainsi  nomment-elles chaque moment important de l'itinéraire comme si leur mère était en mesure de partager avec elles ce voyage qui les reconduit toutes trois aux sources familiales. De même qu'elles brûlent l'encens et se signent en ce huit-clos empreint de respect et d'émotion face au corps inerte et tellement présent de la morte. A la fin de ce voyage funèbre, une lueur apparaît, l'amorce d'une fragile réconciliation entre elles deux. 

 

C'est par touches légères que le cinéaste procède, n'oubliant jamais le petit détail amusant, ainsi les impératifs de la faim qui ponctuent l'odyssée d'arrêts parfois inattendus et cocasses, ou bien de flash-backs qui nous aident à mieux saisir le vécu des deux filles et de leur mère. On peut toutefois lui reprocher une lenteur excessive, un scénario trop plat - il aurait été intéressant de savoir pourquoi et comment Pinn avait rompu son mariage à la toute dernière minute, comment et pourquoi la défunte s'était séparée de son mari et comment elle vivait ce divorce dans un pays pétri de traditions. Mais le metteur en scène a opté pour un film linéaire très, sans doute trop sobre, d'une facture excessivement  économe et dont le mérite est d'avoir traité un sujet difficile avec infiniment de tact, si bien que l'on est en droit d'attendre, dans les années à venir, des réalisations plus matures et performantes. A signaler le jeu très juste des deux jeunes actrices, fort belles de surcroit, et dont chaque expression est captée avec délicatesse, et l'utilisation particulièrement réussie des lumières nocturnes.

 

2-e-toiles

 

 Pour consulter l'ensemble des articles du 14e Festival du Film Asiatique de Deauville, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

Liste des articles du 14e Festival du film asiatique de DEAUVILLE

 

132993474814802_copy-resize-375x210.jpg safe_image.jpg

 

 I_CARRIED_YOU_HOME_2_Tongpong_Chantarangkul.jpg

 

 

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE - dans 14e FESTIVAL DU FILM ASIATIQUE de DEAUVILLE
commenter cet article
11 mars 2012 7 11 /03 /mars /2012 16:12

HimizuPoster.jpg     VIDEO

 

Le 14e Festival du film asiatique de Deauville s'achevait ce matin par Himizu, le dernier en date des longs métrages de l'enfant terrible du 7e Art japonais Sono Sion, après Suicide Club en 2005, Strange Circus en 2008, Cold Fish en 2011 et Guiltry of Romance. Cet opus de plus de deux heures et qui, le premier, relate les événements de mars 2011 où le Japon fut victime d'un terrible tsunami se vit  comme une épreuve, tant la brutalité et la violence y sont présentes jusqu'à l'outrance, portrait terrifiant et halluciné d'un Japon post-Fukushima. Le film s'ouvre sur les images dévastées d'une région touchée par le tsunami et le tremblement de terre, nous saisissant d'effroi à la vue de ces travellings parcourant les rues anéanties et  les villes détruites où seuls quelques désespérés sont encore à la recherche de leurs familles. Plus de doute possible après cette ouverture, Himizu prend appui  sur les événements apocalyptiques que le pays vient de traverser.

 

Dans ce climat et ces lieux où de rares familles vivent sous des tentes, îlots isolés où chacun s'efforce de survivre,  Sumida est un lycéen dont l'unique ambition est de devenir un homme ordinaire, car l'ordinaire est déjà surprenant et miraculeux dans un univers circonscrit dans la mort et la destruction. Le père de Sumida, qui a quitté le foyer depuis longtemps, réapparaît parfois pour tenter de soustraire un peu d'argent à son fils. Les problèmes affectifs liés aux  relations difficiles que Sumida vit avec ses parents et sa quête anxieuse de lui-même permettent au cinéaste d'en faire le thème majeur  de son film et, à travers ce héros éperdu et hagard, de représenter une population en plein désarroi, meurtrie et déboussolée par la tragédie, au point que cette vision du Japon est proprement insoutenable. Dans ce pays post-11 mars 2011, la question est de savoir de quoi le futur sera fait et quel avenir est encore possible. Sumida vit dans une humble maisonnette au bord d’un lac paisible et s’occupe de l’affaire familiale depuis que ses parents l’on abandonné. Comme souvent dans les films de Sono Sion et même dans les films japonais en général, la situation familiale est désastreuse. Son père rêve de le voir mourir pour récupérer l’argent de l’assurance, et la mère alcoolique se prostitue avec des mafieux qui ne manquent pas de maltraiter le jeune Sumida. Renfermé, renfrogné, il sèche l’école car il ne croit pas au discours de son professeur qui  l'assure que l’épanouissement de la jeunesse est possible dans un effort collectif. Lui veut simplement mener une vie normale et tranquille. Mais c’est sans compter sur sa camarade de classe, Shazawa qui, très amoureuse, se croit investie d'une véritable mission rédemptrice à son égard. Sumida n'a de cesse de la repousser avec une brutalité choquante. Cette jeune fille rêveuse incarne le propos de Sono Sion, certes de manière naïve, en insufflant une lueur d'espoir qui ne parvient pas à sauver ce film inutilement violent où chacun reste fermé à l'autre, où la mort est obsédante et dont le descriptif manque de cohésion pour atteindre son but. Brouillon, répétitif, haché, convulsif, avec des scènes gratuites qui surchargent le propos, Himizu manque sa cible et c'est dommage, car tous les ingrédients étaient là, même le merveilleux Requiem de Mozart, pour en faire une oeuvre bouleversante et forte. Mention spéciale pour les acteurs tous excellents.

 

2-e-toiles


Pour consulter la liste des articles consacrés au 14e Festival du Film Asiatique de Deauville, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

Liste des articles du 14e Festival du film asiatique de DEAUVILLE

 

 

 Himizu.jpg

 

  

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE - dans 14e FESTIVAL DU FILM ASIATIQUE de DEAUVILLE
commenter cet article
10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 16:23

 beautiful-miss-jin

 


Soo Dong, un jeune homme doux et silencieux, est le gardien du passage à niveau de la gare de Dongrae. Sa vie est monotone mais il s'en accommode jusqu'à l'arrivée de trois personnages atypiques et burlesques : une femme d'une cinquantaine d'années appelée Miss Jin, une petite fille qu'elle a recueillie et qui ne la quitte plus, et un paumée alcoolique qui a le don de jouer les pique-assiettes. Ces trois SDF vont très vite former une petite communauté dans laquelle Soo Dong  va s'intégrer, ému par le dénuement de ces malheureux auprès de qui il va jouer les saint-Bernard avec une totale naïveté. D'un narratif assez plat, et lent, cet opus nous introduit dans un monde auquel il est difficile de croire tant les protagonistes sont à la fois touchants et peu crédibles ; la bonhomie et l'insouciance dont ils font preuve, dans la situation qui est la leur, nous apparaissant assez peu  vraisemblable. Il s'agit plutôt d'une fable farfelue et tendre où chacun, pardonnant tout, se regarde avec une bienveillance telle que nous sommes ici en plein coeur d'une image d'Epinal doucereuse et touchante. Les SDF Coréens seraient-ils à ce point si différents des nôtres, la misère là-bas serait-elle réellement bon enfant et acceptable ? On aimerait y croire, aussi cet opus n'est-il pas dénué d'un charme tonique, d'une gentillesse aimable à laquelle on finit par adhérer et qui vous laisse un arrière goût d'optimisme. Si ce film est affligé d'une naïveté évidente, il faut lui attribuer la qualité de chercher à voir les réalités de la vie sous des couleurs pastels qui nous changent agréablement des tons âpres et sordides de la plupart des réalisations contemporaines.

 

Son auteur Jang Hee-Chul est né en Corée du sud en 1974 et a débuté comme coordinateur de production sur le film The Crescent Moon de Jang Gil-su en 2003, puis est devenu assistant-réalisateur sur The Road Taken de Hong-Gee-sun également en 2003. En 2005, il produit pour la télévision le documentaire Nannara, Her 40 Days of Sail et, deux ans plus tard, le court métrage Mosaic. Ce premier film prouve un certain sens de l'observation, un penchant naturel pour les situations farfelues proches de la caricature, mais dont les traits sont constamment adoucis par une vision hautement positive et bouffonne de la vie.

 

Pour consulter les autres articles consacrés au 14e FESTIVAL DU FILM ASIATIQUE de DEAUVILLE, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

Liste des articles du 14e Festival du film asiatique de DEAUVILLE

 

1319540553thumbnail2-resize-375x210.jpg BEAUTIFUL-MISS-JIN-de-Jang-Heel-chul-Competition-.jpg

 

 

 

 

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE - dans 14e FESTIVAL DU FILM ASIATIQUE de DEAUVILLE
commenter cet article
10 mars 2012 6 10 /03 /mars /2012 15:01

images-copie-3 imagesCAAN10JG.jpg

 

 

Jeudi 8 mars 2012

 

Deux films ce jeudi 8 mars pour ma première journée de Festival avec l'un en compétition Saya Zamurai du cinéaste Hitoshi Matsumoto et l'autre  Charisma ( 1999 ) du réalisateur honoré cette année par cette 14ème édition,  Kiyoshi Kurosawa, dont l'histoire est cette d'un inspecteur de police qui n'est pas parvenu à libérer un homme politique pris en otage et qui, à la suite de cet échec, démissionne de son poste et se rend sur une montagne où pousse un arbre aux pouvoirs étranges. Deux films japonais et pourtant à l'opposé l'un de l'autre : l'oeuvre de Kurosawa est sombre et désespérée à souhait, celle de Hitoshi Matsumoto, présent le soir à la projection, est une fable d'une grande poésie, dramatique certes mais animée d'humour et d'espérance, qualités totalement absentes du précédent.

 

Charisma

 

Le cinéma original et interrogatif de Kiyoshi Kurosawa est de proposer des méditations ouvertes, au sein desquelles chacun peut frayer le chemin de ses propres réflexions. Il s'agit ici d'une réflexion philosophique aux enjeux métaphysiques et politiques, qu'il appartient à chaque spectateur d'investir à son gré. Je me permettrai toutefois d'attirer l'attention sur une des approches possibles, qui font que l'arbre puis l'homme qui s'appellent « charisma » dans le film incarnent les multiples formes de la tension entre l'exigence collective et la revendication individuelle. Si bien qu'au début du film, placé sous l'empire d'un autre genre cinématographique, le polar, est affichée une étrange revendication « Il faut rétablir les règles du monde ». La grande force de Charisma est de mettre en évidence de manière dramatique comment ces règles ont été trahies et comment l'homme, livrée à la solitude de sa conscience, ne trouve d'issue ni dans la nature, ni dans la société. Cette ambivalence féconde, qui met en cause tous les grands systèmes binaires, concerne en particulier son rapport aux autres, l'opposition culture/nature, au point que l'on parvient à douter du caractère « naturel » de la nature et que l'on se prend à se demander alors ce que peut ou doit  être une attitude civilisée et ce que l'homme est en mesure de faire en tant qu'individu. Cette destructuration va permettre de parvenir à un point incontournable où chaque personnage finit par expliquer, et sans doute par croire, que tous les autres sont fous et que l'être n'est pas davantage capable de sauver la nature que la nature ne l'est de le sauver et de se sauver elle-même. Ce qui a pour conséquence de placer le spectateur dans une posture d'incertitude qui a quelque chose d'inconfortable, mais aussi de stimulant. Cette ambivalence, cette réversibilité de la référence raisonnable est une aubaine pour un cinéaste moderne, qui travaille sur la mise en question de la logique dramatique et sur ce que peut siggnifier "le destin". Un tel univers permet de rendre imprévisible le plan suivant, de rendre - de manière parfois effrayante et presque toujours onirique et incroyablement brutale et cruelle - le comportement de chacun des protagonistes. C'est une formidable liberté bien qu'elle soit dangereuse, comme toute vraie liberté. Il faut donc un grand artiste pour s'en servir sans que son œuvre ne devienne pas illisible ou incohérente.  Par ailleurs, il y a dans ce film un mystère que Kiyoshi Kurosawa  travaille avec des moyens visuels simples et parfois obscurs au non initié. Il n'est pas facile de se frayer un chemin dans ce narratif où, à tout moment, intervient une solution contradictoire. Mais la tentative est intéressante et le film a le mérite d'introduire le questionnement à défaut de proposer des solutions.

 

CHARISMA-1999-de-Kiyoshi-Kurosawa-.jpg   VIDEO

 

3-e-toiles

 

Pour consulter l'article que j'ai consacré au cinéaste, cliquer sur son titre : 

KIYOSHI KUROSAWA OU UN CINEMA DE LA DETRESSE


imagesCANDWP5L.jpg  VIDEO

 

Saya Zamurai

Faire rire semble être la grande obsession de Hitoshi Matsumoto malgré la mélancolie de son sujet, puisqu'il a contribué à de nombreuses émissions comiques populaires à la télévision japonaise. Ainsi met-il en scène dans son troisième film Saya Zarumai ses préoccupations émotives en lien avec son métier. Kanjuro Nomi, un samouraï ayant perdu l’envie de se battre à la suite de la mort de son épouse, est emprisonné pour avoir quitté ses fonctions sans la permission de son maître. Il aura trente jours pour parvenir à faire sourire le fils d'un seigneur muré dans le chagrin depuis la disparition de sa mère. S’il échoue, il devra s’enlever la vie, suivant le rite traditionnel du seppuku qui consiste à s'ouvrir le ventre avec son sabre. Accompagnée de ses deux gardiens de prison et de sa fille qui l’encourage à s’enlever la vie dignement plutôt que de perdre la face, la petite troupe élabore une suite de gags pour racheter la vie du samouraï déchu. Néanmoins le recours à l’humour n'est utilisé ici que comme le seul moyen de défense susceptible de s'opposer au désespoir du monde. Matsumoto fait alors bien plus que rendre hommage à sa profession : ces deux heures de film nous présentent sa vision obsessionnelle de l’art de la drôlerie confrontée à l'implacable cruauté qui se trouve au coeur de son sujet.  Grâce à une imagerie d'une infinie précision, Saya Zamurai  repousse les frontières du gag à répétition pour mieux construire son discours. Au lieu de s'enfoncer dans le ridicule ou le banal, le réalisateur montre à chacune des scènes sa capacité d'invention en retravaillant les mêmes plans, les mêmes grimaces, sous des angles différents. Par leur simple répétition, il développe son récit autour du changement d’angle de caméra et les trouvailles farfelues de ses personnages. Ces trouvailles s'enchaînent sans  être répétitives car, à chaque plan, le spectateur est placé devant une situation différente et particulièrement angoissante.  Il s’en dégage dès lors une compassion désintéressée qui procure à l'opus son caractère humain. Sans raison apparente, si ce n'est qu'ils sont touchés par la présence de l'enfant et le désarroi de leur prisonnier, les deux gardiens multiplient les idées afin d' aider cet homme pitoyable. Quant à la petite fille, délicieusement interprétée par Sea Kumeda, étonnante de présence et de sensibilité, elle sauvera l’honneur de son père en devenant maître de cérémonie à chaque nouveau spectacle. La fin n'est certes pas celle que l'on attendait mais elle prouve le souci d'honneur qui s'attache à tout japonais depuis la nuit des temps. Servi par une interprétation parfaite, des images d'une grande beauté et une poésie de chaque instant, ce film étonnant qui avait toutes les raisons de sombrer dans le pathos ou, pire, le trivial ou le grossier, est un conte merveilleux, original, déjouant toutes les facilités qui risquaient d'en ternir l'éclat. Un oeuvre qui montre un cinéma japonais en pleine renaissance. A l'honneur cette année à Deauville, il nous révèle, avec ce long métrage magnifique déjà acclamé à Locarno en 2011, qu'il n'a pas fini de nous surprendre.

 

4-e-toiles

 

Pour consulter la liste des articles consacrés au 14e Festival du Film Asiatique de Deauville, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

Liste des articles du 14e Festival du film asiatique de DEAUVILLE

 

saya-zamurai-06.jpg saya_zamurai.jpg

 

 

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE - dans 14e FESTIVAL DU FILM ASIATIQUE de DEAUVILLE
commenter cet article
7 mars 2012 3 07 /03 /mars /2012 10:41

6FEST~2

 

                                 carte-de-presse-armelle.jpg 

 

 

Ce mercredi s'ouvre, jusqu'au 11 mars, la 14e édition du Festival Asiatique de Deauville. Une bonne façon de prendre le pouls d'une des cinématographies les plus vivantes du monde.  

 

 

Alors que les cris des mouettes annoncent le printemps, la population de la cité balnéaire normande et ceux nombreux qui, à cette occasion, viennent se joindre à elle, est déjà sous d'autres latitudes. Le continent asiatique est en effet à portée de leurs salles durant 5 jours. Depuis 14 ans, le bien nommé Festival du Film Asiatique révèle des perles et des curiosités inédites. L'évènement a ainsi accompagné le déferlement créatif d'un territoire cinématographique forcément pluriel mais animé d'une même énergie. L'année dernière dans un synchronisme aussi troublant que violent, le festival a été perturbé par le tsunami qui secouait le Japon. Au vue des films nippons sélectionnés cette année, l'onde de choc ne semble pas avoir encore eu des répercutions visibles au cinéma. 

 

Cette quatorzième édition se tient du 7 au 11 mars. Le jury présidé par le cinéaste israélo-palestinien Elia Suleiman devra trancher dans une sélection de neuf longs métrages représentant la Chine, l'Iran, le Japon, les Philippines, la Corée du Sud et la Thaïlande. Parmi eux, on notera Saya Zamouraï  de la superstar nipponne Hitoshi Matsumoto, un conte qui mêle burlesque, drame et mélo ; son compatriote, le punk Sono Sion présentera lui son dernier né: Himizu. A noter également la présence du nouveau long-métrage du chinois Wang Xiaoshuai (Beijing Bicycle, Shangaï Dreams...): 11 fleurs, drame sur fond de révolution culturelle. 

 

Outre la compétition officielle, la section Action Asia avec un jury présidé par Isabelle Nanty fera voler en six longs métrages sabres, lances, Jet Li et tout ce qui a le bonheur de passer dans le cadre. Deux auteurs majeurs bénéficieront d'un hommage: le japonais Kiyoshi Kurosawa (Cure, Kaïro, Tokyo Sonata...) et le thaïlandais Pen-Ek Ratanaruang (Mon-rak Transistor, Vagues invisibles, Ploy...) dont le dernier film Headshot sortira sur nos écrans cet été. Enfin,  les festivaliers découvriront en exclusivité Wish, nos voeux secrets,  la nouvelle merveille d'Hirokazu Kore-eda. Tout un programme... D'autant que le soleil sera au rendez-vous et le public nombreux.

 

TracksKiyoshiPic1  Nymph+Photocall+2009+Cannes+Film+Festival+hOmMagT8Rmyl
                              Kiyoshi Kurosawa                                                                   Pen-ek Ratanaruang        

 

 

Pour consulter la liste des articles déjà consacrés à ce Festival, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

Liste des articles du 14e Festival du film asiatique de DEAUVILLE

 

 

 

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE - dans 14e FESTIVAL DU FILM ASIATIQUE de DEAUVILLE
commenter cet article
1 mars 2012 4 01 /03 /mars /2012 09:22
Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE - dans 14e FESTIVAL DU FILM ASIATIQUE de DEAUVILLE
commenter cet article
15 février 2012 3 15 /02 /février /2012 09:50
MILLION DOLLAR BABY de CLINT EASTWOOD

 

"Million Dollar Baby",  adapté d'une nouvelle d'un ancien soigneur de boxe professionnel intitulée "Rope Burns" par le scénariste Paul Haggis, nous conte l'histoire d'un vieil entraîneur de boxe et d'une jeune boxeuse novice que ce dernier va finir par prendre sous son aile, après avoir refusé longtemps d'être son  manager. Haggis écrit une première version acceptée par la Warner qui pense lui en proposer la mise en scène et donner le premier rôle à Eastwood. Mais ce dernier décide de réaliser le film lui-même, tout en interprétant le rôle de l'entraîneur. Hilary Swank sera chargée d'interpréter celui de la jeune boxeuse de 31 ans, dont l'existence n'a été jusqu'alors qu'une suite de chagrins et d'humiliations et qui espère retrouver sa fierté et donner sens à sa vie en se battant sur un ring.

 

 

 Le tournage a lieu à Los Angeles au début de l'année 2004. Eastwood endosse à la fois le rôle de compositeur en plus de ceux d'acteur, réalisateur et producteur. A sa sortie, le film soulève une vive polémique, car il y est question d'euthanasie et que la société américaine n'est pas du tout disposée à l'accepter. Eastwood réplique, piqué au vif,  "qu'il n'est pas nécessaire d'être pour l'inceste pour aller voir Hamlet". Mais le film ne décolle pas et la Warner n'accepte de le distribuer que parcimonieusement dans 147 salles. Cela, avant que les nominations, lors des festivals, ne replacent l'oeuvre sur le devant de l'écran et commencent à susciter l'engouement de la part d'un public touché par le regard si humain que Eastwood pose sur ce sujet délicat. Ce seront deux Globes d'or et pas moins de 4 Oscars que ce film va recueillir en 2005 : Oscars du meilleur film, du meilleur réalisateur, de la meilleure actrice pour la touchante Hilary Swank et du meilleur second rôle pour Morgan Freeman, sobre et juste dans le personnage d'un ancien boxeur qui a perdu l'oeil droit lors de son ultime combat et qui est le seul à connaître la cause secrète des souffrances de son patron.

 



Vingt-septième film de l'acteur-réalisateur, "Million Dollar Baby"  nous initie aux codes, aux habitudes de langage et d'esprit de ce milieu singulier autour des trois personnages centraux et use en sorte que le ring devienne le lieu où se nouent des relations humaines d'une particulière intensité, au vu des enjeux et des peurs qui en découlent. Car derrière le schéma officiel, c'est l'officieux - celui du combat contre soi-même - vers lequel se porte tout l'intérêt du film. A la violence jetée an pâture, ce sont les violences secrètes, les plaies intimes et inguérissables que nous dévoile l'auteur. La tendresse qu'il porte à ses personnages fait de ce ring étroit un lieu mythique où les passions s'affrontent plus et mieux que les coups de poing et où la rage de vaincre cède parfois à la douleur d'aimer. Entre ces êtres déchirés par le destin et leurs drames personnels s'élabore une relation bouleversante, où les carapaces se fendent et où les coeurs mis à nu révèlent leur grandeur et leur faiblesse, instruisant sur et autour du ring un impossible rêve de sueur et de sang. Admirable.

 

4-e-toiles

 

Pour consulter l'article consacré à Clint Eastwood, cliquer sur son titre :

 

CLINT EASTWOOD - PORTRAIT

 

Et pour prendre connaissance de la liste des articles de la rubrique CINEMA AMERICAIN, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA AMERICAIN ET CANADIEN

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 

 

 

  million-dollar-baby-poster.jpg

 

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE - dans CINEMA AMERICAIN & CANADIEN
commenter cet article
13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 09:12

Affiche-la-taupe.jpg   

 

1973. La guerre froide empoisonne toujours les relations internationales. Les services secrets britanniques sont, comme ceux des autres pays, en alerte maximum. Suite à une mission ratée en Hongrie, le patron du MI6 se retrouve sur la touche avec son fidèle lieutenant, George Smiley.
Pourtant, Smiley est bientôt secrètement ré-engagé sur l’injonction du gouvernement, qui craint que le service n’ait été infiltré par un agent double soviétique. Epaulé par le jeune agent Peter Guillam, Smiley tente de débusquer la taupe, mais il est bientôt rattrapé par ses anciens liens avec un redoutable espion russe, Karla. Alors que l’identité de la taupe reste une énigme, Ricki Tarr, un agent de terrain en mission d’infiltration en Turquie, tombe amoureux d’une femme mariée, Irina, qui prétend posséder des informations cruciales. Parallèlement, Smiley apprend que son ancien chef a réduit la liste des suspects à cinq noms : l’ambitieux Percy Alleline, Bill Haydon, le charmeur, Roy Bland, qui jusqu’ici, a toujours fait preuve de loyauté, le très zélé Toby Esterhase… et Smiley lui-même.
Dans un climat de suspicion, de manipulation et de chasse à l’homme, tous se retrouvent à jouer un jeu dangereux qui peut leur coûter la vie et précipiter le monde dans le chaos. Les réponses se cachent au-delà des limites de chacun…

 


"La Taupe", mis en scène par le Suédois Tomas Alfredson, nous prend à témoin de la lutte feutrée en apparence et impitoyable en réalité que se livrent l'Occident et l'URSS. Le scénario de Bridget O'Connor et Peter Straughan compresse, il est vrai, en 2 heures de projection, les innombrables méandres du roman de John Le Carré et les inépuisables démêlés des agences du système des renseignements britanniques après une opération ratée derrière le rideau de fer, afin de tenter de découvrir l'identité de l'agent double infiltré au coeur du quartier général du M16. Il est plus que probable que John Le Carré s'est inspiré alors des légendaires "Cinq de Cambridge" qui officièrent durant les années 37/47, sans doute les indicateurs les plus efficaces de l'Occident au service des Soviets. Le plus connu était Harold Adrian Russel Philby. On sait qu'à l'époque Cambridge était truffé de sympathisants communistes. Le second du groupe n'était-il pas le fils d'un ancien ministre, haut dignitaire de l'Empire britannique, Donald MacLean, qui incarnait par son affabilité l'agent secret idéal, à la façon dont l'acteur Colin Firth compose le personnage de Bill Haydon ? Alors que "Les cinq de Cambridge" opéraient lors de la lutte clandestine contre le fascisme, "La Taupe" se situe durant la guerre froide des années 70. Tomas Alfredson excelle dans la restitution d'une atmosphère trouble à souhait grâce à sa collaboration avec le plus dandy des couturiers : Paul Smith. Tout est conçu pour composer des images qui nous replongent dans le décor d'une Angleterre qui sortait difficilement de l'austérité héritée de la guerre. On y perçoit la touche de rouge des cabines téléphoniques, des autobus à impériale, des boîtes aux lettres, couleur qui contraste savamment avec la tonalité sombre et sévère des images, le vestiaire des costumes au charme rétro très british porté par les protagonistes, les pièces d'échecs qui font partie intégrante de l'intrigue, puisqu'elles servent à fixer notre attention sur les personnages suspectés d'être la taupe, puis la théière, le mobilier et autres objets qui renvoient en permanence à l'époque par petites touches, chacune ayant son importance et son subtil écho.

 

 

Et enfin, il y a les acteurs et leur remarquable interprétation, dont celle centrale et captivante de George Smiley prêt à sacrifier sa moralité sur l'autel des exigences de la nation. L'anti James Bond, aussi discret que l'autre était brillant, et dans la peau duquel se glisse de façon magistrale Gary Oldman, dont c'est là l'un des grands rôles. Après des années difficiles, il revient sur le devant de l'écran dans une composition complexe, riche de mille nuances, celle d'un agent solitaire assumant ses paradoxes dans l'intérêt d'un bien supérieur. En définitive, il est celui à qui incombe les basses besognes, de façon à ce que les citoyens ordinaires, forcément honnêtes et ignorants de ces choses, puissent dormir tranquilles dans leur lit.

 

 

Ceux qui l'entourent sont au diapason, que ce soit Colin Firth, le joli coeur doué pour séduire les hommes comme les femmes, toujours vêtu de costumes élégants, un sourire ironique au coin des lèvres, ou Toby Jones dans celui de l'ambitieux Sir Percy Alleline qui tente de tenir les rênes en ces temps troublés et joue avec le feu, ou encore Ciaran Hinds dans la peau de Roy Bland, agent virtuose et polyglotte, très introduit à l'Est. Il se ralliera bientôt à Alleline dans l'espoir d'une promotion rapide. Le film rend admirablement le climat délétère et malsain de ce milieu, où le soupçon est devenu leitmotiv, les trahisons et les retournements fréquents, où chacun a ses fêlures que les autres s'emploient à exploiter et où l'on joue constamment aux échecs dans un monde où deux blocs s'affrontent sans merci, au prix des coups les plus tordus et les plus sordides.

 

 

Si l'intrigue est parfois un peu difficile à suivre, elle ne se relâche pas un instant et se décline avec une rare intelligence, tant dans le déroulé des images que dans les dialogues percutants, les flash-backs qui donnent une tonalité étrange et subtile au film. La bande sonore, oeuvre du jeune Alberto Iglesias, colle parfaitement au sujet et a le mérite de se fondre dans l'action en la rehaussant, sans la gêner. A coup sûr, l'un des films les plus aboutis sur l'espionnage qu'il nous a été donné de voir.

 

4-e-toiles


Pour consulter la liste des articles de la rubrique CINEMA EUROPEEN, cliquer sur le lien ci-dessous :

 

 

LISTE DES FILMS DU CINEMA EUROPEEN ET MEDITERRANEEN

 

 

RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL

 


255aa36b.jpg

 

 

Repost 0
Published by Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE - dans CINEMA EUROPEEN & MEDITERRANEEN
commenter cet article

Présentation

  • : LA PLUME ET L'IMAGE
  • LA PLUME ET L'IMAGE
  • : Ce blog n'a d'autre souhait que de partager avec vous les meilleurs moments du 7e Art et quelques-uns des bons moments de la vie.
  • Contact

Profil

  • Armelle BARGUILLET HAUTELOIRE
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.
  • Auteur de treize ouvrages, passionnée par les arts en général, aime écrire et voyager.

Texte Libre

Un blog qui privilégie l'image sans renoncer à la plume car :

 

LES IMAGES, nous les aimons pour elles-mêmes. Alors que les mots racontent, les images montrent, désignent, parfois exhibent, plus sérieusement révèlent. Il arrive qu'elles ne se fixent que sur la rétine ou ne se déploient que dans l'imaginaire. Mais qu'elles viennent d'ici ou d'ailleurs, elles ont l'art de  nous surprendre et de nous dérouter.
La raison en est qu'elles sont tour à tour réelles, virtuelles, en miroir, floues, brouillées, dessinées, gravées, peintes, projetées, fidèles, mensongères, magiciennes.
Comme les mots, elles savent s'effacer, s'estomper, disparaître, ré-apparaître, répliques probables de ce qui est, visions idéales auxquelles nous aspirons.
Erotiques, fantastiques, oniriques, elles n'oublient ni de nous déconcerter, ni de nous subjuguer. Ne sont-elles pas autant de mondes à concevoir, autant de rêves à initier ?

 

"Je crois au pouvoir du rire et des larmes comme contrepoison de la haine et de la terreur. Les bons films constituent un langage international, ils répondent au besoin qu'ont les hommes d'humour, de pitié, de compréhension."


Charlie Chaplin

 

"Innover, c'est aller de l'avant sans abandonner le passé."

 

Stanley Kubrick

 

 

ET SI VOUS PREFEREZ L'EVASION PAR LES MOTS, LA LITTERATURE ET LES VOYAGES, RENDEZ-VOUS SUR MON AUTRE BLOG :  INTERLIGNE

 

poesie-est-lendroit-silence-michel-camus-L-1 

 

Les derniers films vus et critiqués : 
 
  yves-saint-laurent-le-film-de-jalil-lespert (1) PHILOMENA UK POSTER STEVE COOGAN JUDI DENCH (1) un-max-boublil-pret-a-tout-dans-la-comedie-romantique-de-ni

Mes coups de coeur    

 

4-e-toiles


affiche-I-Wish-225x300

   

 

The-Artist-MIchel-Hazanavicius

 

Million Dollar Baby French front 

 

5-etoiles

 

critique-la-grande-illusion-renoir4

 

claudiaotguepard 

 

affiche-pouses-et-concubines 

 

 

MES FESTIVALS

 


12e-festival-film-asiatique-deauville-L-1

 

 13e-FFA-20111

 

deauville-copie-1 


15-festival-du-film-asiatique-de-deauville

 

 

Recherche